Archives pour la catégorie Sofia Coppola

Les proies (The Beguiled) – Sofia Coppola – 2017

The BeguiledComplot de femmes fade(s).

   2.3   Aucun intérêt. Je ne vois rien de neuf là-dedans qu’on n’ait pas déjà vu dans l’original de Don Siegel. Alors en effet c’est une version plus féminine en ce sens que tout est vécu du point de vue des filles du pensionnat. Mais bon, elles sont transparentes ces filles, elles ne s’incarnent jamais, ce sont des concepts récupérés du premier mais sans aucune épaisseur. Et puis je ne suis pas certain que prendre Kirsten Dunst, Nicole Kidman et Elle Fanning n’aide à y déceler de vrais personnages. Ça fait même très cinéma de Sofia Coppola pour les Nuls, quoi, je préférais nettement son « virage » The bling ring, que j’aime énormément avec le temps je me rends compte. J’aime le côté pop du cinéma de Sofia Coppola de toute façon, malheureusement il n’est pas de la partie ici. L’autre problème à mes yeux c’est l’utilisation de la photo. Superbe photo de Philippe Le Sourd en extérieur, mais exploitée tellement maladroitement avec des successions de plans hyper suggestifs où le soleil semble toujours prisonnier des branches des arbres qui semblent enroulées entre elles, pour bien appuyer sur l’effet de cloisonnement. Au bout d’un moment ça me faisait même marrer tant c’était grotesque et systématiquement utilisé en tant que transition entre deux scènes. Autre chose : Chez Siegel, Eastwood apportait un contrepoint passionnant à cette « prise de pouvoir » féminine. Elles étaient machiavéliques, il était manipulateur. S’engageait un vrai combat, d’autant qu’on vivait cette aide providentielle dérivant en séquestration, de son point de vue à lui. C’était bizarre, ambigu et violent. Là, on reprend toutes les situations fortes dans les grandes lignes (Les escaliers, l’amputation, la tortue, les champignons…) mais rien n’émerge, aucune sidération. La fameuse scène du repas n’a plus rien de fameux, elle est complètement expédiée, aucune tension ne s’en dégage. Et Colin Farrell a remplacé Clint. Sauf qu’un Colin Farrell qui n’a rien a joué, on sait ce que ça donne. Oui, en gros, j’ai trouvé ça incroyablement mauvais et je ne suis pas certain que ce soit seulement dû au fait que j’adore l’original de Siegel.

The bling ring – Sofia Coppola – 2013

The bling ring - Sofia Coppola - 2013 dans Sofia Coppola 1016095_10151494983877106_1585328926_n-300x199 « Let’s go shopping! »

     7.4   Et si la plus belle adaptation du premier livre de Bret Easton Ellis, Moins que zéro, c’était The bling ring, de Sofia Coppola ? Dans le fond, on a déjà franchi l’errance de cette jeunesse en perdition qui régnait dans ce beau livre, on a même dépassé le suivant, Les lois de l’attraction, tant toute aspiration sentimentalo sexuelle étant ici entièrement évincée au profit du culte absolu du paraître, de la jouissance par le regard, par le glamour, un Glamorama en germe, culte des magazines people, des marques et des stars. Ils appellent Paris Hilton « Paris ». Monde où quand on pénètre dans un pub, on se doit de commander du champagne, en bouteille, porter des fringues hors de prix, adopter des postures, se prendre en photo avant de Facebookiser ou d’Instagramer tout ça. Dans une séquence complètement Ellisienne, le garçon de la bande, le seul entre toutes ces filles, paumé au départ, suiveur par la suite, s’esclaffe en voyant tout près de lui Kirsten Dunst, puis Paris Hilton dans le fond de la salle avant de probablement finir la soirée avec des producteurs de la série Entourage. Et si le jeu c’était cela ? Intégrer ce monde du paraître, s’immiscer entre les stars, vivre comme elles vivent (rouler en Porsche), porter ce qu’elles portent (chaussures à talons Christian Louboutin). Au départ, c’est un banal fait divers relaté dans un article de Vanity Fair qui aiguille Sofia Coppola, cette folle histoire de cambriolages de villas de stars effectués par des étudiants dont le pactole estimé s’éleva, avant leur arrestation, à trois millions de dollars. Passés maîtres de la cambriole non pas forcément chez les stars les plus friquées, mais chez les plus fashion, de Megan Fox à Orlando Bloom, en passant par Lindsay Lohan, que l’une des jeunes voleuses adoube à souhait, le petit groupe se crée une petite vie de starlettes, ventant ouvertement leurs équipées nocturnes en balançant des clichés éloquents sur la toile. Voler ceux qui nous font rêver, enfiler leurs costumes pour devenir un petit peu d’eux, une simple parcelle, rien qu’un sac de luxe Chanel parfois peut suffire, ou une Rolex. L’insouciance des conséquences jusqu’à l’utilisation de la petite sœur de l’une d’entre elles afin qu’elle leur ouvre, en passant par la chatière, la porte de la villa de Miranda Kerr.

