Archives pour la catégorie Séries

Dix pour cent – Saison 3 – France 2 – 2018

DIX POUR CENT - SAISON 3L’agence.

   7.0   Contrairement à l’avis quasi général, aucune déception de mon côté, c’est une excellente saison, dans la continuité de la précédente. Je continue de penser que la belle idée de cette série est de faire croire qu’elle se contente de se concentrer sur ses stars, d’offrir un cadeau par épisode (Et quels cadeaux, cette fois : Jean Dujardin, Isabelle Hupert, Monica Bellucci. Excusez du peu) qu’elle va les égratigner, jouer de leur capacité d’autodérision – Ce qu’elle fait aussi malicieusement mais à une échelle plutôt minuscule pour la plupart d’entre elles, excepté pour Julien Doré qui fait office de fil rouge et en prend pour son grade, de façon très réjouissante – alors que son véritable cœur, ce sont ses agents, les actionnaires d’Ask et bien entendu ceux qui gravitent autour, plutôt dedans. On s’intéresse encore moins à leurs vies personnelles cette fois, sans doute car il y a beaucoup à observer dans leurs déchirements au sein de la boite : Matthias qui souhaite racheter les parts à Hicham ; Andrea et Gabriel qui pensent à se tirer et ouvrir une agence en parallèle ; Arlette qui n’est plus si loin de la retraite. Sans parler des relations toujours épineuses/électriques (et un peu schizophrène ici) entre Camille et Hervé, secrètes et troublées entre Noémie et Mathias, et le super trio (notamment autour du bébé) Andrea/Hicham/Colette : Superbe séquence lorsqu’ils se retrouvent (et acceptent tous trois leur place) autour de l’enfant au beau milieu d’un salon. Six épisodes d’excellente tenue, une fois de plus.

Ad Vitam – Saison 1 – Arte – 2018

14. Ad Vitam - Saison 1 - Arte - 2018Conte cruel de la jeunesse.

   6.5   Très sceptique au départ – Le temps d’un épisode fastidieux, qui peine à nous faire entrer dans le riche univers de la série, en multipliant les zones d’ombre et le parti-pris esthétiques pas forcément reluisants – mais je suis plutôt convaincu sur l’ensemble et sur la durée. D’abord parce qu’il y a de beaux personnages pour lesquels je me passionne (même certains, grandement secondaires : Notamment les brèves apparitions d’Hanna Schygulla ou Philippe Laudenbach, oracle et réceptacle de fortune), je m’attache à des lieux forts – La fin de l’épisode 4 c’est génial cet endroit, c’est où ? On se croirait soudainement plongé dans True détective avec ce dôme abandonné qui ressemble à cette église en ruines que foulent Rust & Marty à la fin de l’épisode 2 – et des plans hyper travaillés – Difficile de ne pas penser à Michael Mann, dès l’instant qu’on a Yvan Attal seul chez lui, face à l’océan, dans un cadre on ne peut plus bleu. Et puis il y a une dynamique inédite, il me semble, intense ici avant d’être engourdie là, qui rappelle les plus belles heures des Revenants.

     Dans le monde d’Ad Vitam, il est tout à fait possible de ne plus mourir puisqu’un sérum-miracle inventé par la science nous permet de stopper le vieillissement de nos cellules, en nous régénérant à l’infini, si d’aventure on le souhaite – Et on vous y pousse, comme dans n’importe quelle société de consommation. On apprend par ailleurs que la majorité a été repoussé à trente ans (impossible de se régénérer avant cet âge, donc), aussi que le monde est surpeuplé et que le pays s’apprête à voter une loi visant à limiter le nombre d’enfants par foyer. La série va principalement nous convier à suivre Darius Asram (Yvan Attal, parfait) flic centenaire, trois fois régénéré, traumatisé par la perte de son fils il y a des décennies de cela (du temps où il était encore impossible d’avoir accès à « ces doses d’immortalité ») et Christa (Garance Marillier, la révélation de Grave) cette rescapée d’une vague de suicides d’adolescents rebelles il y a dix ans, enfermée depuis dans un centre pour mineurs perturbés, que le flic va choisir pour avancer dans son enquête sur la nouvelle affaire des suicides de la plage.

     Il y a des images fortes qui restent, comme ces déguisements de méduses lors de la commémoration de l’anniversaire de la doyenne de l’humanité. On sait rapidement que la méduse – et une espèce en particulier a le pouvoir de se régénérer – est devenu le symbole de ce nouveau monde où l’on ne meurt plus. Jusqu’à même remplacer les enfants dans certains foyers – Les parents de Christa en ont une dans un aquarium. Ainsi comment ne pas songer deux secondes au Do androids dream of electric sheep, de Philip K.Dick ? Il y a aussi cette grande fête où des jeunes célèbrent la jeunesse, le fait d’être encore épargné par les dérives du système, bref ce qu’il leur reste de choix – Ce lieu est filmé comme étant le cœur battant de ce monde et Virgile comme un héros – Belle idée que d’en faire une figure paradoxale, monstrueuse jadis, devenue providentielle. Il y a aussi ce duo de flics, le vieux briscard épaulé d’un tout jeune régénéré, qui occasionne des moments de buddy movie très drôles, donc un penchant paradoxal (le sujet reste lourd) vers le comique.

