Archives pour la catégorie Séries



Twin Peaks – Saison 3 – Showtime – 2017

19. Twin Peaks - Saison 3 - Showtime - 2017“We are like the dreamer who dreams and then lives inside the dream”

   7.5   Super délicat de parler du retour de Twin Peaks. Je tiens d’abord à dire que je ne suis pas un fervent connaisseur, à la base. Je l’ai découverte sur le tard, il y a une dizaine d’années, j’avais adoré y retrouver l’ambiance lynchienne qui m’avais tant dérouté dans Blue Velvet, Lost Highway et bien entendu Mulholland Drive. Univers qui ne ressemble à aucun autre alors qu’il a pourtant ses référents – On sait combien Lynch est attaché à Sunset boulevard, Vertigo ou Persona – et ses nombreux héritiers. Twin Peaks avait tout, sans doute, de la série OVNI dans le paysage sériel – Là aussi, difficile d’en juger personnellement puisque je ne connais aucune autre série de l’époque. J’ai quoiqu’il en soit le souvenir diffus de quelque chose d’inégal (Surtout la deuxième longue saison) et confus dans son déroulement mais superbe sitôt qu’on l’aborde du point de vue de la multitude de personnages (doux et/ou dingues) qui l’habitent. Si j’ai pas mal oublié les détails de l’enquête et comment le récit glisse de la découverte du corps de Laura Palmer aux plongées de Cooper dans la Loge, j’ai une idée assez précise de qui sont Dale, Audrey, Leland, Bobby, James ou Norma. Leurs voix, visages, façon de marcher, de parler, tout ceci est assez précis dans mon esprit. Le film quant à lui (découvert dans la foulée de ma découverte de la série) je ne m’en souviens pas suffisamment. Un peu comme pour Inland Empire, ça a été une grosse baffe sur l’instant, un choc immédiat, complètement fou et perturbant, mais que ma mémoire imprime plus difficilement qu’un classique plus absolu comme Mulholland Drive. A l’instar de la série, ces films (IE, TP, ni même BV et LH) je ne les ai jamais revu. Comment donc aborder The Return de Twin Peaks en partant de cet attachement un poil bancal ? Evidemment, le mieux aurait été de tout revoir, mais d’une le temps manque, de deux je n’en n’avais pas l’envie. J’ai donc choisi de la recevoir ainsi avec le peu de bagage mémoriel que m’avaient laissé les deux premières. En tentant, qui plus est, de regarder un épisode par semaine, comme ils nous étaient proposés. Riche idée tant l’expérience s’avère aussi stimulante sur 1h qu’elle pourrait être indigeste sitôt abordée en binge-watching. C’est tout le paradoxe : A la fois on n’a jamais vu une série comme celle-là, et même jamais vu une saison comme ce retour de Twin Peaks, et à la fois elle s’apprécie moins comme les séries d’aujourd’hui (Tout voir d’une traite) que comme celles d’antan. Voilà pourquoi, déjà, je ne pourrai jamais la considérer comme un film (Le genre de truc qui ne me dérange parfois absolument pas : Carlos, Mildred Pierce, La maison des bois, Le décalogue…) ce même si Lynch lui-même n’a cessé de dire qu’il s’agissait pour lui d’un film de 18h. Et puis plus simplement : Elle respire comme une Série, point. Ça ne se discute pas. Soderbergh a beau réaliser l’intégralité des épisodes de The Knick, c’est une série, ça respire comme tel, c’est ainsi. Bref, dans ce magma (le mot n’est vraiment pas de trop, là) sidérant on pourra toujours retenir les fermetures musicales, toutes plus élégantes les unes que les autres (mention spéciale à Au revoir Simone et Chromatics) et magnifiquement déroutantes quand elles débarquent autrement : Je ne me suis pas remis de la machine infernale crachée par Nine Inch Nails. Tuerie dans la tuerie puisque l’épisode 8 au sein duquel elle explose sans crier gare, au milieu d’une avalanche de séquences toutes plus hallucinantes les unes que les autres, restera le truc le plus dingue vu cette année, depuis dix ans, depuis toujours. La séquence de la pause pipi, She’s gone away, le champignon nucléaire, la bête chelou. Un choc tellurique. Qu’on avait déjà plus ou moins rencontré dans un épisode 3 ô combien déconcertant « Helloooooo » avant de culminer dans un épisode 14 grandiose, chelou, drôle, délirant, flippant, émouvant. Si cette saison m’aura semblé plus bancale que pour d’autres, je dois reconnaître qu’elle aura aussi libéré des espaces sensitifs qu’on ne voit jamais dans le medium. J’ai lu de supers papiers à propos du retour de Twin Peaks, enthousiastes, passionnés, unanimes. Je vous invite à les lire aussi. Et ça permet de voir combien c’est une œuvre inclassable. Depuis, Harry Dean Stanton nous a quitté. Comme avant lui Miguel Ferrer (Albert) ou Catherine E. Coulson (La femme à la bûche) ou David Bowie (Philip Jeffries). Ça donne à la série un amer parfum de mort autant que ça la rend étrangement éternelle, comme Laura Palmer. C’est très beau.

Fargo – Saison 3 – FX – 2017

20. Fargo - Saison 3 - FX - 2017Calculs meurtriers.

   5.5   Il y a des choses réjouissantes dans cette troisième saison, comme les présences de Mary Elizabeth Winstead et Carrie Coon, la féline et l’investigatrice (parfaites toutes les deux) mais aussi celle d’Ewan McGregor dans un double rôle puisqu’il campe deux frères jumeaux que tout oppose (L’un est un riche businessman faisant fortune dans les parkings quand son frère est une petite frappe pathétique pas même capable de voler un timbre) et qui vont être au croisement, macabre et improbable (La série joue trop à faire comme le film, dire que les faits se sont déroulés dans le Minnesota bla bla bla, c’est vite lassant) de chacune des storyline. A l’instar de l’imperturbable Lorne Malvo (Billy Bob Thornton, Saison 1) la série renoue avec le méchant ultime, ici un investisseur opportuniste aux relents nazis, qui use de grimaces, fausses gentillesses et menaces chelou (Curieuse façon de pisser dans une tasse de café, franchement) pour parvenir à ses fins, si fins il a. Il est un peu à l’image de cette saison : Grandiloquent, glacial, arrogant et finalement un peu vain. C’est un peu ce que Fargo a tendance à devenir, je trouve. Ça se le pète beaucoup pour pas grand-chose avec sa photo grisâtre et ses partis pris lourdingues – l’introduction de l’épisode 4 et les instruments pour chaque personnage, au secours. Ça pourrait être un très beau jeu de massacre (façon Banshee) mais ça veut tellement être au-dessus de la mêlée. On reste toutefois dans un show de qualité (qui se mate plus qu’agréablement) ne serait-ce que via certains personnages secondaires : Le bras droit de Vargas, l’homme à tout faire d’Emmit Stussy ou l’entrée tardive mais fracassante du personnage sourd et compagnon de cavale de Nikki. Mais pas sûr que j’en garde grand-chose.

