Archives pour la catégorie Séries

The Affair – Saison 5 – Showtime – 2019

24. The Affair - Saison 5 - Showtime - 2019Les choses de la vie.

   7.0   Voilà, The Affair, c’est fini. Je ne vais pas m’étendre, je l’ai suffisamment fait lors des saisons précédentes et celle-ci est loin d’être la meilleure. Pas toujours inspirée (Ce dernier plan – entre autre – ce n’est pas possible) ni passionnante (j’ai mis du temps à regarder ces onze épisodes, c’est rarement bon signe) elle n’en est pas moins parcourue de belles fulgurances. Et d’émotion puisqu’à la manière de nos personnages, en pleine retrouvaille (on en a rêvé) lors des deux derniers épisodes, nous contemplons les pots cassés, ce qu’on a traversé pour en arriver là – Un peu comme le faisait (beaucoup mieux) Mildred Pierce, de Todd Haynes. C’est une ultime saison très inégale, mais audacieuse sur bien des points. Il y a de grands moments. Le dernier épisode en est un.

     Juste une chose : pour sa dernière sortie, la série tente quelque chose d’un peu farfelu. S’il s’agit toujours de suivre des chapitres centrés sur un personnage, jusqu’à parfois troquer Noah ou Helen pour Whitney et Sierra, l’un de ces prénoms va vraiment troubler nos habitudes : Joanie. Lors de ces chapitres (ils sont nombreux) la série choisit d’évoluer dans le futur, en 2053 plus exactement avec une Joanie incarnée par Anna Paquin (Sookie, dans Trueblood ou Malicia, dans X-Men) et si le parti pris flashforward est on ne peut plus casse-gueule – J’ai cru au carnage, au début, très franchement – c’est finalement sur ce terrain qu’elle va trouver ses plus beaux instants. En revanche tout ce qui tourne autour de la post catastrophe écologique reste superficiel. On sent que la série veut se la jouer actuel, parler du climat tout en évoquant Metoo, puisque Noah va pas mal morfler à ce sujet. Mais le cœur est ailleurs.

     Avec un peu de recul on peut dire que The Affair, qui était au-dessus du lot sur ses deux premières saisons, aura raté son prolongement. Je l’aimais bien mais la saison 3 n’était pas bonne, soyons honnêtes. En revanche la série avait su rebondir puisque la saison 4 était très forte mais laissait un (dé)goût d’achevé ou de ça-pourra-jamais-plus-être-aussi-bien. Et c’est là où les créateurs sont forts car oui Alison & Cole nous manquent cruellement, mais c’est quand même bien. Alors oui, tout n’aura pas été parfait loin de là – et cette ultime saison aura aussi été à cette image – mais c’est un adieu ému. Je me souviendrai de The Affair.

Mytho – Saison 1 – Arte – 2019

27. Mytho - Saison 1 - Arte - 2019Arrhes du mensonge.

   6.0   Cette histoire de mère de famille débordée par le quotidien, invisible des siens, s’inventant un cancer qui va lui offrir l’affection et l’attention qui lui manquaient tant, m’intriguait beaucoup. Un Breaking bad inversé à la française, pourquoi pas après tout ? Le premier épisode, laborieux, m’a beaucoup dérangé. Je détestais chaque personnage de cette famille. Je ne voyais que les épaisses coutures ou uniquement de la caricature. Et la série va jouer de cela, de ses apparences pour les déformer, à l’image de personnages secondaires comme le patron ou la pharmacienne. Mytho s’affine, trouve son rythme, surprend, rebondit tout le temps, se pare d’intrigues parallèles à priori pas fondamentales, au point qu’elle pourrait tout aussi bien s’en tenir à ce one shot que s’étirer sur d’autres saisons afin de suivre les répercussions du dévoilement du mensonge et les origines d’Elvira. On sent la patte Gobert dans la forme, ces pavillons résidentiels qui rappellent Les revenants ou Simon Werner a disparu. Tout n’est pas maitrisé, la construction est un peu approximative, le ton pas toujours très homogène. Mais il y a aussi des choses à garder et notamment tout ce qui tourne autour du pitch et du personnage incarné par Marina Hands. Marina Hands est géniale, il faut le dire. Bref je conseille, d’autant que six épisodes de 45min ça déroule.

Mad Men – Saison 5 – AMC – 2011

5.01&5.02&5.035.01, 5.02 & 5.03.

19/11/19

     C’est toujours un exercice délicat pour une série que d’allonger, de façon isolée, son format. Le rythme s’en trouve modifié, la construction aussi. Il faut un tout nouvel équilibre. Cette cinquième saison s’ouvre donc sur un double épisode, quatre-vingt-dix minutes, la durée d’un long métrage et l’on s’étonne à peine de penser, quand il se termine, qu’il est bien plus intense, aussi bien du point de vue du fond que de la forme, que 95% de ce que le cinéma peut nous offrir. Un « film Mad Men ». On en rêvait.

     Bisou-Bisou n’est peut-être pas le meilleur épisode de Mad Men, mais il ouvre des pistes passionnantes pour cette saison à venir – la relation entre Megan & Don, notamment mais aussi la place de plus en plus « draperesque » de Pete – en plus de s’articuler autour de ce que promet plus ou moins son titre, à savoir une chanson entonnée par Megan en guise de cadeau d’anniversaire à son homme. Surprise dans la surprise (on sait qu’il abhorre ça) puisqu’il n’était même pas au courant de cette petite soirée en l’honneur de ses quarante printemps. Enfin, les quarante printemps de Don, pas ceux de Dick Whitman, n’oubliera-t-il pas de lui mentionner. Zou Bisou-bisou est d’ores et déjà l’un des sommets érotiques de la série et ce n’est ni Harry ni Stan qui diront le contraire. La scène-nettoyage, n’en parlons pas. Sans parler de Roger chantonnant « Frère Jacques » à Don, le lendemain au bureau. Caviar.

     En outre, la saison s’ouvre sur une imposante ellipse puisque nous sommes propulsés en mai 66 post Memorial day, en plein pendant les manifestations des Noirs. On apprend que Megan & Don se sont mariés. On découvre Joan en train de pomponner. Et bien entendu on assiste aux beaux lendemains d’une agence fleurissante ou presque, s’octroyant de nouveaux gros poissons. Il y a une maitrise narrative absolument déconcertante, ne serait-ce que sur le miroir entre la séquence introductive chez Y&R et la séquence finale chez SCDP où chaque fois les Noirs montent dans les bureaux à cause d’une mauvaise blague, des bombes à eau d’un côté, une fausse annonce d’embauche de l’autre. Terrifiantes années 60.

     L’épisode suivant permet de revoir Betty, qui n’apparaissait pas du tout dans le double épisode introductif. Et c’est un choc. Betty a mangé Betty. Ils ont bien intégrés la grossesse de January Jones, pas de problème là-dessus. Alors, Betty est-elle malade ? Le récit s’articule autour d’une possibilité de cancer de la thyroïde avant de révéler in extremis son caractère bénin. C’est assez curieux mais c’est aussi dans l’esprit de Mad Men de ne pas s’attarder sur ce genre de péripétie qui n’en est pas vraiment une. Cela permet malgré tout de véhiculer une douce proximité entre Betty & Don.

     Difficile de faire des pronostics mais j’ai l’impression que la série enclenche assez clairement, mais tout doucement,  ses adieux. On y parle ouvertement de la mort. De la crainte de voir des enfants grandir sans leur mère. C’est un épisode qui marque une rupture forte au sein des couples, qu’il s’agisse de Betty & Henry, de Megan & Don voire de Trudy & Pete. Affaire à suivre.

5.04&5.05&5.065.04, 5.05 & 5.06.