     L’épisode 5 marque lui un tournant décisif évident puisqu’il brise l’élan initié, tout d’abord en reculant de dix années (Pour évoquer les évènements du stade) ensuite parce qu’il va suivre Virgile Caron, soit le garçon à l’origine de ce suicide collectif dont on entend tant parler depuis le début, évènement qui pourrait en avoir enclenché d’autres du même ordre, notamment celui sur lequel se ferme cette journée de commémoration en ouverture, brillante idée qui déploie un grand paradoxe : Dans ce monde on ne meurt plus, mais certains se suicident. La première moitié d’épisode, impressionnante (bien qu’on en connaisse la tournure) laisse sur le carreau. C’est le moment qu’a choisi le générique pour se pointer : On comprend que la seconde moitié évoluera elle dans le présent. Que l’on y suive à nouveau Virgile est une bonne initiative. Ce qui l’est moins c’est de voir comment tout est laborieux pour raccrocher les wagons (revoir des scènes sous un autre angle, bof) et le faire entrer en collision, comme attendu, avec Christa – qui profite de sa sortie provisoire pour élaborer sa vengeance : Il y a dix ans, Nahel, son petit ami, faisait partie des victimes du stade.

     Il me semble que la série avait été plus inspirée précédemment pour construire du trouble et faire naître de la fascination, avec notamment les entrées en scène de Virgile, le personnage incarné par Niels Schneider, à la tête de cette association pour les jeunes et l’avenir des jeunes. Elle reprend du poil de la bête dans l’ultime épisode mais subit un défaut de taille : Le personnage incarné par Ariane Labed est arrivé beaucoup trop tard dans le récit. Du coup, cette réunion au sommet d’ancêtres – Yvan Attal a 119 ans, elle en a 158 – aurait pu convoquer celle de Heat, et c’est peut-être bien ce qui est recherché, dans son étirement et sa tonalité impromptue. C’est un peu raté, c’est dommage. Tout simplement parce que le cœur de la série ce sont les jeunes, et non ces immortels desquels émanent bien plus de mort que de vie.

    Le final, avec son ambiance Martyrs / Under the skin – L’observation des corps débranchés en train de se putréfier en accéléré – efface presque toutes les baisses de régime. Belle surprise, globalement, donc. Même si l’on reste mitigé + comme on l’était face au premier long métrage de son auteur, ultra encensé il y a quatre ans : Les combattants. On verra ce qu’il nous restera d’Ad Vitam, en l’état ça ne révolutionne pas grand-chose mais c’est un beau récit d’anticipation, ni hermétique ni débile, doté de belles zones de fulgurances. Alors c’est pas The Leftovers ni True detective, c’est sûr, mais il y a une vraie ambition, rare en France, de mêler science-fiction et enquête policière, réflexion sur la mortalité et sur une jeunesse paumée, volonté de relier tragédie du récit et comédie des contrastes. Comme dans Les combattants, Thomas Cailley mélange les genres. Je salue peut-être davantage la tentative que le résultat, qu’importe, c’est déjà énorme d’essayer et de ne pas royalement se vautrer.

Better Call Saul – Saison 4 – AMC – 2018

13. Better Call Saul - Saison 4 - AMC - 2018The winner takes it all.

   8.5   Difficile de ne pas en parler à chaque nouvelle salve de Better Call Saul mais autant Breaking Bad avait le mérite de s’améliorer de saison en saison, jusqu’aux seize épisodes magistraux que forment l’ultime baroud, autant le mérite non moins négligeable de Better Call Saul aura été de s’ouvrir si haut puis de tenir cette qualité exceptionnelle sur toute la durée – Comme si, finalement, Breaking Bad avait été son (sublimissime) brouillon, comme si Gould & Gilligan avait su tirer les meilleurs enseignements de ces six années aux crochets de Walter White et les autres. Evidemment qu’on s’avance, puisque la série n’est pas terminée – Il resterait deux saisons dans les tiroirs – mais c’est ce que je retiens en priorité : L’exemplarité et la cohérence, esthétique et dramaturgique,  de chacune de ces quatre saisons. En espérant qu’AMC continue de renouveler la série selon les souhaits de nos auteurs, cela va de soi.

