Archives pour la catégorie Séries



Breaking Bad – Saison 5 – AMC – 2012/2013

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Blood money.

   9.5   Breaking Bad, Saison 5A

     Un point à la mi saison s’impose puisque les deux moitiés furent diffusées ainsi à un an d’intervalle l’une de l’autre. Bon, c’est vraiment très fort. La série n’aura jamais été si maîtrisée, fascinante et dingue. On sait que le point de retour est franchi depuis un bail mais les évènements prennent désormais une telle ampleur que chaque épisode semble enfoncer davantage le clou. Je crois qu’on n’avait jamais vu un tel déplacement d’empathie pour un personnage aussi significatif dans une fiction. Le titre de la série prend donc tout son sens. Ce n’est plus Walter pour lequel on s’inquiète mais ceux qui gravitent autour de lui, Jesse forcément mais dorénavant aussi Mike (le personnage de cette moitié de saison) ainsi que Skyler, qui a nous a beaucoup agacé par le passé, mais que l’on plaint terriblement dorénavant. L’épisode Fifty-one centré sur la cellule familiale et l’anniversaire de Walt est terrifiant, on y ressent tous le poids de cette transformation, il n’y a plus de transition, c’est déjà une forme d’adieu. Mais la saison joue aussi sur un autre terrain, moins western que dans la saison précédente, elle atteint là les plus grands polars contemporains, d’ailleurs ouvertement cités. Breaking Bad a passé un cap dans l’acceptation de son impact, de son statut hors des normes. La spirale meurtrière lancée dès la deuxième saison, sur un mode relativement passif, aura petit à petit atteint un palier supplémentaire jusqu’ici où le pire du pire est franchi. Plus que huit épisodes, putain…

Breaking Bad, Saison 5B

     Voilà, c’est fini. Pfiou, que dire ? Que c’est quelque chose d’incroyable, une série plus qu’exemplaire qui n’aura fait que monter en puissance de bout en bout, su se poser et rebondir là où on ne l’attendait jamais. Cette deuxième partie de saison accentue le recul et la nostalgie procurée par l’imminence de la fin. J’avais envie de tout revoir d’une traite, de revenir aux sources, au tout début et de vivre à nouveau, morceau par morceau, cette descente aux enfers hallucinante. Mais bien au-delà du craquage absolu (que le titre promettait) la série aura montré la passion d’un prof de chimie pour la création de sa vie (la dernière discussion avec Skyler est un sommet bouleversant) qui lui aura enfin permis de se sentir en vie – alors qu’il était mourant. On parlera bien entendu longtemps de cet épisode titanesque qu’est Ozymandias, réunissant à lui seul tout ce que l’on pouvait rêver voir dans un épisode de série mais les deux suivants – donc les deux derniers – n’ont rien à lui envier tant ils déroulent leur mécanique émotionnelle et inéluctable de fort belle manière. Chaque séquence, chaque moment, chaque mot prend des proportions énormes puisque c’est la fin. Et la boucle se boucle. Heisenberg, Walter White, Les Schwartz, Jesse, Saul, Sky, Holly, Walter Jr.. Tout devient purement anthologique jusque dans cette dernière scène qui conclut tout cela à merveille. J’étais noué tout le long de cet ultime épisode, les yeux embués. Merci Gilligan d’avoir pondu un truc pareil et bravo. Merci Breaking Bad. Série qui entre haut la main dans mon panthéon personnel.

Louie – Saison 3 – FX – 2013

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Lucky Louie.

   7.5   Je vais principalement m’attarder sur deux épisodes qui font que je considère cette saison comme la meilleure, pour le moment.

