Archives pour la catégorie Robert Guédiguian

Dernier Été – Robert Guédiguian & Frank Le Wita – 1981

11. Dernier Été - Robert Guédiguian & Frank Le Wita - 1981Rêves envolés.

   6.5   Si La Villa, le vingtième film de Guédiguian, était hanté par la mort, Dernier été, son tout premier, libère déjà cette odeur funeste au détour du portrait de ce garçon (Joué par le jeune Gérard Meylan, pas trente ans et dont c’est la première apparition au cinéma) accablé devant l’évaporation de son quartier, que tout le monde a quitté puisque les usines ont fermé, avant qu’il ne meure, lui aussi, plus tard, des suites de l’un de ses nombreux larcins. Dernier été est un beau premier film. On y découvre Marseille et plus particulièrement les quartiers populaires de l’Estaque, comme jamais on l’avait filmé au cinéma : Ses familles modestes retranchées dans des appartements minuscules et/ou dégradés, bande de copains squattant les bars, écumant les parties de baby-foot en sifflant des verres de pastis, gamins jouant au ballon sur des terrains vagues, baignades et plongeons dans le port de plaisance, dégustations de panisses au bistrot du coin, petits boulots au chantier naval, danses au bal du quartier. Le film m’a surtout plu dans sa capacité à filmer chaque déplacement, en bus ou en vespa, à bord d’une voiture volée ou d’un camion benne, notamment ces ruelles ou cette départementale menant au centre-ville de Marseille. Le film prend son temps pour cartographier les lieux. S’il est surtout question d’un film de copains, voire d’une tentative d’histoire amoureuse (Meylan y rencontre Ariane Ascaride, dont ce sera le deuxième film, après une apparition dans un film de René Féret) il y a chaque fois ce retranchement familial, silencieux puis conflictuel, comme si quelque chose de circulaire, relevant d’un non-avenir sans cesse renouvelé frappait chacun des personnages partagés entre le rêve d’ailleurs sans trop y croire et la résignation pragmatique, tragique. Il manque sans doute le sel romanesque qui fait la matière des derniers films du cinéaste, néanmoins il y a une volonté de construire d’étonnantes connexions entre les personnages et je le répète, une façon si singulière de saisir la respiration de cette région si chère à Guédiguian.

La Villa – Robert Guédiguian – 2017

05. La Villa - Robert Guédiguian - 2017De beaux lendemains.

   9.0   S’il nous a habitué à ancrer ses récits dans Marseille et alentours, jamais on n’avait senti Guédiguian aussi épuré dans sa dynamique spatiale. On n’avait pas vu ça chez lui depuis les ruelles de Marius et Jeannette. C’est un véritable petit théâtre thchékovien autour d’une baraque familiale, saisie dans la douceur hivernale, sur une fratrie déchiré par le temps, les fêlures, le drame, l’indicible. C’est presque un huis clos à ciel ouvert : Une calanque portuaire, deux maisons voisines, un bateau de pêche, une guinguette, un morceau de falaise, un sentier boisé, un viaduc ferroviaire. C’est tout. Jamais on ne s’extraie de ce cadre. C’est la première grande idée du film, il y en aura tant d’autres. Et s’il avait fallu attendre son vingtième long métrage pour que Robert Guédiguian nous offre son plus beau film ?