     Les rebondissements de la fin de la saison précédente sont vite confirmés : Le frère de Jimmy s’en est allé, Salamanca est dans le coma. Kim échappe de son accident de voiture, Nacho, lui s’extirpe in-extrémis de ce brasier ardent. Pourtant, cette saison nous apprend qu’il va falloir les oublier aussi, Kim et Nacho, avec le temps. Kim aura été une pierre angulaire dans la renaissance de Jimmy, avant la mort de son frère comme après, mais d’abord elle fait peu à peu cavalier seul (plutôt que d’attendre Jimmy pour ouvrir un cabinet commun (Il faut rappeler qu’il est provisoirement interdit de pratiquer) elle choisit cette super place d’avocate pour le compte de Mesa Verde) et on imagine qu’elle va être déçu (le final de cette saison le prouve déjà) des penchants amoraux de Jimmy. Quant à Nacho, s’il fait partie intégrante de la première moitié de saison, en échappant encore de peu à un règlement de compte fomenté par Gus Fring, jusqu’à se faire trainer dans le désert avec une blessure par balle dans la panse, pour faire croire à son innocence aux yeux des frères Salamanca, il sera bientôt quasi hors-jeu de toutes les oppositions, relégué dans ce restaurant à collecter l’argent des deals.

     Alors, est-ce que la saison 4 achève de transformer Jimmy McGill en Saul Goodman, comme il est de bon ton de le lire dans de nombreux papiers / comme le revendique cette dernière réplique (qui rappelle ces bombes verbales parfois lâchées par Walter White )? Ou bien est-ce une nouvelle étape de cette transformation lente, comme le furent la suspension de Jimmy du barreau ou plus tard le décès de son frère ? Honnêtement, ça pourrait filer dix saisons encore sur ce rythme, je signe tout de suite. Toujours est-il que cette conclusion, un peu trop lisse pour du Better Call Saul (Jimmy annonce qu’il devient Saul ; Mike exécute son premier meurtre) agit plus qu’en clin d’œil : Tendons-nous à sinon l’imiter, ressembler à Breaking bad, afin de montrer qu’on s’en rapproche inéluctablement ? L’intrigue parallèle dédiée à Nacho, Hector, Gus & Mike n’aura jamais été si proche de ce qu’on connait déjà : Rien que dans la symbolique avec la construction du labo de meth, qui verra évidemment passer quelques années plus tard Walt & Jesse.

     Si cette intrigue grignote de plus en plus celle liée à Jimmy c’est sans doute pour montrer, de façon certes impalpable (Jimmy n’a même aucun lien avec eux durant cette saison, aucun) qu’elle va le contaminer, le faire disparaître pour en faire éclore Saul Goodman. Toujours est-il que tout ce qui tourne autour de Jimmy, Kim, feu Chuck, HHM, Mesa Verde, CC Mobile pourrait tellement suffire. Je me suis rendu compte à quel point Better Call Saul m’était cher aussi pour sa façon de mélanger aussi brillamment ces deux mondes (de ne pas faire un épisode ici, un épisode là, mais quelques minutes ici, quelques minutes là, pour relier leur temporalité) : Une saison sur l’intrigue de Jimmy, affecté par la mort de son frangin, galérant dans une boutique de téléphonie à finir par faire de menues combines comme il les affectionne, puis cherchant à récupérer sa licence, ça m’aurait suffi. Une saison sur l’intrigue de Mike se retrouvant chef d’un chantier de Gus Fring, qui doit, lui, surveiller les Salamanca, ça m’aurait suffi aussi. Alors une saison reliant ces deux intrigues, punaise. Très franchement et même si je n’ai pas une vue d’ensemble, je ne vois pas trop ce qui rivalise avec Better call Saul aujourd’hui.