Game of thrones – Saison 7 – HBO – 2017

18. Game of thrones - Saison 7 - HBO - 2017Avance rapide.

   7.5   Nombreux sont ceux qui regrettent l’esprit des premières saisons, quand la série était plus subtile, avare en rebondissements mais plus incisive quand elle les utilisait, prenait en compte les distances géographiques, jonglait avec les faux-semblants et parties de cache-cache dans un échiquier géant parfaitement agencé, auxquels s’adonnaient chacun des personnages, toujours magistralement incarnés. Je comprends. C’est vrai que la saison 7 va à l’essentiel et vire au grand n’importe quoi dans la gestion de ses ellipses et des déplacements des personnages. Mais elle fille vers son dénouement et ma foi, j’aime cet étrange virage, plus mainstream, plus axé sur le divertissement pur, qui lui, reste de facture excellente. Tout est donc super prévisible, tout va donc dix fois trois vite (On a oublié que Daenerys avait mis cinq saisons à débarquer à Westeros, Tyrion plusieurs épisodes à voyager en barque vers Meereen avec Jorah, on a quitté cette atmosphère si particulière qui émanait par exemple de la longue captivité de Jaime et Brienne…), élément sur lequel je ne vais pas cracher, personnellement, puisque j’étais le premier à trouver le show un brin complaisant dans la lenteur de sa mécanique, malgré la jubilation qu’on pouvait souvent y trouver. Bref, je me suis régalé.

Mad Men – Saison 1 – AMC – 2007

     Voici le récap de mes Notes quotidiennes sur mon rattrapage Mad Men – Et qui sera très probablement ma plus grande découverte (tardive) de l’année. En espérant que je poursuivrai dans cet élan pour les saisons suivantes. Car c’est une véritable claque. De celles dont on ne se relève pas.

MM1011.01

20/07/17

Au rayon des grandes séries achevées, il me reste tout un tas de choses à découvrir. Six Feet Under, Les Soprano, The Shield, Oz, pour ne citer que ces quatre-là. Si j’arrêtais de mater des nouveautés je pourrais rattraper ce retard sur un an, facile. Mais j’ai pas envie d’arrêter de mater des nouveautés, y a trop de belles choses. Parmi la liste de ces « séries cultes » qui me font de l’œil, Mad Men est bien placée. J’ai appris hier que la série avait été lancée il y a dix ans jour pour jour : L’occasion idéale pour s’y mettre. Le pilot m’a permis de faire brièvement connaissance avec ce petit univers de la publicité dans le New York des années 60. De faire connaissance avec Don Draper, un nom que j’ai tellement entendu ces dix dernières années qu’il est devenu à mes yeux une mystérieuse légende. D’apprécier d’emblée l’élégance de la mise en scène, la beauté des costumes, la place centrale de la cigarette. C’est très bizarre d’entamer une série dix ans après tout le monde. Durant cet épisode de 47 minutes, Mad Men condense assez ce que je m’étais représenté de la série, son esthétique, son tempo, sur un ton un poil plus dépressif que l’image que je m’en faisais. La séquence finale est très belle. Je ne sais pas combien de temps ça me prendra mais, depuis hier soir, 19 juillet, je suis lancé !

MM1021.02

21/07/17

Il y a deux scènes très brèves, dans ce deuxième épisode, qui racontent beaucoup de cette ambiance paradoxale et surprenante qui habite la série. Peggy entre dans les toilettes du bureau et croise l’une de ses collègues en larmes. Deux scènes, deux femmes différentes. La première fois elle se soucie de cette femme qui pleure, s’empresse de l’approcher, mais elle est accompagnée de Joan Holloway « sa supérieure » qui lui fait signe de passer son chemin. La seconde fois, elle est seule. Et d’elle-même choisit de ne pas s’en inquiéter. Elle fait partie des lieux, elle est contaminée. Pourtant, elle aussi a ses états d’âmes quant à la lourdeur des hommes qui ne cessent de la draguer sans pincettes. C’est que derrière la légèreté de ce voile, joviale, parfois potache (la séquence du déodorant) on a le sentiment que les personnages jouent un rôle qui ne correspond en rien à ce qu’ils sont dans la vie. Don Draper le premier, qui bien qu’il continue de passer du bon temps avec sa maitresse, s’inquiète pour sa femme sujette à une mystérieuse anxiété qui la conduit à affronter un léger accident de voiture qui va complètement l’ébranler. Ce personnage féminin me fascine déjà tout particulièrement. Ici, elle semble heureuse, là elle donne la sensation de vouloir être ailleurs. A vrai dire je ne m’attendais pas à voir tout cela aussi vite. Je ne m’attendais pas à ce que la série ne cesse de crier son état dépressif latent. Une fois encore, l’épisode se ferme sur un plan d’enfermement du personnage entre deux portes ou cloisons. Il y a décidemment quelque chose de brisé et résolument tragique là-dedans, qui va à l’encontre de ce qu’on a déjà pu croiser dans les fictions traitant de cette Amérique bourgeoise et familiale. Là à chaud ça m’évoque presque Sirk ou plus récemment Mildred Pierce.

MM1031.03

23/07/17

Je me demande bien qui est Donald Draper. Ce publicitaire lunaire qui débarque au bureau en lançant quelques discrètes vannes tout en tirant la tronche. Cet homme mystérieux moins perturbé par la nouvelle campagne de pub Volkswagen (Qui semble ébranler tout le monde) que par cette étrange rencontre avec un vieux copain dans un train. Cet amant compulsif qui fait du gringue à une partenaire professionnelle sur le toit de son magasin avant de se raviser en lui avouant qu’il est marié. Ce père de famille qui construit une maison de jardin pour l’anniversaire de sa fille tout en s’enfilant des litres de bière. Ce mari dont les autres housewifes sont jalouses (« That man ! », s’exclame l’une d’elle en le voyant s’affairer avec son tournevis, avant qu’elle ne lui fasse la blague de l’accompagner prendre sa douche) mais qui semble trouver une oreille plus confidentielle du côté de cette femme délaissée. Don Draper, cet homme aux allures si parfaites, qui sort sa Super8 pour faire une vidéo souvenir tandis qu’il ne reviendra pas avec le gâteau d’anniversaire (préférant l’errance de ses pensées devant un passage à niveau – Sublime scène avec le bruit d’un train qu’on entend passer hors champ dont le reflet courbé de ses lumières vient couper le visage de Don au regard lointain) mais avec un labrador. Je ne sais pas encore le quart de la moitié de ce que peut ressentir ce personnage ni de ce qu’il a vécu, mais il me bouleverse déjà. Au moins autant que Betty, sa femme, complètement paumée « I do not know what to say » lâchera t-elle à la fin de Marriage of Figaro, le troisième épisode de cette saison 1, quand elle assiste au retour de Don, fêté par ses enfants heureux qu’il leur ait offert un chien. Oui, je n’en suis que là. Et déjà, je trouve ça puissant.

