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Chernobyl – HBO – 2019

CHERNOBYL01W0151359Breaking the lives.

   9.0   Qu’elle se situe dans l’authentique reconstitution de la catastrophe, dans l’accompagnement de ceux qui en furent les témoins, les acteurs, les victimes directes, ou dans la reproduction aussi fictionnelle qu’utopique de son procès, ou dans l’hommage généré par les images d’archive finales, tout concourt à faire de cette plongée de cinq heures, de Chernobyl, la série HBO crée par Craig Mazin, un puissant document non exhaustif mais extrêmement riche, de la plus grande catastrophe nucléaire du XXe siècle dont on a même coutume de croire qu’elle fut le véritable déclencheur de l’effondrement de l’union soviétique.

     C’est, entre autres grandes qualités, l’originalité de sa construction qui fait de la série Chernobyl sa puissance. Cinq épisodes denses, âpres nous plongent au cœur de la catastrophe, en suivant au fur et à mesure, épisode après épisode, ces Hommes qui ont vécu Tchernobyl. On entre au cœur du réacteur aux côtés des ingénieurs et opérateurs de la centrale puis des sapeurs-pompiers. Avant de se pencher sur la politique (du mensonge et du silence) improvisée au lendemain de l’explosion. Mais aussi aux côtés de ceux qui veulent démêler le vrai du faux, ainsi que dans les hôpitaux qui reçoivent les premiers corps irradiés, bientôt calcinés. On s’intéresse aussi aux mineurs engagés pour creuser une dérivation afin de protéger la nappe phréatique. Puis aux soldats volontaires qui sont venus déblayer le graphite du toit là où le meilleur des robots lunaires ne supportait pas l’imposante radioactivité. Et la série se paie même le luxe de s’en aller sur une longue scène de procès, aussi didactique que limpide et passionnante. Bref il y a là 5h absolument brillantes, tellement brillantes qu’on oublie vite que ça parle anglais et pas russe.

     Mais que c’est dur. Pourtant je ne veux plus voir que Chernobyl depuis quelques jours – Et écouter en boucle la musique de la violoncelliste Hildur Guonadottir, ses véritables notes de requiem et lire sur Tchernobyl car aussi dense soit-elle, la série pousse à se documenter davantage encore, je trouve. Et en même temps il faut être disposé à la regarder, tant c’est régulièrement insoutenable, qu’on suive les liquidateurs chargés d’abattre les animaux (sauvages et domestiques) irradiés ou qu’on assiste aux obsèques des premières victimes, corps scellés dans des cercueils de plombs avant d’être coulés dans le béton ; qu’on soit au chevet des pompiers et ingénieurs irradiés ayant « perdu » leur visage ou bien qu’on accompagne les « bio-robots » bref de simples hommes sur le toit de la centrale avec 90s secondes chacun pour ramasser les débris de graphite afin de les jeter dans le trou béant provoqué par l’explosion du cœur. Il y a des scènes, des plans, absolument ahurissants, sans que la série ne soit dans l’épate une seule seconde par ailleurs. Pourtant c’est une scène plus douce qui me glace le sang, rien qu’en y repensant : Au milieu du premier épisode, sur le pont de Pripiat où s’agglutinent les habitants pour regarder la centrale en flammes qui leur crache ses cendres contaminées, donc son danger mortel invisible.

     Mais Chernobyl restera surtout une grande série d’investigation et sur le mensonge et le coût humain de ces mensonges, ainsi qu’un vibrant hommage à ceux qu’on a sacrifié pour minorer les conséquences et ceux qui se sont battus pour établir la vérité. On ne cesse de déployer de nouvelles histoires, de nouveaux visages, des approches différentes. On se dit que l’un de ces chapitres pourrait investir la zone autrement et reprendre le récit de Stalker, d’Andrei Tarkovski. On y suivrait le quotidien d’une famille en zone contaminée et tout particulièrement celui de ce guide, rejoint par des curieux, pour leur faire découvrir une zone dangereuse, interdite mais qui renfermerait suffisamment de secrets et de magie pour s’y inviter. Ce serait un quotidien post catastrophe nucléaire comme un autre. Depuis, j’ai lu ce livre indispensable : La supplication, Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse. Certains des témoignages recueillis par l’écrivaine Svetlana Alexievitch n’en sont pas si éloignés. Sans compter que la réalisation de Johan Renck s’inscrit dans ces codes, s’avère très dense, proche des éléments, capable de saisir l’immensité cauchemardesque autant qu’elle sait plonger dans quelque chose de plus organique, intime, domestique. Ce plan sur la forêt rousse, par son léger mouvement, fait écho à celui de la draisine. Celui sur le toit de la centrale parmi les débris répond à celui de la traversée dans l’eau stagnante à travers différents mystérieux vestiges. Après tout, Stalker ferait un excellent complément de programme à quiconque viendrait de découvrir Chernobyl et souhaiterait prolonger, de façon plus endolorie et métaphysique, le voyage en zone mortifiée. Un complément somptueux, plus libre, plus fou. Inutile de rappeler qu’à mes yeux, c’est le plus beau film du monde.

