Archive pour la Catégorie 'Roman Polanski'

Répulsion – Roman Polanski – 1966

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     8.9   Second film de Roman Polanski, après le très bon Le couteau dans l’eau, absurde et violent. Mais c’est bien le premier où le cinéaste explore déjà à merveille ses thèmes qui lui seront chers par la suite. La paranoïa et le déséquilibre mental dans un premier temps. Carole ne cherche pas à faire des rencontres, elle semble se complaire dans ce quotidien qui la ronge, tandis que sa sœur vit de passion avec son copain. Les deux sœurs habitent sous le même toit. Bientôt, quand l’une prendra des vacances, l’autre gardera les lieux. Cette confrontation avec une solitude totale réveille les démons intérieurs de Carole, seule désormais face aux miroirs. Bientôt certains détails quotidiens qui l’attaquent lui seront insupportables : un surplus de poussière sur une chaise, la brosse à dent de l’homme qui lui vole sa sœur rangée dans son propre verre. Puis dans un deuxième temps c’est d’hallucinations et de schizophrénie dont est victime la jeune femme. La progression est similaire dans Le locataire, que Polanski tourne quelques années plus tard, jouant lui-même le rôle. Elle comme lui se sent en danger. Si pour lui ce sont des voisins malveillants qui veulent lui faire quitter les lieux, elle, se met à imaginer l’intrusion, puis qu’elle se fait violer. Magnifique et terrifiante scène du miroir pour illustrer la situation. Dans cette folie progressive, Carole quitte son travail, rentre chez elle puis se barricade. Inévitablement elle enferme encore davantage ses pensées. Dans un troisième temps elle est habitée par le crime. Celui, imaginé, d’un homme qui a voulu abuser d’elle. Celui, réel, du gardien d’hôtel, simplement inquiet pour non-paiement de loyer. Les crimes sont atroces et la jeune femme est désemparée, elle est quelqu’un d’autre, littéralement transfigurée par la peur. Si Rosemary’s baby jouait sur deux niveaux à savoir la paranoïa ou non d’un côté, la conspiration ou non de l’autre et le spectateur pouvait à la manière de Soupçons d’Hitchcock avoir la réponse à la toute dernière scène du film, Le locataire et donc Répulsion fonctionnent sans pièges, sans fausses routes, on sait d’emblée que tout se passe dans la tête du personnage. Ce qui ne nous empêche pas d’y croire. Et c’est la force de ces deux films : provoquer cette angoisse, cette émotion de façon chronique alors qu’il s’agit juste d’un cerveau qui déraille. Et Répulsion a quelque chose que Le Locataire n’a pas : Le noir et blanc et le travail sonore immense. Car faire un tel film, d’horreur, d’angoisse tout cela sans hémoglobine, sans jouer sur les couleurs vives il fallait être doté d’un son génialement flippant. En ce sens Répulsion est un film énorme et à l’instar de Shining ce n’est pas tant l’image (choc) qui colle le spectateur à son siège mais bien toutes ces sonorités terrifiantes. Immense film donc. L’un des plus angoissants qu’il m’ait été donné de voir.

The ghost writer – Roman Polanski – 2010

The ghost writer - Roman Polanski - 2010 dans 2010 : Mes 10 films préférés ghost%203     8.0   En définitive The ghost writer c’est l’histoire d’un fantôme sur les traces d’un ‘fantôme mort’ dans sa quête de vérité. Le nègre (terme français) de l’ancien Premier ministre britannique vient d’être retrouvé mort. Afin de mener à terme son ouvrage quelqu’un est amené à le remplacer. Ewan McGregor, dépourvu d’une autre appellation que celle de ‘Ghost writer’ durant toute la durée du film, est chargé du travail qu’il doit rendre trois semaines plus tard, tout cela en échange d’un très gros cachet. L’écrivain fantôme est en quelques sortes un raté. Il n’a pas l’étoffe d’un écrivain autodidacte alors il devient la plume des hommes célèbres.

     On est déjà dans une spirale hitchcockienne. Le pauvre type entraîné dans une machination qui le dépasse, héritage hitchcockien à l’obsession. Et puis en même temps ce genre de récit progressif, parano, plein de fausses pistes c’est totalement Polanski. Il y a d’abord une étape où le personnage ne se doute de rien, il est dans l’appétit du gain, totalement aveugle. La lecture des six cents pages de l’ouvrage ne le réjouit pas mais il n’a pas le choix il faut qu’il s’y lance. Et puis par la suite il y a tout un tas de petits secrets, de découvertes étranges, de comportements qui se démarquent. Le récit est très limpide et en même temps très complexe. On progresse avec le personnage. On ne voit rien d’autre que ce qu’il voit. Ces grands espaces qui l’encerclent deviennent peu à peu menaçants. Il est comme emprisonné. Le fait est, en plus, qu’il doit séjourner chez son hôte qui vit reclus sur une île. Les indices pleuvent dans le film, des indices qui mènent à quelque chose, d’autres qui ne mènent à pas grand chose. Disparition de ceux qui en savent trop. On pense à une gigantesque conspiration politique. Puis disparition du principal suspect. Efforts anéantis. Polanski nous demande de regarder au second plan. C’est ce que l’on voit moins qui pourtant saute aux yeux. A l’image de ce balayeur sur la terrasse – qui fait office de running-gag – qui n’en finit plus de ramasser les feuilles.

the-ghost-writer-polanski-949x496 dans Roman Polanski

     Il n’y a pas tant de film de Polanski qui joue autant sur le plan large en fin de compte. Dans ghost writer si l’on n’est pas en intérieur où le plan se resserre forcément nous sommes dans des plans larges en extérieur. Cette embarcation de ferry la nuit par exemple. Cette maison isolée uniquement encerclée de dunes de sables, puis de l’océan. Cet océan qui ramène des corps à des endroits où il est normalement impossible qu’il les ramène. Il y a une gestion de la lumière j’étais scié, littéralement.

     Et puis il y a les cinq dernières minutes du film. La vérité éclate, elle emporte tout. Un bout de papier qui circule de mains en mains avant d’arriver jusqu’à sa destinatrice. Un verre levé. Une confidence dans l’oreille. Un homme qui cherche un taxi. On y retrouve ce fameux plan large. Il disparaît hors-champ. Une voiture débarque à une vitesse folle, le renverse toujours hors-champ. Les feuilles du manuscrit qu’il tenait entre ses mains, et donc la vérité sur cette machination s’envolent dans les rues new-yorkaises. En attendant qu’un ‘ghost balayeur’ prennent à son tour le relais. On a retrouvé le Polanski de Chinatown.

     Il m’a peut-être manqué un peu d’émotion car je suis resté admiratif, j’ai trouvé ça jubilatoire d’un bout à l’autre mais quelque part je suis resté spectateur aussi. Il est intéressant de faire un léger comparatif avec le dernier Scorsese dans le sens où ce sont tous deux des films centrés sur un personnage emprisonné. J’ai une préférence pour l’autre parce qu’il m’a bouleversé, parce qu’il m’a fait flipper aussi. En fait il a déployé davantage d’émotions chez moi. Mais en terme de récit de et mise en scène je trouve le Polanski d’une richesse absolument démente. Et il a cette capacité à ne pas se dévoiler d’un seul coup. Je n’arrête pas d’y repenser depuis que je l’ai vu. Je me remémore des instants que je croyais avoir oubliés. C’est vraiment un grand film.

 


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silencio


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