     The bling ring est proche de Virgin suicides sur de nombreux points, tout d’abord car il me semble être l’amorce d’un relook pour Coppola, non pas qu’elle renie son cinéma, les thématiques restant similaires, mais elle était arrivée à une telle abstraction dans le précédent, réflexion par le vide sans aucun pic formel, qu’il lui fallait à tout prix une rupture conséquente, un film en mouvement, informe ou changeant continuellement de forme, comme si elle se cherchait à nouveau. On dirait presque un second premier film. En un sens je me prends à rêver que le film n’existe que sur un registre nettement plus expérimental, où chaque vol aurait été filmé différemment, sur le même temps imparti, des vols de Coppola qui remplaceraient les ciels ou les lacs de Benning, les crimes froids du Elephant de Alan Clarke, un voyage à travers l’Amérique non plus de piscines en piscines (The swimmer, de Frank Perry) mais de villas de célébrités en villa de célébrités. Coppola opte pour l’esprit Larry Clark, avec cette construction tendance Bully version soft, linéaire mais avec quelques interludes sous forme de flashs forward, où les personnages semblent faire face à la police ou à leur avocat, face caméra, entre deux séquences de braquage. Et il y a la présence parentale, inquiétante, comme c’était aussi le cas dans Virgin suicides. Sofia Coppola tente beaucoup de choses, moins que Korine évidemment (elle réussit moins, aussi) qui avec Spring breakers a crée quelque chose de totalement dégénéré, inépuisable, dû aussi au fait qu’elle se situe toujours dans une épure narrative, réduite ici à de simples répétitions de braquages, pour ainsi dire, qu’elle filme pourtant tous différemment. Filmer des voleuses en action. Pour rester sur la comparaison avec Spring breakers, je ne suis pas certain, contrairement à ce qu’on peut lire au sujet de The Bling ring, que Korine ait plus de choses à dire que Coppola. Il a davantage d’idées de cinéma dans sa besace, sans doute, mais dans le fond ces deux films racontent la même chose et sont tout aussi incomplet l’un que l’autre dans le constat qu’ils dressent de l’adolescence moderne, ce sont des films dans le fantasme et le souvenir, l’inconscience et le « présent néant ». En fait je trouve ça futile mais faussement futile, il n’y a pas de portrait exhaustif mais ça raconte tout de même beaucoup de choses, dans l’approche rêvée de capter une image, arrêter le temps, n’être qu’une projection fantasmée de soi.

