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Urgences (ER) – Saison 2

32 (2)What life ?

   8.0   Très belle deuxième saison, dans la lignée de la précédente. Je n’ai pas grand-chose à en dire, en même temps j’ai déjà fini la suivante, sur laquelle je reviendrai davantage, tant elle me parait absolument sublime, démente, la plus belle des trois jusqu’ici. Je voulais juste rebondir sur un épisode, pas forcément le meilleur, mais qui représente assez bien ce que j’aime dans la série. Il s’agit de celui où Clooney sauve un petit garçon coincé dans un canal. On a souffert avec lui. Bon, moi on peut me la faire à l’envers cent fois quand y a des gosses. Mais surtout, pour revenir un peu dessus c’est marrant de voir combien c’est du pur Urgences dans sa finalité. Car on sait rapidement que le petit va s’en sortir, puisqu’il est le prétexte pour permettre à Doug de rester aux Urgences (il venait de se faire virer). L’épisode pourrait donc se contenter de ça et nous faire un happy end super niais. Mais en parallèle une petite fille s’est fait renverser par une voiture. On pense qu’elle va s’en tirer mais c’est en fait elle qui succombe, après clampage d’aorte et tout le toutim. C’est cet équilibre cruel là que j’aime beaucoup. C’est un tout. Il y a des choses très dures mais on ne prend pas le temps de s’appesantir trop dessus ni de s’en servir comme déclencheur purement mélodramatique.

The walking dead – Saisons 1 à 5

twdNotes sur les walkers.

   6.0   Saison 1.

     15/10/13 : Dans l’ensemble j’aime bien. Je ne trouve pas ça fou et je reste quelque peu sur ma faim (probablement dû au petit nombre d’épisodes). L’avant dernier épisode, petit bémol, est pas loin d’être nul malheureusement (surtout après l’excellent quatrième). C’est suffisant pour que je poursuive avec intérêt néanmoins.

Saison 2.

     08/04/14 : Super saison ! Complètement différente de la première, arborant un faux rythme dans la première moitié avant le tournant – la scène de la grange. Quelques fautes de goût, quelques épisodes qui ronronnent, mais dans l’ensemble ça remplit parfaitement son cahier des charges, preuve en est que je fais la trois dans la foulée. Bref, c’est hyper addictif quoi.

Saison 3.

     14/05/14 : Une saison inégale : Excellente première partie et une seconde plus feignante. Néanmoins, j’aime beaucoup dans sa globalité, je trouve qu’au-delà de cette « sagesse » la série offre de belles choses, de belles parenthèses (Morgan), de douloureuses surprises (Monstrueux épisode 4, j’en ai pleuré) et tente parfois de dire quelque chose du désespoir de fin du monde qui règne inéluctablement et de la folie des hommes. Et puis j’ai commencé la Bd en parallèle et je trouve que la série se démarque clairement du matériau original ce qui lui permet d’éviter la comparaison.

Saison 4.

      18/06/14 : Meilleure saison des 4. Je n’irai pas jusqu’à dire haut la main car il y a encore ci et là des choses qui me dérangent mais la saison se démarque clairement, de part sa construction déjà, scindée en deux parties mais aussi parce que les personnages sont mieux dessinés, les interactions mieux écrites. Et puis j’aime l’idée que la moitié de cette saison se déroule le long d’une voie ferrée, ça confère à la fois un objectif concret autant qu’un désespoir inéluctable. On ressent d’ailleurs enfin cette sensation de fin du monde, de groupe qui ne survit qu’à un fil, au jour le jour, sans lendemain possible. Et puis elle contient le plus bel épisode de la série, le 4.14, superbe, terrassant, parfait. Car au-delà de l’audace narrative (puisque ça vient peut-être des comics je ne sais pas je n’en suis qu’au tome 6) il faut souligner la mise en scène qui souligne peu, reste sobre tout en subtilité. Mais je l’ai senti très vite que ce serait un grand épisode, dès cette introduction, derrière la fenêtre d’une cuisine où l’on observe ce balai dansant ralenti que l’on croit d’abord sorti d’un autre temps, avant de comprendre. Et Carole est le plus beau personnage de la série, de toute façon.

      Et puis je pense que cette saison fera date dans sa construction. J’aime bien le début de cette saison, l’infection (bien que ce ne soit clairement pas ce qu’il y a de mieux orchestré). Je l’aime bien car ils ont fait simple, sans s’attarder. Sur une saison entière ça aurait été horrible, là ça tient sur cinq épisodes. Oui, seulement 5 en fait puisque les 3 suivants (qu’avec le recul je trouve géniaux) sont complètement décentrés du noyau (le gouverneur). Et forcément, le désormais traditionnel épisode 8 est très réussi, je ne sais pas ce qu’il représente par rapport au comic mais je le trouve fort et osé. Alors que dans la saison précédente dans la prison, pour avoir lu le tome en question récemment, c’est vraiment du mode mineur à l’image, service minimum et téléphoné alors que dans le livre c’est absolument ignoble, enfin génial et terrifiant. Et puis la deuxième partie, plus intimiste, on the road, quasi des épisodes centrics est une merveille absolue. Je me suis rendu compte que c’était ce que je voulais voir dans une série traitant les morts vivants, que c’est ce que j’espérais voir depuis le début. Alors il y a des problèmes de rythmes et de parti pris lié au fait que l’on est chez Amc (qui travaille selon l’idée d’offrir pour une certaine quantité de cerveau disponible, pour paraphraser un pote) mais putain c’est quand même dans le haut du panier et surtout j’ai contrairement à la fin de la saison 3 méga giga envie de voir la suite, les salauds !

