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Banshee – Saison 1 – Cinemax – 2013

12039583_10153173841737106_1847437572189390287_nLes damnés.

   8.0   Je me suis enfin mis à Banshee et je ne regrette pas. Je suis resté sceptique le temps du pilote. Sentiment mêlé de C’est cool mais bien bourrin, quand même. Puis je l’ai accepté très vite : Sa démesure, sa stylisation outrancière, son extrême violence, son univers hypersexué, ses enjeux en apparence bas du front. En gros, si ça ne se bat pas ça baise. Ou l’inverse. Ou les deux. Le combat pour la forme entre Hood et Proctor (archi attendu, depuis le temps) est l’un des trucs les plus gay (badass) friendly que j’ai pu voir. Sauf que Banshee a du coffre. Un grand coffre plein de trouvailles, de folies et de profondeur.

     De quoi ça parle ? En gros, un type sort de prison, file vers une petite ville de Pennsylvanie située en plein territoire Amish et prend l’identité du futur sheriff local qui s’est fait buter. Ce sera Lucas Hood. Un voyou dans un uniforme de flic. Prêt à faire régner l’ordre à sa manière puisqu’il va le découvrir, Banshee, aussi paumée soit-elle, renferme les truands les plus barges de la Terre. Il va y croiser des fous mais aussi (c’est le pourquoi de sa présence) Anastasia, son amour d’antan, son binôme de quatre-cents coups, qui depuis quinze ans, s’est fabriquée une nouvelle vie.

     Je suis à ce titre souvent touché par la teneur tragique qui alimente chaque épisode. Disons que ça pourrait juste être de la série B bien troussée, bien grasse mais ce qui se dessine à mesure entre les personnages, notamment entre Hood et Anastasia (la fin de l’épisode 7 est sublime) voire entre Proctor et sa famille, Anastasia et sa nouvelle famille rend le truc plus fort qu’il n’y parait.

     Chaque épisode contient donc une énergie qui lui est propre, son morceau de bravoure et son pouvoir de jubilation. L’épisode du boxeur m’a scié. Un déclencheur, un vrai. Celui de l’albinos m’a comblé. Sans parler de l’interminable combat entre Olek et Anastasia – quoiqu’un poil moins puissant, souffrant d’un montage parallèle assez médiocre – ni de l’incroyable fusillade finale. En terme de mise en scène c’est certes parfois confus et grossier, mais c’est justement ce côté gras et rageur que j’aime bien, ça va au bout de son délire voire de son mauvais goût. Quelque part je lui donne le même crédit que pour un Mad Max, Fury road.

     Au départ, les personnages sont assez caricaturaux au premier abord : Le gentil bad guy, les filles qu’en ont, le méchant bien méchant ; Mais si l’on creuse sous le vernis, au-delà du fait que je trouve cela purement jouissif et expérimental dans son approche de la violence, il y a aussi des choses terribles qui se jouent (sur le couple, sur les traces du passé, sur l’impossibilité de s’extirper de la spirale du mal) et d’ailleurs on pourrait dire que c’est le maître mot de la série, de creuser : On y creuse le passé, la chair, les miettes d’une passion dévorée par le mal familial, on y creuse même littéralement dans la scène finale de la saison une, pour revenir aux origines du cas Lucas Hood.

     Il y a encore une multitude de zones d’ombre, dans la mesure où le récit s’épaissit d’épisode en épisode, n’hésitant ni à user de flashback en tout genre, ni à changer de point de vue, ni à alimenter la sauce au moyen de nouveaux personnages, qui peuvent très bien prendre de la place ou se faire dégager aussi vite qu’ils ont débarqués. Il n’y a pas de règle. Enfin une seule : Chacun d’entre eux est extrêmement bien travaillé et quand c’est le cas, fascinants d’opacité et de violence contenue.

