Archives pour la catégorie Raymond Depardon

Les habitants – Raymond Depardon – 2016

13346733_10153706025122106_9166040395331946717_nLa caravane passe.

   2.3   Je reste persuadé que Raymond Depardon est l’une des figures les plus importantes du cinéma documentaire qui a surtout œuvré durant les années 80/90 avant d’offrir une sorte de manifeste sublime avec sa trilogie Profils paysans entre 2001 et 2008. Il aurait dû s’en tenir à La vie moderne. Il ne reste aujourd’hui que des miettes de ce qu’il fut. Après le dispensable Journal de France, qui faisait office de documentaire sur Depardon lui-même, l’insipide Les habitants enterre définitivement le cinéaste, qui semble à court d’idées, veut raconter qu’il continue de sillonner la France mais sans le désir de faire du cinéma.

     Depardon embarque donc une petite caravane dans laquelle il a installé tout un barda de tournage. Il fait escale dans nombreuses villes, de Calais à Sète, de Nice à Villeneuve St Georges et décide de filmer, à l’intérieur même de sa caravane les gens qu’il va rencontrer au hasard, dès l’instant qu’ils acceptent de poursuivre ou reproduire leur conversation dans sa Raymond Mobil. Le plan est toujours le même. Fixe. En son sein, il y aura toujours deux personnes à une table, se faisant face. Et au second plan, la vitre arrière du véhicule donne sur une place, une rue dévoilant la ville dans laquelle on se trouve. Une fenêtre sur le monde, en somme.

     Plus ordonné, systématique et chiant tu meurs. D’autant que ces quelques échantillons ne témoignent de rien : Ni d’une éventuelle universalité ni d’un ancrage géographique précis. Chaque habitant succède au précédent, ressemble au précédent, dans des lieux qui se ressemblent puisqu’ils n’existent pas. Si les conversations sont souvent sans intérêt, c’est moins pour la banalité de fond qu’elles exploitent que pour l’aspect bribes de dialogues clairsemés : Deux minutes, à peine, pour la plupart d’entre eux toujours dans un esprit de coupes, de façon à ne garder que les paroles, jamais les silences ni les ratés (Les habitants jouent puisqu’ils reproduisent du réel) et puis hop, on passe au suivant dans la foulée. Il y a pourtant de la violence dans ces conversations, où l’on y parle de famille, de couples, d’enfants, dévoilant un affrontement abstrait entre hommes et femmes, mais ça ne débouche sur rien. Ça ne raconte rien.

     Clou du spectacle : Entre chaque ville, Depardon insère quelques plans de sa caravane en marche, serpentant les routes, en accompagnant chaque fois le tout d’une soupe musicale signée Alexandre Desplat. C’est si mécanique, redondant et sans surprises que ça parait durer une éternité. Bref, c’est atroce. Je vais me programmer une petite rétro de sa filmographie d’antan pour me laver les yeux parce que je ne vois pas comment un type qui fait Reporters ou San Clemente, peut s’égarer dans un tel désert créatif.

Journal de France – Raymond Depardon & Claudine Nougaret – 2012

32Raymond en fuite.

   4.4   De belles choses mais qui ne sont pas liées au film lui-même, c’est la première observation négative que l’on peut faire du nouveau film de Raymond Depardon, co-réalisé avec son ingénieur du son attitré depuis 1986, Claudine Nougaret.

Ce film là, très attachant, souffre d’un côté best of. En somme, il est au cinéma de Depardon ce que L’amour en fuite est à la saga Doinel de Truffaut. Depardon revient sur son cinéma, jusqu’à ses débuts photographiques. Si cela avait comme dessein de compléter sa dense filmographie, le film pourrait être passionnant, malheureusement, bien qu’il se nourrissent en majorité de chutes ou d’inédits, à de nombreuses reprises ce sont bien des séquences de films que l’on a déjà vu qui nous sont montrées. 1974, une partie de campagne ; Reporters ; San Clemente ; Empty Quarter ; Fait divers. Sans la moindre connaissance de ces excellents films, ces extraits s’insèrent parfaitement dans la chronologie narrée par Claudine Nougaret, qui agrémente le tout en voix off.