You’re the worst – Saison 4 – FXX – 2017

12. You're the worst - Saison 4 - FXX - 2017Suis-moi je te fuis, fuis-moi j’arrête de te suivre.

   4.5   Série qui tourne définitivement en rond. Je suis las d’attendre quelque chose qui ne vient pas, un vrai pas de côté, une redistribution des cartes, un peu d’émotion – S’il se passe un petit quelque chose c’est au détour des trente dernières secondes d’un épisode, généralement, à l’image de ce beau split screen vers le milieu de la saison. Lors des saisons précédentes, si le couple Gretchen/Jimmy agaçait on s’en remettait à Lindsay ou à Edgar et à ces personnages secondaires qui apportaient une touche encore plus décalée à l’ensemble, qu’ils s’agissent de Paul (l’ex de Lindsay), de Becca (la sœur de Lindsay), de Vernon (le mari de Becca), de Sam. Leurs apparitions ne suffisent plus durant cette saison qui ménage plein de surprises et prépare les retrouvailles – puisque Jimmy a laissé Gretchen alors qu’il effectuait sa demande de fiançailles. On les retrouve donc trois mois après ce moment : Lui s’est pris un congé en camping dans le désert californien, tandis qu’elle s’est réfugié sur le canapé de Lindsay. C’est bien le personnage de Gretchen qui nous permet de tenir la saison entière, sa relation avec Boone et la fille de Boone, ses mensonges à son groupe de musicien, jusque dans un épisode très beau, qui la voit tenter de renouer avec son passé, dans sa campagne d’enfance, avec notamment une amie (ravi de revoir Zosia Mamet aka Shoshanna, dans Girls) qui finira par lui avouer qu’elles ne l’ont jamais été. C’est du You’re the worst : Les personnages n’ont jamais été aussi pathétiques et conscients qu’ils sont coincés dans leur bulle solitaire. Ok. Cool. Mais encore eut-il fallu trouver un crescendo, un équilibre dans la progression, au lieu de cela chaque épisode arrive en écho au précédent, quand il n’en est pas la copie conforme. L’impasse. Il reste une cinquième saison à venir, annoncée comme étant la dernière, mais je ne suis pas certain d’être de l’aventure. J’ai eu ma dose, là.

The Handmaid’s Tale – Saison 1 – Hulu – 2017

11. The Handmaid's Tale - Saison 1 - Hulu - 2017« Nolite Te Salopardes Exterminorum »

   7.5   Difficile de raconter le pitch de The handmaid’s tale en deux mots mais en gros, on est dans un futur pas si lointain dans lequel la plupart des femmes et des hommes sont devenus stériles. On va y suivre principalement June, mère de famille devenue servante car enlevée par ceux qu’on appelle « Les fils de Jacob » une secte qui à la faveur d’un coup d’Etat, a instauré de nouvelles règles pour le moins drastiques et totalitaires : Les hommes possèdent quand les femmes sont séparées en trois grands catégories. Il y a les épouses qui sont les femmes des dirigeants (ceux qu’on appelle les commandants), les marthas qui sont chargés d’entretenir les maisons et les servantes uniquement dédiées à la reproduction. En cas de non-respect de ces règles élémentaires et d’autres plus complexes, c’est l’aiguillon pour bovins, l’excision, la déportation dans des « colonies » voire la pendaison – ce dernier châtiment étant à priori exclusivement réservé aux rebelles, aux prêtres catholiques et aux homosexuels.

     Si la série va s’ouvrir sur l’enlèvement de June (magnifique Elisabeth Moss, ce rôle de « rebelle en construction » lui va à merveille), sans qu’elle ne sache ni ce qu’il advient à son mari ni ce que va devenir son petit garçon, on ne va cesser de vadrouiller dans la temporalité, aussi bien au moyen de nombreux flash-back que via des épisodes centrés sur l’histoire de certains personnages, épisodes ou morceaux d’épisodes racontant par exemple la vie de June & Luke, l’amitié entre June & Moira, dans la vie d’avant puis lorsqu’elles se retrouvent en robe pourpre, la formation des servantes, la vie de Serena (l’épouse du commandant) aux débuts du mouvement, celle de Nick (le chauffeur du commandant). Sans oublier la situation présente de June et ses « collègues » servantes et cette volonté grandissante de s’échapper. C’est un peu foutraque au début puis on s’y fait. Sans doute parce que le fond est bien plus fort que la forme, dans The handmaid’s tale.

     En effet, j’ai beau avoir les plus grandes réserves concernant la réalisation tape à l’œil et l’outrance formelle globale, son interprétation hyper affectée, sa lumière jaune trop prononcée, ses effets de ralentis à n’en plus finir, son utilisation musicale systématique, il y a dans The handmaid’s tale une puissance telle, qui certes relève beaucoup de l’écriture, donc du bouquin, il n’empêche qu’elle se déploie au fil des épisodes avec une efficacité magistrale, rappelant ce que réussit Game of thrones de son côté et dans son genre. Deux séries qui n’ont rien en commun sinon que leur monde, c’est notre monde, le temps d’une heure, le temps d’une saison. Difficile en effet de penser à autre chose. Dystopie hallucinante que celle du récit de The handmaid’s tale qui repose sur une idée apocalyptique assez proche de celle du film Les fils de l’homme, mais de façon archi-déployée, dans un futur à la fois pas si éloigné de notre terrifiant présent (l’Amérique de Trump, notamment) que de nos dérives esclavagistes, concentrationnaires, génocidaires.