     La première séquence du film avec cette intrusion prémonitoire – puisque le film nous montre ensuite seulement la rencontre entre les personnages – est une entrée en matière magnifique, trépidante, ce qui est rare chez Coppola, tentant de caler d’emblée le rythme sur lequel le film dansera. C’est comme souvent, très musical, mais dans un souci nettement plus épileptique. Je pense à ces séquences au découpage syncopé, l’exemple de celle en voiture (il y a beaucoup de scènes en voiture) où Chloé (mon personnage préféré) et le garçon chantent par-dessus Kanye West et Rihanna sur All of the lights. La cinéaste adopte par ces plans de cut systématiques, cette espèce de logique consumériste qu’elle filme, un peu comme Gondry lorsqu’il filmait ad nauseam la vidéo gag sur les portables dans The We and the I. Le film pourrait alors être en roue libre, avec ces chevauchées sous tubes hip hop, mais il y a des cassures inattendues, je pense en particulier à ce long plan fixe, quoique en léger zoom vers l’avant, où l’on assiste à l’un de ces vols, pour une fois vue de l’extérieur, avec les bruits d’un hélicoptère en fond (comme si nous étions dedans), plan sublime laissant entrevoir, derrière la villa marbrée vitrée subissant le balai de nos jeunes voleurs, un Los Angeles nocturne illuminé hallucinant. Une ville qui la nuit vit en bas, laissant pour mortes et systématiquement ouvertes, clés sous le paillasson, ces grandes baraques sans vie, remplit d’or. Le graal ce n’est donc pas le spring break ici, mais un autre abandon de soi, celui de ne vivre que pour mettre la main sur ces objets sacrés, sans craindre emprisonnement ni procès, Coppola dénaturant la peur de l’arrestation tout simplement car elle engendre le plaisir ultime : la reconnaissance médiatique. Elle ne filme pas non plus le procès puisque ça n’intéresse pas les personnages, leur vrai procès se joue dehors, en enfilant les Ray Ban et en campant la star dans l’incompréhension, avant de préférer donner rendez-vous aux fans sur leur blog, l’un relativisant en comparant ses actes à ceux des adulés Bonnie and Clyde, l’autre philosophant sur le pouvoir de son inconscience qui lui a révélé une énergie qu’elle exploitera en gérant bientôt une association caritative. Philosophie de star. Le film est en accord perpétuel avec ce qu’il filme et joue sur l’ironie comme Ellis le fait dans ses livres, avec une infinie tendresse et une jouissance absolue du superficiel.

Somewhere & Lost in translation – Sofia Coppola – 2011/2004

Somewhere   6.3  Les similitudes entre les deux films sont nombreuses, évidentes et Sofia Coppola, tout en continuant à faire le même film, à creuser sa thématique de l’ennui depuis Virgin suicides, trouve une fois encore un rythme, une ambiance si singulière, allant à l’encontre du marché cinématographique hollywoodien actuel.

     Johnny Marco est un acteur en vogue, se la coulant douce au Château-Marmont, à Los Angeles, où il se promène au volant de son bolide, se paie des gogo-danseuses, sirote des bières et va aux interviews presse et autres séances photos. Sofia Coppola filme certaines séquences dans leur quasi-intégralité, comme la danse des jumelles dans la chambre, une bière dans son salon, une virée sur Sunset boulevard justement parce qu’il n’y s’y passe rien. Elle ne tente pas de grandes choses de mise en scène, elle se contente de suivre le personnage, de l’accompagner dans son ennui, dans la répétition de ce quotidien, jusque dans sa douche, qu’il doit prendre le bras gauche en l’air pour ne pas mouiller son plâtre, ou même jusque dans son lit lorsqu’il zappe sur toutes les chaînes. Jusque dans les figures Lost in translation et Somewhere sont en miroirs. Le plâtre pour l’un, l’orteil noir pour l’autre, les personnages sont fragilisés. La présence de la piscine comme lieu d’évasion. Les chaînes télé qui ne passent les films étrangers qu’en version nationale. L’hôtel dans chaque film comme protection du monde autant qu’il enferme ses personnages dans leur solitude. Les personnages des deux films ont des points communs mais sont très différents. Bob Harris d’un côté et Johnny Marco de l’autre. Deux acteurs d’Hollywood. La déchéance à petit feu de l’un, la notoriété montante de l’autre. L’humour de l’un, l’effacement de l’autre. L’un est marié mais son couple vacille plus ou moins, l’autre est séparé et s’occupe comme il peut avec des filles de passage. Puis deux rencontres. Enfin, deux personnages féminins qui entrent presque dans leur quotidien. Une jeune femme fraîchement diplômée pour l’un qui a échoué dans le même hôtel que lui pour avoir suivi son mari, photographe reconnu. Une jeune fille qui rejoint son père le temps d’une semaine, pendant que sa mère fait un point sur sa vie. Chaque être est à fleur de peau, proche de l’abandon et trouve un simple réconfort dans le partage des activités, du temps passé ensemble.