22/11/19

     Le retour de Greg du Vietnam occasionne d’abord une belle effusion de joie, des retrouvailles joyeusement consommées, la contemplation d’une harmonie familiale qui n’est vite qu’un leurre quand Joan apprend qu’il s’est porté volontaire pour rempiler parce que « là-bas on a besoin de moi » dit-il. Il en faut peu à Joan, qui préserve sa dignité, toujours et le met dehors, définitivement. Au moins, concernant le bébé, la question de la paternité ne pose plus trop de problème.

     C’est un épisode qui va aussi creuser ce nouveau personnage qu’est Michael Grinsberg. M’étonnerait qu’il ne soit que de passage. Il est intelligent autant qu’il est borderline, semble agacer Don à tel point qu’il est pas loin de le virer pour avoir improviser un slogan et envoyer la réunion sur un terrain inattendue, indifféré Peggy avant qu’il ne se confie à elle sur ses origines d’enfant né et élevé dans un camp de concentration.

     Ensuite il y a Don. Il est malade comme un chien. Mais il croise une ancienne conquête, très entreprenante, dans l’ascenseur, alors qu’il est aux côtés de Megan. Plus tard il rentre chez lui pour dormir. Puis il est réveillé par cette ancienne conquête, la fait rentrer pour la remettre dehors, avant qu’elle ne revienne, lui fasse l’amour et qu’il l’étrange puis la l’abandonne sous le lit. WTF ? Puis Megan le réveille avec des croissants. Il a rêvé. Tout ? On ne sait plus. C’est un peu bizarre venant de Mad Men, mais pourquoi pas.

     Avec son atmosphère de meurtres sordides de Chicago, Mystery date m’a soudain rappelé qu’on était dans la sombre période américaine, celle des meurtriers en série, que Fleischer avait si bien captées dans L’étrangleur de Boston, que la série Mindhunter avait su prendre à bras le corps aussi. Fascination et danger planent. On en rigole (au bureau) on en fait des cauchemars à la maison (Sally, réfugiée sous le canapé du salon). Cela permet surtout à Peggy, qui comme souvent travaillait tard, d’être surprise par Dawn, la secrétaire (qui dormait dans le bureau de Don pour ne pas avoir à rentrer seule la nuit) et de l’inviter à dormir chez elle. Toutes deux discutent de quotidien et de réussite mais soudain il y a un silence autour d’un sac. Rien de plus. Mais la série, une fois encore, s’est permis d’ouvrir une « trappe de la honte » quand Peggy observe Dawn et comprend silencieusement qu’elle a compris.

     Une fois de plus, c’est un épisode dense, passionnant, mais il respire, il n’est jamais plein, indigeste. C’est du pur Mad Men, en somme. Le suivant est plus indomptable. Tandis qu’il semble au préalable très heureux d’inviter Don à diner, sans doute pour lui étaler son petit bonheur sous les yeux, Pete traverse une crise existentielle : Il est perturbé par une petite fuite d’évier récalcitrante (que Don finira ironie du sort par lui réparer), flirte avec une étudiante lors des séances de code de la route (qui tombera finalement dans les bras d’un autre étudiant beau-gosse) et ne supporte pas de devoir laisser l’affaire Jaguar à Lane, qu’il juge incompétent.

     Il va tellement péter un plomb qu’il va accepter de se battre contre Lane. Leur règlement de compte est d’ores et déjà l’un des moments les plus drôles de Mad Men : Il suffit de voir les visages hébétés de Bert, Roger & Don ; enfin surtout de voir Roger s’allumer une cigarette, comme s’il assistait à un match de boxe, puis dire finalement « J’avais parié sur Lane ». J’ai failli en tomber de mon canapé tellement je riais. Mais le plus important c’est évidemment l’issue de cette baston de cour de récréation quand Pete (au visage en sang) & Don se retrouvent dans l’ascenseur. Le « I have nothing » de Pete semble plutôt vouloir dire « Why I’m not you ? ». Et Don reste muet, face à ces larmes et ce visage tuméfié. C’est terrible.

     Far away places est un parfait épisode de moitié de saison. Un peu plus « expérimental » dans sa structure qu’à l’accoutumé puisqu’il s’agit de passer la journée et la soirée en compagnie de Peggy, puis Roger puis Don. Chacun aura son quart d’heure de (non) gloire. Peggy ira se noyer dans la fumette au cinéma après avoir foiré le rendez-vous avec Heinz. Roger testera les vertus du LSD avec sa femme dans une soirée mondaine, avant de mettre fin à leur relation. Quant à Don, supposé passer du bon temps avec Megan chez Johnson’s, un super restaurant qui est aussi l’un de ses fidèles clients, il va passer la pire scène de ménage de sa vie. Episode assez fascinant, une fois de plus.

5.07&5.085.07 & 5.08

03/12/19

     Punaise, la violence du dernier plan d’At the codfish ball, le septième épisode de cette cinquième saison. Voir la mère de sa belle-mère tailler une pipe à l’ami de son père, on n’ose à peine imaginer le chamboulement que ça puisse faire sur un enfant. Pauvre Sally. En tout cas elle est vraiment au centre de cette saison. Quasi autant que Megan, qui reste le personnage fort et ce d’autant plus qu’elle semble dévorer Don, aussi bien d’un point de vue professionnel, puisque c’est elle qui trouve une idée de pub et de slogan, c’est aussi elle qui rattrape in extremis Heinz qui était sur le point de se tirer, mais aussi sur le plan intime puisque c’est de sa famille dont il est question, ses parents qu’elle doit gérer et qui parlent souvent français ce qui laisse Don irrémédiablement de côté.

     De son côté, Pete est tombé dans les bras d’une quasi inconnue : La femme de son voisin de banquette dans le train du matin. Ce qui devait arriver arriva. Sa métamorphose en Don prend littéralement forme. Mais cette storyline est loin d’être ce que la saison a produit de plus passionnant.

     Revenons à Megan, puisque l’épisode suivant lui fait une fois de plus la part belle : Le passage express de ses parents semble avoir rappelé à la jeune femme qu’avant son mariage elle poursuivait le rêve de devenir actrice. Enfin surtout son père qui ne supporte pas de ne pas l’avoir vu devoir gravir les échelons. Aussi soudaines que furent ses fiançailles avec Don, Megan va claquer la porte SCDP pour plonger dans les auditions et se consacrer entièrement à son rêve. Reste à savoir comment Don va le prendre, mais vu sa réaction face à Tomorrow never knows, que Megan lui conseille d’écouter s’il veut savoir ce que c’est que la musique aujourd’hui, mystère et doute subsistent. Ce plan d’ascenseur, quelques minutes plus tôt, reste assez terrifiant et ce qui est très beau c’est qu’on rejoint Don nous aussi, dans la mesure où ce rêve de devenir actrice semble tomber comme un cheveu sur la soupe – D’aucuns diront que c’est un problème narratif, moi je crois qu’il agrémente la perdition de Don, prépare son éloignement à venir de Megan ( ?) ainsi que le nôtre.

     Vraiment c’est magnifique, une fois de plus. Et souverain : On sent que la série a conscience qu’elle a toutes les cartes en main pour tout boucler intelligemment et calmement. Enfin ça va on a le temps, il reste deux saisons et demi.

5.095.09

12/12/19

     Plus ça va, plus je me demande si j’ai vraiment envie de voir un épisode centré sur Betty. C’est un peu triste. Elle rivalise de jalousie et de connerie (jusqu’à utiliser ses enfants) dans celui-ci, croyant briser quelques chose entre Megan & Don, voire entre Megan & Sally à propos de révélations qu’elle fait à cette dernière sur « la troisième femme » de son père, Anna. Il y a beaucoup de tristesse sur ce personnage : Elle n’est ni vraiment heureuse avec Henry, c’est le moins que l’on puisse dire, ni vraiment en phase avec l’image qu’elle renvoie, qui a toujours été son obsession principale. Observer l’épanouissement de celle qui la remplace (dans un ménage qui de son temps ne s’épanouissait pas) la déprime complètement, elle qui passe dorénavant son temps chez Weight Watchers. Du coup il y a une nouvelle dynamique intéressante, même si on est bien content de passer un peu de temps chez SCDP. L’affrontement silencieux entre Don & Ginsberg est aussi savoureux que prometteur. C’est marrant, on peut vraiment voir ce dernier comme le pendant masculin de Peggy. De vrais bosseurs. La différence c’est que dans ce monde-là (les années Johnson) l’homme est plus problématique que la femme. Don s’en tire bien, pour l’instant, mais pour combien de temps ? Hâte de savoir où la série nous emmène avec ça.