Louie, Saison 3, Episode 4

     Il y a dans cet épisode tout ce que j’adore – elle parvient régulièrement à me combler mais rarement aussi pleinement – dans la série, qui en utilisant sa faculté de glissement (certains épisodes sont parfois trop sèchement scindés en deux) parvient à ouvrir l’épisode sur une multitude d’émotions qui viennent à converger.  D’emblée, la partie Stand up sur les préjugés est très drôle et parfaitement relayée par une discussion entre Louie et ses filles dans un fast food (Les taxes des frites) et l’envie soudaine de leur trouver une belle maman, sur les remarques qu’elles lui ont proférées. S’ensuit un triple délire fantasmé sur des maîtresses d’école, une brève aventure sexuelle avec une collègue bien cinglée et enfin une rencontre magnifique avec une bibliothécaire après une autre partie stand up désopilante, sur  l’exultation en solitaire. Il y a parfois des problèmes de dosage dans la série (abus de l’absurde, du gag ou de l’exagération) mais dans cet épisode 4 je la trouve au contraire très homogène, où chaque séquence est plus ou moins complémentaire d’une autre. Le malaise coutumier est ici superbement distillé pour se révéler in fine très jouissif. Je me rends compte que je suis client de ces épisodes où l’on voit ses filles, à tous les coups. Et puis j’aime quand la série se permet de si belles boucles.

Louie, Saison 3, Episode 9

     Encore un épisode magnifique, à la fois dans la continuité dramatique (la quête amoureuse) et en rupture avec les deux précédents épisodes plus guest, exubérants (la mort d’un ami, l’absence du père, Robin Williams, F. Murray Abraham). C’est le retour de Liz (Episodes 4 et 5) ! On craignait que la série l’oublie aussi vite qu’elle l’avait fait apparaître (c’est aussi son charme, l’ellipse, passer du coq à l’âne) tant elle avait offert deux épisodes si beaux et détachés, qu’il aurait été dommage de la sortir ainsi. Pourtant on ne la verra pas. Enfin, uniquement son visage dans un rêve de Louie. Rêve qui le décide à retourner à la bibliothèque, où elle n’y sera plus, remplacée. Cette remplaçante et Louie discuteront, au sujet de cet amour qu’il a laissé filé. Elle, un peu folle, trop altruiste, l’accompagne dans sa quête. C’est un semi épisode très rohmérien au départ qui se clôt dans un café de façon aussi glauque qu’inattendue (Formidable Chloé Sevigny). La deuxième partie se joue dans son quotidien parental. Il récupère ses filles à l’école mais l’aînée semble contrariée, sans doute fait-elle son entrée dans la crise de l’adolescence. Après un agacement très Louie CKien et une bonne dose de prise sur soi (Je ne me lasse pas de ces fameux doigts d’honneur en guise de défouloir) Louie se retrouve à chercher sa fille qui serait (selon la cadette) sortie pendant sa sieste. Branle-bas de combat, inquiétudes, recherches intensives poussent Louie dans le désarroi face aux gendarmes. Magnifique séquence (en un seul plan) qui dévoile une résolution drolissime. L’épisode s’était lancé dans une quête rohmérienne et il s’achève sur un quiproquo rohmérien. Je ne pouvais qu’adorer.

     A part ça, cette saison est formidable. Le triple épisode sur le Late Show est un pur bonheur, avec qui plus est un invité de choix en la présence de David Lynch, parmi Jerry Seinfeld, Paul Rudd ou Susan Sarandon, rien que ça.

P’tit Quinquin – Bruno Dumont – Arte – 2014

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Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon.

   7.0   Bruno Dumont ne m’a jamais déçu. Et dans le même temps il n’a jamais fait mieux que ses deux premiers films, à mon humble avis. Cette contradiction se poursuit indéfiniment. Hors Satan c’était puissant mais on pensait trop à L’humanité. Camille Claudel 1915 semblait faire office de virage direct et était du même coup moins sidérant. Chaque fois néanmoins, Dumont réinvente un espace, c’est pourquoi son cinéma ne s’épuisera jamais. Espace physique, espace mental. Ce qui le rapproche des plus grands (Bergman, Tarkovski pour ne citer qu’eux) qui n’ont cessé de créer tout en refaisant. P’tit Quinquin est en ce sens une belle promesse.

     Le format série est une grande première pour le cinéaste. Et une découpe en quatre épisodes, trois heures et demi de film. Soit l’un des projets les plus excitants de l’année. On s’est beaucoup emballé depuis son passage à Cannes, certain le portant d’emblée au pinacle, film de l’année, chef d’œuvre de son auteur – Suffit de voir ce qu’il récolte de louanges dans les Cahiers. C’était presque une évidence : P’tit Quinquin allait balayer tout ce qu’on avait vu cette année. Passé cette surenchère admirative il faut bien admettre que l’on s’est un peu, beaucoup trop enthousiasmé. P’tit Quinquin ne dérogera pas à mon constat initial : Dumont c’est L’humanité et La vie de Jésus. Il y a d’ailleurs ces deux films réunis dans son dernier.

