Archives pour la catégorie Séries

Fleabag – Saison 1 – BBC Three – 2016

30Girl.

   7.0   Dans la lignée de Girls, Master of none ou Atlanta, voici un nouveau portrait de trentenaire, cette fois-ci purement british puisque c’est à Londres que l’on va suivre les pérégrinations de la belle Phoebe Waller-Bridge (qui comme ceux suscités (Lena Dunham, Aziz Ansari, Donald Glover) écrit et incarne le premier rôle) sur six épisodes d’à peine trente minutes. C’est pourtant à une autre série que l’on pense devant Fleabag, plus chronique de quarantenaire pour le coup, à savoir Louie, la création new-yorkaise déjà mythique de Louis CK, autant dans son humour trash que dans sa façon de jouer avec les codes de l’absurde, de l’inattendu (On ne sait jamais où un épisode va nous embarquer) et tout simplement des codes mise en scénique qui irriguent habituellement ce type de show. Dans Louie, un tiers de la série voyait le personnage dans l’exécution de ses stand-up. Dans Fleabag, Phoebe Waller-Bridge choisit de s’adresser très régulièrement à nous (On fait clairement office de confident thérapeutique façon défouloir) donc à la caméra. Par exemple, lorsqu’un moment donné Fleabag (C’est son surnom) prend le métro, elle observe les gens, tous recroquevillés dans leur bulle, écouteurs dans les oreilles et de façon inexplicable, chacun se met plusieurs fois, en même temps, à exploser de rire, puis à retrouver son silence, puis à exploser de rire à nouveau. Phoebe Waller-Bridge nous prend alors à parti et lâche un : « I think my period’s coming ». C’est souvent de ce niveau, parfois plus doux, souvent plus trash. Le temps d’un épisode j’ai craint de vraiment détester ce truc arty, égocentrique et cynique. Force est de reconnaître que dès l’épisode suivant, on se surprend à s’attacher à cette fille hautaine et dépressive, avant de carrément adorer cette insatisfaite sexuel qui tente de combattre son double deuil et la galère dans laquelle son café (qui n’attire pas grand monde) l’a emmené. Dès que la sœur entre dans la danse, le problème est similaire, il faut un  temps d’adaptation avant que ça ne devienne absolument génial, notamment le temps d’une cure qui tourne au fiasco, puis dans un repas familial un tantinet over the top. Le dernier épisode est somptueux et bouleversant. Hâte de la retrouver !

Casual – Saison 1 – Hulu – 2015

15     4.0   C’est une création Hulu réalisée entre autre par Jason Reitman (qui en est aussi le producteur exécutif) et c’est tout à fait dans la lignée de ses films (Thank you for smoking, Juno, In the air – Après j’ai arrêté) que je n’aime déjà pas beaucoup, pour rester poli. La série se suit sans déplaisir mais à trop vouloir afficher la marginalité de ses personnages en pleine crise existentielle au cube (La mère psy en plein divorce, le frère célibataire paumé, l’adolescente trop mûre) il perd de vue leur véritables obsessions et plonge régulièrement dans un cynisme embarrassant ou des folies de scénariste un peu fabriquées, couplé à des dialogues souvent trop écrits. J’étais parti pour enquiller sur la deuxième saison mais finalement je passe mon tour.

Atlanta – Saison 1 – FX – 2016

04. Atlanta - Saison 1 - FX - 2016Am I black enough for you ?

   6.5   Atlanta conte l’histoire d’Earn, trentenaire, ancien DJ au chômage, père d’une petite fille,  plus ou moins séparé de sa petite amie chez qui il squatte, oublié par ses parents. Lorsqu’il apprend qu’un cousin obtient la popularité grâce à l’un de ses titres de rap balancé sur le net, il lui propose de devenir son manager. Parce qu’en un sens, malgré les désillusions éternelles, le rêve américain, lui, existera toujours.

     Si je suis moins enthousiaste que l’avis général je trouve que c’est une série tout à fait pertinente, sur la condition afro-américaine dans l’Amérique pré Donald Trump, plus poussée qu’un Moonlight par exemple tant ça ne vise pas seulement à aborder son espace sous le seul angle de la sexualité. On a là quelque chose de plus instinctif que le film de Barry Jenkins, qui me parait un peu trop exister pour caresser le bourgeois blanc. Ici l’approche est plus complexe, on nage davantage dans le registre du « Comment fait-on pour exister aujourd’hui, dans une ville comme Atlanta, quand on est noir et qu’on n’a pas une thune ? » en appuyant principalement sur la notion de racisme ordinaire. Il me semble que là-dessus, aussi bien via ses trois personnages phares, que par son couple de parents, la série raconte quelque chose de fondamental, toujours à la lisière du comique et de l’absurde sans jamais renier sa noirceur profonde.

