Archives pour la catégorie Séries

This is us – Saison 2 – NBC – 2018

This Is Us - Season 2Un monde sans père.

   8.0   Moins forte car moins cohérente dans son découpage notamment, cette deuxième saison aura toutefois confirmé que le hors champ concernant la mort du père existait moins en tant que cache pour le spectateur qu’en tant que deuil irrésolu pour les trois enfants. Cette saison aura convergé vers cette impossible acceptation commune en ouvrant – via trois quatre derniers épisodes pas très convaincants par ailleurs – vers leur résurrection en marche. Il va dorénavant falloir davantage voir les autres : Toby, Déjà, surtout Miguel & probablement la nouvelle conquête de Kevin : Car ils étaient / sont / seront beaucoup dans leur capacité à tous de revivre. Bref, ça me surprend moins dans l’ensemble, mais globalement ça continue de bien me mettre sur le carreau.

Westworld – Saison 1 – HBO – 2016

08. Westworld - Saison 1 - HBO - 2016Rébellion en gestation.

   5.0   À chaud j’aurais sans doute été plus indulgent. Quelques semaines après avoir ingurgité ces dix premières salves d’épisodes c’est une autre affaire. C’est dense, c’est brillant, c’est ambitieux, c’est impressionnant. On est d’accord. C’est un blockbuster intelligent, existentiel, qui recèle d’infinies possibilités. Ok. Reste que c’est globalement très indigeste, poseur et racoleur, casting imposant compris. Beaucoup d’esbrouffe, donc et une saison construite comme une gigantesque publicité, à l’image de ce que ce monde, le parc Westworld, offre.  Surtout, je ne peux m’empêcher, d’y voir qu’un énième ersatz de Lost, transposé dans un univers de western, couplé à un ersatz de Game of Thrones, dans son aspérité épique. Une sorte de rejeton hybride, l’émotion en moins. Car c’est bien le problème : ça ne me procure pas grand-chose. Reste à savoir si je me motive pour mater la deuxième saison ?

This is us – Saison 1 – NBC – 2016

04. This is us - Saison 1 - NBC - 2016Big Three and daddy.

   9.0   C’est une déflagration. Vraiment. Dix-huit épisodes d’une puissance inouïe.

     Rares sont les fois où j’aime instantanément chacun des personnages d’une série, c’est le cas ici. Rares sont les fois où je ris et chiale autant ; où je me sens investi, émotionnellement, pour l’un, pour l’autre, pour tous. La construction, l’écriture, l’interprétation, tout m’a semblé brillant de A à Z.

     L’épisode pilot est déjà somptueux. Il nous invite dans le quotidien de plusieurs personnages : Un couple sur le point d’avoir des triplés ; un acteur de sitcom en pleine remise en question professionnelle ; une femme obèse qui se bat contre son propre corps ; un père de famille sur le point de retrouver son père biologique.

     La série s’ouvre sur une journée en particulier, celle de l’anniversaire de quatre d’entre eux. Moi qui aime ne rien voir venir, j’étais servi. En effet, on comprend à la fin des quarante-deux premières minutes, quand les enfants du couple sont nés, qu’ils sont ceux qu’on a suivis en parallèle trente-cinq années plus tard. Jack a trente-cinq ans le jour où ses enfants naissent. Kate, Randall & Kevin fêtent leurs trente-cinq ans le jour où la série a choisi de commencer à les suivre. Première d’une longue série de déflagrations dont This is us sera coutumière. D’autant que l’issue de ce pilot nous réserve une autre surprise de taille, déchirante.

     La série ne faisait que commercer que c’était déjà gagné pour moi. Ou trop beau pour être vrai : Heureusement non, les dix-sept salves suivantes conservent cette puissance. La série tire cette force de ses nombreux enchevêtrements casse-gueule. Au sein d’un même épisode elle ne cesse de voguer d’un personnage à l’autre, d’une temporalité à l’autre, entre la légèreté et le drame, le tout entre New York et Los Angeles, avec une limpidité exaltante, en soignant chacune de ses transitions.

