Archives pour la catégorie Richard C. Sarafian

Point Limite Zéro (Vanishing Point) – Richard C. Sarafian – 1971

14445087_10154010275152106_7096015747193580428_oRoad « soul challenger » trip.

   8.6   Vanishing point est hanté par un regard, celui de Kowalski, ancien pilote de course professionnel, ancien du Vietnam, ancien cascadeur, ancien flic aussi ; Un regard désenchanté, qui semble avoir vrillé depuis longtemps, un passé que les superbes autant qu’ils sont discrets flashbacks, disséminés ici ou là, vont éclaircir afin d’apporter à ce regard perdu une émotion à partager, une douleur à confesser ; Vincent Gallo s’en inspirera beaucoup pour son déchirant The brown bunny.

     Mais à l’inverse de Bud, Kowalski n’est pas en quête, ni d’un deuil à construire sur l’asphalte désertique (Son quotidien est mécanique : il conduit des voitures d’un endroit à un autre) ni de fleurs qui pourraient lui rappeler celle qui s’est fanée, un jour, dans l’océan – L’image terrible de cette planche de surf, abandonnée sur le sable. Ce sont des légendes déchues, réfugiés dans le silence, rongés par la solitude. Les derniers héros américains – Pour reprendre les mots de Super soul.

     C’est à Denver, dans le Colorado, que la Dodge Chevrolet 1970 blanche embarque Kowalski (et non l’inverse) dans sa course folle, cavale qui se poursuit dans les plaines arides du Nevada avant de s’achever dans la chaleur californienne. A Cisco, plus précisément, là où le film s’ouvre, dans un village paumé, qu’une droite ligne de bitume vient traverser et sur laquelle on a disposé des bulldozers en guise de barrage de police. C’est la fin de la course.

     Un retour en arrière s’impose, deux jours plus tôt, pour comprendre cette issue macabre, cette image de bolide que l’on imagine s’écrasant sur ces monstres d’acier, tandis qu’il devait sillonner le pays jusqu’à San Francisco, contre un peu de thune. Une sale affaire de jag dans le fossé, d’une part puis deux autostop malveillants ensuite. Et voilà Kowalski coincé dans le seul endroit où il est impossible de se cacher, ou presque – Superbe séquence de cache-cache improvisée sous des arbustes, avec le vieil homme aux serpents, rencontrés là, errant comme tant d’autres.

     Dans ce dernier voyage, aux allures de doux purgatoire, Kowalski fait à nouveau figure de légende à travers le pays, un baroudeur innocent mais poursuivi bientôt par une véritable horde de forces de l’ordre. Il sera donc épaulé, hors-champ par un pays qui sacre son dernier hippie, mais aussi par la radio Kow (bientôt rebaptisée Radio Kowalski) et son trublion et aveugle présentateur SuperSoul qui fait de Kowalski son idole révolutionnaire, le dernier symbole de liberté – Un moment donné, via une astuce de montage, on croit même qu’ils dialoguent tous deux. Un accompagnant médiatique qui sera fatalement la cause de sa chute.

     Et avant l’issue fatale, Kowalski va entrevoir des visions douces, trouver des correspondances funèbres : Au sayonara déclamé par sa femme dans ce souvenir halluciné répond le Vaya con dios du vieil homme aux serpents. Et croiser des regards. Chez Gallo ce sont des rencontres aussitôt avortées. Chez Sarafian, ces figures féminines qui viennent croiser le regard de Kowalski sont des présences purement fantomatiques, ici une lumière blonde qui semble surgir de l’asphalte aux abords d’une station essence, que Kowalski observe, avec l’insistance d’un regard en plein rêve éveillé ; Plus loin, l’apparition d’une hippie, nue sur une moto, lui offre l’image d’un bonheur sauvage, éternel et des amphétamines pour garder le sourire. Il n’a plus qu’à s’en aller mourir.

Le fantôme de Cat Dancing (The man who loved Cat Dancing) – Richard C. Sarafian – 1973

14184401_10153934225132106_1705574867230153612_nCat reappearing.

   8.4   On a souvent entendu dire que Sarafian était l’homme d’un seul film, Point limite zéro. Après avoir découvert, il y a quelques mois, Le convoi sauvage puis maintenant Le fantôme de Cat Dancing, il est évident que c’est faux. Effectivement, ce sont des films qui tranchent moins en tant que précurseur du Nouvel Hollywood, puisqu’ils appartiennent plutôt à ce genre mourant qu’est le western. Mais cet aspect « Dernier chant du cygne » qui hante le récit, avec ce casse pour la rédemption, offre au film une singularité forte qui n’est pas sans rappeler ce qu’en fera Cimino quelques années plus tard, dans Heaven’s gate. Film testament, agonisant, réchappé des limbes.

     Dans Le fantôme de Cat Dancing, les cow-boys hors-la-loi sont plus fragiles. Il faut un interminable combat à mains nues à Jay Grobart pour se débarrasser de Dawes, venu récupérer son butin. Une microseconde pour que les trois-quarts du convoi soient torpillés par une embuscade indienne. Quant à Billy, il mourra des suites de ses blessures : Un mauvais coup mal placé, durant une bagarre, qui rappelle un autre coup de pied fatal, cruel, dans Thunderbolt & Lightfoot, de Cimino, encore lui, sorti la même année.