     Difficile avec une telle force dans le récit d’exprimer des griefs et pourtant, comment ne pas y voir de la lourdeur ? Ne serait-ce que d’un point de vue musical : Chaque épisode se ferme donc sur une chanson, histoire de bien parfaire la lourdeur formelle. L’avantage c’est que la plupart des morceaux sont judicieusement utilisés et parfois ce sont des morceaux magnifiques, discrets : Ainsi « Nothing’s Gonna Hurt You Baby » de Cigarette after sex, vient clore de façon déchirante un bel épisode 7 centré sur Luke. Ainsi l’épisode suivant se ferme sur « White rabbit », de Jefferson Airplane. Ainsi « Wrap Your Arms Around Me » de The Knife ferme l’épisode 9. Il m’en faut peu. Car il y a aussi des trucs sur-utilisés et passe-partout comme You don’t own me, de Lesley Gore, Don’t you, de Simple Minds, Feeling good, de Nina Simone. Que des supers morceaux, hein, évidemment. C’est un peu à l’image de ces giclées de bassons et nappes de violons signées Adam Taylor qui balaient chaque mini climax ou scène capitale, c’est ni forcément utile ni très subtil, mais ça remue, perturbe, accentue la violence sourde de ce monde.

     Si The Leftovers m’avait donné envie de me pencher sur Les disparus de Mapleton, le livre de Tom Perrotta dont la série est l’adaptation, je crois avoir eu plus envie encore de revoir, revivre ce récit au travers de la série, véritable déflagration quand le livre était, lui, juste excellent. The handmaid’s tale c’est un peu le contraire : Je ressens moins le besoin de me jeter illico sur la saison 2 (mais je vais le faire quand même, après Better Call Saul S4 et Le bureau des légendes S4) que de lire La servante écarlate, de Margaret Artwood, écrit en 1985 dont la série est l’adaptation. Au vu de la richesse de cette Amérique alternative offerte à l’écran, ça doit être un livre absolument dément, ce n’est pas possible autrement.

The Affair – Saison 4 – Showtime – 2018

10. The Affair - Saison 4 - Showtime - 2018Sous l’océan.

   8.5   Si l’on craint d’abord que The Affair ne s’applique trop à confirmer l’expression selon laquelle c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures, disons durant une petite moitié de saison où le soap est certes de qualité, comme toujours, mais un peu trop fabriqué, un peu trop nourri, il faut reconnaitre que la série a rarement atteint une telle puissance / justesse émotionnelle que lors de son déchirant dernier tiers.

     Durant les quatre premiers épisodes, on balance donc les intrigues nouvelles, tout en ouvrant chaque épisode sur un flashword bien chelou, une affaire de disparition dont on aura les explications lors de l’épisode 8. Entretemps donc, Vikram apprend qu’il a un cancer du pancréas, mais souhaite avoir un enfant avant de partir ; Helen, quatre fois maman, est ravie. Alison rencontre Ben lors d’une conférence thérapeutique sur le stress post-traumatique et Ben va bientôt croiser Cole aux alcooliques anonymes ; Noah va coucher avec la proviseur du campus dans lequel il enseigne, proviseur qui est aussi la mère d’un de ses élèves ; Luisa n’est pas en règle avec ses papiers d’identité mais ça semble être le cadet des soucis de Cole qui se voit contraint de vendre le Lobster Roll (et donc ce qui reste de son mariage avec Alison) a des investisseurs chinois.

     J’ai adoré voir Cole, durant cette saison. Sa relation avec Luisa sent tellement le pâté qu’il va décider sur un coup de tête de partir en quête de soi sans trop savoir qu’il part sur les traces de son propre père. Et en découvrant le passé de son père, il va aussi découvrir qu’il n’aime pas Luisa mais Alison et va donc tout faire pour la récupérer. Cet épisode (5) central s’ouvre sur un chapitre Vikram, on craint alors que la série ne se disperse trop, à l’image de la saison 3 quand bizarrement elle offrait un chapitre sur Juliette, qu’on ne reverra pas, au passage. Dans The Affair, le découpage des épisodes offre parfois une moitié d’épisode plutôt anecdotique et une autre moitié magnifique, on a appris à s’y habituer.

     Quoiqu’il en soit, la partie de l’épisode 5 consacrée à Cole et la partie de l’épisode 6 consacrée à Alison sont les deux plus beaux et terribles à cet instant pour moi. Sans doute parce que The Affair pour moi n’est jamais aussi brillant que lorsqu’elle évoque Alison et/ou Cole. J’ai un peu relégué Helen & Noah qui m’ont particulièrement gonflé dans la saison précédente, elle avec Vikram, lui avec sa fille Whitney, son séjour en prison, l’héritage de son père, sa petite française. J’ai fait un rejet Noah, en fait. Inévitablement, l’épisode 7 de cette saison 4, centré à la fois sur Helen, en voyage avec Sierra façon Thelma et Louise direction une réunion hippie dans une yourte en plein désert, et Noah qui veut tout faire pour embarquer Anton direction Princeton, n’est pas celui qui m’a le plus excité durant cette saison, loin s’en faut.

