Splash.
3.0 Passé l’introduction désolante sur l’allegretto de la septième de Beethoven, en forme de gros clip filtrée noir et blanc, le récit se resserre alors sur une petite fille dans un hôpital qui rencontre un cascadeur alité qui va lui raconter sa mésaventure amoureuse au moyen d’un conte adapté avec des héros tous plus fantaisistes les uns que les autres. Inutile de préciser que le film sera quasi entièrement pourvu d’images tirées de l’imagination de la demoiselle plongée dans le récit de son hôte, interrompu régulièrement par les soubresauts du réel. Un réel qui se mélange évidemment au rêve. Présenté ainsi, on croirait un croisement entre Johnny s’en va-t’en guerre, L’esprit de la ruche et Le labyrinthe de Pan. Pourquoi pas après tout ?
Alors je me suis laissé prendre au jeu une demi-heure (tout en restant très lointain) puis j’ai progressivement décroché. La faute à une ambition formelle tellement affichée (suresthétisation à l’excès) et revendiquée (On sait que le film fut tourné dans 18 pays différents) qu’elle oblitère tout rapprochement intime identificateur. Je ne me suis jamais senti impliqué car je trouvais ça moche en fait, oui, moche, voilà tout. Trop cadré. Trop maîtrisé. Trop. Criard, bariolé, démesuré, outrancier, on pourrait sortir la panoplie lexicale. C’est très Jodorowski dans l’âme (pas mon truc, personnellement) tendance Laurent Boutonnat parfois (sans provocation aucune).
Je n’ai vu qu’un défilé de cartes postales si jolies, rondes, stylisées que j’étouffe. J’étouffe comme chez Del Toro ou Bayona, Dali ou Miró. A forte dose je trouve cela hermétique. Mais je comprends qu’on le porte au pinacle, que ça puisse être un beau voyage, il y a une générosité et une audace assez originale. C’est un peu fou, un peu naïf (c’est tout à son honneur) mais c’est surtout un gros mélodrame, ce qui aurait pu me plaire, mais d’un point de vue esthétique et formelle c’est porte close pour moi. Quant à cette symphonie qui tourne en boucle, je trouve le choix plus convenu, communément utilisé au cinéma. On l’entendait même dans le dernier Godard où il en faisait une sorte de boucle infinie, sans cesse remise en question, stoppée, reprise, triturée, là il se passait un truc, une vraie obsession.