     La grande nouveauté c’est le virage comique. Changement de registre qui fait que c’est un film que j’aime beaucoup. Je ne suis pas loin même d’adorer. Je trouve Dumont assez à l’aise avec ce nouveau format, avec la longueur, avec le fait de s’éparpiller plus qu’à l’accoutumée. Je n’aurais pas enlevé grand-chose de ces 4×52 minutes. Pourtant, j’ai une réserve sur le dosage. Les passages avec les policiers, aussi drôles soient-ils ne sont pas ce que le film réussi de mieux je pense. Ils sont beaucoup trop présents, annihilent un peu trop le reste. Le film est en fait mal équilibré. Je m’en suis rendu compte car je n’ai cessé de chercher P’tit Quinquin (après tout, si l’on en suit le titre, il devrait être au centre plus que les autres) et tout ceux qui gravite directement autour de lui – Ses parents, ses grands parents, Eve, Aurélie, ses copains – surtout dans les deux dernières parties.

     Pour le reste c’est toujours évidemment un cinéma qui me parle, que je trouve très beau, exaltant, qui sait construire des blocs de séquences, les étirer tout en les laissant respirer. Cet espace mis en scène offre des moments miraculeux, aussi bien dans le tragique que dans le burlesque – la découverte de la vache dans le blockhaus, la scène de l’église. Et des trucs un peu moins heureux, attendus. Mais ça m’aura donc permis de constater que Dumont s’accommodait bien au running gag – les démarrages circulaires de Carpentier – ainsi qu’à l’exagération comique (les grimaces du commandant) et l’absurde (Ce roulé-boulé déjà légendaire). C’est vrai qu’on rit. Pas tant que ça mais on rit – Ch’tiderman, bon sang, fallait y penser. Mais le récit s’engouffre tellement que l’on finit par ne plus rire, un peu anéanti par la répétition d’un carnage d’abord improbable puis carrément incohérent. C’est toute la beauté du film je crois, sa dérive, démarrer sur les visages, les hommes et en revenir inéluctablement vers la terre, l’insondable, l’impondérable. Un mal sans visage, à la fois ici et partout et nulle part. Pour une première incursion dans le tragi-comique c’est une franche réussite et c’est donc très prometteur.

Bates Motel – Saison 1 – A&E – 2013

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No vacancy.  

   5.0   Me voilà face à un problème similaire à celui éprouvé devant Maison close. Loin d’avoir envie d’enquiller les épisodes, je me retrouve chaque fois ravi d’enchainer le suivant. Et toujours j’ai cette impression désagréable de gâchis. Ici aussi le pilot est, hormis deux ou trois idées pouraves à l’image de son ridicule cliff de fin, relativement de bonne facture. Je reste sur mes gardes mais confiant parce qu’il y a un certain soin. L’excitation naît majoritairement de Psychose, évidemment, mais la série semble vite (trop ?) bien le digérer, partir sur autre chose, on le croit banal (une mère et son fils refont leur vie dans un motel isolé après le décès mystérieux du père) et effrayant (la rapide menace d’un ancien propriétaire contrarié). Avec surtout, le sel de la relation entre Norman et sa mère, pour le moins ambiguë. Tout est bien installé mais la série va en rajouter vite inutilement, c’est dommage. Alors qu’au départ elle semblait jouer sur le terrain de l’étrangeté, elle ne prend pas le temps d’occuper l’espace et les lieux, cette demeure aux allures de maison fantôme, cette petite ville quasi Twin Peaksienne (Cette adolescente qui trimballe toujours sa bonbonne d’oxygène, un flic impassible beaucoup trop rigoureux – excellent Nestor Carbonnell, le fameux Richard Alpert dans Lost). Tout ira de travers, de pire en pire, en s’en tenant toujours à un scénario bien tarabiscoté comme il faut – dont tu comprends rapidement que ça ne tiendra jamais sur une unique saison. La série casse tout ensuite à l’image de ce parti pris foireux consistant à accentuer peu à peu la schizophrénie de Norman, sans laisser vraiment de place à la possibilité paranoïaque – A l’image de cette séquence ridicule où Norman est commandé par sa mère, présente dans le plan mais pas dans le suivant, pour bien nous faire comprendre son dédoublement de personnalité. On nous mâche tout comme ça. Et je n’ai pas pris le pire exemple. Sans compter la pelletée d’effets bien cheap, diverses incohérences et un jeu parfois excessif – Vera Farmiga m’a gonflé. De bonnes situations surnagent malgré tout mais c’est une série qui ne demande pas de s’impliquer beaucoup.

