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Une vie cachée (A hidden life) – Terrence Malick – 2019

28. Une vie cachée - A hidden life - Terrence Malick - 2019L’amour à mort.

   6.0   Je tenais à voir le dernier Malick avant de dresser ma liste des meilleurs films de cette année. J’y croyais. Mais je m’y suis beaucoup ennuyé. Et plus qu’un simple ennui – qui peut parfois s’avérer agréable – c’est surtout l’incompréhension qui a dominé. Si la déception est grande, il y a malgré tout, de beaux motifs de satisfaction.

     Ce qu’on retient c’est l’histoire vraie de cet homme, Franz Jägerstatter, ce paysan autrichien / christ anonyme qui refusa de porter allégeance à Hitler, jusqu’à en mourir. Son acte de résistance aussi lumineux qu’insensé. Et Malick a le culot et l’humilité de ne pas créer de suspense là-dessus, tant on comprend très vite que le personnage (et le couple) ne dérogera pas à son principe. C’est très beau. Mais il faut attendre la troisième heure pour pleinement l’apprécier, quand le nœud dramatique y devient plus intense, resserré, canalisé jusqu’à ce carton final et cette magnifique citation de Georges Eliott qui éclaire à la fois les motivations du film, l’étrangeté de son titre et me fait oublier que je me suis beaucoup trop ennuyé.

     Avant cela, outre l’ennui, je me suis retrouvé confronté à de la circonspection permanente. Une sorte de syndrome Cold war qui aurait fusionné avec le syndrome Lincoln. Aucun lien entre Pawlikowski, Spielberg & Malick, évidemment, ça n’engage que moi et mon désarroi face à chacun de leurs films suscités. C’est aussi qu’il y a beaucoup trop de musique, de contre-plongée, de caméra au sol. Il y a trop de plans, de manière générale. Trop de grand-angle aussi : On n’est parfois pas loin du point Lanthimos, avec ce fisheye dégoûtant. Bref, du seul point de vue formel c’est un carnage. Puis passé une heure, on s’y fait. Aussi parce que cet étalage a toujours fait partie du cinéma de Terrence Malick.

     On s’y fait car il y a un vertige. Dans l’amour éperdu de ce personnage, son incompréhension éternelle, ce besoin de rester accroché à un idéal qui prend évidemment des allures de mise en abyme tant on pourrait y voir l’évolution du cinéma de Malick qui n’aura cessé d’expérimenter et qui semble (enfin) dire que ça lui aura permis de revenir à ce qu’il sait faire de mieux : Narrer. Déployer une envergure de récit tout en restant dans un écrin très intime. Et le film est en effet dénudé. C’est une fresque rabougrie. Qui embrase l’Histoire, jusqu’à disséminer (et même s’ouvrir sur) des vidéos d’archives de 1940, tout en préférant filmer un village, la terre, les hommes et les femmes qui travaillent dans les champs, le puits, à la traite, les suivre en train de nettoyer une église, ramasser des pommes de terre, faucher les blés, polir les faux. Les gens qui travaillent, Malick le filme bien. Le bruit du matériel, Malick le rend bien. C’est la beauté (la merveille ?) qui s’écroule sous le poids terrible du monde. « The world is stronger » dit Franziska, un moment donné.

     Il manque l’immersion, pour moi. Je n’ai pas tout de suite su d’où ça provenait. Puis j’ai compris : C’est d’abord un souci d’interprétation, je les trouve tous deux un peu trop amorphes dans leur jeu, non loin du couple Affleck / Kurylenko dans To the wonder. Mais c’est surtout un problème de langue. J’aime bien l’idée que le couple parle une autre langue. Mais pourquoi l’anglais ? Ça m’a gêné. Surtout que l’allemand n’est pas très bien mis en valeur, « l’allemand qui n’est pas sous-titré » je veux dire : Celui qui rassemble les cris des officiers et les insultes des villageois. Pourquoi l’allemand est si terrifiant et l’anglais si rassurant ? Pourquoi l’anglais, tout simplement ? C’est sans doute trop bavard aussi, globalement. Ça m’a rappelé le douloureux Silence, de Scorsese.

     Et pourtant c’est du pur Malick. Je l’ai tant aimé, ce Malick-là. Celui, plus narratif, qui aura notamment offert les deux pièces d’or que sont La ligne rouge & Le nouveau monde. Je ne l’ai certes pas entièrement retrouvé mais j’ai l’impression que « mon » Malick est sur la bonne voie. Car il y a du fond, donc le film continue de « travailler » après la projection. Knight of cups, c’était différent, tant il misait sur sa capacité de fascination instantanée. Ça ne marchait pas sur moi, mais j’y voyais d’éparses fulgurances. Là je suis tout aussi désarçonné, mais il me reste du fond et notamment cette citation sur laquelle le film s’évapore. Il me reste une magnifique utilisation de la symphonie de Gorecki. Il me reste ce dernier échange amoureux :

« You understand ?

