Archives pour la catégorie Séries

Girls – Saison 6 – HBO – 2017

09. Girls - Saison 6 - HBO - 2017Goodbye tour.

   8.5   J’en rêvais tellement de voir Girls s’en aller ainsi, via une saison exemplaire – Sa meilleure, haut la main – sur une désagrégation de son groupe (Les vestiges d’amitiés disparues fourmillent mais certaines persistent à y trouver encore un sens, jusque dans cette magnifique dernière apparition à quatre dans une salle de bain étriquée) et une grossesse solitaire. Dix épisodes parfaits, où certaines boucles se ferment et d’autres pas, rappelant qu’Hannah, Marnie, Jessa et Soshanna ont toutes vécues, à leur manière, des grisailles et des éclaircies, des brises et des bourrasques. L’une d’elle pouvait parfois être oubliée (par l’écriture) au détriment d’une autre, mais elles auront existé, nous aurons touché et/ou agacé, quoiqu’il arrive, au sein du groupe ainsi que dans leur propre bulle.

     Hannah n’aura jamais été autant au centre du récit que durant cette ultime saison. Logique étant donné que Girls est le bébé de Lena Dunham, qu’elle lui faisait ses adieux et que les maigres relations qui restaient du groupe ne pouvaient permettre de leur offrir à chacune un temps d’image similaire – à moins de pondre quatre parties par épisode, façon The Affair. C’est Hannah qui est partout. Seule souvent ou accompagnée ici d’un jeune surfeur de Montauk (Riz Ahmed, de The Night Of, dans un très beau premier épisode), là de son colocataire Elijah (Il faudrait presque faire une série uniquement sur cet acteur / ce personnage) ou d’Adam dans de brèves retrouvailles, assez bouleversantes d’ailleurs. Dès cet instant, la fin de la série semblait toute tracée, mais au moyen de ses ellipses dont elle est coutumière, Girls va choisir autre chose.

     Si Girls n’a cessé de scander qu’elle était la voix de la génération Y, elle aura aussi parfois brossé le portrait d’un couple de quinqua en pleine mutation jusque dans leur rupture et son aveu à lui d’homosexualité. Certes souvent de façon détachée, mais toujours là en filigrane. Et si la série s’ouvrait, il y a cinq ans, sur une dispute entre Hannah et ses parents qui décidaient de lui couper les vivres, elle se ferme aujourd’hui sur l’acceptation douloureuse d’être mère, d’aimer et d’être aimé de ce tout petit être qu’est son enfant. On se retrouve donc avec un épilogue en deux parties, une double sortie. Une fin attendue, groupée, scellant définitivement l’amitié de nos quatre Girls de Brooklyn. Et une autre, plus confidentielle, construite sur une assez imposante ellipse, qui semble moins fermer un chapitre qu’ouvrir un autre livre. Ça me plait bien.

     Un mot sur les corps, car c’est une série un peu plus crue que les autres, de ce point de vue-là. Lena Dunham n’aura cessé de se mettre à poil, dans les situations les plus inconfortables (Positions échevelées avec Adam Driver, partie de ping-pong…) mais sa mise à nu n’aura jamais été aussi poussée que durant cet ultime épisode, dans lequel, symboliquement, elle rappelle constamment qu’elle a tout donner pour Girls / qu’elle s’est littéralement mise à poil : On la voit sortir de son bain, donner son sein, tirer son lait, donner son futal à une gamine nue dans la rue, parler de son anus et son vagin, pester contre ses mamelons. Donc si ce dernier chapitre semble statuer sur une banale entrée dans l’âge adulte, une sortie un peu trop parfaite, tout ce qui s’y déroule – aussi bien dans ce qu’il est abordé que dans son étonnante construction – reste du pur Girls.

The Affair – Saison 3 – Showtime – 2017

25Mises à nu.

   7.0   The Affair avait les cartes pour s’en aller en deux saisons. Le pourquoi du comment des flash forward qu’on retrouvait régulièrement en fin d’épisode était révélé en scellant cette histoire à quatre (Alison, Noah, Cole, Helen) par un étrange accident/meurtre qui ouvrait la voie à d’autres mensonges, d’autres chemins de vie. Comment se redéployer quand les deux grandes storyline (la relation adultère entre Alison & Noah, la mort de Scott Lockhart) sont échaudées ? Que cette nouvelle saison s’ouvre après une ellipse de plusieurs années (Qui ne sera jamais clairement dit mais dont on peut deviner la durée grâce à l’âge de Joanie, la fille d’Alison & Cole) montrait d’emblée une envie de redistribuer les cartes.