     Comme dans Le convoi sauvage le film glisse lentement vers un affrontement final qui n’aura pas lieu. Pas dans la tradition du genre, du moins. L’explication de cette rupture du schéma conventionnel est simple : La fuite et la poursuite ne constituent pas le point essentiel du récit, puisque celui-ci est construit autour de thématiques périphériques qui se chevauchent à merveille, avec cette histoire d’amour en miroir (physique et mystique), la quête filiative et la culpabilité mystérieuse. Grand et grave personnage que ce Jay Grobart, chef de gang du convoi, qui ressemble finalement beaucoup à Bass (Le convoi sauvage) et Kowalski (Vanishing Point) dans sa rupture d’avec le monde. Burt Reynolds y est parfait, opaque, taiseux, avec ce romantisme sous-jacent qui fait parfois, inopinément, soulever un sourire ou offrir une brève palabre poétique.

     Pourtant, le film fait aussi et surtout le portrait d’un autre personnage, une femme, Catherine Crocker (Sarah Miles, magnifique) qui vient apporter ce contrepoint au personnage de Grobart, puisqu’elle se situe complètement dans la fuite, de son mari, de sa vie bourgeoise. C’est d’ailleurs sur elle, cavalière distinguée, que le film s’ouvre, alors qu’elle chevauche des étendues désertiques, sous son ombrelle, afin de rejoindre le train. Train qui sera le terrain de chasse (aux pièces d’or) de Grobart. Ce qui est très beau c’est de voir comment elle occupe l’espace à mesure qu’elle s’ancre dans le groupe, d’abord sous la contrainte (L’empêcher de s’enfuir et de parler) puis dans son attachement précoce à son ravisseur ; Avant d’être prisonnière de l’invisible : Une femme, dont tout le monde parle, morte mystérieusement, portant un nom similaire au sien. Du coup, par rivalité, Catherine se transforme en Cat, remplace ses manières victoriennes par une sensualité squaw et se heurte, comme les deux mondes, L’homme blanc face à l’indien, à l’impossibilité de cohabiter avec celui dont le cœur meurtri est déjà pris. Cat Dancing n’est d’aucun plan mais dans son évocation, quasi de tous. Ce qui achève de faire de cette merveille, romantique et désespérée, un pur film de fantôme.

Le convoi sauvage (Man in the wilderness) – Richard C. Sarafian – 1972

09.-le-convoi-sauvage-man-in-the-wilderness-richard-c.-sarafian-1972-900x571Initiation parallèle.

   8.3   Sorti dans la foulée de Vanishing point, Man in the wilderness, western rescapé du Nouvel Hollywood, apprivoise la province de Soria, En Espagne, pour imiter les étendues du Nord-ouest américain. Des trappeurs traversent le pays avec des peaux de castors, dans le but de les vendre, ainsi qu’un vieux rafiot tiré par des mules. Il y a dans l’abnégation du capitaine Henry une sorte de Fitzcarraldo avant l’heure, dans cette fuite impossible sur des eaux gelées et dans son aliénation malade certes moins absurde puisque son eldorado n’est autre que la transformation de ses peaux en or. Un peu de Moby Dick aussi ; Rien d’étonnant alors à voir John Huston camper ce rôle-là, nouvel Achab et véritable masse indéfinissable, qui s’ouvre un peu sur la fin.

     Son premier objectif est de filer tout droit vers le fleuve. A ses côtés, Zachary Bass, leur montre la voie et chasse le cerf. Jusqu’au jour où il rencontre un ours, pas commode. Laissé pour mort ou presque par le convoi – Il est demandé à deux d’entre eux de le veiller jusqu’à son ultime soupir puis de l’enterrer, mais devant les ressources improbables de Bass et les indiens à leurs trousses, ils l’abandonnent – et surtout par celui qui l’avait plus ou moins adopté, Bass survit là où personne n’aurait pu survivre et se transforme en bête : Il se cache sous un tas de feuille mortes pour masquer l’odeur de son sang, rampe entre les arbres, fabrique des pièges à lapins, dévore un morceau de bison chouré à une armada de loups affamés, puis se remet peu à peu et difficilement sur pieds – La réussite du film tient aussi beaucoup à la patience avec laquelle il observe Bass se remettre en selle – et traverse le pays désormais en solitaire, avec comme point de mire de rejoindre le convoi et de se venger de ceux qui l’ont abandonné.

     Depuis tout gosse, Richard Harris restait pour moi le chasseur chassé par l’orque, ce bon gros fumier de pêcheur détestable, dans Orca, de Michael Anderson. Son personnage est à peu près tout l’inverse ici puisque dans sa résurrection, moins de vengeance (Rien à voir avec l’évolution du dernier film d’Inarritu) que de retour vers le socle familial, vers le fantôme d’une femme (un rêve/flashback nous apprend sa mort) qu’il a délaissée par passion et vers un enfant qu’il n’a encore jamais vu ; Moins de forces obscures symboliques (Il ne va pas jusqu’à dormir dans les entrailles d’une canasson) que d’abandon aux doux reflets de la nature : Magnifique séquence du lapin blanc blessé.

     Dans sa première partie, le film aligne quelques retours gracieux mélangés à diverses hallucinations pas si gratuites dans leur incrustation puisqu’elles sillonnent l’état second dans lequel Bass, gravement blessé et revenu d’entre les morts, se situe. De la même manière, du côté du convoi réside la crainte de le voir réapparaitre qui leur fait croire à sa présence dans une épaisse brume nocturne qui peut avoir inspiré Carpenter. Dans son voyage in wilderness, Bass croise aussi ces indiens que le convoi fuit et bombarde périodiquement à coups de canons, mais selon une approche complètement différente. Il observe de loin leur passage, se cache dans des recoins de chemins, tombe sur une indienne en train d’accoucher le temps d’une séquence somptueuse. Et s’éveille progressivement au retour. Non un retour dans le rang mais vers la maison, traduit par une ultime séquence d’une extraordinaire beauté.


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silencio


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