     Les épisodes sont un peu inégaux, mais l’ensemble trouve une dynamique propre oscillant merveilleusement entre le rire et le malaise, avec des idées assez géniales (La voiture invisible !) à de nombreuses reprises – Et du point de vue de la mise en scène, absolument rien à dire, c’est remarquable. Il y a une vraie attention aux lieux que l’on filme. Aux gens aussi. Je vais être plus sceptique quand les épisodes s’enfoncent complètement dans l’absurde à l’image de celui du faux talk-show entrecoupé de fausses coupures pub. Il manque une vraie homogénéité qui mettrait chaque épisode en relation. Heureusement, le dernier effacerait presque toutes les réserves tant il est parfait, puissant, sorte de voyage hypnotique aux crochets de Earn cherchant sa veste, dans la boite de nuit où il s’est murgé la veille avant de contacter l’Uber qui l’a ramené, entrant bientôt en collision avec une violence aussi brutale que banalisée (Qui fait écho à l’homme tabassé au commissariat en début de saison) avant de se resserrer sur ce couple de parents magnifique mais séparé, puis sur lui, seul, s’allongeant dans son garde-meubles.

     Comme je ne connais pas Community, Atlanta m’aura permis de faire la rencontre de Donald Glover qui m’était quasi inconnu (Une apparition dans Girls, une autre dans Seul sur Mars) le garçon étant principalement connu sur la scène rap sous le pseudonyme  Childish Gambino. Prototype du mec cool, autant qu’Earn, le personnage qu’il s’est octroyé, est immédiatement attachant. Je pense que c’est un grand mélancolique, rien d’étonnant en ce sens à le voir ancrer son bébé sériel à Atlanta, la ville de son enfance. Glover est parti dans l’idée de créer dix épisodes sans compromis, jusqu’à revendiquer préférer voir son show annulé plutôt que de ne pas le raconter ainsi. De cette vision un brin sarcastique, l’auteur parvient justement à trouver sa voie, son public et la critique (Jusqu’à être sacré aux récents golden globes) en restant lui-même, en ne se fourvoyant à aucun moment.

Rectify – Saison 4 – Sundance Channel – 2016

17Sage épiphanie.

   7.5   Rectify s’en va là-dessus. Il faut saluer l’extrême pudeur du projet, qui de ses questionnements à sa mise en scène aura redéfinit une certaine idée de l’élégance sérielle. Jusque dans sa façon de s’en aller, simplement, subtilement. Promesse de quatre saisons tenues, ni plus ni moins, sans jamais forcer quoique ce soit, ne serait-ce que dans le nombre d’épisodes différent selon les saisons. Pas de rebondissements improbables dans cette ultime saison qui viennent casser l’unité down tempo des saisons précédentes. Pas de grandes révélations, pas de twist ni de bouleversements qui sortent du chapeau. Mais une multitude de rapports délicats, profonds parfois complexes car inconciliables, que la série aura toujours traités à la bonne distance, avec la bonne durée. Rectify n’a d’ailleurs jamais pris autant son temps. Les personnages n’ont rarement été aussi beaux et bouleversants, défaits et porteurs d’espoir. Pourtant quelque chose s’est un peu brisé de mon côté, il me manque cette fois l’étincelle qui viendrait me cueillir (Ce que la saison 3 avait débusqué un peu miraculeusement) mais ça reste d’un niveau très élevé, évidemment. Pas de grief d’ailleurs, hormis la musique qui m’a semblé trop omniprésente et franchement, souvent inutiles. Mais Rectify n’hésite pas à faire durer les séquences à l’image, dans le dernier épisode, de la confession psy de Daniel qui s’étire sur plusieurs minutes, ou de cette discussion de cellule (Magnifique dernier flashback) qui vire au rêve éveillé ; Ou simplement ces discussions de famille souvent en duo qui prennent le temps de diffuser de la douceur dans le malaise et vice-versa. Rectify est rempli d’idées minuscules qui deviennent gigantesques : Si le garage avait disparu en saison 3 il revient ici, pour vraiment disparaitre. Aussi, Thawney et Teddy se séparent enfin, pour se retrouver, autrement. Chacun renoue avec l’autre, sans la promesse d’une reconstruction identique, qui aurait simplement effacé la douleur, mais celle d’avancer, de renaitre – Ce n’est pas un hasard si Amantha cite Lazare. Il y a en filigrane la reprise de l’affaire, cette intrigue périphérique, marquée par l’espoir final sans pour autant qu’on nous donne les clés de sa réouverture, car c’est une autre histoire. Et Rectify n’aura cessé de dire cela : C’est l’histoire de Daniel Holden et de ceux qui gravitent autour de lui, ce n’est pas l’histoire de ceux qui lui ont volé dix-neuf ans de sa vie. Les dernières minutes sont sublimissimes, aussi bien le diner de famille post déménagement, le coup de téléphone qui s’ensuit (Rectify aurait pu faire une banale scène de retrouvaille totale mais non, malgré la sérénité retrouvée, il y a une distance imperceptible encore) que le rêve lumineux, où l’élégie se transforme en miracle, où Daniel retrouve Chloé – dans un lieu qui rappelle certaines de ses errances de la première saison – et l’enfant qu’il s’en va tenir dans ses bras, scellant sa renaissance, son extraction du cauchemar. La relation entre Daniel et Chloé restera à mes yeux la plus belle chose que cette ultime saison aura créé. En fait, si, c’est quand même une belle, très belle saison. Et c’est une série indispensable.