     L’écriture y est minutieuse. Le découpage quasi miraculeux. Et plus ça avance plus elle s’ouvre : Si nous suivons le couple Rebecca/Jack avant l’arrivée de leurs marmots, nous plongerons aussi un peu plus en amont. Et bien entendu dans la temporalité suivante, quand les enfants ont une dizaine d’années, mais aussi quand ils en ont quinze. C’est vertigineux. Et triste et beau à chialer.

Et afin de parachever de me séduire, on y entend :

-          « Death with dignity », de Sufjan Stevens
-          « Blues run the game », de Jackson C. Frank
-          « Northern sky », de Nick Drake
-          « The Wind », de Cat Stevens
-          « Kola », de Damien Jurado

Du caviar. Jusqu’au bout.

     Comment se relever d’une entame pareille ? Je veux dire… Est-ce qu’il ne vaut pas mieux s’en tenir là ? C’est un tel miracle, fragile et fulgurant : Difficile d’imaginer mieux. D’autant que pour le coup, à mon humble avis, cette saison se suffit à elle-même. Elle contient déjà tout et laisse au récit des zones mystérieuses qui me plait beaucoup. Mais j’ai quand même envie de poursuivre.

     Et puis je tiens à voir ce qu’ils vont faire du destin du père ou plutôt comment ils vont l’associer aux trois enfants. Car ce n’est pas ce qu’il y a de plus réussi, je crois, ce suspense autour de sa mort. Ce moment où l’on sent que la série pense série, suspense, cliffhanger, saisons à venir etc. ça m’a peu gêné mais je comprends que ça puisse gêner, c’est hyper casse-gueule. Je garde l’impression qu’il s’agit de nous dévoiler les choses à mesure que les personnages, les enfants, l’acceptent. Si c’est le cas – C’est pouquoi j’ai hâte de poursuivre – je trouve cela très beau.

Ovni(s) – Saison 1 – Canal + – 2021

06. Ovni(s) - Saison 1 - Canal + - 2021Drôle de phénomène.

   6.5   Une bonne surprise. Avec ses disparitions de flamant rose et de pin’s, ses découvertes de boules à facettes géantes, ses solutions à travers des dessins de gosses, ses montres et boussoles récalcitrantes, une rivière transformée en montagnes de chaussures, cet X-Files franchouillard ressemble à du Dupieux, croit-on au début, mais c’est sans doute plus anecdotique in fine, gentiment décalé, plus passe-partout, mais c’est absolument charmant dans le paysage de la comédie française. Il y a tout d’abord le décorum, très beau, élégant, puisque le récit se déroule fin des années 70 et donc une attention aux fringues, aux coiffures, moustaches, cigarettes, toiles cirées et j’en passe. La réalisation est d’ailleurs entièrement confiée à Antony Cordier, à qui l’on devait les chouettes films Happy few puis Gaspard va au mariage. Et il y a un casting impeccable réunissant les toujours parfaits Melvil Poupaud, Géraldine Paihlas, Michel Vuillermoz ou Laurent Poitrenaux et les jeunes tout aussi géniaux Quentin Dolmaire (que j’adorais déjà dans Trois souvenirs de ma jeunesse, d’Arnaud Desplechin ou Synonymes, de Nadav Lapid) & Daphné Patakia (Sublime découverte). Il y a quelques belles trouées, des références allant du thème sifflé de Bachelet repris à Coup de tête, l’épisode sur Steven Spielberg, le rendez-vous de La mort aux trousses. La série n’invente clairement rien, mais elle trouve un rythme, une douce fantaisie, un charme, modeste et désuet, qui en font une belle curiosité, douze épisodes très facilement regardables.