      A l’époque de la sortie des Neiges du Kilimandjaro, j’évoquais ce plaisir de troupe familiale comme presque fil rouge du cinéma de Guédiguian. La Villa ira plus loin dans le dispositif le temps d’une courte séquence étourdissante, qui élève soudain le film vers le sublime, quand l’auteur intègre dans son récit un morceau de Ki Lo Sa ? l’un de ses tous premiers films (que je vais rattraper fissa) où l’on accompagnait dans une voiture puis sur le même port de la calanque de Méjean, trois acteurs de La Villa : Ariane Ascaride, Jean Pierre Darroussin et Gérard Meylan. Ils n’avaient probablement pas les mêmes rôles qu’ici, qu’importe, ces quelques secondes s’immiscent brillamment, investissant un souvenir simple, un territoire bien dessiné. Un moment d’insouciance saupoudré de I want you de Bob Dylan – tandis que le film n’est jamais larmoyant ni illustratif dans son utilisation musicale – qui fait résonner cette double mélancolie : Celle de Guédiguian lui-même, désormais sexagénaire, mais surtout celle de ses personnages, que les épreuves de la vie ont éloignés. La simple évocation de la fuite de Pierre (le quatrième personnage de la séquence de Ki Lo Sa ?) montre autant la pudeur du cinéma de Guédiguian que son extrême sensibilité. Il n’est pas mort mais un drame l’a fait disparaître. Ce même drame qui aura fait partir Angèle pour les planches parisiennes. Le théâtre n’est pas qu’un décor, par ailleurs, il prend une place considérable dans le récit, c’est autant un vecteur de renaissance qu’une promesse d’amour. Incroyable personnage que celui incarné par Robinson Stévenin. Guédiguian n’en fait pas qu’un benêt pêcheur, c’est un amoureux transi, le plus beau des rêveurs, passionné autant par sa quête quotidienne de mange-tout que par les tirades de Claudel.

     Guédiguian parvient à filmer ce lien, aussi fragile qu’élastique, qui existe entre cette fratrie meurtrie. Deux frères, une sœur. Ils se sont éloignés, chacun tient sa rancœur envers l’autre, pourtant ce lien se réaffirme à mesure des jours passés ensemble, au chevet de leur père mourant. Il faut la nostalgie d’un retour lumineux aux années enfantines (L’immense sapin de Noël sur les quais de la calanque) et post-adolescentes (le flash-back solaire dans la voiture) mais pas seulement : Il y a aussi le poulpe ou l’écho du Viaduc. Ce sont des jeux d’enfants qui s’accrochent et surplombent, que l’on retrouve et comme on les a vécus ensemble, on les retrouve ensemble. Et c’est Angèle, véritable pierre angulaire de ce lien – puisque c’est elle qui a subi (de plein fouet et par son absence, paradoxe magnifique) l’insoutenable drame, c’est elle qui a laissé sa famille – qui réactive chaque fois ce souvenir.

     Le décalage est inévitable. Les retrouvailles sont difficiles, puisque Armand est le seul à s’être occupé de cette maison que son père a érigé de ses mains avec ses amis d’antan, à avoir repris le restaurant familial en continuant de servir, à petits prix (et tant pis ou presque si c’est un commerce promis à l’échec) les plats de son père hérités des recettes de sa femme, tandis que Angèle et Joseph ont tous deux choisi des chemins de vie éloignés des « promesses » familiales, plus marginaux, artistiques. Si ce retour aux sources s’avère compliqué au départ, La Villa va offrir de nouvelles perspectives à chacun de ses personnages, en particulier ceux qui s’en sont extrait : L’une retrouve le désir, qu’elle s’était probablement interdit d’éprouver. L’autre retrouve l’envie d’écrire.

     Sa puissance serait moindre sitôt le film pris sous un angle plus naturaliste, plus ordinaire dans sa cartographie. Guédiguian est avant tout un conteur. Le fait de tout ancrer dans ce petit coin de paradis perdu, mais vers lequel le monde se greffe, comme si chaque passage de train colportait non pas ses touristes, mais ses enfants médecins, ses militaires, ses promoteurs, ses migrants, créant un espace tout entier représentatif du cinéma de Guédiguian ainsi qu’un œil politique sur la vie moderne. A l’image de ce lieu coupé du monde, La Villa s’avère accueillant et hospitalier. C’est un petit théâtre ouvert au monde et sur le monde.

     Et puis c’est tout bête mais depuis quand n’avions nous pas vu une si belle séquence de cigarette partagée ? C’est un deuil qui nous l’offre. Il faut voir comment Guédiguian filme ça, la nostalgie qui en émane, l’esprit de groupe qu’elle endurcit ou fait rejaillir. Car la mort qui fait naître cette « pause cigarette » n’a rien à voir avec celle qui avait éparpiller cette fratrie. C’est une mort douce, choisie, la mort de ceux qui pensent avoir vécu ce qu’ils devaient vivre et préfèrent s’en aller ensemble plutôt que d’attendre de voir l’autre mourir avant soi. D’un coup, c’est le Saraband de Guédiguian. On se met presque à rêver de voir les Scènes de la vie conjugale de Suzanne et Martin, comme on nous avait brièvement offert le Ki Lo Sa ? pour Angèle, Joseph et Armand.