(Petit topo personnel en attendant la saison 5 en direct :
Ordre de préférence des saisons : 4,2,3,1.
Meilleur épisode : 4.14
Episode le plus douloureux : Fin du 2.07
Personnages préférés : Carol & Daryl.
Réplique préférée, qui va avec le 4.14 forcément : « Look at the flowers ». J’ai chialé ma race.)

Saison 5.

     13/04/15 : Je profite de l’occasion pour gueuler un peu après ceux qui portent les comics au pinacle et qui chient sans vergogne sur la série. Je ne comprends pas. Il est de bon ton, j’ai l’impression. Franchement, que les personnages soient parfois grossièrement dessinés n’est pas justement sans rappeler le flou incohérent qui émane souvent des livres, avec certains portraits interchangeables. Personnellement je m’en fiche, ça me convient, j’aime sur les deux supports que l’on parvienne à peindre un monde brisé, insensé, confus, absurde donc la psychologie m’importe peu. Mais faudrait pas trop s’emballer pour rien. Bref. Qu’en est-il des dernières heures de TWD ? C’est une saison intéressante. J’aime beaucoup, globalement, l’évolution du show, autant dans sa capacité à nous rapprocher des personnages, les épaissir sans les sacraliser, que dans sa peinture de plus en plus cruel et inexorable d’un monde en sursis. A l’instar de la saison précédente, ce cinquième jet est construit en deux parties, moins distinctes que ne l’était la saison 4 (prison/route) mais l’apparition attendue (grand moment des bouquins) d’Alexandria brise définitivement l’élan errant de notre petit groupe plongé à nouveau au quotidien dans le monde des zombies insufflé durant les huit épisodes de la saison 4 pré terminus et les huit premiers de la saison 5, entre les routes, l’église et l’hôpital, permettant par ailleurs la connaissance d’autres personnages nouveaux et récurrents que sont Noah et le père Gabriel ainsi qu’un développement plus approfondi du groupe d’Eugène et Abraham. Qu’Alexandria soir majoritairement repris des livres crée une proximité avec le lecteur mais je trouve que ça manque de surprise et de chair, c’est dommage. On voudrait voir davantage les lieux, que la mise en scène utilisent au mieux le nouveau mystère qui l’entoure. Il y a matière. On verra ce que la saison suivante aura à nous offrir. Je suis relativement confiant. Pas excité, loin de là (mater la série en même temps qu’Urgences, The wire et Louie ne lui donne pas le meilleur crédit) mais confiant.

Urgences (ER) – Saison 1

32 (1)The Cook county.

   9.0   J’ai un rapport particulier avec Urgences. Ça rejoint mon hypocondrie en fait. Jeune, j’étais tombé dessus à la télévision, comme tout le monde. J’avais passé un sale quart d’heure. Je n’ai pas de souvenir exact de ce que j’avais vu mais ça m’avait traumatisé au point de rayer l’existence de cette série dans ma conscience. Jusqu’à disons il y a deux ans où en plus d’entendre généralement beaucoup de bien à son sujet j’étais tombé par hasard sur deux épisodes de je ne sais quelle saison rediffusés sur une chaine de la TNT et j’avais trouvé ça absolument génial. Une vraie claque, d’autant plus inexplicable et surprenante que je ne pouvais aucunement rattacher cette fascination à la narration puisque je ne connaissais aucun personnage. C’était juste une affaire de mise en scène. Du mouvement, de la vitesse, un pur tourbillon sans chichi, sans enrobage ostentatoire. Ça m’avait scotché. Il fallait à tout prix que j’en découvre davantage, c’était devenu une priorité. Puis ça m’est passé, inévitablement, tant j’avais conscience de la longueur imposante du show et de tout ce qui m’attendait à côté.

     Voilà, c’est parti. Une saison, 24 épisodes. Et c’est au-delà de mes attentes. C’est immense. Je ne veux voir que ça. Etant donné qu’on la regarde à deux ça limite le nombre d’épisodes journaliers et c’est tant mieux, on savoure. Et dans le même temps j’ai rarement envie d’enchainer plus de deux épisodes à la suite tant ça m’éprouve. J’aime beaucoup l’idée de nous plonger dans un monde. Les premiers épisodes ne sortent pas trop de l’établissement, comme si la série voulait apprivoiser le lieu avant de choisir de se focaliser sur certains personnages, plus que d’autres, d’opter pour des arcs narratifs et de nous y convier progressivement. Et puis l’avantage de ce type de chronique penchée sur un quotidien singulier c’est que c’est inépuisable.

     Mimi Leder (réalisatrice majeure de la saison) et ses acolytes font un sacré boulot. L’établissement est fouillé dans ses moindres recoins, ses couloirs infinis, l’accueil, les salles de trauma, celles de chirurgie, l’espace de pause, la lunch room, le toit pour les arrivées hélico, les ascenseurs. Une vraie mise en espace, fascinante, foisonnante, de laquelle on s’extirpe parfois, rapidement, vers les alentours, notamment le troquet du coin, le métro aérien ou l’arrière-cour et son panier de basket. On voit aussi un peu Chicago, un peu les intérieurs des cinq personnages principaux (Carol, Susan, Doug, Mark et Peter) mais on en revient toujours systématiquement dans l’hôpital. Le jour, la nuit. Il n’y a pas d’arrêt. Sauf lorsque la série se permet des trouées festives (les anniversaires, notamment) et burlesques. A ce titre, les toilettes sont bien employées. On se souvient de Green et sa femme surpris dans une drôle de situation ou encore de cette partie de cache-cache pour récupérer un chariot volé par le service du dessus. J’adore les tensions entre services aussi. La série brasse énormément là-dessus ainsi que dans les réunions, les diverses formations d’internes, les relations avec la hiérarchie. C’est d’une richesse phénoménale.

