Archives pour la catégorie Robert Zemeckis

Flight – Robert Zemeckis – 2013

1545029_10151922081647106_1443999221_n     7.2   Grand film sur la dépendance et l’acceptation de cette dépendance. Je ne savais pas Zemeckis encore capable de réaliser un si beau film donc je suis ravi. C’est un film moraliste mais pas moralisateur du tout. C’est vraiment un pauvre type face à un dilemme moral. On dirait presque du Capra.

Retour vers le futur II (Back to the future, part II) – Robert Zemeckis – 1989

retour-vers-le-futur-2-1989-02-gPleasure paradise.

   5.3   J’adore tellement le film de lancement et sa fin est si excitante et ouverte (« Là où l’on va, on n’a pas besoin de route !« ) qu’immanquablement à tous les coups je revois la suite dans la foulée. Bon, j’ai une relation particulière avec cette saga, je l’ai découverte sur le (très) tard, il y a dix ans, voilà c’est dit. Je me sens délesté d’un poids. Ce genre de poids que tu traînes jusqu’au lycée où le film remporta haut la main me concernant la palme du plus grand nombre d’indignations du style « Bordel, t’as jamais vu Retour vers le futur ?! » mais j’imagine qu’on a tous nos petits manqués. On les traîne parfois même plus longtemps. Bref, quoiqu’il en soit, je me suis plutôt bien rattrapé depuis, puisque je visionne les deux premiers volets tous les deux ans, grosso merdo. Le troisième non, enfin ce n’est pas systématique – pourtant je l’aime beaucoup aussi – et je crois que j’ai enfin compris pourquoi aujourd’hui. Explication. Ne pas me lyncher, please. En fait, je trouve que le deuxième volet n’est pas bon. Décevant. J’y ai cru pendant dix ans – tout en avouant chaque fois le trouver moins fort que le précédent – mais in fine ça va beaucoup plus loin : Outre mon éternel attachement aveugle, je le trouve mauvais, foutraque, cartoon, hystérique, systématique, pas toujours inspiré, asphyxiant. Quand l’autre avait tout pour lui, en positif. Sans compter que c’est une suite entièrement dépendante de l’original. Franchement je ne me vois pas le revoir sans avoir revu l’autre juste avant. C’est déjà un problème en soi. Mais au-delà de ça le dispositif me paraît grossier, toujours dans une surenchère mal dosée, exploitant un filon qui a déjà fait ses marques. La fin en forme de teaser du troisième volet est aberrante à souhait d’ailleurs. Alors Ok ça reste super drôle (Les fameux paradoxes temporels, la virtuosité du Doc’s show, les autres sois…) et méga vertigineux (Trois niveaux de temporalité) mais c’est finalement plus lourd qu’émouvant, plus extravagant que limpide, c’est une représentation de cirque – Biff Tannen est INSUPPORTABLE, l’acteur est nul. Dans le premier, la simplicité – après le suivant le premier paraît rudimentaire – faisait naître l’émotion. C’était un vrai film d’amour. The power of love. Il ne reste là qu’un tunnel de sophistication, tout est scénario. Alors je l’aime toujours en tant que suite, jouissive, démesurée, mais il ne me dupe plus en tant que film à part entière. Pire, la deuxième partie m’ennuie. Voilà pourquoi je n’enchaîne presque jamais sur le troisième. Ce dernier a au moins pour lui d’être pareil en étant complètement différent, plus ramassé, romantique et c’est un tout autre décor. En définitif je crois que je préfère le 3 au 2 pour la toute première fois. 

Retour vers le futur (Back to the future) – Robert Zemeckis – 1985

retour-vers-le-futurThe power of love.

   7.9   Le premier plan avec générique incrusté, tournoie lentement dans une pièce pleine de trucs et d’inventions en tout genre, qu’on aurait comme laissés là à l’abandon, en état de marche. Ici un dispositif de repas régulier pour chien, ici une télévision branchée, là un service à café coulant dans le vide… Et tout un tas improbables d’horloges, réveils, montres et pendules. Le film est déjà traversé par la folie du temps bien que les soubresauts de ce dernier ne nous atteignent pas encore. Cette pièce c’est le local fou du docteur Emmett Brown, scientifique déraillé, qui a entrepris de construire une machine à remonter le temps depuis qu’il s’est cogné la tête dans ses toilettes voilà trente ans lui offrant illuminations et révélations insoupçonnées.

