Archives pour la catégorie Séries



Sur écoute (The Wire) – Saison 4 – HBO – 2006

32Les corps derrière les portes.

   9.5   Avec les départs de Stringer Bell & Avon Barksdale (qui auront permis à The Wire d’embrasser la grande tragédie) il y avait à craindre à la fois d’éprouver un manque mais aussi que cette nouvelle saison change de braquet comme durant la saison 2. Les deux caïds faisaient à peine parti de cette saison, souviens-toi. Il fallait que The Wire poursuive sur son incroyable lancée, mais comment après un final aussi ahurissant que celui de la saison 3, qui avait tout pour fermer la série, ou presque, pouvait-elle retrouver sa grâce tout en proposant forcément autre chose – Qui aurait à voir avec Marlo Stenfield ?

     Il fallait mettre en avant une autre strate tout en préservant le terreau. Quoi de mieux que l’univers scolaire et son corollaire évident, le monde des enfants, tant The Wire s’est évertuée à en faire les rouages de la ville, souvent minuscules certes, mais essentiels, aussi bien côté flics (Ceux de McNulty, le bébé de Kima…) que côté cité, avec ces bébés auxquels souvent on arrache le père (D’Angelo) ou ces ados qui trop tôt entrent dans la guerre (Le gamin liquidé en saison 1) ou encore ceux comme les jeunes boxeurs, qui font tout pour s’en sortir autrement qu’en dealant.

     Afin de parfaire la transition, un personnage devait faire office de liaison corporelle. Ce sera Prez, ce détective acharné de l’ordinateur très important dans le fonctionnement de l’équipe secrète (Celle de Cédric Daniels), mis au rebus quelques mois plus tôt pour bavure (Haut fait de la saison 3) qui deviendra prof de maths dans un collège de Baltimore. Et Prez, donc, qui avait tout pour disparaitre du show, qu’on balançait dans le circuit de l’éducation comme pour s’en débarrasser (Pour le récit comme pour la série) va devenir son personnage central, la vraie pierre angulaire du récit. Epaulé par deux autres, qui étaient déjà très importants dans le système de la saison 3 : Colvin & Cutty. Oui, le major à l’idée d’Hamsterdam et l’ancien taulard devenu boxeur. Eux deux aussi deviendront chacun à leur manière des éléments du système éducatif. Une belle affaire de triple recyclage, en somme.

     Ce qu’on a donc perdu en démêlés juridico-politiques, on le gagne en approches du système éducatif, ainsi qu’en plongées familiales puisque si cette quatrième saison fait la part belle aux élèves, c’est aussi un beau portrait multiple des gosses de la ville, ceux des anciennes tours, donc des familles. La saison se focalise sur quatre d’entre ces gosses, tout particulièrement. Qui se connaissent ou se croisent. Qui peuvent très bien vite basculer du côté bag guy voire du côté cadavre disparu, même si pour ces quatre-là, les capteurs de sensibilité semblent plus prometteurs que pour d’autres – Le parallèle avec le garçon que Bubbs prend sous son aile est terrible, tant sa finalité (aussi brutale qu’absurde, d’ailleurs) nous apparait aussi inéluctable, que la descente aux enfers de son père de fortune qu’elle engrange. Ça et le destin de Bodie, évidemment, personnage qui aura traversé ces quatre saisons en fantôme.

     Mais le grand gourou de cette saison, celui qui a pris autant de Bell que de Barksdale, tout en se développant plus intelligemment, c’est Marlo. Et si Omar continue de lui jouer des mauvais tours (la séquence du poker, magnifique) il reste le gars calme, qui donne les ordres – Et distribue du fric aux gosses du quartier pour qu’ils lui ramènent des informations, pour qu’ils le respectent, essentiellement. Des ordres qu’on ne l’entend quasi jamais donner. La pure raclure, sans scrupule, mais qui n’en prend jamais l’apparence. Le criminel auquel la criminelle de Baltimore n’arrive à attribuer aucun crime, tout en sachant pertinemment qu’il est Le criminel.