     Pas sûr que The Affair avait besoin de déterrer de lourds secrets inavouables (Noah trimbale le fard.eau d’avoir offert de mourir à sa propre mère) et opter pour l’option folie paranoïaque. C’est la saison Noah, en fait. Et c’est con, c’est le personnage qui me pose problème durant cette saison. Celui où j’ai d’abord la sensation qu’il y a beaucoup de choses à en dire (Son séjour en prison, son amour resté intact pour Alison, le lien fragile avec son fils, l’héritage de la maison de son père, sa rencontre avec une française) mais qu’on va tout liquider dans une intrigue faiblarde aux imposants relents schizophréniques. J’ai bien cru qu’on allait nous dire que le geôlier n’existait que dans sa tête. Et c’est tout comme.

     Un peu trop de Noah durant cette saison, donc. Et trop peu d’Alison. Elle illumine pourtant chaque épisode dans lequel elle se trouve. Les meilleurs chapitres sont les siens. Il pourrait n’y avoir rien écrit pour elle qu’on suivrait son quotidien à bicyclette avec passion. D’ailleurs que se passe t-il pour elle ici ? Une simple affaire de garde d’enfant. Et c’est passionnant, tellement bien écrit, tellement puissant sur ce que ça raconte, en filigrane et sans rien appuyer, de Gabriel, de Joanie après Gabriel, d’Alison jadis cadenassée par les Lockhart, d’Alison qui retrouve la vie au contact d’un père de famille paumé. Alison c’est Le personnage de The Affair, en fait. La saison 3 l’aura trop vite oublié.

     Pourtant la série continue de me passionner : Le temps qu’elle peut prendre pour gérer une discussion, un déplacement, les lieux qu’on y traverse, les personnages qui la meublent jusqu’aux plus secondaires (la sœur de Noah, le petit ami d’Helen, Luisa, Whitney…) et la toujours élégante construction qui fait sa marque, même si ça m’a semblé nettement plus gratuit et factice ici. Si le neuvième épisode venait fermer l’arc narratif sur la folie de Noah, de façon assez grotesque, la série allait prendre un risque dans le suivant, justement parce qu’il s’agit du dernier de la saison, en emmenant Noah à Paris et surtout en offrant l’un des chapitres/points de vue à Juliette, dont on ne connaissait encore presque rien.

     On aurait préféré revoir Helen ou Alison, mais c’est réussi, j’aime bien ce qu’ils ont crée avec ce personnage qui peut être vu comme un miroir de Noah. Surtout la saison se ferme de façon plutôt miraculeuse sur un chapitre Noah, forcément, mais surtout sur une retrouvaille bouleversante avec sa fille. J’aime trop The Affair donc il m’en fallait peu pour oublier la débâcle de l’épisode précédent (Qu’on peut aussi vite oublier en repensant au sublime épisode 6, avec Alison & Noah, on se refait pas) mais franchement, il me semble que finir là-dessus et sur une promesse de reconstruction familiale (d’un côté comme de l’autre, puisque le compromis semble avoir été trouvé aussi entre Alison & Cole durant l’épisode 10) est une idée lumineuse. Reste à se demander ce que The Affair peut nous offrir dans son ultime saison. Mystère.

The Walking Dead – Saison 7 – AMC – 2017

08. The Walking Dead - Saison 7 - AMC - 2017Triste sort.

   4.5   Prise dans l’ensemble de ses seize épisodes, c’est une saison ratée, qui aura comme je le craignais payé sa puissante entrée en matière, n’ayant pu s’en servir de tremplin vers le chaos et la noirceur terrible qu’elle convoitait et que les bouquins avaient davantage su capter.

     Quelques éclats épars – ou épisodes moins bavards, dont on ne sait pas bien par quel miracle ils tiennent – nous auront sorti de notre torpeur à l’image de l’épisode Tara découvrant la communauté de la plage ou celui sur Morgan, et le cruel melon manquant. On peut d’ailleurs noter que la série est quasi systématiquement meilleure sitôt qu’elle s’extraie des lignes et planches des comics. Au jeu des comparaisons, elle accuse vraiment le coup. De plus en plus.

     C’est surtout qu’il y a un déséquilibre d’un épisode à l’autre, la série a pris l’habitude de faire des épisodes « centric mais pas trop » et ça ne prend pas vraiment. Celui sur Rick/Michonne (avec la biche, dans la fête foraine) est nul alors qu’il a tout pour être top, rappelant les épisodes « Sur la route » de la saison 4. Le 14 non plus ne fonctionne pas. Pourtant s’intéresser à Sacha/Rosita ramenait la tentative girl power sur le devant de la scène, mais c’est mou, hyper balisé et puis cette fin, sacrificielle, c’est n’importe quoi.