     Comment oublier cette calanque ouverte sur un horizon azur scintillant dont on entend perpétuellement le clapotis des vagues s’écrasant sur les falaises, le vent dans les pins ? Cette calanque s’ouvre sur le monde mais c’est le monde qui vient à elle, des passagers de la mer, une idée aussi lumineuse qu’elle ne sort pas du chapeau (Le récit nous prévient, par l’intervention militaire) mais surprend en se pointant concrètement là où l’on ne l’attend plus. Happy End, le dernier Haneke, que j’aime sur bien des points, manquait clairement sa trouée politique, avec son apparition de migrants artificielle. Guédiguian réussit lui à trouver la bonne distance, pour ne pas tomber dans le prétexte ou le film à message. Jamais misérabiliste, le film s’en va vers un final absolument bouleversant, d’une infinie délicatesse. Des vêtements d’enfant dans une chambre, des crabes sur un quai, un écho sous un pont. Mes plus grosses larmes cette année, haut la main. 

Une histoire de fou – Robert Guédiguian – 2015

16. Une histoire de fou - Robert Guédiguian - 2015De l’influence du dommage collatéral sur le comportement des Hommes.

   8.0   Ça semble un peu anecdotique parfois, Guédiguian, au premier abord. Et là c’est tout le contraire : Il s’agit d’emblée d’ancrer le récit dans le temps, de mettre une famille sous deux générations aux prises avec le génocide arménien. D’abord les années 20, en Allemagne, en noir et blanc, via l’opération Némésis, où l’on suit SoghomonTehlirian (joué par Robinson Stévenin) chargé d’éliminer Talaat Pacha – Le Hitler turc, selon les arméniens. Ensuite à Marseille, les années 70, dans une famille d’origine arménienne, tandis qu’Aram, la vingtaine, souhaite mettre fin au demi-siècle d’inactions de son peuple, en fomentant un attentat contre l’ambassade de Turquie. Pris sous l’angle du document et de l’action pur, le film rappelle Carlos, d’Olivier Assayas. Mais c’est oublier que Guédiguian est un cinéaste choral et utopique. Il va donc utiliser un autre fait réel : Le cycliste gravement blessé lors de l’explosion parisienne, s’inspire du journaliste  José Antonio Gurriarán, touché par un attentat à Madrid commis par l’armée secrète arménienne de libération de l’Arménie, en 1981.

     A partir de là le film semble moins investir le terrain du documentaire que celui de la fiction chorale, il est donc plus anecdotique sur le plan historique. Beaucoup moins sur le terrain de l’ouverture d’esprit tant il s’agit de rapprocher – jusqu’à faire se rencontrer – ce qui ne peut se réconcilier : le bourreau et sa victime, l’héritier de la révolte et la victime collatérale, Aram et Gilles (Grégoire Leprince-Ringuet, absolument magistral) puisque tous deux sont épris de fascination, doutes, incompréhensions, regrets l’un pour l’autre. Le mélodrame est dynamité par cette idée lumineuse de pacifisme héroïque via la compréhension du passé de l’autre. Quand on découvre Gilles (qui ne peut plus marcher) au milieu de livres dédiés au génocide arménien, c’est très beau, c’est un petit pas pour lui  mais un grand pour l’humanité, c’est la victoire de la prise de conscience sur la complaisance dans la désinformation, de la pensée sur la haine. Inutile de préciser qu’Arianne Ascaride illumine une fois de plus un film de Guédiguian. Je suis en tout cas ravi de retrouver l’auteur à son meilleur niveau (Celui de L’armée du crime, des Neiges du Kilimandjaro) après sa parenthèse conte ratée. 

La ville est tranquille – Robert Guédiguian – 2001

ville-est-tranquille-04-gMarseille, mon amour.   