Vampire Diaries – Saisons 1 à 4 – The CW – 2009/2012

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Vampires de pacotille.  

   2.5   VD, Saison 1, Février 2014.

     J’ai d’abord pris la série de très haut, pensant que ce ne serait pas pour moi, un genre de Grey’s anatomy chez les vampires. Et bien y a un peu de ça il faut le reconnaître. Mais au fil des épisodes je n’arrivais plus à m’en passer. Alors c’est de la petite mise en scène mais c’est un gros travail de scénario surtout, plein de tiroirs, de rebondissements en tout genre, c’est l’un des trucs les plus généreux que j’ai pu voir. En un sens ça me rappelle Desperate housewives à son meilleur, divertissement parfait.

VD, Saison 2, Avril 2014.

     Je suis agréablement surpris par la générosité et le tempo de cette série « M6like ». J’avoue que parfois je bosse devant mais voilà en fait je crois que c’est une série parfaite à regarder en faisant autre chose. C’est trop attendu, trop construit, trop écrit mais tellement jouissif régulièrement que je poursuis illico sur la saison suivante. En fin de compte je crois qu’elle m’offre ce que True blood avait refusé de m’offrir et dans le même temps assume totalement sa légèreté adolescente ce que True blood refusait aussi. Pourtant, paradoxalement, ça me donne envie de me replonger dans True blood, que j’avais abandonné en milieu de saison 3, il y a trois ans…

VD, Saison 3, Mai 2014.

     C’est de plus en plus n’importe quoi et conçu comme un show télé pour ado avec des rebondissements de plus en plus improbables et hystériques mais je me répète c’est ce qui fait son charme. Cette saison est intéressante puisqu’elle se focalise essentiellement sur les vampires originels. Je ne suis pas certain de continuer pour autant. Enfin comme c’est ma série vue en bossant et que je n’ai plus de trop de boulot ça va pas être facile d’en caler entre Breaking bad, Game of thrones et Deadwood

VD, Saison 4, Septembre 2014.

     Jusqu’ici je marchais plus ou moins dans le délire, j’acceptais sa bêtise autant que son cachet uniquement divertissant mais surtout parce que ça filait à toute allure, de rebondissements en rebondissements. Les six premiers épisodes de cette quatrième saison furent insupportables de lenteur et d’autosuffisance : 4h pour raconter un truc qui aurait dû tenir sur dix minutes. Le déclic pour moi, j’ai arrêté net à la fin de ce sixième épisode. On ne m’y reprendra pas.

Real Humans (Äkta människor) – Saisons 1&2 – SVT1 – 2012/2013

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   3.5   Les cinq/six premiers épisodes sont excellents, j’attendais avec impatience le jeudi de diffusion Arte pour me replonger dans cette histoire de Hubots. Et puis la fin de première saison bifurque complètement, sombre dans la surenchère, ressemblant à une banale série américaine sans grandes idées, même si ça se suivait toujours agréablement. Pour le coup, la saison à venir ne me faisait pas vraiment fantasmer.

Je regarde alors la suivante par curiosité. Avant le dernier épisode je trouvais ça quasi catastrophique ni plus ni moins. La fin de la saison 1 augurait déjà du pire et ça s’est vérifié. Il n’y a plus de mystère, de grandes idées, tout se succède de façon hyper attendu et programmatique. La fin relève un peu le niveau, enfin sauf les dernières secondes ridicules. Je m’arrête là, définitivement.

Bref – Saisons 1&2 – Canal+ – 2011/2012

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Court sur pattes.   

