Archives pour la catégorie Séries

Irresponsable – Saison 3 – OCS – 2019

05. Irresponsable - Saison 3 - OCS - 2019Bon voyage.

   8.0   Voilà, Irresponsable c’est fini. Qui eut cru, avec un pitch pareil, que la série nous laisserait trente épisodes plus tard aussi ému. Et frustré qu’elle s’en tienne ici. Mais comblé par cette frustration, tant il est agréable de voir une série qui d’une part n’aura pas raté sa sortie, bien au contraire et d’autre part, qui a été pensée pour s’inscrire ainsi, sur trois saisons.

     Elle aurait pu continuer et sans nul doute tourner en rond – à l’image du dernier chapitre de The good place, clairement superflu. Elle aurait d’ailleurs déjà pu tourner en rond au cours de cette saison, creusé un sillon déjà bien creusé durant les deux premières. Pourtant, les nouvelles brèches vont se multiplier. Copieusement. Ainsi elle fera cohabiter trois générations jusqu’à l’explosion. Sortira du chapeau un personnage important, puis un second, sans pour autant que ça ne fasse trop fabriqué. C’est une affaire de glissement et de gestion de ce glissement : Il y a deux ellipses majeures durant cette ultime saison, celle de deux ans qui ouvre cette troisième saison et justifie les relations électriques et les désirs d’ailleurs de chacun. Et celle d’un an entre l’avant-dernier et l’ultime épisode. Et tout est idéalement agencé.

     Ça part du désir d’un fils (Jacques) de quitter la fac et s’envoler pour le Chili afin de nous entrainer vers une cohabitation familiale (à trois générations) qui bat de l’aile. Mais c’est en réalité de l’avenir de chacun de ces quatre personnages centraux (Julien, Marie, Sylvie et donc Jacques) dont il est question, cette incertitude existentielle, qui n’a pas d’âge. Une thèse que l’une retarde ici quand l’autre découvre l’envie d’être le papa qu’il n’a pas pu être. C’est aussi une (grand) mère qui doit affronter son passé pour revive en tant que femme.

     Evidemment il faut un trait d’union à tout cela. Ce trait d’union, c’est Julie. Une (demi)sœur qui apparait, avec un polichinelle dans le tiroir : Cet enfant à venir c’est aussi ce qui ôte la gratuité absurde de la situation. Et la bonne nouvelle c’est qu’Alison Chassagne, qui en est l’interprète, est la révélation de cette saison en plus d’être, mais je pense que vous avez deviné, la vraie sœur de Sébastien Chassagne aka Julien. Irresponsable est donc une affaire de frères et sœurs puisque elle est créée par Frédéric & Camille Rosset, frère et sœur. Vers la fin de l’épisode 4, je crois, c’est une vraie déclaration d’amour que s’offrent Julie & Julien, donc par extension c’est aussi celle que s’offrent Frédéric & Camille et ça c’est assez beau.

     Irresponsable c’est aussi un récit sur le rôle du père. Tout, dans Irresponsable, prépare aux retrouvailles avec le père. Julien a démarré d’un côté, il est logique qu’il termine de l’autre. C’était casse-gueule, mais c’est aussi l’une des grandes qualités de cette saison, écrite encore une fois avec beaucoup de finesse, élégance et légèreté alors qu’il y a une vraie gravité en filigrane.

     C’est donc une saison plus ambivalente qui n’hésite pas à placer ses personnages – Julien en particulier, évidemment – face à des dilemmes moraux variés. La page doit se tourner, comme elle se tournait à la fin de Friends. Ce n’est d’ailleurs pas une fin en soi, mais le début d’autre chose.

     Bref, c’est fini. Si vous n’avez pas encore jeté un œil à Irresponsable, c’est le moment. Ajoutons que ce format de trois fois 10 x 26 minutes est parfaitement adéquat.

The good place – Saison 4 – NBC – 2020

04. The good place - Saison 4 - NBC - 2020L’adieu et l’ennui.

   4.0   Où je me suis rendu compte à quel point The good place évolue en circuit fermé dans son petit monde à la fois très libre et très défini – par le no limit, le grand n’importe quoi, l’hystérie et le name-dropping à gogo. Donc si j’avais pris beaucoup de plaisir à enchainer les trois premières saisons, s’y replonger fit l’effet inverse : L’euphorie attendue s’est transformée en circonspection complète. Les quatre/cinq premiers épisodes furent un tel calvaire – L’impression d’arriver dans une soirée où tout le monde est bourré, sauf moi – que j’allais m’en tenir-là. Un mois a passé et j’ai finalement cédé à la curiosité : J’ai repris dès le début – trouvé ça toujours aussi nul, c’est dire si le début de cette saison est catastrophique – avant d’y trouver à nouveau un peu mon compte, par intermittence. J’étais un peu bourré, à mon tour, on va dire. Je suis allé péniblement au bout quand même – avec un épisode final de 54 minutes à la fois interminable et touchant (surtout les adieux de Chidi, bercé par Arvo Part) mais quoiqu’il en soit ça restera une grande déception.

Sex education – Saison 2 – Netflix – 2020

03. Sex education - Saison 2 - Netflix - 2020Freed from desire.

   8.0   Quand sonne le glas de la confirmation, c’est toujours le moment le plus délicat pour une série : Il lui faut combler un manque, prolonger la mise en place, étirer sans se disperser, rester elle-même tout en trouvant d’autres enjeux. Bref, on comprend que parfois ça plante. Si la deuxième salve de Sex education atteint largement ses objectifs, cela ne va pas sans une certaine dose de frustration. Cette frustration touche en grande partie son couple vedette, celui que la série a fait naître lors de ses dix premiers épisodes, sans qu’ils finissent ensemble mais avec la promesse que ce n’est que partie remise. Malheureusement (et heureusement) ça risque d’être partie remise encore un moment : Ici, Otis tutoiera sa toute première fois (et échafaudera tout plein de stratagèmes pour la retarder car il en est terrifié) avec Ola, avant que l’heureuse élue ne soit finalement Ruby – probablement le personnage le plus antipathique de la série – en conséquence d’une beuverie. Quant à Maeve, qui s’est finalement résignée à lui avouer qu’elle tient à lui, la voilà beaucoup trop embarquée aux côtés des « Quiz Heads » de Moordale et en surveillance de sa mère, qui est de retour, pour accorder du temps à son ancien collègue de psychothérapie clandestine. Otis aura d’ailleurs lui aussi ses problèmes parentaux, avec sa mère d’abord – car il va bientôt découvrir la relation qu’elle entretient avec Jakob, le père d’Ola – puis très vite avec son père, qui réapparait lui-aussi et souhaite lui accorder un peu de temps et d’amour. Bref, que cette frustration les (Maeve & Othis) accompagne jusqu’au dernier plan est conséquence logique de cet éloignement forcé, provoqué par l’impact de leur entourage et famille respective. Mais ce n’est que partie remise, c’est évident : Sex education existe en grande partie pour ce couple-là, ce couple absolument parfait, justement car il est en apparence très mal assorti. Le jeu de l’amour et du hasard finira tôt ou tard par les réunir.