     Mais entre ceux deux épisodes médiocres, il y a celui avec Morgan, que j’ai trouvé très beau, brillamment construit déjà et surtout parce qu’il n’existe pas pour combler nos attentes, il essaie autre chose. Après c’est TWD ça a toujours été plus ou moins comme ça, mais j’ai l’impression que cette saison paie les chevaux lâchés sur le premier. Cette ouverture aurait dû faire des petits, s’engouffrer dans une atmosphère plus noire encore, irrespirable, gore. Sauf qu’on a vite retrouvé la petite promenade de santé.

     L’ultime épisode de cette saison contenait, sur le papier, tout du sauvetage in-extrémis. Celui qui aurait permis de dire que The Walking Dead nous aura offert cette année un opus en demi-teinte, au moyen d’une sortie idéale en miroir de l’épisode d’ouverture. Raté. Il est noircit par une construction approximative (flashbacks pseudo-prémonitoires nullissimes), des rebondissements grotesques et des invraisemblances rédhibitoires – L’arrivée opportune du Royaume et du tigre est risible à souhait. Honteux. Presque aussi honteux que l’incrustation numérique de la biche bien dégueulasse dans l’épisode forain Rick/Michonne.

     Si l’on reste attaché au show c’est uniquement parce qu’on a passé sept saisons en compagnie de la majeure partie de ces personnages. Au passage, depuis quand n’avons-nous pas tremblé pour un nouvel entrant ? Je misais beaucoup sur Jésus mais même pas, il ne sert à rien. La coupe n’est donc pas loin d’être pleine.

      La tant attendue nouvelle ère Negan a fait chou blanc. L’apparition des nouveaux groupes aussi. La série a péché par suffisance, capitalisant sur le massacre de deux de ses éléments moteurs et d’un troisième au finish, qu’on attendait si l’on est familier des livres (Même si ce n’est pas le même personnage, tout se déroule exactement de la même manière) qui trouve le moyen, en changeant la donne mais pas trop (L’idée du cercueil et du sacrifice débile) de s’avérer vain sinon pour préparer la guerre totale, qu’on aurait bien aimé voir se lancer durant la saison 7.

     Lorsqu’à la toute fin, les sauveurs, canardés de partout, quittent Alexandria, Negan nous gratifie d’un doigt d’honneur ridicule. Je ne savais plus s’il était destiné à Rick ou à nous, spectateurs. Bref, j’étais confiant en fin de saison précédente mais là je ne la sens plus du tout cette affaire. Je crois même avoir préféré la saison 2 de Fear the walking dead, c’est dire.

Guyane – Saison 1 – Canal + – 2017

06. Guyane - Saison 1 - Canal + - 2017Pour une poignée de métal.

   5.0   Une série française traitant de l’orpaillage en Guyane, l’idée attisait l’attention d’autant que c’est un sujet peu traité au cinéma comme à la télévision. A la barre du projet Fabien Nury qui vient de la bande dessinée et qui a notamment écrit le très beau Il était une fois en France. Là-dessus rien à redire, la série est brillamment documentée et on le sent, sérieusement story boardée. Les dialogues aussi, bien qu’un poil trop écrit à mon gout, se laissant gagné parfois par l’art de la punchline – Olivier Rabourdin, surtout, en fait un peu trop. La mise en scène est efficace, tonique, à défaut d’être originale, nerveuse lors des premiers épisodes réalisés par Kim Chapiron (à qui l’on doit Sheitan, Dog pound ou La crème de la crème) mais je dois dire que le soufflé est vite retombé, la faute à des quantités de rebondissements trop mécaniques, et un tueras/tueras pas, trahira/trahira pas lassant, qui contamine la richesse « documentaire ». J’imagine que ça se passe ainsi mais personnellement ce que j’ai envie de voir c’est la jungle, l’aventure, la quête de l’or, comment on l’extraie. Un épisode au centre est très réussi de ce point de vue. Tout le côté règlement de comptes mafieux me parle moins. Mais c’est pas mal, ça se suit sans déplaisir, on veut voir jusqu’où la série compte nous emmener. Reste que passé la moitié, l’intérêt s’effrite considérablement, et le dernier épisode, très nocturne, réalisé par Nury lui-même est franchement pas terrible.

Fleabag – Saison 1 – BBC Three – 2016

30Girl.