MM1041.04

26/07/17

Un épisode qui permet, entre autre, de creuser le personnage de Pete Campbell, commercial fraichement marié. On y découvre un jeune loup plus fragile et influent qu’on ne le croyait / qu’il ne laissait paraître. Le mariage les pousse, lui et sa femme, à se pencher sur l’acquisition d’un appartement au cœur de Manhattan, forcément hors de leurs prix. Plus que d’argent, c’est un épisode qui évoque la complexité des pouvoirs de domination. Pete travaille donc pense être celui qui aura le dernier mot sur cet appartement – Son salaire est insuffisant, point. Puisqu’ils sont jeunes, Trudy, sa femme imagine qu’on va les aider, que c’est dans l’ordre des choses. Quand le père de Pete bloque les négociations – Il ne semble pas s’être remis du choix de carrière de son fils – les parents de Trudy s’empressent de leur porter secours.

      A l’agence se produit un fait non pas similaire, mais dans la pleine mesure de ces rapports de pouvoir : Pete est persuadé que ses idées sont aussi pertinentes que celle de Don et le devance sur le slogan d’une maquette. Un geste finalement sans répercutions puisque si Don le vire sur-le-champ c’était sans compter un autre rapport de force – Magnifique entrevue Cooper/Sterling/Draper en chaussettes, petit détail mais petit détail qui compte tant il permet de constater qu’une série a la classe ou ne l’a pas – qui permet à Pete d’être relativement intouchable car descendant d’une famille ô combien influente chez Sterling Cooper qui lui doit une partie de son carnet d’adresses.

      New Amsterdam est un épisode passionnant dans ce qu’il génère de collision en duo : Helen/Betty ; Betty/Glen ; Rachel/Don ; Pete/Don. Pour accoucher sur deux entrevues en trio qui n’en sont pas vraiment : Dans la première, en chaussettes, Sterling est transparent, c’est Cooper qui mène la barque. Dans la suivante, lorsque Sterling fait croire à Pete que si Sterling Cooper choisit de le garder, il le doit entièrement à Don Draper, Don est présent mais ne sert strictement à rien. Il est flatté gratuitement parce qu’on voudra toujours plus le préserver lui que « that little snot » de Pete Campbell, pour reprendre les mots de Roger Sterling. Enième cinglante démonstration de pouvoir.

MM1051.05

27/07/17

« Who is Don Draper ? » C’est bien ce qu’on se demandait à la fin de l’épisode 3. Ces mots, ce sont ceux employés par son frère, dans 5G (1.05) dans lequel on apprend que Don s’appelle en vérité Dick. On le savait déjà un peu puisque l’homme qu’il avait croisé dans le train durant l’ouverture de l’épisode 2 l’avait alpagué par ce prénom. On en sait donc un peu plus : Don Draper a tiré un trait sur une partie de sa vie « I have a life. And it only goes one direction. Forward » dira t-il à son frère cadet avant de le planter dans le bar du coin où il n’a sans doute jamais mis les pieds, puisque c’est un homme si secret : Betty plaisante lorsqu’elle demande à une Peggy complètement perturbé si elle n’est pas saoulé par les bavardages de son mari. Car aussi étrange que cela puisse paraitre, l’épisode démarre en douceur et prend d’abord des allures de petit vaudeville, avant d’embrayer vers la tragédie de famille. Peggy décroche malencontreusement le téléphone quand Don est en discussion hot avec Midge. Et lorsque Betty vient au bureau avec les gosses pour une séance photo, Peggy est persuadé que Don est parti prendre du bon temps et elle préfère se confier à Joan. C’est très drôle de voir Elizabeth Moss jouer cette hystérie fragile, en tout cas – Moi qui ne la connaissais que dans Top of the lake, ou Queen of earth. De manière générale, l’épisode en question me séduit sur tout un tas de toutes petites choses : Jon & Betty dont les bras s’effleurent (comme pour se dire bonjour) après un réveil gueule de bois ; Le « Don’t worry about that » glissé par Don à Peggy pour la réconforter, après qu’elle ait oublié de le prévenir pour les photos ; Et bien sûr, les yeux embués de Don lorsque son frère lui demande s’il ne lui a pas un tout petit peu manqué. Je trouve la série incroyablement généreuse émotionnellement, moi qui m’attendais à quelque chose d’assez froid uniquement bercé par des joutes verbales de types en costume dans des salles de réunion. Il m’aura pas fallu longtemps pour être chamboulé, 5 épisodes seulement pour me faire pleurer durant la scène au Times Square Hotel. J’ai pas envie de trop m’emballer mais j’ai l’impression qu’il se passe un truc fort entre Mad Men et moi.

MM1061.06

28/07/17

Babylon est un épisode plus traditionnel, dans la lignée du pilot. Plus quotidien puisqu’on y découvre quelque coutume perverse/macho de bureau (Lipstick brainstorming faisant office de spectacle pour les hommes derrière la vitre) et qu’on se penche sur le processus d’approche de la clientèle (Le tourisme israélien) et qu’on y creuse les relations extra-conjugales respectives de Don Draper & Roger Sterling. Plus disparate car on s’intéresse un peu à tout le monde, à plein de thématiques, un peu trop vite probablement. L’épisode s’ouvrait pourtant sur un flash/souvenir d’enfance, dans lequel Don s’y remémorait la naissance de son jeune frère Adam. Une continuité parfaite à l’épisode précédent qui nous hante, en somme. Sauf qu’on n’y reviendra pas et tant mieux en un sens, la série sait nous rappeler qu’elle en garde sous le pied. Les fondements scénaristiques m’ayant moins captivé cette fois (Hormis cette très belle scène d’aveu de Rachel au téléphone avec sa sœur) j’ai eu le plaisir d’observer davantage la direction artistique. J’aime beaucoup le regard que la série porte justement sur les regards (Celui, glacial mais nonchalant de Joan, notamment) et d’autres détails qu’on aurait enfoui ailleurs comme ces mouchoirs imbibés de rouge à lèvres, cette somptueuse queue de cheval en spirale de Peggy, une discussion de lit autour de Joan Crawford. Il faut savoir mettre en scène tout cela. Et Mad Men le fait tellement bien. Episode anecdotique en apparence mais qui pourrait bien faire partie de ceux qui avance leur complexité plus subtilement. Et qui à l’instar du pilot, se ferme sur une séquence un peu en décalage avec ce qu’on vient de voir – Ici un montage alterné musical avant de s’en aller sur ce très beau plan (un peu déprimant) de Joan & Roger Sterling, devant l’hôtel, cherchant chacun leur taxi.