     Parmi toutes les qualités qu’on peut attribuer à Sex education, il y en a une – que d’autres séries parfois oublient – qui est devenu systématique dans son processus narratif, c’est l’écriture complexe de nombreux de ses personnages apparemment secondaires, qui s’avèrent si passionnants qu’ils sont parfois plus si secondaires et menacent d’empiéter sur le noyau dur des personnages devenus centraux que forment Otis, Maeve, Adam, Jackson, Eric & Aimee. Viv incarnera le symbole de cette qualité, faculté à faire glisser les focales dominantes. Elle qui semble d’abord servir à justement servir la soupe à Jackson – qui troque la natation pour le théâtre – en lui prodiguant des conseils variés ; ainsi qu’à Maeve – qui débarque dans son groupe de « Quiz Heads ». Elle pourrait faire le pont entre les deux, on croit vraiment que le récit va nous emmener là-dessus. Au contraire, Viv devient un élément central, celle que Jackson va à son tour accompagner pour lui faire approcher son pote surdoué, mais très vite pour lui faire tout simplement prendre confiance en elle. Relation magnifique que celle entre Viv & Jackson. J’en aurais chialé.

     Il faut aussi parler de Jean Milburn – incarné par la sublime Gillian Anderson – tant elle ne se contente plus, comme dans la première saison, d’être la mère d’Otis. Son personnage est plus étoffé, d’abord au contact de Jakob (qui lui aussi devient un vrai personnage) dont elle finit par s’amouracher vraiment avant de constater que ses libertés sont trop vite sucrées par ce plombier envahissant. Qu’elle prenne bientôt la place de sexologue scolaire de l’université de Moordale raconte tout de cette étonnante mise en abyme : Il s’agit pour Jean de marcher sur les plates-bandes de son fils. De tenter de lui ôter peu à peu son rôle de héros. Elle y parvient un peu puisque lors de l’épisode de la fête qu’Otis donne chez sa mère, alors qu’elle est pourtant gentiment virée de chez elle, on la voit, en montage alterné, passer la soirée à danser dans un club, notamment avec Mme Groff, en pleine crise conjugale et révolution intime. Dans la première saison, Jean tentait de s’immiscer dans une fête pour récupérer Otis, là, le scénario lui offre un endroit rien que pour elle. Et c’est vrai qu’il n’y a plus de héros solo dans cette deuxième saison : Adam devient tout aussi central (et attachant : Immense tour de force que d’avoir fait de ce monstre antipathique un volcan de sensibilité refoulée) qu’un Eric, d’autant que le cœur de ce dernier balance entre lui et Rahim. Et c’est exactement la même chose pour Jackson et son affrontement avec ses mamans : Parvenir à cet échange bouleversant qu’il tient avec l’une d’elle sur un banc est le signe que Sex education est une série épatante qui en garde continuellement sous le pied.

     Mais c’est probablement sur sa dimension volontiers girl power que la série s’est complètement diversifiée. On a évoqué Viv, mais cette saison aura aussi creusé la naissance d’un amour « délicat » entre Lily & Ola. Et creusé des amitiés intouchables. L’épisode 7 en ce sens est un sommet : A travers les mésaventures d’Aimee (que j’aimais peu dans la première saison mais qui explose littéralement ici) agressée sexuellement dans un bus, les filles se regroupent – La série ira même jusqu’à citer Breakfast club le temps d’une colle dans une bibliothèque – pour l’accompagner et lui faire reprendre le bus, qui avait fini par la terrifier et lui faire prendre conscience que les hommes (et son petit ami compris, compréhensif, touchant) ne sont pas que des psychopathes sexuels. Sous ses contours légers, colorés, un peu nonchalants, c’est sa faculté à atteindre parfois une certaine gravité qui fait de Sex education une série passionnante, qui vise la diversité avant tout. On pourrait même l’attaquer là-dessus tant ça devient un peu systématique. Masturbation (féminine, masculine, mutuelle, avec objets), homosexualité (féminine, masculine, acceptée, refoulée, parentale), bisexualité, asexualité, tout y passe. On y évoque même les craintes des poires à lavement, les grimaces d’orgasmes honteuses, la pilule du lendemain, la pré-ménopause. Le catalogue est bien rempli. Et pourtant on y croit. On voudrait que le monde soit comme dans Sex education. Et on les aime d’amour, chacun de ces personnages.

Le bazar de la charité – Mini-série – TF1 – 2019

02. Le bazar de la charité - Mini-série - TF1 - 2019Paris brule-t-il ?

   6.0   Plutôt qu’une série – en l’occurrence une mini-série – Le bazar de la charité ressemble à un roman feuilleton télévisé, développant des rebondissements permanents, intrigues croustillantes et autre cliffhanger visant à ne pas perdre son audience, comme si elle nous attachait à notre siège, des allumettes nous écarquillant les yeux, dans une démarche un peu désuète, certes, mais qui ici trouve un certain charme. Et pourtant, sur le papier, cette alliance TF1/Netflix rappelle l’épreuve que fut Marseille, autant dire qu’on y va avec le couteau entre les dents. Mais au final c’est assez beau (les couleurs, les cadrages, les éclairages) il y a quelque chose qui évoque davantage le Versailles, de Canal+.

     Il y a surtout le souffle du mélodrame, l’enchâssement du réel (l’incendie du 4 mai 1897) et de la fiction (ces trois femmes, notamment) soient toutes ces histoires montées de toute pièce comme autant de couches d’un millefeuille dont les échos vont titiller nos problématiques modernes, aussi bien dans notre réalité que dans nos fictions. A ce titre, l’écriture ainsi que le phrasé des personnages ne fait aucun effort pour sembler d’époque, il est clairement choisi de faire contemporain. La belle époque n’est que l’écrin, le point d’ancrage du fait divers.