     Pour le moment je ne vois aucune vraie fausse note, dans le sens où si un truc me dérange il est chaque fois compensé par deux trucs géniaux. J’ai rarement vu un show aussi beau et sale à la fois. Il y a un tel engagement dans chaque épisode, que je me dis toujours que je ne verrai pas mieux ensuite ou que ça va finir par me saouler. Mais à tous les coups, non, je suis fou jusqu’au générique final. Bref, je trouve ça dément. Je jubile. C’est le défouloir dont j’avais besoin ces temps-ci. Enfin une série B généreuse, vraiment généreuse et passionnante à tous les niveaux. Et des comme ça, perso, j’en ai pas vu beaucoup.

Orange is the new black – Saison 2 – Netflix – 2014

11800044_10153058839012106_351754608782205867_nA Whole Other Hole.

   6.0   Je suis un chouia moins enthousiaste que pour la première saison que j’avais quasi regardé d’une traite. Là je reconnais avoir un peu décroché par instants, j’avais l’impression d’un truc un peu plus mécanique et attendu (J’ai vraiment tout vu venir). Peut-être que je suis déçu d’avoir un peu perdu la Piper des débuts. Là d’une part elle passe derrière (tout ce qui tourne autour de Vee & Taystee) et d’autre part elle traverse vraiment une période super violente. Cette saison est d’ailleurs nettement plus dark et du coup moins séductrice – à l’image de cet épisode d’entrée en matière très déstabilisant et ce d’autant plus qu’il fait apparaître la Tyler (Lori Petty) de Point Break, 20 ans de plus au compteur, grosse douleur en ce qui me concerne. Néanmoins j’adore les flash-back, je les trouve vraiment plus beaux que lors de la première saison. Ainsi que tout ce qui se trame plus haut, entre Caputo et Figueroa, avec les détournements d’argent, tout ça. La tempête tropicale vers la fin, vécue de l’intérieur, c’est vraiment très chouette. Et puis faut quand même reconnaître que ça se regarde pépère, aisément en binge-watch.

Bates motel – Saison 3 – A&E – 2015

11696028_10153058838887106_1940898933344143458_nLes rames.

   4.0   J’ai ramé pour finir. Mais voilà je suis donc à jour. Et c’est toujours aussi médiocre. Alors bien entendu quelques instants sortent du lot mais globalement c’est archi poussif et puis c’est dingue comme il se passe toujours plein de trucs et qu’en fin de compte il ne se passe rien. La série n’a pour ainsi dire pas évolué (au niveau du questionnement sur la pathologie de Norman) depuis la saison 1. C’est inquiétant. Un léger mieux pour l’ensemble sur la toute fin, néanmoins.

The Affair – Saison 1 – Showtime – 2014

11742685_10153027482422106_504544373456523111_nAu-delà du souvenir.

   9.0   Noah, néo quadra, est prof et écrivain à ses heures, marié et père de quatre enfants. Un gars de la ville, sans histoire. Alison, la trentaine, est serveuse dans une petite bourgade près de la mer. Une femme mariée qui transporte une blessure récente et terrible. Tous deux vont se croiser et s’aimer follement plus ou moins dès le premier regard. The Affair fait le pari de raconter cette relation en sectionnant chaque fois son épisode en deux parties, l’une offerte à Noah (Impeccable Dominic West), l’autre à Alison (Divine Ruth Wilson).

     Ce qui est beau dans le pilot c’est de voir combien cette future rencontre est vécue de manière prémonitoire dans la partie offert à Noah et complètement hasardeuse, du côté d’Alison. Pour elle c’est un jour habituel si ce n’est que Montauk reçoit ses estivants. Pour lui c’est un flirt à l’honneur dans une ouverture à la piscine municipale où il se laisse gentiment séduire par une jeune femme, qui au sortir se dérobe aussitôt découvert l’alliance au doigt de sa proie. Mais l’épisode, l’air de rien, s’ouvre sur une subtile odeur de mort qui fera forcément écho avec le drame vécu par Alison – C’est d’abord le fiston qui simule un suicide au moment du départ, plus tard la plus jeune qui s’étouffe avec une bille, sans conséquence. L’idée est d’ailleurs double puisque l’étouffement se déroulera dans le restaurant dans lequel travaille Alison, encore fragile, je n’en dis pas plus. Je ne parle qu’exclusivement du pilot, là. Quoiqu’il en soit, tous les relie, inévitablement. La ville rencontre la campagne. L’apparente tranquillité familiale entre en contact avec le drame familial qui a tout brisé. Les différences d’âge aussi, se collisionnent.