5.105.10

23/12/19

     Voici un épisode curieux, qui se joue en plein Pearl Harbor day (December 7) dans lequel on va retrouver, par l’intermédiaire d’Harry Crane, Paul Kinsey (oublié depuis la saison 3) égaré chez Hare Krishna. Dans lequel Don ira chez Jaguar avec Joan, qui vient de recevoir une notification de divorce. Dans lequel on retrouve Lane, qu’on n’avait pas vu depuis le début de la saison, qui va arpenter un terrain dangereux : Je ne suis pas sûr que s’il l’apprend, Don lui pardonnera le fait d’avoir copié sa signature pour encaisser un chèque à plusieurs zéros couvrant des dettes fiscales personnelles. Il est donc questions de primes à distribuer ou non. Mais aussi de Mohawk Airlines, qui se met en stand-by et de Jaguar, qui semble promettre monts et merveilles. C’est quitte ou double mais comme on arrive en fin de saison, j’aurais tendance à dire que tout va planter. Reste à savoir comment SCDP va rebondir. Evidemment rien n’est fait. C’est un petit épisode (de transition) pour du Mad Men. Mais c’est évidemment largement au-dessus du lot commun.

5.115.11

24/12/19

     L’ambiance générale de l’agence évolue désormais dans une profonde torpeur. Et ce sont les femmes qui à la fois en paient le prix mais qui restent maîtresses de leur destinée comparé aux hommes figés dans leurs petits secrets (Lane), affrontements polis (Grinsberg/Draper) et machisme répété à peine masqué (Pete). Il s’agit quand même d’un épisode durant lequel les hommes votent pour que Joan se prostitue – Certes pas directement : Ils se mettent d’accord pour lui offrir 5% des actions SCDP en échange de ses services à un gros porc influent de chez Jaguar. Tous sauf Don, qui, appréciant de relever de l’exception, reprend des couleurs. Seulement provisoires, évidemment, puisque d’un côté il est démasqué par Megan qui comprend qu’il ne veut surtout pas qu’elle réussisse en tant qu’actrice. Et son ébranlement sera triple quand il comprendra que Jaguar est dans la poche moins pour ses performances oratoires que pour les services sexuels de Joan, puis lorsqu’il recevra (dans un final bouleversant) la démission de Peggy qui préfère tenter sa chance chez le concurrent, qui lui promet un poste de directrice commerciale. Difficile de savoir où ça va. J’ai l’impression qu’SCDP est redoré grâce au « triomphe Jaguar ». Mais pas certain que tous assument « les causes » ni les réverbérations de ce nouvel éclat.

5.12&5.135.12 & 5.13

26/12/19

     Commissions and fees, l’épisode 12, est un tel chef d’œuvre – l’un des cinq plus beaux qu’ait offert la série depuis son lancement, je pense – qu’enchainer The Phantom le treizième pourtant fulgurant, dans la foulée, fait perdre un peu de sa force à une saison qui aura toutefois été relativement exemplaire.

     C’est quoiqu’il en soit une excellente fin de saison, à la fois hyper mouvementée (le 12, donc) et complètement amorphe (le suivant) qui semble ouvrir péniblement des brèches (Cet agrandissement des locaux de l’agence n’augure rien de cohérent, d’ailleurs chacun se retrouve dans un plan titanesque seul face à sa baie vitrée, c’est terrible) tout en refermant chacun dans sa solitude, qu’elle soit brièvement extatique (Roger, Peggy, Megan) ou carrément déprimante (Don, Joan, Pete). C’est vraiment d’une tristesse folle.

     Mais l’épisode 12 restera sans doute davantage tant il a su faire chevaucher tout cela dans un brio hallucinant, aussi bien la venue de Sally qui s’organise une rencontre avec Glen, les retombées tragiques de « l’emprunt » de Lane (Cette porte de sortie que lui offre Don, et qu’il va saisir à sa façon, mon dieu avec d’abord ce suicide manqué dans la Jaguar, dans la JAGUAR, l’ironie totale, et puis ce fondu enchainé qui le voit allongé dans une tasse de café, la lecture de la lettre…C’est beaucoup pour mon petit cœur, j’adorais ce personnage) et les différents points de rupture frôlés, ici entre Megan & Don, là entre Pete & Beth.

     Points définitivement atteint dans l’épisode suivant, forcément, qui rivalise de grandes idées de mise en scène, notamment lorsque Don laisse Megan à sa répétition, lui tourne le dos jusqu’à ce qu’elle soit minuscule derrière, quasi inexistante. Cette dernière question, ces trois derniers mots, d’une inconnue dans un bar réveillent tout : L’homme à maîtresses, le Don face au néant de sa vie professionnelle (difficile de savoir ce qu’il veut vraiment, s’épanouir ou s’évaporer, grossir ou se barrer) et celui qui s’engouffre vers une solitude de plus en plus visible et inéluctable, vers sa mort – que vient renforcer symboliquement ceux qu’il a « indirectement tués » : le suicide brutal de Lane ainsi que le fantôme de son propre frère.

     Très sincèrement, je me demande si Mad Men n’est pas en train de devenir ma série préférée. Je pourrais d’ores et déjà tout revoir, là.

Sex education – Saison 1 – Netflix – 2019

23. Sex education - Saison 1 - Netflix - 2019A la prochaine étape !

   8.0   S’il y a bien une série sur laquelle je n’avais guère fondé d’espoir – malgré tout le bien qu’on n’avait pu m’en dire, ici ou là – c’est bien celle-ci, ce teen show british. Je n’y croyais pas du tout. Mais passé le sentiment dubitatif provoqué par le pilot en demi-teinte, trop plein, trop provocateur, trop extravagant, il faut pourtant se rendre à l’évidence : Sex education est une merveille de teen show comme on en rêvait. Drôle, émouvant, moderne, frontal.

     C’est en soi déjà une belle réponse à American pie. Dans le film de Paul & Chris Weitz, il s’agissait de savoir si Jim et ses potes allaient oui ou non respecter leur pacte et tremper leur biscuit avant la fac. Dans la série de Laurie Nunn on suivra Otis en espérant qu’il parvienne enfin à se branler. C’est un peu plus complexe que ça, évidemment, mais j’aime bien l’idée de la boucle enclenchée par une masturbation manquée puis réussie : On sort du cadre habituel de la première fois / première baise.

     Otis, seize ans, fils d’une sexologue, vit dans un quartier aisé. Maeve, le même âge, sans parents, vit dans une caravane. Il est transparent, elle est populaire. Il est vierge, on la surnomme « la croqueuse de bites ». Le découvrant en train de donner des conseils à Adam qui est incapable d’atteindre l’orgasme, Maeve va embringuer Otis dans un business assez singulier de thérapie sexuelle au Lycée, en improvisant un cabinet thérapeutique clandestin dans des chiottes abandonnées.