     Je sais être friand de ce type de récit – quelque part je pense aux Fantômas ou aux Vampires, de Feuillade, ce désir d’embrasser cette mécanique feuilletonnante : C’est exactement ce qui se déroule dans Le bazar de la charité, je vois les ficelles (souvent les cordes, nœuds coulants compris) et la chantilly, les limites de l’interprétation, les incohérences narratives et la faiblesse mise en scénique (qui préfère miser sur un nombre d’effets (travelling à tire-larigot) outranciers inutiles mais qui est incapable de faire une reconstitution digne de ce nom (le café où se regroupent les anarchistes c’est vraiment cheap) mais pourtant je ne lâche pas, je suis happé, parfois ému – Ce dernier échange, tant espéré, surclasse quasi tout.

     J’ai quelques gros regrets néanmoins : J’aurais préféré, je crois, que la série nous montre davantage l’avant-catastrophe, qu’elle ne s’ouvre pas là-dessus, disons. Déjà parce qu’elle en offre trop tout de suite, aussi parce qu’il lui faut du temps avant qu’elle ne reprenne des couleurs. Ensuite parce que ses personnages auraient mérité d’être développé en amont (afin de comprendre a minima le dilemme qui anime certains et autres retournements de veste improbables). Au moins elle n’utilise pas de superflus flashbacks c’est déjà ça : Tout ce qu’on apprend de la vie (de chacun) avant le 4 mai n’est que partiellement évoqué.

     Ce qui m’amène à vous proposer mon top cinq des plus gros connards du Bazar car il y a quand même, chez les hommes une belle brochette d’enflures « y a de quoi remplir une sacrée poubelle » comme disait François Perrin dans Coup de tête. Je ne compte pas leurs éventuelles (et improbables) rédemptions finales, on va dire que c’est un top effectué après le sixième épisode :

  1. Marc-Antoine de Lenverpré (Gilbert Melki) : Monstre magistral.
  2. Julien de la Ferté (Théo Fernandez) : Ou la lâcheté personnifiée.
  3. Pierre-Henri de la Trémoille (Sylvain Dieuaide) : Qu’est-ce que c’est, dégueulasse ?
  4. Auguste de Jeansin (Antoine Duléry) : Tant de bêtise dans un seul être.
  5. Le préfet Leblanc (Gilles Cohen) : Beau mouton des connards.

Bref, tous ces empafés d’aristos, en somme.

     Un autre (imposant) reproche, c’est l’obsession Titanic. Evidemment le film de Cameron est une borne, qu’on l’appréhende du point de vue de la reconstitution, de la romance, du mélodrame, du film catastrophe, de la lutte des classes ou plus simplement en tant que divertissement populaire. Qu’un bateau coule ou que les flammes progressent, on demande à un orchestre de continuer de jouer du violon. Les hommes poussent les femmes. On se bat pour une chaloupe, on se bat pour atteindre la porte-tambour. Une bonne s’appelle Rose (Et rêve de partir en Amérique, donc sa maitresse lui achète la maquette d’un paquebot qui ressemble fortement au Titanic) et va « renaître » sous le nom d’une autre. Le problème c’est que l’ombre du film plane beaucoup trop sur la série, qui n’hésite donc pas à le citer ouvertement et qui renferme de nombreux personnages similaires, qu’il s’agisse de femme émancipée, d’anarchiste beau-gosse, de mari lâche, bon gars sacrifié, bref on y pense constamment et à ce petit match, Le bazar de la charité ne gagne pas beaucoup de points.

     Et trop de rocambolesque tue le rocambolesque. Le dernier épisode cumule les rebondissements, l’exécution stoppée in-extrémis en est l’exemple le plus représentatif. Quel intérêt de faire ça ? Quant au premier, si le crescendo est plutôt réussit, l’incendie en lui-même sent trop l’incendie numérique (encore une fois, il s’agit de trop en mettre) pour qu’on y ressente chaleur et étouffement. Regarde un film comme L’aventure du Poséidon, tu verras qu’on ressent bien tout ça, sans doute aussi parce que les acteurs y étaient exceptionnels. Ici, les acteurs oublient parfois de tousser, de transpirer ; Les maquilleurs de leur noircir les visages. Ça devrait être sale, pesant, c’est un peu grotesque.

     Reste l’histoire de ces trois femmes, leur combat, leur renaissance (chacune à leur manière) dans un monde gangréné par le patriarcat, la puissance familiale et/ou le pouvoir des élus. Une manière de rappeler que plus d’un siècle plus tard il est tout à fait possible de faire des ponts, rapprocher notre époque avec celle couvrant l’Affaire Dreyfus. C’est un féminisme un peu écrit à la truelle, mais ça fonctionne en partie car les trois actrices choisies sont parfaites. Et parce qu’elles sont le cœur du show. Ça et la mort de l’aristocratie. L’allégorie de la haute société qui brule dans l’incendie comme plus tard, elle se noiera dans un naufrage. Titanic, toujours.

Mindhunter – Saison 2 – Netflix – 2019

01. Mindhunter - Saison 2 - Netflix - 2019The overload.

   8.5   La série continue de déployer son rythme qui est le sien, engourdi, alangui, éloquent mais choisit cette fois moins la quête du profiling qu’elle ne se penche sur une véritable affaire, à savoir la vague d’assassinats de jeunes noirs dans l’Atlanta du début des années 80. En optant pour les voies classiques du polar (Des crimes à élucider, un tueur à démasqué) elle aurait pu se fourvoyer. Au contraire on a rarement vu une œuvre (film ou série) tenter de détruire à ce point les mythes. Et réussir, haut la main. Dans une ère où tout est à la nostalgie ou à la répétition, esprit doudou ou sequel, assister à quelque chose qui prend l’exact contrepied de ce qu’on attend, fait un bien fou.