Dix pour cent – Saison 4 – France 2 – 2020

07. Dix pour cent - Saison 4 - France 2 - 2020La mort dans l’âme.

   5.0   Je suis très mitigé sur cette (ultime ?) saison. En convoquant aussi bien Franck Dubosc, Jean Reno, José Garcia, Murielle Robin ou Mimi Mathy, à travers des épisodes qui ne se concentrent plus sur une célébrité mais plusieurs, la série cherche peut-être trop à se populariser. Et dans le même temps cela fait partie de son récit puisque ASK, l’agence que l’on suit depuis quatre saisons, se retrouve menacée par un énorme concurrent qui lui vole une grande partie de ses stars. Il faut donc s’en remettre aux au gros de son portefeuille. Certes on reste dans la continuité des saisons précédentes mais (la faute à son nouveau « couple » de showrunners ?) sa fraicheur s’est un peu évaporée, au même titre que ses personnages qui ne passionnent plus, sont beaucoup trop extravagants chacun dans leur registre et s’éparpillent complètement, dans leurs ambitions respectives et leurs travers personnels. Quant aux stars ils semblent reproduire exactement les mêmes névroses que celles déjà apparues dans les saisons précédentes : L’épisode centré sur Sigourney Weaver est à ce titre nullissime. Ça sent la fin, la mort, ça devrait être émouvant, mais non. Pas désagréable, mais aussitôt vu aussitôt oubliée.

Hippocrate – Saison 2 – Canal + – 2021

HIPPOCRATE Saison 2 - Episode 1« Je pense que c’est que le début »

   7.5   Difficile de faire ne serait-ce qu’aussi fort que la première étincelante saison, pourtant Hippocrate y parvient presque. Sa fine écriture, sa mise en scène rythmée, ses moments sous tension, son équipe/casting (rejoint par un superbe Bouli Lanners) en font clairement le parfait représentant d’un ER à la française. Les couloirs de l’hôpital de cette saison s’ouvrent sur une inondation et se ferment en plein raz-de-marée Covid. Toujours en flux-tendu, la série n’hésite pas à nous plonger au cœur de situations aussi réalistes qu’abracadabrantes, en pleine intoxication au monoxyde de carbone, dans un caisson à oxygène ou lors d’une plèvre à percer. Déjà présent mais relativement effacé en première saison, le personnage d’Igor devient central ici, tant il innerve la partie mélodramatique du récit. Sans pause, le récit avance par fulgurances, dans un crescendo de plus en plus irrespirable. Et puis on ne peut faire plus actuel que de montrer des soignants de l’hôpital public dans la tourmente. Essai transformé.

En thérapie – Saison 1 – Arte – 2021

03. En thérapie - Saison 1 - Arte - 2021This is (not) us.

   6.0   Par où commencer ? Déjà dire que c’est une série aussi passionnante que problématique. Passionnante parce que problématique, au sens où trente-cinq épisodes et douze heures durant, elle ne cesse de me questionner sur mon rapport au sujet, au cadre, à la durée, l’interprétation, la bonne distance etc. En bien comme en mal, mais au moins je m’interroge en permanence devant, je ne m’y ennuie jamais.

     Commençons par le début, par son effet d’annonce. Si elle se réfère par son dispositif à une série israélienne – que je n’ai pas vue – voire à son dérivé américain – que je n’ai pas vu non plus, mais il semble qu’elle en ait même copié/collé les personnages – En thérapie fait le choix d’une date, de démarrer le 15 novembre, soit deux jours après les attentats terroristes du Bataclan. Rien d’étonnant de la part de Toledano & Nakache qui sont de pures figures fédératrices. Prendre cet évènement c’est déjà faire aveu de rassembler tout le monde, d’avancer main dans la main, dans un but commun. Bref c’est un peu tout l’inverse d’un suivi psychanalytique, qui tend lui vers l’individu, l’intime.

     Mais c’est surtout un point de départ mensonger, une simple opération marketing puisque la série n’en fait pas grand-chose. Deux personnages sont directement touchés, puisqu’Ariane (Mélanie Thierry), chirurgienne, était de garde cette nuit-là et qu’elle a vu arriver en nombre les blessés, et qu’Adel (Reda Kateb), inspecteur à la BRI, faisait partie du raid, mais la série va discrètement désamorcer ce déclencheur pour ne plus du tout en parler par la suite. Ceci étant, ça fait partie intégrante de ses qualités d’écriture, de prendre une direction pour finalement en emprunter une autre, elle le fait systématiquement très bien.