     Heureusement il y a les trois derniers. Si on peut d’ores et déjà les compter parmi les plus beaux de la série, toute saisons confondues, on peut d’emblée s’arrêter sur le 9, l’avant-dernier de cette saison, parce que sa construction, bien que représentative de The Affair (Deux parties, deux points de vue) s’avère aussi troublante que
terrible. Ce n’est ni plus ni moins qu’un remake d’Une sale histoire, de Jean Eustache, à la différence qu’il n’y a pas de monologue mais un long dialogue, entre deux personnages dans une même pièce, 2x30min durant. La fiction puis le document, autrement dit ici le fantasme puis la réalité, ce que le spectateur souhaite voir puis ce qui s’est réellement déroulé. L’épisode suit donc un même personnage à savoir Alison sur une situation identique mais où tout va changer : Le ton, le climat, le déroulement, les vêtements, les traits sur les visages. C’est Mulholland Drive. M’est avis d’ailleurs que nous offrir une séquence pivot en cuisine devant un robinet et une machine à café n’est pas le fruit du hasard. Lorsque l’on capte le visage d’Alison et son reflet dans la fenêtre, c’est le même bouleversement, la même émotion que l’on ressent lorsque Diane « se réveille » dans le film de Lynch.

     The Affair a toujours coupé ses épisodes en 2, depuis le tout début c’est sa marque de fabrique, parfois pour raconter une même situation mais selon deux points de vue, parfois pour raconter deux situations sans rapport sinon leur temporalité mais toujours selon deux angles de vue. Durant les trois derniers épisodes, The Affair va brillamment casser son dispositif. D’abord (épisode 8) en offrant une dernière partie minuscule (cinq minutes à peine sur Noah) après avoir suivi Cole (en partie accompagné de Noah) dans un road-trip cool puis macabre, cinquante minutes durant. Ensuite en offrant tout l’épisode à Alison. Et enfin en découpant en trois chapitres le tout dernier : Noah puis Cole puis Helen. Rien que de lire ce chapitrage sans Alison j’en ai la chair de poule. The Affair c’est Alison, pour moi. C’est le cœur de la série. Et si elle est au cœur de cette saison 4, je ne vois pas comment The Affair pourra se relever de ce parti pris dans son ultime saison mais je serai bien évidemment au rendez-vous.

The Deuce – Saison 1 – HBO – 2017

09. The Deuce - Saison 1 - HBO - 2017Il était une fois la 42e rue.

   8.5   Qui mieux que David Simon, créateur de The Wire, pour écumer bars et trottoirs du New York de 1971, avec ses macs, ses putes, ses flics, ses barmans, ses mafieux, ses truands, sa communauté gay dans une ambiance poudrée à l’aube de l’explosion de l’industrie pornographique ? On est en terrain connu : The Deuce c’est The Wire sans Baltimore, avec les années 70 : ça transpire à la fois le fantasme et la fange, le fric, la coke et le sperme. Franchement on s’y croit. Autant Mindhunter (qui l’emportait sur un autre tableau) laissait à désirer sur ce point, autant la reconstitution de The Deuce est stupéfiante. C’est simple, on a l’impression de voyager huit heures dans un Lumet ou un Friedkin, dans Serpico ou French connection. Mais à l’échelle d’une rue. En effet, The Deuce c’est le surnom de la 42e rue de Manhattan, dans laquelle se déroule l’intégralité du récit ou presque. Deuce c’est aussi le diable. Et le double. Que James Franco incarne deux frères jumeaux crée une passerelle shakespearienne imposante (Le sage vs l’insolent) mais c’est en réalité chaque personnage qui se voit affublé d’un double, à commencer par Candy (Magnifique Maggie Gyllenhall), prostituée indépendante (Contrairement à ses « collègues » elle travaille sans proxénète)  la nuit et mère de famille le jour. En fait, c’est la marque David Simon que de creuser chacun de ses personnages jusqu’à son essence et ses contradictions, à l’image de Chris, bon flic dans une mare de ripoux ; à l’image de Sandra, qui squatte bars et trottoirs afin d’écrire un bouquin ; à l’image de Darlene qui dit rêver repartir dans sa campagne mais ne se donne pas les moyens de le faire, n’accepte même pas l’offre que lui fera Abi (La belle Margarita Levieva) personnage à part dans ce paysage, héritière du Summer of love, issue d’un milieu aisé, elle plaque vite sa vie estudiantine pour une place dans le bar de Vince, lequel se voit observé par les mafieux à qui son frère, joueur endetté, doit de la thune. Même les plus pourris d’entre eux, à l’image de C.C., proxénète menaçant et violent, Simon lui offre un vrai personnage, tourmenté, pathétique. Même ceux qu’on aurait à peine esquissé ailleurs, comme le réalisateur de films porno qui prend Candy sous son aile : Il est magnifique ce personnage, d’une intelligence, et d’une bonté, dans la mesure du possible, évidemment : Il galère comme beaucoup d’autres, fait ses petits pornos qui se vendent sous le manteau dans les vidéos clubs. Il n’y a d’abord pas le porno durant les premiers épisodes : C’est Darlene qui le fait entrer dans le récit malgré elle, puisqu’un type l’a filmée et a vendu sa sextape. Et c’est Candy qui va nous y emmener, nous y plonger. Quant au choix de James Franco, revenons-y car c’était casse-gueule : sans doute est-il un peu trop dans l’emphase pour ce (double) rôle, pourtant il s’avère payant puisque à camper ces deux frères opposés, chacun très grimaçant dans son registre de grimace, Franco leur permet d’exister pleinement dans leur extravagance propre. On les distingue très bien, en tout cas. Bref, ce n’est pas une surprise, The Deuce, saison 1 est une grande réussite anti-glamour, qui glisse d’un personnage à un autre avec une limpidité confondante et c’est d’ores et déjà une grande série nocturne sur la vie déglinguée d’une rue, avant la législation du X.