     Les trois premiers épisodes, aussi sublimes soient-ils, pourraient dégager un schématisme rugueux dans lequel chaque partie serait le miroir déformé de la précédente sur un laps de temps et de situation similaire, avec comme seule différence notable le point de vue. Celui de Noah, puis celui d’Alison. Le quatrième épisode, construit pourtant pareil en apparence, brise cette habitude, la partie Alison débutant là où s’achevait la partie Noah. Pendant qu’ils font l’amour, pour la première fois. Un tournant. C’est d’ailleurs un épisode qui leur est entièrement dévoué, leurs maris et femmes restant hors-champ pendant l’heure. Tout se passe à Brock Island, lieu d’évasion vers lequel on file par le ferry, à l’intérieur duquel on se perd entre petites boutiques, phare et falaises. L’épisode suivant reprendra le schéma initial mais inversera l’ordre des points de vue, comme si le récit venait empiéter et dévorer la construction même, accentuer le mystère, le vertige et faire exploser la discrétion de cette double relation adultère.

     Ce qui ne change pas c’est le degré d’investissement et de détermination qui réside en chacun des deux personnages, évoluant au gré des souvenirs respectifs. L’un étant systématiquement plus entreprenant dans le souvenir de l’autre. Et ce que l’on retrouve aussi systématiquement ce sont ces brefs flashes forward d’interrogatoires dans lesquels on comprend qu’ils sont tous deux questionné sur une affaire de meurtre, qui s’éclaircit à mesure que la série progresse – On pense au procédé utilisé dans True detective, excusez du peu. Du coup on peut aussi voir cette somme de souvenirs comme le récit que nos deux personnages racontent et tentent de se remémorer (voire écrire) plus tard – Aucun élément n’est donné à propos de la temporalité. C’est une donnée importante dans The affair cette dislocation temporelle. Dans quelle sphère se situe cette partie thriller ? Quels sont les écarts de temps entre les différentes rencontres entre Alison et Noah ? Un moment donné, plus ou moins vers la moitié de la saison, on comprend que les vacances se terminent, on comprend alors que l’on vient de voir une passion cachée de huit semaines. Et que tout est censé s’arrêter net, comme ça, aussi parce qu’il y a une affaire de drogue pas très reluisante d’un côté et un problème avec la plus grande des filles de l’autre. Une fois de plus, quoiqu’il en soit, on nous prend au dépourvu. On quitte un peu Montauk, on retrouve Blooklyn. Comment se relever de ce changement d’axe ?

     Il faudrait s’attarder davantage sur l’écriture  tant c’est une merveille de tous les instants. Jusqu’aux dialogues les plus insolites à l’image de celui entre Noah et son beau-père lequel on comprend a traversé jadis une situation similaire qui lui a permis de se jeter à corps perdus dans son meilleur livre. C’est dingue comme les personnages les plus secondaires et à priori les moins aimables sont écrits avec intelligence et subtilité. Ils existent parfois en trois répliques voire en un regard. Le fils de Noah, la mère d’Alison, Whitney, Le flic, Oscar. Il y a aussi cette thérapie de couple en filigrane, qui évoque de loin cet immense joyau qu’est Tell me you love me. Ou là le poids de cet enfant disparu la puissance insondable de cette merveille qu’est Mildred Pierce. La fragilité du couple, d’un côté comme de l’autre. La difficulté d’être parent. La mort qui rôde sans cesse. Et l’eau qui est partout, piscine comme océan, lieu dans lequel on repense ses origines. Et la force mystique des lieux : ici un ranch en sursis, là un appartement ou une chambre d’hôtel, tout prend une envergure dramatique hallucinante. C’est tout ça à la fois The Affair, pas moins. C’est d’une force inouïe en continu.