     Et puis il y a les urgences pures. Ce qui fait tout le sel du show, sa violence, sa démesure. C’est parfois insoutenable. Il faudrait par exemple revenir sur un épisode d’une dureté hallucinante, celui de l’éclampsie (Love Labor Lost). J’en suis sorti vidé, tétanisé. Le fameux J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps s’impose haut la main. Un épisode qui te rappelle que parfois aussi ça ne se passe pas bien du tout. Celui-ci est extrême c’est vrai, disons que si tous les épisodes étaient comme ça je n’aurais pas tenu longtemps. Pourtant, la série contourne admirablement le côté drama que ça convoque en répétant ce qu’elle fait de mieux, à savoir créer du vertige. La mise en scène sur ce point est incroyable. Les plans sont régulièrement très longs, mobiles au point de parfois tournoyer à l’infini. Les ambiances sont lourdes, bruyantes, saturées. Sans parler de ce qui se passe souvent au deuxième, au troisième plan, du mouvement non-stop, des entrées et/ou sorties de champ à n’en plus finir. C’est bluffant. Ce procédé est d’ailleurs utilisé aussi dans les couloirs lors de ces coutumiers travellings arrières. Bref, on ne s’ennuie pas. Pire, ça file parfois le tournis. A déconseiller en mangeant, définitivement.

     Le pilot va un peu vite en besogne avec la tentative de suicide de Carol, on sent qu’il fallait marquer le coup. Son retour est par ailleurs trop rapide, ça pourrait être fort mais c’est un peu tôt. J’avais peur que la série se complaise dans une sorte de sensationnalisme bon teint pour contrer le réel, forcément répétitif. On comprend très vite que ce ne sera pas le cas. Enfin, ça pourrait être le cas jusqu’à cet épisode merveilleux qu’est Blizzard. 45 minutes d’une intensité folle et d’une crédibilité dérangeante, de glissement sublime (les urgences vides d’abord puis le plan catastrophe déclenché à la suite d’un gigantesque carambolage) la veille de noël. Probablement mon épisode préféré de la saison. A part ça j’ai une grosse préférence pour Mark Green pour le moment. Sans doute dû aussi à ce qu’il traverse. Je reviendrai probablement parler des saisons suivantes. Je n’ai pas attendu pour enchainer.

You’re the worst – Saison 1 – FX – 2014

11074435_10152777428697106_8250594219471654903_nFists and Feet and Stuff.

   5.5   J’ai adoré le premier épisode et beaucoup aimé le dixième, le dernier. Entre ces deux extrémités, je trouve que ça ronronne gentiment, que ça ne sort pas tellement du balisage. Je me suis à ce titre surpris à peu rire, c’est un problème, étant donné qu’on sent que ça ne recherche quasi que ça. Mais mon plus gros problème c’est cette impression permanente que la série ne cesse de revendiquer qu’elle est cool, trash, méchante. Il faut reconnaître qu’on va rarement jusque-là dans la comédie, pas même chez Apatow mais j’ai un peu de mal à y croire. C’est trop écrit, forcé et calculé pour me séduire vraiment. Et hormis nos deux trublions centraux, je me fiche absolument de tout le monde, tout ce qui gravite autour d’eux, colocataire ou meilleure amie. Je suis un peu dur car j’aime la série malgré tout mais elle m’avait vendu du rêve durant ses vingt premières minutes et la suite n’a pas tenu les promesses engagées à mes yeux. J’ai d’ailleurs revu ce pilot pour voir si je l’avais ou non surestimé et je suis ravi de le trouver toujours aussi formidable. Je suis malgré tout curieux de voir la suite. C’est l’avantage de ce type de programme, relativement court, qui se cale à n’importe quel moment de la journée.

Girls – Saisons 1 à 3 – HBO – 2012/2014

1504989_10152671629362106_1211047565298569814_nLena et son nombril.

   7.0   Girls, Saison 1

     12/07/13 : Je ne suis pas loin de trouver ça génialissime. Mes seuls reproches ne sont guère des défauts : à savoir je trouve que dix épisodes c’est vraiment beaucoup trop court pour ce genre de série dévouée à ses personnages et dans le même temps j’aime le fait que des choses soient lancées puis abandonnées ou laissées en stand-by. En parlant de personnages j’adore absolument comment chacun existe épisode après épisode et je regrette très souvent de ne pas assez voir certains – Soshanna par exemple. Vu la série en trois jours mais j’aurais très bien pu me regarder tout d’une traite. Ah oui et je trouve ça fort de voir ça maintenant une semaine après avoir découvert Frances Ha au ciné car il y a de grandes similitudes dans le portrait d’une jeunesse en quête (et je ne dis pas ça seulement pour Adam Driver que l’on retrouve dans les deux – quel personnage fantastique ici d’ailleurs, peut-être même le plus beau (aussi répugnant que magnifique) garçons/filles compris.

Girls, Saison 2

     15/10/13 : Lena Dunham s’éparpille un peu, cela pourrait ne pas fonctionner mais au contraire la saison s’affirme différemment. Le dernier épisode est archi émouvant notamment.

