Archives pour la catégorie Quentin Tarantino

Four rooms – Allison Anders, Alexandre Rockwell, Robert Rodriguez & Quentin Tarantino – 1995

13754175_10153821981947106_5936023568360756056_n-900x596Inglorious filmmakers.

   2.2   Le néant. Jusqu’au quatrième et dernier chapitre, quatrième chambre, « The man from Hollywood », intégralement réalisé par Quentin Tarantino, qui sans surprises est au-dessus d’une médiocre mêlée. Après faut reconnaître qu’entre Pulp Fiction et Jackie Brown cet essai court (20 minutes) est relativement anecdotique. Mais sa façon de jouer avec le cinéma ici le pitch d’un court-métrage d’Hitchcock (De sa série Hitchcock presents) offre un truc assez jubilatoire malgré la lourdeur théâtrale de l’ensemble. Mais auparavant, donc, il faut se farcir trois autres chapitres. Les deux premiers sont réalisés par des potes de Tarantino et Rodriguez, inconnus au bataillon et heureusement ils le sont restés. Un truc de sorcière ridicule et un quiproquo adultère sans queue ni tête. Le troisième, hystérique et dégueulasse, forcément signé Rodriguez, est pire sans l’être, disons qu’il condense tout le mauvais goût qu’est et sera son cinéma mais sur une version courte ce qui ne le rend pas irregardable. Voilà bien longtemps que je voulais voir ce machin et bien je ne vais pas en mettre autant pour l’oublier.

Les 8 salopards (The Hateful Eight) – Quentin Tarantino – 2016

11. Les 8 salopards - The Hateful Eight - Quentin Tarantino - 2016Enfer blanc.

   7.8   C’est la première fois avec un film de Tarantino que je ressors avec autant de doutes que d’enthousiasme, qu’il me bouscule tant, qu’il installe lassitude avec non moins de lucidité et d’ampleur. Il faut le voir poser son récit, le faire grandir, avec ses accalmies et ses sursauts, sans véritablement se soucier ni du temps que cela prendra ni si le spectateur y prendra le malin plaisir qu’il prenait lors de ses sept films précédents.

     Tarantino a souvent fait grimper la tension, avec des dialogues à n’en plus finir, des lieux tiroirs, des apparitions de personnages, des petits mensonges, des faux-semblants. Mais jamais il ne l’avait fait avec autant de radicalité : à l’échelle d’un lieu, une auberge, durant trois heures. Certes, le film ne se déroule pas intégralement dans ce lieu puisque la première longue partie se joue dans une diligence, mais son trajet va déjà vers cette auberge, dès ce long plan de recul doux sur le christ recouvert de poudreuse, converge vers le carnage.

     Deux images fortes traversent le film : Les grands espaces enneigés et une petite auberge. Deux références s’imposent d’emblée : La chevauchée des bannis et Rio Bravo. Mais il les digère tellement que le western enneigé d’André de Toth semble laisser place à l’atmosphère bien lourde d’un The Thing – L’enfermement, le climat paranoïaque, la bête qui sommeille, Kurt Russell et l’univers musical, directement emprunté aux chutes Morriconienne du film de John Carpenter. Quant à Rio Bravo, il semble se faire dévorer par les effluves d’un Evil Dead. C’est un western horrifique, en somme.

     Les 8 salopards ressemble à s’y méprendre à un condensé du cinéma de Tarantino, s’inspirant finalement moins de ses amours de spectateur que renouant avec son propre matériau créatif passé. On y retrouve beaucoup de Reservoir dogs (la mercerie remplace l’entrepôt ; Les personnages pourraient aussi arborer une couleur ; La construction s’éclate d’un claquement de doigt) mais on pense aussi à Pulp Fiction puisque chemin faisant, Tarantino renoue avec la déconstruction narrative. Moins de virtuosité puisqu’il s’agit seulement de revenir un peu en arrière, mais on retrouve son attachement aux changements de points de vue. Ainsi qu’à d’autres bouleversements narratifs comme l’utilisation soudaine d’une voix-off (qui n’est autre que celle de Tarantino).

     Mais c’est aussi son film le moins accessible, d’une part car il renoue avec un genre en berne et l’investit vraiment (contrairement à Django Unchained) et d’autre part car son cinéma, de plus en plus étiré, est de moins en moins spectaculaire, débarrassé de ces grosses punchlines et autre climax culte. On rit mais plus du tout à gorge déployée. On rit serré. Et surtout on flotte, pendant deux/tiers de film. Jusqu’à ce que la mécanique s’embrase. Il faut laisser infuser – Je m’y suis aussi un peu ennuyé par moments. Et Tarantino alors n’aura jamais été si loin dans la violence et l’horreur.