     Ce qui impressionne aussi c’est de constater à quel point la tenue formelle, chaque petit effet ou le moindre choix de plan ne sont jamais phagocytés par une volonté de faire du spectaculaire mais entièrement dévoués dans la reconstitution précise avec pour vocation d’asphyxier le spectateur comme le furent les différents protagonistes de l’époque. En effet il n’y a pas d’exagération dans l’image, le plan ou le dialogue, tout semble dosé à la juste distance. Il y a bien cette scène détonante du crash de l’hélicoptère pris dans les câbles d’une grue au moment où il déverse sable et bore dans le cœur béant du réacteur, mais elle reprend jusque dans l’angle choisi le filmage qu’en avait obtenu Vladimir Chevchenko le jour du crash. Difficile d’être plus dans la véracité et la dignité. C’est l’un des seuls instants où la série joue un peu la carte du sensationnalisme mais ce n’est pas fictif, c’est dire. Bref c’est dosé, millimétré comme il faut et à mon sens il faut remonter à deux autres mini-séries, absolument brillantes l’une et l’autre, pour retrouver cet état de grâce totale dans la forme : Show me a hero & The night of. A croire que c’est dans les vieux pots HBO (Tout ça découle clairement de The wire, série mère absolue) qu’on continue de faire les meilleures confitures. C’est une affaire d’équilibre. Et l’écriture de Craig Mazin autant que la réalisation de Johan Renck paraissent aussi équilibrés, complémentaires et adéquates que celles de Pizzolatto & Fukunaga pour la première saison de True detective. Il y a des alliances miracles, qu’on n’oublie pas.

     Soyons honnêtes, le premier épisode est l’un des trucs les plus tétanisants que l’on ait vu toute série confondue. Le rythme, les couleurs, le son. On en sort secoué, déstabilisé, on a l’impression d’avoir accompagné ces hommes, dans les corridors brulants, salles des machines inondées, bureaux aseptisés et décombres luisantes. On y est. On vit Tchernobyl. A tel point que l’on se demande un temps ce que la série va pouvoir proposer ensuite et on doute de son bien-fondé, de son éthique : Ne va-t-on pas (trop) jouer sur le terrain de l’insoutenable, simplement pour choquer le chaland occidental, lui montrer le vrai visage d’un monstre qu’on a trop souvent réduit à une simple explosion qui a produit des difformités ? C’est justement sur cette note très factuelle que la série s’avère la plus réussie, la plus objective, la plus digne et sans doute la moins sensationnelle. D’abord parce qu’elle fait russe tout en étant très américaine, à l’image du choix de langue qu’elle n’abandonne jamais et c’est tant mieux, c’est un choix délibéré de bout en bout : On y parle anglais mais tout est russe, dans le décor. Ainsi que dans ses raccourcis narratifs à l’image du personnage fictif campé par Emily Watson – Elégance de mentionner parmi les cartons conclusifs qu’elle est pure fiction – personnage composite qui représente une multitude de scientifiques ayant œuvré pour enquêter sur la catastrophe et faire éclore la vérité, dans la lignée d’autres superbes héroïnes hollywoodiennes que sont Erin Brockovich, Norma Rae ou Karen Silkwood.

     Aussi, la série avait moyen de raconter l’après-catastrophe, ce qu’elle fait assez peu, finalement (au regard du dense matériau qui s’offre), refusant donc d’aller sur le terrain des conséquences physiques avec ces infirmités en tout genre. Par exemple, des témoignages recueillis par Svetlana Alexievitch, la série garde le prologue soit l’histoire de l’épouse du pompier (touché très vite) mais pas la conclusion, soit celle de l’épouse d’un liquidateur qui assista à sa lente agonie quelques années plus tard. Chernobyl choisit en effet de s’ouvrir en flash-forward sur le suicide du professeur Legassov (1988) avant de saisir les jours qui suivirent la catastrophe et enfin de se fermer sur le procès de Dyatlov (1987). C’est colossal.

Game of thrones – Saison 8 – HBO – 2019

10. Game of thrones - Saison 8 - HBO - 2019GoT bye.

   7.5   Sans revenir en détail ni sur la saison ni sur les quolibets exagérés qu’elle a rencontrés – J’aurais dû écrire dessus après chaque épisode, lors des six lundis de diffusion – il me semble que malgré les apparents défauts (de précipitation, en gros) il y a pour moi globalement autant de satisfaction : Finir ce type de « fresque » reste un exercice périlleux et ne peut foncièrement pas plaire à tout le monde. Qui plus est dans le cas particulier ici d’une série s’appuyant sur des bouquins qu’elle a fini par devancer. Vu sous cet angle, le projet semble tellement casse-gueule qu’on ne peut que louer sa part de réussite.

     Beaucoup de défauts, globalement, mais aussi de belles choses donc. Par exemple, « A Knight of Seven Kingdoms » l’épisode 2, véritable moment de pause et d’attente pure avant l’arrivée des marcheurs est exceptionnel : Le climat, la tension et la mélancolie (On commence à dire adieu à nos personnages) qu’il génère restera un haut fait de la saison et de la série tout court. Malgré quelques invraisemblances liées à une volonté d’offrir le spectacle au détriment du réalisme, « The bells », l’épisode 5, me semble aussi fort qu’irréprochable. Dommage que le dernier épisode soit si décevant et coupé en deux. Bran sur le trône ça me fait chier, quand même. Et les réunions finales manquent toutes de puissance et d’émotion, quand elles ne tombent pas dans une légèreté comique (c’est quasi du Kaamelott) franchement embarrassante.

     En fait plus j’y réfléchis plus je trouve que les arcs narratifs féminins sont tous parfaitement bouclés. La folie (et inéluctablement la mort) de Daenerys, la résignation magnifique d’Arya (superbe scène avec Clegane) mais aussi « l’adoubement » de Brienne, la mort héroïque de Lyanna, ainsi que Sansa qui s’en sort avec un petit WinterfellExit tranquilou, pas discutable, ce qui permet à une Stalinienne sur deux de s’en tirer, finalement. Un peu déçu par la fin de Cersei qui aurait mérité de sortir autrement que sous les pierres de Port Réal même si c’est une fin shakespearienne logique, surtout dans les bras de Jaime. J’aurais aimé un autre sort à Jaime, par ailleurs, personnage sublime (mon préféré) en totale rédemption qui finit par revenir vers son premier amour, irrécupérable. Dommage.