Girls, Saison 3

     30/01/15 : Purée, ce que c’est bien ! J’aime surtout Girls pour ses personnages. Rarement dans une série de ce genre, nous n’avions eu autant de substance, de nuances, de complexité. Il y a Hannah, évidemment, mais les autres sont loin d’être en reste. Il est d’ailleurs très touchant de les retrouver toutes les quatre ensemble (après une saison 2 où elles s’y trouvaient plus dispachées géographiquement) notamment lors du superbe épisode Beach house dans lequel elles tentent de retrouver l’harmonie du groupe en passant un week-end dans la maison estivale des parents de Marnie. La fin de l’épisode et sa chorégraphie improvisée sur ce banc portuaire, couplées avec ce plan de cuisine le précédent, où elles apparaissent toute quatre dans le cadre sur des strates différentes sont des hauts faits de la saison, sinon davantage. Et puis de toute façon j’adore les parenthèses vacancières dans les fictions, ces instants suspendus où tout ressort et explose. La particularité de cet opus, plus qu’avant à mon humble avis, est d’avoir peaufiné si admirablement des personnages masculins, complexes et émouvants. Adam, bien entendu, quel sublime personnage, tout en désirs et réactions contradictoires, explosant ici littéralement au contact de sa soeur puis de son job d’acteur dans une pièce à Broadway. Et Ray, perdu entre ses inénarrables pensées pour Soshanna et sa relation sans fondement avec Marnie. J’ai toujours l’agréable impression et ce depuis son lancement que la série en garde sous le pied, dans le bon sens du terme, pour ne rien trop appuyer, disséminer des brèches et s’éloigner des facilités. Elle est constamment dans la surprise. La deuxième partie de saison est absolument remarquable. Vraiment un beau tableau de cet âge ingrat qu’est 25 ans. Le dernier épisode se ferme sur des promesses de rebonds, de bouleversements, de séparations, de retrouvailles, ce qui devrait nous offrir une alléchante saison 4. Et si c’était ce qu’Apatow produisait de mieux depuis trois ans ?

Black Mirror – Saisons 1 & 2 – Channel 4 – 2011 & 2013

45.-black-mirror-saison-1-1024x575The man-machine.

   6.0   Concernant la Saison 1 : Très marqué par l’épisode de lancement, son intensité, sa dureté, sa sécheresse. Moins par le second que je trouve plus calculateur même si très fort sur bien des points. J’avoue que le troisième (sur le couple) m’a mis une belle claque. Série anthologique plus qu’intéressante.

     Concernant la saison suivante : C’est du même niveau que la première saison, toujours passionnant, actuel, visionnaire, fulgurant et inégal. Les épisodes de l’une répondent d’ailleurs à ceux de l’autre, de façon inversée. Le premier étudiant la cellule conjugale sous l’angle de la perte, le dernier centré sur l’impact politique et médiatique. L’épisode central, malin ici encore, joue cette fois d’un caractère survival en pointant du doigt une société justicière. Il va de soi que tout cela est on ne peut plus pessimiste.

     Et puis la chaîne nous a offert il y a peu un épisode spécial Christmas, reprenant nombreuses trames échafaudées durant certains anciens épisodes de la série, en les nouant dans un récit à l’ampleur phénoménale, vertigineuse pouvant faire pâlir certains films de SF avisés. Jon Hamm, au casting, est prodigieux. Et la première demi-heure (l’épisode est relativement long pour du Black Mirror) est haut la main ce que la série a offert de mieux à ce jour. Enfin, tout l’épisode est fabuleux, la fin notamment – juste un léger bémol sur la partie centrale.

     Au-delà des récits, j’avoue ne pas être subjugué plus que cela par ce type de programme, sorte de succession de moyens métrages, en somme. L’anthologie dans l’anthologie, un procédé qui a ses limites. Mais bon, ça reste largement dans le haut du panier.

How I met your mother – Saison 9 – CBS – 2014

1798724_10152671629162106_1159664638921316770_nChallenge accepted !

   6.5   Kids… Damn, it’s over ! Après dix ans de bons et loyaux services. Dix ans, bordel. A l’époque je savais à peine ce qu’était une série. En guise de dépucelage, je découvrais Lost, Desperate Housewives et How I met your mother. Point barre. Depuis, on peut dire que j’ai fait de grandes et belles rencontres, reléguant le plaisir annuel d’un HIMYM au rang de sympathique récréation, défouloir post journée de merde, d’autant plus anodine qu’elle s’est, il faut bien le reconnaître de plus en plus empantouflardée. Mais ne boudons pas entièrement non plus, j’ai toujours pris un grand plaisir à retrouver ma bande de potes délurés – Remarque qui doit valoir aussi pour son ancêtre Friends, mais je n’ai jamais suivi assidument, mea culpa, encore un truc à rattraper, vaste programme – même s’ils vieillissaient souvent aussi mal que leurs gags. Jusqu’à cette ultime saison. Qui plus est avec cette ultime saison, qui sonne comme un adieu définitif, à une série que j’ai suivi, à une partie de mes 20 ans, en somme. HIMYM m’aura bien fait marrer, ennuyé aussi, parfois, déçu, beaucoup, mais j’ai l’impression qu’elle pouvait me faire avaler toutes ses immenses faiblesses, que je la suivrais jusqu’au bout, quoi qu’il arrive. C’était ma récré à moi.