The Night Of – Saison 1 – HBO – 2016

nightof_turturro_sandalsThe call of the wild.

   9.0   Bien qu’il convienne d’en savoir le moins possible au moment de se lancer dans The Night Of, nouveau produit HBO et mini-série de huit épisodes, on peut tout de même avancer qu’elle reprend la trame de la série britannique Criminal Justice, qu’elle est créée par Richard Price (L’un des cerveaux de The Wire) et Steven Zaillian (Scénariste entre autre de The girl with the dragon tattoo, Gangs of NY, Le stratège ; Il réalise ici six des huit épisodes) et qu’elle devait marquer le grand retour de James Gandolfini sur le petit écran, dix ans après Les Soprano – Il devait camper le rôle de John Stone, l’avocat de Nasir Khan, finalement tenu par John Turturro.

     Bref, il fallait bien commencer quelque part. Il y aura plein d’autres trucs à dire autour de la série et j’y viendrai progressivement. Car le reste, il vaut mieux le découvrir par soi-même tant sa richesse d’écriture, son brio narratif, sa maitrise formelle, le développement de ses personnages (et une interprétation au diapason, vraiment, tous !), la fluidité de ses enchainements et rebondissements, son ample peinture du système judiciaire, l’ambiguïté et l’absurdité qui la meublent, la gestion de cette tension permanente qui s’immisce dans un commissariat, une prison, une cour de tribunal, le lieu d’un crime, une voiture, en font un modèle de série télévisée, une merveille absolue, quelque part entre la première saison de True Detective et Show me a Hero – Ces trois séries n’ont pas grand-chose en commun sinon qu’elles représentent ce que j’ai vu de plus parfait au niveau « anthologie » ces dernières années. Ou disons que l’une est au système juridico-carcéral ce que les autres sont au polar ou au récit politique. Ainsi, je ne vois pas comment il sera possible d’égaler The Night Of cette année.

     Tout commence à Jackson Heights, une nuit sans doute comme une autre pour Nasir Khan, jeune étudiant d’origine pakistanaise, vivant chez ses parents, sur le point de rejoindre des amis à une soirée tenue sur Manhattan. Il emprunte alors et sans lui dire (Probablement l’a-t-il déjà fait) le taxi de son père et s’enfonce dans une nuit sans fin, se perd, oublie de retirer son signal lumineux, prend une demoiselle qui semble y trouver refuge, l’accompagne sur les bords de l’Hudson River puis chez elle où ils se droguent et font l’amour. Une nuit finalement pas comme les autres, où une banale soirée étudiante se transforme en virée de rêve. Mais aussi malheureusement, en cauchemar macabre.

     The Night Of c’est le récit et les conséquences de cette nuit où tout bascule. Pour Nasir Khan. Pour Andrea. Et bientôt pour tous ceux qui vont graviter autour du crime : Un avocat opportuniste, mais plus humain qu’opportuniste ; Un inspecteur, vieux briscard méticuleux, proche de la quille ; L’avocate de l’accusation, rigide et glaçante (Tous trois sont les meilleures idées de The Night Of, ils sont, chacun dans leur registre, interprètes autant que personnages, absolument mémorables). Mais aussi la famille de Nasir (Qui doit autant faire face à leurs propres doutes et peurs qu’aux diverses attaques racistes dont ils font l’objet, ainsi qu’à la surmédiatisation de l’enquête) et les témoins (On retrouve un certain J.D.Williams aka Bodie dans The Wire), un compagnon de cellule (Michael K.Williams aka Omar dans The Wire, encore) et un duo de flics en patrouille ce fameux soir. Et même un chat, dont l’apparition un peu fantomatique rappelle Ulysse dans Inside Llewyn Davis. Et même Glenn Fleshler (Là il m’a fallu faire une recherche) aka le Serial killer de True Detective, qui campe ici… le juge d’assises. Tous ne vont pas être aussi fouillés les uns que les autres, mais leur présence parfois, suffit à nourrir le récit et lui offrir une amplitude que seul un format série peut se permettre d’embrasser.