     Cette seconde salve s’étire sur neuf épisodes. Trois réalisateurs sont aux commandes. Déjà présent lors de la première saison, David Fincher s’occupe des trois premiers. Andrew Dominik (L’assassinat de Jesse James) se charge des deux suivants. Et Carl Frankin (valeur sûre de l’univers sériel) des quatre derniers. Qu’importe ce déséquilibre numérique, qu’importe le capitaine à la barre, la réalisation sera brillante du premier au dernier épisode, homogène et virtuose, épique et glaçante, sans pour autant se révéler froide ni clinquante. En un sens c’est déjà un petit exploit de trouver le parfait équilibre.

     On attendait que les techniques (de profiling) réalisées par Holden, Bill & Wendy et introduites durant la première saison soient exploitées dans la seconde. C’est le cas. Enfin pas vraiment car on s’attendait moins à n’y voir que le produit de leur inefficacité sinon quelque chose de complètement embryonnaire et approximatif. Et la série joue là-dessus à travers sa forme, ne tombant jamais dans l’excès, jamais dans un spectaculaire morbide. Ainsi que dans son traitement des personnages : Holden plus autiste que jamais, affronte diverses crises de panique ; Bill est plongé en plein problème familial, avec son enfant de huit ans, ce qui parasite sa présence au sein de l’enquête principale ; Wendy quasi absente, tente de nouer laborieusement une relation amoureuse.

     Difficile de faire plus anti-glamour que Mindhunter, saison 2. Dur pur Fincher – ces personnages éclairés incapables d’interagir avec leur monde – en somme tant la série parvient, on ne sait par quel miracle à s’avérer émouvante, en un dialogue, un regard, un silence. Je regardais Le bazar de la charité en parallèle, c’était très bizarre ce sentiment d’assister à deux shows complètement opposés, tous deux d’un autre temps. N’en déplaise aux sceptiques, le futur c’est Mindhunter. Ça ne fait aucun doute. Cette magie du récit documenté, de l’ambiance immersive où l’on ne te prend jamais la main. Où l’on ne verse à aucun instant dans une opulence glamour maladroite. A ce titre, la résolution, pleine de suspension et de frustration, va complètement dans ce sens.

     Et en filigrane plane une troublante fascination. Brian, le fils de Bill Tench, incarne l’enfant mystérieux, cet enfant du futur (super flippant) qui plane sur le film et sur l’Amérique toute entière. Un héritier d’Holden, quelque part. Un futur Zuckerberg. Est-ce un sociopathe en herbe ? Ou est-il le produit d’un traumatisme plus global, mondial ? Cette saison n’est traversée que par l’ambiguïté. Jusqu’au bout. L’entretien fleuve avec Charles Manson au milieu restera comme l’un des hauts faits de la série. A part ça il me semble avoir eu un petit orgasme quand retentit The overload, de Talking Heads, durant le générique final de l’épisode 1.

The Affair – Saison 5 – Showtime – 2019

24. The Affair - Saison 5 - Showtime - 2019Les choses de la vie.

   7.0   Voilà, The Affair, c’est fini. Je ne vais pas m’étendre, je l’ai suffisamment fait lors des saisons précédentes et celle-ci est loin d’être la meilleure. Pas toujours inspirée (Ce dernier plan – entre autre – ce n’est pas possible) ni passionnante (j’ai mis du temps à regarder ces onze épisodes, c’est rarement bon signe) elle n’en est pas moins parcourue de belles fulgurances. Et d’émotion puisqu’à la manière de nos personnages, en pleine retrouvaille (on en a rêvé) lors des deux derniers épisodes, nous contemplons les pots cassés, ce qu’on a traversé pour en arriver là – Un peu comme le faisait (beaucoup mieux) Mildred Pierce, de Todd Haynes. C’est une ultime saison très inégale, mais audacieuse sur bien des points. Il y a de grands moments. Le dernier épisode en est un.

     Juste une chose : pour sa dernière sortie, la série tente quelque chose d’un peu farfelu. S’il s’agit toujours de suivre des chapitres centrés sur un personnage, jusqu’à parfois troquer Noah ou Helen pour Whitney et Sierra, l’un de ces prénoms va vraiment troubler nos habitudes : Joanie. Lors de ces chapitres (ils sont nombreux) la série choisit d’évoluer dans le futur, en 2053 plus exactement avec une Joanie incarnée par Anna Paquin (Sookie, dans Trueblood ou Malicia, dans X-Men) et si le parti pris flashforward est on ne peut plus casse-gueule – J’ai cru au carnage, au début, très franchement – c’est finalement sur ce terrain qu’elle va trouver ses plus beaux instants. En revanche tout ce qui tourne autour de la post catastrophe écologique reste superficiel. On sent que la série veut se la jouer actuel, parler du climat tout en évoquant Metoo, puisque Noah va pas mal morfler à ce sujet. Mais le cœur est ailleurs.

     Avec un peu de recul on peut dire que The Affair, qui était au-dessus du lot sur ses deux premières saisons, aura raté son prolongement. Je l’aimais bien mais la saison 3 n’était pas bonne, soyons honnêtes. En revanche la série avait su rebondir puisque la saison 4 était très forte mais laissait un (dé)goût d’achevé ou de ça-pourra-jamais-plus-être-aussi-bien. Et c’est là où les créateurs sont forts car oui Alison & Cole nous manquent cruellement, mais c’est quand même bien. Alors oui, tout n’aura pas été parfait loin de là – et cette ultime saison aura aussi été à cette image – mais c’est un adieu ému. Je me souviendrai de The Affair.

Mytho – Saison 1 – Arte – 2019

27. Mytho - Saison 1 - Arte - 2019Arrhes du mensonge.

   6.0   Cette histoire de mère de famille débordée par le quotidien, invisible des siens, s’inventant un cancer qui va lui offrir l’affection et l’attention qui lui manquaient tant, m’intriguait beaucoup. Un Breaking bad inversé à la française, pourquoi pas après tout ? Le premier épisode, laborieux, m’a beaucoup dérangé. Je détestais chaque personnage de cette famille. Je ne voyais que les épaisses coutures ou uniquement de la caricature. Et la série va jouer de cela, de ses apparences pour les déformer, à l’image de personnages secondaires comme le patron ou la pharmacienne. Mytho s’affine, trouve son rythme, surprend, rebondit tout le temps, se pare d’intrigues parallèles à priori pas fondamentales, au point qu’elle pourrait tout aussi bien s’en tenir à ce one shot que s’étirer sur d’autres saisons afin de suivre les répercussions du dévoilement du mensonge et les origines d’Elvira. On sent la patte Gobert dans la forme, ces pavillons résidentiels qui rappellent Les revenants ou Simon Werner a disparu. Tout n’est pas maitrisé, la construction est un peu approximative, le ton pas toujours très homogène. Mais il y a aussi des choses à garder et notamment tout ce qui tourne autour du pitch et du personnage incarné par Marina Hands. Marina Hands est géniale, il faut le dire. Bref je conseille, d’autant que six épisodes de 45min ça déroule.