     Cette histoire de corps gênants, cachés derrière les portes de maisons abandonnés, relève pleinement de son initiative. On ne le voit jamais à l’œuvre mais chacune de ses apparitions filent autant de frissons que celles de Snoop & Chris (Ses bras droits nettoyeurs) et les nombreuses exécutions qui font leur job. Ils sont les marqueurs d’une saison plus sombre encore que les précédentes. La première séquence interminable de l’achat du pistolet à clou dans un magasin de bricolage annonçait la couleur.

     Disparitions par dizaine qui deviennent vite la priorité de notre petite famille sur écoute – très dispersée au départ, mais que l’on va finir par retrouver – qui doivent aussi composer avec les désirs des grands bonnets politicards, comme d’habitude. Car la série va encore davantage creuser le cas Tommy Carcetti, nouveau maire, nouvelle cible et véritable arriviste fragile monté sur un siège éjectable. Une saison sombre dans chacune de ses institutions. Qui brille par ce déluge d’impasses et de violences en tout genre. Parvenir à terminer la saison sur une note d’espoir, même mince, relevait du défi.

     Bon et puisque j’en ai pas parlé précédemment, j’aimerais juste dire deux mots sur le générique, que je trouve très beau, d’une part dans la minutie de son montage, fait de gestes, objets, actions que dans son élégant choix musical qui reprend le morceau Way down in the hole, écrit par Tom Waits, dans un enregistrement différent, pour chacune des cinq saisons. C’est ce qu’on appelle La classe américaine.

     Découvert tardivement cette merveille qui peut aisément prétendre au titre de meilleure saison de série tv de tous les temps. Magnifique.

Black Mirror – Saison 3 – Netflix – 2016

31Une autre dimension.

   7.5   Black mirror revenait cette année avec six épisodes, soit deux fois plus que dans chaque saison précédente ou plutôt autant que les saisons 1 & 2 cumulées. On craignait l’apport Netflix et son côté binge-watch, d’autant qu’en pure anthologie, consommer les épisodes comme une série à dévorer est la dernière chose à faire avec Black mirror.

     Pourtant, plateforme Netflix ou pas, Black mirror est la même. Chaque épisode est complètement fou. Chacun brille dans le genre qui lui appartient. Chacun sa durée. Chacun sa puissance, inégale pour trois d’entre eux, idéale pour les trois autres. Dans ces derniers, je retiens deux merveilles : Une chronique en chute libre et une romance malmenée par une temporalité disloquée.

     Et un chef d’œuvre absolu : Hated in the nation. Un polar sous tension, enquête nerveuse à la sauce buddy-movie accompagné par un (discret) flashback procédurier, évoquant le kacking et l’absurdité des réseaux sociaux. Un truc hallucinant, d’une richesse folle, qui dure 1h30 et pourrait faire l’objet d’un superbe long métrage de cinéma. Une intensité qui se redéploie sans cesse et vient t’enquiller claque sur claque. Et un duo si génial que tu restes frustré de ne pas voir davantage, plus longtemps ou dans une autre affaire. Un True detective futuriste, en gros. Un monde où le réseau social en question, une sorte de Twitter-dérivé, devient le vecteur d’un génocide. Tyrannie du hashtag à laquelle répond celle du Like dans Nosedive, l’épisode d’ouverture. Pourtant, c’est à Shut up and dance (Celui sur un adolescent victime d’un harcèlement visant à révéler au monde ses fantasmes pédophiles) auquel on pense ici, mais en infiniment plus riche et passionnant sur ce que l’épisode raconte d’une justice de l’ombre, aussi infâme que ce qu’elle critique.

