Archives pour la catégorie Saul Bass

Phase IV – Saul Bass – 1975

05. Phase IV - Saul Bass - 1975Total eclipse of the human being.

   8.0   Afin de me laver les yeux après les fourmis géantes ridicules de Bert Gordon, et aussi pour parfaire mon petit cycle Saul Bass (qui m’aura permis d’en apprendre un peu plus sur le bonhomme) que l’on connait essentiellement pour des génériques et affiches célèbres, j’ai donc revu cette merveille qu’est Phase IV.

     Désert de l’Arizona. Un biologiste observe l’étrange comportement des fourmis. À la suite d’un dérèglement de l’écosystème terrestre – nous renseigne la voix off introductive – elles sont la seule espèce d’insectes vivants dans les parages, étant donné que les araignées, lézards et autres mantes religieuses, qui sont leurs habituels prédateurs, ont disparu. Afin d’étudier cet étrange phénomène, le scientifique est secondé par un spécialiste du langage animal. Mais bientôt leur entente se délite, l’un d’eux souhaite entrer en contact avec les fourmis quand l’autre compte déjà leur déclarer la guerre. Et encore, ce n’est pas très clair : L’idée c’est aussi qu’on ne les comprenne déjà pas au préalable. Ils ne sont que deux mais leur désaccord produit un contrepoint ironique parfaitement opposé à l’organisation méthodique des insectes, qui travaillent ensemble, construisent des tours et des galeries, autour du laboratoire des chercheurs.

     Phase IV est pourtant moins le récit d’une recherche humaine que l’observation d’une armée animale en résistance. Très vite, ce qui accapare l’image, le cadre, ce sont les tunnels creusés par les fourmis, à l’intérieur desquels la caméra navigue, s’immisce et se sent à son aise. Il y a une approche documentaire de la vie de la fourmilière, qui rend le film d’abord inédit, puis fascinant et en grande partie car contrairement aux insectes des films d’horreur habituels, l’échelle et le réalisme de ceux-ci sont magnifiquement respectés.

     Si en apparence, c’est un pur film d’exploitation, entre le survival et le film de monstre, une inversion des valeurs trouble tout : Les scientifiques sont bientôt pris à leur propre piège, observateurs d’abord, observés ensuite. D’éventuels héros ils deviennent des personnages secondaires. Effacés du récit. Dévorés par ces monstres minuscules captés individuellement, immenses pris collectivement. L’ahurissant travail sonore renforce cette sensation de dévoration : elles occupent toute la bande-son. Paul Radin, le producteur du film, défendait le choix des fourmis ainsi : « Pourquoi les fourmis ? Il y a plus de fourmis sur cette planète qu’il y a d’autres animaux terrestres vivants ». C’est aussi cette terreur qui ressort, terreur du nombre : il suffirait d’un dérèglement – ici un signal dont l’origine restera mystérieuse – qui les rendrait plus intelligentes encore, pour hériter de la planète et qu’aucun n’obstacle ne les arrête. Phase IV part de ce postulat-là :  L’avènement du règne formicidé signe la fin de l’humanité. Pris à l’échelle ramassée, intime d’un duo de chercheurs, d’une jeune femme perdue – qui servira bientôt de reine – et de quelques brèves annonces radio. C’est tout.

     En plein Nouvel Hollywood, Phase IV fait figure d’anomalie tant il semble suivre le courant (dans ses ambiances, son image) tout en partant d’un postulat de Série B que n’aurait pas renié le Jack Arnold de Tarantula. En confiant ce projet de film d’attaque insectoïde à Saul Bass, la Paramount est loin d’imaginer dans quoi elle a mis les pieds. Lui qui était à la fois concepteur d’affiches, designer d’ouvertures célèbres (Vertigo, La mort aux trousses, Autopsie d’un meurtre c’est lui) et qui intervint aussi sur les tournages de Spartacus ou West side story, n’a jusqu’alors réalisé que des courts métrages. Phase IV sera son premier long. Et restera son unique long.

     C’est un grand film, malaisant, inédit, apocalyptique. Un truc hybride, moitié film d’attaque animale, moitié film expérimental, moitié pure série B, moitié film ancré dans le Nouvel Hollywood. Il n’y a pas de héros. Il n’y a même pas de personnages, c’est comme si l’être humain était déjà mort – il n’est même pas l’antagoniste, son destin est réglé – complètement dévoré par des insectes qui ont pris le pouvoir. Par ailleurs, le final est d’une noirceur absolue. Il faut aussi jeter un œil à la fin alternative qui est encore plus trash et nihiliste. Puissant.