     Une saison 9 qui n’échappe pas à la règle. Aussi lourde que jubilatoire. Flemmarde qu’astucieuse. Un premier tiers de saison volontiers excentrique et exécrable gommé d’un trait par un épisode 9, Platonish, absolument remarquable. Aussitôt suivi d’une accalmie coutumière (d’où l’on extirpera un ingénieux épisode tout en rimes) soulevée par le dynamisme et la drôlerie de deux épisodes punchy, que sont Bass Player Wanted et Slapsgiving 3: Slappointment in Slapmarra (Le second relançant l’attendue et désormais fameuse baffe qui fait office de fil rouge particulièrement délicieux, durant plusieurs saisons). Ensuite on pourrait évoquer un très bel épisode 16 qui permet de saisir comment La mère a finalement rencontré Ted, en suivant tout de son point de vue sous la forme d’un spin off, en gros, via de nombreuses références et croisements hilarants avec des épisodes précédents, toutes saisons confondues. On est vraiment entré dans une autre dimension, posée, intime, mélancolique. On prépare nous aussi nos adieux. Passons sur l’épisode Vesuvius, une vraie purge ou l’épisode Gary Blauman, lourdingue. J’aime en revanche l’épisode Daisy qui bien que prévisible prépare lui aussi assez bien le terrain des adieux et une infinie tristesse relayé par l’attendu épisode du mariage, touchant point d’orgue, tout en inquiétudes (Ted est sur le point de s’envoler pour Chicago) et en doutes (Robin repense encore au médaillon et au cor bleu) avant le double épisode final qui je dois bien l’avouer, m’a complètement retourné. Larmichettes inside.

     Je ne pensais pas que la série se fermerait sur une note aussi sombre et c’est pourtant avec le recul, entièrement ce qu’elle escomptait depuis son lancement et ce pourquoi la relation entre Robin et Ted a toujours pris plus de place et d’importance que celle entre Ted et Tracy que l’on ne verra jamais. Quelques épisodes avant la fin je me disais justement que j’allais regretter que la série n’ait pas développé davantage le personnage de Tracy tout en admettant que c’était une autre histoire. Pourtant, cet ultime épisode ne se contente pas d’évoquer sa disparition, il ferme le livre selon des événements beaucoup plus proche du réel : Un mariage qui se brise (tandis que toute la saison s’y concentrait), un groupe qui se casse inéluctablement, Barney qui se découvre une passion de père, la mort de l’une, les solitudes des autres. Et puis l’effet miroir en guise de fin, qui est aussi le début, d’une histoire, de la série. Je suis fébrile quand tout se déferle de cette façon-là. Avec une telle lucidité. Un vertige temporel (quinze ans racontés en 20 minutes) terrassant. Forcément donc, cette conclusion m’a achevé. Il va de soi que je trouve la fin alternative complètement à chier.

     Bref, je me répète mais c’est fini. 208 épisodes à suivre les histoires de Lily, Robin, Barney, Marshall et Ted. Neuf saisons, ce n’est pas rien. Neuf saisons à s’intéresser de loin à comment Ted a rencontré la mère de ses enfants, mais de près à ses relations avec ses amis et toutes les petites choses aussi anodines soient-elles qui l’ont peuplés, qui l’ont conduit jusqu’à cet événement et notamment à cet amour impossible, pleine de rendez-vous manqués, avec Robin. L’amour de sa vie. L’autre amour de sa vie, qu’il devait attendre d’avoir de grands enfants et des cheveux grisonnants pour enfin accomplir.

Un village français – Saison 5 – France3 – 2013

01.-un-village-francais-saison-5-1024x681Villeneuve leur appartient.

   7.5   Après une saison 4 scindée en deux parties, celle-ci invente encore et prend le parti de plus ou moins tout concentrer autour d’une date, celle du 11 novembre 1943. Les 25 ans de l’armistice de la grande guerre de leurs ainés appréhendés différemment suivant les uns et les autres, en s’inspirant librement du fameux défilé à Oyonnax. Inévitablement, le récit s’articule majoritairement autour de la résistance, mise en marche et construction de ses réseaux, des plus secrets indics aux collabos politiques, qui en profitent pour se racheter un avenir en vue d’une éventuelle défaite allemande, mais aussi les résistants purs et les jeunes maquisards. C’est donc à la fois la suite de la fin de saison précédente et son pendant élargit. Ce cinquième opus prend le temps de se mettre en place, trop, probablement. Les personnages charismatiques habituels sont résolument statiques ou retranchés hors  du récit, exception faite de certaines entités – Les frères Larché, Raymond Schwartz, Marie Germain – qui outre leur infime présence, prennent une importance secondaire inattendue.

     C’est la résistance qui importe ici, dans ses gestes, ses déplacements, son quotidien, son attente – Déjà la saison précédente m’avait quelque peu rappelé Lucie Aubrac de Berri mais ici c’est flagrant – et sur ce point c’est assez formidable tant d’une part il faut oser prendre un tel virage (axer le récit sur trois personnages centraux que l’on ne connaissait pas ou presque : Antoine et Claude, deux jeunes maquisards aux méthodes opposées et Philippe Chassagne, le nouveau maire, ordure en chef) mais aussi d’un point de vue purement théorique, sur la représentation du corps, l’image de soi à travers la guerre, autour d’une pièce créée par l’un d’entre eux (la faisant passer pour un chef d’œuvre maudit) leur permettant de combler cette lourde attente. Pièce répétée quasi chaque jour pendant une longue période, apparaissant à de nombreuses reprises durant six épisodes, minimum. C’est sans doute trop, puisque on s’intéresse forcément moins aux autres entités. Mais ça devient presque du Rivette dans ce que ça projette de jeu avec le réel, de personnages interchangeables, de métaphore de la résistance, tout en ouvrant le récit sur quelque chose de plus intime, l’obsession d’un garçon pour la direction de groupe et l’autre pour la direction d’acteur, qui se rapprochent inéluctablement laissant un semblant d’attirance/admiration troublantes en suspens. Le déchirement final ne convoite pas autre chose – larmes d’un côté, cri de l’autre, séparés par une paroi rocheuse.

