Création / Récréation.
7.0 Il s’agit moins d’un film sur la Nouvelle vague qu’un film centré sur la genèse et le tournage d’A bout de souffle, de Godard. C’est déjà un peu réducteur tant le titre embrasse à priori davantage. Mais qu’importe, le film de Linklater n’a pas la prétention de restituer le courant et l’époque de façon exhaustive. Il brille avant tout par sa légèreté. C’est un peu Dazed and confused aux Cahiers du cinéma. Un film sur la jeunesse et la liberté, de vivre le cinéma et de faire du cinéma. Un doux éloge de la fabrication.
C’est presque un film-fantasme – qui revient tourner sur les lieux de tournage du dit-film – qui ambitionne de recréer cette époque par le prisme d’un regard et c’est assez réussi, on y croit, on aime ces personnages, cette liberté, cette envie de faire du cinéma. J’aime beaucoup l’idée simple de sous-titrer l’apparition de personnalités (cinéastes, critiques-cinéastes, acteurs, techniciens, journalistes à la même enseigne) en les plaçant face caméra deux secondes : Linklater ne cherche pas à créer un jeu de piste bidon.
Le film est certes beaucoup trop centré sur Godard – « c’est lui le vrai génie » peut-on entendre au détour d’une réplique de fan – mais c’est aussi un film de point de vue, celui de Richard Linklater. C’est un film sur la nouvelle vague Godard, en somme, un making off reconstitué des vingt jours de tournage d‘A bout de souffle. Et fétichiste dans la mesure où Linklater filme Nouvelle Vague (presque) comme Godard filmait À bout de souffle. Mais de façon plus ludique que présomptueuse. D’ailleurs À bout de souffle est avant tout un grand film de montage, donc s’intéresser à son tournage vaut déjà de n’en saisir qu’une infime partie de son anomalie.
C’est un film léger et très drôle, notamment les moments avec Coutard et De Beauregard et bien entendu les nombreuses citations cinglantes de Godard, les journées de tournage écourtées ou annulées : « On se voit demain, j’ai plus d’idées ! ». Il y a aussi cette joie de croiser rapidement Melville et Bresson, de débarquer sur leurs tournages de Deux hommes à Manhattan et Pickpocket. Cette joie de revoir le contrechamp de la séquence du New York Herald Tribune avec Coutard dans un chariot postier poussé par Godard. Il faut dire combien ces acteurs français sont impeccables – dans le film d’un texan, bordel – et pas uniquement pour leur ressemblance et mimétisme. Ils sont tous inconnus au bataillon et jouent vachement bien.
C’est le film de quelqu’un fasciné par Godard. Clairement. Et je pense que c’est une jolie façon de fêter Godard. Il y en a mille, Linklater a choisi celle-ci. Non pas par l’encyclopédie et le monument (comme j’ai pu le lire ici et là), encore moins sous le prisme nostalgique (bien que visuellement proche, son film n’en reprend pas du tout le style chaotique godardien, mais plutôt une approche linéaire très américaine) mais par la fraîcheur du mouvement, la joie de la création, la beauté fragile de la fabrication.



Céline et Jesse vont en bateau.
“No way! That’s so punk rock.”
School’s out for summer.
Casting a glance.