Mad Men – Saison 5 – AMC – 2011

5.01&5.02&5.035.01, 5.02 & 5.03.

19/11/19

     C’est toujours un exercice délicat pour une série que d’allonger, de façon isolée, son format. Le rythme s’en trouve modifié, la construction aussi. Il faut un tout nouvel équilibre. Cette cinquième saison s’ouvre donc sur un double épisode, quatre-vingt-dix minutes, la durée d’un long métrage et l’on s’étonne à peine de penser, quand il se termine, qu’il est bien plus intense, aussi bien du point de vue du fond que de la forme, que 95% de ce que le cinéma peut nous offrir. Un « film Mad Men ». On en rêvait.

     Bisou-Bisou n’est peut-être pas le meilleur épisode de Mad Men, mais il ouvre des pistes passionnantes pour cette saison à venir – la relation entre Megan & Don, notamment mais aussi la place de plus en plus « draperesque » de Pete – en plus de s’articuler autour de ce que promet plus ou moins son titre, à savoir une chanson entonnée par Megan en guise de cadeau d’anniversaire à son homme. Surprise dans la surprise (on sait qu’il abhorre ça) puisqu’il n’était même pas au courant de cette petite soirée en l’honneur de ses quarante printemps. Enfin, les quarante printemps de Don, pas ceux de Dick Whitman, n’oubliera-t-il pas de lui mentionner. Zou Bisou-bisou est d’ores et déjà l’un des sommets érotiques de la série et ce n’est ni Harry ni Stan qui diront le contraire. La scène-nettoyage, n’en parlons pas. Sans parler de Roger chantonnant « Frère Jacques » à Don, le lendemain au bureau. Caviar.

     En outre, la saison s’ouvre sur une imposante ellipse puisque nous sommes propulsés en mai 66 post Memorial day, en plein pendant les manifestations des Noirs. On apprend que Megan & Don se sont mariés. On découvre Joan en train de pomponner. Et bien entendu on assiste aux beaux lendemains d’une agence fleurissante ou presque, s’octroyant de nouveaux gros poissons. Il y a une maitrise narrative absolument déconcertante, ne serait-ce que sur le miroir entre la séquence introductive chez Y&R et la séquence finale chez SCDP où chaque fois les Noirs montent dans les bureaux à cause d’une mauvaise blague, des bombes à eau d’un côté, une fausse annonce d’embauche de l’autre. Terrifiantes années 60.

     L’épisode suivant permet de revoir Betty, qui n’apparaissait pas du tout dans le double épisode introductif. Et c’est un choc. Betty a mangé Betty. Ils ont bien intégrés la grossesse de January Jones, pas de problème là-dessus. Alors, Betty est-elle malade ? Le récit s’articule autour d’une possibilité de cancer de la thyroïde avant de révéler in extremis son caractère bénin. C’est assez curieux mais c’est aussi dans l’esprit de Mad Men de ne pas s’attarder sur ce genre de péripétie qui n’en est pas vraiment une. Cela permet malgré tout de véhiculer une douce proximité entre Betty & Don.

     Difficile de faire des pronostics mais j’ai l’impression que la série enclenche assez clairement, mais tout doucement,  ses adieux. On y parle ouvertement de la mort. De la crainte de voir des enfants grandir sans leur mère. C’est un épisode qui marque une rupture forte au sein des couples, qu’il s’agisse de Betty & Henry, de Megan & Don voire de Trudy & Pete. Affaire à suivre.

5.04&5.05&5.065.04, 5.05 & 5.06.

22/11/19

     Le retour de Greg du Vietnam occasionne d’abord une belle effusion de joie, des retrouvailles joyeusement consommées, la contemplation d’une harmonie familiale qui n’est vite qu’un leurre quand Joan apprend qu’il s’est porté volontaire pour rempiler parce que « là-bas on a besoin de moi » dit-il. Il en faut peu à Joan, qui préserve sa dignité, toujours et le met dehors, définitivement. Au moins, concernant le bébé, la question de la paternité ne pose plus trop de problème.

     C’est un épisode qui va aussi creuser ce nouveau personnage qu’est Michael Grinsberg. M’étonnerait qu’il ne soit que de passage. Il est intelligent autant qu’il est borderline, semble agacer Don à tel point qu’il est pas loin de le virer pour avoir improviser un slogan et envoyer la réunion sur un terrain inattendue, indifféré Peggy avant qu’il ne se confie à elle sur ses origines d’enfant né et élevé dans un camp de concentration.

     Ensuite il y a Don. Il est malade comme un chien. Mais il croise une ancienne conquête, très entreprenante, dans l’ascenseur, alors qu’il est aux côtés de Megan. Plus tard il rentre chez lui pour dormir. Puis il est réveillé par cette ancienne conquête, la fait rentrer pour la remettre dehors, avant qu’elle ne revienne, lui fasse l’amour et qu’il l’étrange puis la l’abandonne sous le lit. WTF ? Puis Megan le réveille avec des croissants. Il a rêvé. Tout ? On ne sait plus. C’est un peu bizarre venant de Mad Men, mais pourquoi pas.

     Avec son atmosphère de meurtres sordides de Chicago, Mystery date m’a soudain rappelé qu’on était dans la sombre période américaine, celle des meurtriers en série, que Fleischer avait si bien captées dans L’étrangleur de Boston, que la série Mindhunter avait su prendre à bras le corps aussi. Fascination et danger planent. On en rigole (au bureau) on en fait des cauchemars à la maison (Sally, réfugiée sous le canapé du salon). Cela permet surtout à Peggy, qui comme souvent travaillait tard, d’être surprise par Dawn, la secrétaire (qui dormait dans le bureau de Don pour ne pas avoir à rentrer seule la nuit) et de l’inviter à dormir chez elle. Toutes deux discutent de quotidien et de réussite mais soudain il y a un silence autour d’un sac. Rien de plus. Mais la série, une fois encore, s’est permis d’ouvrir une « trappe de la honte » quand Peggy observe Dawn et comprend silencieusement qu’elle a compris.

