L’enfance et la mort.
9.0 Il s’agit du troisième volet (après Rome ville ouverte et Païsa) que Rossellini consacre à la guerre. Je l’avais découvert y a de cela une dizaine d’années. Un choc. Il me tardait de le revoir.
Berlin, après la guerre. Quatre familles se partagent l’un des rares appartements possibles d’un immeuble en ruine. Celle des Kaempfer nous intéresse plus précisément : Une famille relogée qui tente de survivre. Le père, alité, malade de l’arthrite, est soignée par sa fille. L’aîné, ancien soldat de la Wehrmacht démobilisé, se cache par crainte des représailles. Edmund, le plus jeune, erre quotidiennement dans la ville en quête de petits trocs, ramasse quelques patates oubliées ou des morceaux de charbon abandonnés.
C’est surtout le jeune Edmund, une douzaine d’années, que la caméra va suivre. Trop jeune pour trouver du travail – le film s’ouvre dans un cimetière, où l’on refuse de le faire creuser – il erre et tente en vain de récupérer un peu de viande d’un cheval mort que tout le monde s’accapare.
Un jour, Edmund rencontre son ancien maître d’école, un type beaucoup trop gentil et tactile, qui semble manipuler les enfants à des fins sordides. Il utilisera notamment les services du gamin afin de vendre un disque contenant un discours d’Hitler, contre dix marks. L’instituteur lui enseigne aussi qu’il faut éliminer les plus faibles. Le faible, pour Edmund, c’est son père.
S’il fallait trouver l’œuvre quintessentielle du néo-réalisme, ce serait peut-être bien Allemagne, année zéro, qui suit ce petit garçon, de bout en bout, dans ses découvertes, à l’intérieur d’un monde en ruines. De nombreuses scènes du film sont tournées in situ dans les ruines de Berlin, dont une séquence dans les décombres de la Chancellerie du Reich.
C’est un film dépouillé. Jamais décoratif. Qui filme la misère, les ruines, les chantiers et le marché noir. Un film terrible, absolument radical, qui s’achève sur le suicide d’un enfant, après avoir empoisonné son père. Et l’on peut penser que dès les premiers plans, il creusait déjà sa propre tombe.




