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Sense8 – Christmas special – Netflix – 2016

15826627_10154306652987106_3475605376458677983_nJoyeux noël.

   7.5   Ou comment nous replonger dans l’univers de la série en deux heures à la fois indépendantes et complètement dans la continuité des douze épisodes que formait cette merveille de première saison. Quand Black Mirror s’atèle à un épisode spécial il n’est pas difficile de l’appréhender en tant que one shot puisque Black Mirror c’est déjà ça, une somme de one shot. Là, avec Sense8, pure série de personnages et d’interactions entre ses personnages, c’est comme si on nous avait offert en son temps un petit en-cas lostien entre deux saisons. L’horreur et le bonheur, quoi. Et c’est exactement ce que procurent ces deux heures, belles et foutraques, pleines comme un œuf et pourtant tellement libres, aérées, deux heures aussi jubilatoires que frustrantes. Quel putain de plaisir mais bordel, ce qu’il va être douloureux de patienter en attendant la suite. On a donc retrouvé tout le monde ou presque, puisque un autre acteur s’est emparé du rôle de Capheus. C’est bizarre au début, puis on s’y fait d’autant que le changement est brillamment introduit, avec l’autodérision chère aux Wachowski et une bonne dose méta au sens où sa première apparition le voit dialoguer avec son pote de la camionnette Van Damme qui trouve que son visage a changé. Pour le reste tout a repris sur le même rythme et la même folie, chacun son histoire, forcément, mais aussi de multiples crossover employés pourtant avec parcimonie, souvent à deux personnages (Kala/Wolfgang ; Sun/Capheus) ce qui prouve combien c’est une grande série romantique avant tout. Mais un romantisme un peu désespéré (Riley/Will) bien qu’il puisse parfois sembler niais. Par deux fois, la série nous offre ce qu’elle avait offert dans le dernier plan de la première saison, une réunion absolue, avec cadeau ultime lors de la fête d’anniversaire suivi d’une séquence d’orgie miraculeuse. Et puis une scène absolument déchirante entre Lito (qui affronte les conséquences de son coming-out) et sa mère. Vivement la suite !

Sense8 – Saison 1 – Netflix – 2015

Nomi2What’s going on ?

   8.5   Il s’est passé plein de trucs étranges avec cette série. Déjà, je l’ai lancé tout seul, comme un grand, alors qu’à priori les Wachowski et moi ça fait deux. Le pitch y était pour beaucoup. Puis je l’ai volontairement stoppé à mi-saison pour la reprendre aussitôt, cette fois accompagné. C’est la première fois que ça m’arrive. L’envie probablement de retrouver l’effervescence conjugale éprouvée fut un temps devant les six saisons de Lost. Je ne sais pas. J’aurais voulu tout regarder sans m’arrêter – d’autant que Sense8 est un peu faite pour être regarder ainsi – mais je tenais avant tout à la partager. Aussi parce qu’il fallait que j’impose ce déclic, cette initiative à ma partenaire tant ça ne lui disait rien, Cloud Atlas aidant. Et bien pas une seule fois je me suis dit que c’était une mauvaise idée, au contraire, cela m’a permis de réhabiliter d’une part complètement les trois premiers épisodes, absolument magnifiques, mais aussi d’apprécier davantage cette dynamique de l’entonnoir, avec ses lumineuses transitions. Enfin bref, je ne vais pas te faire un dessin, c’est le truc le plus excitant, lumineux, drôle, émouvant vu depuis un moment.

     Si comme moi tu as au départ peu d’atomes crochus avec le cinéma des Wachowski, il va falloir t’accrocher. Parce que franchement, ça vaut le coup. Il y a donc je le disais d’abord trois épisodes difficiles, mais cela dit pas désagréables, devant lesquels il est possible de rester sceptique. Dans le vertige, le mélange des genres, la kyrielle de personnages olé olé – Un acteur mexicain gai, une coréenne calée en kick-boxing, une hackeuse transsexuelle, une islandaise transportant un lourd trauma et d’autres. Un beau catalogue. Mais un catalogue qui prend justement une ampleur logique et dramatique à mesure que le récit central se met en place. C’est fort de café, mais bon, quand on a mangé Cloud Atlas, on est capable de tout encaisser. Justement, Cloud Atlas, parlons-en : Si le pitch semble similaire (une affaire de connexions spirituelles entre plusieurs personnages à travers le monde) Sense8 s’en échappe rapidement autant dans sa construction labyrinthique (des portes qui s’ouvrent sur d’autres, des sons qui en convoquent d’autres, des décors qui se superposent), ce que draine chaque personnage, d’important ou non (Fait rarissime en série, je les apprécie tous pareil ; Il n’y en a pas un que je cherche plus que l’autre) que dans la légèreté qui émane de l’ensemble tout en s’enfonçant dans une noirceur renversante assez inattendue.

     Très vite on se familiarise avec les lieux (Séoul, San Francisco, Londres puis Reykjavik, Nairobi, Mumbaï, Mexico, Berlin et Chicago) ainsi qu’avec le genre qui lui est approprié. De la comédie romantique on passe au thriller d’espionnage, un casse se superpose avec un mariage façon Bollywood. La familiarisation opère très rapidement parce que j’y trouve de l’intérêt somme toute partout, dans tout ce que je vois, dans toutes les connexions, aussi infimes soient-elles au départ (il faut lancer la machine, poser les conditions et faire en sorte que cette nouvelle naissance à huit soit imposante, éreintante, belle et douloureuse). On pourra toujours y voir naïveté et grandiloquence mais on retiendra surtout la générosité de l’ensemble, qui converge peu à peu vers un magma de rencontres et de fusions d’une puissance géniale qui n’a d’égal que l’épaisseur globale, où chaque personnage devient le vecteur de quelque chose de plus grand, une révolution hilarante (« Do I know you ? » demande Will à Lito dans ce dernier épisode qui lui répond « We had sex ! ») et bouleversante (sublime mixture orchestrale des naissances de l’épisode dix) façon huit pour tous à la Lady in the water assez jubilatoire. Peut-être me fallait-il un format série pour accepter, enfin, l’univers Wachowskien.


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Auteur:

silencio


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