     Mais ça reste un effet d’annonce. On aurait pu aussi bien créer cette série sans lui. Ça aurait sans doute été moins vendeur. Il ne plane pas suffisamment sur l’ensemble, cet événement, il semble plutôt là pour attirer le chaland mais pas vraiment pour construire autour de cela. D’ailleurs la série va systématiquement vers le trauma d’enfance, le conflit du père, des origines, l’exemple parfait c’est évidemment Adel. Alors on se doute bien que ce n’est pas juste le Bataclan qui le pousse à finir en thérapie mais j’ai quand même l’impression que ce n’est qu’un prétexte. Et un prétexte qui fédère. Inattaquable, en somme.

     Si le contenu est riche, je m’interroge aussi sur le contenant, sur la forme. La série choisit de suivre un analysant par épisode, très bien, mais ils reviennent tous à intervalles réguliers, une fois par semaine, le même jour. Alors c’est peut-être courant dans la pratique (mais comme ce n’est pas mon cas, ça m’interroge aussi) mais du strict point de vue de la construction ça reste trop cadenassé, trop méthodique. Chaque personnage vient d’ailleurs à sa séance, il n’y a jamais d’annulation, de changement de programme. On va y glisser un retard ici ou là, de façon à y injecter du réel, mais rien qui n’enraye la machine bien huilée.

     On peut se dire que cette machine, huilée, s’aligne sur une autre, Dayan, le thérapeute, incarné par Frédéric Pierrot. Et vu sous cet angle on y croit davantage en effet. C’est d’ailleurs lorsqu’il sort vraiment de ses rails que la machine se disloque un peu, qu’on sort du cadre, qu’on perd un patient, mais il faut attendre les derniers épisodes, tout simplement car c’est une série qui pense avant tout son spectacle, son suspense, ses rebondissements, mais pas du tout le réel d’une psychanalyse. C’est aussi un aveu de faiblesse de faire de Dayan le personnage le plus passionnant, contre la multitude de personnages. Il n’a plus de secret pour nous. Du coup on a toujours un temps d’avance sur les analysants. Il me semble qu’une série comme Tell me you love me réussissait cela avec un bien meilleur équilibre : Faire exister la psychothérapeute tout en lui préservant son opacité, de façon à ce qu’elle ne gagne pas contre les autres personnages.

     Un problème qui en appelle un autre : Du point de vue de la mise en scène, tandis qu’on a de multiples réalisateurs de cinéma, par ailleurs très différents habituellement, se partageant la réalisation du projet, on ne voit strictement aucune dissonance d’un épisode à l’autre, tout est filmé de la même manière, aussi bien le cadre, les champs-contrechamps, que les durées, les silences. C’est du scénario, filmé platement. Efficacement mais platement. Je rêvais d’un épisode en plan fixe unique, façon McQueen dans Hunger. D’un autre où le hors-champ serait roi. D’une partie de ping-pong verbale étouffante façon Fincher. De voir s’imposer une forme. D’autant qu’ils semblent se partager les personnages : Salvadori s’occupe de Camille, Pariser de Léonora & Damien, par exemple.

     Un autre grief pourrait s’appuyer sur son obsession narrative. Comme il n’y a pas d’action, de flashback, de faits concrets sur lesquels l’image se réfère, c’est la parole qui permet la narration. Et c’est une parole beaucoup trop volubile, trop écrite. Une parole qui raccorde avec le ton général des patients, qui sont tous en résistance. La seule qui ne le soit pas est en plein transfert. Mais c’est une résistance qui s’assagit. Chacun finit par accepter de parler, de s’ouvrir, même les plus réfractaires comme Adel ou Camille. En un sens, la série fait l’éloge de la psychanalyse. De sa réussite, son efficacité : Le récit s’étire sur deux mois et tous les axes seront bouclés. Mais elle rappelle néanmoins qu’elle est une série avant tout. En détruisant donc le radicalisme de la psychanalyse : Refus du vide, du silence, de l’incohérence, de l’inachevé. Eloge du plein, de la parole, du storytelling. Deux des six patients, tandis qu’ils ne se connaissant pas au départ, finiront même par coucher ensemble. Une patiente connait la fille de son analyste. Ce sont des pirouettes scénaristiques.