- Do what is right »

     Il me reste suffisamment de belles choses pour considérer que c’est un beau film. Son  meilleur depuis The tree of life. Mais j’imaginais tellement retrouver la magie et l’émotion du Nouveau monde, j’aurais aimé ne pas voir le temps passer, ne pas être dérangé par des partis pris (formel, essentiellement). Du coup, si j’ai versé ma petite larme quand on entend Gorecki, j’aurais aimé être ému un peu plus tôt.

Tout n’est pas perdu. J’avais arrêté d’aller voir Malick au cinéma – snobé Voyage of time puis Song to song.  Dorénavant, j’y retournerai.

Le nouveau monde (The new world) – Terrence Malick – 2006

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An apparition in the fields.

   10.0   Il y a des films dont on a l’impression qu’ils nous suivent depuis toujours et nous suivront pour toujours, sans nécessairement avoir grandi avec eux, mais en les ayant (re)découvert à un moment propice et crucial de notre vie. J’avais vu Le nouveau monde en salle, à sa sortie. Je ne l’ai pas immédiatement considéré comme je le considère aujourd’hui. Il m’a déboussolé sans que je ne sache à quel point encore à ce moment-là. Puis il s’est installé en moi, a germé dans mes souvenirs, a lentement imprégné ma mémoire, faisant converger certains événements de mon présent vers le souvenir du film, vers ce que ce souvenir m’avait laissé. J’étais passé à côté. Jeunesse, humeur, sensibilité présente, que sais-je était à l’origine de cet aveuglément. Je l’avais trouvé beau sans toutefois y déceler toute la dimension poétique, romanesque et bouleversante qui allait me frapper quelques années plus tard.

     Mon deuxième rendez-vous avec le film de Terrence Malick a changé énormément de choses. Je ne retrouvais pas la beauté hermétique qui m’avait gentiment hypnotisé la première fois, mais j’étais là, soudainement face à une forme d’absolu, quelque chose qui me tendait les bras, m’accueillait dans son monde et avait attendu ce jour pour m’étreindre. Tout ce qui m’était à priori fermé me sidérait. Tout ce qui m’avait tenu si loin me terrassait. C’est étrange la mémoire. Je me retrouve aujourd’hui, alors qu’il fait partie de mes films de chevet – et plutôt la version longue s’il fallait choisir – avec ces deux souvenirs distincts. Celui que mon regard d’antan avait assimilé à sa manière. Et celui d’aujourd’hui, probablement plus avisé, mais surtout autre, changé, qui le considère comme une merveille, le chef d’œuvre de Terrence Malick. Un chef d’œuvre tout court. La version allongée prolonge ce bonheur : Trente minutes supplémentaires qui se fondent merveilleusement dans le rythme du film, l’enrichissent sans l’alourdir. Comme si l’on retrouvait les pages manquantes d’un poème qu’on adore, c’est très émouvant.

     Il m’en faut peu dorénavant pour qu’il me catapulte dans de hautes sphères. Quelques plans et L’or du Rhin de Wagner et je suis déjà à ramasser à la petite cuillère. Inutile de préciser que la fin agit similairement, puissance dix, étant donné que le film s’ouvre et se ferme en miroir, à l’identique, en racontant chaque fois la collision et la chute des mondes avec cette musique divine qui chavire tout. Ce sont l’une des plus belles introductions et conclusion que le cinéma nous ait offert. Des envolées lyriques hors norme où image et son entrent en symbiose ultime. La terre providentielle qui accueille d’abord les corps pour ensuite rejeter une âme. La voix off chez Malick est centrale mais n’aura jamais été si prépondérante et élévatrice qu’ici, mélopée de sensations arrachées aux regards de ceux qui participent à cette révolution, la naissance de cette nouvelle Amérique. Les éléments sont invoqués dans un élan lyrique que l’on ne voit que chez Malick. L’esprit s’emplit, se vide, la terre accueille, déracine, l’eau fait naître et mourir. La jeune indienne appréhende chaque étape de son élévation avec un deuil enthousiaste, aussi bien lorsqu’elle est rejetée par les siens, perd l’être aimé, est enlevé de son territoire puis meurt.

