Archives pour la catégorie Richard Fleischer

Vingt mille lieues sous les mers (20,000 leagues under the sea) – Richard Fleischer – 1955

05. Vingt mille lieues sous les mers - 20,000 leagues under the sea - Richard Fleischer - 1955Le monde de Nemo.

   7.5   Soit le film qui fait la combinaison de deux explorateurs, l’un de papier, l’autre de l’écran : Jules Verne & Walt Disney. Fleischer ne sera que le brillant artisan-exécuteur de cette affaire, qui repose aussi sur les présences de Kirk Douglas, Paul Lukas, Peter Lorre & James Mason. Excusez du peu. Le premier sera un courageux harponneur, les deux suivants un homme de science et son vaillant conseiller, quant au quatrième il s’agit ni plus ni moins que de l’énigmatique Capitaine Nemo, politicien fou et torturé. Un poulpe géant fera donc office de grand méchant quand Peter Lorre sera lui tout gentil, voilà en partie sur quoi s’appuyait la promotion du film, qui faisait aussi dire à Kirk Douglas qu’il allait se battre contre un requin et une tribu cannibale mais que son plus grand mérite ici allait être de pousser la chansonnette accompagné d’un ukulélé en tortue. Mais le cœur du film se joue avant, à mon sens. Dans la découverte du Nautilus (visuellement fascinant et bien aidé par le Scope et le Technicolor) dont on croit d’abord qu’il est un monstre marin qui dévaste les frégates du Pacifique avant de comprendre qu’il est un navire insubmersible qui renferme la folie d’un seul homme,  explorateur et terroriste. Rien que pour ce glissement (vers le Nautilus, vers Nemo, vers le monstre) et pour l’exploration sous-marine qui en découle, Vingt-mille lieues sous les mers est un très beau film d’aventure.

     J’aime aussi beaucoup le film pour l’imaginaire qu’il charrie et auquel il me renvoie, par nostalgie : L’intérieur du Nautilus à quelque chose de celui de la fusée dans Tintin – Faut-il rappeler que l’un des ouvrages de Jules Verne s’intitule « De la terre à la lune » ? – et des similitudes dans les personnages se ressentent, au point que l’on peut considérer que Milou est remplacé par l’otarie Esmeralda. Mais c’est aussi un cinéma maritime, que j’affectionne et qui probablement s’en inspire, que le film convoque par touches. Les portes étanches qui referment les compartiments inondés lors de l’avarie provoquée par l’explosion ne sont pas sans rappeler celles de Titanic ; Quant au voyage à travers le vaisseau, ses pièces, son ambiance métallique, son arbre d’hélice, c’est bien entendu à L’aventure du Poséidon (Peut-être Le film de mon enfance) auquel je songe ; On pourrait aller plus loin et voir les prémisses d’Alien dans ces couloirs, celles de Das boot dans l’immensité maritime qui enveloppe ce monstre d’acier. Quant à ce hublot géant, cette façon si singulière et poétique – Ah, la mort du Capitaine Nemo – qu’il a de s’ouvrir sur l’océan, il me renvoie à la structure vitrée de l’Atlantis de Stromberg dans mon James Bond préféré, L’espion qui m’aimait. Bref, tout ça pour dire que c’est un film que j’aurais probablement adoré voir et revoir, gamin, mais que de le découvrir aujourd’hui ne me le rend pas moins sympathique, au contraire.

Terreur aveugle (Blind terror) – Richard Fleischer – 1971

21. Terreur aveugle - Blind terror - Richard Fleischer - 1971La maison des tortures.

    9.0   Dès les premiers plans, Terreur aveugle annonce le giallo. Et le cinéma de Brian de Palma. Comme le premier, le fétichisme du détail – Les santiags étoilées, les mains gantées, le visage invisible – se nourri d’un savant découpage. Comme le second, l’héritage hitchcockien est évident. Et si la douche s’amuse du clin d’œil à Psychose, il y a du Frenzy (avant l’heure) dans l’air, sans doute parce qu’on est dans le Berkshire. Mais bientôt ça vire vers quelque chose de plus sale encore, tendance Massacre à la tronçonneuse. Dans la forme mais pas seulement : Incroyable de constater combien on a maintes fois copié son déroulement mais jamais sa maestria rythmique. C’est le film anxiogène ultime. Une matrice de survival.