     Pourtant, En thérapie, trouve des instants très beaux, où le dialogue s’amorce, bifurque, rebondit – bien aidé par ces petites notes de piano qui ne cessent de nous guider laborieusement. Elle est meilleure quand elle fait naître des creux (c’est rare) que lorsqu’elle les fabrique, un peu à l’image de cette réplique récurrente « C’est ma dernière séance » qui revient chez chacun d’eux, d’un téléphone qui sonne ou d’une envie de pisser. La scène analytique devient trop souvent scène théâtrale. Ou du mauvais vaudeville vers la fin, quand elle fait entrer les pères, celui de Camille, celui d’Adel. Un vrai problème. Les sommets (de vulgarité) c’est évidemment la fausse couche pendant l’analyse ainsi que la thérapie de couple que l’analyste entreprend chez sa contrôleuse. N’importe quoi.

     Je continue de penser que le duo Toledano/Nakache aussi attachant soit-il n’est rien qu’un porte-parole réconciliateur un peu niais, qui revendique le Nous sans se soucier de penser qu’on peut ne pas intégrer ce Nous. Rien de grave s’il s’agit d’un film comme Nos jours heureux (qui manie la légèreté d’une colo) ou Hors normes (son ouverture d’esprit) en revanche c’était déjà un peu problématique sur Le sens de la fête, car c’est un problème social. Ici on pourrait toucher à quelque chose de politique par la dimension psychique mais ça ne les intéresse pas non plus, ce qui leur importe c’est le Nous. Ce n’est pas un Nous péjoratif, c’est juste que c’est un Nous qui en effet va à contresens de la thérapie.

     Cette tyrannie de la normalisation trouve bien entendu son expression la plus superficielle ici avec ce non-traitement des attentats. C’est très pratique, en somme : Parler des attentats mais pas trop, montrer des analysants en résistance mais pas trop, être radical dans la forme mais pas trop etc… Ni dimension politique, ni problématique sociale, la série ne se mouille jamais, ne tranche pas (dans la forme comme dans le fond) et reste persuadée qu’il y a une solution psychanalytique à tout. Même rapide. Qu’il s’agisse ou non d’un happy-end, il n’y a pas de place au mystère, à l’irrésolu.

     Et pourtant, paradoxalement, ces trente-cinq épisodes m’ont sans cesse interpellé, fasciné, parfois (beaucoup) ému. Sa grande réussite, je crois qu’elle la doit à ses personnages, surtout à leurs interprétations. Tous sont excellents, Céleste Brunnquell en tête, dans le rôle de Camille, de loin mon personnage préféré. Mais voilà on en revient aux moteurs d’une série tout ce qu’il y a de plus standard et non aux vertus de la psychanalyse. Si on voulait être plus honnête ça ne devrait pas s’appeler « En thérapie » mais « This is us ».

Paris Police 1900 – Saison1 – Canal+ – 2021

02. Paris Police 1900 - Saison1 - Canal+ - 2021Fin de siècle.

   5.0   Après avoir traité de l’orpaillage dans la série Guyane, Fabien Nury s’attaque au contexte politique et à l’institution policière du début du siècle dernier, manipulant tout ce qui faisait la fragilité implosive de l’époque, entre ligues antisémites d’un côté, anarchistes de l’autre ; Dreyfusards et antidreyfusards. L’ambition est revendiquée, imposante, jusque dans sa reconstitution et son étonnante construction narrative. A ce petit jeu, c’est l’anti-Lupin, tant elle ne s’embarrasse jamais de plaire. C’est à double tranchant : Difficile de s’y investir, d’en être passionné, de vibrer pour tel ou tel personnage, tous antipathiques. Et pour plein de raisons.