En parallèle à cette rétrospection facile, le Journal de France que j’attendais est plutôt intéressant dans la mesure où il s’intéresse, comme le faisaient ses précédents films, jusqu’aux magnifiques films constituant Profils paysans, aux aspirations du présent de Raymond Depardon. Le cinéaste a en effet choisi l’option de sillonner le territoire français qu’il connaît moins bien que certains pays africains, remarquera t-il à plusieurs reprises. Il décide d’effectuer, au moyen d’une petite fourgonnette, un petit tour de France, voyage dans les lieux inconnus, où il observe tout jusqu’à trouver le bon endroit, la bonne lumière et le bon angle pour prendre une photo à partir d’une chambre photographique. Cette partie de film me touche davantage car elle s’inscrit dans ses doutes et incertitudes qui le hantaient déjà il y a quarante ans quand il se demandait quoi choisir entre la photo et le cinéma.

Alors c’est vrai que l’on pourra reprocher à ce film là son manque de confiance dans l’épure de son cinéma (cette fuite en fourgonnette était pourtant le moyen de refaire un Empty quarter, son meilleur film à ce jour) et cette mécanique has been du montage parallèle, pourtant il se passe quelque chose de non négligeable c’est cette envie que le film procure de se pencher sur l’entière filmographie du cinéaste. Journal de France aura au moins ce mérite là. C’est la qualité de sa faiblesse, c’est presque publicitaire : il est destiné à celui qui n’a pas idée de l’importance de ce cinéma, voire qui ignore son existence…

Empty quarter, une femme en Afrique – Raymond Depardon – 1985

51.2Identification d’une femme.

   9.3   Il y a à la fois le désir de glisser vers la fiction et le besoin de rester accaparé par le réel. Empty quarter est un tournant dans l’œuvre de Raymond Depardon, un film témoin majeur de l’évolution de son cinéma, de ses quêtes, ses obsessions, ses doutes. C’est un film qui ne ressemble à aucun autre pour plusieurs raisons. Tout d’abord dans son ambition formelle, le cinéaste optant pour des plans qui suggèrent sa présence derrière l’objectif mais qui ne le montrent jamais, apparaissant alors uniquement par l’intermédiaire d’une voix off qui raconte au présent des sensations ou revient sur un instant comme souvenir emblématique d’un passé réel.

     Contrairement aux tous précédents travaux du cinéaste, de Reporters à San Clemente, Empty quarter est un film joué, c’est aussi un film scénarisé. Il y a pourtant un doute qui subsiste dans les premiers instants du film, un doute lié davantage à ce questionnement perpétuel du narrateur plutôt qu’à la mise en scène de ce corps féminin qui erre dans chaque plan. Cette errance est sublime au passage, ça devient l’occupation corporelle d’un plan, avec une volupté et une grâce déconcertantes. Ce corps c’est celui de Françoise Prenant, la monteuse des films de Raymond Depardon depuis Faits divers. Mais le cinéaste narrateur en parle vraiment comme si c’était une vraie rencontre, que c’était elle et personne d’autres. C’est très troublant. Et cela rejoint cette ambition de faire du réel dans la fiction. Raymond Depardon avoue hors film avoir vécu cette histoire de manière vaguement semblable à Saigon il y a quelques années. Empty quarter devient un film important pour lui, accoucher sur pellicule non pas quelque chose dont il ferait la découverte au présent, mais une sensation plus intime, une obsession qui le hante.

     La question de la bonne distance est présente dans chacun de ses films, il se la pose systématiquement. Il se demande si ceci filmé ainsi n’est pas vulgaire, si ceci filmé comme ça n’est pas voyeur. Rappelons-nous ces plans limites de Faits divers où il débarquait aux côtés de la police chez une femme qui venait de faire une attaque, il filme sa mort sans que ce soit prémédité puis filme le chagrin de son mari. C’était très gênant, très embarrassant et pourtant on sentait un soin apporté à cette question de la distance, une manière de filmer, de se mettre en retrait, de couper au bon moment. Dans Empty quarter, la question est de savoir comment filmer ce corps féminin à bonne distance et mettre en scène les mots de cet homme qui recouvrent tout, comment faire partager ce regard que l’on porte sur elle, comment érotiser sans vulgariser, c’est une question nouvelle chez Depardon.

     C’est un film d’amour, une obsession, c’est aussi une grande douleur, le film le plus radical de Raymond Depardon. Et ce qui fait sa force reste son ancrage dans le réel, ce parcours impossible dans le film qui fut le même lors du tournage. Bien sur, le cinéaste n’est pas dupe, le film aurait pu être fait entre quatre murs à Djibouti, mais ça ne l’intéressait pas, il fallait sentir cette progression, ce voyage à travers l’Afrique, comme un parcours chaotique, entre agacement et grâce. Les différences de lumière selon les lieux. Et surtout continuer de filmer l’extérieur pour que ça ne soit pas seulement un décor. Empty quarter est donc un grand voyage. Le voyage d’une obsession d’un homme pour une femme, d’une réciprocité qui ne s’établira jamais, au travers d’un continent, une Afrique aride et magnifique.

