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Urgences (ER) – Saison 7 – NBC – 2001

02. Urgences - ER - Saison 7 - NBC - 2000     9.0   * Urgences 7.05 & 7.06

07/05/2018

     On s’est remis à Urgences. Après deux années de disette. Et nom d’un petit bonhomme ce que ça fait du bien !

     On avait quitté la série sur les départs de Carol & Doug. On avait aussi laissé Carter au fond du trou, réfugié dans la drogue suite à l’agression qui balaya la jeune Lucy et lui coûta presque la vie à lui aussi. Je me souvenais bien de ça mais le reste était plus flou, il a fallu que ça revienne tout doucement.

     Quatre épisodes (de très grande tenue) pour se remettre dans le bain. Puis ces deux-là, éprouvants, en miroir l’un/l’autre, puisque dans le 5 les urgences sont saturées, dans le 6 elles sont désertes.

     Rarement vu un filmage aussi effréné (mais fluide dans sa frénésie, avec une utilisation impressionnante du plan-séquence, comme souvent dans la série) que dans le 5 où l’on passe en continu d’un personnage à un autre, d’un malade à un autre, d’un cri à un autre, c’est magnifiquement exténuant. Et quand on sort de l’établissement pour monter dans un hélicoptère, aux côtés de Mark (qui a donc laissé les urgences à Benton, le pauvre) c’est pire encore, même si ça va plutôt bien se finir. Carter, lui, se retrouve face à un cas particulier d’adolescent séropositif mais l’ignorant car élevé par sa grand-mère qui l’a toujours « protégé » depuis la mort de sa mère atteinte du sida : Là ça va Vraiment mal se finir. Quant à Kovac il est aux prises avec ses vieux démons après une agression nocturne (contre lui et Abby) qui a mal tourné. Quarante-deux minutes pleines comme un œuf qui te mettent en miettes.

     Puis le 6 est un épisode classique d’Urgences dans la mesure où l’on croit qu’il va emprunter des voies plus légères avant de s’engouffrer dans un puits de tristesse. Sally Field fait une apparition dans la série, elle campe la maman d’Abby. Etrange de voir la Norma Rae du chef d’œuvre de Martin Ritt, complètement bipolaire, montée sur ressorts. Il faut voir avec quelle délicatesse l’épisode va raconter cette curieuse relation mère/fille. Sauf qu’en parallèle un jeune blessé par balles débarque aux urgences et ce n’est autre que le neveu de Benton. Là pareil c’est à chialer des seaux. Incroyable de voir comme la série s’avère à ce point brillante, qu’elle traite (de façon réaliste) de malades inconnus (le surfeur qui se plaint d’une douleur dorsale) où qu’elle utilise (donc de façon apparemment plus improbable) la famille de nos personnages préférés.

Urgences, Saison 7

20/06/18

     J’essaie de revenir sur cette septième saison dans son ensemble, chose délicate dans la mesure où je suis ces jours-ci pas loin d’en finir avec la Saison 8. Ouai, ça rigole pas.

     Outre les épisodes dont j’ai parlé précédemment, je tenais à confirmer que c’est une saison de haut vol, globalement géniale, qui m’aurait marqué à plusieurs reprises au moyen de ses nombreuses storylines, de sa pelletée de personnages incroyablement bien écrits et nuancés.

     Il y a d’abord la relation entre Abby et sa maman, hyper émouvante, traitée intelligemment, qui permet de creuser ce personnage, un peu en retrait depuis son apparition en moitié de Saison 6. Il y a aussi tout ce qui touche à Benton et son fils : les rapports avec son ex-femme, sa sœur, Cleo et même Kynesha, une amie de son neveu. Tout ce qui touche à Benton tient du pur modèle narratif, vraiment – Rien d’étonnant à ce qu’il quitte la série durant la saison suivante tant les créateurs ont mis le paquet avant les adieux.

     Surtout, la saison est marquée par un tremblement de terre : Mark Greene apprend qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau. Il va la combattre, ça va d’ailleurs bien se passer (provisoirement ?) mais c’est assez dur à vive, pour nous, spectateurs qui l’adorons depuis toujours. C’est d’autant plus fort que Greene s’apprête à être à nouveau papa puisque Elizabeth est enceinte. Cette espèce de course contre la montre pour voir naître sa fille (avant qu’on le dise guérissable) est éprouvante. Indépendamment de cette maladie – bien que ça semble relié, comme un signe du destin – il y a un épisode intégral centré sur le mariage d’Elizabeth & Mark qui est aussi drôle qu’apocalyptique, surtout lorsque Greene est coincé dans un embouteillage sous des trombes d’eau – Dont un plan qui rappelle (ça doit être un clin d’œil, j’imagine, je n’ai pas encore vu ce film) celui de Miracle Mile (sur l’affiche du film) où Anthony Edwards est debout sur une voiture, en plein embouteillage.

     Magnifique saison, donc. Dans la lignée des meilleures. Voire qui pourrait prétendre au titre de meilleure saison d’Urgences. On sent que c’est l’âge d’or. On sent surtout que les Greene & Benton (Le quasi socle d’Urgences) sont plus si loin de la sortie. Larmichette, forcément.

Mad Men – Saison 3 – AMC – 2009

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12/01/18

     Déjà, j’étais très impatient de connaître le choix des créateurs concernant la durée de l’ellipse. Quelque chose comme 1 an ½ avait respiré hors-champ entre les saisons 1 et 2. Ici, ce sera quelques mois, six tout au plus. Pourtant, j’ai d’abord craint cette curieuse entrée en matière de nouvelle saison. Les visions / flashbacks / souvenirs de Don Draper sur sa naissance, comme s’il était soudain frappé d’omniscience. L’avalanche de nouvelles têtes à l’agence, britanniques pour la plupart, depuis la fusion – Et Duck a dégagé, mais ça on le pressentait vu que c’était lui ou Don. Le licenciement d’un type, qui le prend mal et le fait savoir, mais qu’on ne connait ni d’Eve ni d’Adam. La double promotion de Pete et Cosgrove (Je sais pas pourquoi je ne peux pas appeler Pete « Campbell » ou Cosgrove « Ken ») en tant que co-directeurs de clientèle. Le retour « comme à la bonne époque, ou presque » entre Betty & Don, même si grossesse oblige on s’en doutait un peu. Trop de bouleversements d’un coup. Puis l’épisode gagne en profondeur à mesure qu’il se déploie, jusqu’à Baltimore, retrouvant ses marques, plutôt d’autres marques, qu’on a hâte d’apprivoiser. En fin de compte, j’achève l’épisode en me demandant comment il est possible d’écrire des choses aussi fortes, de proposer des situations aussi intelligentes (la relation entre Don & Sal, dans l’hôtel, dans l’avion, l’hôtesse, le groom, l’alarme à incendie, la campagne de pub « Limit your exposure » sur laquelle repose leur voyage : magnifique), d’en proposer autant en seulement 45 minutes et d’en laisser couver dix fois plus pour les épisodes à venir. C’est Mad Men, quoi. D’ailleurs, s’il s’ouvre sur la naissance de Don, l’épisode se ferme sur une autre puisque sa fille lui demande de lui raconter le jour de la sienne. Etrange de voir Don autant en difficulté face à ce souvenir (comme s’il l’associait à sa propre naissance, extra glauque, puisqu’enfant non désiré et mère décédée en couche) se stoppant brusquement, incapable d’en dire davantage avant que Betty ne prenne son relais. Saison à peine lancée et c’est déjà immense.

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22/01/18

     L’attirance à peine perceptible qui règne entre Peggy et Don depuis le début du show s’ouvre très largement durant cet épisode – Je ne serais pas surpris de les voir tous deux succomber au charme sexuel de l’autre assez vite. C’est sans doute lié au fait qu’ils sont sur une progression inversée. Peggy est de en plus en plus sexualisée. Don se situe lui dans une phase de désexualisation : Une alarme à incendie le privait d’une infidélité supplémentaire dans l’épisode précédent ; Là le cadre familial d’une fête scolaire l’empêche de se livrer à ses habituels jeux de séduction avec la jeune enseignante de sa fille – Campée par la sublime Abigail Spencer, la sœur de Daniel dans Rectify. Et si cinéma et publicité réunis (Pepsi voudrait lancer sa campagne marketing autour se da boisson allégée sur le final de Bye Bye Birdie, le film musical de Georges Sidney)  reliaient ces deux-là ou faisait naître quelques chose entre eux qu’ils ne soupçonnaient pas ? Je m’emballe peut-être après tout. Mais y a un truc entre les deux, c’est certain.

     C’est un épisode très bizarre du reste. Sans véritable ossature, sans enjeu majeur sinon que Don gère la perte de nombreux clients de l’agence et le destin du père de Betty qui perd vraiment la boule. Sinon que Peggy se rachète une jeunesse en allant draguer un jeune étudiant. Il y a quelque chose de cassé dans l’identité de ces deux personnages. Ils n’ont pas la même histoire, ni le même âge ni les mêmes intérêts, mais ils se réunissent dans une mélancolie commune : Quand Don caresse l’herbe que l’enseignante foule de ses pieds nus, Peggy chante Bye Bye Birdie devant son miroir, c’est une volonté d’ailleurs qui s’empare d’eux, un rejet brutal de ce qu’ils se forcent à être.