     L’autre épisode marquant, pour ne pas dire bouleversant – mais plus intime – est une histoire d’amour saupoudrée de voyage dans le temps : San Junipero. Deux apparitions qui se croisent dans une société A’ gérée par une gigantesque matrice qui enverrait les vieux au seuil de leur mort dans la temporalité qu’il souhaite, quelques heures par semaine pour les vivants puis indéfiniment pour ceux qui auraient choisi cette alternative au grand trou noir de la mort. Avant d’en arriver là, l’épisode marque la rencontre entre deux jeunes femmes (la première séquence est sublimissime) dans une temporalité eighties puis répète leur relation avant de les voir toutes deux sur leur lit de mort ou presque, dans une sorte de présent futuriste. J’essaie de ne pas trop en dire mais j’en suis sorti épave. Impossible de voir un autre épisode dans la foulée de celui-ci.

     Et donc il y a Nosedive. C’est la génération Facebook qui est ciblée dans Nosedive, mais une version poussée au culte du like puisque l’on note ses proches de manière à faire évoluer leur taux de sympathie/notoriété. Et c’est cette moyenne évolutive qui conditionne la vie en société, c’est elle qui permet d’acquérir une ristourne sur un prêt par exemple, c’est elle qui permet d’entrer ou non dans différents lieux, d’avoir un job, de prendre l’avion. Brice Dallas Howard campe ce personnage obsédé par cette moyenne, ravie d’être invité comme demoiselle d’honneur au mariage d’une amie d’enfance à qui tout réussit, entendre par réussite qu’elle affiche son bonheur partout avec sa moyenne de 4.7 quand Brice parvient laborieusement à tenir son 4. Jusqu’ ce que tout dérape, le titre nous avait prévenu, au détour d’un grain de sable qui se transforme bientôt en désert. Une mécanique trop huilée si elle n’était pas accompagnée de nuances, au détour de deux personnages (qui sont sur sa route) qui ne vivent pas ou plus dans ce culte ignoble : Son frère, d’une part, en retrait dans le réel mais happé par le monde virtuel, et cette chauffeuse de camion qui s’est retirée de ce monde après avoir perdu celui qu’elle aimait car sa moyenne ne lui permettait pas d’accéder aux meilleurs soins. Grosse claque similaire à l’épisode de noël.

     Grande saison. Six beaux épisodes, que je pourrais aisément revoir mais qui te laissent souvent sur le carreau. Ce même si certains sont parsemés de petits défauts qui n’atténuent pourtant jamais leur portée, je pense à Men against fire, l’épisode « Guerre » un peu trop explicatif dans son dernier tiers malgré l’idée monstrueuse de réalité modifiée ou à Playtest, l’épisode « Horreur » un poil plus passe partout et petit malin que les autres, malgré cette idée géniale de jouer en s’inspirant des peurs profondes du joueur.

     Enfin voilà, Black Mirror aura tout de même frappé fort cette année et prouve que sa vision du futur est plus imperceptible que dans la plupart des films d’anticipation. Ce sont les innovations technologiques qui sont visées donc c’est un futur très proche de notre présent, dans lequel le scénario autour de cet élément technologique serait le pire possible. A l’image de ce que l’épisode de Noël nous avait offert, dans lequel il était possible de bloquer les gens dans la vie réelle. C’est à la fois terrifiant, hyper stimulant et épuisant tant la tension déployée sur l’ensemble de ces épisodes est hallucinante.

Sense8 – Christmas special – Netflix – 2016

15826627_10154306652987106_3475605376458677983_nJoyeux noël.

