Archives pour la catégorie Ridley Scott

Seul sur Mars (The Martian) – Ridley Scott – 2015

Seul sur Mars (The Martian) - Ridley Scott - 2015 dans Ridley Scott The-Martian-Matt-Damon-Hamilton-Watch-5« Mars will come to fear my botany powers »

   6.3   Je pense qu’il faut vraiment prendre ça comme une comédie dans l’espace ; une mission de sauvetage amusante, un peu ringarde, avec bouffées d’héroïsme et charme rétro que cela engendre. A ce niveau l’exercice est vraiment réussi. C’est un défilé de rebondissements où chaque problème s’ouvre sur un autre, chaque solution aussi éphémère qu’illusoire appelle la suivante, jusqu’à trouver la bonne combinaison dans cette infinité de paliers improbables à franchir et terminer le voyage par un happy-end programmé.  

     Comment ne pas mourir de faim en restant seul sur Mars ? On fait pousser des patates dans son propre caca. Comment ne pas abandonner après l’explosion de ses récoltes ? Une bâche fera l’affaire. Comment se faire comprendre avec des captations circulaires insuffisantes pour utiliser l’alphabet ? Système hexadécimal. Comment gagner du temps pour retourner sur Mars ? On utilise la force gravitationnelle. Comment se propulser à la bonne vitesse dans l’espace ? Une explosion de Sas et hop. Comment réduire de trois-quarts le poids d’une navette spatiale ? On remplace son nez par une bâche, encore elle. Ça fait un peu nanar de luxe raconté ainsi mais je le répète, le film n’a pas plus d’ambition que de se faire son propre Il était une fois l’Espace, version pop corn.

     Le film n’est pas ouvertement construit ainsi mais il reprend les codes des films catastrophes de la vieille école. Et il le fait bien. On ne voit pas le temps passé. Il est limpide malgré le magma de jargon scientifique et physique qu’il nous assène – puisqu’il sait le rendre concret – et  malgré le montage parallèle rébarbatif NASA/MARS qu’on doit ingurgiter en permanence. Rien n’est pesant, tout passe tranquille. Il utilise sa matière comique sans trop de lourdeur, autant dans la coolitude affichée de Matt Damon (Le mec est seul sur une autre planète pendant des mois, mais ça va ; il vanne, s’auto-vanne, c’est cool) que dans les interactions diverses entre chaque entités qui permettent de faire avancer le récit. Tout est utile. Chaque scène appelle la suivante.

     C’est propre, c’est beau, c’est du divertissement haut de gamme un peu égocentrique mais pas trop (les chinois, alliés d’occasion, partagent la gloire), qui refuse de se prendre au sérieux en balançant régulièrement de la disco bien grasse qui fait toutefois partie du récit puisqu’il s’agit du seul héritage musical récupéré du commandant Lewis (Jessica Chastain) par Watney (Matt Damon, donc). Climax tordant lors du générique final, je ne révèle rien. Mais je préviens, il faut régulièrement se coltiner du Abba, du Donna Summer. Oui, il faut être solide. Mais ça fait partie du jeu.

     A part ça c’est aussi un défilé de stars sur le retour ou non qu’il faudrait énoncer mais l’envie me manque. Je salue surtout le vent de fraîcheur qui traverse le film. Très peu spectaculaire mais toujours stimulant dans sa robinsonnade en pantoufle. Un cinéaste plus sérieux que Scott en aurait fait un truc brûlant et poussiéreux, lui choisit douceur et volupté. Un cinéma décontracte, utopique, solidaire, avec zéro méchant, toujours positif malgré la pelleté d’obstacles à contourner. Feel good movie à la gratuité requinquante. Futur « film du dimanche soir » idéal, en somme.