MM107081.07 & 1.08

30/07/17

Deux épisodes très différents mais je fais un prix groupé pour la simple et bonne raison que pour la première fois depuis mon lancement dans la série j’en découvrais deux à la suite. L’un évoque majoritairement la relation entre Sterling et Draper, l’autre celle entre Peggy et Pete. Sous ses apparences de bromance, la relation Sterling/Draper est plus fragile et cordiale qu’on ne le croit, qui plus est quand les diners sont alcoolisés et les avances impulsives (couronnant un flirt un peu bizarre entre Betty et Roger) complètement déplacées. Ça permet de voir une rivalité qu’on n’avait pas vue encore et de constater que Roger Sterling gère difficilement 23 étages à pinces après un repas d’huitres – Fin d’épisode aussi hilarante que troublante. De la même manière, le rapprochement entre Peggy et Pete, qu’on attendait depuis un premier flirt fugace (épisode 1) montre clairement ses limites entre ce besoin de posséder et la crainte de l’être d’un côté (J’ai vraiment du mal avec ce personnage pour le moment) et le désir de liberté absolue recherché de l’autre – Peggy qui danse sur Let’s twist again, ça n’a pas de prix. A part ça, Don semble être en passe de tirer un trait sur Midge, sa maîtresse, dont il est comprend qu’elle s’est entichée d’un autre, plus beatnik que lui forcément. Ce qui veut dire qu’il va probablement falloir que je tire un trait sur la belle Rosemarie DeWitt. A moins que. C’est d’ailleurs l’occasion d’un premier (J’imagine qu’il y en aura d’autres bientôt) très long flashback sur l’enfance de Don. Ça se met en place progressivement, on sent que la série a plein de choses à raconter. Car on pourrait aussi revenir sur Salvatore Romano, le graphiste, l’homme à femmes qui semble troublé par les hommes. Ou sur ces appels répétés en Don et le psy de Betty qui lui fait les comptes rendus de leurs séances. Ou sur ce qui se trame politiquement en filigrane (puisque les présidentielles approchent) avec les évocations régulières de Nixon et Kennedy. C’est donc toujours aussi riche et passionnant.

MM109101.09 & 1.10

01/08/17

Deux épisodes absolument fabuleux (Peut-être bien mes deux préférés depuis le début) durant lesquels on apprend que Kennedy grignote l’avance de Nixon au moyen d’une campagne plus concrète et proche du peuple, avant qu’il ne soit carrément appuyé par le président sortant Eisenhower. Ce qui grille le moral des troupes Sterling Cooper, qu’on sait derrière le vice-président, surtout Don qui préfère celui qui s’est fait tout seul au gosse de riche car dit-il : « I see myself in him ». Outre la politique on y parle beaucoup de cinéma. Je sais que Mad Men s’est accaparé cette spécialité, j’en attendais donc beaucoup de ce point de vue-là et je ne suis pas déçu. Ici Roger veut inviter Joan à la projection de La garçonnière avant de lui avouer que le cinéma d’aujourd’hui le gêne à toujours s’avachir dans l’excès en prenant l’exemple de Psychose. Plus loin, Joan se plaint de faire trop Doris Day et pas suffisamment Kim Novak. Et Betty est engagée pour une séance photo car on décèle en elle l’élégance d’une Grace Kelly. Ça parait léger comme ça pourtant ce sont là deux épisodes très sombres. Un premier très dur envers Betty (Je crois que je suis amoureux de January Jones, mais passons) où l’on peut constater la cruauté maligne de ce monde sans états d’âme : Elle est approché par une agence publicitaire très connue afin de la faire poser pour Coca-Cola, elle retrouve donc une nouvelle jeunesse puisqu’on apprend qu’elle était mannequin avant d’être mère au foyer. Mais c’est une approche qui en vise une autre : S’accaparer les services de Don. Elle n’en saura rien (pour l’instant ?) mais j’ai vraiment souffert pour elle. Le titre de l’épisode original (Shoot) est plus représentatif que le titre français (Changement de décor) tant c’est un virage éphémère, comme l’envol d’un pigeon terminant sa course dans la gueule d’un chien. Rien n’a changé finalement, si ce n’est qu’on a brisé le rêve de renaissance de Betty – Ses larmes retenues lorsqu’on lui fait comprendre que ça s’arrête là sont terribles. L’épisode suivant aussi est très marquant tant on a l’impression que c’est un monde en sursis, toujours sur la brèche, qu’il s’agisse de la relation électrique Don/Pete, de la perte d’un client ou d’une attaque cardiaque. L’épisode se ferme sur un Don ravagé, qui trouve en Rachel la confidente idéale. C’est très triste mais très beau.

MM1111.11

02/08/17

Comme son titre l’indique Indian Summer est un épisode de transition avant l’hiver, on est en octobre, il y fait excessivement chaud au point que des VRP viennent sonner aux portes des housewifes pour leur vendre des climatiseurs. La sueur ruissèle sur les peaux, les draps sont de trop et les machines à laver (Beaucoup pensé aux Bruits de Recife, de Kleber Mendonça Filho) semblent offrir au moins autant de sensations fortes que les ceintures amincissantes. Qui a dit que Mad Men était une série de mecs ? Superbe double (ou triple si l’on observe le regard bouleversant de Joan pour un Roger amorphe) représentation du désir, tout en vibrations nouvelles, aussi bien du côté de Peggy à la présentation de ce nouveau curieux projet que chez Betty qui fantasme sur un inconnu de passage. Et en filigrane, la campagne de Nixon sent le roussi si l’on en croit les dires d’un rédacteur, les dirigeants de Lucky Strike (Le gros client de l’agence) sont inquiétés par une kyrielle de procès, Don est promu actionnaire après la nouvelle crise de Roger, et le frère de Don se suicide, après avoir posté un étrange paquet réceptionné par cette petit merde de Pete Campbell qui se l’embarque sous le bras. Oui, il a fait chaud. Don a même troqué son habituel whisky pour un verre d’eau.

MM112131.12 & 1.13

03/08/17

Sommet de déprime cette fin de saison avec en point d’orgue cette cruelle double fermeture fantasme/réalité. Si Mad Men est déjà si importante à mes yeux c’est dans la gestion de cet équilibre fragile entre la légèreté et le mélo, vie de bureau et vie privée (que Don et sa sublime séance diapos fait rejoindre dans un élan curieux, à la fois somptueux et désespéré), longs instants de parole et moments de silence, le (faux) collectif et les éternelles solitudes. La petite fête arrosée qui se joue dans l’agence en attendant les résultats des élections contraste avec l’affrontement entre Pete & Don et le flashback qui raconte comment Dick Whitman est devenu Don Draper – Une histoire de désertion familiale, pas forcément celle dont Pete l’accusait, mais c’est une affaire de fuite quand même. Cette séquence sur le quai de gare, mon dieu. Quant au dernier épisode, il renverse un peu toutes les situations : Si une guerre semble engagée à l’agence, c’est autre chose qui se brise pour Betty – Tellement hâte de voir évoluer ce personnage. Moins fan du sort réservé à Peggy. Ok elle avait pris du poids, on se doutait bien que ça cachait quelque chose, mais faire exploser cela en déni de grossesse total ça sort un peu du chapeau non ? C’est vraiment pour trouver un bémol hein tant j’ai trouvé cette première saison intense, raffinée, passionnante à tous les niveaux. Allez hop, un mois de pause, bonnes vacances à tous !