     Il y a quelque chose qui s’effrite imperceptiblement dans cette saison et qui serait peut-être le reflet de ce que va traverser l’Amérique dans cette année 1963. Si l’on apprend que le mariage de la fille de Roger Sterling se déroulera le 23 novembre 1963 soit le lendemain de l’assassinat de JFK, ce n’est pas un hasard je pense. Penn Station s’apprête à laisser place au géant Madison Square Garden. On constate aussi que Betty, même très enceinte, fume et boit toujours allègrement. Etranges années 60. Insouciantes autant qu’elles sont au bord de l’implosion. L’Histoire et l’Intime dialoguent toujours dans Mad Men. Il ne serait donc pas étonnant que l’arrivée du père de Betty dans le cercle familial bouleverse le semblant d’équilibre retrouvé – D’autant que c’est Don qui prend l’initiative de le prendre chez eux plutôt que de l’envoyer en hospice. J’attends de voir, hein, je nage dans les hypothèses, mais j’ai l’impression que l’Amérique gronde jusqu’à en faire gronder ses foyers et qu’ils ne vont pas tarder à entrer en irruption.

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26/01/18

     Après un épisode 3 en deçà, plus anecdotique, disons par rapport à l’excellence habituelle, puisqu’il fait office de parenthèse durant laquelle certains dont Peggy (qui saisit chaque occasion pour accentuer son indépendance) vont jusqu’à se faire un trip marijuana au bureau pendant que les autres filent à la garden-party (et son spectacle très gênant) de Jane et Roger Sterling – durant laquelle on retiendra l’échappée de Don et sa discussion avec un barman extra-lucide – pendant que Sally choure de l’oseille à son grand-père, l’épisode suivant resserre ses fondements dramatiques, notamment en brossant la délicate relation entre les enfants et leurs parents. Il y aura un affrontement entre Betty et son père au sujet de ses funérailles, une douce (quoiqu’un peu absurde : il lui laisse conduire la voiture familiale) complicité entre Sally et son grand-père, la cassure entre Peggy et sa mère au sujet de son emménagement à Manhattan, la mégalomanie d’un jeune client et héritier persuadé qu’il tient le nouveau sport national pour égaler les réussites de son paternel, et surtout, surtout, Don qui traverse une fois de plus ces minutes en fantôme en scrutant un moment donnée une vieille photo de ses parents. Et puis l’épisode se clôt dans le deuil et trouve, grâce au personnage de Sally (qui n’avait jamais été autant sur le devant de la scène) des instants absolument bouleversants, ici sur le perron de la porte d’entrée, là dans sa rage face aux éclats de rire inopportuns des adultes puis enfin couchée en larmes devant la télévision. Très peu de plans à chaque fois mais ils sont choisi avec minutie afin d’y restituer toute la puissance que chaque séquence mérite. Et puis j’ai adoré l’issue de cette campagne publicitaire autour de la boisson allégée et de Bye bye birdie, lancée en épisode 2. Tout est fait dans les règles, chapoté par un Sal si excité (par sa nouvelle étiquette de cadre commercial) qu’il en fait douter son épouse sur sa sexualité, mais les clients n’y croient pas et admettent leur échec sans savoir ce qui coince. Personne ne parvient à trouver ce qui cloche en effet, l’impasse, excepté pour Roger qui lâche, comme il sait si bien le faire, un : « Because she’s not Ann-Margaret ». Un Roger des grands jours.

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01/02/18

     Un épisode essentiel (Une fois de plus) et je ne dis pas ça uniquement parce qu’on y retrouve Abigail Spencer. Tu sais, l’enseignante de Sally, qui faisait une sensuelle apparition en début de saison. Là on passe le cap de la simple apparition, elle tient un vrai rôle, convoque les parents pour une rixe d’enfants et se retrouve bouleversé quand elle apprend que Sally vient de perdre son grand-père. Et on saura bientôt pourquoi lors de l’appel téléphonique qui suivra, dont le ton solennel (Elle appelle les Draper pour s’excuser d’avoir sur-dramatisé la situation) est vite secoué par une ambiance de flirt mutuel entre elle et Don, puisque c’est lui qui a décroché. Ce rapprochement dans la douleur et la fuite identitaire est d’autant plus absurde et inopiné que c’est le moment qu’a choisi le bébé pour se pointer. J’imagine qu’on va la revoir. Je crois les doigts pour qu’on la revoie beaucoup, même si ça veut dire que Don poursuit sa fuite. Mais là c’est autre chose qui se joue pour le moment, un accouchement vécu de part et d’autre comme un vertige existentiel. Tout ce qui suit ne fera qu’éloigner le couple, par le récit, le plan, les rêves. Et de cette froideur conjugale naît de mystérieux et/ou chaleureux échanges pour Don : Ici avec sa fille Sally, puis avec Peggy, puis avec le jeune papa /maton dans la salle d’attente de la maternité. Lorsque Don le croise un peu plus tard, il ne semble pas le reconnaître et esquive complètement son sourire. Quant à Betty, elle fait des rêves chelou, elle recueille une chenille dans la paume de sa main, voit ses parents morts dans sa cuisine et une serpillère pleine de sang. Un peu lynchien cet épisode.

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04/03/18

     Un mois sans voir un épisode de Mad Men. Aucune explication. Je ne sais pas trop à quoi c’est dû si ce n’est que j’ai vu beaucoup de films durant ce mois de février et aucun épisode de série. AUCUN. Alors que de nombreuses me font de l’œil. Alors que j’avais laissé Mad Men sur un épisode somptueux. Vraiment pas d’explication.

     Mad Men et moi sommes recroisés hier soir pour un épisode fantastique. Encore. L’un des plus beaux, tout simplement. D’une linéarité diabolique. Dune fluidité déconcertante. Dans lequel les propriétaires de l’agence viennent un 4 juillet pour proposer leurs désirs de restructuration.

     Comme un mauvais sort concerté, jeté par Joan mélancolique à cause de son départ imminent, Don qui se voyait déjà londonien, Roger agacé qu’on l’ait zappé dans le nouvel organigramme, Lane déconcerté par sa mutation dans une succursale en Inde, un rebondissement tondeuse à gazon, spectaculairement gore viendra perturber cette nouvelle donne hiérarchique qui n’avait promu qu’Harry Crane.

     Enorme séquence. C’est comme si Cronenberg débarquait dans La Party. Et puis ça nous aura offert deux répliques d’anthologie. Roger, d’abord, débarquant sur le tard : « Jesus, it’s like Iwo Jima out there ! » et Don, patientant aux côtés de Joan à l’hôpital : « One minute you’re on top of the the world, the next some secretary is running you over with a lawnmower ».

     L’épisode permet aussi de s’intéresser à Sally qui vit très mal la naissance de son deuxième petit frère Eugène, effrayée de voir en lui la réincarnation de son grand père décédé. Dans un final bouleversant, Don la console et lui parle du bébé qui prend forcément beaucoup de place mais qui est un être à part entière et qu’on va apprendre à aimer. Bob Dylan au générique. Song to Woody. Ou quand une série a la classe.

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07/03/18

     Le 7 n’est clairement pas le plus inspiré des épisodes de Mad Men, aussi bien dans sa structure par trois que dans le flou de ses enjeux sous forme de whodunits un peu lourdingues. L’épisode s’ouvre sur trois situations à expliquer : Peggy est au lit avec un homme ; Don se réveille le nez ensanglanté dans un motel ; Et Betty se prélasse sur un sofa ancien. L’occasion de revenir sous forme de flash-back sur les jours qui ont précédés ces trois situations. Rien de bien passionnant. Reste une hallucination de Don, drogué par un couple de routards, avec la vision de son père lui racontant des blagues sur son rocking-chair. Badant.

     Si l’épisode précédent nous apprenait que Betty était diplômée d’anthropologie, on découvre dans le 8 qu’elle parle couramment l’italien. J’en bavais. Bref, bien que ce soit pour le boulot de Don, c’est une escapade à Rome, en plein mois d’août, dans une vie parallèle auquel nous convie ce voyage. Au point qu’ils vont tous deux l’espace d’un instant, quand Betty se fait draguer par deux italiens, rejouer leur rencontre. Celle qu’ils auraient pu avoir. Celle dont Betty rêvait qu’elle soit reconduite ad aeternam – A son retour elle dit ne plus supporter New York. De son côté, Pete flirte avec la nounou de ses voisins de palier, puisque Trudy est parti une semaine en vacances. Je continue d’avoir beaucoup de mal avec Pete. On avance systématiquement d’un pas pour reculer de deux avec lui.