Mindhunter – Saison 1 – Netflix – 2017

08. Mindhunter - Saison 1 - Netflix - 2017Psycho killer
Qu’est-ce que c’est ?

     8.5   Le morceau de Talking heads, Psycho Killer, utilisé à la fin du deuxième épisode, lorsque les agents Ford et Tench se retrouvent « rétrogradés »  dans la cave du FBI où ils installeront leur bureau de recherche sur les tueurs en série, apporte un léger changement de tonalité. Une interférence. Si d’une part le choix de ce morceau est de bon goût, il faut d’autre part surtout dire que la série ne manque pas d’humour. Malgré son apparente froideur, malgré ses décors grisâtres, malgré sa plongée dans l’Amérique profonde, malgré le sosie d’Emmanuel Macron, il y a des moments très drôles, plus légers, flottants, notamment entre les deux/trois agents, des instants qui peuvent se jouer parfois plus sur des regards qu’avec des mots.

     Quoiqu’il en soit, c’est à partir de cette fin d’épisode et donc véritablement dès le début du suivant que la série décolle, qu’on ne la lâche plus. En effet, après un pilot pour le moins déstabilisant pour ne pas dire désastreux – Franchement, avec le recul, je me demande même à quoi il sert puisqu’il ne lance strictement rien, bien qu’il installe malgré tout un (faux) rythme sur lequel les épisodes suivants s’accommoderont, tout en étant plus cohérents tous ensemble – la série trouve son rythme de croisière, des entretiens ahurissants, une pertinence fascinante quant à son vaste sujet (raconter la naissance de l’analyse comportementale criminelle, en un mot le profiling et déployer l’abécédaire qui va l’accompagner) plus intéressante que sa reconstitution peu scrupuleuse.

     L’erreur serait de comparer Mindhunter à True detective. Et on est tenté, forcément. Aussi bien d’un point de vue plastique que dans sa quête de personnages forts. A ce petit jeu, elle indiffère plus qu’elle n’y gagne. Mais il y a une autre interférence, qui lui offre toute sa singularité, sa beauté paradoxale : Il y a un problème dans les déplacements dans Mindhunter ; On est partout aux Etats-Unis (Kansas, Pennsyslvanie, Oregon, North Dakota…) mais l’image, souvent terne, avec son monochrome fincherien (Rappleons que le réalisateur de Seven est à la baguette de quatre épisodes, pas moins) empêche d’apprécier cette riche variation de lieux, c’est dommage. C’est dommage mais on s’y fait, mieux, ça devient un atout, tant la série et le récit qu’elle déploie, crée un espace purement mental où chaque Etat, chaque ville serait une branche abstraite d’un noyau qui n’est autre qu’un simple bureau de recherches et les trois cerveaux qu’il renferme.

     Il y a quelque chose de fascinant dans ces trois portraits de flics, la bulle mécanique dans laquelle chacun évolue, avec ses propres névroses, folies alors que leur travail est justement d’enquêter sur les comportements, d’explorer des pistes douteuses, de gratter sous le visible, sous la surface. Ils sont vivants dès lors qu’ils fouinent, esprit chassé par la chasse aux esprits de ceux à qui il manque bien des cases. Mindhunter aura su nous intéresser à eux plus qu’aux pseudos enquêtes qu’ils vont tenter plus ou moins de résoudre, plus qu’aux cinglés avec lesquels ils ne vont cesser de s’entretenir pour apporter de l’eau à leur moulin. La réussite elle est là pour moi : Il me tarde de revoir ces trois acteurs/personnages.