Better Call Saul – Saison 3 – AMC – 2017

16. Better Call Saul - Saison 3 - AMC - 2017« It’s all good, man! »

   8.5   Gould & Gilligan sont en passe de faire coup double avec ce nouveau bébé, qu’on appelle communément « spin-off de Breaking Bad » puisqu’il utilise Albuquerque, les terres de Breaking bad, mais aussi nombreux de ses personnages, donc évoque sans cesse la série référente. Avec la faculté d’avoir créé un autre univers au sein du même univers. Je me répète, j’avais déjà dû en parler l’an dernier ou il y a deux ans, mais c’est dingue comme Better Call Saul a amplement dépassé ce qu’elle promettait. D’autant que cette fois, avec un bagage aussi imposant que BB, Gould & Gilligan ont gommé chaque faiblesse ou facilité pour d’emblée trouver la bonne mesure : ces trois saisons se valent peu ou prou. C’est même hallucinant de voir un show aussi constant dans l’excellence sur trois saisons, sur trente épisodes. D’offrir une écriture aussi retorse que limpide, une mise en scène aussi raffinée.

     Il s’y passe d’ailleurs « moins de choses » en terme de rebondissements, comme si leurs créateurs ne cherchaient plus du tout à séduire, c’est-à-dire que Better Call Saul observe l’évolution de chacun de ses personnages de façon encore plus imperceptible que dans Breaking Bad. C’est tellement infime qu’on pourrait réduire la relation entre Chuck et Jimmy à ceci : La première saison saisit la fragilité de leur connexion et les éloigne l’un de l’autre, dans la suivante leur relation est noyée sous la trahison et dans la troisième c’est VRAIMENT mort. On pourrait faire de même avec Mike. Avec Kim aussi, bien que son personnage (au même titre que Nacho) soit plus déstabilisant pour nous puisqu’il n’existe pas dans Breaking Bad. J’ai donc passé une bonne partie de cette saison à trembler pour elle, je n’en dis pas plus. Du côté de Mike il s’est passé un peu plus de choses : Tout d’abord, il y a cette merveille d’épisode où il prend un type en filature et le suit jusqu’à… Los Pollos Hermanos. Frissons inside. La première apparition de Gus Fring fait un drôle de truc, plus encore que la première apparition de Salamanca l’année dernière. On va pas épiloguer sur les clins d’œil à BB, quoiqu’il en soit je trouve que Better Call Saul les disperse merveilleusement sans jamais fonder un épisode dessus, sans jamais s’en servir pour relancer une quelconque dynamique. Elle s’en affranchit sans l’oublier. C’est très beau.

     La grande force de Better Call Saul c’est avant tout la complexité de ses personnages et l’interprétation parfaite qui en découle. Il faudrait parfois revoir un épisode ou une situation pour bien comprendre ce qu’on a vu, ce que le personnage a manigancé, toute la perversité parfois maquillée en bienveillance. A ce petit jeu, Better Call Saul est une série hyper respectueuse de son spectateur, il n’y a pour ainsi dire aucune facilité, aucun trou d’air. Des symboles, certes (durant les deux derniers épisodes, notamment) mais ils ne sont jamais vulgairement placardés. Des rebondissements, aussi, mais toujours minutieusement disséminés. Les personnages, d’abord, le territoire ensuite. Le dernier bimestriel de La septième obsession s’intéresse particulièrement à « Comment filmer un territoire ? » Il me semble que Gould & Gilligan y ont répondu d’une manière tout à fait singulière, aussi bien avec BB que maintenant avec BCS.

     Cette fois, les deux mondes, on le sent, ne sont plus très loin de fusionner. Lors de l’épisode 2, Mike met le restaurant de Gus sous surveillance et embauche Jimmy pour observer à l’intérieur si un éventuel échange intervient. C’est la seule fois de la saison que Mike et Jimmy se croiseront. C’est dire la méticulosité de l’écriture, la subtilité de ses virages, la patience qu’elle requiert. C’est donc archi-lent si l’on espère vite un crossover, pourtant c’est tellement brillant, tellement puissant de ne rien précipiter : Chez Gould & Gilligan on ne devient pas bad guy comme ça. C’est un labyrinthe de situations, de quiproquos et de drames pour y parvenir. C’était le cas avec Walter White. C’est le cas aussi avec Jimmy McGill. L’avocat, aussi véreux soit-il, est toujours là – Même s’il tend à disparaître si l’on en croit ce final du 3.10 où il grille complètement sa clientèle de retraités. Mais c’est un éclair d’humanité qui le grille, un reste de bon fond, c’est très bizarre : On pense qu’il devient Saul Goodman et il plante un nouveau décor. Sans cesse. Ça pourrait durer dix saisons comme ça qu’on ne s’en lasserait pas.

GROS SPOILER POUR FINIR :

     Avec la probable mort de son frère, Jimmy a-t-il définitivement perdu cette étincelle McGill qui irriguait encore son cœur ? Ils ont beau s’être déchiré toute leur vie, Chuck représente beaucoup pour Jimmy. Et qu’en est-il de Kim ? Proche de lui, elle semble canaliser ses impulsions. Mais qu’en sera-t-il quand elle ne sera plus là non plus ? Quelle fin de saison incroyable au fait : Si j’ai cru qu’on allait perdre et Kim et Nacho, Better Call Saul semble en finir avec Chuck d’un côté et conduire Salamanca sur sa chaise de l’autre. Qu’importe le temps qui s’écoule entre BCS et BB, je n’en reviens pas que Gus Fring ait pris à ce point son temps pour tuer Hector. Et qu’il n’y parviendra pas, d’ailleurs.

Le bureau des légendes – Saison 3 – Canal + – 2017

15. Le bureau des légendes - Saison 3 - Canal + - 2017La DGSE dans tous ses états.

   9.0   Durant la mini trêve Twin peaks et juste après ma miraculeuse pause récréative Master of None, j’ai dévoré l’incroyable troisième saison du Bureau des légendes. Je ne pensais pas Rochant capable de faire aussi fort que la saison précédente mais il a peut-être fait mieux. J’étais physiquement mal à de nombreuses reprises et fasciné par chaque parcelle de ce foisonnant récit, chaque personnage, chaque situation, chaque dialogue. Mes occupations ne me le permettaient pas mais j’aurais très facilement pu enchaîner ces dix heures en une salve. Bon, je serai sans doute mort à l’heure qu’il est tant ça attaque constamment le palpitant. Mais il y a beaucoup de frustration dès que surgit le générique à chaque fin d’épisode – Sans que la série ne force sur les cliffhangers pourtant.

     La première saison était parasitée par une légère rigidité dans ses enchaînements et un trop plein didactique provoqué par la prépondérance de la voix off. La deuxième l’utilisait encore mais était parvenu à trouver le juste équilibre, notamment en exploitant davantage sa géographie multiple et le brio de ses montages parallèles. Cette fois, la voix off n’est plus. Ne reste qu’une maîtrise totale, aussi bien dans les huis clos du renseignement que sur le terrain, en Iran, en Syrie, à Bruxelles, à Bakou. Des séquences qui s’étirent considérablement, une tension qui s’installe, grandit en permanence. Et une gestion plus fine encore de ses intrigues centrales et des moments plus triviaux – des gestes, des regards, des dialogues intimes qui contrastent avec l’apparente froideur de cet univers de l’espionnage.