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12/03/18

     D’un côté, le couple Draper traverse une crise silencieuse. Tandis que le bébé et le client Hilton les réveillent chaque nuit, Betty est séduite par Henry Francis quand Don s’en va retrouver Suzanne, tous deux s’enlisant dans de périlleux mensonges. De l’autre, il y a Sal, personnage infiniment tragique qui se fait draguer par un des gars de Lucky Strike et se retrouve, puisqu’il a refusé ses avances et que le client veut lui faire payer, dans une fâcheuse posture. D’abord, Roger exige qu’il prenne la porte. Mais lorsqu’il s’entretient avec Don dans la foulée, on espère que ce dernier trouvera une solution au moins aussi intelligente que sa façon de tenir le secret de Baltimore. Mais Lucky Strike étant trop important il préfère confirmer la décision de Roger en accompagnant ça d’un cinglant « You people… ». Putain. Trop dégoûté, j’adorais Salvatore Romano. Et vu le bouleversant final « Kitty je ne rentrerai pas ce soir, j’ai encore du travail, je t’aime » peu de chance pour qu’on le revoie. Rarement on avait autant senti le poids de cette agence, de ses associés, de sa clientèle sur les petits responsables ou alors il faudrait remonter à l’épisode Freddy Rumsen. C’est le moment de dire combien cette saison aura perturbé le fonctionnement pantouflard attendu « des personnages ancrés qui ne sortent jamais du récit ». Joan est partie. Maintenant, Sal. Peggy & Pete sont courtisés par Duck Philips qui travaille pour une autre agence et il faut bien le reconnaître un peu délaissés par le récit. Tout est devenu très brinquebalant au point que si je ne savais pas Mad Men étirée sur sept saisons j’aurais pu penser, ici, qu’elle filait vers son crépuscule. Un peu à l’image du couple Draper. Qui sont de plus en plus beaux sitôt pris individuellement ou quand ils font semblant de ne pas se connaître – Cf épisode précédent. Betty semble retrouver toute sa maitrise et son pouvoir dès l’instant qu’elle fait face à l’homme qui s’immisce dans ses rêves – Et ira jusqu’à son bureau à l’improviste pour lui prouver qu’elle a le dernier mot. Et Don est d’une intense fragilité au contact de la jeune institutrice. Il parait que Matthew Weiner a demandé à Abigail Spencer d’écouter Suzanne, de Leonard Cohen, pour entrer dans le personnage. Quel beau personnage, bon sang. Et quelle magnifique actrice. A part ça on entend un moment donné sur le poste de radio le discours du 28 août 1963 de Martin Luther King. L’assassinat de JFK n’est plus très loin.

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14/03/18

     Fallait bien que ça arrive. A la faveur d’un hasard de clé de tiroir oubliée dans un peignoir, Betty fait connaissance avec la boite secrète de Don, autant dire avec son autre vie : Des photos de famille – sur lesquelles il apparait légendé « Dick » – côtoient un sacré paquet de cash ainsi qu’un certificat de divorce, entre autre.

     Entre-temps, Don se retrouve à filer un coup de main au frère de Suzanne, qui lui demandera de le laisser sur le bord de la route plutôt que de l’emmener là où sa sœur croit qu’il reconstruira sa vie. L’ombre du frère de Don plane fortement sur cette curieuse et éphémère interaction et le fait qu’il lui offre sa carte avant de le laisser partir rappelle qu’il ne l’avait pas fait pour son frère – se contentant de lui filer de l’argent pour acheter son silence, son évaporation, sa mort en un sens.

     Au milieu de tout ça, Sterling Cooper fête ses 40 années d’existence. L’occasion entre autre de saluer Don Draper pour son génie et son étroite collaboration. Le regard de January Jones à cet instant-là, fait partie de ceux qu’on n’oubliera pas de sitôt. La discussion entre Suzanne et Don, au sujet des différentes perceptions de couleurs, sur laquelle s’ouvrait l’épisode, entre en écho avec la situation silencieuse de Betty qui n’attend plus que l’affrontement : La couleur qu’elle attribuait depuis tout ce temps à son mari n’était apparemment pas la bonne.

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15/03/18

     L’affrontement tant attendu n’aura pas lieu comme on l’attendait. Après moult appels du pied, toujours esquivés par Don (qui aura fait ça toute sa deuxième vie, en fait) Betty finit par lui montrer la clé, ouvrir son tiroir, sous ses yeux, au moment où il allait la quitter le temps d’un week-end et filer dans les bras de Suzanne. Il lui faudra encore du temps pour accepter la situation, pour entrer dans la discussion.

     Cette séquence prend une place conséquente dans l’épisode. De façon très posée, dont Mad Men restera coutumière, Don s’ouvre tout en reconnaissant qu’il n’a jamais pu déballer un mensonge aussi grand, quand Betty écoute, silencieusement, tout en ne masquant pas sa déception et sa colère. Ça dure une éternité et c’est somptueux.

     Chacun ses larmes, c’est sans doute ce qu’il y aura à retenir de cette mise à nu. Deux douleurs qui s’affrontent mais un gouffre de contradictions qui s’ouvre. Don en tremble au point de faire tomber sa cigarette, au point de faire cogner les glaçons de son verre de whisky. Et Betty aura cet air de compassion / compréhension, cette main sur son épaule, cette douceur dans sa voix qui évoquent paradoxalement un choix à venir sans équivoque.

     Inutile de préciser que cet épisode bouleversant s’en ira sur une note infiniment bouleversante : Un dernier halloween en famille. Au premier trick or treat, un homme ouvre la porte, reconnait the gipsy and the hobo (Sally et Bobby), avant de lever les yeux vers les parents (Don et Betty) et de demander, en prophète, plutôt qu’en blagueur : « And Who Are You Supposed to Be? ». C’est à chialer.

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16/03/18

     Immense fin de saison. Après les larmes provoquées par cette putain de boite secrète, Matthew Weiner nous aura offert des trucs attendus mais traités avec une maestria totale (L’assassinat de Kennedy), des rires (l’agence parallèle improvisée : Absolument jouissif de voir notre fine équipe devenir soudain des résistants maquisards retranchés dans leur cellule) et encore des larmes (Betty & Don, les enfants, cette séquence de canapé comme une photo de famille qui s’évapore).

     La Betty mélancolique de la première saison aurait été anéantie par cette découverte mais bouleversée par les explications de son mari. La nouvelle Betty n’aura aucune pitié, aucune faveur à offrir à ces aveux tardifs. Et comme souvent dans ces cas-là ce sont les enfants qui trinquent en premier. Cette discussion dans le salon, d’une douceur et d’une tristesse sans nom. C’est Kramer contre Kramer qui rencontre Douglas Sirk.

     Mad Men fait régulièrement entrer en résonnances l’immense fiction qu’elle construit avec le réel des années 60. Les exemples sont légion et m’est avis qu’on n’a pas fini d’en trouver dans les saisons à venir, toujours est-il que l’évènement qu’on attendait tous car nous savions qu’il ébranlerait autant la série qu’il a ébranlé les Etats-Unis ce jour de novembre 1963, c’est la mort de JFK. Réguliers sont les épisodes qui font un clin d’œil à un fait réel. Rares sont ceux qui sont construits autour de l’un de ces faits. The Grown-Ups sera de ceux-là. Et c’est probablement parce que l’annonce débarque en plein milieu d’épisode – quand celui-ci ne cessait de montrer des téléviseurs allumés dans chaque scène – qu’elle s’avère puissante : Chacun avait sa journée avant que ça ne se produise. Chacun aura une toute autre journée, alors. La diffusion de l’information dans les familles ainsi que chez Sterling Cooper est un monument de montage et d’écritures, ni plus ni moins.

     Répercussions directes chez Sterling Cooper puisqu’à l’annonce de son rachat, Don a cette idée lumineuse de créer une entité parallèle en prenant sous son aile les éléments essentiels : Roger, Bert, Lane, Joan, Pete, Peggy et Harry. Il faudra passer par ce moment où les quatre actionnaires se virent eux-mêmes : « Well gentleman, I suppose you’re fired » après que les deux commerciaux « poules aux œufs d’or » n’aient absorbé leurs capitaux clients. Cet élan résistant prononcé par Lane est l’issue qu’on n’avait même pas osé rêver.

     Si ce final season enterre un couple, il marque aussi le retour de Don dans la roue professionnelle, tant il fait table rase de ses divergences diverses en allant reconquérir Roger, Pete et plus difficilement Peggy, dans un échange de larmes discrètes absolument étonnant. La plus belle image restera celle de cet appartement improvisé bureau partagé, dans lequel Trudy fera entrer le petit déjeuner.

Un village français – Saison 7B – France 3 – 2017

25. Un village français - Saison 7B - France 3 - 2017Prisonniers de guerre.

   8.0   Et si la seconde partie de cette septième et ultime saison d’Un village français, constituait, du haut de ses six épisodes d’une heure chacun, ce que la série avait offert de plus beau, inventif, osé, lumineux et désespéré dans son ensemble, depuis son lancement en 2009 ?

     Il y avait pourtant dans la partie A tout pour clore Un village français et tourner la page Villeneuve sous l’occupation avec « l’Epuration à la libération en France ». La guerre était finie. Certains personnages sombraient dans la folie, d’autres dans l’oubli, il y avait des jugements, des prolongements, des bifurcations. Il s’agissait moins d’une fin que d’un nouveau départ pour chacun. Une fin sans en être une, annonçant l’après-guerre, qu’on ne verrait jamais, c’était tout aussi bien ainsi.