     Un épisode m’aura plus impressionné que les autres, évidemment. « The long night » et sa danse de dragons au clair de lune et cette capacité incroyable à jouer dans le noir sur tous les fronts. Je garde un souvenir mémorable de la charge des Dotrakis sur l’armée des morts. Militairement c’est sans doute pas hyper réaliste mais plastiquement (J’ai presque envie de dire « cinématographiquement ») c’est dément. Le silence de mort qui accompagne cette charge c’est à te coller des frissons. Le son est le grand personnage de cet épisode de 82 minutes. Et puis cette fin : Qui pouvait prétendre qu’on allait buter le roi de la nuit à cet instant-là ? Et par cette dague… Sans doute la plus grosse claque GoT depuis l’affrontement entre Oberyn et La Montagne.

     Bref, c’est une belle voire très belle saison 8, à mes yeux, mais sans doute un peu trop inégale dans son ensemble. Il fallait étirer davantage je crois. D’ailleurs je retiens trois épisodes parfaits (2,3,5 de mémoire) quant au reste c’est soit beaucoup trop bâclé, soit pire avec quelques frissons de la honte (toutes les apparitions de Euron Greyjoy, personnage nullissime et mal écrit, doté d’une sortie à la hauteur de cette médiocrité) soit du service minimum. Mais bon c’est fini et quoiqu’il en soit on se souviendra de GoT.

Hippocrate – Saison 1 – Canal + – 2018

07. Hippocrate - Saison 1 - Canal + - 2018Les quatre cavaliers de la quarantaine.

   8.5   Parmi les trois films réalisés par Thomas Lilti à ce jour, Hippocrate est de loin son meilleur, à mon sens. A l’époque, je me souviens avoir pensé qu’il aurait fallu étirer ce récit, développer davantage ces personnages, ce lieu, cette temporalité si particulière, sur un format plus long encore qu’un simple long métrage. A moins que ce soit cette déformation provoquée par le génie d’Urgences, à savoir qu’une fiction hospitalière se doit d’être offerte sur un format sériel. Peut-être. Apparemment, Lilti lui-même n’était pas entièrement satisfait puisqu’il reprend peu ou prou certains éléments qui parcouraient le film : L’arrivée du jeune stagiaire, le lien de parenté entre un urgentiste et un interne, le médecin d’origine étrangère, le manque d’effectif, les erreurs médicales, les audiences disciplinaires. Et il les transpose dans ce nouvel univers, un autre hôpital avec de nouveaux interprètes, qui ne sera donc plus exploité sur 1h30 mais sur 8h. Huit épisodes qu’il a créés, co-écrits et dont il va choisir de tous les réaliser.

     Il lui est donc forcément possible de faire du gras, d’étoffer la kyrielle de personnages secondaires, de s’intéresser de plus près à de nombreux patients et bien entendu de suivre à parts quasi égales quatre personnages principaux : Alyson, Chloé, Hugo & Arben. Et là-dessus chaque épisode trouve des tas d’idées, concentre beaucoup autour d’une patiente suicidaire, mais aussi beaucoup autour du cœur de Chloé, mais aussi beaucoup autour des aléas sentimentaux d’Alyson, tout en livrant des images qui semblent appartenir à du vécu de la vie d’interne. Et surtout il faut un point d’ancrage, une idée qui sort de l’ordinaire, quelque chose de plus romanesque qu’un « simple » quotidien de médecine interne : Il prend la forme d’une quarantaine, suite à un problème sanitaire. Par précautions, les médecins du service sont en effet cloitrés dans un hôtel jusqu’à nouvel ordre, uniquement autorisés à donner des conseils et directives par téléphone. En leur absence, ce sont les internes et leurs stagiaires qui doivent maitriser la situation comme ils peuvent, souvent bien secondés par les infirmiers et infirmières plus expérimentés.

     C’est cette idée scénaristique qui crée une vraie urgence, sans mauvais jeu de mot. Ça fait tenir le récit, le groupe, la série sur pas grand-chose étant donné qu’on sait que tout peut « s’effondrer » à tout moment, si la quarantaine est levée. Par exemple, l’arrivée de médecins remplaçants au mi-temps participe de cette crainte d’effondrement. Ils comblent un manque autant qu’ils brisent ce semblant d’unité, qui tient sur rien puisque chacun de ces quatre personnages évolue en sursis dans cette bulle et même dans sa propre bulle : Alyson hésite à changer d’établissement pour son internat ; Chloé est menacée par sa santé fragile ; Hugo est beaucoup trop sous le regard et le contrôle de sa mère ; Arben appartient plutôt à l’étage des légistes. Et la série parviendra à relier ce que Lilti avait raté dans Première année, soient le naturalisme et le romanesque, le réel et la fiction. Sans trop en dévoiler, la fin est à l’image de cette saison toute entière, vraiment puissante. Bref, j’ai trouvé ça absolument génial, riche, émouvant, maitrisé. Je pourrais tout revoir illico.