     La partie diligence qui ouvre le film et semble s’étirer à l’infini a ceci de déceptif qu’elle est à peine rythmée par les rebondissements. Elle permet toutefois de faire connaissance avec Jon Ruth et Daisy Domergue (Kurt Russel et Jennifer Jason Leigh, génialissime) puis de faire une double rencontre : celle du marquis Warren (Samuel L. Jackson) abandonné par son cheval, laissé avec trois corps à neuf mille dollars puis celle de Mannix, celui qui se dit shérif. Quatre premiers salopards en voyage vers Red Rock (que l’on ne verra jamais) contraint de s’arrêter dans une mercerie, sur leur route, à cause d’un blizzard tenace. Le blizzard est un personnage à lui seul. On le voit peu mais on l’entend en permanence, durant ces trois heures.

     J’aimerais parler des quatre autres salopards, de la mercerie, des piquets dans la poudreuse, de cette porte qu’il faut clouer par deux planches, de la place importante du café (comme toujours), du monologue monstrueux de Samuel L. Jackson, des retrouvailles Roth/Madsen, de Jim Jones at Botany Bay à la guitare par Daisy, Silent night au piano par Le mexicain, de mon fou rire lorsque O.B. fâché d’avoir dû aller jeter les colts aux chiottes s’enfonce dans une peau de bête au coin du feu, de cette ouverture monumentale et de score de Morricone non moins gigantesque qui l’accompagne. Tellement à dire.

     Tarantino a beaucoup mûri. Dans la forme et dans le fond. Il n’y a par exemple aucun nettoyage à la mercerie, entre les deux diligences, je pense que c’est une volonté de montrer que le mal est tellement ancré qu’il est impossible de le décaper (en un sens on revient à l’idée que le cinéma de Tarantino a changé : Dans Pulp fiction on nettoyait les bouts de cervelle de Marvin dans la voiture, là non, on les recouvre (d’un plaid, par exemple) et puis finalement la présence du bonbon suffit à savoir qu’ils ont nettoyé, comme ils ont pu. Tarantino se permet ces trous béants maintenant.

     Plus j’y pense plus je me dis que c’est ce qu’il a fait de mieux depuis longtemps. Sans doute aussi parce que ces deux précédents films, que j’aime malgré tout, baignaient trop dans l’uchronie bon marché et la vengeance libératrice. J’en garde des supers souvenirs de cinéma mais je n’ai jamais eu envie de les revoir. Cette histoire de lettre c’est peut-être la chose la plus importante que Tarantino ait donné à son cinéma : Une conscience. D’une Amérique qui s’est construite dans le mensonge, la haine raciale et les cadavres. C’est à la fois ancré dans le western comme c’est purement actuel. Et pourtant je trouve son geste très humble, toujours référencé à mort mais encore plus digéré que d’habitude.

     Et la construction est folle, je n’en reviens pas. C’est comme s’il avait pris les meilleures idées de ses précédents films, qu’il les avait mixé ensemble tout en leur offrant plus de consistance. Et puis hormis quelques fautes de goût assez secondaires (les ralentis, c’est pas ceux de Peckinpah) c’est un pur objet de mise en scène avec 8 basterds, une auberge et une tempête de neige hors-champ. C’est l’entrepôt de RD, L’appart de Brett dans PF et La taverne dans IB. C’est resserré. C’est plus long. C’est hyper drôle, archi sombre et anxiogène. Bref, c’est génial.

Django unchained – Quentin Tarantino – 2013

36_-django-unchained-quentin-tarantino-2013Vengeance intime.

   6.7   Tout le cinéma de Tarantino est affaire de paradoxe. Et tout ce que l’on éprouve devant son cinéma l’est aussi. Dimension à la fois parodique et premier degré, bien plus encore depuis Inglourious basterds. Le souillon et l’hommage. La jubilation défoulatoire et l’envergure narrative. Et c’est justement depuis qu’il s’attaque à l’Histoire que l’esprit spaghetti s’est décuplé, tantôt matérialisé par l’incendie d’un cinéma dans lequel se retrouvaient coincés tous les pontes nazis, tantôt par le nettoyage explosif d’une famille d’esclavagistes. La vengeance a sans cesse marquée le cinéma de Tarantino mais toujours par delà le petit polar, les règlements de compte de petites frappes ou dans l’intimité d’un couple. Vengeance de la femme, aussi : épouse meurtrie ou groupes de nénettes. Mais jamais au travers de la grande Histoire, aussi uchronique fusse t-elle adaptée.