     Qu’allait donc pouvoir contenir ces six derniers épisodes, sans ennuyer, redire, appuyer ou contredire tout ce que la série avait minutieusement construit ? Surtout, je me suis rendu compte, en regardant cette dernière salve, à quel point j’étais attaché à la série, attaché à ses personnages, attaché à sa dimension chorale, touché par ces histoires aux émotions exacerbées par la guerre et ce qu’elle engendre pour chacun de ces beaux personnages, complexes, denses, formidablement écrits.

     Franchement je m’y jetais sans crainte, j’étais persuadé qu’ils trouveraient la meilleure façon d’en finir. Et la grande idée, c’est le flash forward. C’est en effet sur plusieurs temporalités que va se dérouler cette saison, se risquant à se détourner de ses fans, habitués à sa fine linéarité, à son classicisme si j’ose dire. Les créateurs décident donc de nous embarquer dix ans, trente ans voire soixante ans plus tard, tout en revenant régulièrement en 1945 où beaucoup jouent encore très gros. C’est vertigineux.

     Il y aura, entre autre, la venue de Tequiero à Villeneuve en 1975, qui rend visite à son père, autant qu’il vient lui demander de rendre des comptes sur le parquage des juifs dans l’école en 1942. Toutes les séquences entre Robin Renucci et Eric Caravaca sont poignantes – Et mention spéciale dans celle du bar avec le retour de Gustave. Il y a ici l’internement d’Hortense en 1945, la grève dans la scierie de Raymond la même année, puis son emprisonnement en 1953 pour un meurtre commis en 42, le vernissage des toiles d’Hortense en 1975. Nous assisterons à la fin de Muller dans l’Amérique latine des années 60, aux derniers – sublimes – instants de Lucienne et Bériot en 2003, au sort d’Antoine, à celui de Rita. Ça permet d’aller plus loin que la période de référence afin de montrer combien 39/45 influencera la vie de nos personnages jusqu’à leur mort.

     Et chacun des acteurs est grimé suivant l’époque, pour accentuer le vieillissement de son personnage. Difficile de faire plus casse-gueule. Et par on ne sait quel miracle, tout s’emboite à merveille, le montage est extraordinairement doux et son agencement d’une période sur l’autre absolument adéquat, toutes les temporalités se nourrissent entre elles et l’émotion est palpable puisqu’on y fait nous aussi nos adieux. La réalisation est soignée comme jamais. Le dernier plan est parfait. Ravi que cette série, intelligente et audacieuse, se termine aussi brillamment.

Stranger things – Saison 2 – Netflix – 2017

28. Stranger things - Saison 2 - Netflix - 2017Hell’s gate.

   7.0   L’efficace crescendo de la première saison s’est un peu évaporé cette fois au profit d’une construction plus chaotique, qui génère pas forcément judicieusement ses climax et se perd dans le développement de ses nouveaux – pourtant beaux – personnages : Max, Bob et Kali aka 8. Il me semble que cette saison réussit moins sa « transformation » en équipe(s). Max, la mystérieuse skatteuse rousse, est la superbe idée du show pour remplacer Eleven (aussi parce qu’elle est tout son contraire : Eleven est le miroir de Mike quand Max sera celui de Dustin & Lucas) mais l’écriture de sa situation familiale aurait mérité autre chose, surtout son frangin, personnage ridicule, vulgaire et sans intérêt qui sert autant de faire-valoir à la fuite de Max que de défouloir gratuit. L’autre personnage sacrifié qui ouvre pourtant le show c’est Kali, « la jumelle de détention » d’Eleven, qu’on va faire revenir le temps d’un épisode parenthèse et mal fichu (Caution retour d’Eleven en icone punk, au secours…) mais j’imagine que les créateurs en garde sous le pied à son sujet pour les saisons à venir. Et si Winona Rider est toujours insupportable, mais moins puisqu’elle chouine moins, le personnage incarné par Sean Astin est plutôt intéressant dans la mesure où il n’est pas là uniquement en simple hommage aux Goonies où il y campait « le chef de bande » Mickey. Il a un vrai rôle à jouer ici, celui du père de substitution doublé de guide puisqu’il est le seul à ne jamais douter, le seul (adulte) à vraiment croire. C’est d’ailleurs lui qui déchiffre les dessins de Will et découvre en les assemblant qu’ils forment les plans de la ville de Hawkins qui sont en fait les galeries souterraines de l’Upside down.

     On retrouve alors le sel de la saison de lancement dans sa façon de relier les gosses contre le Mal. Idée forcément piquée aux Goonies qui déjà avaient été inspiré par ET : Petits et grands font équipe même si à priori ils se détestent, se toisent, se méfient les uns des autres – L’un des plus beaux moments de la saison, l’un des plus doux aussi, voit Dustin (le petit geek) et Steve (le grand freak, pour faire court) se rapprocher et se confier l’un et l’autre le long d’une voie ferrée. Thématique qui m’est cher et qui relève probablement d’un fantasme inachevé de l’enfance, tant ces instants, aussi anodins fussent-ils dans leur finalité (Il nous s’agissait pas de combattre des monstres, protéger un extraterrestre ou chercher un trésor mais simplement de faire une partie de football) ont imprimé une trace durable dans mon esprit, parce qu’on y détruisait les traditionnelles frontières de l’âge et parce qu’on est tous amené, à un moment de notre vie, à être « le petit d’un grand » puis « le grand d’un petit ». Si j’aime le deuxième volet de Jaws c’est essentiellement pour cette réunion d’enfants, petits et grands, frères et sœurs, ensemble à l’improviste dans une course de catamarans qui se transforme en cache-cache avec un requin – Dingue de constater combien ce film (qui date de 1978) annonce la décennie à venir dans le fond, quand le film original de Spielberg l’annonçait lui dans la forme. On pourrait trouver des tonnes d’exemples en replongeant dans les années 80, j’en citerais bien une dernière, l’un de mes gros coups de cœur de ces dernières années : La série Freaks & Geeks où il y avait aussi beaucoup de cela, ce beau sentiment de réunion (jusque dans son titre), notamment dans son issue qui brisait les frontières de la plus belle façon qui soit.

     La série continue de se confondre en références mais de façon beaucoup plus équilibrée et parcimonieuse. L’action se situe donc un an après les évènements relatés en saison 1, en octobre 1984. Quand Halloween sonne (épisode 2, je crois) notre petite bande est déguisée en ghosbusters – quoi de plus normal puisque le film d’Ivan Reitman est sorti en salle en Juin 1984. Dustin et Lucas ont davantage à jouer cette fois, l’un dans cet embryon d’histoire d’amour hyper touchante avec la petite nouvelle, l’autre dans son attachement à un petit batracien tout mignon trouvé dans sa poubelle, qui se transformera bientôt en monstrueux « demodog », appellation à laquelle Dustin tient beaucoup et qui occasionne de nombreux running-gag dont on sait dorénavant Stranger things coutumier. A noter que j’ai toujours un vrai problème avec l’écriture de certains dialogues. Et avec certains partis pris franchement inutiles notamment ces ouvertures d’épisodes ou ces cliffhanger qui existent uniquement pour appâter le chaland et maintenir l’attention / la tension. Globalement tout m’a semblé plus calculé dans son ensemble, la série ayant gagné en ambivalence ce qu’elle a perdu en spontanéité, mais j’imagine que c’est le sort de tout show qui explose de la sorte, de façon aussi inattendue et qui doit dores et déjà penser aux suites qu’elle promet et à sa capacité d’évolution. Au passage, la saison 2 n’était pas diffusée que Stranger things était déjà renouvelée pour une troisième saison.

Paris etc. – Saison 1 – Canal + – 2017

26. Paris etc. - Saison 1 - Canal + - 2017Un nerf de famille.

   5.0   Le système choral (au cinéma comme en série) a ceci d’inégal qu’un personnage parait souvent sacrifié au profit d’un autre – et souvent pas dans le sens qu’on souhaite – ou plus simplement, qu’un personnage nous parle plus qu’un autre. Parfois, l’interprète suffit à nous orienter. A ce petit jeu, autant dire que Valeria Bruni Tedeshi ne s’engageait pas avec la meilleure main. Je peux pas avec elle, c’est physique, c’est sa voix, c’est son jeu, ces choix de carrière. Et comme par hasard, qui hérite du personnage le plus détestable du show ? Sans te faire un dessin (car franchement j’ai déjà oublié) tout ce qui touche à elle et sa sœur – jouée par la toujours sublime Anaïs Demoustier, comme quoi y a pas de règle non plus, si y a rien à jouer bah y a rien à jouer – m’a prodigieusement gonflé. Heureusement, registre choral aidant, il y a tout plein d’autres personnages. Notamment la jeune de la campagne qui débarque dans une coloc de la ville – Ce qui m’a beaucoup rappelé 4 aventures de Reinette et Mirabelle, de Rohmer – et ne sait ni trop ce qu’elle défend (bienveillante ici avant de tenir des discours maladroits voire racistes là) ni son orientation sexuelle. Très beau personnage, campé par la jeune actrice découverte chez Desplechin : Lou Roy-Lecollinet. Le personnage de Naydra Ayadi (découverte dans Polisse) m’intéresse assez peu ou bien il aurait fallu mieux le développer, l’étoffer. En revanche ce qui touche à Zabou Breitman et plus particulièrement à la famille de son personnage, ses trois enfants, son mari sur le point de mourir, c’est vraiment là-dessus que la série aurait dû se pencher en priorité. J’y ai vu pas mal de Transparent (la belle série de Jill Solloway) dans cette histoire insolite de frères et sœurs. Cette section aurait mérité un espace à elle-seule. Pour ce qui est de la forme, j’ai trouvé ça parfois sobre, agréable, passe-partout, mais c’est aussi trop souvent insupportable de tics suffisants, notamment ce parti pris d’ouvrir chaque épisode sur une scène de cul qui généralement ne sert à rien sinon à faire les malins. Sans parler de tout un tas de petites choses qu’on aurait volontiers pu se passer (exagérations variées, pointes d’humour en guise de remplissage, sur-découpage) mais qui définisse bien les style Zabou Breitman (réalisatrice du show) et Maiwenn (créatrice du show) bref ça ressemble parfois à du Cédric Klapisch, même si c’est indéniablement mieux que le « Paris » de ce dernier.

