Archives pour la catégorie Stéphane Brizé

En guerre – Stéphane Brizé – 2018

27. En guerre - Stéphane Brizé - 2018Le dernier combat.

   7.0   Qu’importe le registre dans lequel il évolue – il y a une nette différence tonale entre Mademoiselle Chambon et La loi du marché – Brizé m’a toujours semblé investi mais lourd, l’impression d’assister à un cinéma recroquevillé, démonstratif qui ne me laisse pas de place. En guerre ne viendra pas contredire ce sentiment pourtant le film m’a impressionné et beaucoup perturbé, aussi.

     C’est le récit d’une lutte et le film s’y tiendra, ne s’extirpant jamais de son programme : les seuls moments hors entreprise saisissent Lindon, seul chez lui, en train d’éplucher chiffres et paperasses afin de probablement préparer son argumentaire du lendemain. La vie de ces salariés se résume à cette lutte, face à une direction soumise aux diktats du groupe allemand qui décide de fermer l’usine pour rentabilité insuffisante malgré des bénéfices colossaux.

     C’est donc une succession de réunions syndicales ou manifestations tournées à la manière d’un documentaire, caméra à l’épaule, saisissant le ping pong de chaque dialogue ou situation. C’est une suite de blocs, bruyants, pleins, d’une force déconcertante. Une discussion impossible entre deux mondes incompatibles, entre ceux qui cherchent uniquement à finir le mois et ceux qui veulent préserver leurs vacances aux Maldives.

     Les séquences en musique sont presque de trop, comme si le film était trop conscient de sa force et de son pouvoir d’immersion, de malaise et qu’il offrait au spectateur la possibilité de s’en échapper, de respirer malgré la portée anxiogène de ces fausses parenthèses oxygénées. Vincent Lindon est Laurent dès les premières secondes, porte-parole de ces mille salariés sur le point d’être licenciés. Impressionnant aussi car il fait partie du groupe, qu’il ne dépareille pas.

     Dommage que l’épilogue contredise le dispositif. Non pour la violence qu’il crache si brutalement mais parce qu’il ruine l’approche collective convoitée deux heures durant en faisant basculer le film vers une sortie individuelle et christique à mon sens inappropriée, quand bien même elle entre en écho avec de terribles faits réels.

     Mais pas si grave car le film m’a globalement mis sur le carreau, c’est un uppercut assez imparable, clairement engagé, évoquant de loin pêle-mêle, Blue collar, La vie est à nous, Ressources humaines, Norma Rae, Erin Brokovich. En saisissant le vertige d’une impasse : la colère légitime des honnêtes gens face au cynisme abject des puissants.

     De suspense il n’y en a pas car si ces salariés syndicalistes s’accrochent coûte que coûte, on sait pertinemment que le monstre capitaliste dévore tout et gagne toujours à la fin. C’est Perrin Industrie à Agen mais c’est un peu PSA à Aulnay sous-bois. Et bien d’autres encore. Vraiment puissant.

Une Vie – Stéphane Brizé – 2016

03. Une Vie - Stéphane Brizé - 2016Le trop plein de creux.

   3.5   Je n’ai pas lu Maupassant depuis l’école, tant mieux, ça évite ici de se lancer dans de vains comparatifs. Après avoir filmé Lindon en vigile de supermarché, Stéphane Brizé entreprend d’adapter le premier roman de Guy de Maupassant, soit la vie de Jeanne, fille d’aristocrates, jonchée d’épreuves, de petits bonheurs et de grands drames. Ça devrait être bouleversant mais à moins de créer de l’abstraction et du poétique – comme Malick avait su si bien le traduire dans The tree of life, par exemple – ce genre de grand récit et sa linéarité bien répétitive, au minimalisme trop corseté, s’avère aussi peu passionnant et touchant que Eternité, de Tran Anh Hung, la lourdeur et la grandiloquence (de la musique, des couleurs, des dialogues) en moins puisque Brizé choisit justement de ne s’intéresser qu’aux creux, les avants et après virages forts. J’ai un peu l’impression que Brizé se complait dans son hiératisme parce que « ce cinéma de la soustraction » marche, quelque soit le film, quelque soit le genre. Moi ça me gonfle. Mais sinon y a Judith Chemla, et je l’aime d’amour.

La loi du marché – Stéphane Brizé – 2015

maxresdefault   4.5   C’est pas mal, sur le papier. Mais d’une je n’avais pas du tout envie de ça ce soir-là et de deux je trouve le film de Brizé complètement dévoré par son dispositif. Alors, ça m’a complètement plongé dans un état dépressif donc si c’est l’effet escompté c’est plutôt réussi. J’étais vraiment pas bien en sortant. Mais je ne peux m’empêcher de trouver la démarche racoleuse. Le problème ce sont ces longues séquences, en fait ; Leur longueur crée de la performance là où c’était l’énergie du récit qui faisait la force de Ressources humaines, de Laurent Cantet ou encore de Deux jours, une nuit, des frères Dardenne, autres films d’entreprise grosso modo, bien meilleurs à mon sens. La loi du marché fait davantage petit laboratoire ou cas d’étude un peu lourd et didactique. Néanmoins il y a quelque chose qui saisit les tripes là-dedans. En un sens on est plus proche d’un Haneke qu’autre chose. Ça ne demande qu’à déborder, exploser, mais c’est archi maitrisé d’un bout à l’autre. Une maîtrise qui se déploie jusque dans la passivité du personnage central. A part ça, Lindon y est excellent.


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silencio


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