The good place – Saisons 1 à 3 – NBC – 2016/2018

02. The good place - Saison 1 - NBC - 2016What the fork ?

   6.5   « À sa mort, Eleanor Shellstrop (Kristen Bell) se retrouve au Bon Endroit (The Good Place), là où seules les personnes exceptionnelles aux âmes pures arrivent, les autres étant envoyées au Mauvais Endroit. Chaque nouvel arrivant est logé dans une maison idéale, aménagée selon les goûts de l’arrivant, puis fait connaissance avec son âme sœur. Problème, Eleanor n’est pas vraiment une bonne personne et découvre qu’elle a été envoyée au Bon Endroit par erreur. » C’est le résumé proposé par Wikipedia et il est excellent. Il dit beaucoup tout en ne dévoilant rien. On peut ajouter qu’Eleanor fera bientôt la rencontre de personnes qui comme elle sont morts et ont atterri ici mais qui comme elle ne semblent pas tous le mériter. Elle fera aussi la rencontre de Michael (Ted Danson), l’architecte du quartier en question, mais aussi celle de Janet, un robot ayant la faculté de répondre à tout, et notamment celle de connaître la vie de chaque résident.

     Attendons la suite, mais en trois saisons et trente-neuf chapitres, The good place aura tenté beaucoup, bifurqué souvent, laissé sceptique, rendu euphorique, au point de faire penser d’un épisode à l’autre que tout ce foutoir est un peu trop hystérique et usant, avant qu’on y voit l’une des comédies les plus délirantes et stimulantes depuis longtemps ; Parfois ça se joue même au sein d’un chapitre, ça ne dure que vingt minutes mais le rythme est tel qu’on passe par toutes les humeurs. Pour bien faire il faudrait évaluer point par point l’évolution de la série, mais franchement ce serait dommage, elle va tellement loin, surprend et se réinvente constamment. Quand on croit que ça va tourner en rond, une nouvelle pirouette bouleverse la donne.

     Spoilons un peu : L’exemple le plus parlant intervient en tout début de deuxième saison. On vient d’apprendre en même temps que ses quatre personnages phares, Eleanor, Chidi, Tahani et Jason, que la « good place » où ils ont cru échouer est en réalité une « bad place » mais pas une « bad place » traditionnelle, puisque c’est un terrain d’essai pour son créateur, Michael, le directeur de cette « parcelle » qui souhaite innover et trouver un autre moyen de torturer ses invités promis à l’enfer à savoir les confronter à leur kriptonite au quotidien : L’égoïsme d’Eleanor, l’impossibilité à faire des choix pour Chidi, la fausse générosité de Tahani, la bêtise de Jason. Mais le cliffhanger de fin de saison les reboot. Michael a aussi ce pouvoir-là. Nos personnages avaient découvert son secret. Mais tout est à refaire. D’autant que Michael décide cette fois qu’ils évolueront loin les uns des autres, pour que ce fiasco ne se reproduise pas. Sauf qu’avant d’être redémarrée, Eleanor a réussi à glisser un papier (lui disant de rencontrer Chidi) dans la bouche de Janet (ce robot magnifique, neutre, qui va prendre une importance crescendo dans la série : Et l’actrice, je la découvre, est incroyable) afin de faire la liaison entre les démarrages 1 et 2. On pense alors que cette saison sera un miroir de la première, mais avec ce petit élément qui va tout changer. Le premier épisode nous donne raison et nous offre de nous intéresser à l’envers du décor soit à tous les acteurs embauchés par Michael (façon Truman show) pour faire croire à la véracité de ce scénario crée de toute pièce. Sauf que non : l’épisode suivant s’amusera à montrer des parcelles des 800 prochains reboot. Chaque fois l’idée de Michael est démasquée. Alors il finit par s’intéresser à eux plutôt que de vouloir les torturer. Dès lors, la série devient incontrôlable.

     La deuxième saison, justement, aura été plus délicate pour moi. C’était sans doute trop. Trop changeant, trop visible, trop tout. Un ras-le-bol s’est installé avant que nos compères débarquent chez Le Juge, campé par l’irrésistible Maya Rudolph (La mariée de Bridesmaids) avec deux chapitres (pour clore la saison) absolument géniaux, qui ont relancé tout l’intérêt que je portais à la série afin d’apprécier pleinement la troisième saison, dont je ne révèlerais rien sinon qu’elle jouera un peu dans un réel alternatif, un peu dans une réalité multidimensionnelle, un peu dans « le vide de Janet », un peu dans le service postal du Bon Endroit. C’est complètement dingue. Franchement je suis ravi d’avoir tenté l’aventure, c’est une série complètement folle. Je regarderai la saison suivante avec beaucoup de plaisir.

The Story of Film, An Odyssey – Mark Cousins – More4 – 2011

03. The Story of Film, An Odyssey - Mark Cousins - More4 - 2011From birth to the future.

   6.0   Mark Cousins, irlandais critique de cinéma, entreprend avec The story of film : An odyssey, d’effectuer un voyage à travers 120 ans de cinéma, du Voyage dans la lune à Avatar, en passant par Griffith, Hitchcock, Bollywood, La nouvelle vague et Star Wars. Passer en revue des centaines de films, sur 15 heures de notules analytiques, d’anecdotes en tout genre, d’extraits de films et d’entretiens variés. C’est un travail colossal et passionnant. Ça donne envie de découvrir plein de films, d’en revoir autant.

     On pourra toujours contester l’initiative de creuser un auteur plutôt qu’un autre, c’est ma grosse gêne ici, je me trompe probablement mais j’ai l’impression qu’on s’intéresse avant tout aux filmographies de ceux qu’on écoute parler. Logique, bien entendu, mais je me demande s’il s’agit d’une obligation ou d’un long cheminement en amont. Cousins a-t-il pu faire témoigner ses auteurs préférés ou dit-il qu’ils sont ses préférés parce qu’ils témoignent ? Ainsi verra-t-on (et parlera-t-on) plutôt Samira Makhmalbaf que Jafar Panahi, Paul Schrader que William Friedkin, pour le dire grossièrement. On aura un dossier complet sur Roméo + Juliette… sans doute car Luhrmann fait partie des intervenants. Baz Luhrmann, quoi. Au secours !  