     Une fois de plus, c’est un épisode dense, passionnant, mais il respire, il n’est jamais plein, indigeste. C’est du pur Mad Men, en somme. Le suivant est plus indomptable. Tandis qu’il semble au préalable très heureux d’inviter Don à diner, sans doute pour lui étaler son petit bonheur sous les yeux, Pete traverse une crise existentielle : Il est perturbé par une petite fuite d’évier récalcitrante (que Don finira ironie du sort par lui réparer), flirte avec une étudiante lors des séances de code de la route (qui tombera finalement dans les bras d’un autre étudiant beau-gosse) et ne supporte pas de devoir laisser l’affaire Jaguar à Lane, qu’il juge incompétent.

     Il va tellement péter un plomb qu’il va accepter de se battre contre Lane. Leur règlement de compte est d’ores et déjà l’un des moments les plus drôles de Mad Men : Il suffit de voir les visages hébétés de Bert, Roger & Don ; enfin surtout de voir Roger s’allumer une cigarette, comme s’il assistait à un match de boxe, puis dire finalement « J’avais parié sur Lane ». J’ai failli en tomber de mon canapé tellement je riais. Mais le plus important c’est évidemment l’issue de cette baston de cour de récréation quand Pete (au visage en sang) & Don se retrouvent dans l’ascenseur. Le « I have nothing » de Pete semble plutôt vouloir dire « Why I’m not you ? ». Et Don reste muet, face à ces larmes et ce visage tuméfié. C’est terrible.

     Far away places est un parfait épisode de moitié de saison. Un peu plus « expérimental » dans sa structure qu’à l’accoutumé puisqu’il s’agit de passer la journée et la soirée en compagnie de Peggy, puis Roger puis Don. Chacun aura son quart d’heure de (non) gloire. Peggy ira se noyer dans la fumette au cinéma après avoir foiré le rendez-vous avec Heinz. Roger testera les vertus du LSD avec sa femme dans une soirée mondaine, avant de mettre fin à leur relation. Quant à Don, supposé passer du bon temps avec Megan chez Johnson’s, un super restaurant qui est aussi l’un de ses fidèles clients, il va passer la pire scène de ménage de sa vie. Episode assez fascinant, une fois de plus.

5.07&5.085.07 & 5.08

03/12/19

     Punaise, la violence du dernier plan d’At the codfish ball, le septième épisode de cette cinquième saison. Voir la mère de sa belle-mère tailler une pipe à l’ami de son père, on n’ose à peine imaginer le chamboulement que ça puisse faire sur un enfant. Pauvre Sally. En tout cas elle est vraiment au centre de cette saison. Quasi autant que Megan, qui reste le personnage fort et ce d’autant plus qu’elle semble dévorer Don, aussi bien d’un point de vue professionnel, puisque c’est elle qui trouve une idée de pub et de slogan, c’est aussi elle qui rattrape in extremis Heinz qui était sur le point de se tirer, mais aussi sur le plan intime puisque c’est de sa famille dont il est question, ses parents qu’elle doit gérer et qui parlent souvent français ce qui laisse Don irrémédiablement de côté.

     De son côté, Pete est tombé dans les bras d’une quasi inconnue : La femme de son voisin de banquette dans le train du matin. Ce qui devait arriver arriva. Sa métamorphose en Don prend littéralement forme. Mais cette storyline est loin d’être ce que la saison a produit de plus passionnant.

     Revenons à Megan, puisque l’épisode suivant lui fait une fois de plus la part belle : Le passage express de ses parents semble avoir rappelé à la jeune femme qu’avant son mariage elle poursuivait le rêve de devenir actrice. Enfin surtout son père qui ne supporte pas de ne pas l’avoir vu devoir gravir les échelons. Aussi soudaines que furent ses fiançailles avec Don, Megan va claquer la porte SCDP pour plonger dans les auditions et se consacrer entièrement à son rêve. Reste à savoir comment Don va le prendre, mais vu sa réaction face à Tomorrow never knows, que Megan lui conseille d’écouter s’il veut savoir ce que c’est que la musique aujourd’hui, mystère et doute subsistent. Ce plan d’ascenseur, quelques minutes plus tôt, reste assez terrifiant et ce qui est très beau c’est qu’on rejoint Don nous aussi, dans la mesure où ce rêve de devenir actrice semble tomber comme un cheveu sur la soupe – D’aucuns diront que c’est un problème narratif, moi je crois qu’il agrémente la perdition de Don, prépare son éloignement à venir de Megan ( ?) ainsi que le nôtre.

     Vraiment c’est magnifique, une fois de plus. Et souverain : On sent que la série a conscience qu’elle a toutes les cartes en main pour tout boucler intelligemment et calmement. Enfin ça va on a le temps, il reste deux saisons et demi.

5.095.09

12/12/19

     Plus ça va, plus je me demande si j’ai vraiment envie de voir un épisode centré sur Betty. C’est un peu triste. Elle rivalise de jalousie et de connerie (jusqu’à utiliser ses enfants) dans celui-ci, croyant briser quelques chose entre Megan & Don, voire entre Megan & Sally à propos de révélations qu’elle fait à cette dernière sur « la troisième femme » de son père, Anna. Il y a beaucoup de tristesse sur ce personnage : Elle n’est ni vraiment heureuse avec Henry, c’est le moins que l’on puisse dire, ni vraiment en phase avec l’image qu’elle renvoie, qui a toujours été son obsession principale. Observer l’épanouissement de celle qui la remplace (dans un ménage qui de son temps ne s’épanouissait pas) la déprime complètement, elle qui passe dorénavant son temps chez Weight Watchers. Du coup il y a une nouvelle dynamique intéressante, même si on est bien content de passer un peu de temps chez SCDP. L’affrontement silencieux entre Don & Ginsberg est aussi savoureux que prometteur. C’est marrant, on peut vraiment voir ce dernier comme le pendant masculin de Peggy. De vrais bosseurs. La différence c’est que dans ce monde-là (les années Johnson) l’homme est plus problématique que la femme. Don s’en tire bien, pour l’instant, mais pour combien de temps ? Hâte de savoir où la série nous emmène avec ça.