     On aurait seulement pu craindre un essoufflement avec l’arrivée de la fin de l’été, qui convoquait donc la fin (provisoire) de la relation. La série rebondit alors et dilate (encore davantage) le temps. Les ellipses sont plus imposantes et parfaitement travaillées – On parle de quatre mois depuis l’été ici, on ressent presque la boucle annuelle là. Il y a quelque chose de complètement délirant dans notre rapport à la temporalité qui se rapproche de ce que vivent Alison et Noah, qui ne sont plus ceux qu’ils étaient et ne considèrent plus seulement leur relation comme un plaisir instantané. Les aveux mutuels de l’épisode 7 sont d’une puissance et d’une justesse rare – cette séquence entre Alison et Cole sur le trottoir, sublime. Et le tragique qui enrobe l’épisode suivant absolument magnifique – La séquence du coffre à jouet, j’étais inconsolable. J’ai chaque fois l’impression que la série ne se relèvera pas des nouvelles données qu’elle se crée. C’est fascinant.

     Reste un dernier épisode pour le moins troublant. D’une part car ce sont des nouvelles vies qui nous sont données à voir, on a presque l’impression d’avoir manqué des épisodes. D’autre part car la collision dorénavant habituelle qui va se produire entre Alison et Noah est racontée très différemment cette fois, selon le point de vue, contrairement aux infimes détails changeants de leurs précédents souvenirs. Un souvenir comme celui-ci n’a aucune probabilité d’être perçu avec autant de différence d’un cerveau à l’autre. Mais bon, qu’en est-il vraiment de ces interrogatoires ? Des bouleversements conjugaux à répétition ? Où est la frontière entre le souvenir et le fantasme, la vérité, l’altération et le mensonge ? Que penser de cette toute fin de saison ? La temporalité fait encore des siennes. Des années ont passé ? Qu’importe. J’ai appris que The Affair avait été renouvelée et donc écrite sur trois saisons, on est donc en droit de penser que les zones d’ombre sont encore nombreuses. Inutile de tourner autour du pot, je pense sincèrement que c’est le truc le plus fort et prometteur vu cette année avec The leftovers.

True detective – Saison 1 – HBO – 2014

11737962_10153027482457106_112149606836020473_n     (Suite)    Je m’étais promis de me faire une rewatch blu ray quand les grandes chaleurs apparaîtraient, car oui je ne vois pas meilleures séries se mariant de façon aussi adéquate avec un climat bien moite et aride. La canicule d’il y a dix jours était parfaite. J’ai regardé ça en quatre jours, deux épisodes par soir. Plus rien ne comptait. Il y a des films que j’aime revoir tous les ans ou tous les deux ans, dont je ne me lasse pas. True detective, saison 1 (je me lance dans la saison 2 courant Septembre) sera la première série que je reverrais volontiers tous les ans à cette même époque. Je pense que je ne m’en lasserai jamais. Je la trouve parfaite, de la première à la dernière seconde.

Bates motel – Saison 2 – A&E – 2014

11752552_10153027482452106_4985216919197440082_nL’Insoutenable Vérité.

   3.0   Bien que l’on sentait déjà l’orientation mainstream pour ménagère dans la première saison, en tout cas bien loin de ce qu’un fan de Psychose est en droit d’espérer, la série se suivait gentiment, parfois même agréablement. C’était dispensable mais pas honteux. Ce deuxième acte accentue son entreprise de démolition du bon goût, tout est dans le surlignage et le grand n’importe quoi. Et puis c’est sans cesse hyper affecté comme si le drame couvait partout, en permanence, du matin au soir, alors que concrètement il ne devrait pas se passer grand-chose. La série multiplie les storyline secondaires allant du plus intéressant comme l’idée de cette route de déviation en chantier qui priverait le motel de ses touristes habituels, faisant donc sortir Norma Bates de ses gonds, au plus wtf soit tout ce qui tourne autour du deuxième fils Bates, qui fait vraiment office de scénar annexe de remplissage.