New York N.Y. – Raymond Depardon – 1986

New York N.Y. - Raymond Depardon - 1986 dans Raymond Depardon 14.-New-York-N.Y.-Raymond-Depardon-1986-300x218

Barrière de la ville.  

   7.9   Durant le premier plan, voyage téléphérique de jour entre les rues et gratte-ciel de la ville, la voix off, celle de Raymond Depardon lui-même, souligne son incapacité à s’accaparer de ce lieu, à filmer son énergie, son unité, à faire un film sur New York. Il dit avoir filmé un peu chaque jour durant quelques mois en ayant l’impression continue de le faire inutilement, de faire quelque chose qui irait à l’encontre de ce qu’il cherche, à savoir le film comme un reflet. Ces quelques mots qui accompagnent les premières secondes de ce non-film prennent alors une valeur tragique, désespérée. La ville est trop forte pour la filmer. Sa magie est telle que le cinéaste est obligé de capituler. Il rentre à Paris. De ce projet de long-métrage sur New York, Raymond Depardon gardera trois plans et en gardera le geste de celui qui reconnaît son impuissance, un court métrage de neuf minutes. Trois plans : un aller et un retour, en miroir, dans le téléphérique de la ville, le jour puis la nuit. Et un plan central d’une rue piétonne. Il a été choisi le noir et blanc comme pour souligner son inaccessibilité, son intemporalité, une ville si puissante qu’on n’ose lui mettre de couleur. A la manière du News from Home de Chantal Akerman, ce film témoigne d’un passage en ce lieu, trop fort pour le cinéma à chaque fois puisque dans l’un ce n’était pas le format qui dépareillait mais l’utilisation des mots, cette parole quasi inaudible, qui lisait des lettres envoyées en France mais se perdaient dans le bruit de la ville. New York N.Y. dit finalement beaucoup de ce que recherche Depardon par le cinéma, qui existe en écho à cet autre court métrage qu’est Dix minutes de silence pour John Lennon, dans lequel se produit exactement l’inverse, quelque chose germe, une sensation, une ambiance, une symbiose qui rend compte de la force de l’instant. Cette force là, Depardon ne l’aura trouvée qu’à Central Park, ce jour-là si précis. En l’absence d’un événement prémédité (rappelons qu’il avait aussi filmé la minute de silence pour Ian Palach à Prague) cette force, cette magie du cinéma n’ont pas séduit l’auteur, la grande pomme n’a rien voulu lui partager.

Dix minutes de silence pour John Lennon – Raymond Depardon – 1980

Dix minutes de silence pour John Lennon - Raymond Depardon - 1980 dans Raymond Depardon 03.-10-minutes-de-silence-pour-John-Lennon-Raymond-Depardon-1980-300x220

Ballet mutique et immobile.

   8.1   Le pari est spontané. Le cinéaste est aux Etats-Unis et apprend que l’on donne dix minutes de silence dans Central Park à la suite de l’assassinat de John Lennon la veille. Il avait fait la minute pour Ian Palach, mais dix c’est autre chose. Il se prostre alors au milieu de la foule et commence à filmer. De quelque chose d’un peu banal à première vue, presque télévisuelle dans son approche (gros plans sur des visages) commence à éclore peu à peu un truc incroyable, une respiration, un climat, l’impression que dix minutes filmées de cette manière là, à savoir en un seul plan-séquence, la caméra s’arrêtant sur un visage (ou plusieurs) puis se déplaçant vers un autre, deviennent uniques dans leur représentation de ce moment bien précis, un truc que l’on ne verra plus. C’est un silence qui pèse, longtemps, des visages marqués, certains en larmes, d’autres aux regards vers le sol, vers le ciel, dans le vide. Des positions singulières entre ceux qui restent debout sans bouger, ceux assis dans l’herbe, d’autres encore allongés, voire même quelques-uns uns perchés dans les arbres. Ça devient une chorégraphie de l’immobilité et du silence, tellement beau et harmonieux, singulier et cinégénique qu’on se demande comment cela a pu être possible sans organisation bien précise. La prise de son, évidemment délaissée, a malgré tout son importance sur deux points : un bruit d’hélicoptère qui couvre ces minutes en tournant autour du parc puis le retentissement d’Imagine de John Lennon en guise d’applaudissements à l’événement. J’ai trouvé ça incroyable. Ça dure dix minutes et c’est bouleversant.