     Chaque épisode – à la manière de Six feet under, avec les morts – s’ouvrira sur un rapport difficile entre deux nouveaux personnages, afin qu’on voit plus tard, l’un ou l’autre, voire les deux, demander les services thérapeutiques de Maeve, qui gère la logistique et d’Otis, qui écoute et conseille. Et très vite, un lien se crée entre eux deux, un lien pratique qui se transforme rapidement en relation plus confidentielle – Ils se confient l’un à l’autre sur leurs problèmes personnels – sorte d’amitié perturbée par des sentiments plus forts, faisant naître un amour impossible in fine assez bouleversant. L’épisode de l’avortement est probablement celui par lequel j’ai compris que Sex education (qui par instants me rappelle le sublime Adventureland, de Greg Mottola ou la non moins sublime série Freaks & geeks, de Paul Feig) et moi, c’était gagné.

     Il n’y en a pourtant pas que pour Maeve & Otis, puisque la série se focalise en réalité sur quatre personnages : Otis, Maeve, Adam & Eric. Adam est le fils du proviseur, c’est un cancre et un tyran solitaire, ayant la particularité d’être généreusement membré. Eric est le meilleur ami d’Otis, il est gay, assume pleinement son homosexualité mais supporte plus difficilement le regard des autres sur son homosexualité. Si ces deux personnages se greffent à merveille à Otis & Maeve, il faudra aussi compter sur beaucoup d’autres, à commencer par les parents (ou le frère, pour Maeve) dont on comprend vite qu’ils sont le reflet de leurs enfants ou la figure tutélaire trop imposante, mais aussi sur Lilly la clarinettiste, Jackson le nageur, Jakob le plombier, Ola la caissière du supermarché. C’est passionnant à tout point de vue. Pour chacun d’entre eux.

      Sex education fait un bien fou. Avec son écriture absolument brillante, ses personnages hauts en couleur, sa maestria à contourner tous les stéréotypes et sa modernité, tout simplement. C’est à la fois très cru et très doux, sale et solaire, suranné et moderne, réaliste et merveilleux, à l’image de l’écrin scolaire et résidentiel dans lesquels le récit évolue ou de ces sanitaires désaffectés. L’imposante colorimétrie n’empêche pas une profonde noirceur.

     Laissons-là décanter, mûrir, traverser le temps, se développer encore, mais pas impossible, si tout se passe bien, qu’on y retrouve une force similaire à celle d’un Freaks & geeks, le plus grand teen show de l’histoire des teen show.

Orange is the new black – Saison 5 – Netflix – 2017

22. Orange is the new black - Saison 5 - Netflix - 2017« Full Bush, Half Snickers »

   4.5   Repousser le visionnage d’une saison et/ou la fin d’une série peut vouloir dire qu’on ne veut pas que ça se termine, que l’on souhaite trouver l’instant propice de la retrouvaille. Il m’arrive ça avec The wire : Je rêve de voir la dernière saison et dans le même temps, j’aime l’idée qu’il me reste toujours une partie de The wire à découvrir. Pour Orange is the new black, que je suivais assidument jusqu’à la diffusion de la quatrième saison, c’est autre chose. J’avais aimé cette saison mais déjà j’y ressentais un essoufflement et la crainte qu’elle ait trouvé son émouvant climax avec l’émeute générale et la mort de l’une de ses détenues phares.

     Trois ans plus tard, alors que la série vient de faire ses adieux après sept saisons, je me lance finalement dans cette retrouvaille tardive. Mais dès les premières minutes, je sens que moi, je suis passé à autre chose. Ce n’est pas le cas de la série, malheureusement, qui n’aura jamais été aussi paresseuse, suffisante, étirant les répercussions de cette émeute soit le siège de la prison par les détenues, sur une saison toute entière. Non, ce n’est pas une blague. Les quatre premiers épisodes vont jusqu’à se dérouler durant la toute première nuit. Si encore on utilisait à dessein cette temporalité resserrée, qu’il y transpirait une vraie sensation de chaos, mais ce n’est jamais le cas. Litchfield fait davantage office de cours de récréation qu’autre chose. Il parait que l’action de ces treize épisodes s’étale sur trois jours, mais on ne ressent jamais cela.

     La série continue de faire comme d’habitude, un épisode centré sur un personnage, où l’on continue de découvrir son passé au moyen de flashbacks, de façon à ce que ça résonne avec l’action du présent. Mais le problème c’est que la plupart de ces flashbacks n’ont aucun intérêt tout simplement parce qu’ils sont écrit par-dessus la jambe. Le cœur n’est plus dans ce qui faisait la force de la série à savoir le développement étoilé. Si encore on était ravi de retrouver Litchfield, mais non. Ca n’avance pas. On fait du surplace. On regarde ça d’un œil lointain, pour ne pas dire éteint et si l’on tient c’est en grande partie car on apprécie encore chacun de ces personnages, quand bien même ils n’aient, pour la plupart, plus grand-chose à raconter. Piper n’est plus que l’ombre d’elle-même – Mais quel intérêt de lui octroyer encore un flashback ? A contrario, Taystee est devenue le vrai personnage pivot, l’héroïne de la saison, ne serait-ce que pour sa colère, sa tristesse et ses prises de positions. C’est elle qui tient ici le visage de la révolte.

     Heureusement les deux derniers épisodes sont meilleurs, ils sauvent un peu les meubles. Mais c’est un peu tard. Bref, je ne m’étais pas trompé : La fin de la saison 4 marquait un vrai tournant, dramatique, créatif. Le reste ne serait plus que du remplissage – J’espère me tromper, évidemment et retrouver Litchfield en pleine forme. Je verrai les deux saisons restantes à l’occasion, mais bon, la série est clairement passé de « J’aime bien, mais ce n’est pas une priorité » à « Si vraiment y a rien d’autre à faire ». C’est triste.

Stranger things – Saison 3 – Netflix – 2019

20. Stranger things - Saison 3 - Netflix - 2019Do you copy ?

   6.0   Mon intérêt pour cette série va déclinant – effet de surprise évaporé, sans doute – néanmoins je continue d’y retrouver parfois les bribes, certes un peu vaines, d’un plaisir nostalgico-régressif. Je retrouve cela notamment avec un duo, bientôt improvisé quatuor, en pleine tentative d’espionnage après avoir déchiffré un code russe. Une trajectoire qui s’inspire encore et toujours des Goonies – La trouvaille d’une carte au trésor – et qui se déploie très bien au contact de ces simples vendeurs de glaces. On sort du cadre bestial, horrifique pour tomber dans quelques chose de plus léger encore que la sauce habituelle Stranger things, qui a le mérite de mettre en avant deux nouveaux personnages, féminins, Robin & Erica, incarnées par Maya Hawke & Priah Ferguson, soient celle qui vend des glaces et sa plus fidèle cliente (la petite sœur de Lucas) qui les mange. Elle apporte autant de sang neuf que de jeunesse adéquate et naïve. Ceci étant, si cette saison fonctionne globalement moins bien, c’est aussi parce que son petit groupe, ce noyau formé par Dustin, Lucas, Mike & Will, a grandi. Perdu en fraicheur. C’est comme si Brand était moteur dans Les goonies, en somme. Non, il faut que ça reste des gamins, que ce soit eux qui gardent à la fois le pouvoir et la volonté candide. Sauf que ces gamins n’ont plus l’âge de Choco, Data & Mickey : C’est un peu moins efficace, disons. Ce qui en revanche est très intéressant et rehausse mon jugement, c’est que la série en a pleinement conscience. Ainsi, ses jeunes personnages tentent plusieurs fois de rejouer à Donjons & Dragons comme avant, mais ça ne fonctionne plus. Ils sont devenus des adolescents, avec d’autres aspirations, qui se nomment évidemment Eleven, Max et Suzie – Ce climax avec les chiffres de la constante de Planck que Dustin lui soutire en chantant Neverending story, c’est magnifique. Une belle transmission se joue dans le dernier épisode lorsqu’ils finissent par offrir leur jeu à la jeune Erica – qui aura espérons-le un rôle aussi déterminant à jouer dans la saison suivante – comme Bonnie supplantait Andy dans Toy Story 4 après qu’il lui ait transmis ses jouets. Il faut des petits pour convier les grands, c’est la base solide de Stranger things depuis le début : Gamins, ados, adultes réunis contre le monstre. Les charmes de la série s’amenuisent, certes, mais ça reste un idéal blockbuster estival.