   8.0   J’en suis sorti épave. C’est quasi aussi beau que Les neiges du Kilimandjaro. Je vois ça comme le film choral au sens noble et populaire du terme. Après ça, le genre aurait dû disparaître. C’est beau à en pleurer. Et Marseille n’a jamais été si bien filmée. J’en profite pour dire que la filmographie (le peu que j’en ai vu) de Guédiguian est passionnante, inégale mais d’un niveau de cohérence hallucinant. Par exemple je n’aime pas Marius et Jeannette mais fondu dans le reste de sa filmographie c’est un film intéressant et touchant. Et puis c’est une famille Guédiguian, c’est Marseille, régulièrement et sa patte habituelle. Très envie de tout voir. Après il restera ceux que j’adore et j’oublierais sans doute les moins bons mais j’aurais une vision globale de son oeuvre.

Au fil d’Ariane – Robert Guédiguian – 2014

02.-au-fil-dariane-robert-guediguian-2014-1024x683Fantaisie de vieux.   

   4.0   J’aime bien Guédiguian. Il m’avait laissé sur un super film, peut-être son plus beau (Les neiges du Kilimandjaro). Mais là, ce n’est pas possible. Ce n’est pas mauvais ni agaçant mais c’est vraiment pas terrible, écrit n’importe comment, ça manque d’équilibre (ce qui fait généralement sa réussite). Le film s’ouvre en appuyant sur le fait qu’il est une fantaisie. Mais une fantaisie, est-elle nécessairement aussi pauvre ? On dirait un conte, mais un conte pour vieux, où les quelques bonnes idées sont systématiquement rattrapées par d’autres plus ridicules encore, presque gênantes. Déçu.

Les neiges du Kilimandjaro – Robert Guédiguian – 2011

02.-les-neiges-du-kilimandjaro-robert-guediguian-2011-1024x614Les pauvres gens.

   8.5   Le film s’inscrit dans la plus pure tradition Sirkienne. On sait en effet que tout finira, comme chez l’allemand, aussi bien que mal. Bien car les personnages finissent beaux, bons. Mal car tout est loin d’être rose. On pourrait dire que c’est un film de vieux, on a souvent entendu dire que Guédiguian faisait du cinéma de vieux. Mais il a pourtant une manière bien à lui de mêler la légèreté à l’engagement, la douceur à une irruption de violence, ce qui le place bien au-dessus de toute catégorisation réductrice, trouvant sa source dans les plus beaux mélos américains, dans la veine d’un Mirage de la vie. D’une agression brutale il fait ce qu’aucun cinéaste ne fait, il délaisse provisoirement les victimes (qu’il avait mis au centre de son récit depuis une bonne demi-heure) pour suivre et s’intéresser à l’un des agresseurs, un jeune chômeur, licencié aux côtés du personnage principal, qui survit en gérant seul la garde de ses deux petits frères dans un appartement miteux.

     C’est le plus beau film de Guédiguian depuis dix ans, depuis La ville est tranquille. Jamais le cinéaste n’avait brassé si large, aussi subtilement, avec autant de grâce ses thématiques prédictives. Jamais il n’avait été aussi généreux avec son spectateur, en plus de cette kyrielle de personnages, de cette bonté infinie qui les habitent, sa propre vision sociale de la famille, du monde, convoquant Hugo et Jaurès. Mais le cinéma de Guédiguian, s’il fonctionne aussi au niveau politique (humaniste engagé) fait intervenir une autre singularité : celle du petit groupe habituel, cette petite famille qui interagit encore et toujours depuis Marius et Jeannette. A mesure, c’est aussi grâce à cette petite famille que les films de Guédiguian sont si émouvants.