   7.0   Dans la lignée de Girls, Master of none ou Atlanta, voici un nouveau portrait de trentenaire, cette fois-ci purement british puisque c’est à Londres que l’on va suivre les pérégrinations de la belle Phoebe Waller-Bridge (qui comme ceux suscités (Lena Dunham, Aziz Ansari, Donald Glover) écrit et incarne le premier rôle) sur six épisodes d’à peine trente minutes. C’est pourtant à une autre série que l’on pense devant Fleabag, plus chronique de quarantenaire pour le coup, à savoir Louie, la création new-yorkaise déjà mythique de Louis CK, autant dans son humour trash que dans sa façon de jouer avec les codes de l’absurde, de l’inattendu (On ne sait jamais où un épisode va nous embarquer) et tout simplement des codes mise en scénique qui irriguent habituellement ce type de show. Dans Louie, un tiers de la série voyait le personnage dans l’exécution de ses stand-up. Dans Fleabag, Phoebe Waller-Bridge choisit de s’adresser très régulièrement à nous (On fait clairement office de confident thérapeutique façon défouloir) donc à la caméra. Par exemple, lorsqu’un moment donné Fleabag (C’est son surnom) prend le métro, elle observe les gens, tous recroquevillés dans leur bulle, écouteurs dans les oreilles et de façon inexplicable, chacun se met plusieurs fois, en même temps, à exploser de rire, puis à retrouver son silence, puis à exploser de rire à nouveau. Phoebe Waller-Bridge nous prend alors à parti et lâche un : « I think my period’s coming ». C’est souvent de ce niveau, parfois plus doux, souvent plus trash. Le temps d’un épisode j’ai craint de vraiment détester ce truc arty, égocentrique et cynique. Force est de reconnaître que dès l’épisode suivant, on se surprend à s’attacher à cette fille hautaine et dépressive, avant de carrément adorer cette insatisfaite sexuel qui tente de combattre son double deuil et la galère dans laquelle son café (qui n’attire pas grand monde) l’a emmené. Dès que la sœur entre dans la danse, le problème est similaire, il faut un  temps d’adaptation avant que ça ne devienne absolument génial, notamment le temps d’une cure qui tourne au fiasco, puis dans un repas familial un tantinet over the top. Le dernier épisode est somptueux et bouleversant. Hâte de la retrouver !

Casual – Saison 1 – Hulu – 2015

15     4.0   C’est une création Hulu réalisée entre autre par Jason Reitman (qui en est aussi le producteur exécutif) et c’est tout à fait dans la lignée de ses films (Thank you for smoking, Juno, In the air – Après j’ai arrêté) que je n’aime déjà pas beaucoup, pour rester poli. La série se suit sans déplaisir mais à trop vouloir afficher la marginalité de ses personnages en pleine crise existentielle au cube (La mère psy en plein divorce, le frère célibataire paumé, l’adolescente trop mûre) il perd de vue leur véritables obsessions et plonge régulièrement dans un cynisme embarrassant ou des folies de scénariste un peu fabriquées, couplé à des dialogues souvent trop écrits. J’étais parti pour enquiller sur la deuxième saison mais finalement je passe mon tour.

Atlanta – Saison 1 – FX – 2016

04. Atlanta - Saison 1 - FX - 2016Am I black enough for you ?

   6.5   Atlanta conte l’histoire d’Earn, trentenaire, ancien DJ au chômage, père d’une petite fille,  plus ou moins séparé de sa petite amie chez qui il squatte, oublié par ses parents. Lorsqu’il apprend qu’un cousin obtient la popularité grâce à l’un de ses titres de rap balancé sur le net, il lui propose de devenir son manager. Parce qu’en un sens, malgré les désillusions éternelles, le rêve américain, lui, existera toujours.

     Si je suis moins enthousiaste que l’avis général je trouve que c’est une série tout à fait pertinente, sur la condition afro-américaine dans l’Amérique pré Donald Trump, plus poussée qu’un Moonlight par exemple tant ça ne vise pas seulement à aborder son espace sous le seul angle de la sexualité. On a là quelque chose de plus instinctif que le film de Barry Jenkins, qui me parait un peu trop exister pour caresser le bourgeois blanc. Ici l’approche est plus complexe, on nage davantage dans le registre du « Comment fait-on pour exister aujourd’hui, dans une ville comme Atlanta, quand on est noir et qu’on n’a pas une thune ? » en appuyant principalement sur la notion de racisme ordinaire. Il me semble que là-dessus, aussi bien via ses trois personnages phares, que par son couple de parents, la série raconte quelque chose de fondamental, toujours à la lisière du comique et de l’absurde sans jamais renier sa noirceur profonde.

     Les épisodes sont un peu inégaux, mais l’ensemble trouve une dynamique propre oscillant merveilleusement entre le rire et le malaise, avec des idées assez géniales (La voiture invisible !) à de nombreuses reprises – Et du point de vue de la mise en scène, absolument rien à dire, c’est remarquable. Il y a une vraie attention aux lieux que l’on filme. Aux gens aussi. Je vais être plus sceptique quand les épisodes s’enfoncent complètement dans l’absurde à l’image de celui du faux talk-show entrecoupé de fausses coupures pub. Il manque une vraie homogénéité qui mettrait chaque épisode en relation. Heureusement, le dernier effacerait presque toutes les réserves tant il est parfait, puissant, sorte de voyage hypnotique aux crochets de Earn cherchant sa veste, dans la boite de nuit où il s’est murgé la veille avant de contacter l’Uber qui l’a ramené, entrant bientôt en collision avec une violence aussi brutale que banalisée (Qui fait écho à l’homme tabassé au commissariat en début de saison) avant de se resserrer sur ce couple de parents magnifique mais séparé, puis sur lui, seul, s’allongeant dans son garde-meubles.