     On pourra toujours contester cet étrange montage qui insère des « images mortes » d’ici et là – filmées par Cousins lui-même – bref des images de remplissage entre des images de films et des entretiens, tout en considérant lors d’une humeur plus favorable que ces « temps morts » permettent de respirer, de digérer la somme d’informations et/ou d’émotions, de faciliter des transitions délicates : Le maître mot du projet restera de suivre la chronologie, tout en passant volontiers d’un continent à l’autre, d’un cinéma à l’autre, parfois même de revenir en arrière ou de sauter brièvement vers l’avenir pour comparer des plans, des méthodes etc.

     Si je suis ravi qu’on offre un grand chapitre à Satyajit Ray, un autre à Abbas Kiarostami, qu’on entende parler Claire Denis, qu’on me donne autant envie de (re)voir Dreyer, que Ozu et Fassbinder soient partout, que le cinéma asiatique soit autant analysé, je suis plus circonspect face aux absences de Louis Feuillade, Chantal Akerman, Jacques Tati, Hayao Miyazaki, à peine évoqués sinon pour rebondir sur d’autres auteurs. Mark Cousins n’est pas très cinéma français, apparemment : On n’entend jamais parler ni de Rohmer, ni de Rivette, ni de Guy Gilles, ni de Raymond Depardon, ni de Jacques Becker, ni de Luc Moullet.

     Chacun ses sensibilités, hein, évidemment, mais justement lorsqu’un projet revendique de tout visiter, il faut TOUT visiter. Voilà pourquoi je serais toujours plus sensible au Voyage à travers le cinéma, signé Bertrand Tavernier, car c’est surtout de lui qu’il cause, de sa propre relation avec le cinéma, de ses souvenirs, ce n’est jamais un cours magistral, ce que Story of film a tendance à vouloir être, à l’image du générique, qu’on retrouve donc à quinze reprises – Comme dans une série, les épisodes s’étirent sur une heure – et qui se gargarise un peu trop de sa géniale ambition : « An odyssey » déjà, tout est dit.

     Ces griefs mis de côté, tout ce qu’on y voit et entend est évidemment absolument passionnant, sitôt qu’on s’intéresse un peu à l’histoire du cinéma, sitôt qu’on soit curieux de voir et revoir tous les films qu’il charrie depuis plus d’un siècle. Et ludique, tant on peut régulièrement deviner où le voyage va nous emmener, rebondir.

     Et puis j’ai adoré un passage qui m’a beaucoup surpris. Vers la fin, on sent que Cousins est très méprisant envers le blockbuster et le numérique, il parle rapidement des films colossaux de Spielberg ou Cameron, mais sans les analyser vraiment, comme s’ils étaient uniquement destinés à vendre du popcorn et des figurines. C’est assez gerbant. Sur ce, il interview Claire Denis, qui après avoir parlé de ses films, en cite d’autres et annonce qu’elle aimerait être James Cameron, dans une autre vie. Car tous deux, dit-elle, qu’importe leur façon de l’appréhender, sont passionnés et guidés par le cinéma, c’est tout ce qui compte. Dès lors, c’est comme si elle avait influencé Cousins, comme si son documentaire (à charge) s’en trouvait changé, comme si le cinéma numérique trouvait grâce à ses yeux, pour le pire (Baz Luhrmann, donc) et le meilleur (Christopher Nolan, au pif). C’est très beau.

Code quantum (Quantum Leap) – Saisons 1&2 – NBC – 1989/1990

08. Code quantum - Quantum Leap - Saison 2 - NBC - 1990« Oh, boy ! »

   6.5   C’est l’une des séries fétiches de ma chère et tendre. Enfin, disons qu’elle a grandi avec : Il y a toujours un risque à revoir un film ou une série qui nous a accompagné durant notre enfance. Pour Code quantum cette revoyure se passe plutôt très bien pour elle. Moi je ne connaissais même pas de nom avant qu’elle m’en cause : Quand on croise Dean Stockwell dans un film, chacun tient sa référence, pour elle c’est Al, pour moi c’est Blue Velvet. Parmi nos nombreux différends culturels réparons au moins celui-là : J’aime beaucoup Code quantum. Quantum leap, le titre original, tellement plus représentatif. Là j’ai vu deux saisons et j’y prends beaucoup de plaisir, c’est attachant, intelligent, très chouette.

     On y suit le scientifique Sam Beckett, qui suite à une expérience temporelle se retrouve ballotté dans le temps, transmuté dans le corps d’autres personnes, en sautant d’époque en époque, avec chaque fois l’objectif de changer quelque chose pour sauter à nouveau dans le temps et dans un autre corps et qui sait peut-être revenir un jour dans le présent et dans son propre corps. Il est heureusement épaulé de Al, qui apparait sous la forme d’un hologramme et le guide, avec son humour et sa gouaille, d’autant qu’il est lui en contact avec Ziggy, l’ordinateur crée par Sam, qui lui vient parfois en aide durant ses quêtes, lui indique « ses sauvetages » à effectuer. Quoiqu’il en soit, ces personnages, on les adore très, très vite. Et tant mieux, puisque ce sont les seuls qu’on retrouve. C’est aussi la limite du show.