     L’idée première de The Night Of est de nous convier dans cet engrenage policier, juridique et carcéral au même titre que son héros, arraché à sa bulle de réalité. Aboutir d’abord à une scène de crime puis à une arrestation (Episode pilot) avant de nous écraser comme lui par les rouages qui suivent : l’incarcération, l’attente, le procès. Il n’y aurait que cet angle-là si la série avait choisi de rester dans la lignée du premier épisode. Ce sera loin d’être le cas. Et c’est John Stone qui fait office de transition. Cet avocat qui écume les commissariats et se trouve là au bon moment quand Nasir est mis derrière les barreaux. John Stone pour Nasir et Dennis Box contre, mais avec la douce méticulosité du flic qui ne laisse rien passer. Flic qu’on attend de voir exploser, comme tout flic borderline dans les fictions, mais qui gardera cette sérénité, plus flippante encore que s’il avait laissé échapper sa colère.

     Ce qui est fascinant dans The Night Of, c’est sa façon de créer, construire, reconstruire et densifier un fait, une nuit, un parcours. Je crois n’avoir jamais vu cette minutie-là auparavant, à ce point de maitrise narrative, cette aisance dans la volonté de raconter et dans sa précision de documentation. A combien de reprises il s’agira pour les personnages de fouiller, une maison ou des dossiers, voir des vidéos, repasser des bandes, faire des plans de parcours, écrire des plaidoiries, apprendre à passer de la drogue, soigner un eczéma, s’occuper d’un chat, revoir des vidéos, encore et encore, de façon à ce qu’elles nous emmènent ailleurs – La magie qui pointe lorsqu’enfin, Box prend l’initiative de suivre les déplacements de la victime et non plus de Nasir.

     Forcément, format aidant, la multiplication de points de vue confère au show une dimension vertigineuse. Car si l’on est clairement avec Nasir dans le tout premier épisode (Qui aurait pu dévorer le reste, mais fort heureusement non) quasi de bout en bout, les suivants mélangent les points de vue de ceux qui vivent autour de lui, dont l’avocat, le flic et la procureur, tentant chacun de refaire cette nuit, d’y trouver d’autres preuves accablantes ou a contrario d’embrayer sur d’autres pistes, de rebondir de l’une vers l’autre. Si la série finira par s’offrir, de nombreux mystères demeureront. Tout le premier épisode insérait ici et là des images de vidéo surveillance comme si déjà il nous demandait d’accepter la divergence des points de vue à venir.

     John Stone est un personnage passionnant, dores et déjà l’un des plus beaux toutes séries TV confondues. Prolongement par analogie de l’affaire Khan, il subira lui aussi des hauts et des bas, des moments d’euphories et de violents revers, multipliant les rendez-vous médicaux (Il est continuellement gêné par des démangeaisons produites par un eczéma aux pieds, l’obligeant à porter des sandales même durant ses plaidoiries) généralistes et dermato, avant de rencontrer le remède miracle à Chinatown puis l’inévitable rechute. Les pieds sont touchés, mais aussi bientôt son visage et tout son corps – Autant que l’affaire Khan touche la famille et bientôt la communauté pakistanaise toute entière. Et ce n’est pas la relation qu’il entretient avec le chat de la victime qui va arranger les choses, réveillant ses allergies. Quoique. Et c’est toute la beauté de cette apparition dans sa triste vie, non sans hauts et bas là-aussi (John emmène d’abord le chat à la fourrière, le récupère, l’y redépose, le place chez lui en quarantaine afin d’éviter tout contact) mais qui va révéler toute la complexité et la sensibilité (En ce sens, The Night Of est aussi une grand série humaniste) d’un personnage bouleversant, opportuniste par survie mais de nature profondément bienveillante. S’il va changer la vie de Nasir, ce dernier changera aussi la sienne.