     Il y a deux forces qui traversent ce cinéma, l’une est formelle quand l’autre tient du scénario. Sans cette absolue confiance dans les possibilités que cet art lui offre, les films de Tarantino ne seraient pas grand chose, réduits à de simples pastiches des films dont il se réfère, on en aurait vite fait le tour. Il est en effet rare de voir dans ces films de genre de si longues séquences de dialogues et ces séquences chez Tarantino traduisent moins une volonté de jubilation creuse qu’une hypocrisie latente qui rode autour des personnages. Chacun porte son masque et les dupés sont suffisamment intelligents pour retourner la supercherie à leur avantage. Un acteur comme Christopher Waltz est né pour le cinéma de Tarantino, tant il en épouse par sa force tranquille tous les soubresauts d’un montage d’apparence aléatoire mais en fin de compte hyper canalisé. La scène du repas, à rallonge, à la fois douce et tendue, dense et futile, rappelle inévitablement celle du bar en sous-sol dans le film précédent. Le personnage avance chaque fois masqué mais c’est un masque de fortune car en face il y a toujours un œil qui détecte et grippe la machine du mensonge. Ce sont deux idées récurrentes que j’adore : la modification de l’identité et l’étirement de la scène.

     Donc, le grand choix, c’est Christopher Waltz, définitivement. Foxx et DiCaprio sont très bons mais éclipsés. Waltz était détestable dans Inglourious basterds, il était génial. Là c’est le samaritain et il le joue aussi à merveille. Et Tarantino traite de cette amitié improbable avec grand sérieux, ne remettant jamais en cause la bonté irrémédiable du dentiste. Il est d’abord un peu question d’un prêté pour un rendu, plutôt pour un soutien, avant que Schultz, touché par l’histoire d’amour de Django, ne l’accompagne, désintéressé personnellement, dans sa volonté vengeresse. Tout part de cette histoire contée un soir au coin du feu où Brumhilda, la belle convoitée par Django, évoque à Schultz l’histoire de Brunehilde et Sigurd. Dès lors, on ressent en lui comme un dévouement inébranlable. C’est très beau.

     L’esclavage est traité de manière frontale et relevée et la partie DiCaprio contient quelques séquences quasi insoutenables, mais systématiquement filmées avec la distance nécessaire : hors champ lorsqu’un esclave est jeté aux chiens, en variant les angles lors du très sanguinolent et terrifiant combat d’esclaves. La force principale du film est de savoir passer de ce climat malaisant à une vengeance jubilatoire. Le film choisit le point de vue de Django du début à la fin. Et le cinéaste se permet tout, peut-être encore plus de choses que dans ses films précédents, n’hésitant plus à dériver vers un grotesque niais, parce qu’il croit entièrement en ce qu’il raconte. La séquence Ku Klux Klan en est une tant elle dénote du reste, semble s’être immiscée clandestinement au montage, avec cet humour à rallonge, qui aurait suffit d’un unique gag autosuffisant ailleurs. Et puis la fin, bien sûr, avec cette danse chevaleresque de la victoire.

Inglourious basterds – Quentin Tarantino – 2009

Inglourious basterds - Quentin Tarantino - 2009 dans Quentin Tarantino 19149417

     7.0   J’aime beaucoup Tarantino, pas trop le personnage, mais son cinéma. Déçu par Kill Bill (un peu) je n’attendais ni Deathproof ni cet Inglourious Basterds. Et j’ai adoré ces deux films. Pour moi ce dernier c’est la synthèse du cinéma de Tarantino. Beaucoup parle de ressemblance avec Jackie Brown ou Kill Bill. Pour moi elle est évidente elle se situe davantage du côté de Pulp Fiction. Moins d’auto-référence, plus de références, ou clins d’oeil cinéphiliques. Même découpage en chapitres, et surtout en séquences. J’ai envie de dire une grosse ineptie et je vais la dire tiens: En un sens c’est comme chez Béla Tarr. Chez le cinéaste hongrois on ressort en se remémorant chaque plan, que l’on pourrait citer bout à bout tant il y en a peu. Chez Tarantino ce sont les séquences. Il les étire jusqu’à saturation, cherche même à nous rendre mal à l’aise (la toute première séquence, ou encore celle du bar en sous-sol). J’aime un petit peu moins la fin, sans doute trop brouillone et bourrine, mais tellement jouissive aussi. Tarantino a refait un film jouissif, un film avec des dialogues géniaux, à se rouler par-terre parfois. Et cette dernière phrase, aussi prétencieuse soit-elle, je l’ai trouvé fabuleuse !


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silencio


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