     La première saison permet une agréable entrée en piste. Le pilot, qui ferait un beau long-métrage, est une merveille : Sam est propulsé dans la peau d’un pilote de l’US Air Force, doit tenter de survivre en passant mach 3 avant de sauver sa femme d’un accouchement difficile.  L’écriture d’emblée est riche, passionnante, la reconstitution de cette base militaire, des vols dans les carlingues des avions de chasse absolument brillants. Il est frustrant de devoir sortir de ce monde, brutalement qui plus est, puisqu’ici et chaque fois que la mission sera accomplie ensuite Sam est aussitôt transmutée dans la suivante. Chaque épisode se clôt ainsi : On découvre quelques secondes du corps et de la situation dans lesquels Sam évoluera dans l’épisode suivant.

     En ce sens Code quantum est aussi une brillante réflexion théorique sur le matériau qu’est la fiction sérielle. Il ne cesse de s’étoffer, de recommencer et à défaut d’user de cliffhanger – puisque les récits sont toujours bouclés – il se permet de pouvoir traiter n’importe quelle histoire, époque, plonger dans une réalité historique – Le Watergate, la ségrégation, les répercussions du Vietnam ou plus légèrement faire la rencontre de Buddy Holly. Si le sujet de base peut sembler être un prétexte pour créer des chapitres indépendants – à la manière des séries anthologiques à la Black Mirror – et avoir l’infini des possibles à traiter en matière de scénario, c’est surtout un rêve (de créateur, d’acteur, de spectateur) qu’on réalise en affublant à notre héros une histoire nouvelle (et une enveloppe corporelle différente) à tous les coups.

     Mon gros problème avec Code quantum découle de cette originalité : Il est dépourvu de personnages secondaires, ou bien ils sont éphémères. Cette presque tabula rasa permanente m’empêche d’enchainer les épisodes, d’entrer dans l’univers et ne plus vouloir en sortir. Le moteur narratif d’une série, pour moi, ce sont les personnages. La série compense alors avec Sam et les corps qui l’accueillent. Il est certain que le désir des créateurs est d’élargir son éventail d’hôtes : mère de famille, indien, agent du FBI, ado attardé, secrétaire, animateur radio, rabbin, étudiant, avocat, afin de refléter à la fois la société américaine, et notamment son rôle dans l’Histoire, mais aussi et surtout d’exploiter un terrain très cinématographique, en revisitant tous les genres, les récits, au point d’être régulièrement des échos à de nombreux films.

Love, Death + Robots – Saison 1 – Netflix – 2019

05. Love, Death + Robots - Saison 1 - Netflix - 2019D’inégaux précipités animés.

   5.0   Une création Tim Miller / David Fincher exploitée sur dix-huit épisodes minuscules (Entre six et dix-sept minutes) et indépendants, puisqu’ils n’ont strictement aucun rapport entre eux, sinon qu’ils sont tous articulés autour d’une technique d’animation propre. L’ensemble est forcément inégal, l’arc narratif souvent dévoré par l’ambition technique, un peu comme dans la dernière saison de l’autre série anthologique Black Mirror, mais le tout est suffisamment accrocheur pour qu’on l’engloutisse très rapidement. Malgré tout il faut s’armer de patience pour retrouver un chapitre digne de Sonnie’s edge, celui qui ouvre le show, véritable déflagration visuelle, monstre d’intensité érotique, de brutalité sèche, aux rebondissements magnifiques. Le tout baigné dans une mixture Créature du lac noir / Ready player one du plus bel effet. J’ai adoré. Il faut attendre The dump ou Handing help pour être un peu titillé dans son confort et/ou retrouver un niveau excellent. La plupart du temps ça reste aussi beau que vide et vain ou bien ça mérite plus long, le temps d’apprivoiser l’univers dépeint.

Dix pour cent – Saison 3 – France 2 – 2018

DIX POUR CENT - SAISON 3L’agence.

   7.0   Contrairement à l’avis quasi général, aucune déception de mon côté, c’est une excellente saison, dans la continuité de la précédente. Je continue de penser que la belle idée de cette série est de faire croire qu’elle se contente de se concentrer sur ses stars, d’offrir un cadeau par épisode (Et quels cadeaux, cette fois : Jean Dujardin, Isabelle Hupert, Monica Bellucci. Excusez du peu) qu’elle va les égratigner, jouer de leur capacité d’autodérision – Ce qu’elle fait aussi malicieusement mais à une échelle plutôt minuscule pour la plupart d’entre elles, excepté pour Julien Doré qui fait office de fil rouge et en prend pour son grade, de façon très réjouissante – alors que son véritable cœur, ce sont ses agents, les actionnaires d’Ask et bien entendu ceux qui gravitent autour, plutôt dedans. On s’intéresse encore moins à leurs vies personnelles cette fois, sans doute car il y a beaucoup à observer dans leurs déchirements au sein de la boite : Matthias qui souhaite racheter les parts à Hicham ; Andrea et Gabriel qui pensent à se tirer et ouvrir une agence en parallèle ; Arlette qui n’est plus si loin de la retraite. Sans parler des relations toujours épineuses/électriques (et un peu schizophrène ici) entre Camille et Hervé, secrètes et troublées entre Noémie et Mathias, et le super trio (notamment autour du bébé) Andrea/Hicham/Colette : Superbe séquence lorsqu’ils se retrouvent (et acceptent tous trois leur place) autour de l’enfant au beau milieu d’un salon. Six épisodes d’excellente tenue, une fois de plus.