   Ou comment nous replonger dans l’univers de la série en deux heures à la fois indépendantes et complètement dans la continuité des douze épisodes que formait cette merveille de première saison. Quand Black Mirror s’atèle à un épisode spécial il n’est pas difficile de l’appréhender en tant que one shot puisque Black Mirror c’est déjà ça, une somme de one shot. Là, avec Sense8, pure série de personnages et d’interactions entre ses personnages, c’est comme si on nous avait offert en son temps un petit en-cas lostien entre deux saisons. L’horreur et le bonheur, quoi. Et c’est exactement ce que procurent ces deux heures, belles et foutraques, pleines comme un œuf et pourtant tellement libres, aérées, deux heures aussi jubilatoires que frustrantes. Quel putain de plaisir mais bordel, ce qu’il va être douloureux de patienter en attendant la suite. On a donc retrouvé tout le monde ou presque, puisque un autre acteur s’est emparé du rôle de Capheus. C’est bizarre au début, puis on s’y fait d’autant que le changement est brillamment introduit, avec l’autodérision chère aux Wachowski et une bonne dose méta au sens où sa première apparition le voit dialoguer avec son pote de la camionnette Van Damme qui trouve que son visage a changé. Pour le reste tout a repris sur le même rythme et la même folie, chacun son histoire, forcément, mais aussi de multiples crossover employés pourtant avec parcimonie, souvent à deux personnages (Kala/Wolfgang ; Sun/Capheus) ce qui prouve combien c’est une grande série romantique avant tout. Mais un romantisme un peu désespéré (Riley/Will) bien qu’il puisse parfois sembler niais. Par deux fois, la série nous offre ce qu’elle avait offert dans le dernier plan de la première saison, une réunion absolue, avec cadeau ultime lors de la fête d’anniversaire suivi d’une séquence d’orgie miraculeuse. Et puis une scène absolument déchirante entre Lito (qui affronte les conséquences de son coming-out) et sa mère. Vivement la suite !

Transparent – Saison 3 – Amazon Video – 2016

27Life sucks and then you die.

   6.0   A l’instar de You’re the worst, Transparent peut autant m’agacer que venir me cueillir, sans que je m’y attende, c’est sans doute pour cette raison que je continue de la regarder et que j’enquille vite les saisons. Ça et le fait que les épisodes soient courts. Ça joue. Souvent trop dans un affect disproportionné, Transparent se perd dans une succession de séquences tire-larmes (qui fonctionnent, je pense, dès l’instant que ces personnages sont devenus ta nouvelle famille) donc un problème de dosage qui fait sans cesse écho aux interactions parfois lourdes et racoleuses qui la meublent, aux individualités trop over the top qui constituent sa marque de fabrique.

     Mort est définitivement devenu Maura et (s’)est définitivement acceptée comme tel. Sa transition doit opérer un dernier glissement, son changement de sexe, auquel elle donne son entière priorité. Volonté bientôt remise en question par une incompatibilité : un différend de santé. Dans le premier épisode, Maura faisait une attaque cardiaque, en voulant aller à la rencontre d’une femme qu’elle venait d’avoir au téléphone, alors qu’elle faisait son premier jour à la LGBT suicide hotline. Voilà, Transparent c’est ça : Une somme de boucles. On part ici pour arriver ailleurs. Un problème vasculaire rebondit plus loin. On s’y attendait. C’est beau, touchant mais souvent beaucoup trop fabriqué.

     Josh, son fils, est dans une impasse existentielle encore plus imposante que durant les saisons précédentes. Autant par rapport à ses frangines desquelles il s’éloigne et souffre clairement de cet éloignement ; Que dans sa relation avec ce fils, introduit en fin de saison 2. Un fils qui ne peut ni pourra vraiment être son fils. C’était déjà bien chargé mais il va aussi devoir faire face au suicide de Rita, sa relation secrète et mère de leur fils Colton. Josh est le personnage de cette saison, à mes yeux. Mais voilà, il porte sa croix le pauvre.

     Le temps est le gros facteur de cette saison, plus désespérée encore que les deux autres. Il marque surtout la force de cette famille, pleine de contradictions, symbolisé par les retrouvailles avec leur tortue, cachée depuis trente ans dans un conduit d’aération. Episode sous forme de boucle encore (qui débute dans le passé, traverse le temps et s’achève dans le présent) absolument bouleversant, tant il raconte par analogie l’histoire insolite de la famille toute entière et l’évolution des enfants Pfefferman.

     Il faudra trois épisodes de grande tenue pour oublier ceux qui sont plus en roue libre. Celui-ci donc, mais aussi le 8 et le dernier. L’un étant un flashback sur la rencontre entre Mort et Judith, durant leur adolescence – Le plus bel épisode de Transparent à ce jour, haut la main. L’autre envoyant les cinq personnages phares dans une croisière dévoilant leurs fragiles retrouvailles. La chanson sur laquelle se ferme l’épisode est vraiment puissante. Il manque juste un équilibre total à la série pour convaincre pleinement, mais en l’état j’y suis de plus en plus attaché.