     La première partie du film, avant le rendez-vous donné par Doc (Christopher Lloyd, cabotin magnifique) à Marty (Michael J. Fox, jeune chien fou) sur le parking du supermarché des deux pins est une véritable mine d’indices et détails en apparence futiles, qui seront par la suite alambiqués jusqu’à jubilation. C’est le propre de ces films d’époque, Les goonies la même année, Un jour sans fin un peu plus tard, de jouer sur une générosité sans fin, posant leur décor dans une longue introduction avant de le réutiliser et de le malaxer dans tous les sens un peu plus tard.

     Ce qui au départ s’avère être un pur jeu avec le temps sans réel point de chute attendu – Une Dolorean, du plutonium, un convecteur temporel, une vitesse requise de 88 miles à l’heure – devient vite un jeu dangereux avec leurs vies – Doc est brutalement refroidi par le groupe extrémiste à qui il avait préalablement subtilisé – clin d’œil à la télé au tout début – l’élément chimique nécessaire – et avec la vie future – Marty entre en contact et bien plus encore (il sauve son père de l’accident qui avait fait rencontré ses parents, là-aussi les indices sont dans l’introduction) avec sa famille ascendante.

     S’installe alors un subtil jeu de cache-cache ô combien jouissif où les situations les plus folles s’enchaînent pour tenter de réimbriquer le puzzle mélangé afin que l’avenir ne soit pas modifié. Une photographie de famille sert d’appui – Unique élément qui me paraît peu convaincant, par ailleurs – permettant à Marty de vérifier de temps à autre s’ils sont parvenus à tout bien remettre en place. Il y aura forcément une histoire avec cette horloge, celle du clocher qui ne fonctionne plus depuis que la foudre s’est abattue sur la ville trente ans auparavant. Pile dans ce passé dans lequel Marty se retrouve coincé. Tout a un sens et celui-là plus encore que les autres puisqu’il est l’unique porte de sortie de cette temporalité passée qui deviendrait à jamais alternative si Marty ne parvenait pas à regagner son propre temps. Mais il lui faut pour cela réunir une puissance de 2.21 gigawatts. Mission impossible en 1955. Sauf par la foudre. Mais on ne sait jamais où elle tombe. Sauf cette fois-là. Voilà tout le délire volontiers euphorique dans lequel nous plonge Zemeckis.

     Ayant troublé le futur en se faisant renverser par la voiture de son grand-père maternel, prenant malencontreusement la place de son père, Marty se retrouve alors convoité par sa propre mère, qui ne cesse de l’appeler Pierre Cardin, pensant que son nom est inscrit sur son caleçon. Effet Florence Nightingale, cité d’ailleurs par Doc, couplé d’un paradoxe du grand-père et d’un complexe d’Œdipe, on peut dire que Marty a foutu malgré lui un sacré bazar dans cette temporalité dans laquelle il n’est pas encore censé exister.

     Alors on pourra quand même y déceler un certain éloge du Reaganisme. Oui, c’est ma grosse réserve, pour chipoter. La fin fait un poil trop l’apologie du bonheur par la réussite professionnelle. Mais bon, s’il avait été beau de ne pas finir en happy-end ça aurait néanmoins inéluctablement tout plombé. Surtout qu’il faut clairement le garder comme une pure comédie. De celles que l’on peut revoir à l’infini qu’elles nous amuseraient toujours. De celles où le décalage temporel permet toutes les facéties les plus folles, se permettant de malicieuses uchronies inconséquentes – Le frère de Chuck Berry offrant par téléphone le Johnny B. Goode improvisé de Marty, qui en profite pour inventer le duckwalk tandis que le même jour il inventait le skateboard – à un brassage total de la pop culture – Références directes à Star Wars, Star Trek, Michael Jackson et j’en passe. Soit l’un des trucs les plus jubilatoires que le cinéma ait fait éclore.


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