Mad Men – Saison 2 – AMC – 2008

MM2.012.01

20/10/17

     Presque trois mois sans voir un épisode de Mad Men. Dingue ce que ça m’avait manqué. On repart sur des bases tout aussi solides narrativement, élégantes dans chacune des interactions entre les personnages et sublimes d’un point de vue plastique. J’appuie sur ce dernier point car je viens seulement de rattraper et finir la série 11.22.63 tirée du bouquin de Stephen King et outre sa bonne tenue sitôt prise dans le divertissement pur, c’est fou ce que ça peut être fade et bâclé, notamment du point de vue de la reconstitution. Quelques plans d’un épisode de Mad Men suffisent à faire croire qu’on est plongé dans les sixtees. Dans 11.22.63 il faut se battre pour y croire.

     Quoiqu’il en soit, cette ouverture de saison, relativement sobre, comble nos attentes sur de nombreux points. Tout d’abord puisqu’elle se joue du medium pour balancer une ellipse conséquente : plus d’un a passé depuis les derniers évènements de la saison de lancement. Trois marqueurs temporels, discrets, vont nous le dire : On apprend d’une part, selon les dires de Pete que Peggy Olson s’est arrêté cinq mois pour sa grossesse avant de reprendre son poste. On apprend d’autre part qu’il s’agit d’un jour spécial puisque c’est celui de la Saint Valentin et la télévision diffusera, le soir-même, le documentaire White House Tour, avec Jackie Kennedy. Nous sommes donc le 14 février 1962.

    Pour le reste, Betty va croiser une ancienne amie et colocataire, devenue call-girl, qui l’abordera sous son nom de jeune fille, comme l’homme mystérieux abordait Don en l’appelant Dick dans l’un des premiers épisodes de la saison 1. J’aime ce genre de boucle / clin d’œil, qui à la fois réunit les personnages autant que ça les éloigne – Leur relation en ce début de deuxième saison ne ressemble à priori en rien à ce qu’elle était ; On sent qu’une année s’est écoulée. Quant à Don, il est très troublé par un bouquin de Frank O’Hara, Meditations in an emergency. Où ça mènera ? Je ne sais pas. 

MM2.022.02

27/10/17

     On repart dans une spirale de déprime absolue mais de déprime douce, endolorie, jamais placardée ou appuyée, avec cet épisode magistral et bouleversant, qui s’ouvre sur une fête mondaine (le soir) avant l’annonce du crash d’un vol American Airlines (le matin) dans la Jamaica Bay. Chacun a beau y balancer sa petite vanne, l’événement aura ses répercussions, directes dans la mesure où Pete apprend bientôt que son père était dans l’avion, indirects d’un point de vue marketing puisque les partenaires de Sterling Cooper souhaitent brutalement s’intéresser à la compagnie aérienne touchée et leur fournir de quoi rebondir ce qui a pour incidence de se séparer de la Mohawk Airlines, contrat pour lequel Don s’était investi.

     Et puis l’épisode ouvre clairement la voie à une critique sur le racisme ambiant sévissant dans les années 60. La première réplique de l’épisode revient d’ailleurs à Trudy, la femme de Pete : « I have no problem with Negroes, I’m just worried about the car ». Que l’on revienne à de nombreuses reprises sur ce que chacun pense de l’amoureuse (noire) de Kinsey (le barbu) entretient cette atmosphère de racisme ordinaire. Et continue d’éloigner les couples autant que les relations entre collègues sitôt qu’ils n’entrent pas dans un cadre bon enfant ou strictement professionnel. Quand Pete, choqué par l’annonce du décès de son père, vient dans le bureau de Don pour lui parler, Don le renvoie chez lui, ici ou prétexte que ce n’est pas le moment, là.

      Quant à Peggy les deux séquences qui lui sont véritablement attribuées (On la voit aussi draguer dans la soirée, se réveiller avec sa robe rouge de la veille) et qui la concerne elle et son bébé, sont très émouvantes : Ici chez sa mère qui vraisemblablement l’élève avec les enfants de sa sœur et ne manque pas de constamment le rappeler à Peggy ainsi que son refus catholique – Ce moment où elle lui demande si elle ne veut pas dire au revoir à sa fille, mon dieu. Puis plus tard, dans l’Eglise. La mère catho : Ça semble définir tout ce que Peggy ne veut pas être.

MM2.032.03

08/11/17

     Je vais à mon rythme pour cette saison, un tout petit rythme, ce qui ne m’empêche guère de prendre un plaisir fou – En parallèle je découvre la première saison de Mr Robot et purée ce que je m’y emmerde. Bref, c’est une fois encore un épisode magnifique, je serais tenté de dire crucial mais à ce petit jeu ils le sont tous, cruciaux. Il y a deux choses importantes, ici.

     La première c’est qu’on s’intéresse enfin à Harry Crane, qui lorsqu’il découvre par mégarde que l’un de ses collègues touche une paie largement supérieure à la sienne, tente un coup de poker en proposant au patron d’une chaîne un show télé présentant le procès d’une femme à cause de son avortement, show qui ne trouve aucun sponsor. L’ironie de la situation, qui l’empêche d’en parler à sa femme : Ils sont sur le point d’avoir un bébé. C’est aussi cela Mad Men, une audace folle même dans une storyline qui semble à priori très anodine. J’aime beaucoup ce personnage d’ailleurs.

     La seconde tourne autour d’un comique, Jimmy Barrett, interprétant une publicité pour des chips appartenant à un couple de milliardaire. Sterling Cooper assure la communication, évidemment. Un incident (le type titille la mécène sur son imposant poids) perturbe la collaboration globale et Don va se charger de lancer l’idée d’un dîner de réconciliation au cours duquel le comique (joué par le formidable Patrick Fischler, l’homme qui raconte son cauchemar dans Mulholland drive) devra présenter sers plates excuses. Scénario prétexte pour une fois de plus se pencher sur la dislocation Betty/Don.

     Elle se fait ouvertement draguer pendant un cours de cheval mais garde son sang-froid. Sang-froid dont nous ne sommes dupes. Betty manque cruellement d’affection et elle se met à rêver lorsque Don lui propose de l’inviter au Lutèce (un restaurant côté) avant de déchanter lorsqu’il lui apprend que c’est pour le business, qu’elle devra y charmer un client, le fameux Jimmy Barrett. Et Don, lui, s’embarque dans un jeu dangereux de séduction avec la femme de son client. Que l’épisode se clôt sur les larmes (de joie) de Betty, avouant être ravie d’avoir contribué à la réussite du dîner en formant une équipe de choc avec son mari, rend l’atmosphère infiniment triste.

MM2.04052.04 & 2.05

17/11/17

     Les flashbacks sont rares dans Mad Men. Il y en deux, relativement brefs durant l’épisode 5 et ils concernent tous deux Peggy, sur son lit d’hôpital, apprenant (bien qu’on la sente plutôt dans le déni) d’abord qu’elle vient d’accoucher, puis assistée de Don qui lui rend visite et trouve les bons mots (un poil menaçants cela dit, non ?) pour lui faire oublier cette épreuve. Ce retour dans le passé (On ne savait évidemment rien de cette visite de Don, Mad Men a cette élégance de ne pas ressasser) n’arrive pas là gratuitement, il permet d’entrer en écho avec l’évènement principal de cet épisode : L’accident de voiture de Don et Bonnie (La femme de l’humoriste avec laquelle Draper continue de flirter) plus ou moins gorgés d’alcool – avant lequel Don lui avoue adorer les films, annonce sur laquelle elle rebondit : Spartacus ? La notte, lâche-t-il. Bim. Antonioni.

     Pour ne pas rester en dégrisement, Don, qui n’a pas suffisamment de cash sur lui pour payer sa caution, doit appeler quelqu’un. On pense d’abord que ce sera Rachel Menken, désormais mariée, qu’il croise dans le bar juste avant l’accident. On ne l’imagine évidemment pas demandé de l’aide auprès de sa femme. Ce sera donc Peggy. Dévouée Peggy qui donne ses 110$ (qu’elle ne manquera tout de même pas de lui réclamer plus tard « I guess when you try to forget something, you have to forget everything. »lui dira-t-il alors), propose à Bonnie de l’héberger et promet à Don de garder ce secret pour elle, comme probablement, il avait gardé le sien. C’est très beau cette histoire de secrets mutuels mais c’est un peu brinquebalant il me semble, Peggy & Don naviguant dans deux réalités complètement différentes.

