Archives pour la catégorie Sergueï Eisenstein

La ligne générale (Generalnaïa Linïa ou Staroye i Novoye) – Sergueï Eisenstein & Grigori Alexandrov – 1929

01. La ligne générale - Generalnaïa Linïa ou Staroye i Novoye - Sergueï Eisenstein & Grigori Alexandrov - 1929Un avant-poste du progrès.

   8.0   Quand on pense cinéma de propagande et Sergueï Eisenstein ressort souvent (et à juste titre) Le Cuirassé Potemkine ou La Grève. Or, existe-t-il un manifeste plus précis, plus fou, plus fascinant que La ligne générale ?

     Via une charte marxiste claire, le quatrième film du cinéaste soviétique est un brûlot politique visant à montrer les bienfaits de la collectivisation des terres agricoles, une ode aux machines nouvelles, au soulèvement du peuple.

     Au préalable Eisenstein s’attache à décrire le quotidien miséreux des paysans exploités par les koulaks, de façon proche du documentaire. Puis l’idée d’une coopérative naît, la colère gronde, le mouvement se met en place.

     Marfa, une jeune paysanne, devient la cheffe de révolte du village et crée un kolkhoze. Les vaches sont partout. Du lait coule en abondance. Une écrémeuse leur permet à tous de s’enivrer de crème blanche, le sourire béat. Ça devient quasi orgiaque. Visuellement le film est dingue. Son montage, merveilleux.

Octobre (Октябрь) – Sergueï Eisenstein – 1927

06. Octobre - Октябрь - Sergueï Eisenstein - 1927Le livre d’images.

   6.0   Des trois Eisenstein que j’ai vus jusqu’alors, il m’a semblé qu’Octobre était à la fois le plus rugueux formellement et le plus problématique dans sa dimension propagandiste, tant le geste vaut beaucoup en tant qu’autocongratulation anachronique d’un éclat essoré.

     Commandé pour les dix ans de la révolution bolchevique, le troisième film du cinéaste russe est cela dit moins un film de propagande qu’une œuvre de formaliste : un déluge visuel et un manifeste de montage pur (à l’image de cette statue tsariste détruite puis reconstruite par l’image) guetté cette fois par une outrance un peu obscène, au détour d’un plan de trop, d’une saccade de trop, d’une expressivité placardée.

     Ce qui impressionne (toujours chez Eisenstein, mais plus encore ici, tant le nombre de figurants dépasse l’entendement) c’est la foule anonyme, le nombre, le mouvement, la violence collective et les imposants moyens qui lui sont alloués (le matériel militaire est par ailleurs prêté par l’armée rouge).

     Et la violence d’une évocation, d’une action : ce pont à bascule, qui voit les cheveux d’une femme gisante-là glisser d’une rive à l’autre, ou un cheval blanc, mort, suspendu au-dessus du vide, avant de chuter violemment dans le fleuve. Des images qui marquent sans doute car elles s’étirent un peu, dans la durée, de la scène comme du plan, ce qui sera très rarement le cas durant le film animé d’une fragmentation permanente assez éreintante.

La grève (Стачка) – Sergueï Eisenstein – 1924

02. La grève - Стачка - Sergueï Eisenstein - 1924La vie est à nous.

    7.0   En 1912, dans la Russie tsariste les ouvriers d’une usine sont poussés à bout par des conditions de travail éreintantes, pendant que des espions sont chargés de dénicher les meneurs syndicalistes. Un ouvrier est accusé à tort d’avoir volé un micromètre. Sous la pression, il se suicide. Ses collègues décident de se mettre en grève, mais celle-ci est réprimée de manière sanglante par l’armée tsariste. Le film s’ouvre sur ce carton : « L’organisation est la force de la classe ouvrière. Sans l’organisation des masses, le prolétariat est nul ». Les bases sont posées d’emblée, dès cette citation de Lénine, qui fait office de profession de foi pour Eisenstein. Et si la Révolution se joue moins – disons plutôt, impressionne moins – dans le récit que par sa forme, véritable manifeste du montage, du mouvement, de l’effervescence, le cinéaste russe ne fait pas dans la dentelle et ne manque pas de faire s’affronter l’obscénité bourgeoise à la force ouvrière. D’un côté les dirigeants obèses, cigares au bec sirotant leurs nombreux alcools dans des verres en cristal. De l’autre la construction d’un mouvement, d’une résistance, d’une force collective humaine, d’une organisation, pour reprendre le terme employé par Lénine. Tout y est frontal, sans équivoque et lorsqu’il use de métaphore, c’est pour effectuer un montage alterné percutant, reliant les répressions policières avec la violence des abattoirs bovins. Le film est d’une violence extrême, n’hésitant pas à montrer l’image d’un bébé jeté dans le vide, qu’on peut bien entendu relier à la poussette du Cuirassé Potemkine, son film suivant. Si l’on plonge pleinement dans sa forme, brusque, enivrante, en se fermant sur un cinglant « Prolétaire, n’oublie pas ! » La grève rappelle qu’il est un vrai film de propagande à la gloire ouvrière. Il n’y a d’ailleurs aucun vrai personnage, aucun autre héros sinon la masse. C’est superbe.


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silencio


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