     Toute la relation mère/fils sur laquelle le capital mystère constitue ce sur quoi repose intégralement le show, est archi exagérée pour que l’on comprenne bien que le caractère psychotique de Norman vienne bien de celui de sa mère. Vera Farminga je la claquerais, sérieux. Elle est nulle, toujours dans l’excès, hallucinée non-stop, autant dans ses paroles que dans son regard. C’est à ne pas comprendre la moitié des réactions de son entourage. Enfin disons que ça clignote à des kilomètres qu’elle est cintrée alors comment ce flic, qu’on nous présente comme un détective haut de gamme, puisse ne pas le discerner ? Bref, c’est à l’image du reste, ça ne tient pas debout. Et je ne parle pas de mise en scène, pas la peine, tant c’est niveau série passe-temps, rien de plus. Reste que j’ai bien envie de savoir jusqu’où ils vont s’enfoncer dans leur délire. Et puis j’aimerais bien que ce soit un peu malaisant tout ça et si l’on en croit le cliff à la mords-moi-le-noeud du season final ça a tout pour devenir bien glauque de l’intérieur. On peut toujours rêver. 

Engrenages – Saison 5 – Canal+ – 2014

11049562_10153004276477106_780180919799672690_nLes réprouvés.

   8.5   Je suis à la fois hyper enthousiaste et mesuré. D’une part je trouve que la scission de la fin de l’épisode central casse quelque peu la dynamique car franchement, la première partie de saison est haut la main ce que la série aura fait de mieux, c’est ahurissant de maîtrise, de suspense, de densité, de zones d’ombre, de filatures. Franchement, c’est du niveau The Wire, sans forcer. C’est éblouissant dans la construction, vertigineux dans le tempo et ça ne redescend jamais. Mais le final du 6, c’est une tarte, une vraie. Réaliste, absurde et brutal à la fois. Avec le recul on peut se dire qu’on l’attendait tant tout ne tenait plus qu’à un fil et tant le climat n’avait jamais été si électrique à l’image de l’altercation entre Gilou et Tintin ou de ces étranges saignements de nez de Roban.

     La suite est très bien malgré tout, essentiellement le dernier épisode qui m’a fichu dans un état de stress sans précédent. Mais c’est un peu plus du Engrenages comme on l’attend, comme on la connaît. Il y a deux trucs forts : d’une part l’exploitation pleine du season final dernier, on a vraiment la sensation de ressentir son impact dans chacune des situations. Sami n’est plus, Brémont est éclipsé, Herville sur la sellette, Laure dans un deuil violent, Tintin s’en veut de ne pas avoir été là quand Gilou, curieusement se retrouve à composer avec tout ça et à recoller les morceaux – Un comble lorsque l’on se remémore les saisons précédentes, même s’il ne sera pas vraiment épargné plus tard non plus.

     Puis il y a La thématique globale, subtile et surlignée à la fois : l’idée que ce soit la saison des enfants. Pas pour les enfants, loin de là, mais sur les enfants et la tourmente des parents ou futurs parents. Ce n’est que ça. Au départ, une fillette est retrouvée morte dans les bras de sa mère, noyée elle aussi, dans un canal. Au départ toujours, on apprend que Laure Berthaud est enceinte. Au départ encore, le principal suspect de ce double meurtre n’est autre que le père, en fuite avec son petit garçon. Au départ, continuons, Tintin ne rentre plus chez lui, insupporté par ses gosses tyrans. On ne peut pas faire plus clair. Plus tard, c’est une bande de filles que l’on recherche, que l’on suspecte, au détour d’autres recherches et suspections, comme Engrenages sait très bien nous en concocter, au beau milieu d’une histoire de vol de sac, de la mort d’un policier en fonction, de braqueurs de Dab ou de recèle organisé.