     Comme je ne connais pas Community, Atlanta m’aura permis de faire la rencontre de Donald Glover qui m’était quasi inconnu (Une apparition dans Girls, une autre dans Seul sur Mars) le garçon étant principalement connu sur la scène rap sous le pseudonyme  Childish Gambino. Prototype du mec cool, autant qu’Earn, le personnage qu’il s’est octroyé, est immédiatement attachant. Je pense que c’est un grand mélancolique, rien d’étonnant en ce sens à le voir ancrer son bébé sériel à Atlanta, la ville de son enfance. Glover est parti dans l’idée de créer dix épisodes sans compromis, jusqu’à revendiquer préférer voir son show annulé plutôt que de ne pas le raconter ainsi. De cette vision un brin sarcastique, l’auteur parvient justement à trouver sa voie, son public et la critique (Jusqu’à être sacré aux récents golden globes) en restant lui-même, en ne se fourvoyant à aucun moment.

Rectify – Saison 4 – Sundance Channel – 2016

17Sage épiphanie.

   7.5   Rectify s’en va là-dessus. Il faut saluer l’extrême pudeur du projet, qui de ses questionnements à sa mise en scène aura redéfinit une certaine idée de l’élégance sérielle. Jusque dans sa façon de s’en aller, simplement, subtilement. Promesse de quatre saisons tenues, ni plus ni moins, sans jamais forcer quoique ce soit, ne serait-ce que dans le nombre d’épisodes différent selon les saisons. Pas de rebondissements improbables dans cette ultime saison qui viennent casser l’unité down tempo des saisons précédentes. Pas de grandes révélations, pas de twist ni de bouleversements qui sortent du chapeau. Mais une multitude de rapports délicats, profonds parfois complexes car inconciliables, que la série aura toujours traités à la bonne distance, avec la bonne durée. Rectify n’a d’ailleurs jamais pris autant son temps. Les personnages n’ont rarement été aussi beaux et bouleversants, défaits et porteurs d’espoir. Pourtant quelque chose s’est un peu brisé de mon côté, il me manque cette fois l’étincelle qui viendrait me cueillir (Ce que la saison 3 avait débusqué un peu miraculeusement) mais ça reste d’un niveau très élevé, évidemment. Pas de grief d’ailleurs, hormis la musique qui m’a semblé trop omniprésente et franchement, souvent inutiles. Mais Rectify n’hésite pas à faire durer les séquences à l’image, dans le dernier épisode, de la confession psy de Daniel qui s’étire sur plusieurs minutes, ou de cette discussion de cellule (Magnifique dernier flashback) qui vire au rêve éveillé ; Ou simplement ces discussions de famille souvent en duo qui prennent le temps de diffuser de la douceur dans le malaise et vice-versa. Rectify est rempli d’idées minuscules qui deviennent gigantesques : Si le garage avait disparu en saison 3 il revient ici, pour vraiment disparaitre. Aussi, Thawney et Teddy se séparent enfin, pour se retrouver, autrement. Chacun renoue avec l’autre, sans la promesse d’une reconstruction identique, qui aurait simplement effacé la douleur, mais celle d’avancer, de renaitre – Ce n’est pas un hasard si Amantha cite Lazare. Il y a en filigrane la reprise de l’affaire, cette intrigue périphérique, marquée par l’espoir final sans pour autant qu’on nous donne les clés de sa réouverture, car c’est une autre histoire. Et Rectify n’aura cessé de dire cela : C’est l’histoire de Daniel Holden et de ceux qui gravitent autour de lui, ce n’est pas l’histoire de ceux qui lui ont volé dix-neuf ans de sa vie. Les dernières minutes sont sublimissimes, aussi bien le diner de famille post déménagement, le coup de téléphone qui s’ensuit (Rectify aurait pu faire une banale scène de retrouvaille totale mais non, malgré la sérénité retrouvée, il y a une distance imperceptible encore) que le rêve lumineux, où l’élégie se transforme en miracle, où Daniel retrouve Chloé – dans un lieu qui rappelle certaines de ses errances de la première saison – et l’enfant qu’il s’en va tenir dans ses bras, scellant sa renaissance, son extraction du cauchemar. La relation entre Daniel et Chloé restera à mes yeux la plus belle chose que cette ultime saison aura créé. En fait, si, c’est quand même une belle, très belle saison. Et c’est une série indispensable.