     Une autre relation éclot aussi en parallèle dans une école. Pas super bien écrite, elle finit par se révéler plutôt touchante. Relation destructrice (Rappeler combien Lucienne peut être empoté pour tout) qui se nourrit de la peur et de l’inconnu quand celle du maquis naît de l’attente et de l’ennui. Je trouve que c’est une saison qui a des couilles que l’on aime ou non ses partis pris. Une saison construite pour cet épisode crucial du 11 novembre. Episode 10 extraordinaire, probablement ce que la série a offert de plus intense, exaltant et sidérant depuis son lancement (défilé, sabotage radio, l’image de Muller incognito au milieu d’une foule chantante, un maire infect roué de coups, Marcel au trou dialoguant avec un cafard, bref une journée aux allures de libération qui aura rapidement son revers de médaille). La saison met du temps à y arriver et aurait pu ne pas s’en relever (lors de ses deux derniers épisodes) pourtant elle ouvre et ferme brièvement quelques brèches fortes. A l’image de cette séquence à la fois comique et déchirante qui voit ces deux hommes clés du récit que tout oppose, subir la même exécution après avoir fumé ensemble une dernière cigarette turque et rit à gorge déployée sur l’inutilité de la présence d’un prêtre. La série a toujours travaillé son ironie et ses nuances mais rarement jusqu’à ce point de rupture. Encore une très belle saison, d’autant plus forte qu’elle respire une fois de plus différemment de la précédente, sur un faux rythme, un peu anodin, un peu répétitif, tout en continuant à travailler, c’est son point fort, et dessiner avec intelligence et malice ses trois plus grandes pourritures que sont et resteront le préfet, Chassagne et Heinrich Müller, évidemment.

The Knick – Saison 1 – Cinemax – 2014

10406579_10152584741477106_6676059177149786949_nAnatomie de l’enfer.

   8.0   The Knick, la nouvelle série médicale 2014, prend acte sur la chaîne Cinemax, petite soeur de Hbo, offrant dix épisodes, tous réalisés par Steven Soderbergh, suivant majoritairement John Thackery chirurgien en chef en charge du Knickerbocker.

     C’est une franche réussite, qui s’est imposée à moi progressivement. Une réussite dont on pourrait aisément s’en tenir qu’à cette première saison qu’elle serait déjà d’une grande richesse, une reconstitution méticuleuse, une narration d’une limpidité exemplaire, une élégance de mise en scène, brassant de multiples vieilles thématiques qui se croisent brillamment : Problèmes socio-économiques, racisme, savoir-faire médical archaïque, addiction à la drogue, amour impossible, filiation spirituelle.

     Tout se déroule au début du siècle dernier, dans un hôpital new-yorkais tandis que les soins sont encore au stade relativement primitif – Médecine pré antibiotiques, hygiène douteuse, zéro transfusion, absence de groupe sanguin, une époque où la cocaïne est un anesthésiant vendu librement en pharmacie – et la recherche en plein boom, alors encore sans aucun souci d’éventuelles conséquences désastreuses – Les rayons X. C’est une fresque somptueuse. Sorte de Deadwood hospitalier. Un document sans concession. Méningite d’une enfant, avortement clandestin, césariennes foirées, la série ne nous épargne rien. L’ambiance est très sombre, que l’on soit dans les rues new-yorkaises, les appartements de chacun, les couloirs de l’hôpital. Seule une pièce, plus lumineuse, mais forcément plus terrifiante sort de ce cadre c’est évidemment cette immense salle de chirurgie.

     La série multiplie les personnages en leur offrant à chacun une épaisseur, une dimension tragique. Et plus particulièrement trois médecins. Le Dr John Thackery, médecin virtuose nommé chef du service de chirurgie, qui brille sous l’emprise de cocaïne. Il y a le Dr Everett Gallinger qui le supplante en bras droit suranné, sans affect. Ils sont bientôt rejoints par le Dr Algernon Edwards, arrivé d’Europe, médecin noir et nouveau génie que l’on ne veut pas reconnaître, combattant les préjugés raciaux imposés par la profession en générale et une population locale majoritairement blanche et raciste.

     The Knick démarre dans une froideur clinique telle qu’elle déroute presque jusqu’à l’antipathie, multipliant les opérations chirurgicales – le premier épisode est vraiment trash – devant une estrade de chercheurs et appuyant chaque séquence permettant de saisir les inégalités sociales de l’époque. Là-dessus rien n’est fait pour séduire, c’est un New York débarrassé de ses attraits romanesques. Il faut bien quatre épisodes pour que ça se décante ouvertement et sorte de sa torpeur néanmoins magnifique – Deadwood m’avait cueilli de manière similaire, je me souviens. Tout s’illumine alors au détour d’une fin d’épisode 5 détachée (le vélo) et d’un épisode 7 hallucinant. Là on se dit Whaou. Thackery, autant que la série, devient peu à peu attachant et bouleversant. Clive Owen est immense, à ce titre.