     Deux épisodes très complémentaires, puisque dans le premier Surtout on s’intéresse essentiellement à Peggy, son semi-flirt avec un paroissien écarté par sa mégère jalouse de sœur qui révèle ses secrets de grossesse indésirable ; à Pete et les divergences refoulées qu’ils entretiennent sa femme et lui à propos de concevoir un enfant (ça permet de voir d’ailleurs combien Pete est faible sitôt inquiet (ses révélations archi spontanées à un médecin qu’il connait à peine) et complètement immature dès qu’il se trouve en position de force (Quand il reçoit les tests de sa fertilité et fanfaronne de façon égoïste devant sa femme qui réalise amèrement que le problème vient sans doute d’elle). Mais c’est bien chez les Draper qu’on trouvera une fois de plus les plus beaux instants.

     Cet épisode qui se focalise sur trois dimanches qui se suivent, a la particularité, pour le dimanche des Rameaux, qu’il sera travaillé, chez Sterling Cooper, qui reçoit (mais en fait non) les relous d’American Airlines. Ce qui fou bien la merde chez les Draper. Notamment dans le déséquilibre inexorable de l’éducation de leurs enfants, qui sont pas faciles aussi : Ils débarquent dans la chambre pendant que leurs parents font le hum-hum du dimanche matin, Bobby pète le tourne-disque puis se brule sur la crêpière. Et Don reste passif au grand dam de Betty qui comprend bientôt, via une confidence non souhaitée que son mari n’a pas eu une enfance cool sous les coups de son père. L’épisode se clôt dans un double moment de violence (Don balance un verre contre le mur puis bouscule Betty) suivi d’un moment déchirant entre un père et son fils.

MM2.062.06

21/11/17

     Pas en super forme, le Don Draper. Ce qui est le plus terrible c’est de le voir à ce point perdu, honteux, blasé, mauvais, au fond du trou, sans trop savoir ce qui, véritablement, le plongé dans une telle crise existentielle. Ici devant un défilé de bikinis, là dans sa salle de bain, il a ce regard lointain, absent, indiscernable. Il est ébranlé par cette discussion avec un client qui lui annonce qu’il a construit chez lui un abri antiatomique, il est furieux en voyant Betty s’exhiber dans un maillot jaune (qui m’a fait bavé) avant de filer à la piscine, il est outré par les révélations de Bonnie sur sa réputation d’homme à femmes.

     Il me fait peur ce personnage, en fin de compte. Là où les autres nous rassurent, dans leur beauté ou bonté comme dans leur médiocrité ou vulgarité, Don, lui, dégage une aura dont la fascination qu’elle exhale n’a d’égal la crainte imminente de l’autodestruction. C’est très perturbant, à peu près tout le temps, mais plus encore lors de cet épisode où Don semble vouloir exister puis disparaître l’instant suivant, aimer Betty puis vouloir Bonnie Barrett, regarder ses enfants avec la passion d’un père aimant puis les rejeter violemment dans la foulée, être convaincu par une idée publicitaire « Jackie by day / Marilyn by night » puis s’en détacher soudainement.

     A part ça c’est un épisode où les femmes prennent clairement le pouvoir. L’affaire du bikini Playtex pour une campagne publicitaire, n’est qu’une métaphore de cette marche féminine que vont se relayer tour à tour Joan, Betty et Peggy, jusque dans une superbe séquence finale, durant laquelle la jeune Olson qui vient enfin d’intégrer le groupe commercial, essentiellement masculin, en se glissant à leurs côtés dans un club de streap tease, échange des regards très mystérieux avec Pete, très sexuels surtout.

MM2.072.07

24/11/17

     Voici sans nul doute mon épisode préféré de cette saison, jusqu’à maintenant, du reste. Véritable déflagration, à tous les niveaux. Chez les Draper, déjà, puisque lorsque Don est sur le point de se payer une Cadillac dernier cri, un flashback nous offre brièvement quelques images de ce qu’il était entre la guerre et aujourd’hui : un modeste vendeur chez un concessionnaire. Voir Don en costume dépareillé fait un peu mal aux yeux. C’était tout aussi passionnant du côté de Jane, la nouvelle (Je l’adore déjà) qui lance d’emblée une mini-rébellion en tenant tête à Joan et en se mettant Roger dans la poche, ainsi que dans le coup de foudre de Sal pour Ken Cosgrove et cette histoire de Violon d’or, qui rappelle vite fait Harry un ami qui vous veut du bien, à la différence qu’ici on ne projette ni folie ni peur mais un désir palpable. Et c’est là que Mad Men est une série intelligente : La femme de Sal, qui aurait été sacrifié du récit ailleurs, ressent tout cela, comprend les regards de son mari pour le jeune écrivain, sa façon de lui tendre son briquet. C’est bouleversant. Qui plus est dans un monde aussi codé et macho que Sterling Cooper dans les années 60.

     Mais je suis surtout séduit d’un point de vue plastique, rarement vu un équilibre aussi parfait. Mad Men est souvent irréprochable là-dessus mais là on a la sensation qu’un cap est encore franchi, dans sa façon de mettre en scène le jour et la nuit, l’intérieur et l’extérieur, d’embellir et de salir, à l’image de cette séquence parenthèse, en apparence anodine, qui voit la famille Draper au repos dans un parc sur une couverture de pique-nique. Tout respire la douce évasion, Don allant jusqu’à s’offusquer de voir sa fille préférer jouer aux dames plutôt que de regarder les nuages. Son fils, lui, n’a qu’une envie c’est de pisser contre un arbre. Et Don s’assure que les mains sont propres avant de remonter dans la nouvelle voiture, un bijou de Cadillac bleue ciel que seuls les golden boy peuvent se payer. Au moment de décoller, il jette sa canette de bière comme un lanceur sa balle de baseball, pendant que Betty secoue la nappe de déchets, avant de s’arracher. Ça sent la pisse et la crasse malgré la beauté solaire d’un tableau de Renoir. Et ça annonce clairement la séquence finale de l’épisode, avec les accusations violentes de Jimmy Barrett – Alors que tout respirait encore le flirt insouciant – qui s’élève contre ceux (Bonnie & Don) qui les empêchent de vivre, Betty et lui. Fallait bien que ça se termine sur un vomi. Et peu avant c’est le regard de Don qui glace le sang, lorsque Jimmy lui demande d’aller baiser sa femme et pas celle des autres, ce même regard ou presque que celui qu’il arbore face à cette femme, dans le flashback, qui reconnait Don mais pas son nom. Hâte que la série creuse tout ça.

MM2.082.08

12/12/17

     Il suffit d’observer l’intégralité de mes choix de photogrammes pour constater que Betty revient souvent. C’est de très loin le personnage qui me touche le plus dans Mad Men et ce n’est pas nouveau, ça dure depuis les premiers épisodes de la saison 1. Je pense que January Jones y est pour beaucoup. Il faut savoir le jouer, le rôle de cette femme pour qui chaque jour semble d’abord être une possibilité d’épanouissement supplémentaire, dans le petit territoire familial qu’elle s’est concoctée, avant qu’un gouffre de solitude, déceptions, mensonges, humiliations ne finissent par s’ouvrir sous ses pieds. Si cet épisode s’intéresse aussi beaucoup à Peggy Olson et Harry Crane, c’est avant tout un défilé Betty Draper. Pas pour me déplaire. A ce titre, si vestimentairement parlant, on savait que tout lui convenait : cette robe à pois jaunes, verts, bleus, dedieu !

     Elle est sur son cheval au galop quand l’épisode s’ouvre, ce n’est pas pour rien. Elle transpire un peu, donc. Et quand il se termine, elle vient de prendre une douche – comme pour se laver de la honte qui la gagne – et c’est les cheveux mouillés qu’elle lance sa rébellion. Entre temps, il lui faudra vider le dressing, briser une chaise, se murger, dormir seule et porter cette robe à pois vingt-quatre heures durant, comme le symbole de rupture : Tirée à quatre épingles lors de la réception, elle est comme toute chiffonnée dedans le lendemain. Rébellion qu’elle avait déjà bien amorcée sur deux accès de colère qui ne lui sont pas coutumiers : Son indignation suite à l’humiliation ressentie durant le grand diner d’invitation (l’impression d’être un rat de laboratoire, quand elle est démasquée en ménagère parfaite qui présente le panier de Heineken comme les cadres de chez Sterling Cooper l’ont fait plus tôt de leur côté, en guise d’imitation)  puis ses accusations de tromperies envers un Don impassible. Pour combien de temps ? Difficile à estimer, tant on sent Betty très loin de lâcher le morceau. Le ver est dans le fruit. Et Betty, elle, est toujours aussi sublime, ravissante, bouleversante. Espérons qu’elle ait le courage d’aller plus loin, de briser ces secrets et ce sentiment d’humiliation qui la gagne chaque jour davantage.