     De nombreuses storyline qui se croisent ou non, comme d’habitude, mais avec une fluidité encore plus déconcertante ici. J’aime beaucoup quand la série parvient à me donner le vertige de la sorte. A la fin je commence davantage à tout sentir venir même si, soyons honnêtes, tout fonctionne admirablement. C’est juste que cet entonnoir inévitable commun entre le destin de l’enfant de la capitaine, cette nouvelle petite fille enlevée, cette autre agressée par des chiens et celle bourreau que sa mère a toujours rejeté, crée une légère sensation de trop plein. Sans compter la mise en scène d’un final complètement ratée.

     Quoiqu’il en soit, c’est l’une des plus belles choses que j’ai vu cette année en matière de série, du niveau des quatre dernières saisons d’Engrenages (Série ô combien indispensable je le répète) qui fait d’ailleurs la part belle aux filoches (pour reprendre les mots d’usage) bref le bonheur. J’aurais pu tout mater d’une traite tellement j’étais à fond. Je suis juste déçu de ne pas pouvoir crier que c’est la meilleure saison du show et la seule série avec Breaking Bad où chaque saison est nettement meilleure que celle qui précède tant dans ses six premiers brillants épisodes il n’y avait à mes yeux absolument pas photo.

Louie – Saison 5 – FX – 2015

11705172_10153004276442106_4016946128981677506_nSurplace.

   6.0   Louie et moi, ça pouvait devenir l’amour fou. Soyons clairs, je tiens les saisons 3 et 4 comme étant les plus belles choses en format 22min sorti durant ces deux dernières années. Cette nouvelle saison avait tout pour transformer l’essai dans la mesure où elle apparaissait plus condensée : Huit épisodes seulement contre 13 et 14 pour les précédentes. L’occasion de sectionner le gras, de ne garder que la sève. Bon, n’y allons pas par quatre chemins, je suis déçu. Hormis le double épisode final, assez beau, je trouve que c’est un Louie en sous-régime, sûr de lui, en pantoufle. Il y a évidemment encore des choses savoureuses mais deux fois moins, donc et comme il y a toujours très peu de lien entre les épisodes, tout s’enchaine sans déplaisir mais sans non plus s’extraire de cette limite rébarbative. Et puis pour la première fois, on a un peu l’impression de voir un petit programme sous forme de catalogue très préparé : Louie qui se trompe de soirée, Louie et son vieux pote beauf, Louie et son frère, Louie et Pamela, Louie et ses cauchemars. Seule la fin, en miroir, à Cincinnati et Oklahoma City se distingue quelque peu du reste. Sans toutefois arriver à la cheville de Louie à son meilleur, dommage.

Rectify – Saison 2 – Sundance Channel – 2014

20084_10152981930157106_2975155801878573061_nWeird as you.