     C’est alors que ça se resserre imperceptiblement, tout est plus intime, tout en continuant d’être un beau document sur l’Amérique de l’immigration noire et des inventions les plus folles. On y croise brièvement Thomas Edison présentant son phonographe. On y voit aussi l’apparition des premières radiographies. Ainsi qu’une première opération réussie de l’appendice par ablation. L’éclosion des greffes – de nez en l’occurrence – pour ainsi dire calamiteuses. C’est très beau car tous ces marqueurs d’époque se fondent dans un ensemble, et ne sont jamais clinquants ou poseurs.

     L’ultime épisode est un chef d’oeuvre à lui seul. Bouclant d’une part brillamment les storylines en cours et en centrant son écriture sur le sang, dénominateur commun de la série, inéluctablement, trouvant ici l’apothéose thématique et ironique aussi bien dans les avancées sur les groupes sanguins, le marché sanguinaire avec Wu (Personnage clairement échappé de Deadwood, jusqu’à son nom) ainsi que la dépendance maladive de Thackery qui ira jusqu’à tuer une petite fille en croyant la sauver d’une anémie, au moyen d’une transfusion ratée. Dans les dernières séquences, l’hôpital semble être sur le point de fermer ses portes. Et Thackery est pris en cure de désintoxication, où sa dépendance à la cocaïne est prise en charge par un nouveau traitement à base d’Héroïne. Putain de dernier plan. Et vivement la suite.

Tell me you love me – Saison 1 – HBO – 2007

35.15Pillow talk.

   9.0   Qui depuis Bergman avait su capter avec autant d’acuité, de nuances, de tendresse et de justesse les contrariétés quotidiennes d’un couple à l’écran ? Je conçois que la comparaison puisse faire frémir ou rendre perplexe, pourtant, au bout de ces huit heures de fiction, découpées en dix épisodes, c’est le premier constat qu’on en fait : C’est une autopsie sans précédent.

     Tell me you love me dissèque trois couples d’une petite ville américaine. Ils ne se connaissent pas mais sont suivis par le même thérapeute. Le registre choral s’arrête là ou presque – certains se croiseront ailleurs brièvement sans que cela n’influe réellement sur le récit. Trois couples, donc. Jamie et Hugo, non loin de la trentaine, en passe de se marier. Carolyn et Palek, la trentaine tassée, essayant de faire un bébé. Katie et David, la quarantaine, deux enfants. Les premiers dont la liberté post adolescente n’est pas si lointaine, doutent de leur attachement réel l’un envers l’autre, de leur fidélité, tant c’est une passion entièrement consommée autour du sexe. Les deuxièmes sont dans une crise sans précédent puisqu’ils ne parviennent pas à concevoir cet enfant tant espéré, tandis qu’autour d’eux tous les sujets semblent converger vers les naissances. Les derniers sont des parents comblés mais leur apparent bonheur conjugal est obscurci par une sexualité au point mort.

     Raconté ainsi, Tell me you love me fait craindre le catalogue de névroses conjugales élémentaires bien ordonnancées. Mais c’est en enrichissant les rapports, les dialogues, les silences gênants entre chacun que la série devient de plus en plus fascinante et émouvante. Il faut cette durée. Il faut que ça s’étire. En déployant des détresses enfouies, des interrogations en perpétuelle évolution et surtout en filmant la sexualité ainsi, de la manière la plus crue et frontale possible, tout en l’accueillant avec une pudeur naturelle. C’est une sexualité maladroite, pulsionnelle, que l’on baise à la va-vite ou selon tout un cérémonial, que l’on se masturbe en solo ou que l’on s’excite par téléphone, le sexe est filmé pleinement, sans filtre. Parties intimes ouvertement visibles, paroles crues, le quotidien conjugal est pris dans toute sa trivialité. On aura rarement vu au travers d’une fiction (non pornographique) si peu de vêtement et de drap durant des ébats.

     La polémique autour des séquences de sexe qui voulait qu’elles ne soient pas simulées n’a pas lieu d’être pour la simple et bonne raison que le travail de mise en scène ici, au détour de ces explicites scènes, ne cherche aucunement à embellir, exciter ou provoquer. La représentation du sexe se fait suivant l’approche que Guiraudie en faisait l’an passé dans L’inconnu du lac. Quelque chose d’instinctif, emprunté, cru autant que pudique. Il ne s’agit pas de faire de gros plans mais de coller au plus près d’une certaine authenticité. Ce qui rejoint la thématique centrale d’une sexualité mise à nu, autant dans les rapports que dans le dialogue qu’elle suscite.

     Il y a au moins deux personnages qui me touchent au plus haut point. Je pense que l’interprétation y joue, bien entendu, mais je les trouve d’une richesse inouïe, à la fois proches de moi et complètement opaques, hermétiques. Il s’agit de Katie et Palek. Palek est à mon avis celui qui me tend un miroir. Amoureux égoïste et dévoué qui se laisse porter, sa personnalité se décuple dans la seconde partie de la saison. Capable à la fois de se sentir oppressé et éloigné chez son meilleur ami en observant ses gosses calmes devant lui, il peut en revanche partager une bulle puérile avec un enfant dans un château gonflable – Scène magnifique. Il transporte l’indécision en permanence. On ne sait d’ailleurs pas si le rejet de son père qu’il évoque lui échoit vraiment ou s’il est continuellement dans le refus d’abandonner sa liberté adolescente. Il aime tellement Carolyn qu’il a fini par se persuader qu’il désirait avoir un enfant autant qu’elle le désirait. La série creuse ainsi les tempéraments de chacun allant le plus en profondeur possible. Le terme autopsie me semble pour le coup tout à fait adapté, utilisant ou non tout ce qui est à sa disposition ne se privant pas par exemple de convoquer amis et famille.