     Voilà. Je le répète, mieux vaut ne rien savoir de la série avant de s’y lancer – Mais si tu es arrivé jusque-là c’est soit que tu as vu les épisodes soit que tu m’as pas écouté. Mieux vaut se prendre le pilot dans la gueule comme je l’ai pris dans la gueule. Car c’est bien le meilleur pilot sériel vu depuis très, très longtemps en ce qui me concerne. The Night Of aurait logiquement pu souffrir de ce parti pris, souffrir d’avoir tout donné d’emblée. Tout était dans le titre d’ailleurs. Et pourtant, c’est bien grâce aux sept épisodes suivants, tous géniaux (Quasi sans aucune faiblesse) que cette fameuse « nuit où » prend toute son ampleur tragique et bouleversante.

Sur écoute (The Wire) – Saison 4 – HBO – 2006

32Les corps derrière les portes.

   9.5   Avec les départs de Stringer Bell & Avon Barksdale (qui auront permis à The Wire d’embrasser la grande tragédie) il y avait à craindre à la fois d’éprouver un manque mais aussi que cette nouvelle saison change de braquet comme durant la saison 2. Les deux caïds faisaient à peine parti de cette saison, souviens-toi. Il fallait que The Wire poursuive sur son incroyable lancée, mais comment après un final aussi ahurissant que celui de la saison 3, qui avait tout pour fermer la série, ou presque, pouvait-elle retrouver sa grâce tout en proposant forcément autre chose – Qui aurait à voir avec Marlo Stenfield ?

     Il fallait mettre en avant une autre strate tout en préservant le terreau. Quoi de mieux que l’univers scolaire et son corollaire évident, le monde des enfants, tant The Wire s’est évertuée à en faire les rouages de la ville, souvent minuscules certes, mais essentiels, aussi bien côté flics (Ceux de McNulty, le bébé de Kima…) que côté cité, avec ces bébés auxquels souvent on arrache le père (D’Angelo) ou ces ados qui trop tôt entrent dans la guerre (Le gamin liquidé en saison 1) ou encore ceux comme les jeunes boxeurs, qui font tout pour s’en sortir autrement qu’en dealant.

     Afin de parfaire la transition, un personnage devait faire office de liaison corporelle. Ce sera Prez, ce détective acharné de l’ordinateur très important dans le fonctionnement de l’équipe secrète (Celle de Cédric Daniels), mis au rebus quelques mois plus tôt pour bavure (Haut fait de la saison 3) qui deviendra prof de maths dans un collège de Baltimore. Et Prez, donc, qui avait tout pour disparaitre du show, qu’on balançait dans le circuit de l’éducation comme pour s’en débarrasser (Pour le récit comme pour la série) va devenir son personnage central, la vraie pierre angulaire du récit. Epaulé par deux autres, qui étaient déjà très importants dans le système de la saison 3 : Colvin & Cutty. Oui, le major à l’idée d’Hamsterdam et l’ancien taulard devenu boxeur. Eux deux aussi deviendront chacun à leur manière des éléments du système éducatif. Une belle affaire de triple recyclage, en somme.

     Ce qu’on a donc perdu en démêlés juridico-politiques, on le gagne en approches du système éducatif, ainsi qu’en plongées familiales puisque si cette quatrième saison fait la part belle aux élèves, c’est aussi un beau portrait multiple des gosses de la ville, ceux des anciennes tours, donc des familles. La saison se focalise sur quatre d’entre ces gosses, tout particulièrement. Qui se connaissent ou se croisent. Qui peuvent très bien vite basculer du côté bag guy voire du côté cadavre disparu, même si pour ces quatre-là, les capteurs de sensibilité semblent plus prometteurs que pour d’autres – Le parallèle avec le garçon que Bubbs prend sous son aile est terrible, tant sa finalité (aussi brutale qu’absurde, d’ailleurs) nous apparait aussi inéluctable, que la descente aux enfers de son père de fortune qu’elle engrange. Ça et le destin de Bodie, évidemment, personnage qui aura traversé ces quatre saisons en fantôme.

     Mais le grand gourou de cette saison, celui qui a pris autant de Bell que de Barksdale, tout en se développant plus intelligemment, c’est Marlo. Et si Omar continue de lui jouer des mauvais tours (la séquence du poker, magnifique) il reste le gars calme, qui donne les ordres – Et distribue du fric aux gosses du quartier pour qu’ils lui ramènent des informations, pour qu’ils le respectent, essentiellement. Des ordres qu’on ne l’entend quasi jamais donner. La pure raclure, sans scrupule, mais qui n’en prend jamais l’apparence. Le criminel auquel la criminelle de Baltimore n’arrive à attribuer aucun crime, tout en sachant pertinemment qu’il est Le criminel.