     Ainsi, Terreur aveugle lance ce sous-genre de thriller dans lequel l’héroïne souffre d’un handicap, comme le dit Nicolas Saada dans la préface de l’édition blu ray. Je ne reviens pas sur les exemples qu’il donne mais je complète par un autre tant le film m’a sans cesse rappelé un autre que j’aime beaucoup : La main sur le berceau, de Curtis Hanson. Dans ce dernier l’héroïne était asthmatique, ce qui offrait une place importante à un objet, l’inhalateur, fétiche de film d’épouvante comme un autre. On peut aussi dire que Blink, avec une Madeleine Stowe aveugle fait directement référence à Terreur aveugle mais avec nettement moins de finesse et de mise en scène, dans le peu de souvenirs que j’en ai.

     C’est un film très physique parcouru de purs instants de sidération et de forts partis pris. L’un d’eux concerne la séquence pivot de l’attaque, un carnage qui restera hors champ de façon à ce qu’on reste aux côtés de Sarah – Déjà qu’on voit, nous – plutôt que dans un schéma omniscient classique avec montage alterné et autres facilités de narration. Une idée géniale parmi d’autres c’est que le film se déroule quasi exclusivement de jour. Dans la mesure où son personnage est aveugle, pour elle c’est toujours la nuit : Inutile donc de doubler l’effet. Il y a quelque chose de terrible à voir Mia Farrow (qui sort de Rosemary’s baby) à tâtons dans cette maison gigantesque aux multiples pièces, recoins, portes, bibelots. Et le film de nous familiariser d’abord avec ce lieu de façon à ce que son impact (en temps réel) dans la deuxième partie soit plus intense.

     Ce qui frappe c’est le sens des détails et notamment via ces nombreuses scènes miroirs : L’arrivée de Sarah lorsqu’elle bute sur la colonne du hall d’escalier, derrière laquelle elle se cachera plus tard pour échapper à l’agresseur ; l’oncle qui dit de faire attention à la porte de la cave dans laquelle elle échouera aussi un moment donné ; les plans sur la gourmette du tueur, sur les éclats de verre dans la cuisine, qui évidemment auront une importance conséquente par la suite. L’escapade romantique à cheval – qui déjà résonne avec son accident d’équitation qui  a provoqué sa cécité – permet elle aussi une scène miroir tout en tension un peu plus tard. Mais déjà cette scène détachée est en rupture, perturbée par les éléments et la mise en scène : Le temps se gâte, les feuilles et les branches saturent chaque plan.

     Le retour de Sarah marque le vrai tour de force du film, un interminable monstre d’angoisse, par ses pesants silences, sa gestion de l’espace, sa découpe des plans. Un homme sans visage d’un côté, invisible, introuvable, endormi ; une fille aveugle de l’autre, insouciante, qui croit que sa famille dort. Mia Farrow navigue entre les bouts de verre, tondeuse égarée, bijou perdu et les cadavres éparpillés sans se rendre compte de rien. L’apparition du premier corps, Sandy, sa sœur, provoque un frisson absolu. Le second c’est quand elle bute sur le jardinier, rescapé mourant. Le plus beau jump scare de cinéma ?

     La découpe des plans impressionne : Aux gros plans, zooms et décadrages violents dès qu’on se trouve en présence du tueur répondent une composition plus douce, plus classique mais très élaborée aussi, en compagnie de la jeune femme. Mais dès que les deux mondes se rencontrent la mise en scène de l’un contamine l’autre : Le film sera tendu, sec jusqu’au bout. Son héroïne s’ouvre le pied, tombe dans les escaliers, se prend des branches d’arbre dans la gueule, se retrouve enfermée dans une cabane isolée, se perd dans la glaise. C’est insoutenable.

     S’il y a pourtant des indices quant à l’identité du tueur qui semble connu de tous – Le barman qui lui enlève les pieds de la banquette sans rien lui dire, comme s’il était son père. Et bien entendu l’ouverture où il s’impose devant le chauffeur d’une voiture qui lui demande poliment de bouger – le film attend la dernière séquence pour le dévoiler. Peut-être que ce n’est pas ce qu’il réussit le mieux mais qu’importe, l’apparition de ce visage dans le miroir de la salle de bain et la séquence, hyper rude, de la baignoire qui s’ensuit font partie des trucs les plus crispant qu’il m’ait été donné de voir.

     Au rayon des films influencés par Terreur aveugle j’en retiens essentiellement deux. La séquence chez les gitans renvoie inévitablement à Eden lake. D’autant que le prénom sur la gourmette y est (assez bien) transposé en noms de chiens sur les gamelles de croquettes. Et puis Bonnie & Clyde (le nom des chiens) c’est aussi une manière de renvoyer au Nouvel Hollywood, mouvement dans lequel Terreur aveugle mérite amplement sa place. Aussi, il est évident que La traque, de Serge Leroy, s’en inspire tant les « Help » à répétition de Mia Farrow perdue dans la glaisière évoquent ceux de Mimsy Farmer dans les marécages.