The Night Of – Saison 1 – HBO – 2016

nightof_turturro_sandalsThe call of the wild.

   9.0   Bien qu’il convienne d’en savoir le moins possible au moment de se lancer dans The Night Of, nouveau produit HBO et mini-série de huit épisodes, on peut tout de même avancer qu’elle reprend la trame de la série britannique Criminal Justice, qu’elle est créée par Richard Price (L’un des cerveaux de The Wire) et Steven Zaillian (Scénariste entre autre de The girl with the dragon tattoo, Gangs of NY, Le stratège ; Il réalise ici six des huit épisodes) et qu’elle devait marquer le grand retour de James Gandolfini sur le petit écran, dix ans après Les Soprano – Il devait camper le rôle de John Stone, l’avocat de Nasir Khan, finalement tenu par John Turturro.

     Bref, il fallait bien commencer quelque part. Il y aura plein d’autres trucs à dire autour de la série et j’y viendrai progressivement. Car le reste, il vaut mieux le découvrir par soi-même tant sa richesse d’écriture, son brio narratif, sa maitrise formelle, le développement de ses personnages (et une interprétation au diapason, vraiment, tous !), la fluidité de ses enchainements et rebondissements, son ample peinture du système judiciaire, l’ambiguïté et l’absurdité qui la meublent, la gestion de cette tension permanente qui s’immisce dans un commissariat, une prison, une cour de tribunal, le lieu d’un crime, une voiture, en font un modèle de série télévisée, une merveille absolue, quelque part entre la première saison de True Detective et Show me a Hero – Ces trois séries n’ont pas grand-chose en commun sinon qu’elles représentent ce que j’ai vu de plus parfait au niveau « anthologie » ces dernières années. Ou disons que l’une est au système juridico-carcéral ce que les autres sont au polar ou au récit politique. Ainsi, je ne vois pas comment il sera possible d’égaler The Night Of cette année.

     Tout commence à Jackson Heights, une nuit sans doute comme une autre pour Nasir Khan, jeune étudiant d’origine pakistanaise, vivant chez ses parents, sur le point de rejoindre des amis à une soirée tenue sur Manhattan. Il emprunte alors et sans lui dire (Probablement l’a-t-il déjà fait) le taxi de son père et s’enfonce dans une nuit sans fin, se perd, oublie de retirer son signal lumineux, prend une demoiselle qui semble y trouver refuge, l’accompagne sur les bords de l’Hudson River puis chez elle où ils se droguent et font l’amour. Une nuit finalement pas comme les autres, où une banale soirée étudiante se transforme en virée de rêve. Mais aussi malheureusement, en cauchemar macabre.

     The Night Of c’est le récit et les conséquences de cette nuit où tout bascule. Pour Nasir Khan. Pour Andrea. Et bientôt pour tous ceux qui vont graviter autour du crime : Un avocat opportuniste, mais plus humain qu’opportuniste ; Un inspecteur, vieux briscard méticuleux, proche de la quille ; L’avocate de l’accusation, rigide et glaçante (Tous trois sont les meilleures idées de The Night Of, ils sont, chacun dans leur registre, interprètes autant que personnages, absolument mémorables). Mais aussi la famille de Nasir (Qui doit autant faire face à leurs propres doutes et peurs qu’aux diverses attaques racistes dont ils font l’objet, ainsi qu’à la surmédiatisation de l’enquête) et les témoins (On retrouve un certain J.D.Williams aka Bodie dans The Wire), un compagnon de cellule (Michael K.Williams aka Omar dans The Wire, encore) et un duo de flics en patrouille ce fameux soir. Et même un chat, dont l’apparition un peu fantomatique rappelle Ulysse dans Inside Llewyn Davis. Et même Glenn Fleshler (Là il m’a fallu faire une recherche) aka le Serial killer de True Detective, qui campe ici… le juge d’assises. Tous ne vont pas être aussi fouillés les uns que les autres, mais leur présence parfois, suffit à nourrir le récit et lui offrir une amplitude que seul un format série peut se permettre d’embrasser.

     L’idée première de The Night Of est de nous convier dans cet engrenage policier, juridique et carcéral au même titre que son héros, arraché à sa bulle de réalité. Aboutir d’abord à une scène de crime puis à une arrestation (Episode pilot) avant de nous écraser comme lui par les rouages qui suivent : l’incarcération, l’attente, le procès. Il n’y aurait que cet angle-là si la série avait choisi de rester dans la lignée du premier épisode. Ce sera loin d’être le cas. Et c’est John Stone qui fait office de transition. Cet avocat qui écume les commissariats et se trouve là au bon moment quand Nasir est mis derrière les barreaux. John Stone pour Nasir et Dennis Box contre, mais avec la douce méticulosité du flic qui ne laisse rien passer. Flic qu’on attend de voir exploser, comme tout flic borderline dans les fictions, mais qui gardera cette sérénité, plus flippante encore que s’il avait laissé échapper sa colère.