Jour polaire – Saison 1 – Canal + – 2016

19Lost in translation.

   4.5   Leila Bekhti y est excellente. Ça suffit ? Forcément non. Disons que ça se regarde mais d’assez loin, on voudrait que les lieux soient mieux mis en valeur, que la thématique des journées sans nuit soit aussi forte que dans Insomnia, que l’enquête révèle ses mystères avec plus d’équilibre. Jour polaire pourrait être un croisement entre Les revenants et True detective, mais ne garde pas grand-chose des qualités de ces deux séries. Ça va à la fois trop vite et pas assez. Il y a des tentatives mais l’instant suivant on retombe dans quelque chose de plus conventionnel. Alors oui, Bekhti y est bien, elle joue bien la fliquette paumée dans la langue (Situé à Kiruna, on y parle pas mal suédois), paumée dans l’immensité arctique, paumée dans son identité et rattachement familial – Même si les flashbacks sont sans intérêt et laid. Mais bon, elle est seule. Acteurs comme personnages autour d’elle sont mauvais et sans épaisseur, à commencer par le garçon qui campe son fils, véritable endive, ainsi que le de plus en plus agaçant Olivier Gourmet. Il y avait Denis Lavant au casting mais il meurt dans la première scène, c’est con. Quant aux acteurs suédois ils font le job, mais ils sont un peu à l’image de la série, ils n’ont pas grand-chose à raconter. Donc ça se laisse regarder, je le répète, mais aussitôt vu aussitôt oublié.

You’re the worst – Saison 3 – FXX – 2016

15844896_10154306653012106_6707065035176232153_oDissemblables.

   5.5   Restons dans la lignée des saisons précédentes : Je suis mitigé. On va dire que je suis passé par différentes phases. Un rejet total d’abord, durant quatre premiers épisodes imbuvables – J’étais pas loin de faire une Trueblood, donc de stopper en cours de route. Programme court aidant, je me suis laissé distraire et j’ai bien fait. L’épisode suivant, qui joue le miroir du précédent mais du point de vue d’Edgar, est très beau. Edgar restera à mes yeux le personnage le plus intéressant et le moins agaçant de la saison. Lui ainsi que Dorothy, sa compagne, forcément : Leur couple prend une ampleur mélancolique étonnante d’ailleurs. Passé ce bref regain d’intérêt, s’ensuit un épisode de « Last » Sunday Funday bien barré et jubilatoire dans la lignée des autres Sunday Funday des saisons précédentes, mais sur un mode nettement plus dépressif : Un mode « Last » quoi. On sait la série très portée là-dessus bien qu’elle évolue constamment sous l’angle de la comédie, capable de superbes fulgurances solitaires (à l’image de l’épisode forestier, avec Paul et Vernon) autant qu’elle peut être irritante à trop tirer sur la corde du « C’est triste donc soyons drôles ». Heureusement la fin vient faire pencher la balance du bon côté notamment au détour d’un épisode de mariage inspiré, aussi bien dans les interactions croisées qui l’habitent que dans la proposition de mise en scène consistant à offrir trois énormes plans séquences uniquement séparés par les coupures pubs. Le suivant et sa triple scène de ménage vaut tout autant le détour. Après voilà, je suis arrivé à un stade où la relation Gretchen/Jimmy m’ennuie prodigieusement et ce n’est pas cette « issue archi attendue parce que c’est eux » qui viendra lui redorer le blason. Gros wtf sur le couple Lindsay/Paul auquel on ne croit pas une seule seconde. Le bébé, le couteau, Raul, c’est n’importe quoi. Mais encore une fois il y a Dorothy & Edgar. Et ça peut suffire. Bref, des hauts et des bas, de très gros hauts et de très gros bas, même, mais un show qui malgré l’omniprésence de l’humour, aura pris soin de se démarquer par son ton dépressif en sourdine, qui semble indéfectible.