     Cette histoire de corps gênants, cachés derrière les portes de maisons abandonnés, relève pleinement de son initiative. On ne le voit jamais à l’œuvre mais chacune de ses apparitions filent autant de frissons que celles de Snoop & Chris (Ses bras droits nettoyeurs) et les nombreuses exécutions qui font leur job. Ils sont les marqueurs d’une saison plus sombre encore que les précédentes. La première séquence interminable de l’achat du pistolet à clou dans un magasin de bricolage annonçait la couleur.

     Disparitions par dizaine qui deviennent vite la priorité de notre petite famille sur écoute – très dispersée au départ, mais que l’on va finir par retrouver – qui doivent aussi composer avec les désirs des grands bonnets politicards, comme d’habitude. Car la série va encore davantage creuser le cas Tommy Carcetti, nouveau maire, nouvelle cible et véritable arriviste fragile monté sur un siège éjectable. Une saison sombre dans chacune de ses institutions. Qui brille par ce déluge d’impasses et de violences en tout genre. Parvenir à terminer la saison sur une note d’espoir, même mince, relevait du défi.

     Bon et puisque j’en ai pas parlé précédemment, j’aimerais juste dire deux mots sur le générique, que je trouve très beau, d’une part dans la minutie de son montage, fait de gestes, objets, actions que dans son élégant choix musical qui reprend le morceau Way down in the hole, écrit par Tom Waits, dans un enregistrement différent, pour chacune des cinq saisons. C’est ce qu’on appelle La classe américaine.

     Découvert tardivement cette merveille qui peut aisément prétendre au titre de meilleure saison de série tv de tous les temps. Magnifique.

Black Mirror – Saison 3 – Netflix – 2016

31Une autre dimension.

   7.5   Black mirror revenait cette année avec six épisodes, soit deux fois plus que dans chaque saison précédente ou plutôt autant que les saisons 1 & 2 cumulées. On craignait l’apport Netflix et son côté binge-watch, d’autant qu’en pure anthologie, consommer les épisodes comme une série à dévorer est la dernière chose à faire avec Black mirror.

     Pourtant, plateforme Netflix ou pas, Black mirror est la même. Chaque épisode est complètement fou. Chacun brille dans le genre qui lui appartient. Chacun sa durée. Chacun sa puissance, inégale pour trois d’entre eux, idéale pour les trois autres. Dans ces derniers, je retiens deux merveilles : Une chronique en chute libre et une romance malmenée par une temporalité disloquée.

     Et un chef d’œuvre absolu : Hated in the nation. Un polar sous tension, enquête nerveuse à la sauce buddy-movie accompagné par un (discret) flashback procédurier, évoquant le kacking et l’absurdité des réseaux sociaux. Un truc hallucinant, d’une richesse folle, qui dure 1h30 et pourrait faire l’objet d’un superbe long métrage de cinéma. Une intensité qui se redéploie sans cesse et vient t’enquiller claque sur claque. Et un duo si génial que tu restes frustré de ne pas voir davantage, plus longtemps ou dans une autre affaire. Un True detective futuriste, en gros. Un monde où le réseau social en question, une sorte de Twitter-dérivé, devient le vecteur d’un génocide. Tyrannie du hashtag à laquelle répond celle du Like dans Nosedive, l’épisode d’ouverture. Pourtant, c’est à Shut up and dance (Celui sur un adolescent victime d’un harcèlement visant à révéler au monde ses fantasmes pédophiles) auquel on pense ici, mais en infiniment plus riche et passionnant sur ce que l’épisode raconte d’une justice de l’ombre, aussi infâme que ce qu’elle critique.

     L’autre épisode marquant, pour ne pas dire bouleversant – mais plus intime – est une histoire d’amour saupoudrée de voyage dans le temps : San Junipero. Deux apparitions qui se croisent dans une société A’ gérée par une gigantesque matrice qui enverrait les vieux au seuil de leur mort dans la temporalité qu’il souhaite, quelques heures par semaine pour les vivants puis indéfiniment pour ceux qui auraient choisi cette alternative au grand trou noir de la mort. Avant d’en arriver là, l’épisode marque la rencontre entre deux jeunes femmes (la première séquence est sublimissime) dans une temporalité eighties puis répète leur relation avant de les voir toutes deux sur leur lit de mort ou presque, dans une sorte de présent futuriste. J’essaie de ne pas trop en dire mais j’en suis sorti épave. Impossible de voir un autre épisode dans la foulée de celui-ci.