     Nous avions abandonné Malotru en très mauvaise posture l’an dernier. Son amour pour Nadia avait fait de lui un agent double pour le compte de la CIA ce qui l’avait catapulté comme traître à la DGSE, mais cette insubordination avait été levé afin qu’il dirige une cellule de crise qui le fit tomber aux mains de Daesh au cours d’une mission de neutralisation d’un djihadiste français. Cette nouvelle saison s’ouvre sur l’organisation autour de son sauvetage : Si la DGSE souhaite utiliser les contacts syriens de Nadia El-Mansour, la CIA, elle, n’est pas hyper enthousiaste à l’idée de voir revenir l’agent à l’origine du scandale que sa trahison jouera inéluctablement dans le monde du renseignement.

     Un peu plus tard dans la saison, des suites de l’assassinat d’un indic en Syrie, Duflot, alors à quelques semaines de la retraite, se porte volontaire pour une mission de terrain à haut risque, consistant à rencontrer un officier supérieur de Daesh, en lui proposant son exfiltration contre la libération de Malotru. J’aimerais évoquer d’autres situations, mais mieux vaut les découvrir par soi-même, c’était simplement  pour souligner qu’il est assez inédit de ressentir d’une série à ce point son actualité, l’impression qu’elle traite intelligemment les enjeux géopolitiques, qu’elle se penche avec une telle acuité sur le quotidien des réseaux de renseignements français, qu’elle exploite avec rigueur et maturité toute la complexité d’un univers aussi codé.

     Ce qui est très réussi c’est de voir chaque situation, aussi extraordinaires soient-elles, gérée par des agents hyper lucides mais humains avant tout, des hommes et des femmes qui peuvent à tout moment se griller, à tout moment d’effondrer malgré leur professionnalisme. Ici Malotru prisonnier de Daesh endure un interminable calvaire, d’autant qu’il est lâché par une partie de la direction qui ne prend pas le risque de griller ses affaires en cours pour un agent quel qu’il soit. Il est au bord du précipice à chacun de ses apparitions. Là Phénomène, à peine remise de son traumatisme iranien et de son aventure aux côtés de Shaipur, sujette à des crises de panique répétées, est engagée dans une double infiltration risquée aux côtés d’un agent du FSB qui se fait passer pour un agent de la DGSE et lui commande de jouer à nouveau les sismologues embarqués en Azerbaïdjan. Voir Marina Loiseau (Formidable Sara Giraudeau, vraiment) avancer aussi méticuleusement que fébrilement, avec le risque permanent d’être démasqué, est le point névralgique de cette saison remarquable. Il suffit d’une clé USB ou d’un détecteur de mensonges pour nous faire chanceler brutalement.

     Et pourtant, on s’y sent bien. On va même jusqu’à rire, parfois. L’humour était toujours sous-jacent mais elle fait partie intégrante de cette troisième saison, qui se paie le luxe de renouveler quelque peu son casting en s’attribuant par exemple les services d’Artus, qui restera cela dit très sérieux malgré une saillie – son apparition – dont on jurerait qu’elle soit tirée de l’un de ses sketchs. Il n’est pas le seul à nous faire rire, Duflot (Daroussin) aussi, on le sait, ce curieux directeur aux cravates excentriques ou encore Sylvain, le génial informaticien qui peut tout dénicher, adepte d’un humour pince-sans-rire réjouissant. Cette saison fait d’ailleurs la part belle aux personnages secondaires, aussi bien les désormais bien ancrés dans le récit (Sisteron, Céline, Prune, La mule…) que les nouveaux arrivés (Jonas, Esrin, Snoopy, Cochise) tous fouillés à la perfection. Grande, très grande saison pour une dores et déjà immense série.

Master of None – Saison 2 – Netflix – 2017

14. Master of None - Saison 2 - Netflix - 2017Fior di latte.

   8.5   Aziz Ansari transforme l’essai. Après une première saison attachante, généreuse, fine, pleine de promesses, Master of None va plus loin dans ce deuxième jet, tente plus de choses au niveau formel, développe son matériau de base (Le quotidien d’un jeune trentenaire d’origine indienne : Sa famille, son boulot, ses amis, ses flirts) avec une finesse d’écriture, une élégance dans sa mise en scène (On va parfois jusqu’à rejouer des situations de grands films italiens) et sa construction, qui peut parfois rappeler les circonvolutions de Louie (Qui nous manque tellement) cette autre merveille new-yorkaise, écrite et jouée par Louis CK.

     Cette saison s’ouvre à Modène, en Italie. Dev y bosse provisoirement (Pour l’été) dans un resto de pâtes, avant de repartir pour Manhattan. Il y fait notamment la connaissance de Francesca, sa collègue serveuse, maquée, et dans un premier épisode, intégralement en noir et blanc, Master of None rejoue Le voleur de bicyclette version Le voleur de smartphone, alors que Dev avait fait la rencontre d’une fille qu’il ne reverra probablement jamais – Le smartphone est une idée forte d’entrée, d’une part car elle brise l’hommage poussiéreux, d’autre part car elle injecte cette modernité (Sans forcer les portes) pour se fondre dans un ensemble qui joue constamment de son statut de série actuelle.

     C’est l’occasion aussi de placer cette saison sous une respiration très italienne – Bien qu’hormis les deux premiers épisodes, la série se déroule intégralement à New York. Deux trucs cette année donnent envie de prendre l’air italien : Master of None S2 et Ti Amo, le dernier Phoenix. Et la série en joue dans chacun de ses épisodes, aussi bien du point de vue de sa mise en scène, des clins d’œil divers, des dialogues (On y parle aussi beaucoup italien) et surtout, surtout de la présence d’un pur rayon de soleil : Alessandra Mastonardi. Francesca, donc, inutile de te faire un dessin. Après la belle Noël Wells (Rachel) l’an passé (mais qui refait une apparition brève dans l’ultime épisode de cette année) on peut dire qu’Aziz Ansari ne se prive pas.

     C’est une saison très éclectique mais cohérente. Outre la virée modènienne, on retiendra en outre un épisode d’une heure, se déroulant en partie au Storm King Art Center, pouvant mettre à l’amende n’importe quelle comédie romantique. Plus tôt, il y a un épisode sur la religion, qui rappelle un autre de l’an dernier et donne l’occasion pour Aziz Ansari, accompagné de ses parents (qui jouent leur propre rôle) de montrer le fossé qui les sépare, puisque contrairement à eux, qui sont musulmans pratiquants, Dev ne pratique pas. Mais il n’ira pas jusqu’à manger du porc devant eux, quoique. Et c’est toute l’intelligence d’un épisode, très court par ailleurs (20 minutes ici, une heure là : La durée est un élément témoin de la liberté de cette série. La plupart des épisodes sont réalisés par les créateurs et Ansari se charge du plus imposant et romantique) qui interroge le dialogue père/fils, la tolérance, l’amour qui réside entre eux malgré leurs divergences idéologiques.

     Au rayon des surprises, un épisode entier, intitulé New York, I love you s’amuse à filmer uniquement des figurants, comme des héros éphémères, dans une forme chorale, très élégante, où un couple/trio de personnage (C’est Dev, Denise & Arnold qui ouvrent l’épisode puis s’effacent soudainement) nous envoie vers un autre et ainsi de suite, avec un pic osé sur une discussion entre sourds-muets, discussion offerte comme si nous en faisions partie : Sans aucun son. Fantaisie comme une autre, qui pourrait ne pas fonctionner ou moins bien fonctionner, mais c’est fou ce que Master of None réussit tout ce qu’elle tente cette année.