     Deux problèmes majeurs à mes yeux : Formellement, c’est un peu lourd. La série affiche son goût pour la pénombre, les éclairages en contre-jour, c’est trop sombre, trop sale, on y ressent qu’une complaisance pour une crudité glauque – Dans la même époque mais outre-Atlantique et en milieu hospitalier, il me semble que Soderbergh réussissait mieux « sa forme » dans The Knick. Ce qui occasionne mon autre grief : Sa surenchère gore tant on y déploie des trésors de morbidité. Il faut montrer les morceaux de corps, les cochons éventrés, les fix d’héro, les sévices en tout genre. On nous met gracieusement le nez dans la merde. Et elle colle aux narines.

     Je ne finis donc par ne sentir que ça, me désintéresser de ce qu’on m’y raconte, des personnages qui la composent et leurs interactions : par ailleurs est-ce un problème d’écriture ou d’incarnation, les dialogues m’ont semblés ratés. J’en oublie que la série me propose une plongée folle dans cette belle époque, enfin sa face sombre puisqu’elle n’a de belle que son appellation. En un sens, elle colle par sa forme au climat de 1899 en osant des trucs qu’on ne voit jamais à la télévision, aussi bien visuellement que narrativement. Un peu à l’image de ses premières minutes, sur les chapeaux de roues, puisque Paris Police 1900 s’ouvre sur la mort de Felix Faure. Et faut voir comment.

     Quant à sa part de fiction, Paris Police 1900 ne l’assume pas pleinement. J’étais bien plus sensible au scénario concocté par Nury dans le magnifique roman graphique dessiné par Sylvain Vallée : Il était une fois en France. Ici « L’affaire de la valise sanglante » si elle n’est pas non plus traitée par-dessus la jambe, ne prend jamais vraiment. La série se venge sur un autre tableau : Sa kyrielle de personnages féminins forts. Et si elles émergent péniblement de cette peinture froide, elles se révèlent au fil des épisodes complexes, ambivalentes, condamnées à braver un monde marqué par le pouvoir des hommes.

     Bref, l’ambition oui, tant on y sent un grand boulot de documentation et une volonté de mêler la fiction et les faits historiques. Pour la fascination, on repassera. Dans la même période et sur un registre plus passe-partout, plus télévisuel disons, une série comme Le Bazar de la charité m’a nettement plus ému et passionné. Je reste néanmoins curieux de regarder la suite, qui se déroulera vraisemblablement en 1905. Mais ses personnages ne vont pas me manquer.

Lupin – Saison1A – Netflix – 2021

01. Lupin - Saison1A - Netflix - 2021Prince des voleurs.

   4.5   Soit pile le produit vendu par sa bande-annonce : Un divertissement sans aspérité autre que celui de monopoliser son spectateur après sa dure journée de travail. J’exagère un peu, on y ressent quand même l’admiration pour le texte : Sous-titré « Dans l’ombre d’Arsène » la série, par l’intermédiaire de son héros fan de Lupin, Assane Diop, s’inspire du personnage et de l’univers (nombreux de ses faits d’armes sont calqués sur diverses aventures du gentleman cambrioleur) crées par Maurice Leblanc, en transposant son action aujourd’hui.

     Mais rien ne dépasse, rien ne surprend. Lupin donne l’impression d’assister à l’exemple parfait de la série formatée pour être visible par le plus grand nombre, comme si l’emballage était déclinable à l’infini, qu’il suffisait seulement de changer son contenu. Et en effet, ces cinq premiers épisodes se regardent. Sans passion, mais sans déplaisir. C’est choubidou, sympa. A l’image d’Omar Sy, sympa, passe-partout, l’acteur préféré des ménagères.

     La série est donc très légère sans être pleinement drôle non plus, tente des incursions à tonalité plus dramatique (l’histoire du père, le destin de la journaliste…) en refusant la noirceur et notamment en lissant complètement le conflit de classes : On y évoque la question sociale et raciale, mais ce n’est qu’un simple décor. Les personnages n’en sont quasi pas, n’évoluent pas et gravitent uniquement en faire-valoir autour de la figure d’Assane, Lupin moderne.