Un village français – Saison 7A – France 3 – 2016

40Après la guerre.

   7.0   « Je suis sûre que l’amour peut survivre à la mort » Ce sont les mots de Suzanne en réponse à son amour allemand qui affirme qu’on ne peut aimer éternellement puisqu’à la fin tout le monde meurt. Cette phrase de Suzanne dans un souvenir comme il en sera légion durant cette moitié de dernière saison, est non seulement accompagné de l’un des plus beaux plans de toute la série, un vertigineux fondu qui fait disparaître le corps de Kurt, mais elle symbolise à elle seule toute la dimension dramatique de ceux qui ont fait l’histoire de Villeneuve entre 39 et 45, de Daniel Larcher à Marchetti, de Hortense à Raymond Schwartz, sans parler de ceux qui l’ont payé de leur vie et reviennent dans de discrets flashbacks, parfois bouleversants : Marie Germain, Claude du maquis, Marcel Larcher, Anna Crémieux.

     J’ai cru le temps d’un épisode que la série allait faire ce que Truffaut avait (mal) fait dans L’amour en fuite, une compilation nostalgique de reprises de séquences vues les six saisons précédentes. Heureusement non. Car si les souvenirs occupent une place centrale ils sont inédits. Souvent donc, un personnage ère dans le présent dans un lieu qui le replonge dans le passé. Ça pourrait être raté mais c’est très beau, gracieux. De l’action il n’y en aura plus dans cet épilogue sinon par l’entreprise de Gustave, imitant le chemin de son père. L’heure est aux procès, commémorations, plongées dans la folie, remords et confessions. Il y a des drôles de destin et il y a les destins tragiques, ceux qui entendent des voix à en percer les murs, ceux qui sont tombé dans l’oubli, ceux qui hésitent à rester, ceux qui préfèrent s’en aller au poison.

     La nuance sur chaque personnage, toujours dans Un village français, série qui se refuse à mettre les personnages dans des cases, à n’être qu’un énième prolongement de livre d’histoire. Elle est en passe de se fermer avec les honneurs. Mais surpris d’apprendre qu’on aura droit à une deuxième moitié de saison tant le sixième épisode se ferme comme on ferme tous les arcs narratifs d’une série.

The Walking Dead 7.06

15181479_10154180778647106_8027108909199174268_nWater !

   6.0   Je pense que c’est un épisode qui va en agacer beaucoup.

     A moi, il m’a plu. Je trouve que c’est un beau sixième épisode (entendre par là : c’est bientôt la trêve donc on lève le pied, on tente autre chose) dans la lignée de celui de Morgan, l’an dernier, bien que celui-ci (en tant que centric) soit ancré dans le présent. C’est très doux, détaché. Evidemment ça ne fait pas beaucoup avancer le schmilblick mais les précédents ne faisaient pas avancer grand-chose non plus.

     Et puis je suis content qu’on s’intéresse enfin à Tara – C’est mon gros bémol sur The Walking Dead, il y a des personnages je ne les connais pas j’en ai strictement rien à battre et là enfin, elle existe (C’est pas mémorable, on sait combien l’écriture est toujours succincte dans ce show), je me suis attaché à elle. Comme on peut s’attacher à certains, plus secondaires, dans les bouquins.

     Mais c’est surtout l’occasion de faire d’autres rencontres. De faire exister un autre groupe, avec ses peurs, son passé, sa stratégie de survie. Et puis mine de rien, alors qu’on a l’impression d’être face à un épisode libre (Dont l’esthétique plage du début ferait davantage penser à un épisode de Fear the walking dead) c’est encore des Sauveurs dont on parle. Ils sont partout. Ils hantent littéralement ces deux dernières saisons.

     Après, qu’il y ait une plage pas si loin d’Alexandria (Si son départ avec Heath remonte, Tara semble revenir à pied) me perturbe un peu : J’imagine qu’on n’est pas très loin d’Atlanta, toujours, non ? Ou sur la route de Washington. Alors une plage… Enfin pas grave, c’est juste que j’attache beaucoup d’importance à la vraisemblance géographique. Et puis The Walking Dead, pour moi, c’était une terre sans eau.

