Archives pour la catégorie Stéphane Demoustier

La fille au bracelet – Stéphane Demoustier – 2020

02. La fille au bracelet - Stéphane Demoustier - 2020Le coupable disparaît.

   8.0   C’est un « film de procès » solide, passionnant, magistralement écrit et interprété. Tellement magistral qu’il lui manque sans doute une étincelle, soit dans la mise en scène, soit dans la construction, soit dans le manque d’empathie qu’on a pour ses personnages. C’est tout à son honneur qu’il ne fasse pas le jeu de la séduction, mais pour le coup il manque un truc. On admire le geste – de préserver le récit de tout sensationnalisme – mais c’est aussi parce qu’on l’admire, qu’on s’en détache au point que l’émotion peine à faire son chemin.

     C’est un procès que l’on vit à travers l’œil de la Cour : On découvre les faits en même temps, durant le déroulement des audiences d’Assises, on comprend d’abord que Lise est accusée d’avoir tué sa meilleure amie, à la suite d’une soirée. On apprend par ailleurs qu’elles étaient brouillées à cause d’une vidéo compromettante. On devient juré, par la force des choses. Et l’on assiste nous aussi à une certaine incompréhension générationnelle, à une jeunesse qui nous échappe, comme elle échappe aux parents. Alors, le film a l’idée ingénieuse de nous faire aussi ressentir ce procès à travers le regard déboussolé des parents de l’accusée, qui restent persuadés de l’innocence de leur fille tout en traversant parfois des instants de doute. Et le film capte assez bien ce tourment, notamment grâce à ses deux excellents interprètes que sont Chiara Mastroiani & Roschdy Zem, qui campent chacun à leur manière – Et Lise le dira d’ailleurs très bien, un moment donné, dans sa cage en verre – leur propre souffrance.

     La fille au bracelet tire toute sa force de son hors champ. En refusant de nous offrir l’intégralité de ce qui s’est déroulé durant les deux années qui séparent l’arrestation de Lise (Le film s’ouvre là-dessus, dans une douce parenthèse estivale, sur la plage) et son procès, le film ne cesse de rappeler qu’il y aura pour tout un chacun, toujours une part de mystère dans les nombreux recoins de cette tragédie. Que ce mystère se projette sur le curieux détachement de la mère de l’accusée, l’apathie de celle de la victime ou encore dans la nonchalance incompréhensible de Lise, offre au film à la fois un vertige toujours en mouvement, une angoisse permanente afin que l’incertitude subsiste.

     Véritable révélation que Mélissa Guers, qui incarne Lise, cette adolescente accusée. Elle est mystérieuse, opaque, mutique, détachée, raide, vide mais tout cela avec une finesse de jeu remarquable qui nous garde à la fois à distance mais préserve l’empathie liée au bénéfice du doute. Comme si elle nous laissait libre de remplir le vide de son personnage, c’est très fort. Ce parti pris est d’autant plus fort lorsque sa carapace se fend brutalement, à l’instant où on ne l’attend plus. Ou plutôt à l’instant où l’on attend tout et son contraire : Aussi bien son aveu de culpabilité ou que celui de son innocence.

     Au rayon des seconds rôles, il faut souligner une magnifique Anaïs Demoustier en avocat général sans émotion. Et une non moins superbe Anne Mercier qui campe avec beaucoup d’humanité, de finesse et d’autorité l’avocate de la défense. C’est par ailleurs très beau ce choix de les faire s’affronter à l’encontre de là où l’on pouvait les attendre : La douce voix de Demoustier sera celle que l’on craint tandis que celle, gutturale, de Mercier sera celle qui apaise. On évite le piège de l’avocate jolie et sensible, contre la sorcière laide et gueularde. Et en somme, elles sont à l’image de Lise, qui elle non plus n’est pas conforme à l’idée qu’on se fait d’une accusée, qu’elle soit coupable ou innocente. C’est très original et très réussi.

     En outre, j’ai l’impression d’un film qui raconte beaucoup de son spectateur qui le regarde, de lui laisser le champ de ses propres convictions et de voir comment elles évoluent. Soit de sa propension à incriminer sur des (non)preuves accablantes, ou bien de sa faculté à plutôt opter pour le bénéfice du doute. C’est assez passionnant et finalement dans la continuité d’un immense film de procès, Douze hommes en colère, de Sidney Lumet (dont La fille au bracelet constitue presque le contrechamp) ou du plus récent Une intime conviction.

     Après un mauvais film (Terre-battue) et un très moyen (Allons enfants) la sortie de La fille au bracelet, film superbe, permet de dire que l’ascension de Stéphane Demoustier est fulgurante. Vivement son prochain film.

Allons enfants – Stéphane Demoustier – 2018

17. Allons enfants - Stéphane Demoustier - 2018Les naufragés couche-culotte des jardins de La Villette.

   5.5   Ce qui me séduit le plus là-dedans c’est peut-être bien le sort réservé au couple Vimala Pons / Anders Danielsen Lie perdu dans une intrigue tellement secondaire que leur histoire (passée, car on comprend qu’ils sont séparés) est à peine esquissée. On aimerait donc en savoir davantage que cette affaire de chaussures, mais la gêne qu’il affiche, les larmes qu’elle tente de masquer, c’est quelque chose de très beau, de presque garrelien, frustrant mais beau, osé dans la mesure où le cœur du film ce sont ces deux enfants – qui sont aussi les deux enfants de l’auteur dans la vie – et qu’il s’en tient : Les émois des grands, le film s’en moque. Allons enfants donne à suivre leur expérience chacun de leurs côtés (puisqu’ils se perdent lors d’une partie de cache-cache) selon un montage alterné plutôt équilibré, laissant à chacun le temps d’occuper l’espace, à chaque situation le temps de s’étirer. Il vaut mieux ne pas trop s’attarder sur le pourquoi de leur solitude/séparation, le film faisant alors vite office de procès aux nounous, gardiens, policiers, chauffeurs de taxi et plutôt donc y voir une sorte de film à hauteur d’enfant, qui tente de jouer sur la peur d’enfants (et non la nôtre d’adulte) en y parvenant plutôt bien, tout en se logeant dans la continuité errante du Petit fugitif, du Ballon rouge, de Rentrée des classes ou plus récemment du beau Takara. Il lui manque sans doute un peu de poésie, c’est tout. Le film tient par sa durée (un peu plus et ça devenait long) et la caution « trop mignon » de la petite fille. Et aussi parce qu’on y voit beaucoup le parc de La Villette. Bref, un « court » (59 minutes, tout de même) bien plus intéressant que Terre battue, le seul long de Stéphane Demoustier.

Terre battue – Stéphane Demoustier – 2014

26.-terre-battue-stephane-demoustier-2014-900x506   3.5   Qui est moins un film sur le tennis (et sur ce petit garçon) que sur Gourmet. J’en peux plus de Gourmet. Il me sort par les yeux. Sa manière de jouer, de bouger, de pleurer, de faire comme chez les Dardenne mais en plus affecté. Il me gave. Avec Tedeshi à ses côtés on a le doublé gagnant. Le film est parfois traversé par quelques fulgurances mais tout est bien trop statique et programmé pour éveiller un semblant d’intérêt. Quant à la lumineuse Vimala Pons, sa présence ne relève que de l’apparition. Elle fait du bien Ok mais c’est un peu léger, malheureusement.


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silencio


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