1974, une partie de campagne – Raymond Depardon – 1974

1974, une partie de campagne - Raymond Depardon - 1974 dans Raymond Depardon partie2

Président.

   6.8   C’est déjà du cinéma de l’instantané. Un instantané dépourvu de sensationnalisme. Depardon réalise un film sur la campagne présidentielle de Valérie Giscard d’Estaing qui aboutira à son élection face à François Mitterrand. 50,81%. C’était le titre du film avant qu’il ne soit rebaptisé. C’était en pourcentage le score du futur président un soir de 19 mai 1974, une différence si infime avec son homologue que l’annonce n’a pu être officialisée aux heures habituelles, afin de préserver un éventuel bouleversement. Depardon s’intéresse aux jours qui ont précédés le scrutin, une campagne singularisée par la mise en scène et le choix de mettre en avant les instants rares : suivre la balade du futur président en forêt, être à ses côtés dans sa DS, dans son hélicoptère, saisir quelques mots prononcés lors des meetings, quelques mots échangés avec ses adjoints de campagne à son bureau, le suivre jusque chez lui, observant ses discours à la télévision ou attendant les résultats du second tour dans son bureau au ministère des finances. Tout concourt à mettre en valeur l’homme dans l’événement plutôt que l’événement même qui n’intéresse guère le cinéaste, comme celui de donner son avis sur la présidentielle. Depardon filme déjà les traces laissées, le reste n’a pas vraiment d’importance. Filmer une campagne dans sa singularité. Celle de Giscard comme ça aurait pu être celle d’un autre, je l’ai saisi ainsi.

 

Profils paysans – Raymond Depardon (L’approche – 2001 ; Le quotidien – 2004 ; La vie moderne – 2008)

Profils paysans - Raymond Depardon (L'approche - 2001 ; Le quotidien - 2004 ; La vie moderne - 2008) dans Raymond Depardon depardon_1

Parties de campagne.

   7.4   Le cinéaste filme un monde en disparition. Dix ans de la vie agricole en Lozère, Haute-Loire, Haute-Saône et Ardèche à travers le quotidien de retraités ou jeunes agriculteurs évoquant leurs exploitations, s’introduisant dans leurs fermes tout en les questionnant sur leurs valeurs de transmission, leurs craintes quant au statut d’agriculteur et les bouleversements provoqués par l’ère du temps. Raymond Depardon entreprend le documentaire à sa manière, selon une mise en scène privilégiant le plan-séquence afin d’apprivoiser ce métier (d’aucuns parleront de passion) comme un art de la patience, de la solitude et du silence. Pas de fulgurances édifiantes, simplement un noble travail de mémoire comme enregistrement d’un monde à part, voué à disparaître, traces laissées par l’Homme comme combat contre l’oubli.

     Les sous-titres de ces trois films formant une trilogie n’ont rien de catégoriques. On pourrait tout aussi bien considérer le tout, Profils paysans, comme un film unique de près de cinq heures, relatant une période de dix ans. Les trois films peuvent d’ailleurs se décliner ainsi, comme trois époques, mais elles ne sont jamais vraiment indissociables les unes des autres. Depardon n’hésitant par exemple pas à réintégrer dans La vie moderne le souvenir d’une rencontre vécue dans L’approche en y proposant certaines images déjà vues. Simplement, le film devient encore plus fort dès l’instant que l’on y rencontre à nouveau certains personnages rencontrés à plusieurs reprises, que le temps a fait évoluer, ou encore ceux que le temps a fait partir. L’approche se termine sur les obsèques de Louis Brès, agriculteur octogénaire qui fut l’une des premières rencontres filmées de Raymond Depardon. Dans la même lignée, Le quotidien s’achève sur une rencontre avec Paul Argault, jeune agriculteur cinquantenaire qui s’inquiète de sa faculté à rencontrer une femme et La vie moderne commencera sur son mariage avec une jeune femme rencontrée via petites annonces.