MM2.092.09

14/12/17

     Episode de l’effondrement. Et d’emblée puisque Don s’éveille dans sa chambre de l’hôtel Roosevelt, sort en caleçon sur le palier pour attraper le journal du jour. Marilyn est morte. Au bureau, si les femmes sont pour la plupart anéanties, Jane et Joan comprises, Freddie, lui, signe « son arrêt de mort » en se pissant dessus, complètement bourré, juste avant de tenir une présentation lors d’une réunion commerciale. Les moments qu’il passera ensuite en compagnie de Roger & Don à boire des coups dans un casino souterrain en guise d’adieu, sont très beaux, très émouvants. C’est pourtant autre chose qui se joue bientôt : Don finit par se confier à Roger sur ses dérives conjugales et leur discussion existentielle provoque un nouveau tremblement de terre : Le lendemain, Mona débarque dans le bureau de Don, à feu et à sang. Roger l’a évincé. Pour Jane. Je ne l’ai pas vu venir, celle-là. Le show s’amuse du vaudeville en lui redonnant ses lettres de noblesse. Vaudeville cruel, quand même.

MM2.10112.10 & 2.11

27/12/17

     Deux épisodes passionnants à mettre en corrélation, tant ils sont opposés par leur déroulement, dans ce qu’ils charrient l’un l’autre, voire même dans ce qu’ils font chacun du personnage de Don Draper. Pire, je me demande si le 10 n’est pas l’épisode que j’aime le moins de cette saison et le 11 celui que je préfère.

     Dans l’un, Don se retrouve « coincé » chez ses beaux-parents (le père de Betty ayant été victime d’une attaque, apparemment sans gravité bien que son comportement s’avère vraiment inquiétant) en acceptant l’appel à l’aide de Betty. On se doute qu’il va tenter de rafistoler son couple là-dessus. Ailleurs, on se serait servi de ce tremplin pour rabibocher des amoureux éloignés. Dans Mad Men, c’est beaucoup plus compliqué que ça. D’autant que Betty en a décidé autrement.

     Dans l’autre, Don se laisse comme d’hab guider par son instinct quand lors d’un voyage professionnel en Californie, il se laisse séduire par une jeune nomade (nommée Joy, oui, Joy) qui va tout le chambouler : Il fera un malaise suite à coup de chaud, d’une part, avant de plus tard passer un mystérieux coup de fil au cours duquel il se présentera sous le nom de Dick Whitman. Qui appelle-t-il ? De toute façon, on est arrivé à un stade où on le verrait tout quitter que ça n’étonnerait même plus. Donc il peut bien appeler n’importe qui, on est prêt à tout entendre.

     Ce qui est très beau, c’est la double résonnance de ce bouleversement, avec Roger d’une part, puisque la déviation de Don évoque aussi celle de son ami avec la jeune et jolie Jane. Avec Peggy ensuite car en parallèle de ce brutal changement, Peggy change aussi, de coiffure (Elle est clairement Jackie lorsqu’on la voie devant les déclarations de Kennedy sur la conquête spatiale) et sort avec un garçon homosexuel pour aller voir Bob Dylan. Ils ont toujours été relié ces deux-là (Peggy et Don) j’aime beaucoup cette trajectoire commune que la série leur offre sans pour autant les faire résonner concrètement.

MM2.12132.12 & 2.13

30/12/17

     Immense et riche fin de saison.

     On sait dorénavant que la personne au téléphone avec Don (fin épisode 11) c’est Anna Draper. La veuve du vrai Don Draper. Je l’ai pas vu venir non plus, celle-là. On apprend que (notre) Don subvient à nombreux de ses besoins, en plus d’entretenir une vraie relation de confidence avec elle. Un discret flashback relie leur rencontre et son retour. C’est très beau. Pendant ce temps, la fusion de Sterling Cooper avec une agence anglaise, mise en branle par Duck (Mark Moses, que je ne supportais déjà pas dans Desperate Housewives, a ici hérité d’un rôle encore anti-glamour, opportuniste, alcoolique, un peu monstrueux aussi, à vérifier avec le temps) est lancée. De son côté, Pete perd un gros client, que son beau-père lui retire quand il apprend que le jeune homme souhaite adopter. Quant à Peggy, elle hérite du bureau de Freddie Rumsen. Et Joan, elle, clairement en retrait dans cette saison, se fait salement violer par son petit ami, qui avait tout du prince charmant et qui s’avère être un gros dégueulasse. Le regard de Christina Hendricks, à cet instant, est effrayant.

     L’épisode final sera un feu d’artifice. On est en Octobre 1962. Les Etats-Unis entrent dans une période difficile, c’est la fameuse crise des missiles de Cuba. La panique générale contamine l’agence et les foyers. La peur du nucléaire crée une autre apocalypse. Betty apprend qu’elle est enceinte et « fête » cette nouvelle en passant la nuit avec un inconnu. Plus qu’une vengeance sexuelle, on ressent cette action comme le degré d’indépendance qui lui manquait, pour accepter de faire revenir Don ? Pete, lui, déclare sa flamme à Peggy mais prend une sacrée veste lorsqu’elle lui avoue avoir eu un enfant de lui, avant de lui balancer frontalement qu’elle n’aurait eu aucun mal à ce qu’ils se marient si elle l’avait voulu. Bim. Quant à Don, il ne veut plus travailler chez Sterling Cooper avec Duck Philipps comme président. Bim, again. De toute façon c’était un autre Don, durant cet épisode final. La double escapade californienne / Anna Draper semble l’avoir adouci spirituellement – l’épisode précédent se fermait d’ailleurs sur une baignade un poil trop symbolique. Il est cool avec Pete. Il écrit à Betty. Il envoie bouler Duck. Me plait bien, ce nouveau Don Draper. C’est d’ailleurs quand on le découvre en train de se retrouver lui-même que Betty s’abandonne dans les bras d’un autre. Les créateurs de Mad Men ont vraiment une totale confiance en ce qu’ils sont en train de bâtir, ailleurs on aurait vu ce virage comme misogyne. Là c’est à peu près tout le contraire : Et s’il fallait tout détruire pour reconstruire ?

Mr Robot – Saison 1 – USA Network – 2015

24. Mr Robot - Saison 1 - USA Network - 2015Fight network.

     4.5   Il n’est pas dans le projet mais il y a du Fincher là-dedans, véritable figure tutélaire. Beaucoup de The Social Network. Beaucoup de Fight Club aussi, clairement revendiqué puisque le Where is my mind en instru piano au moment le plus puissant de la saison (L’épisode 9 est globalement sidérant) à savoir l’instant où la schizophrénie est assumée puis évincée pour accepter de prendre part à la révolution « I don’t know… I wanted to save the world » avec le cinglé d’à côté qui pourrait être échappé d’un bouquin de Bret Easton Ellis, résonne forcément avec le morceau des Pixies qui fermait le film de Fincher. Ça c’est très fort. La disparition du père ça  te file vraiment la chair de poule, comme ça pouvait être le cas de Tyler Durden à l’époque. Ajoute à cela un pilot à la fois riche et confus qui se termine en clin d’œil somptueux au Troisième homme, de Carol Reed, avec la rencontre Malek / Slater dans une grande roue. Il y avait TOUT pour que ça poutrasse sévère. Pourtant, ce cyber thriller impressionne surtout par l’ennui qu’il procure, sa prétention, son opacité et son antipathie globale. Oui, ça fait beaucoup. Que de bavardages, d’effets vains, de couleurs grisâtres, de faux climax suspendus, de jargon imbuvable. Et puis la mise en scène : plans sur des écrans jusqu’à saturation, plans en légère contre-plongée de façon quasi systématique pour souligner l’immensité du monde urbain, plans volontiers asymétriques dans la symétrie, personnages souvent isolés dans un coin du cadre. C’est froid, c’est long. Mais Rami « Big eyes » Malek y est parfait, vraiment flippant. 

22.11.63 (11.22.63) – Saison 1 – Hulu – 2016

21. 22.11.63 - 11.22.63 - Saison 1 - Hulu - 2016A cause d’un assassinat.

   5.0   Ces temps-ci j’ai très envie de me replonger dans JFK, le chef d’œuvre d’Oliver Stone, sans doute depuis Jackie, le très beau film de Pablo Larrain. Moment adéquat, ai-je pensé, pour me lancer dans l’adaptation du bouquin de Stephen King (Livre que je n’ai pas lu mais que je garde de côté, pour mes prochaines vacances) que j’avais volontairement laissé de côté, la crainte de me frotter à une énième médiocre adaptation de King – Inutile de rappeler combien Under the dome était un puits de conneries – et celle, plus négligeable, de voir James Franco dans un rôle qui à priori ne lui sied pas. La série produite en partie par J.J.Abrams révèle de belles qualités plastiques. On n’est pas happé par les années 60 mais l’univers est soigneusement retranscrit, ça manque juste un peu de patine. Les premiers épisodes rendent curieux puisqu’il y a la découverte du monde (Le personnage traverse un portail temporel qui l’envoie le 21 octobre 1960) et ce qu’on va y modeler (Après tout, pourquoi ne pas empêcher l’assassinat de Kennedy, qui aura lieu trois ans plus tard – C’est en tout cas la mission que le vieux gérant du restaurant a confié à Jake). On y rencontre de beaux personnages entièrement fictifs : Sadie (La lumineuse Sarah Gadon) ou Bill (Le side-kick fondamental, joué par le jeune George Mackay, le seul que Jake est contraint de mettre dans la confidence, ce qui ouvre parfois sur un joli duo) et le personnage charnière de l’affaire : Lee Harvey Oswald, campé par un magistral Daniel Webber. Et puis petit à petit on ne peut s’empêcher d’y voir qu’un show très fonctionnel, un peu comme l’était Bates Motel. Ça fonctionne, ce n’est pas désagréable, mais on sent partout que ça pourrait être infiniment meilleur. Et puis il y a un gros problème dans la fluidité de la narration et dans la gestion de la temporalité. La série ne s’intéresse jamais à ce qui fait l’époque autrement qu’en enfonçant des portes ouvertes. Alors une ellipse grossière nous épargnera 1961, comme si c’était une année vide, une année qui ne fasse pas avancer l’intrigue, une année qui ne compte pas. Il me manque sans doute cette année (et plus encore) pour comprendre le personnage de Jake Epping. En l’état, je ne vibre jamais avec lui, j’ai donc plus qu’à me rattacher à l’intrigue principale, puisque d’intrigues secondaires il n’y en a pas sinon bâclées. Maladroit donc, mais passable.