Mad Men – Saison 4 – AMC – 2010

4.01&02&034.01, 4.02 & 4.03

27/11/18

« Qui est Don Draper ? »

    Cette saison s’ouvre sur ces mots, prononcés par un journaliste, venu pour interviewer Don Draper, qui ne se livrera évidemment pas, mais dira que l’intégralité de son temps sert à la croissance de l’entreprise. Ça manque de glamour, ce que l’article n’oubliera pas de mentionner, faisant par la même occasion une pub assez ingrate pour la firme.

     Thanksgiving approche et sa suite logique : Noel, puis le nouvel an. Si on avait laissé la série au lendemain de l’attentat de Kennedy, on comprend rapidement que ce n’est pas 1963 qui s’achève ici mais 1964. Mad Men s’est encore permis une ellipse. Une année durant laquelle une nouvelle agence répondant au nom de SCDP (pour Sterling, Cooper, Draper & Pryce) a vu le jour et vit depuis un danger permanent puisque les actionnaires ne cesseront de le répéter durant ces trois premiers épisodes : les deux/tiers du chiffre concerne le dossier Lucky Strike. Surtout depuis que Draper envoie bouler ceux qui refusent son audace, je vais y revenir.

     Qui dit nouvelle agence, dit nouveau décor. C’est d’abord très déstabilisant : ça manque de stores vénitiens, de moquette dans le bureau de Cooper, d’une grande pièce carrée centrale cernée par les bureaux vitrés individuels, mais on va vite s’y faire, d’autant qu’on retrouve bientôt les festivités d’antan, les danses endiablées, les déguisements, les cadeaux. On retrouve aussi Freddy, qui revient avec un portefeuille à 2M.

     Mais le premier épisode est surtout l’occasion d’effectuer une passionnante mise en abyme par l’intermédiaire de Don : Suite à une interview désastreuse pour son image, il ira jusqu’à remballer des clients pudibonds avant de se racheter en revendiquant ses ambitions et en se dévoilant davantage à un journaliste du Times. Le message est clair : C’est une promesse, les créateurs annoncent que Mad Men ne se reposera pas sur ses lauriers. Tant mieux, attendons de voir, maintenant.

     Avec Betty tout cela ne s’est pas arrangé, bien au contraire. Ils vont se croiser deux fois durant l’épisode 2, la première lorsqu’il vient chercher les enfants pour le week-end, la seconde lorsqu’il lui redépose. Leur relation semble tellement loin, maintenant. C’est à peine s’ils se regardent pour chaque remarque qu’ils s’envoient. La série aura finalement choisit tout l’opposé de ce à quoi des aveux promettent : depuis que Don a révélé à Betty sa véritable identité, elle s’est définitivement éloigné. Il s’est ouvert pour rien.

     Quant au dernier épisode de 1964, on y voit essentiellement Don alors qu’il effectue un voyage professionnel vers Acapulco, faire une escale en Californie pour aller visiter Mme Draper, la vraie, dont il apprendra, par l’intermédiaire de sa sœur qui préfère lui cacher la vérité, qu’elle est mourante. Le monde s’ébranle sous Don. On comprend (et il le dira lui-même) que cette relation était bien plus que ce qu’elle laissait apparaître : Don avait besoin de la présence de cette femme. Ces voyages lui permettaient de desserrer la cravate et de redevenir celui qu’il est, dans le fond. De redevenir Dick Whitman.

4.04&054.04 & 4.05

22/09/19

Inutile de revenir sur le trou béant qui sépare mes visionnages des épisodes 4.03 et 4.04. Il n’y a pas d’explication. Ou si : J’avais soudain perdu l’envie de lancer du Mad Men, c’est aussi simple que cela. Peut-être que le 4.03 faisait office de fin de quelque chose pour moi. Qu’importe. Ces temps-ci je pensais beaucoup à Mad Men, donc c’est reparti.

     Cet échange de regards entre Peggy & Pete qui clôt l’épisode ajoute un supplément de mélancolie à ces quarante-cinq minutes qui n’en manquaient pas. La vie de ces deux-là, qui auraient jadis pu finir ensemble, ne résonne plus qu’en oppositions, désormais. Pete apprend qu’il va être papa. Il l’apprend du père de Trudy tandis qu’il était sur le point de lui dire qu’ils arrêtaient la collaboration avec Clearasil. Quant à Peggy, sa rencontre avec Joyce incarnée par Zosia Mamet, la sublime Shoshanna de Girls, l’embarque dans une fête warohlienne (au doux son d’un Velvet underground-like) où elle fera la rencontre d’un rédacteur branché plutôt sensible à ses charmes. Affaire à suivre. On apprend par ailleurs la mort de Malcolm X, on peut donc en déduire que les faits se déroulent en février 1965. A noter aussi que ce bel épisode est réalisé par John Slattery.

     « Je ne sais pas m’en occuper. Je suis soulagé quand je les ramène. Et après ils me manquent » : Cette phrase de Don, au sujet de sa culpabilité à propos de l’éducation de ses enfants déchire le cœur, une fois de plus. Voici un épisode « The Chrysanthemum and the Sword » qui marie l’intimité des parents Draper, au téléphone ou chez la psy, leur discorde au sujet de leur fille Sally, qui, en plein rejet de l’ordre, des modèles, de l’éclatement familial à moins qu’il ne soit simplement question d’entrée dans l’adolescence, en profite pour se couper les cheveux et se masturber publiquement, avec le débat japonais chez SCDP à propos d’une potentielle signature de Honda : Roger Fait beauf-barrière puisqu’il est resté bloqué sur le « différend » de la seconde guerre mondiale. A moins qu’il ne jouisse de mettre des bâtons dans les roues de Pete. Je peux le comprendre. Episode absolument génial.

4.06&074.06 & 4.07

01/10/19

Un flashback surprenant fait irruption dans les premières minutes de « Waldorf stories » le sixième épisode de cette quatrième saison. Il va nous raconter la rencontre entre Roger Sterling et Don Draper quand le premier vient récupérer une fourrure pour Joan, dans le magasin du premier. C’est un épisode qui renforce, si besoin était, la ténacité de Don malgré les apparences. Il fallait en effet beaucoup de sang-froid pour affronter cet homme qui lui fait signe qu’il a de l’avenir dans la publicité avant de le renvoyer platement à sa fragile condition. Il lui en faudra là aussi pour affronter à nouveau Roger qui souhaite faire entrer le fils d’un oncle qui n’a semble-t-il pas vraiment le profil (recherché par Don) pour faire partie de la boite, d’autant que son book est rempli de gentils plagiats. Et il lui en faudra encore davantage lorsqu’il devra tenir, encore bourré de la cérémonie de récompense de la meilleure publicité, sa réunion autour du slogan d’une entreprise de céréales. Mais c’est aussi le moment de montrer combien la ténacité de Don a ses revers de médailles, ne serait-ce que dans le récit que fait Peggy d’une pub qu’elle a créé et qu’il s’est accaparé en modifiant un simple détail, sans jamais la remercier. Et si la série nous disait que Don devient Roger ? C’est aussi ce qui témoigne de la jalousie de Roger pour Don, qui rappelle qu’il n’y a pas de récompense pour son travail. Si Mad Men en gardait indéniablement sous le pied pour l’épisode à suivre, toute la séquence où Peggy est cloitrée (nue) à l’hôtel avec Stan pour chercher les meilleurs slogans, est un pur régal.