     A la différence d’autres documentaires plus pédagogiques, c’est le cinéma qui intéresse Depardon comme instrument à faire vivre les lieux et à témoigner du passage du temps. Un jeune agriculteur dira un moment, en évoquant le départ accidentel d’une de ses voisines retraitées, qu’il est le dernier du village, que c’est une nouvelle maison qui a cessé de vivre. Ceci résume assez bien la démarche du cinéaste qui outre de nombreux face à face (il privilégie régulièrement la parole par personne) plonge son film dans l’ambiance du lieu, plans fixes sur la cour d’une ferme, le village en son entier, les champs ou encore, en mouvement avant puis arrière dans l’introduction et l’épilogue de La vie moderne. Les plans sont majoritairement longs et s’ils n’ont pas vraiment de volontés esthétiques ils cherchent à reproduire le réel, offrir par la durée un climat, une vérité sonore, ne se séparant aucunement des creux que certains dialogues provoquent. Et le film se veut un voyage, d’où chaque rencontre, dans une région qui lui appartient, provoque inévitablement un déplacement, que Depardon, à la manière d’un road movie, n’hésite pas à insérer dans le film, accentuant l’idée évolutive, l’idée d’un chemin tracé dans l’histoire de la vie agricole moderne. La transmission du patrimoine ou la transformation d’exploitations en résidences secondaires. Ça a un goût terrible car c’est inéluctable, c’est un monde qui change. Et la démarche cinématographique est d’autant plus touchante de la part de Raymond Depardon, qui en temps que fils de paysans, se trouvent lui aussi dans ce registre douloureux de la destruction transmissive puisqu’il a choisi, comme d’autres ont choisi l’industrie ou le tertiaire, de faire du cinéma plutôt que de servir de relais au métier éternel de ses parents. C’est aussi un cinéma du questionnement sur soi, ce que Raymond Depardon, au-delà de ses travaux photographiques, a toujours essayé de faire, afin de comprendre ce qu’il est aujourd’hui en éclaircissant son propre passé. Les trois films sont à voir à la suite, la puissance émotionnelle n’en est que plus forte.

La Vie Moderne – Raymond Depardon – 2008

La Vie Moderne - Raymond Depardon - 2008 dans * 2008 : Top 10 18404314Les oubliés.

   8.2   La voix de Raymond Depardon nous guide dans ce paysage de campagne que nous sillonnons afin d’en savoir davantage sur le mode de vie, l’état d’esprit des autochtones, de ces agriculteurs condamnés à la solitude éternelle dans ces quatre coins de la France.

     Ces gens de la terre qui apparaissent aussi forts que fragiles, conscients du devenir désastreux de leur métier, de leur passion plutôt puisque comme le dit cet agriculteur « On ne dit pas que l’on aime ce métier, on dit que l’on est passionné. »

     C’est donc un constat très dur, mélancolique d’une culture sans avenir. Puisqu’il n’y a pas de relais. Entre crise de générations, problèmes financiers, problèmes divers liés aux troupeaux, à la terre, aux mauvaises retraites, c’est un peuple touché économiquement mais que la politique a laissé tomber. Réflexion aussi sur la mort, la succession, le désir de faire autre chose, les projets inaboutis… Quant aux personnages, Marcel, Raymond et consorts, même si l’on ne comprend pas toujours ce qu’ils disent, leur regard, leur tristesse, leur joie sont très touchantes et on prend plaisir d’être Depardon le temps d’un film car toutes ces questions nous aurions aussi aimés les poser. On approche tout cela en musique, sous le requiem de Fauré ou tout simplement avec la voix du cinéaste, des paysages magnifiquement filmés ; c’est un vrai caviar pour nos yeux ébahis de spectateur.

     C’est un film sensible, bouleversant par sa simplicité, son honnêteté, et qui évite toute mièvrerie et misérabilisme qui nuiraient à l’œuvre. Un documentaire photographique, parce que les images sont sublimes, les cadrages très travaillés, qui aurait sans doute gagné (je parle pour moi là !) à être vu après les deux premiers, ce qui doit renforcer l’émotion, car les documentaires précédents sont partiellement évoqués. La fin est une des plus belle de l’année : poétique, grave et lumineuse.

     Donc, cette année, après avoir vu les laissés pour compte de la rue dans un quartier du Queen’s dans Chop Shop, les laissés pour compte gitans de Marseille dans Khamsa, voici les laissés pour compte de la campagne oubliée.


Catégories

juin 2017
L Ma Me J V S D
« mai    
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930  

Auteur:

silencio


shaolin13 |
Silyvor Movie |
PHILIPPE PINSON - ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Playboy Communiste
| STREAMINGRATOX
| lemysteredelamaisonblanche