Engrenages – Saison 6 – Canal + – 2017

ENGRENAGES Saison 6Les sentiers de la perdition.

     8.5   C’est la grande série française du moment, juste après Le bureau des légendes – Je mets Un village français de côté car on approche de la fin. Engrenages continue de progresser, de marquer son territoire. Et ce n’est pas avec cette brillante, fulgurante, addictive saison 6 que ça va changer. Saison qui parvient à réitérer l’efficacité dont elle est devenue coutumière, tout en gommant les quelques fautes de goût qui parsemaient ses deux dernières sorties. C’est son deuxième âge d’or, après son immense saison 3. C’est bien simple on a là tout ce qu’Engrenages peut offrir de génial, avec son enquête centrale en millefeuille (Une sombre affaire de tronc – d’un flic de la BAC – retrouvé sous un tas d’encombrants bientôt suivi du corps d’une adolescente sur le chantier d’un squat) qui manie des policiers corrompus, des frangins de cité gérant d’une salle de boxe, les filles d’un camp de Roms, une histoire de lingots d’or, puis bientôt un proxénète de l’est et un accoucheur clandestin.

     Il faut peu de temps pour qu’on retrouve nos marques (Rappelons que trois années se sont écoulées depuis la saison précédente) dans les bureaux et couloirs de la DPJ, avec un nouveau patron qu’on va d’abord détester parce qu’il est aussi autoritaire qu’il est à la ramasse et qu’on va bientôt adorer pour les mêmes raisons, tout simplement parce que c’est sa manière à lui d’exister et de combattre cette angoisse permanente qui le plonge dans d’importantes crises d’urticaires. On retrouve les planques, les filoches, les pics d’humour (notamment entre Gilou et Tintin, aussi absurde que cela puisse paraître quand on connaît l’issue de la saison) comme les grands coups de gueules, qu’Engrenages a toujours réussi à mettre en scène, faire grimper ou au contraire canaliser, contrairement à une série tape à l’œil comme Braquo – Le dosage de la réplique bien sentie (que les deux séries utilisent beaucoup) en est l’illustration parfaite. On retrouve aussi Herville, muté en banlieue nord, qu’on va recroiser puisqu’il est à la tête de l’équipe qui subit le meurtre de leur collègue. C’est fou ce qu’on détestait ce type avant et comme on va l’adorer maintenant.

     Si Laure a enquêté toute la saison précédente alors qu’elle était enceinte, l’ellipse (assez courte en fin de compte) qui ouvre la saison, permet de la propulser dans un quotidien de soins (son bébé est en réa puis en néonatologie) qu’elle peine à assumer puisqu’elle ne peut s’empêcher de retourner travailler. Quand bien même, la saison dit de grandes choses sur la maternité hoquetante, dans la mesure où Laure peut adorer l’idée d’être mère avant de la rejeter l’instant suivant. Et ça dure une saison toute entière. On pourrait dire que ça tourne en rond mais c’est aussi une belle métaphore de comment se situe Laure aujourd’hui, dans son groupe, dans son enquête. Sa relation avec Gilou n’arrive pas là par hasard, ne sort donc pas du chapeau (Pour faire banale histoire d’amour) : Ils se sont toujours plus ou moins cherché tous les deux. Simplement, quand c’était Gilou qui était au fond du trou (junkie en saison 2, rappelons-le) il n’avait pas l’épaule de Laure comme elle a eu la sienne durant l’intégralité de cette saison 6. Pas prêt d’oublier les mots de Gilou un moment donné où Laure parle de vivre ensemble « Quand tu entres dans la vie d’un enfant, t’as pas le droit d’en sortir » Grosse déclaration d’amour qui m’a embué les yeux.

     Hors DPJ, beaucoup d’histoires secondaires passionnantes. A commencer par le viol de Joséphine et sa bataille (perdue ?) pour d’abord retrouver son agresseur, puis s’en débarrasser en justicière, puis échapper aux accusations dont elle est victime. Vraiment puissant. Et ce d’autant plus ces temps-ci, en plein scandale Weinstein et cie. Je me demande si ce n’est pas ma saison préférée pour cette raison, l’impression qu’elle capte à merveille l’air du temps. L’épisode 9 avec la marche funèbre, impossible que les créateurs n’aient pas écrit en pensant à l’affaire Adama Traoré. Concernant Roban, le pauvre, il affronte à la fois l’arrivée d’une tumeur, le privant d’une partie de sa mémoire et donc de son efficacité dont il est coutumier, mais il doit aussi faire face à une curieuse affaire d’homicide dont le meurtrier involontaire (Une histoire de cul ayant mal tourné) s’avère être le procureur Machard. Ça aurait pu être too much mais Engrenages, comme à son habitude, traite cette histoire avec brio.

     C’est une saison extra sombre en fait. Noire de chez noire, notamment cet épisode 5 : L’adolescente retrouvée morte, le petit Enzo à baffer, le fils de Tintin qui lui fait passer des heures difficiles, Roban et sa biopsie, la dépression de Joséphine, Laure qui ne veut plus aller voir son bébé. J’étais pas bien, complètement sonné. On va pas aller jusqu’à dire que l’épisode suivant nous repose, mais il très différent. Davantage dans l’action avec la séquence Gare du Nord, la filature des mecs de la BAC, la perquisition dans le camp de Rom, mais aussi très fort émotionnellement : Laure et Gilou, Laure et Romy, Tintin et Rubben.

     La fragilité a toujours fait partie intégrante d’Engrenages. Depuis les crises de manque de Gilou jusqu’aux doutes de Tintin. Un personnage va canaliser toute cette détresse dans cette nouvelle saison, un personnage que l’on ne connaît pas mais qui compte déjà beaucoup puisqu’il est le prolongement de Laure : Son bébé, né prématuré. Et il faudra attendre de nombreux épisodes avant d’avoir la confirmation qu’il est tiré d’affaire. Ça permet surtout de se mettre d’équerre avec l’ambiance globale du groupe, à fleur de peau, sur la brèche et l’entente de nos trois inséparables sur le point d’exploser.

     Mon seul reproche c’est qu’on voit tout venir sur les deux derniers épisodes. On se doute que le Camara n’y est pour rien à plus grande échelle (les meurtres) puisqu’il tient Gilou par les couilles, autant dire qu’il est impossible qu’on laisse l’affaire en suspens ni qu’on se sépare de Gilou. Impossible. Donc durant la scène de la station-service, on comprend qu’il va s’en sortir in extremis. Et du coup il devient très vite clair que les mecs de la BAC sont embarqués dans un truc trop gros pour eux. Ils sont l’arbre qui cache la forêt : ces fameux gynéco clandestins et proxénètes psychopathes qui accouchent des minettes comme des bouchers et découpent des types en cas de gêne. Mais bon, ça reste une saison gigantesque. Et ses dernières secondes sont déchirantes.

The Walking Dead 8.04

twd     2.0   Daryl & Rick en train de contempler, dégoûtés, cette gigantesque bouse qu’est devenue la série.

     Pour la première fois, je me demande si je ne vais pas définitivement jeter l’éponge comme beaucoup l’ont fait, parfois depuis longtemps. C’est devenu trop nul.

     J’ai d’ailleurs arrêté de lire les bouquins. Depuis un moment, déjà. Plus du tout l’envie, j’ai dû stopper vers le tome 22, exactement là où le 8.04 vient les rejoindre.

    S’il y avait encore quelques belles saillies l’an dernier, on a brutalement chuté dans un niveau de médiocrité à mon sens irrécupérable. C’est mal écrit, les réactions des personnages sont toutes invraisemblables, et les scènes passe-partout (un coup de morts-vivants, ici une fusillade, là un blessé…) sont toutes bâclées. Quant au plus important : On se fiche de TOUT LE MONDE. Morgan, Carol, Maggie pourraient crever que j’en aurais rien à cirer. Alors les nouveaux, on n’en parle même pas.

     Devant chaque épisode de The Walking Dead depuis la saison passée, je me dis qu’il faut que j’investisse ces quarante minutes hebdomadaires de façon plus intelligente. Allez c’est décidé, je passe à autre chose. Au revoir The Walking dead.

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silencio


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