     Que dire de plus à propos de ces cinq dernières minutes ? Qu’il s’agit, peut-être, des cinq plus belles dernières minutes de l’histoire du cinéma, à mes yeux. Avec cette sublime incantation, Malick est à son point culminant d’un point de vue vertige et sidération, il offre ce tourbillon insensé en y mettant les tripes d’un ultime poème. C’est d’abord le doux jeu de cache-cache d’une mère et son fils, entre les moutons et les feuilles mortes, mais les haies carrées ont remplacé la forêt indomptable. Puis c’est une lettre du père à ce même fils pour lui conter la mort de sa mère, qui disparait du film dans une partie de cache-cache, un vieux miroir et un contre-champ de larmes. Alors à la manière de l’esprit de cet indien sur ce fauteuil, de ce lit et de ce jardin vides, puis de cette résurrection spirituelle, le film s’élève et nous quitte, en nous laissant là où la vie, la mort, l’enfance, les cieux, les esprits, une tombe, un bateau, la terre, la mer, le soleil, un lit de rivière, des arbres convergent dans une catharsis terrassante aidé par ce crescendo wagnérien des plus sublimes.

     Le nouveau monde est un poème polyphonique. C’est presque de l’opéra. Un chant d’amour serein et douloureux entre l’intime et le cosmos. Quelque chose qui nous dépasse. Une succession de séquences jetées là dans l’infini, perdues et renouvelées en continu. A la fois dans le présent, l’histoire et le mythe. Le cinéaste semble déjà proche de l’auto caricature (il se refait son Days of heaven) et de la citation exacerbée (Wagner et le Nosferatu d’Herzog) mais il atteint là un tel sublime que son film agit moins en tant qu’œuvre d’art absolue, isolée qu’en tant que mélo lumineux, jusqu’à la surexposition, exagéré jusqu’à la sidération, parcourues de visions folles, dérives poétiques impensables. Le film d’une vie. Tellement démesuré qu’il en devient inégalable. C’est un film magnifique, absolument divin. Et d’une beauté dans chacun de ses plans, dans chacun de ses mots que je suis chaque fois surpris de le trouver au moins aussi miraculeux que la fois précédente.

 (Critique écrite le 4 janvier 2015 puis modifiée le 28 janvier 2020)

Knight of cups – Terrence Malick – 2015

KNIGHT OF CUPSHollywood ending.

   4.5   Mon problème avec Malick devient je le crains uniquement formel. Knight of cups est sans aucun doute plus passionnant à analyser que To the wonder mais il est tout aussi ennuyeux et laborieux de s’y perdre.

     Après le cosmos et le couple, Malick s’attaque donc à lui, récit autobiographique s’il en est qui trace des zones de souvenirs, de doutes, des peurs, du vide dans une temporalité disloquée, qu’on pourrait tout aussi bien affecter au Malick d’avant Badlands, celui qui se découvre un style dans le Nouvel Hollywood, qu’à celui d’après Days of heaven et cette longue traversée du désert voire à celui d’aujourd’hui, plus vif, spontané, inégal, comme si le cinéaste faisait vieux ses films de jeunesse. On voudrait que ça s’embrase à l’étirement façon La dolce vita mais de Fellini on nage davantage dans son Intervista.

     J’entrevois ce qui peut être génial (autant que ça l’est dans Tree of life, en fait) mais je me heurte chaque fois à une lassitude, un ennui, quelque chose qui devrait me faire entrer en communion avec ce personnage mais qui m’en éloigne jusqu’à le détester. Je ne sais pas ce qu’il faudrait pour que Malick me transperce à nouveau ; parfois j’ai l’impression que ça y’est mais aussitôt ça disparaît. Bref, ça m’agace. Oui ça m’agace car je voudrais l’aimer, je voudrais le trouver humble, je voudrais m’y lover, car je trouve ça vraiment courageux, radical et personnel. Mais je n’arrive pas à ne pas être embarrassé par un nombre hallucinant de petites choses qui me laissent donc sur la touche.

     Mais je me connais, là c’est frais je suis dans le rejet – J’ai eu ma dose de jump cuts, voix off pompière, regards vers les avions, pieds dans l’eau et autre contre plongée – puis dans quelque mois je me souviendrais de ces belles trouées et j’aurai envie de le revoir.

     Bref je pense que Terrence ne savait pas ce qu’il voulait il y a quarante ans et qu’il ne sait toujours pas aujourd’hui, coincé dans les méandre du doute, il nous le partage et je trouve ça assez beau et touchant, mais trop boiteux et épuisant pour m’exalter.

À la merveille (To the wonder) – Terrence Malick – 2013

15Diffraction affective.