     « The suitcase » se déroule un 25 mai. On le sait pour deux raisons. Tout d’abord parce que c’est l’anniversaire de Peggy. Ensuite parce que c’est le jour du match de boxe historique entre Ali & Liston : Le 25 mai 1965. Pendant que la plupart des employés SCDP a filé voir le combat en question, Peggy – qui a pourtant un rendez-vous galant avec son petit ami, sans soupçonner que c’est un diner de famille qui l’attend – se retrouve coincée au bureau par Don qui lui impose de trouver le meilleur slogan Samsonite. Et c’est aussi un combat qui attend la pauvre Peggy. Les mots de Don seront parfois très durs, avant que tout finisse par retomber dans une ambiance beaucoup plus alcoolico-mélancolique. Car c’est une journée spéciale pour lui aussi, un épisode qui le verra repousser un coup de téléphone terrible et boire ad nauseam pour oublier d’avoir à passer ce coup de téléphone terrible. Et pendant qu’Ali met KO Liston en quatre-vingt-dix secondes sur le ring, Duck Philipps bourré, reviendra mettre son bourref-pif à Don, bourré aussi, sous prétexte que Peggy ne veuille pas le suivre dans sa volonté d’émancipation professionnelle parallèle. C’est un épisode dans lequel Don ira vomir, sa tristesse et la boisson. Un épisode où il finira par s’effondrer sur Peggy puis éclater en sanglots devant elle, avant de finir par trouver, le lendemain, le slogan idéal qu’il recherchait, en le combinant à la Une sportive. Une fin d’épisode qui verra Don choisir de laisser la porte ouverte, une fin à double signification : Son cœur est ouvert, béant de tristesse mais pourtant il s’est ouvert à Peggy, qui dans un sublime moment de transmission spirituelle (Le fantôme d’Anna qui traverse le bureau, c’est somptueux) pourrait être celle qui connaîtra Don, Dick donc, aussi bien que cette mère spirituelle qui s’en est allé. C’est déchirant. J’ai terminé en miettes. Officiellement l’un des trois plus beaux épisodes de la série, toute saison confondue. 

4.08&094.08 & 4.09

17/10/19

C’est un épisode qui marque un tournant – Rien d’étonnant en soi, après l’épisode précédent. Don semble avoir vieilli, dans sa façon d’observer les autres, mais aussi de tousser après quelques longueurs de piscine. Et sa voix, en off, accompagne ces quarante-cinq minutes, une première que de le voir se confier dans un journal intime. Si ça peut sembler perturbant au premier abord, là aussi on peut mettre en lien ce besoin d’écrire avec le douloureux départ d’Anna : Don n’a plus personne à qui se confier.

     Aussi, cet épisode est marqué par l’idée du fossé. Entre les hommes et les femmes, entre les créateurs et les secrétaires. Et entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, pour reprendre les termes de l’amie de Betty qui lui rappelle que sa vie est probablement plus belle que sa vie à lui. Pourtant c’est l’ambiguïté qui domine. Comme lorsqu’ils se croisent au restaurant. On ne sait pas bien si Betty dit détester Don parce qu’elle ne supporte pas de le voir impuni ou si, quelque part, elle le regrette. C’est troublant. Le « We have everything » qu’elle lâche en posant un baiser à Henry ressemble beaucoup plus à une volonté d’auto-persuasion qu’à une prise de conscience que la pseudo certitude de son ton laisse paraître.

     A noter que nous sommes arrivés à l’été 65. Et pour la première fois, il me semble on y évoque assez clairement – et à plusieurs reprises, dans les discussions ainsi qu’à la télévision – le Vietnam.

     « The beautiful girls » joue davantage sur un  terrain conceptuel, puisque c’est un épisode quasi entièrement féminin, qui se clôt d’ailleurs sur un très beau plan dans un ascenseur captant les trois regards forts, chacun dans une direction, de Joan, Peggy & Faye que nous avons méticuleusement suivies quarante-cinq minutes durant : Trois femmes actives aux trajectoires bien différentes. Trois femmes dont on peut clairement douter qu’elles puissent partager quoique ce soit de plus un jour.

     Les prémisses de ces scissions étaient lancées dans l’épisode précédent, lorsque Peggy prenait la défense de Joan, en virant Joey, avec autorité, mais se heurtait à la colère froide de Joan, qui ne supportait pas d’être prise pour la petite secrétaire qu’il faut défendre, d’autant qu’elle est obnubilée par sa tristesse de voir partir son homme au Vietnam.

     Curieux épisode qui d’une part verra débarquer Sally en pleine fugue – J’ai toujours eu un faible pour les instants où Sally et Don passent du temps ensemble dans Mad Men – et qui verra mourir Miss Blankenship. Et en son absence c’est Megan, la réceptionniste, qui s’impose. Elle semble s’occuper de tout et de tout le monde, du cadavre d’une secrétaire et de la tristesse de la fille de son patron. Comme si elle forçait son entrée. C’est très beau. C’est la première fois, véritablement, qu’on « voie » ce personnage. Qu’elle existe. M’est avis qu’on la reverra davantage.

4.10&114.10 & 4.11

30/10/19

Que dire si ce n’est que j’ai encore l’impression d’avoir assister à un épisode somptueux, charnière, puissant, avec « Hands & Knees » qui fait le pari de mettre à genoux trois de ses actionnaires, de façon aussi violente qu’imprévue. Lane tente de présenter sa petite amie, une serveuse noire du Playboy club, à son père, mais ça ne se déroule pas comme il l’escomptait. Don se voit persécuté par des officiers de police à cause d’une réhabilitation de sécurité demandée par un de leurs clients, ce qui menace la dissimulation de son identité et son secret de désertion et le pousse (« Je suis fatigué de tout cela » dit-il)  à tout révéler à Faye, quand il échappe à une énorme crise de panique sous les yeux de la jeune femme, et demander à Pete de noyer le poisson auprès de ses contacts en plus de virer son nouveau budget à 4 millions, un peu trop scrupuleux. Quant à Roger, il apprend d’une part que Joan est enceinte et que ça le concerne directement puisque Greg est au Vietnam, d’autre part qu’il perd Lucky Strike : Dans les deux cas, il n’y peut rien. Cette fois, son charme blagueur et ses jolis chèques n’y feront rien, American Tobacco et Joan sont libres. Superbe scène de retour en bus pour Joan, une sorte de plan à la Edward Hopper, complètement suspendu, à la fois déchirant et mystérieux. C’est un épisode tout en tension, mais ce qui frappe c’est la direction artistique. Mad Men est souvent irréprochable sur ce point, mais lorsque chaque plan est à ce point extraordinaire, il faut le mentionner. J’avais l’impression d’être dans un film de Todd Haynes, quarante-cinq minutes durant, jusque dans les moindres détails : La robe de grossesse de Trudy, nom de dieu. Le film s’en va sur « Do you want to know a secret », des Beatles, car oui, la bonne nouvelle de cet épisode pour Don, c’est qu’il récupère deux places pour aller voir le groupe britannique avec Sally. Que dire de plus, devant tant de perfection, franchement ? D’autant que l’épisode suivant, efficace, marque les conséquences de tout cela, tout en faisant entrer dans le jeu celles qu’on avait oubliées dans la danse : Peggy, en pleine love story et Megan, qui confirmation, s’impose tellement vite dans le récit (standardiste puis secrétaire remplaçante de Mme Bkankenship, elle désire à l’avenir, dit-elle ouvertement, faire ce que Peggy fait) qu’elle tombe déjà dans les bras de Don. Quoiqu’il en soit, une odeur de fin du monde s’est installée une nouvelle fois dans l’Agence. Elle s’est relevée d’impasses mais celle-ci semble bien gratinée. Et on va pas se le cacher, on est un peu inquiet pour Roger.