Why man creates – Saul Bass – 1968

21. Why man creates - Saul Bass - 1968Absurd humanity.

   5.0   Fin de mon cycle Saul Bass avec ce film qui chronologiquement précède Phase IV et me permet de mieux comprendre ce qui l’animera ensuite : cette tendance pour l’ironie et un burlesque parfois un peu Tatiesque tant la scène des piétons au feu tricolore rappelle l’ouverture à la gare dans Les vacances de Mr Hulot. Mais aussi son goût pour l’animation, qui tient une place importante au début de Why man creates, qui retrace le destin de l’humanité à travers ses créations en petites vignettes dessinées et animées.

Quest – Elaine & Saul Bass – 1984

18. Quest - Elaine & Saul Bass - 1984L’éternité et huit jours.

   6.0   Bass reprend une nouvelle de Bradbury et livre un film aussi kitch et riche visuellement, qu’il est passionnant sur le papier : Sur une planète distante, les descendants d’un vaisseau qui s’est écrasé sont sujets à des forces mystérieuses. Cette petite communauté d’êtres humains envoie le dernier né de ses enfants, sobrement surnommé « l’élu » afin d’accomplir un voyage impossible dans le but de leur faire retrouver une « temporalité normale ». Car la durée de vie sur cette planète sans lumière, sans végétation, est limitée à huit jours. Comment vivre, apprendre, ressentir, aimer en si peu de temps ? Chaque jour, le garçon franchit une étape, aventures plus farfelues les unes que les autres, et vieillit à vue d’œil. Au bout du chemin la réussite se pare d’un attribut aussi spirituel que dans le final de L’homme qui rétrécit : Vivre vingt mille jours et non huit c’est vivre une éternité. Alors, lequel de ces jours sera le plus beau ? Tous. C’est très beau. Un peu comme si La forteresse noire rencontrait L’histoire sans fin et les obsessions graphiques habituelles de Bass.

Notes on the popular arts – Elaine & Saul Bass – 1978

14. Notes on the popular arts - Elaine & Saul Bass - 1978L’art d’en rire.

    3.0   Vingt minutes durant, Bass entreprend d’explorer, de façon éminemment ludique et simplifiée, les bienfaits de différentes formes d’art sur l’imaginaire individuel, selon un processus très méthodique, chapitré mais visuellement peu inspiré. Des chapitres que l’on voit en train de s’écrire, à la main. Musique, télévision, comics, cinéma se succèdent, sans liant véritable. Amusant mais inconséquent.

The solar film – Elaine & Saul Bass – 1980

15. The solar film - Elaine & Saul Bass - 1980Roi soleil.

   4.0   C’est un essai de neuf minutes, qui dépeint d’abord la création de la Terre, notre utilisation des énergie fossiles et notre relation avec le soleil. Un tract en faveur de l’énergie solaire, en somme. Produit par Robert Redford, qui imposa sa diffusion en préambule de celle des Hommes du président. Quelques images intéressantes, mais globalement c’est très dispensable.  

Bass on titles – Stan Hart & Saul Bass – 1977

13. Bass on titles - Stan Hart & Saul Bass - 1977Compilation of intros.

   4.5   Ici, Saul Bass, face caméra raconte la genèse de ses créations de génériques, de L’homme au bras d’or (Preminger, 1955) à Grand prix ou Seconds (Frankenheimer, 1966 & 1967) en passant par celui de West Side story. De l’animation simple, des graffitis sur des murs, la déformation d’un œil, les préparatifs d’une course. On entendra finalement peu Bass dedans, puisque le film se contente d’aligner ces génériques dans leur intégralité.  Autant de « titles sequences » qui à la fois épousent le film en devenir ou lui offre un prologue, autant qu’ils font office de beaux courts-métrages indépendants. Bass on titles nous apprend peu, mais il offre une belle compilation des géniales créations de Saul Bass, sans pour autant citer son travail sur les films d’Hitchcock.

The searching eye – Saul Bass – 1964

06. The searching eye - Saul Bass - 1964Le révélateur.

   5.0   Il n’y a pas encore la puissance graphique et la force malaisante déployée sur format long dans Phase IV, mais on y perçoit déjà un besoin de capter l’invisible à l’œil nu : s’attarder sur l’éclosion d’une fleur, le pourrissement d’un fruit, les remous et éclaboussures provoqués par la chute d’une gouttelette dans un verre. Le récit dit vouloir saisir le regard d’un enfant et le suivre, mais ce que l’on voit dépasse son simple point de vue : C’est un récit prétexte à expérimenter le corps de l’image, la dilatation temporelle, les superpositions diverses et variées. Il y a déjà une fascination pour le sable et sa transformation (impossible d’oublier la réapparition de la jeune fille ensablée à la fin de Phase IV) : Ici c’est un château de sable, qui est construit des mains du petit garçon, avant d’être violemment détruit par l’océan.


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