Stranger Things – Saison 1 – Netflix – 2016

15128938_10154162217732106_65614552398095762_oL’esprit d’équipe.

   8.0   C’est typiquement le genre de projet excitant autant qu’il rend sceptique. A dire vrai je la sentais moyen cette affaire. J’aurais entendu de tout à son égard, un enthousiasme absolu et des déceptions pures et simples. J’ai donc fait confiance à mon instinct, attendu le moment propice sans me jeter dans la gueule du loup. J’ai bien fait. Toutes mes premières réticences se sont vite envolées. Tous mes doutes (du premier épisode) se sont transformés en jubilation. Cette peur de la compilation de gimmicks et citations pour flatter le chaland en quête de l’hommage ultime a trouvé son écho hypnotique : le plaisir de la reconquête 80’s, assumée.

     Il faut pourtant un certain temps à Stranger things pour se trouver une véritable identité. Trop obsédée par ses références qu’elle assène dans chacun de ses plans, elle en oublie ce qui faisait la marque de ces nombreuses productions Amblin et dérivés : Nous faire croire en ses personnages avant tout, accepter leur aventure comme si c’était la nôtre, puis naturellement nous faire entrer dans son univers ordinaire chamboulé brutalement par l’extraordinaire.

     Le temps d’un épisode pilot aussi agaçant que prometteur, un garçon disparaît et une étrange fillette apparait. L’agacement provient de cette réactivation forcée, non pas des codes du film fantastique familial mais de cette obsession à lui rendre hommage partout, via des affiches de films (Evil Dead, Jaws, The Thing) ou quelques séquences, situations, personnages identiques à celle de nos films chouchou : Mike chauffant le thermomètre sous sa lampe comme Eliott le faisait dans E.T. ; L’édenté Dustin, projection geek du gros Choco des Goonies ; Les BMX, les talkies-walkies. La panoplie complète. La promesse vient d’une idée forte : Ce voile de l’ombre, mystérieux, qui crée une passerelle avec le réel via une présence monstrueuse d’abord hors champ.

     La série va véritablement décoller dans l’épisode suivant avec l’arrivée d’Eleven, merveilleuse Milly Bobby Brown (L’actrice et Le personnage du show, indiscutablement) qui va agrémenter l’univers et lui offrir un visage et un pouvoir de fascination. Dès lors, moi aussi j’allais être upside down, progressivement. Il faudra tout de même passer outre le jeu cocaïné de Winona Ryder (Très gênant au début puis on s’y fait), le dessin grossier des ados et le manque de substance dans l’écriture des dialogues. Pourtant oui, on les oublie ces défauts, on les accepte, surtout parce que le rythme lui, ne faiblit jamais et le double monde prend des tournures horrifiques (C’est parfois hyper flippant pour un produit à la Amblin) et tragiques (notamment grâce au shérif, l’autre personnage fort). Et puis il y a Jonathan Buyers, le grand frère du garçon disparu, amoureux d’une fille amoureuse d’un beau gosse, que la quête commune (lui son frère, elle sa meilleure amie, qui disparaît à son tour au cours du deuxième épisode) va rapprocher. Ce côté revanche du looser me plait bien. Et c’est finalement ce qu’on va retenir de cette aventure : Tous ensemble contre le monstre, qui à l’instar d’E.T. se révèle surtout être une secte scientifique. Ce qui occasionne de nombreux bouleversements chez les personnages : les petits (Plongés dans un Donjons et Dragons géant à ciel ouvert), les moyens (Les clans finissent par disparaître) comme les grands (l’équipée sauvage du shérif et de la mère Buyers) évoluent en fonction de leur croyance en cet extraordinaire envoûtant et terrifiant. Comme le spectateur, en somme.