   4.0   J’avais vu quelques épisodes à l’époque de leur sortie sur Canal mais pas tout, enfin surtout éparpillés. C’est inégal dans l’ensemble mais certains épisodes sont excellents. Enfin disons que l’on passe du très bon (« J’ai rencontré cette fille ») à très très mauvais (le tout dernier). Après ça se regarde vite donc même si on a deux mauvais de suite ce n’est pas si gênant tant qu’on nous en offre des bons pour souffler – bien grand mot ici. C’est surtout la forme qui donne son cachet à cette pastille, quelque part entre Fincher et Ellis, après sur 40 épisodes il était presque évident qu’il y aurait du déchet. Certains sont donc très drôles (celui de la photo, je suis fan) pour d’autres on sent vraiment le remplissage pour audiences canal…

Concernant la saison 2, rien de plus à ajouter par rapport à ce que je pensais de la saison de lancement. C’est le même parcimonieux plaisir, les mêmes grosses réserves. C’est aussi une saison plus paresseuse, qui invente moins de situation qu’elle ne joue sur la répétition (Une circonstance est par exemple étirée sur quatre épisodes). Il y a des trucs abominables, avec des vannes éculées pour ados boutonneux et d’autres petites choses un peu plus subtiles. Mais bon, honnêtement, ça reste une pastille tout ce qu’il y a de plus dispensable.

Braquo – Saison 2 – Canal+ – 2011

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Truands.  

   1.0   La troisième saison se fera sans moi. J’ai trouvé ça nul. Je n’étais déjà pas très attaché à la première mais celle-ci fait encore plus fort. Les personnages sont tous exécrables. On dirait presque une parodie des films de Marchal, pas facile à faire j’en conviens. Nombreux dialogues m’ont fait éclaté de rire tant ils sont ridiculement sur-écrit et mal joués. Et cette image… Rien à sauver. Heureusement que je matais la sublime quatrième saison d’Engrenages en parallèle car c’est à te dégouter des séries policières françaises.

Fargo – Saison 1 – FX – 2014

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   7.0   Qu’allait être ce nouveau show FX produit par les Coen, arborant le titre du chef d’œuvre des frangins ? J’étais fébrile mais plutôt confiant, d’autant que j’en avais entendu beaucoup de bien. Et je savais Fargo capable d’aller plus loin, j’ai toujours trouvé que c’était un film qui en gardait sous la pédale, à bon escient. J’aime sa sécheresse, son caractère elliptique, ses mystères. Mais pourquoi pas. Un peu plus de folie, de cinglés, d’absurde, de neige (il m’en faut peu je me rends compte).  Sur bien des points, la série a comblé mes attentes. Pas haut la main, mais à l’aise, disons, par petites touches. Déjà il faut dire qu’on a là une création de qualité, soignée, post Breaking Bad, en somme. C’est ambiant, subtil et jouissif comme on aime. Avec en chef de file des bonnes idées, un méchant hallucinant, sorte de monstre doux, en roue libre. Tu voudrais soit changer de trottoir en regardant tes pieds ou lui faire un câlin tellement il est génial, c’est selon. Immense Billy Bob Thornton. A lui seul la série tient désormais une place de choix dans les polars dingo. Il y a d’ailleurs lui et les autres, c’est un constat un peu désarmant mais c’est ainsi. On le cherche beaucoup au début. Après, il y a surtout deux séquences marquantes : Une lente poursuite dans un brouillard bien épais et une fusillade hors champ. On peut trouver ça clinquant, moi j’adore. Je trouve que la série, dans ces instants violents et détachés (ajoutons-y la scène de l’ascenseur) s’extirpe parfaitement de la zone de confort que le film lui offre trop volontiers. Il y a aussi une discussion entre Lorne Malvo et le gérant du restaurant, Lou Solverson. L’écriture y est sublimée. Malgré la belle impression qu’elle me laisse, je trouve que la série avec ces éléments mis bout à bout, souffre de la comparaison avec un True Detective, autre anthologie sortie cette année, bien qu’une fois encore je me répète, je trouve ça largement qualitatif. Mais sans doute pas assez radicale à mon goût je pense, trop certain de son impact, manque de prise de risque, trop explicative aussi, cartésienne. True Detective était imprévisible et déceptif, c’était sa force. Fargo est imprévisible, certes, mais reste confortable. Pas suffisamment fou pour susciter la fascination. Je conseille néanmoins à tous d’y jeter un œil. Encore davantage à ceux qui n’adorent pas le film des Coen d’ailleurs.