     Ce qui est fascinant dans The Night Of, c’est sa façon de créer, construire, reconstruire et densifier un fait, une nuit, un parcours. Je crois n’avoir jamais vu cette minutie-là auparavant, à ce point de maitrise narrative, cette aisance dans la volonté de raconter et dans sa précision de documentation. A combien de reprises il s’agira pour les personnages de fouiller, une maison ou des dossiers, voir des vidéos, repasser des bandes, faire des plans de parcours, écrire des plaidoiries, apprendre à passer de la drogue, soigner un eczéma, s’occuper d’un chat, revoir des vidéos, encore et encore, de façon à ce qu’elles nous emmènent ailleurs – La magie qui pointe lorsqu’enfin, Box prend l’initiative de suivre les déplacements de la victime et non plus de Nasir.

     Forcément, format aidant, la multiplication de points de vue confère au show une dimension vertigineuse. Car si l’on est clairement avec Nasir dans le tout premier épisode (Qui aurait pu dévorer le reste, mais fort heureusement non) quasi de bout en bout, les suivants mélangent les points de vue de ceux qui vivent autour de lui, dont l’avocat, le flic et la procureur, tentant chacun de refaire cette nuit, d’y trouver d’autres preuves accablantes ou a contrario d’embrayer sur d’autres pistes, de rebondir de l’une vers l’autre. Si la série finira par s’offrir, de nombreux mystères demeureront. Tout le premier épisode insérait ici et là des images de vidéo surveillance comme si déjà il nous demandait d’accepter la divergence des points de vue à venir.

     John Stone est un personnage passionnant, dores et déjà l’un des plus beaux toutes séries TV confondues. Prolongement par analogie de l’affaire Khan, il subira lui aussi des hauts et des bas, des moments d’euphories et de violents revers, multipliant les rendez-vous médicaux (Il est continuellement gêné par des démangeaisons produites par un eczéma aux pieds, l’obligeant à porter des sandales même durant ses plaidoiries) généralistes et dermato, avant de rencontrer le remède miracle à Chinatown puis l’inévitable rechute. Les pieds sont touchés, mais aussi bientôt son visage et tout son corps – Autant que l’affaire Khan touche la famille et bientôt la communauté pakistanaise toute entière. Et ce n’est pas la relation qu’il entretient avec le chat de la victime qui va arranger les choses, réveillant ses allergies. Quoique. Et c’est toute la beauté de cette apparition dans sa triste vie, non sans hauts et bas là-aussi (John emmène d’abord le chat à la fourrière, le récupère, l’y redépose, le place chez lui en quarantaine afin d’éviter tout contact) mais qui va révéler toute la complexité et la sensibilité (En ce sens, The Night Of est aussi une grand série humaniste) d’un personnage bouleversant, opportuniste par survie mais de nature profondément bienveillante. S’il va changer la vie de Nasir, ce dernier changera aussi la sienne.

     Voilà. Je le répète, mieux vaut ne rien savoir de la série avant de s’y lancer – Mais si tu es arrivé jusque-là c’est soit que tu as vu les épisodes soit que tu m’as pas écouté. Mieux vaut se prendre le pilot dans la gueule comme je l’ai pris dans la gueule. Car c’est bien le meilleur pilot sériel vu depuis très, très longtemps en ce qui me concerne. The Night Of aurait logiquement pu souffrir de ce parti pris, souffrir d’avoir tout donné d’emblée. Tout était dans le titre d’ailleurs. Et pourtant, c’est bien grâce aux sept épisodes suivants, tous géniaux (Quasi sans aucune faiblesse) que cette fameuse « nuit où » prend toute son ampleur tragique et bouleversante.

Sur écoute (The Wire) – Saison 4 – HBO – 2006

32Les corps derrière les portes.

   9.5   Avec les départs de Stringer Bell & Avon Barksdale (qui auront permis à The Wire d’embrasser la grande tragédie) il y avait à craindre à la fois d’éprouver un manque mais aussi que cette nouvelle saison change de braquet comme durant la saison 2. Les deux caïds faisaient à peine parti de cette saison, souviens-toi. Il fallait que The Wire poursuive sur son incroyable lancée, mais comment après un final aussi ahurissant que celui de la saison 3, qui avait tout pour fermer la série, ou presque, pouvait-elle retrouver sa grâce tout en proposant forcément autre chose – Qui aurait à voir avec Marlo Stenfield ?