     Au final, aussi décalque soit-elle, la série ne vise jamais le sensationnel ni ne tombe dans la démonstration de force. Le monde de l’ombre en est l’exemple parfait tant il est dépeint comme espace abstrait, dont on n’explique d’ailleurs jamais le véritable fonctionnement, ni même le pourquoi de sa texture cotonneuse. Et puis niveau réalisation, c’est vraiment très beau. On sent qu’il y a du boulot, dans les intérieurs notamment, mais aussi la forêt, l’autre monde. On ressent beaucoup les influences d’Alien (dans l’autre monde) et Rencontres du 3e type (dans les maisons) mais elles sont parfaitement digérées.

     A l’heure où l’on est abreuvé de suites / reboots / remakes de nos madeleines (Faits : Halloween, Poltergeist, The Thing. A venir : Gremlins, Les Goonies) il est plutôt agréable de voir un produit de réactivation avec sa personnalité, comme avaient pu l’être pour le meilleur Super 8 au cinéma il y a cinq ans et pour le pire Midnight special cette année. Bref, je comprends tous les griefs, je les partage même à certains instants, mais j’ai marché. Comme un dingue. Je ne sais pas trop à partir de quel moment je ne pouvais plus m’en passer. Je pourrais m’y replonger illico volontiers.

Sur écoute (The Wire) – Saison 3 – HBO – 2004

14890358_10154101660922106_8180726246062779831_oAu-delà des règles.

   9.0   J’ai mis le temps avant de me décider à poursuivre (Presque un an) c’est qu’à mon avis j’ai reçu la saison précédente comme électron presque libre, certes dans la continuité de la première mais sans véritable appel à être succédée. C’était une parenthèse Docks et famille Sobotka, parasitée par quelques séquences quartiers et prisons qu’avec le recul je trouve un peu foutraque dans son ensemble. En fait, la vraie suite de la saison Une c’est la Trois. Puisqu’on y retrouve notre équipe sur écoute dans le West Side ainsi que le duo Stringer Bell (plus businessman que jamais) & Avon Barksdale (qui sort de taule), les guerres de territoires, les aléas de la rue, les luttes entre polices. Plus encore qu’avant, la série est tentaculaire à souhait, ouvre des parcelles d’enquêtes superposées à d’autres (L’interférence de l’arme d’officier que Bunk doit retrouver, l’inutile travail de fond de Jimmy pour débusquer les dessous du suicide/assassinat de D’Angelo Barksdale, vu dans la saison précédente), approfondit les hiérarchies et l’histoire des corners (Avec Marlo, Omar, Cutty essentiellement), se penche sur de grands personnages en apparence secondaires : Tommy Carcetti, l’outsider politique (Qu’on pourrait rapprocher de Nick Wasicsko dans la dernière création série de David Simon, Show me a hero) ainsi que le Major Colvin, qui tente son va-tout juste avant la retraite et Cutty, l’ancien homme de main de Barksdale partagé entre le retour dans le milieu et sa réinsertion. Tous trois sont plus que de simples sidekicks. Surtout, cette saison devient brillamment politique (Dans sa bataille pour le leadership municipal, les interactions entre institutions, la création du quartier secret Hamsterdam, véritable junkie town pour contrer la hausse du crime). Saison hors norme donc,  pleine comme un œuf, avec des montées inoubliables autant qu’elles sont discrètes. Parmi d’autres : La scène de la terrasse entre Avon & Bell, les deux enfants du ghetto plongés en pleine impasse tragique du fait de leur opposition dans leur vision du gangstérisme ; Avec, forcément, ce qui suit dans l’immeuble en construction. Marqué aussi par l’épisode qui s’ouvre sur la bavure de Prez, la discussion entre Burk et Omar. Le duo Kima / McNulty. Le duo en friche Bubbs / Weeks. Avec cette saison The Wire gagne en amplitude et en complexité. Et The Wire, plus c’est dense et complexe plus c’est passionnant. L’ouverture sur la destruction des tours de Baltimore Ouest annonçait déjà tout : Les lieux sont les mêmes mais tout va changer. Bref, une saison 3 comme la saison 1, mais qui ne lui ressemble finalement pas tant que ça. Chef d’œuvre absolu.

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