     Mais c’est un peu plus tôt que la saison m’aura offerte une première grosse baffe. The dinner party. Un épisode durant lequel Dev reçoit Francesca, de passage à New York. La dernière scène, sur la banquette arrière d’un taxi, en un seul plan accompagné de Say Hello, Wave Goodbye de Soft Cell, m’a arraché les larmes et prouve, si tant est qu’on ne l’avait pas déjà remarqué l’an passé, qu’Aziz Ansari est un grand mélancolique. Sommet de la saison, pour moi. Je ne l’ai pas vu venir. J’ai revu plusieurs fois la scène. Et j’ai beaucoup réécouté Say Hello, Wave goodbye durant quelques jours.

     Un autre épisode, entier évidemment, fait le parti de développer le personnage de Denise, la meilleure amie de Dev, souvent réduite à de brèves apparitions à ses côtés. On y raconte la découverte de son homosexualité, son éloignement qu’il provoque avec sa mère et la confiance qu’elle engrange à mesure des années, puisque l’épisode cumule les repas de Thanksgiving et uniquement les repas de Thanksgiving (accompagné de Dev) entre 1995 et 2017. Autre sommet de la saison, qui raconte une fois de plus énormément du terrain familial, avec une douceur inouïe et une drôlerie magnifique (Aussi bien le running gag de Dev parlant TRES fort à la grand-mère que son échange prodigieux, une année, avec le plan cul de Denise et la répétition de son pseudo impossible (Un truc comme NipplesAndToes23) qu’elle égrène sur les forums de rencontre).

     La réussite de cette saison tient aussi à la présence de géniaux personnages secondaires : Forcément Denise (Lena Waithe) mais aussi Arnold (Le toujours génial et indispensable Eric Wareheim) ainsi que Jeff (aka le chef/collègue chelou de Dev aka l’impeccable Bobby Cannavale) et bien entendu, cœur avec les mains : Francesca. Sublime Alessandra Mastronardi. Je ne sais pas si elle est tombée pile au moment où j’en avais besoin mais c’est une saison parfaite à mes yeux.

The Leftovers – Saison 3 – HBO – 2017

26-the-leftovers_w710_h473_2xToday’s special.

   9.0   Après avoir concentré la majorité de son récit dans la petite ville de Mapleton (Saison 1) puis dans celle de Jarden devenue Miracle, terre de pèlerinages (Saison 2) The Leftovers effectue un énième virage et se délocalise en Australie. Cette série est indiscernable jusque dans ses grandes lignes.

     On se souvient aussi de cette étrange introduction, l’an passé, qui nous plongeait en pleine préhistoire. Cet ultime opus – Car oui, The Leftovers c’est fini – s’ouvre au XIXe siècle. Ce pourrait être un geste un peu lourd et gratuit mais c’est un pont, comme un autre. Et une manière de rappeler que le temps dans The Leftovers est un peu détraqué. Surprise/Etrangeté parmi d’autres tant cette saison sera coutumière du fait, ne nous dépaysant pas trop de ce qu’elle avait insufflé durant ses vingt premiers épisodes.

     Aussi bien du point de vue de sa construction que dans le mouvement de ses principaux personnages, la série continue de creuser son propre sillon. Une fois encore, c’est sur une imposante ellipse (Trois ans) que s’ouvrent les hostilités : Le monde va accueillir une nouvelle ère – On se souvient de la pesante première bougie du Sudden Departure, qui brisait le peu d’équilibre régnant sur la planète, à laquelle on avait ôté brutalement cent millions d’êtres humains – puisqu’il s’agit bientôt du septième anniversaire depuis le ravissement.

     Sept ans, ce n’est rien pour personne, forcément, mais ça l’est encore moins pris sous le joug religieux puisque sept ans c’est un peu comme les sept jours avant le déluge dans la Genèse. Matt aura une fois encore une place prépondérante au sein du récit. Beaucoup s’attendent/espèrent/redoutent l’apocalypse qui scelleraient donc les retrouvailles entre les disparus et les leftovers.

     Mais entre-temps, pendant que les guilty remnants furent pulvérisés dans une mystérieuse attaque nucléaire commanditée par l’armée, Kevin est érigé en demi-dieu. Ses allées et retours dans « l’autre monde » ont forgé sa réputation messianique : On lui a même écrit un livre évangélique en son nom – la premier épisode s’intitule d’ailleurs sobrement The book of Kevin. S’il a continué à exercer son métier de policier, certains pensent qu’il est la clé du déluge à venir, qu’il est le seul capable d’éradiquer l’apocalypse. Pouvoir qu’il ne s’attribue pas, bien au contraire : On le découvre en début de saison, en pleine thérapie masochiste, tentant quotidiennement de s’étouffer sous un sac plastique.

     Quant à Nora, le cœur de la série à n’en pas douter, c’est elle qui va ouvrir la voie / la brèche de cette ultime opus, guidée dans un premier temps par un ancien acteur, seul survivant de sa sitcom : Il lui fait part de l’existence d’une organisation secrète, détenant une machine capable de renvoyer un leftover dans le monde des 2%, afin de retrouver ses proches – On sait que Nora est un cas spécial puisque ses enfants et son mari se sont envolés sans elle ce jour-là. C’est en Australie que ça va se jouer.

     Un voyage que Nora effectuera accompagnée de Kevin, qui trouvera lui aussi sa voie, loin de ses « fidèles », d’abord en croisant Evie, censée avoir disparu dans l’attentat envers les guilty remnants, puis en suivant les traces de son père, reclus dans le bush australiens. Kevin Garvey Sr. (Campé par le devenu trop rare Scott Glenn) aura même un épisode rien qu’à lui, où il s’en va sauver le monde du jugement dernier dans une sorte de chemin de croix qui se mue en quête miraculeuse – Dans un trip formel proche des expérimentations de Nicolas Roeg pour Walkabout – au sein duquel il fera la rencontre de Grace, qui aurait perdu ses cinq enfants ce 15 d’octobre – suivant le fuseau horaire australien. Fin d’épisode bouleversant, avec ce monologue terrible qui entrera bientôt en écho avec celui de Nora, lors du series final.

     Il suffit de prendre ces deux séquences tentaculaires pour comprendre le cheminement de cette ultime saison : Si la solitude et l’injustice sont toujours présents, c’est bien la croyance qui sera au centre du récit. La croyance en une réalité, qu’elle soit issue ou non d’un mensonge. Grace était persuadé que ses enfants avaient été enlevés avec leur père. La souffrance qu’un tel bouleversement imposait s’estompait dès l’instant qu’elle imaginait sa famille dans un autre monde. La terrible vérité lui parviendra des années plus tard. C’est cette terrible vérité que Nora pourrait avoir caché à Kevin dans leur dernière entrevue. Dans cette sublime entrevue de remariage. Qu’elle lui dise ou non la vérité (A-t-elle été de l’autre côté avant d’en revenir ?) importe moins que la foi qu’on lui accorde. Kevin bien entendu mais nous aussi, spectateur, évidemment. Tout The Leftovers se résume là-dessus. Comme c’était le cas de Lost il y a presque dix ans. Faire le pari d’y croire. Si cette saison joue la question du mensonge, cet ultime épisode est un véritable acte de foi mutuel.