   7.5   C’est une très belle saison dans la continuité de la première, qui parvient même à faire mieux à raison d’un récit nettement plus dense, à l’ambiance plus éthérée, hypnotique. Si Daniel est toujours bien entendu le point de convergence, celui autour duquel chaque parcelle d’écriture se développe, à l’image de ce régulier flash back prison qui s’immisce parfois dans le présent – pas forcément ce que la série fait de mieux à mon avis – c’est surtout un temps offert aux personnages secondaires et donc à la petite ville de Paulie qui marque cette fois davantage. En particulier Teddy, le beau-frère, élément déjà éminemment problématique dans la première saison, qui est ici au bord de la rupture, autant professionnelle que conjugale. Je garde toutefois quelques réserves, essentiellement dans la première partie de saison où l’extrême lenteur de la progression narrative me parait un peu forcée. Il y a par exemple des moments illustrant le quotidien (Amantha à la caisse du supermarché, pour ne citer que le plus évident) qui sont plus faibles que le reste. Mais finalement, Rectify trouve de plus en plus son tempo, s’affirmant d’épisode en épisode, en brouillant constamment les cartes, dégageant un lot de nuances considérable. Si bien que l’on en sort aussi désarçonné que Daniel qui, au-delà de cette liberté intérieure qu’il a inévitablement déniché en cellule, ce nouvel espace-temps qu’il y a construit, il semble lui-même ne plus savoir s’il est innocent ou coupable (« I’m not a good guy » ne cesse t-il de répéter à Tawney) de ce meurtre dont il a finalement été disculpé trop tard, continuant ainsi de le hanter au quotidien, aussi bien au niveau mental que physique, familial ou politique. Quelque chose de terrible se noue à nouveau puisque l’affaire reconsidère les preuves Adn en revenant sur les aveux d’époque de Daniel, qui pourraient aussi avoir été donné sous la contrainte. Tout est flou pour tout le monde (l’enquête judiciaire aussi) et ce d’autant plus que le temps a fait son travail, qu’il est irrécupérable comme la mémoire qui se brouille. Six épisodes pour traiter cela, c’était peut-être un peu juste. Dix probablement trop. Qu’importe, il y a vraiment quelque chose de saisissant là-dedans, d’autant que Rectify offre pourtant dans ce cauchemar au carré des instants de grâce pure. C’est Six feet under qui croise Top of the lake. Bref, c’est très beau.

Orange is the new black – Saison 1 – Netflix – 2013

11402758_10153004276407106_3428460377519225639_nFucksgiving.

   7.0   C’est un postulat de départ très enthousiasmant, parce que très simple, efficace autant qu’improbable : Piper entre en prison pour quinze mois. Pour une vieille affaire vieille de dix ans, où elle fit la mule par amour, avec succès. Et aujourd’hui, alors qu’un invité mystère l’a balancé, la voilà en taule aux côtés de son ex, une histoire aussi vieille de dix ans, avec laquelle elle a partagé ce qui l’amène aujourd’hui en prison.

     La série s’intéresse à tous ses personnages, creusant chacun au moyen de flashback, qui s’insèrent avec un bel équilibre entre les séquences du présent, en prison. Chaque épisode suivra d’ailleurs l’une des incarcérées (ayant le plus de rapport avec Piper, évidemment) pour nous montrer le pourquoi de sa présence ici. Quant aux lieux : Douches, réfectoire, cour extérieure, dortoirs, trou… la série cartographie avec aisance et punch chaque recoin de l’établissement.

     Ce qu’il y a de génial c’est de voir comment la prison est le reflet de la société, avec ses clans, ses réseaux, ses jeux de pouvoirs, ses conflits, ses discriminations. C’est bien plus compliqué qu’une simple opposition dichotomique même si c’est ce qui s’en dégage en apparence. Blancs, noirs, hispaniques, vieux, religieux. Les clans se forment de cette manière-là. On y décrète même, après vote, une représentante dans chaque groupe de détenues. La série prend même le temps de travailler les relations hiérarchiques au sein de la prison (j’adore Caputo), ainsi que la vie en dehors pour Larry (Jason Biggs), le fiancé de Piper.

     Orange is the new black brosse le cliché en le détournant au maximum, usant de nuances, d’étoffe dans les relations, qu’elle abreuve, qu’elle détruit. C’est passionnant. D’autant plus que le mélange entre la comédie et le drame est savamment dosé. C’est à la fois hyper violent (humiliations, viol, suicide…) tout en trempant dans un climat de « feel good movie » en permanence.

     Et puis il y a du monde donc de la matière. Aussi bien d’un côté que de l’autre, prisonnières autant que matons. Si l’écriture continue d’être à ce point dense ça peut vraiment devenir top. Sans oublier que c’est addictif à mort. On a dévoré les treize épisodes en trois jours. Bref, je suis archi confiant. Et puis bon, deux acteurs d’American Pie, j’étais déjà en terrain familier. Hâte de retrouver Crazy eyes et les autres.

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