4.12&134.12 & 4.13

08/11/19

     Que de bouleversements dans ce season finale. Enfin dans ces deux derniers épisodes, en fait, tant ils se complètent brillamment. Déjà dire que je ne m’attendais pas, quatre épisodes en arrière – quand je disais qu’on allait sans doute davantage voir Megan – à ce qu’elle et Don soient fiancés pour la fin de saison. Tout est un peu trop rapide, au même titre que le déménagement de Betty & Henry (Et fatalement leurs enfants, Sally est inconsolable) – Ce dernier verre de fortune qu’elle partage avec Don dans la cuisine déserte, juste avant l’arrivée de l’agent immobilier : Magnifique. Ou le retour éphémère et intéressée de Midge (la belle Rosemarie DeWitt, qu’on n’avait pas vue depuis quand, la première saison ?) qui ne peint plus que pour payer ses doses d’héroïne. Ou le congé brutal de la bonne Carla : C’est fou ce que j’ai pu aimer Betty, jadis, tant son égocentrisme capricieux m’agace profondément maintenant. Ou les licenciements en masse chez SCDP (Cette réplique d’ores et déjà cultissime de Roger : « Well, I’ve gotta go learn a bunch of people’s names before I fire them ») accompagnés du départ précipité (m’étonnerait que ce soit définitif, quand même) de Bert Cooper, après la publication non moins soudaine de la lettre de Don contre l’industrie du tabac. Tout est à l’image de Sterling, Cooper, Draper & Pryce au sein du monde publicitaire : Pris dans un étau à la fois salvateur et dangereux provoqué par un monde en pleine mutation. Les temps changent vite, et pourtant il y a de la lumière dans cette fin de saison. Sur Don, notamment – Même si le virage (Megan) est suspect, un peu trop impulsif alors qu’il était en train de construire quelque chose de solide et franc avec Faye. Il y a du Two lovers dans l’air, là-dedans. Lumière aussi sur Joan, promue. Et sur SCDP, aussi, grâce en partie à Peggy, à la lettre de Don et à la complicité subtile entre lui et Pete. Les deux derniers épisodes de cette saison, « Blowing smoke » et « Tomorrowland » sont respectivement réalisés par John Slatery (Il en fait pas mal, in fine, faut bien qu’il compense la paresse de son personnage, j’imagine) et Matthew Weiner, himself. Deux merveilles narratives et esthétiques, qui parachèvent une saison frôlant la perfection.

Sense8 – Saison 2 – Netflix – 2017

12. Sense8 - Saison 2 - Netflix - 2017I feel you.

   9.5   Dans un premier temps, il faut raconter le pourquoi de cette découverte différée, puisque voilà deux ans que cette seconde et dernière salve fut mise en ligne. La première saison restait à mes yeux (à priori pas hyper wachowskiens) l’une des plus belles, intenses, réjouissantes et surprenantes choses vues dans l’univers sériel. Je ne m’en suis pas remis. J’y pense chaque jour. Sans doute car elle condense à elle-seule toutes les autres séries qui comptent dans mon cœur : L’émotion sidérante de The Leftovers, l’intensité chorale de Urgences, la légèreté contagieuse de Friends, le cosmopolitisme tentaculaire de The Wire. Et bien entendu, le meilleur pour la fin : La pluralité vertigineuse de Lost.

     J’exagère sans doute un peu, qu’importe, dans chacune de ces œuvres je vis, je respire, je tremble pour les personnages. Dans chacune d’elles j’aime infiniment l’univers, le décor au sein duquel ces personnages évoluent. Et leur tenue formelle, aussi opposée l’une de l’autre puisse-t-elle être, me semble entrer en parfaite adéquation avec le récit, les personnages et le décor dans lequel tout cela se mélange. Et si je peine à – pour ne pas dire « je fuis à l’idée de » – finir c’est probablement car dans l’idée de « fin » il y a celle de la « mort ». Et on a tous peur de mourir, forcément. Je n’ai pas encore vu l’ultime saison de The Wire, tiens.

     La mise en ligne de la deuxième saison de Sense8 fut accompagnée d’un « drame » terrible : l’annulation de la série, pure et simple, sans sommations. J’en aurais chialé. Du coup, j’ai longtemps préféré resté sur cette fin suspendue, avec ce merveilleux goût d’inachevé, plutôt que de risquer de voir quelque chose de bâclé, surtout quelque chose qui allait se finir, faire ses adieux, alors que la première saison, du haut de ses dix épisodes, semblait servir d’introduction prometteuse à un « livre » gigantesque. Je savais qu’on avait finalement accordé aux Wachowski la possibilité de clôturer la série par un épisode final en forme de long métrage, mais rien n’y faisait, je préférais garder la possibilité d’y jeter un œil sans le faire. La laisser là, inachevée, dans un coin du grenier. Jusqu’à maintenant. Comme une envie de pisser. Plutôt : Jusqu’à découvrir tardivement les deux derniers volets de Matrix et songer à prolonger un peu ma plongée dans l’univers Wachowskien que je réhabilite fortement à la hausse.

     Mais pourquoi diable ai-je tant trainé ? Car c’est fabuleux. C’est au-delà de mes attentes, vraiment. Quelle excitation, quelle émotion de retrouver « notre famille » : Sun, Capheus, Nomi, Will, Riley, Wolfgang, Kala & Lito. Je les aime tellement, ces huit personnages-là. Mais ça ne tient pas qu’à eux, bien sûr, c’est un ensemble, de ceux qui ne font que passer, aux bad guys, et bien entendu les personnages récurrents aussi géniaux que les principaux : Amanita, Bug, Mun, Rajan, Felix, Hernando, Daniela, Diego. J’en cite huit, c’est parfait. On aimerait tant les voir aussi évoluer dans un cercle ceux-là. Et qu’importe les intrigues pourvu qu’on ait les relations entre ces personnages, ces chassés croisés savoureux, cette fluidité des apparitions, disparitions, changement de lieux, interventions des uns dans le quotidien des autres. La jubilation est permanente tant on sent la liberté des auteur(e)s à son paroxysme dans ce récit tentaculaire. C’est une saison qui pousse les potards au max. Plus foisonnante, elle entrechoque tout et toujours au moyen d’audaces formelles toujours plus folles. Elle est aussi l’occasion de rencontres réelles, géographiquement parlant. C’est Will & Riley qui expérimenteront cela les premiers, avant que ça ne devienne coutumier et tellement excitant, et ce d’autant plus lorsque ce sont les personnages secondaires qui rencontrent en vrai ceux qui appartiennent au cercle et qui n’étaient jusqu’ici que des noms et des facultés, des personnages sans visage.

     Si la première saison prenait le temps de raconter le quotidien de ces huit personnages et leur rencontre au sein de ce cercle psychique, prenait le temps de les voir apprendre à vivre ensemble tout en étant traqué par ce mystérieux Whispers, membre d’une organisation secrète visant à les faire disparaître, comme il parvint à le faire avec leur mère (Angelica aka Darryl Hannah) ou à les manipuler comme il le fait avec d’autres (Jonas aka Naveen Andrews aka Sayid dans Lost) la seconde pourra pleinement se libérer et lâcher les chevaux, trouver le délicat équilibre entre la tension et l’humour, l’action et l’émotion. Les scènes de combat sont plus jouissives dans la mesure où notre cercle maitrise dorénavant ses pouvoirs, élabore des stratagèmes afin de les mettre en place et sait qu’il doit intervenir au moment opportun, à l’image de ce moment hilarant qui voit Wolfgang dans le corps de Lito se battre avec le mec de Daniela, qui la séquestre sous la menace de révéler au monde les tendances gay de Lito. Si ce dernier doit apprendre à assumer son coming out, Kala, de son côté, se retrouve dans une situation embarrassante, amoureuse de Rajan mais « physiquement » éprise de Wolfgang, qu’elle peut visiter à tout moment : Sublime moment de retrouvaille qui la voit dans les bras de l’un et de l’autre au même instant.