Ad Vitam – Saison 1 – Arte – 2018

14. Ad Vitam - Saison 1 - Arte - 2018Conte cruel de la jeunesse.

   6.5   Très sceptique au départ – Le temps d’un épisode fastidieux, qui peine à nous faire entrer dans le riche univers de la série, en multipliant les zones d’ombre et le parti-pris esthétiques pas forcément reluisants – mais je suis plutôt convaincu sur l’ensemble et sur la durée. D’abord parce qu’il y a de beaux personnages pour lesquels je me passionne (même certains, grandement secondaires : Notamment les brèves apparitions d’Hanna Schygulla ou Philippe Laudenbach, oracle et réceptacle de fortune), je m’attache à des lieux forts – La fin de l’épisode 4 c’est génial cet endroit, c’est où ? On se croirait soudainement plongé dans True détective avec ce dôme abandonné qui ressemble à cette église en ruines que foulent Rust & Marty à la fin de l’épisode 2 – et des plans hyper travaillés – Difficile de ne pas penser à Michael Mann, dès l’instant qu’on a Yvan Attal seul chez lui, face à l’océan, dans un cadre on ne peut plus bleu. Et puis il y a une dynamique inédite, il me semble, intense ici avant d’être engourdie là, qui rappelle les plus belles heures des Revenants.

     Dans le monde d’Ad Vitam, il est tout à fait possible de ne plus mourir puisqu’un sérum-miracle inventé par la science nous permet de stopper le vieillissement de nos cellules, en nous régénérant à l’infini, si d’aventure on le souhaite – Et on vous y pousse, comme dans n’importe quelle société de consommation. On apprend par ailleurs que la majorité a été repoussé à trente ans (impossible de se régénérer avant cet âge, donc), aussi que le monde est surpeuplé et que le pays s’apprête à voter une loi visant à limiter le nombre d’enfants par foyer. La série va principalement nous convier à suivre Darius Asram (Yvan Attal, parfait) flic centenaire, trois fois régénéré, traumatisé par la perte de son fils il y a des décennies de cela (du temps où il était encore impossible d’avoir accès à « ces doses d’immortalité ») et Christa (Garance Marillier, la révélation de Grave) cette rescapée d’une vague de suicides d’adolescents rebelles il y a dix ans, enfermée depuis dans un centre pour mineurs perturbés, que le flic va choisir pour avancer dans son enquête sur la nouvelle affaire des suicides de la plage.

     Il y a des images fortes qui restent, comme ces déguisements de méduses lors de la commémoration de l’anniversaire de la doyenne de l’humanité. On sait rapidement que la méduse – et une espèce en particulier a le pouvoir de se régénérer – est devenu le symbole de ce nouveau monde où l’on ne meurt plus. Jusqu’à même remplacer les enfants dans certains foyers – Les parents de Christa en ont une dans un aquarium. Ainsi comment ne pas songer deux secondes au Do androids dream of electric sheep, de Philip K.Dick ? Il y a aussi cette grande fête où des jeunes célèbrent la jeunesse, le fait d’être encore épargné par les dérives du système, bref ce qu’il leur reste de choix – Ce lieu est filmé comme étant le cœur battant de ce monde et Virgile comme un héros – Belle idée que d’en faire une figure paradoxale, monstrueuse jadis, devenue providentielle. Il y a aussi ce duo de flics, le vieux briscard épaulé d’un tout jeune régénéré, qui occasionne des moments de buddy movie très drôles, donc un penchant paradoxal (le sujet reste lourd) vers le comique.

     L’épisode 5 marque lui un tournant décisif évident puisqu’il brise l’élan initié, tout d’abord en reculant de dix années (Pour évoquer les évènements du stade) ensuite parce qu’il va suivre Virgile Caron, soit le garçon à l’origine de ce suicide collectif dont on entend tant parler depuis le début, évènement qui pourrait en avoir enclenché d’autres du même ordre, notamment celui sur lequel se ferme cette journée de commémoration en ouverture, brillante idée qui déploie un grand paradoxe : Dans ce monde on ne meurt plus, mais certains se suicident. La première moitié d’épisode, impressionnante (bien qu’on en connaisse la tournure) laisse sur le carreau. C’est le moment qu’a choisi le générique pour se pointer : On comprend que la seconde moitié évoluera elle dans le présent. Que l’on y suive à nouveau Virgile est une bonne initiative. Ce qui l’est moins c’est de voir comment tout est laborieux pour raccrocher les wagons (revoir des scènes sous un autre angle, bof) et le faire entrer en collision, comme attendu, avec Christa – qui profite de sa sortie provisoire pour élaborer sa vengeance : Il y a dix ans, Nahel, son petit ami, faisait partie des victimes du stade.

     Il me semble que la série avait été plus inspirée précédemment pour construire du trouble et faire naître de la fascination, avec notamment les entrées en scène de Virgile, le personnage incarné par Niels Schneider, à la tête de cette association pour les jeunes et l’avenir des jeunes. Elle reprend du poil de la bête dans l’ultime épisode mais subit un défaut de taille : Le personnage incarné par Ariane Labed est arrivé beaucoup trop tard dans le récit. Du coup, cette réunion au sommet d’ancêtres – Yvan Attal a 119 ans, elle en a 158 – aurait pu convoquer celle de Heat, et c’est peut-être bien ce qui est recherché, dans son étirement et sa tonalité impromptue. C’est un peu raté, c’est dommage. Tout simplement parce que le cœur de la série ce sont les jeunes, et non ces immortels desquels émanent bien plus de mort que de vie.