     Nora a-t-elle voyagé dans la capsule ou crié STOP – comme ça semble être le cas – avant que le liquide l’engloutisse ? Quid du sac plastique de Kevin : La peur le paralyse-t-il au point de le retirer avant de ne plus respirer ou ressuscite-t-il systématiquement ? Et allons plus loin dans les hypothèses : Et si Laurie aussi était immortelle ? Après tout, son bébé s’est évaporé alors qu’il se trouvait dans son corps. A-t-elle vraiment plongé pour mourir lors de ce septième anniversaire ? Toujours est-il qu’elle est vivante, vingt-cinq années plus tard, devenue la psy clandestine de Nora. Les réponses sont floues mais on peut les décoder.

     La plus belle réplique de la série c’est probablement Nora qui nous l’offre durant ce dernier épisode : « They were all smiling. They were happy. And I understood that here in this place, they were the lucky ones. In a world full of orphans, they still had each other » Extrait d’un monologue absolument déchirant. Huit minutes qui te prennent aux tripes. Sans aucune greffe d’images pour l’alourdir ou lever des ambiguïtés. Il y a Nora / Carrie Coon et Kevin / Justin Theroux. C’est tout. Une vérité qui n’est pas forcément La vérité. Et il suffit d’y croire.

     La série se permet de se diversifier sans se fourvoyer, presque sans jamais s’éparpiller. Un centric magnifique sur le père de Kevin ici, un étrange périple en montage parallèle sur un paquebot là (Peut-être le léger point faible de la saison à mes yeux) ou un nouveau voyage dans l’autre monde, et même un épisode très musical, centré sur Nora & Kevin, qui parvient à répéter Take on me ad nauseam jusqu’à en faire une chanson vertigineuse. Et puis finir ainsi, dans un élan intimiste, sans prendre le temps de « dire au revoir » aux autres personnages comme le veut la coutume dans le paysage sériel.

     Si cette saison m’a semblé moins sidérante que la précédente c’est probablement parce que la précédente était douée d’un pouvoir de sidération beaucoup trop élevé. Quand bien même, il suffit de voir The Most Powerful Man in the World soit l’épisode 7 de cette saison 3 pour le rattacher à celui de la saison 2 qui s’intitulait International Assassin, pour constater que sa puissance s’est un peu réduite, pour constater aussi qu’on ne peut pas voyager dans l’autre monde deux fois et surprendre deux fois. Peut-être que cet épisode et le précédent freinent la dynamique en ce sens qu’ils existent pour catapulter Matt puis Kevin Sr face à l’échec de leurs certitudes. Néanmoins, l’épisode est là, il fonctionne, il offre l’un des plus beaux plans de la série (Le tout dernier) et surtout, il prépare le choc tellurique qu’on va encaisser dans le suivant, dans l’épisode final.

     Alors, que reste-t-il après le visionnage de ces vingt-huit épisodes ? Beaucoup d’interrogations, c’est une évidence. Mais l’impression, surtout, d’avoir vu l’une des séries les plus importantes, intelligentes, passionnantes, déchirantes de ces dernières années. Il reste le souvenir d’éprouvants périples, de bouleversantes plongées. Et des visages. Des regards qu’on n’est pas prêt d’oublier.

Dix pour cent – Saison 2 – France 2 – 2017

12. Dix pour cent - Saison 2 - France 2 - 2017ASK reprend du poil de la bête.

   7.0   Hormis un épisode en dessous, mettant en lumière Norman et Julien Doré, Dix pour cent aura bien choisi ses guests dans cette deuxième saison (On se souvient d’instants plus indigestes avec Julie Gayet & Joey Starr puis avec Francois Berléand, notamment) qui gagne forcément moins sur l’effet de surprise (On sait maintenant combien elle peut être géniale et superbement écrite) mais qui se révèle plus homogène. Il y aura Ramzy & Virgine Efira, Fabrice Luchini, Isabelle Adjani, Guy Marchand et même Juliette Binoche dans une sortie spécial Cannes savoureuse. J’aime beaucoup la nouvelle direction prise par la série avec le personnage casse-gueule d’Hicham, le milliardaire qui rachète l’agence. Ça aurait pu servir d’étoffe factice mais c’est très réussi, déjà parce que le personnage en lui-même est passionnant mais aussi parce que la relation qu’il noue avec les actionnaires est bien écrite, hyper ambiguë, en particulier avec Andrea. Mon gros bémol c’est tout ce qui tourne autour de l’hôtesse d’accueil, Sophia, qui se rêve actrice : Là franchement je trouve l’idée vraiment peu inspirée d’une part car le personnage est vide et ensuite parce qu’on ne croit pas à son idylle amoureuse avec Gabriel – Personnage un peu oublié qui avait pourtant illuminé la saison de lancement. A part ça la série est toujours aussi géniale, les six épisodes se regardent tout seul. Et je suis définitivement fan de nos deux assistants qui crèvent l’écran, Noémie aka Laure Calamy et Hervé aka Nicolas Maury. Evidemment. Et j’aime beaucoup ce que la série fait de cette famille décomposée/recomposée avec les personnages de Camille et Mathias. Vivement la suite.

Love – Saison 2 – Netflix – 2017

11. Love - Saison 2 - Netflix - 2017Et si nous faisions un bout de chemin ensemble.

   7.5   Cette deuxième saison de Love reprend exactement là où s’était stoppé la première : Sur le parking d’une station essence. On y voyait Mickey et Gus se retrouver tout en ayant pleinement conscience de la fragilité de leurs retrouvailles. Et cette nouvelle saison ne va faire que ça : Raconter la construction et la déconstruction de ce couple, aussi bien dans la progression de ces douze épisodes que compose cette saison qu’au sein de chaque acte. Une variation infinie sur une même situation, en somme. Hormis deux épisodes plus légers et ludiques – d’autant plus étonnant qu’il s’agit des deux extrémités – Love aura crée un crescendo parfait consistant à éloigner chaque fois davantage notre couple vedette géographiquement, jusqu’à culminer dans un dixième épisode où leur correspondance n’opère plus que par Skype, rapport doux et bienveillant qui se solde vite par une énième altercation. C’est Nous ne vieillirons pas ensemble, à la sauce Apatow. Avec nettement plus d’espoir que dans le chef d’œuvre de Pialat, forcément. C’est très beau, dans la continuité de la première saison, peut-être même plus fort encore.

1...45678...19

Catégories

Archives

octobre 2020
L Ma Me J V S D
« sept    
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  

Auteur:

silencio


shaolin13 |
Silyvor Movie |
PHILIPPE PINSON - ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Playboy Communiste
| STREAMINGRATOX
| lemysteredelamaisonblanche