L’Étrangleur de Boston (The Boston Strangler) – Richard Fleischer – 1968

06. L'Étrangleur de Boston - The Boston Strangler - Richard Fleischer - 1968Ecran schizo.

   8.0   Ce qui frappe dans un premier temps c’est l’utilisation abondante du split screen. Jusqu’à parfois morceler l’écran en quatre. Première fois que je voie le procédé utilisé de la sorte, je crois. Cela permet aussi bien de multiplier les points de vue, de voir évoluer la victime et le tueur dans le même espace temporel, ainsi que celui des témoins directs (une voisine découvrant le corps, par exemple) voire indirects, puisque le procédé est aussi utilisé durant l’enquête policière. Surtout on a le sentiment que ces « cases » forment des colonnes de brèves, comme si cette première partie de film constituait un recueil de faits divers qu’on feuilletterait avec la même distance que celles de policiers dont les recherches patinent. Mais cela permet aussi de préparer le terrain de la seconde partie, donc de créer une sorte d’écran schizophrène, relié à la personnalité du tueur. Une heure hyper impressionnante, donc, sèche autant qu’elle s’avère répétitive – On est d’ailleurs au bord du trop plein d’écran divisé un moment donné, au bord d’un dispositif nauséeux.

     C’est alors qu’à la manière de ce que fut le Psychose, d’Hitchcock ou plus tard son Frenzy, le film va changer de braquet brutalement. Il n’y avait pas de personnage vraiment identifiable et là, d’un coup, il y a un homme à l’écran, un père de famille, devant sa télé regardant, ému, les obsèques du président Kennedy. Il prend sa fille sur ses genoux, puis se lève, embrasse sa femme, sort de chez lui, prend sa voiture, entre chez une femme. Il n’est pas question pour Fleischer de montrer la suite comme il n’était pas question de montrer les agressions précédemment. Point de voyeurisme malsain ici, au contraire, le film tente d’apprivoiser ce personnage irrécupérable mais récupéré par son trouble. Difficile de ne pas penser à M le maudit. La suite c’est encore un autre film. Le dernier échange, avec une fois de plus un Henry Fonda magnifique et un Tony Curtis (incarnant le vrai Albert DeSalvo, auteur de treize meurtres au début des années 60) absolument monumental, offre une fin de film incroyable. Grosse calotte.

L’énigme du Chicago Express (The Narrow Margin) – Richard Fleischer – 1953

the-narrow-margin_302978_27751Aller sans retour.

   7.5   Outre le fait que ce Fleischer se déroule quasi entièrement dans un train, à l’exception de deux escales – les dix premières minutes qui nous y conduisent et une plus brève un peu plus loin – le film parvient à garder un rythme hallucinant d’un bout à l’autre, voguant entre cabines, étroits corridors et voiture bar avec une aisance de déplacement bluffante – accentué par de nombreuses prises caméra à l’épaule. Souvent relayé par de classiques transitions « train en marche » (afin de respirer un peu) et de salvateurs fondus enchainés (les bielles de la locomotive qui se transforment en lime à ongles, notamment) voire des surimpressions permettant de rester sur le même tempo tout en faisant avancer le récit, à l’image des deux/trois scènes de télégrammes ajoutées sur le mouvement du train, L’énigme du Chicago express est une formidable film noir dans la tradition du genre. Le récit est sec, famélique (une banale histoire de protection, le temps d’un voyage ferroviaire, d’une veuve d’un grand bandit, qu’une poignée de malfrats cherche à abattre, qui doit témoigner tout une liste de personnes compromises dans les affaires de son mari) et sans fioritures (1h11) si ce n’est cette fine thématique du double qui provoque un twist gratuit mais bien vu, aux trois quarts. Autrement, les dialogues vont à l’essentiel, Fleischer leur préférant les articulations physiques qui se nouent autour de sept/huit personnages, tout au plus et la tension que l’exiguïté du décor vient renforcer. A part ça, c’est fou ce que January Jones (Mad Men) me fait penser à Jacqueline White, dans ce film tout du moins.


Catégories

Archives

décembre 2019
L Ma Me J V S D
« nov    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Auteur:

silencio


shaolin13 |
Silyvor Movie |
PHILIPPE PINSON - ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Playboy Communiste
| STREAMINGRATOX
| lemysteredelamaisonblanche