     Durant Somewhere, on pense donc souvent à Lost in translation. Pourtant ils n’agissent absolument pas de la même manière. Il y a dans l’un, une relation entre deux paumés dans Tokyo, qui ne se connaissent pas, n’ont semble t-il pas grand chose en commun, si ce ne sont la présence dans ce même hôtel, les insomnies et l’ennui permanent face à la vacuité de leur situation. Dans l’autre, c’est un acteur au sommet, séparé de sa femme, qui tourne en rond avant de revoir sa fille, qui pourrait être sa porte de sortie d’un monde dans lequel il s’est englué. Dans chaque film de la réalisatrice depuis ses débuts, ce n’est pas tant l’issue, ni même la situation initiale qui importe, mais ce qu’il s’y passe entre. Somewhere ne déroge pas à cette règle, va d’ailleurs plus loin, puisque la première séquence, directement associée à la dernière, joue malheureusement davantage sur la démonstration que sur le mystère. Où commençait Lost in translation avec un plan des fesses de Scarlett Johansson et le visage de Bill Murray affrontant les couleurs de la capitale japonaise et son propre regard affiché par les publicités sur les façades des buildings, Somewhere rate son entrée avec cette voiture noire effectuant des tours de circuit, à l’aide d’un plan fixe, démontrant – quand Lost in Translation suggérait – que quelqu’un tourne, que sa vie se résume à cette éternelle boucle dans un désert aride. De la même manière, quand Sofia Coppola faisait de la fin de Lost in translation quelque chose de miraculeux, de bouleversant, avec ce baiser comme instant éphémère, presque surréaliste, puis cette voiture affrontant l’asphalte entre les gratte-ciel, Somewhere se termine assez maladroitement, en écho à sa première séquence comme je le disais précédemment, il y avait le début de Love like a sunset de Phoenix pour accompagner le titre après que le bolide ait effectué ses boucles, il y a la fin du morceau lorsque Johnny s’extraie de sa Ferrari et emprunte cette ligne de bitume désormais droite. S’il y a bien deux petits trucs mal pensés ce sont ces deux là. Ils ont d’apparence tout pour plaire mais ils ne laissent pas de mystère, n’assument pas tout à fait la puissance de leurs enjeux, à l’image de cette voiture au début qui tourne jusqu’à épuisement, puis qui s’arrête plein cadre, avant que Johnny en sorte, immobile, déjà paumé. Le travail nous est mâché.