     C’est aussi une grande série parfaitement de son temps, comme Matrix était un film du sien. Les Wachowski parviennent à saisir quelque chose du flux multiple, simultané et violent qui anime le XXIe siècle comme jamais on n’avait pu le voir sur un écran jusqu’à maintenant. L’information instantanée, la récupération politique, la mondialisation, l’individualisme, tout transparait dans cette deuxième saison qui capte les dérives de notre monde, le danger et la cruauté logés dans chaque recoin de la planète, pour ne pas dire chaque recoin de notre conscience, tout en préférant garder l’effet d’un antidote, faire l’éloge du collectif, de l’amour et du sexe, plutôt que de se morfondre dans un truc cynique et sinistre.

     Sense8 c’est la série bienveillante par excellence : le triomphe de l’humain et de la différence. C’est une série que j’adore à en pleurer, je me rends compte. Qui me fait un bien fou, à ranger dans le même sac que ces nombreux films médicaments. Une série qui plonge dans tous les genres, le fait avec une énergie, une amplitude et parfois même un mauvais goût assumé absolument réjouissant. L’épisode final de 2h30 offert aux fans en guise de conclusion (après l’annulation) est une merveille totale : Aussi frustrant (On en aurait voulu tellement plus) que déchirant.

Godless – Mini-série – Netflix – 2017

19. Godless - Mini-série - Netflix - 2017Avant le calme, la tempête.

   7.5   Godless reprend tous les codes du western tout en délivrant un récit multiple passionnant, faisant se chevaucher la cruauté de son contexte (Une ouverture terrifiante) et l’ambivalence de chacun de ses personnages. Il n’y a que ce format (série) qui permet de ratisser si large, de suivre suffisamment chacun d’eux et comprendre ce qu’ils traversent. D’autant que Scott Franck – scénariste de Minority report et Logan – ici créateur, scénariste et réalisateur, est appliqué, respectueux mais pas ronronnant pour autant. Il y a par ailleurs une liberté totale dans la gestion du temps de diffusion, avec ces sept épisodes oscillant entre quarante et quatre-vingt minutes.

     Ce qui saute vite aux yeux ce sont surtout les très beaux rôles féminins, puisque c’est aussi le sujet, le cœur de Godless : LaBelle, où se réfugie Roy Goode, hors-la-loi blessé recherché par son mentor qu’il a trahi, est une bourgade du Nouveau Mexique qui a jadis perdu ses hommes dans un tragique accident minier. Ce qui en fait une ville minière gérée par des veuves. Et si leur histoire peut d’abord sembler parallèle à celle de Griffin & Goode, c’est leurs terres à ces dames de La Belle, qui sera le théâtre d’un règlement de compte final sanglant. C’est sans doute un peu trop téléphoné, d’ailleurs, un peu trop attendu pour agir en miroir du cruel carnage introductif.

     C’est donc aussi le récit d’un duel : Une banale histoire de trahison d’un fils à son père adoptif, donc la mise en marche d’un jeu de cache-cache et d’une vengeance sanglante. Mais c’est en dressant le portrait de villes et ranchs que ces deux-là traversent et donc de multiples très beaux personnages, que la série va s’extirper de cette banalité. Et gagner en fulgurances intimes ce qu’elle perd en promesses sociologiques : La menace de La Belle par le représentant masculin d’une compagnie minière est vite évincée par exemple.

     Au rayon des beaux personnages masculins, on retient surtout ce shérif maudit, qui rumine la mort de sa femme en couche, et qui est bientôt terrifié par une cécité naissante. Personnage magnifique. Il y a ce hors-la-loi sans scrupule qui ne se protège presque plus – ni dans une rencontre inopinée, ni dans un règlement de compte, ni sous une pluie de balles – sous prétexte qu’il a vu sa mort et sait que c’est pas encore son heure. Jeff Daniels campe ce méchant absolument parfait. Aussi charismatique qu’il est monstrueux.

     Il y a certes les ombres de Ford, de Léone, de Peckinpah, d’Eastwood, peut-être même celle de Deadwood, qui planent sur elle, mais Godless parvient à trouver son propre rythme et son identité. C’est un peu confus au début puis le récit s’imbrique à mesure que les personnages s’ouvrent, mais aussi au moyen d’une superbe utilisation des flashbacks, judicieusement disséminés, jamais ostentatoires. Ainsi qu’avec une attention particulière au quotidien de chacun, aux villes minières, aux ranchs isolés, aux déplacements des hors-la-loi. Toutes les scènes avec les chevaux, il y en a un sacré paquet, sont magnifiques, on sent que c’est une priorité de Scott Franck.

Vernon Subutex – Saison 1 – Canal+ – 2019

18. Vernon Subutex - Saison 1 - Canal+ - 2019Ses (meilleurs) copains.

   6.5   Etrange sensation que celle de trouver une série passionnante sitôt qu’elle évolue dans une construction en perpétuel recommencement sinon en circuit fermé, mais plus déceptive dès l’instant qu’elle brise cette structure. J’imagine qu’on peut renverser l’argument et apprécier le vent de liberté qu’elle s’offre dès qu’elle sort du cadre très programmatique de départ. Sur le papier, oui. Mais dans les faits ça ne fonctionne pas très bien, il me semble. En gros, dès que Subutex vire clochard parce que plus personne ne peut l’accueillir, je décroche. Sans doute parce que c’est le moment où tout le monde le recherche et que j’ai du mal à y croire. Je regrette l’attachant loser condamné à errer d’un hôte éphémère à l’autre. Qu’importe, tout le début qui narre de façon certes très cousue mais non moins jubilatoire ses retrouvailles variées avec d’anciennes connaissances de sa vie de disquaire branché a ceci de très figé que chaque épisode se ferme sur sa fuite et/ou sa mise à la porte, bref une tabula rasa permanente, dans l’attente de la prochaine retrouvaille, comme si chaque épisode pouvait exister indépendamment. C’est programmé pour se casser, pourtant on y croit à tous les coups, avec Alex, puis Xavier, Emilie, Sylvie ou Gaëlle. Sans doute parce qu’il y a aussi deux rencontres qui apportent une douce respiration à ces retours de fantômes un peu mouvementés. Deux rencontres qui elles-aussi s’évaporent aussi vite qu’elles sont apparues.

     Aucune idée de comment ça se déroule dans les bouquins de Virginie Despentes (j’avoue avoir très envie de les lire, maintenant) mais la super idée de la série c’est qu’elle ne s’intéresse pas qu’à Romain Duris. Car Subutex vie aussi, d’abord de façon très lointaine puis bientôt très directe, à travers une autre histoire parallèle, parce qu’il est bientôt doté de cassettes importantes contenant un éventuel (Dans un running gag génial de quête de caméra DV il ne parvient pas vraiment à les regarder donc à fortiori nous non plus) testament qui pose apparemment problème à un producteur de cinéma cocaïno-despotique qui n’hésite pas à engager la cavalerie pour réparer ses erreurs ou faire disparaitre les menaces qui pèsent sur lui. Cette cavalerie c’est La Hyène, géniale Céline Salette qui prend bientôt sous son aile la jeune recrue Anaïs, délicieuse Fishbach, révélation pour moi. Ce duo devient le cœur de la série, celui qui se construit de façon brinquebalante mais se construit et compense les éternelles portes dans la tronche encaissées par Subutex. Malgré une légère retombée sur ses deux derniers épisodes, plus éclatés, moins bien agencés, la série conserve une tenue, un rythme exemplaire et des supers morceaux musicaux tout du long. Quant aux interprétations, qu’elles soient ou non cabotines (Laurent Lucas, Florence Thomassin en tête) elles sont excellentes. Même sur un registre court on s’en souvient : Olga la clocharde, Kiki le trader. Et puis donc, le plus important à mes yeux, derrière cette quête de « copains d’avant » il y a une histoire d’amour un peu insolite (et une déclaration magnifique) et qui à elle seule mériterait qu’on retrouve la série pour une seconde saison.

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