     Et donc il y a Nosedive. C’est la génération Facebook qui est ciblée dans Nosedive, mais une version poussée au culte du like puisque l’on note ses proches de manière à faire évoluer leur taux de sympathie/notoriété. Et c’est cette moyenne évolutive qui conditionne la vie en société, c’est elle qui permet d’acquérir une ristourne sur un prêt par exemple, c’est elle qui permet d’entrer ou non dans différents lieux, d’avoir un job, de prendre l’avion. Brice Dallas Howard campe ce personnage obsédé par cette moyenne, ravie d’être invité comme demoiselle d’honneur au mariage d’une amie d’enfance à qui tout réussit, entendre par réussite qu’elle affiche son bonheur partout avec sa moyenne de 4.7 quand Brice parvient laborieusement à tenir son 4. Jusqu’ ce que tout dérape, le titre nous avait prévenu, au détour d’un grain de sable qui se transforme bientôt en désert. Une mécanique trop huilée si elle n’était pas accompagnée de nuances, au détour de deux personnages (qui sont sur sa route) qui ne vivent pas ou plus dans ce culte ignoble : Son frère, d’une part, en retrait dans le réel mais happé par le monde virtuel, et cette chauffeuse de camion qui s’est retirée de ce monde après avoir perdu celui qu’elle aimait car sa moyenne ne lui permettait pas d’accéder aux meilleurs soins. Grosse claque similaire à l’épisode de noël.

     Grande saison. Six beaux épisodes, que je pourrais aisément revoir mais qui te laissent souvent sur le carreau. Ce même si certains sont parsemés de petits défauts qui n’atténuent pourtant jamais leur portée, je pense à Men against fire, l’épisode « Guerre » un peu trop explicatif dans son dernier tiers malgré l’idée monstrueuse de réalité modifiée ou à Playtest, l’épisode « Horreur » un poil plus passe partout et petit malin que les autres, malgré cette idée géniale de jouer en s’inspirant des peurs profondes du joueur.

     Enfin voilà, Black Mirror aura tout de même frappé fort cette année et prouve que sa vision du futur est plus imperceptible que dans la plupart des films d’anticipation. Ce sont les innovations technologiques qui sont visées donc c’est un futur très proche de notre présent, dans lequel le scénario autour de cet élément technologique serait le pire possible. A l’image de ce que l’épisode de Noël nous avait offert, dans lequel il était possible de bloquer les gens dans la vie réelle. C’est à la fois terrifiant, hyper stimulant et épuisant tant la tension déployée sur l’ensemble de ces épisodes est hallucinante.

Sense8 – Christmas special – Netflix – 2016

15826627_10154306652987106_3475605376458677983_nJoyeux noël.

   7.5   Ou comment nous replonger dans l’univers de la série en deux heures à la fois indépendantes et complètement dans la continuité des douze épisodes que formait cette merveille de première saison. Quand Black Mirror s’atèle à un épisode spécial il n’est pas difficile de l’appréhender en tant que one shot puisque Black Mirror c’est déjà ça, une somme de one shot. Là, avec Sense8, pure série de personnages et d’interactions entre ses personnages, c’est comme si on nous avait offert en son temps un petit en-cas lostien entre deux saisons. L’horreur et le bonheur, quoi. Et c’est exactement ce que procurent ces deux heures, belles et foutraques, pleines comme un œuf et pourtant tellement libres, aérées, deux heures aussi jubilatoires que frustrantes. Quel putain de plaisir mais bordel, ce qu’il va être douloureux de patienter en attendant la suite. On a donc retrouvé tout le monde ou presque, puisque un autre acteur s’est emparé du rôle de Capheus. C’est bizarre au début, puis on s’y fait d’autant que le changement est brillamment introduit, avec l’autodérision chère aux Wachowski et une bonne dose méta au sens où sa première apparition le voit dialoguer avec son pote de la camionnette Van Damme qui trouve que son visage a changé. Pour le reste tout a repris sur le même rythme et la même folie, chacun son histoire, forcément, mais aussi de multiples crossover employés pourtant avec parcimonie, souvent à deux personnages (Kala/Wolfgang ; Sun/Capheus) ce qui prouve combien c’est une grande série romantique avant tout. Mais un romantisme un peu désespéré (Riley/Will) bien qu’il puisse parfois sembler niais. Par deux fois, la série nous offre ce qu’elle avait offert dans le dernier plan de la première saison, une réunion absolue, avec cadeau ultime lors de la fête d’anniversaire suivi d’une séquence d’orgie miraculeuse. Et puis une scène absolument déchirante entre Lito (qui affronte les conséquences de son coming-out) et sa mère. Vivement la suite !