5.105.10

23/12/19

     Voici un épisode curieux, qui se joue en plein Pearl Harbor day (December 7) dans lequel on va retrouver, par l’intermédiaire d’Harry Crane, Paul Kinsey (oublié depuis la saison 3) égaré chez Hare Krishna. Dans lequel Don ira chez Jaguar avec Joan, qui vient de recevoir une notification de divorce. Dans lequel on retrouve Lane, qu’on n’avait pas vu depuis le début de la saison, qui va arpenter un terrain dangereux : Je ne suis pas sûr que s’il l’apprend, Don lui pardonnera le fait d’avoir copié sa signature pour encaisser un chèque à plusieurs zéros couvrant des dettes fiscales personnelles. Il est donc questions de primes à distribuer ou non. Mais aussi de Mohawk Airlines, qui se met en stand-by et de Jaguar, qui semble promettre monts et merveilles. C’est quitte ou double mais comme on arrive en fin de saison, j’aurais tendance à dire que tout va planter. Reste à savoir comment SCDP va rebondir. Evidemment rien n’est fait. C’est un petit épisode (de transition) pour du Mad Men. Mais c’est évidemment largement au-dessus du lot commun.

5.115.11

24/12/19

     L’ambiance générale de l’agence évolue désormais dans une profonde torpeur. Et ce sont les femmes qui à la fois en paient le prix mais qui restent maîtresses de leur destinée comparé aux hommes figés dans leurs petits secrets (Lane), affrontements polis (Grinsberg/Draper) et machisme répété à peine masqué (Pete). Il s’agit quand même d’un épisode durant lequel les hommes votent pour que Joan se prostitue – Certes pas directement : Ils se mettent d’accord pour lui offrir 5% des actions SCDP en échange de ses services à un gros porc influent de chez Jaguar. Tous sauf Don, qui, appréciant de relever de l’exception, reprend des couleurs. Seulement provisoires, évidemment, puisque d’un côté il est démasqué par Megan qui comprend qu’il ne veut surtout pas qu’elle réussisse en tant qu’actrice. Et son ébranlement sera triple quand il comprendra que Jaguar est dans la poche moins pour ses performances oratoires que pour les services sexuels de Joan, puis lorsqu’il recevra (dans un final bouleversant) la démission de Peggy qui préfère tenter sa chance chez le concurrent, qui lui promet un poste de directrice commerciale. Difficile de savoir où ça va. J’ai l’impression qu’SCDP est redoré grâce au « triomphe Jaguar ». Mais pas certain que tous assument « les causes » ni les réverbérations de ce nouvel éclat.

5.12&5.135.12 & 5.13

26/12/19

     Commissions and fees, l’épisode 12, est un tel chef d’œuvre – l’un des cinq plus beaux qu’ait offert la série depuis son lancement, je pense – qu’enchainer The Phantom le treizième pourtant fulgurant, dans la foulée, fait perdre un peu de sa force à une saison qui aura toutefois été relativement exemplaire.

     C’est quoiqu’il en soit une excellente fin de saison, à la fois hyper mouvementée (le 12, donc) et complètement amorphe (le suivant) qui semble ouvrir péniblement des brèches (Cet agrandissement des locaux de l’agence n’augure rien de cohérent, d’ailleurs chacun se retrouve dans un plan titanesque seul face à sa baie vitrée, c’est terrible) tout en refermant chacun dans sa solitude, qu’elle soit brièvement extatique (Roger, Peggy, Megan) ou carrément déprimante (Don, Joan, Pete). C’est vraiment d’une tristesse folle.

     Mais l’épisode 12 restera sans doute davantage tant il a su faire chevaucher tout cela dans un brio hallucinant, aussi bien la venue de Sally qui s’organise une rencontre avec Glen, les retombées tragiques de « l’emprunt » de Lane (Cette porte de sortie que lui offre Don, et qu’il va saisir à sa façon, mon dieu avec d’abord ce suicide manqué dans la Jaguar, dans la JAGUAR, l’ironie totale, et puis ce fondu enchainé qui le voit allongé dans une tasse de café, la lecture de la lettre…C’est beaucoup pour mon petit cœur, j’adorais ce personnage) et les différents points de rupture frôlés, ici entre Megan & Don, là entre Pete & Beth.

     Points définitivement atteint dans l’épisode suivant, forcément, qui rivalise de grandes idées de mise en scène, notamment lorsque Don laisse Megan à sa répétition, lui tourne le dos jusqu’à ce qu’elle soit minuscule derrière, quasi inexistante. Cette dernière question, ces trois derniers mots, d’une inconnue dans un bar réveillent tout : L’homme à maîtresses, le Don face au néant de sa vie professionnelle (difficile de savoir ce qu’il veut vraiment, s’épanouir ou s’évaporer, grossir ou se barrer) et celui qui s’engouffre vers une solitude de plus en plus visible et inéluctable, vers sa mort – que vient renforcer symboliquement ceux qu’il a « indirectement tués » : le suicide brutal de Lane ainsi que le fantôme de son propre frère.

     Très sincèrement, je me demande si Mad Men n’est pas en train de devenir ma série préférée. Je pourrais d’ores et déjà tout revoir, là.

Sex education – Saison 1 – Netflix – 2019

23. Sex education - Saison 1 - Netflix - 2019A la prochaine étape !

   8.0   S’il y a bien une série sur laquelle je n’avais guère fondé d’espoir – malgré tout le bien qu’on n’avait pu m’en dire, ici ou là – c’est bien celle-ci, ce teen show british. Je n’y croyais pas du tout. Mais passé le sentiment dubitatif provoqué par le pilot en demi-teinte, trop plein, trop provocateur, trop extravagant, il faut pourtant se rendre à l’évidence : Sex education est une merveille de teen show comme on en rêvait. Drôle, émouvant, moderne, frontal.

     C’est en soi déjà une belle réponse à American pie. Dans le film de Paul & Chris Weitz, il s’agissait de savoir si Jim et ses potes allaient oui ou non respecter leur pacte et tremper leur biscuit avant la fac. Dans la série de Laurie Nunn on suivra Otis en espérant qu’il parvienne enfin à se branler. C’est un peu plus complexe que ça, évidemment, mais j’aime bien l’idée de la boucle enclenchée par une masturbation manquée puis réussie : On sort du cadre habituel de la première fois / première baise.