     Et puis il y a Katie. Si Palek semble être le personnage le plus énigmatique, celui que l’on ne serait pas surpris de voir tout quitter du jour au lendemain, sans que pourtant il n’en fasse jamais rien, Katie est le personnage le plus insondable. C’est une mère de famille amoureuse de ses enfants, évidemment, mais aussi amoureuse de son mari, à tel point qu’elle ne semble jamais avoir pensé à un éventuel schéma alternatif. Son monde tourne pour eux. Mais son identité sexuelle lui joue des tours. Sa libido est à la fois effacée et sur le bord de la l’implosion, éteinte par la force des habitudes – elle n’a pas fait l’amour avec son mari depuis un an, elle sait que ça fait un an puisque c’était pour fêter leur énième anniversaire de mariage – et pourtant c’est cette même envie qui la travaille durablement, renforcée par cette découverte surprise d’un mari s’astiquant dans son coin.

     La série va donc continuer de surprendre. Rien n’est figé. Elle offre par exemple à suivre un quatrième couple, en l’esquissant plus qu’en ne le triturant. Celui de la thérapeute. Qui bien qu’appréhendant le sexe et la vie avec nettement plus de recul et de sagesse, ne sont néanmoins pas délesté de douleurs, regrets, passé épique. La série alterne donc ces séances de thérapie et le quotidien de chacun des couples, n’hésitant pas à creuser et c’est là où elle est excelle, la durée des malaises ambiants, afin de détecter ce qui les mets en marche. Comment ne pas s’identifier ne serait-ce qu’un peu à ces séquences qui agissent comme des miroirs de nos vies personnelles ? Un malaise durable s’installe alors entre l’écran et le spectateur, parce que ces interrogations, intimement semblables ou seulement esquissées, sont le lot de notre quotidien, forcément, un jour ou l’autre.

     Tout est question de compromis et d’ajustements. Le cœur du problème c’est la communication. Le manque de communication. C’est la constante. Aussi bien sexuellement que pour les plus invisibles instants quotidiens mutuels. Un moment donné, May, la thérapeute, pour répondre aux craintes de David, lui dit quelque chose du genre « Si vous acceptez de venir, tout va changer ». Ce n’est qu’une question d’ouverture d’esprit, d’ouverture à la parole. C’est aussi la beauté de son couple à elle, qui ne vit pas non plus dans une bulle parfaite. C’est un couple dont on sent qu’il a dû franchir les obstacles les plus variés et accepter de composer avec les obsessions de l’autre, pour en arriver là. Et la sienne d’obsession, c’est un homme, un vieil amour de jeunesse. De l’avoir insérer dans le récit aussi délicatement est une belle preuve de pudeur et de finesse illustrant à merveille ce que n’aura cessé d’être la série d’un bout à l’autre de ces dix épisodes.

     La série joue admirablement sur les silences et moments suspendus, de ceux qui génèrent la gêne, le malaise, aussi bien dans les scènes quotidiennes que durant les thérapies. C’est d’ailleurs souvent lors d’entrevues solitaires que les personnages peuvent approfondir leur douleur en acceptant de compromettre les secrets de leur couple sans avoir la menace d’un regard à leurs côtés. Le plus bel exemple concerne David, qui rejette d’abord ces séances parce qu’il craint de les voir sonner le glas de son couple, avant d’en devenir finalement plus accroc que sa Katie. Constamment, par petites touches comme celle-ci, la série surprend, tout en restant sur un terrain domestique. Il suffit d’évoquer la place inattendue de Hugo, remplacé assez rapidement par un autre. Tout peut exploser à tout instant. C’est un peu ce que nous offre ce dernier épisode, qui malgré sa fin lumineuse en trois temps, n’aura jamais fait entrer autant d’inquiétude, de fébrilité au sein de ces couples fragiles, qui s’ils s’aiment immensément, ressentent et acceptent qu’ils ont perdu cette osmose qu’ils croyaient avoir construit et pérenniser par le passé. La dernière scène entre Katie et David est l’un des trucs les plus déchirants vu dans une série. Dans une fiction tout court.

     La seule lecture que l’on pourrait considérer figée concerne l’attrait particulier pour les personnages féminins – Encore que ce ne soit pas si évident que cela. Que la créatrice de la série soit une femme la rapproche forcément de ses créations féminines. Non pas qu’elles soient valorisées par rapport aux hommes, mais peut-être plus au centre qu’eux, plus disséquées, ce qui souvent les amènent à d’ailleurs être plus agaçantes. On est donc tenté de penser et ce que Tell me you love me fait de Jamie le confirme, qu’avec ou sans les maris, la série continuerait quoiqu’il arrive de rester aux crochets de ces personnages féminins, de leurs névroses, de leur perdition.

     Il n’y aura pas eu de saison 2. Ce n’est pas un problème d’audience ou de production, simplement, Cynthia Mort, sa créatrice, juge avoir été au fond de ce qu’elle avait voulu creuser, qu’une suite aurait soit tapé dans la redite soit dans un décentrage qui ne lui aurait pas fait de bien. Et je la rejoins. Ces dix épisodes se suffisent à eux-mêmes. Réalistes. Minimalistes. Aucun générique. Et aucune bande son sinon celle qui clôt systématiquement chaque fin d’épisode, se déclenchant souvent dans une douce séquence de couple pour nous emmener délicatement vers ce fond noir, sur lequel s’inscrit le titre du show en lettres bleues. Que dire d’autre sinon que tout ça m’a follement secoué.

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silencio


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