Transparent – Saison 3 – Amazon Video – 2016

27Life sucks and then you die.

   6.0   A l’instar de You’re the worst, Transparent peut autant m’agacer que venir me cueillir, sans que je m’y attende, c’est sans doute pour cette raison que je continue de la regarder et que j’enquille vite les saisons. Ça et le fait que les épisodes soient courts. Ça joue. Souvent trop dans un affect disproportionné, Transparent se perd dans une succession de séquences tire-larmes (qui fonctionnent, je pense, dès l’instant que ces personnages sont devenus ta nouvelle famille) donc un problème de dosage qui fait sans cesse écho aux interactions parfois lourdes et racoleuses qui la meublent, aux individualités trop over the top qui constituent sa marque de fabrique.

     Mort est définitivement devenu Maura et (s’)est définitivement acceptée comme tel. Sa transition doit opérer un dernier glissement, son changement de sexe, auquel elle donne son entière priorité. Volonté bientôt remise en question par une incompatibilité : un différend de santé. Dans le premier épisode, Maura faisait une attaque cardiaque, en voulant aller à la rencontre d’une femme qu’elle venait d’avoir au téléphone, alors qu’elle faisait son premier jour à la LGBT suicide hotline. Voilà, Transparent c’est ça : Une somme de boucles. On part ici pour arriver ailleurs. Un problème vasculaire rebondit plus loin. On s’y attendait. C’est beau, touchant mais souvent beaucoup trop fabriqué.

     Josh, son fils, est dans une impasse existentielle encore plus imposante que durant les saisons précédentes. Autant par rapport à ses frangines desquelles il s’éloigne et souffre clairement de cet éloignement ; Que dans sa relation avec ce fils, introduit en fin de saison 2. Un fils qui ne peut ni pourra vraiment être son fils. C’était déjà bien chargé mais il va aussi devoir faire face au suicide de Rita, sa relation secrète et mère de leur fils Colton. Josh est le personnage de cette saison, à mes yeux. Mais voilà, il porte sa croix le pauvre.

     Le temps est le gros facteur de cette saison, plus désespérée encore que les deux autres. Il marque surtout la force de cette famille, pleine de contradictions, symbolisé par les retrouvailles avec leur tortue, cachée depuis trente ans dans un conduit d’aération. Episode sous forme de boucle encore (qui débute dans le passé, traverse le temps et s’achève dans le présent) absolument bouleversant, tant il raconte par analogie l’histoire insolite de la famille toute entière et l’évolution des enfants Pfefferman.

     Il faudra trois épisodes de grande tenue pour oublier ceux qui sont plus en roue libre. Celui-ci donc, mais aussi le 8 et le dernier. L’un étant un flashback sur la rencontre entre Mort et Judith, durant leur adolescence – Le plus bel épisode de Transparent à ce jour, haut la main. L’autre envoyant les cinq personnages phares dans une croisière dévoilant leurs fragiles retrouvailles. La chanson sur laquelle se ferme l’épisode est vraiment puissante. Il manque juste un équilibre total à la série pour convaincre pleinement, mais en l’état j’y suis de plus en plus attaché.

Jour polaire – Saison 1 – Canal + – 2016

19Lost in translation.

   4.5   Leila Bekhti y est excellente. Ça suffit ? Forcément non. Disons que ça se regarde mais d’assez loin, on voudrait que les lieux soient mieux mis en valeur, que la thématique des journées sans nuit soit aussi forte que dans Insomnia, que l’enquête révèle ses mystères avec plus d’équilibre. Jour polaire pourrait être un croisement entre Les revenants et True detective, mais ne garde pas grand-chose des qualités de ces deux séries. Ça va à la fois trop vite et pas assez. Il y a des tentatives mais l’instant suivant on retombe dans quelque chose de plus conventionnel. Alors oui, Bekhti y est bien, elle joue bien la fliquette paumée dans la langue (Situé à Kiruna, on y parle pas mal suédois), paumée dans l’immensité arctique, paumée dans son identité et rattachement familial – Même si les flashbacks sont sans intérêt et laid. Mais bon, elle est seule. Acteurs comme personnages autour d’elle sont mauvais et sans épaisseur, à commencer par le garçon qui campe son fils, véritable endive, ainsi que le de plus en plus agaçant Olivier Gourmet. Il y avait Denis Lavant au casting mais il meurt dans la première scène, c’est con. Quant aux acteurs suédois ils font le job, mais ils sont un peu à l’image de la série, ils n’ont pas grand-chose à raconter. Donc ça se laisse regarder, je le répète, mais aussitôt vu aussitôt oublié.

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silencio


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