     C’est un film qui manie et magnifie les possibilités de retournement. Guédiguian a toujours volontiers joué avec l’étroitesse des frontières, débusquant chaque nuance, ne s’apitoyant jamais sur ses personnages, même dans les moments les plus accablants. Il y a une scène très belle où Michel (Jean-Pierre Daroussin) et Marie-Claire (Ariane Ascaride) sont sur leur balcon, surplombant les ruelles marseillaises. Qu’est-ce qu’on aurait pensé si on avait vu des vieux tranquille sur leur terrasse sirotant leur pastis ? On les aurait traités de bourgeois. Ce sont les mots de Michel, s’adressant à sa femme. Le film ne cesse de suivre ce couple qui se retrouve un peu malgré lui en plein apprentissage. Chacun aura son propre vecteur. C’est une bande dessinée pour lui, un cocktail pour elle. Les déclencheurs d’une quête individuelle (le propre des remises en question) puisque chacun fera son initiation dans son coin, avant de se retrouver, se mettre d’accord et s’aimer comme au premier jour dans un double final bouleversant, miraculeusement optimiste.

     C’est un grand film sur l’inquiétude de la transmission. En bon prolétaire, Michel s’est battu toute sa vie pour obtenir le peu de confort qui lui est offert aujourd’hui. Une retraite à la cool dans une maison qui ouvre sur l’Estaque et la possibilité de partir en voyage en amoureux (Au Kenya, forcément) pour la première fois de sa vie. Avant d’effectuer un virage agressif, le film cueille des instants de semi-conflits générationnels, où les vieux constatent que leurs jeunes ont la vie aisée, qu’ils sont suffisants et jamais reconnaissants de ce confort offert par les anciens. Une suffisance pourtant née d’un combat, celui des pères, syndiqués, qui ont gagné les droits sociaux qui nous sont acquis aujourd’hui. Il y a déjà la marque d’une incompréhension, l’acceptation que les époques n’ont pas les mêmes combats. L’aboutissant ultime en forme de test sera bien entendu cette agression. L’effondrement ne vient pas tant d’une peur généralisée que d’un dégoût de sa propre classe. Michel, l’éternel prolo dans l’âme, est volé par un jeune prolo. Il se retrouve donc en premier lieu face à la colère, l’indignation avant de peu à peu accepter la perdition.

     En somme, ça pourrait être un film réac d’une grande colère, c’est au contraire habité par une grande douceur, surtout une justesse, exploitant la complexité des rapports de classe. Le petit bourgeois – qui n’en sont pas vraiment – de gauche est mis à mal, dans ses principes, trop attaché à sa bonne conscience autant qu’à son petit confort – parce qu’il a lutté, je cite, pour l’obtenir. Il n’est pas jugé (le film ne remet jamais en question l’horreur qu’ils subissent) mais baladé dans ses certitudes jusqu’à ce qu’il trouve de lui-même la légitimité du désespoir. Depuis plus de vingt ans, Guédiguian continue de se poser les mêmes questions. C’est beau, le constat de cette fragilité.

Marius et Jeannette – Robert Guédiguian – 1997

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Marseille.

   5.0   C’est à la fois très attachant dans le portrait que le film offre de ses personnages, entre balades sentimentales et contexte social acéré, le dialogue n’est jamais creux, il lui arrive même de s’éparpiller (magnifique discussion d’un vieux avec deux gosses évoquant l’intégrisme religieux, surprenants aveux d’un homme sur son passé tragique après une soirée arrosée…) mais c’est aussi d’une tristesse sans borne en terme de mise en scène, d’une platitude impensable, c’est souvent presque digne d’un épisode de Plus belle la vie. Guédiguian tente des choses intéressantes (plans plus longs, plus lointains) sur les chantiers, il y a par moment de très belles profondeurs vers les hauteurs de Marseille. Mais dans l’ensemble, et souvent dès qu’il s’agit de filmer dans les ruelles, il n’y a absolument plus rien, village en carton, plus aucune poésie au-delà de ce que sont les mots. Plans fixes rapides et champ/contrechamp à répétition. Dommage parce que j’aime beaucoup ce que Guédiguian veut nous raconter, la vie de ces Olvidados de Marseille, j’aime bien ce qu’il obtient de l’interprétation en général, et puis il y a une telle envie, une telle énergie qu’il est incroyablement déprimant de voir tout cela gâché par une réalisation aussi dépourvue d’idées, aussi égoïste et fainéante, ne prenant de temps que pour filmer plein cadre des personnages trop écrits.


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silencio


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