Au service de la France – Saison 2 – Arte – 2018

07. Au service de la France - Saison 2 - Arte - 2018Y a pot !

   7.5   Ce qui a changé pour cette seconde salve ? Peu de choses, mais trois points importants tout de même : La direction artistique, d’abord, magistrale et une réalisation plus sobre, plus élégante, en un mot plus appropriée à l’univers dépeint, prouvent que le choix d’engager Alexis Charrier à la place d’Alexandre Courtès (qui faisait du bon boulot avant, hein) est la riche idée de cette saison mieux agencée, mieux rythmée. Puis, il y a la musique de Nicolas Godin, qui passe d’élans bossa à des saillies jazz à quelques trouées funk avec un raffinement confondant – a noter qu’écouter la bande originale seule est un plaisir pour les oreilles au moins aussi fort que de l’avoir en compagnon idéal pour (quasi) chaque séquence. Enfin, comment ne pas évoquer la présence presque systématique d’un trio fantoche, qui s’avérait déjà savoureux lors de la première saison mais qui prend du galon : Jacquart, Calot et Moulinier. « Je crois même qu’y avait Franquart, c’est pour te dire ! » On les retrouve en mission à Cuba puis en module à Moscou « C’est beau la Pologne ! » Franchement je ne me lasse pas de ce trio. Leur escale à Berlin ou leur entretien avec les indépendantistes québécois, c’est génial. Ensuite il y a plus de place aux personnages féminins, notamment (la belle) Marie-Jo qui se voit promue espionne et Irène, la femme du colonel Mercaillon, qui demande le divorce et en pleine libération sexuelle, s’en va succomber aux charmes de Moulinier. De son côté, Merlaux est pris entre une infiltration du KGB et l’éternelle interrogation sur l’identité de son père. Bref, réussite totale. Double tamponné, donc !

Irresponsable – Saison 2 – OCS – 2018

IRRESPONSABLE S2Histoire de Marie et Julien et les autres.

   8.0   C’est parfait. De bout en bout. C’est dans la continuité de la première saison mais différent, ça se réinvente sans cesse, c’est plein d’idées, de (nouveaux) personnages géniaux et puis c’est pertinent que ça parle aussi bien des amours d’une grand-mère que d’un ado face à la sexualité. Et puis c’est pas loin d’être bouleversant dès qu’il s’agit d’observer Marie et Julien. Quelle fin magnifique, d’ailleurs.

     L’écriture est plus belle, plus subtile, plus mesurée encore que lors de la saison de lancement, offrant aussi bien de magnifiques comiques de situation que des échanges complexes. Il y a un déploiement brillant et perpétuel en ce sens que chaque épisode devient un chapitre, que chaque saison s’accapare un espace, une dynamique. Si la maison brule à la fin c’est aussi pour faire table rase et rebondir dans un autre structure narrative et dimensionnelle.

    A noter que l’interprétation générale est magistrale, qui plus est avec les nouveaux qu’on adore très vite : Amel Charif, qui joue Sam, la nouvelle petite amie de Julien. Ainsi que Sam Karmann qu’on est ravi de revoir dans un vrai rôle de composition de psy peut-être plus torturé que ses patients. Sans parler de ces acteurs qui font une apparition le temps d’un épisode comme le banquier de Julien ou l’amie psy de Jean-Pierre.

     Sam, sans être l’opposé de Marie, offre à Julien cette liberté qu’il recherche constamment, tout en lui offrant d’accepter qu’il est toujours amoureux de Marie. C’est très beau. De fait, tout gravite autour de Julien. Julien le Tanguy de Chaville comme on a pu maintes fois le lire dans les critiques presse. Mais les personnages apparemment plus secondaires (Marie, Jacques, Sylvie) ont aussi droit à leur épisode.

     La grande réussite de cette saison c’est probablement d’avoir rendu aussi touchante et passionnante l’histoire entre Sylvie (la maman de Julien) et Jean-Pierre, son psy, la fameux, dont on entendait tellement parler en première saison. Ainsi que celle entre Emma et Jacques. Deux couples aux problèmes bien de leur génération, mais tellement travaillés, tellement riches qu’ils sont loin de servir de faire valoir à notre comédie de remariage (attendue) entre Marie et Julien.

     C’est simple, ça a l’envergure des meilleurs Apatow, à mes yeux. J’étais très déçu cette année de ne pas avoir pu voir la saison 3 de Love. Au moins j’aurais eu Irresponsable. Quelque part, ils ont un truc en commun. Je ne sais pas vraiment quoi, j’imagine que ça tient essentiellement à ce qu’ils produisent sur moi. C’est typiquement le genre, le format de série devant lequel je n’arrive pas à me freiner : Il faut que tout y passe d’une traite.

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