     Bref, c’est un début de série très ancré dans l’air du temps, reprenant le schéma du blockbuster typique, capable de contenter ceux qui n’en regardent pas souvent et surtout d’offrir une belle vitrine cool à sa plateforme. Ce n’est jamais passionnant, ce n’est jamais agaçant non plus. C’est très produit, tape à l’œil, pas subtil pour un sou, mais il y a une certaine tenue formelle pour que l’ensemble reste regardable. Très agréable, même, parfois, merci Ludivine Sagnier.

Irresponsable – Saison 3 – OCS – 2019

05. Irresponsable - Saison 3 - OCS - 2019Bon voyage.

   8.0   Voilà, Irresponsable c’est fini. Qui eut cru, avec un pitch pareil, que la série nous laisserait trente épisodes plus tard aussi ému. Et frustré qu’elle s’en tienne ici. Mais comblé par cette frustration, tant il est agréable de voir une série qui d’une part n’aura pas raté sa sortie, bien au contraire et d’autre part, qui a été pensée pour s’inscrire ainsi, sur trois saisons.

     Elle aurait pu continuer et sans nul doute tourner en rond – à l’image du dernier chapitre de The good place, clairement superflu. Elle aurait d’ailleurs déjà pu tourner en rond au cours de cette saison, creusé un sillon déjà bien creusé durant les deux premières. Pourtant, les nouvelles brèches vont se multiplier. Copieusement. Ainsi elle fera cohabiter trois générations jusqu’à l’explosion. Sortira du chapeau un personnage important, puis un second, sans pour autant que ça ne fasse trop fabriqué. C’est une affaire de glissement et de gestion de ce glissement : Il y a deux ellipses majeures durant cette ultime saison, celle de deux ans qui ouvre cette troisième saison et justifie les relations électriques et les désirs d’ailleurs de chacun. Et celle d’un an entre l’avant-dernier et l’ultime épisode. Et tout est idéalement agencé.

     Ça part du désir d’un fils (Jacques) de quitter la fac et s’envoler pour le Chili afin de nous entrainer vers une cohabitation familiale (à trois générations) qui bat de l’aile. Mais c’est en réalité de l’avenir de chacun de ces quatre personnages centraux (Julien, Marie, Sylvie et donc Jacques) dont il est question, cette incertitude existentielle, qui n’a pas d’âge. Une thèse que l’une retarde ici quand l’autre découvre l’envie d’être le papa qu’il n’a pas pu être. C’est aussi une (grand) mère qui doit affronter son passé pour revive en tant que femme.

     Evidemment il faut un trait d’union à tout cela. Ce trait d’union, c’est Julie. Une (demi)sœur qui apparait, avec un polichinelle dans le tiroir : Cet enfant à venir c’est aussi ce qui ôte la gratuité absurde de la situation. Et la bonne nouvelle c’est qu’Alison Chassagne, qui en est l’interprète, est la révélation de cette saison en plus d’être, mais je pense que vous avez deviné, la vraie sœur de Sébastien Chassagne aka Julien. Irresponsable est donc une affaire de frères et sœurs puisque elle est créée par Frédéric & Camille Rosset, frère et sœur. Vers la fin de l’épisode 4, je crois, c’est une vraie déclaration d’amour que s’offrent Julie & Julien, donc par extension c’est aussi celle que s’offrent Frédéric & Camille et ça c’est assez beau.

     Irresponsable c’est aussi un récit sur le rôle du père. Tout, dans Irresponsable, prépare aux retrouvailles avec le père. Julien a démarré d’un côté, il est logique qu’il termine de l’autre. C’était casse-gueule, mais c’est aussi l’une des grandes qualités de cette saison, écrite encore une fois avec beaucoup de finesse, élégance et légèreté alors qu’il y a une vraie gravité en filigrane.

     C’est donc une saison plus ambivalente qui n’hésite pas à placer ses personnages – Julien en particulier, évidemment – face à des dilemmes moraux variés. La page doit se tourner, comme elle se tournait à la fin de Friends. Ce n’est d’ailleurs pas une fin en soi, mais le début d’autre chose.

     Bref, c’est fini. Si vous n’avez pas encore jeté un œil à Irresponsable, c’est le moment. Ajoutons que ce format de trois fois 10 x 26 minutes est parfaitement adéquat.

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