     Otis, seize ans, fils d’une sexologue, vit dans un quartier aisé. Maeve, le même âge, sans parents, vit dans une caravane. Il est transparent, elle est populaire. Il est vierge, on la surnomme « la croqueuse de bites ». Le découvrant en train de donner des conseils à Adam qui est incapable d’atteindre l’orgasme, Maeve va embringuer Otis dans un business assez singulier de thérapie sexuelle au Lycée, en improvisant un cabinet thérapeutique clandestin dans des chiottes abandonnées.

     Chaque épisode – à la manière de Six feet under, avec les morts – s’ouvrira sur un rapport difficile entre deux nouveaux personnages, afin qu’on voit plus tard, l’un ou l’autre, voire les deux, demander les services thérapeutiques de Maeve, qui gère la logistique et d’Otis, qui écoute et conseille. Et très vite, un lien se crée entre eux deux, un lien pratique qui se transforme rapidement en relation plus confidentielle – Ils se confient l’un à l’autre sur leurs problèmes personnels – sorte d’amitié perturbée par des sentiments plus forts, faisant naître un amour impossible in fine assez bouleversant. L’épisode de l’avortement est probablement celui par lequel j’ai compris que Sex education (qui par instants me rappelle le sublime Adventureland, de Greg Mottola ou la non moins sublime série Freaks & geeks, de Paul Feig) et moi, c’était gagné.

     Il n’y en a pourtant pas que pour Maeve & Otis, puisque la série se focalise en réalité sur quatre personnages : Otis, Maeve, Adam & Eric. Adam est le fils du proviseur, c’est un cancre et un tyran solitaire, ayant la particularité d’être généreusement membré. Eric est le meilleur ami d’Otis, il est gay, assume pleinement son homosexualité mais supporte plus difficilement le regard des autres sur son homosexualité. Si ces deux personnages se greffent à merveille à Otis & Maeve, il faudra aussi compter sur beaucoup d’autres, à commencer par les parents (ou le frère, pour Maeve) dont on comprend vite qu’ils sont le reflet de leurs enfants ou la figure tutélaire trop imposante, mais aussi sur Lilly la clarinettiste, Jackson le nageur, Jakob le plombier, Ola la caissière du supermarché. C’est passionnant à tout point de vue. Pour chacun d’entre eux.

      Sex education fait un bien fou. Avec son écriture absolument brillante, ses personnages hauts en couleur, sa maestria à contourner tous les stéréotypes et sa modernité, tout simplement. C’est à la fois très cru et très doux, sale et solaire, suranné et moderne, réaliste et merveilleux, à l’image de l’écrin scolaire et résidentiel dans lesquels le récit évolue ou de ces sanitaires désaffectés. L’imposante colorimétrie n’empêche pas une profonde noirceur.

     Laissons-là décanter, mûrir, traverser le temps, se développer encore, mais pas impossible, si tout se passe bien, qu’on y retrouve une force similaire à celle d’un Freaks & geeks, le plus grand teen show de l’histoire des teen show.

Orange is the new black – Saison 5 – Netflix – 2017

22. Orange is the new black - Saison 5 - Netflix - 2017« Full Bush, Half Snickers »

   4.5   Repousser le visionnage d’une saison et/ou la fin d’une série peut vouloir dire qu’on ne veut pas que ça se termine, que l’on souhaite trouver l’instant propice de la retrouvaille. Il m’arrive ça avec The wire : Je rêve de voir la dernière saison et dans le même temps, j’aime l’idée qu’il me reste toujours une partie de The wire à découvrir. Pour Orange is the new black, que je suivais assidument jusqu’à la diffusion de la quatrième saison, c’est autre chose. J’avais aimé cette saison mais déjà j’y ressentais un essoufflement et la crainte qu’elle ait trouvé son émouvant climax avec l’émeute générale et la mort de l’une de ses détenues phares.

     Trois ans plus tard, alors que la série vient de faire ses adieux après sept saisons, je me lance finalement dans cette retrouvaille tardive. Mais dès les premières minutes, je sens que moi, je suis passé à autre chose. Ce n’est pas le cas de la série, malheureusement, qui n’aura jamais été aussi paresseuse, suffisante, étirant les répercussions de cette émeute soit le siège de la prison par les détenues, sur une saison toute entière. Non, ce n’est pas une blague. Les quatre premiers épisodes vont jusqu’à se dérouler durant la toute première nuit. Si encore on utilisait à dessein cette temporalité resserrée, qu’il y transpirait une vraie sensation de chaos, mais ce n’est jamais le cas. Litchfield fait davantage office de cours de récréation qu’autre chose. Il parait que l’action de ces treize épisodes s’étale sur trois jours, mais on ne ressent jamais cela.

     La série continue de faire comme d’habitude, un épisode centré sur un personnage, où l’on continue de découvrir son passé au moyen de flashbacks, de façon à ce que ça résonne avec l’action du présent. Mais le problème c’est que la plupart de ces flashbacks n’ont aucun intérêt tout simplement parce qu’ils sont écrit par-dessus la jambe. Le cœur n’est plus dans ce qui faisait la force de la série à savoir le développement étoilé. Si encore on était ravi de retrouver Litchfield, mais non. Ca n’avance pas. On fait du surplace. On regarde ça d’un œil lointain, pour ne pas dire éteint et si l’on tient c’est en grande partie car on apprécie encore chacun de ces personnages, quand bien même ils n’aient, pour la plupart, plus grand-chose à raconter. Piper n’est plus que l’ombre d’elle-même – Mais quel intérêt de lui octroyer encore un flashback ? A contrario, Taystee est devenue le vrai personnage pivot, l’héroïne de la saison, ne serait-ce que pour sa colère, sa tristesse et ses prises de positions. C’est elle qui tient ici le visage de la révolte.

     Heureusement les deux derniers épisodes sont meilleurs, ils sauvent un peu les meubles. Mais c’est un peu tard. Bref, je ne m’étais pas trompé : La fin de la saison 4 marquait un vrai tournant, dramatique, créatif. Le reste ne serait plus que du remplissage – J’espère me tromper, évidemment et retrouver Litchfield en pleine forme. Je verrai les deux saisons restantes à l’occasion, mais bon, la série est clairement passé de « J’aime bien, mais ce n’est pas une priorité » à « Si vraiment y a rien d’autre à faire ». C’est triste.

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