Un village français – Saison 4 – France3 – 2012

UN VILLAGE FRANCAIS

Il était une fois en France.  

   8.0   La série continue sur sa lancée, proche de l’excellence, bien qu’elle adopte ici une construction tout à fait étonnante. Il y a comme deux saisons en une. Deux parties bien distinctes avec les six premiers épisodes (couvrant la période du 21 au 24 juillet 1942) centrés majoritairement sur l’école de Villeneuve dans laquelle sont placés les juifs en attendant leur déportation. Puis six épisodes suivants (8 au 12 novembre 1942) évoquant surtout les divers actes de résistance entre mouvement gaulliste, communistes et opérateurs radio. Partie absolument fascinante (sans doute ce que la série a réussi de mieux jusqu’ici) construisant un crescendo d’angoisse (mettant en parallèle les réunions résistantes et les tentatives d’interventions policières) jusque dans son épisode final ahurissant.

     Concernant les personnages, il y a beaucoup d’évolution. Entre ceux qui restent, ceux qui s’effacent, les autres qui prennent en consistance et ceux qui disparaissent momentanément. Les trois années sous l’Occupation racontées sous forme d’ellipses, creusent avec brio chaque individualité. Marchetti par exemple, le petit inspecteur à gerber, est devenu un personnage irremplaçable, délogeant même Daniel Larche de son trône. Immense raclure qui commence à être rongé par une culpabilité convoquée par ses sentiments envers une jeune juive qu’il tente de mettre à l’abri. C’est lui qui offre à cette fin de saison une toute dernière séquence absolument déchirante.

     C’est la réussite de cette série que de continuellement faire évoluer ses protagonistes, coincés dans une cage ouverte, pour une durée incertaine, jamais blanc ou noir mais inéluctablement dans la transformation car ce sont des personnages du présent, ils n’ont pas notre conscience des tenants et aboutissants. Rarement autant de nuances n’auront été apportées dans le traitement de chaque entité. Bon, il y a bien d’infâmes pourritures irrattrapables, comme la mère Schwartz et le nouveau maire, que tu voudrais voir crever plusieurs fois si c’était possible, mais ils ne sont pas sur écrits, ils semblent seulement symboliser ce qui devait se faire de pire dans l’arrivisme et la suffisance bien française.

     Mais c’est surtout un beau document sur la France occupée et les groupes de résistances en marge, le plus beau vu jusqu’alors, depuis le Lucie Aubrac de Claude Berri, la distinction c’est que le Village et ses noms sont eux entièrement fictifs. La série continue donc d’écumer l’Histoire en éludant les poncifs. L’idée est de rester dans cette ville, fictivement appelée Villeneuve, d’avoir des nouvelles de la France par la radio, les résistants ou les policiers mais jamais autrement. L’image ne sortira jamais de Villeneuve. Il est donc beaucoup question du pacte germano-soviétique, d’impressions de tracts, les parachutés depuis Londres mais on ne parlera jamais de rafle ou de camp. Tout juste sont évoqués Drancy et Varsovie, mais en acceptant que ces destinations nommées n’aient pas le même écho pour nous que pour les personnages.

     A part ça, je continue d’adorer Richard Sammel. Il a beau souvent joué des rôles de nazis, c’est fou ce qu’il peut être terrifiant avec son parlé très lent, très articulé, très ironique. La séquence où il se trouve au restaurant avec Hortense Larché est un sommet de monologue abject tout en décontraction forcée. Son personnage plus que l’acteur lui-même d’ailleurs, est d’une richesse incroyable. Et que dire des rôles de résistants ? Marie Germain, Marcel Larché, Albert Crémieux… Jamais la série n’aura été si généreuse, si substantielle. Bref, c’est un indispensable. Quatre saisons de très belle tenue. Et dire que j’ai la cinquième sous le coude…

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