Les duellistes (The duellists) – Ridley Scott – 1977

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« This time he’ll kill you! »

   6.0   Le premier film de Ridley Scott incarne déjà à merveille cette idée du combat et de la futilité, idée nourricière qui traverse son œuvre, diégétiquement ou non. Le cinéaste ne situe pas encore son récit dans l’ambition future, ici il s’agit d’une nouvelle de Conrad, la répétition d’un même duel, au milieu de la grande Histoire. Un duel qui oppose deux hommes, d’une même patrie, à partir d’un différend trouble. De cet ancrage historique, Scott n’en garde rien, ou pas grand chose, les alentours sont flous, hormis quelques dates et une parcimonieuse voix off qui étaye certains faits, seul l’intéresse véritablement cet affrontement entre ces deux hommes dont les chemins se croisent, s’éloignent puis se croisent à nouveau. Cette haine admiratrice, pour ne pas dire fascinatrice, émergera dans tous les films de Scott, libérant les écrous d’une rupture que le statut offre. Les duellistes sert d’introduction à cette thématique récurrente. Point de statut antagoniste ici, les deux hommes sont des soldats bonapartistes.

     Comparé au reste de la filmographie du cinéaste c’est un film très épuré, autant qu’il est inégal, puisqu’il n’y a ni l’ambition de la fresque ni la tentation du mélo ni malheureusement ce que l’épure évoque à savoir un radicalisme expérimental. En fait, Scott ne croit déjà pas en ce qu’il raconte, son cinéma est en total déséquilibre avec les possibilités de son récit. Mais il n’est pas cynique pour autant, ce qui l’intéresse c’est l’esprit de compétition. Le personnage héroïque souvent, mais ici encore davantage la compétition, le combat, l’absurdité que cela engendre. Il est rare de voir des films aussi pathétiquement beaux. Mais cet éternel combat pouvait encore être plus beau que cela, plus riche et mystérieux. On retiendra essentiellement le visage de Féraud et sa folie impassible qui traverse les années, être déshumanisé qui semble uniquement doté d’un appétit vengeur, définitif. On retiendra aussi cette belle idée de l’évolution de l’arme, en tant que matériau, qui se retrouve comme seul témoin du temps, l’épée initiale se transformant bientôt en revolver.

     Il y a une ambiance particulière. Le film raconte les guerres à la manière d’un Sokurov : c’est flottant, elliptique, jamais édifiant, c’est doux et détaché. Les duellistes n’atteint jamais l’ampleur romanesque ni la puissance mise en scénique d’un Barry Lyndon, pourtant on ne cesse d’y penser (le film est sorti l’année suivante) et pas seulement parce qu’il a la bonne idée d’accueillir la sœur de Raymond Barry en femme de Feraud. Mais il n’en reste pas moins un film bancal, coincé entre un absurde poétique et une dimension plus séductrice. Ironie atteinte lors de ce dernier combat – la seule vraie idée de mise en scène du film – offert comme une non-fin. Pas une seule fois durant ce duel en cache-cache Scott ne propose de jouir du scénario, il s’en tient à une jouissance physique, une jouissance de pure mise en scène avec ces deux hommes qui tentent de se débusquer dans les hautes herbes et la forêt hostile autour d’un château en ruine. C’est trop court, évidemment, Scott fait déjà du Scott, mais cette séquence est belle car c’est la seule fois où il nous offre plus que ce que l’on s’attend à voir.

American gangster – Ridley Scott – 2007

American gangster - Ridley Scott - 2007 dans Ridley Scott American_Gangster

Only the strong survive.

   5.1   On va dire que globalement je suis assez surpris. Par la tournure des choses en fait. Si au début je trouve la démarche presque ratée, d’une part trop pompée sur Scorsese, sans en atteindre sa magie, mais aussi des tics de réalisation très Scottiens avec de temps à autres des petits clips de transitions entre les séquences, entre les villes surtout, et l’impression aussi de voir une géante bande-annonce… il faut dire que par la suite, déjà je suis entré dans le film, dans sa logique (même si le travail sur les personnages reste très succins) mais aussi j’y ai vu un peu de cinéma. Certaines séquences sont chouettes.

     Mais le problème avec ce cinéaste c’est que ça ne dure jamais bien longtemps une scène. La course-poursuite est bâclée (j’aurai rêvé la maîtrise d’un French connection). Les scènes de dopes dans le labo je ne m’en souviens même plus (Gray n’a pas de soucis à se faire). Et la scène – quasi – finale où chacun se fait arrêter au même instant sous ce chant de messe en off manque clairement d’émotion (Coppola et son Godfather son pénards). Voilà, en gros rien de bien transcendant, ça je m’y attendais, mais en fin de compte quelque chose, peut-être dans le rythme assez étrange du film, me permet d’y voir un film moyen + on va dire.


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