lostintranslationbobcharlottestreet   8.1   Pour le reste j’adhère presque entièrement au nouveau film de Sofia Coppola. Et s’il n’atteint sûrement pas la puissance ni l’originalité de Lost in translation, il gagne en épure, il gagne dans la surprenante relation qu’il offre entre un père et sa fille. Il suffit de se rappeler Virgin suicides, de l’utilisation de la voix off, de sa bande-son, il y avait déjà comme ça quelque chose de très beau, coloré, de très saturé, mais c’était aussi très violent, très méchant sur ce que ça disait de l’adolescence et des éducations sclérosées. Mais c’était un film qui assumait son titre, débutait par un suicide, terminait par quatre autres. C’était un premier film, et quand on y repense aujourd’hui c’est vrai qu’il fait premier film, film de jeunesse on pourrait même dire. Déjà, avec le suivant, Lost in translation, encore riche musicalement, hyper bariolé, on sentait comme des signes d’une maturité, on ne se prenait plus une claque, on planait, flottait littéralement, on errait avec les personnages. C’était assez similaire dans Marie-Antoinette, on planait à Versailles, Coppola ayant décidé de filmer l’histoire de la jeune reine dans la résidence royale uniquement, l’accompagnant de figures anachroniques comme pour la replacer allègrement dans le présent, et se terminant sur un plan de la chambre du couple entièrement dévastée. Comme il n’y avait rien après Tokyo dans le précédent, il n’y aura ici rien après Versailles, ceux qui s’attendaient à la guillotine sortaient déçus. Avec Somewhere, la réalisatrice atteint un palier supplémentaire. La géographie n’est plus limitée, il y a un voyage, il y a du mouvement, plus de repère évident.Si certains défauts apparaissent (souvent certaines séquences sont un peu trop appuyées) il y a autre chose qui fascine c’est l’idée de ne pas meubler, pour une fois, cette solitude, ou très peu. Filmer le vide, tenter d’y cueillir une force enfouie. Et cela, Sofia Coppola s’en va le chercher avec le son. Car si la musique occupe beaucoup moins de place dans son cinéma aujourd’hui c’est pour se pencher davantage sur l’univers sonore de son film, offrir une atmosphère qui n’était qu’embryonnaire dans Virgin suicides et commençait seulement a apparaître dans le film suivant. Tout est très intensifié. On y entend chaque bruit, aussi futile soit-il, que dégagent les couloirs de cet immense hôtel, son extérieur aussi. Tout se met à prendre vie autour de Johnny, à l’image de ce travelling arrière dévoilant l’homme et sa fille au bord d’une piscine peuplée de touristes. Il y a aussi les déplacements dans cet hôtel, tout est savamment orchestré, et pourtant sans repère temporel. La venue de cet ami qui jouera à la wii avec Cleo. Le musicien dans le hall de l’hôtel. Mais avant tout ça il y a l’apparition de la femme de Johnny, quand elle lui amène sa fille. A l’image de tout le reste du film, les rapports n’ont rien de déjà vu, ils sont vides, attentistes, ils n’ont rien de violents. La relation entre le père et sa fille est très belle dans la façon qu’ils ont de se regarder. Jamais Cleo n’a un regard condescendant (la mère non plus au passage) envers lui – peut-être qu’elle le plaint intérieurement, peut-être qu’elle ne se rend pas compte de ce qui le ronge, peut-être que ces belles retrouvailles lui suffisent, atténuent le reste – elle est un peu l’inverse de sa frangine quelques années plus tôt dans le film de Spielberg. Elle a comme une maturité supplémentaire, tout en gardant cette douceur naïve, le plaisir de l’évasion – l’escale en Italie. Alors ces moments intimes magnifiques apparaissent dans certaines séquences surprenantes, comme cette partie de guitar hero, pas tant lorsque Sofia Coppola filme la télévision – complètement inutile – mais lorsqu’elle s’attarde sur les mouvements et les regards des deux joueurs, un sourire lancé, un compliment affectueux. Ou comme la scène de la glace à la vanille dans le lit parce qu’ils n’arrivent pas à dormir – retour de nos deux insomniaques de Lost in Translation – ou ces regards si forts lors de cette remise de récompense au festival du film de Milan. Somewhere est donc un film de petits moments forts saisis à la volée. Lost in translaton et Marie-Antoinette fonctionnaient déjà de cette manière, une fille recroquevillée à sa fenêtre observant les lignes, l’architecture de Tokyo, sa profondeur, sa puissance, une jeune femme profitant de sa fille dans les jardins du Trianon, entre les hautes herbes et les papillons. Cinéma de l’instant, cinéma de la seconde tant recherchée, bouleversante, le cinéma de Sofia Coppola n’a presque pas bougé, il s’est assagi, s’est épuré, il semble même vouloir côtoyer des sensations inconnues, entre expérimentation du vide et simple surgissement d’un miracle.

     Et chaque fois les deux films s’envolent un peu, nous offre une grâce inespérée, quelque chose de muet mais de bouleversant. Une errance nocturne dans Tokyo, entre les machines à sous et les karaokés. Une séquence de patinage artistique. Une discussion dans une chambre d’hôtel. Un instant si suspendu au fond d’une piscine. Un intense baiser sur une rue piétonne. Une jeune fille qui éclate en sanglots dans la voiture de son père. Dans les thèmes mais surtout dans l’esthétique, Somewhere m’a fait penser, en plus de Lost in translation, à Last days et à Greenberg. Pas étonnant puisqu’il s’agit du même chef opérateur. La photo est au passage très réussie, même si encore une fois, c’est à mon sens le son qui fait le film.

     Tout ce qu’on a reproché à Sofia Coppola – hormis sur l’appui un peu maladroit de certaines scènes – ne tient pas la route, en tout cas pas si l’on aime ses films précédents. Somewhere n’est que la continuité de ce qu’elle faisait déjà, mais elle ne tourne pas en rond, elle resserre la puissance des relations, la puissance de sa mise en scène, l’épure, lui offre une nouvelle respiration. Beaucoup aimé Somewhere donc, maintenant on verra s’il supporte aussi bien que ses films précédents un second visionnage. Et revu Lost in translation dans la foulée, que je réévalue nettement à la hausse car c’est un film sublime, la fin m’a terrassé d’émotion.


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silencio


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