     Il fallait mettre en avant une autre strate tout en préservant le terreau. Quoi de mieux que l’univers scolaire et son corollaire évident, le monde des enfants, tant The Wire s’est évertuée à en faire les rouages de la ville, souvent minuscules certes, mais essentiels, aussi bien côté flics (Ceux de McNulty, le bébé de Kima…) que côté cité, avec ces bébés auxquels souvent on arrache le père (D’Angelo) ou ces ados qui trop tôt entrent dans la guerre (Le gamin liquidé en saison 1) ou encore ceux comme les jeunes boxeurs, qui font tout pour s’en sortir autrement qu’en dealant.

     Afin de parfaire la transition, un personnage devait faire office de liaison corporelle. Ce sera Prez, ce détective acharné de l’ordinateur très important dans le fonctionnement de l’équipe secrète (Celle de Cédric Daniels), mis au rebus quelques mois plus tôt pour bavure (Haut fait de la saison 3) qui deviendra prof de maths dans un collège de Baltimore. Et Prez, donc, qui avait tout pour disparaitre du show, qu’on balançait dans le circuit de l’éducation comme pour s’en débarrasser (Pour le récit comme pour la série) va devenir son personnage central, la vraie pierre angulaire du récit. Epaulé par deux autres, qui étaient déjà très importants dans le système de la saison 3 : Colvin & Cutty. Oui, le major à l’idée d’Hamsterdam et l’ancien taulard devenu boxeur. Eux deux aussi deviendront chacun à leur manière des éléments du système éducatif. Une belle affaire de triple recyclage, en somme.

     Ce qu’on a donc perdu en démêlés juridico-politiques, on le gagne en approches du système éducatif, ainsi qu’en plongées familiales puisque si cette quatrième saison fait la part belle aux élèves, c’est aussi un beau portrait multiple des gosses de la ville, ceux des anciennes tours, donc des familles. La saison se focalise sur quatre d’entre ces gosses, tout particulièrement. Qui se connaissent ou se croisent. Qui peuvent très bien vite basculer du côté bag guy voire du côté cadavre disparu, même si pour ces quatre-là, les capteurs de sensibilité semblent plus prometteurs que pour d’autres – Le parallèle avec le garçon que Bubbs prend sous son aile est terrible, tant sa finalité (aussi brutale qu’absurde, d’ailleurs) nous apparait aussi inéluctable, que la descente aux enfers de son père de fortune qu’elle engrange. Ça et le destin de Bodie, évidemment, personnage qui aura traversé ces quatre saisons en fantôme.

     Mais le grand gourou de cette saison, celui qui a pris autant de Bell que de Barksdale, tout en se développant plus intelligemment, c’est Marlo. Et si Omar continue de lui jouer des mauvais tours (la séquence du poker, magnifique) il reste le gars calme, qui donne les ordres – Et distribue du fric aux gosses du quartier pour qu’ils lui ramènent des informations, pour qu’ils le respectent, essentiellement. Des ordres qu’on ne l’entend quasi jamais donner. La pure raclure, sans scrupule, mais qui n’en prend jamais l’apparence. Le criminel auquel la criminelle de Baltimore n’arrive à attribuer aucun crime, tout en sachant pertinemment qu’il est Le criminel.

     Cette histoire de corps gênants, cachés derrière les portes de maisons abandonnés, relève pleinement de son initiative. On ne le voit jamais à l’œuvre mais chacune de ses apparitions filent autant de frissons que celles de Snoop & Chris (Ses bras droits nettoyeurs) et les nombreuses exécutions qui font leur job. Ils sont les marqueurs d’une saison plus sombre encore que les précédentes. La première séquence interminable de l’achat du pistolet à clou dans un magasin de bricolage annonçait la couleur.

     Disparitions par dizaine qui deviennent vite la priorité de notre petite famille sur écoute – très dispersée au départ, mais que l’on va finir par retrouver – qui doivent aussi composer avec les désirs des grands bonnets politicards, comme d’habitude. Car la série va encore davantage creuser le cas Tommy Carcetti, nouveau maire, nouvelle cible et véritable arriviste fragile monté sur un siège éjectable. Une saison sombre dans chacune de ses institutions. Qui brille par ce déluge d’impasses et de violences en tout genre. Parvenir à terminer la saison sur une note d’espoir, même mince, relevait du défi.

     Bon et puisque j’en ai pas parlé précédemment, j’aimerais juste dire deux mots sur le générique, que je trouve très beau, d’une part dans la minutie de son montage, fait de gestes, objets, actions que dans son élégant choix musical qui reprend le morceau Way down in the hole, écrit par Tom Waits, dans un enregistrement différent, pour chacune des cinq saisons. C’est ce qu’on appelle La classe américaine.

     Découvert tardivement cette merveille qui peut aisément prétendre au titre de meilleure saison de série tv de tous les temps. Magnifique.

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silencio


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