    Le final, avec son ambiance Martyrs / Under the skin – L’observation des corps débranchés en train de se putréfier en accéléré – efface presque toutes les baisses de régime. Belle surprise, globalement, donc. Même si l’on reste mitigé + comme on l’était face au premier long métrage de son auteur, ultra encensé il y a quatre ans : Les combattants. On verra ce qu’il nous restera d’Ad Vitam, en l’état ça ne révolutionne pas grand-chose mais c’est un beau récit d’anticipation, ni hermétique ni débile, doté de belles zones de fulgurances. Alors c’est pas The Leftovers ni True detective, c’est sûr, mais il y a une vraie ambition, rare en France, de mêler science-fiction et enquête policière, réflexion sur la mortalité et sur une jeunesse paumée, volonté de relier tragédie du récit et comédie des contrastes. Comme dans Les combattants, Thomas Cailley mélange les genres. Je salue peut-être davantage la tentative que le résultat, qu’importe, c’est déjà énorme d’essayer et de ne pas royalement se vautrer.

Better Call Saul – Saison 4 – AMC – 2018

13. Better Call Saul - Saison 4 - AMC - 2018The winner takes it all.

   8.5   Difficile de ne pas en parler à chaque nouvelle salve de Better Call Saul mais autant Breaking Bad avait le mérite de s’améliorer de saison en saison, jusqu’aux seize épisodes magistraux que forment l’ultime baroud, autant le mérite non moins négligeable de Better Call Saul aura été de s’ouvrir si haut puis de tenir cette qualité exceptionnelle sur toute la durée – Comme si, finalement, Breaking Bad avait été son (sublimissime) brouillon, comme si Gould & Gilligan avait su tirer les meilleurs enseignements de ces six années aux crochets de Walter White et les autres. Evidemment qu’on s’avance, puisque la série n’est pas terminée – Il resterait deux saisons dans les tiroirs – mais c’est ce que je retiens en priorité : L’exemplarité et la cohérence, esthétique et dramaturgique,  de chacune de ces quatre saisons. En espérant qu’AMC continue de renouveler la série selon les souhaits de nos auteurs, cela va de soi.

     Les rebondissements de la fin de la saison précédente sont vite confirmés : Le frère de Jimmy s’en est allé, Salamanca est dans le coma. Kim échappe de son accident de voiture, Nacho, lui s’extirpe in-extrémis de ce brasier ardent. Pourtant, cette saison nous apprend qu’il va falloir les oublier aussi, Kim et Nacho, avec le temps. Kim aura été une pierre angulaire dans la renaissance de Jimmy, avant la mort de son frère comme après, mais d’abord elle fait peu à peu cavalier seul (plutôt que d’attendre Jimmy pour ouvrir un cabinet commun (Il faut rappeler qu’il est provisoirement interdit de pratiquer) elle choisit cette super place d’avocate pour le compte de Mesa Verde) et on imagine qu’elle va être déçu (le final de cette saison le prouve déjà) des penchants amoraux de Jimmy. Quant à Nacho, s’il fait partie intégrante de la première moitié de saison, en échappant encore de peu à un règlement de compte fomenté par Gus Fring, jusqu’à se faire trainer dans le désert avec une blessure par balle dans la panse, pour faire croire à son innocence aux yeux des frères Salamanca, il sera bientôt quasi hors-jeu de toutes les oppositions, relégué dans ce restaurant à collecter l’argent des deals.

     Alors, est-ce que la saison 4 achève de transformer Jimmy McGill en Saul Goodman, comme il est de bon ton de le lire dans de nombreux papiers / comme le revendique cette dernière réplique (qui rappelle ces bombes verbales parfois lâchées par Walter White )? Ou bien est-ce une nouvelle étape de cette transformation lente, comme le furent la suspension de Jimmy du barreau ou plus tard le décès de son frère ? Honnêtement, ça pourrait filer dix saisons encore sur ce rythme, je signe tout de suite. Toujours est-il que cette conclusion, un peu trop lisse pour du Better Call Saul (Jimmy annonce qu’il devient Saul ; Mike exécute son premier meurtre) agit plus qu’en clin d’œil : Tendons-nous à sinon l’imiter, ressembler à Breaking bad, afin de montrer qu’on s’en rapproche inéluctablement ? L’intrigue parallèle dédiée à Nacho, Hector, Gus & Mike n’aura jamais été si proche de ce qu’on connait déjà : Rien que dans la symbolique avec la construction du labo de meth, qui verra évidemment passer quelques années plus tard Walt & Jesse.

     Si cette intrigue grignote de plus en plus celle liée à Jimmy c’est sans doute pour montrer, de façon certes impalpable (Jimmy n’a même aucun lien avec eux durant cette saison, aucun) qu’elle va le contaminer, le faire disparaître pour en faire éclore Saul Goodman. Toujours est-il que tout ce qui tourne autour de Jimmy, Kim, feu Chuck, HHM, Mesa Verde, CC Mobile pourrait tellement suffire. Je me suis rendu compte à quel point Better Call Saul m’était cher aussi pour sa façon de mélanger aussi brillamment ces deux mondes (de ne pas faire un épisode ici, un épisode là, mais quelques minutes ici, quelques minutes là, pour relier leur temporalité) : Une saison sur l’intrigue de Jimmy, affecté par la mort de son frangin, galérant dans une boutique de téléphonie à finir par faire de menues combines comme il les affectionne, puis cherchant à récupérer sa licence, ça m’aurait suffi. Une saison sur l’intrigue de Mike se retrouvant chef d’un chantier de Gus Fring, qui doit, lui, surveiller les Salamanca, ça m’aurait suffi aussi. Alors une saison reliant ces deux intrigues, punaise. Très franchement et même si je n’ai pas une vue d’ensemble, je ne vois pas trop ce qui rivalise avec Better call Saul aujourd’hui.

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silencio


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