   4.5   C’est l’histoire d’un souvenir. Une réminiscence divine. Une lumière qui aveugle le long d’un chemin obscur, qui vient réimprimer l’image du Mont St Michel comme un moment doux qui annonce le terrible, merveille coincée dans sa temporalité fugace et éphémère. C’est la dernière séquence du film. To the wonder s’en tenant à cette logique archaïque pourrait être une merveille, en effet. Je tenais à revoir ce Malick avant d’aller découvrir le dernier, bien qu’il m’ait vraiment déçu à sa découverte. J’en avais déjà parlé, la voix off est un vrai problème, elle a perdu de son aura poétique, souvent de trop dorénavant quand elle n’est pas ridicule. Malgré Olga Kurylenko qui sautille un peu trop partout, sur le sable, sur son lit, sous un tuyau d’arrosage, les vingt premières minutes sont aussi belles que déroutantes. L’entrée en scène du prêtre, joué par l’insipide Javier Bardem, brise un truc. Pas forcément de belles promesses mais un élan. Toute son interrogation sur sa foi est vraiment le point le plus lourd du film. Quant au couple, tout le trajet de leur hésitation devient quelque chose d’écrasant, même si parfois, au détour d’un plan, d’une scène, d’une voix « Tu pensais que le temps n’existait pas » le film revêt une dimension tragique assez belle. Des souvenirs qui investissent le présent, des retours de douceur ou « une avalanche de tendresse » pour reprendre les mots d’Olga. On y croit à nouveau. Puis C’est Rachel McAdams qui prend sa place. Une apparition aussi soudaine que le reste. La première fois, j’avais eu du mal à troquer Olga pour Rachel, pourtant là, True detective Saison 2 aidant, probablement, j’ai adoré la revoir, captée comme Malick parvient à la capter. Et puis je préfère celle qui joue à se tenir en équilibre sur un chemin de fer à celle qui lévite dans les supermarchés. Celle qui a un enfant laisse place à celle qui en a perdu un. C’est très beau. Mais trop bref. Elle disparait. Le film s’enlise définitivement avec le retour d’Olga et les apparitions éparses du prêtre. Ses bribes de beauté deviennent des bribes d’ennui, à l’image d’un Ben Affleck amorphe, assez agaçant. En définitive, mon avis a peu changé.

La ligne rouge (The thin red line) – Terrence Malick – 1999

la-ligne-rouge-grandJourney to the line.   

   9.0   Je ne suis jamais parvenu à écrire quoi que ce soit sur un film Malick – Et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Tentons donc l’expérience avec ce qui s’apparente comme étant son film le plus ample, le plus ambitieux. Voilà un film de guerre atypique détournant avec une aisance confondante les canons hollywoodiens, tandis que l’imposant casting (une vingtaine de noms (très) connus) permettait d’en douter. Mais Malick était à cet instant l’un des cinéastes secrets les plus aimés et attendus, sortant d’un silence de près de vingt ans, après Days of heaven, 1979. Vingt ans à se demander ce qu’un tel talent (deux films, deux merveilles) pouvait pondre après un si long congé.

     Je n’ose imaginer le bouleversement tellurique que provoqua La ligne rouge lors de la sortie, chez ceux dont les attentes et les craintes se confondaient à leur paroxysme. La ligne rouge est un poème de cinéma, singulier, qui s’est inventé une forme, une esthétique, une démesure. Jamais pourtant le récit n’est en quête de quelconque ambivalence ou vérité historique, ni à relater son exhaustivité ni à devenir à la Spielberg ce film que l’on érige en emblème d’un genre alors qu’il n’est que resucée de références et pale initiation héroïque. Malick crée une bulle dans le monde, une bulle de rêve au milieu de l’horreur, une bulle qui s’apprête à éclater. Le film contourne tout ce que l’on pouvait craindre. C’est une lente agonie en forme de méditation. Je crois n’avoir jamais vu une telle représentation de l’hébétude au cinéma.

     Hébétude méditative (voix off prépondérante) qui prend acte en Witt, jeune soldat béat, d’abord évadé sur une île paradisiaque, où il tente de se fondre ou de voguer librement dans la culture locale, se dissoudre au sein de cette sensation de pureté absolue. Une méditation relayée rapidement à une somme d’individualités, en dialogue extatique avec le divin. D’un colonel mégalo et gueulard au bord du gouffre à un petit sergent n’assumant plus ses directives. Il n’y a plus de personnages bons, de personnages mauvais, seulement des personnages face à leur peur, leur excitation, s’en remettant inévitablement à dieu puisqu’il n’existe guère d’autre échappatoire. Ce n’est donc plus un récit dans sa linéarité dont on se souvient, ni celui d’une bataille qui marque mais une somme d’instants, un regard, un plan. C’est Guadalcanal mais ça aurait tout aussi bien pu être ailleurs.

     Ou c’est une simple situation, parce qu’elle sort des schémas. Comme celle-ci et ce lieutenant refusant l’ordre de son colonel lui sommant de lancer l’assaut de front. Il dit craindre l’opération suicide et ne veut pas envoyer les hommes (qu’il a appris à connaître) vers une mort certaine et prématurée. Ce n’est pas tant qu’il tente de résister qui soit beau mais bien qu’il y parvienne. Et cela bien qu’il le paie d’un avertissement et davantage. Il n’y a rien d’héroïque, c’est simplement un instant au milieu d’autres. Mais l’amplitude narrative est telle que le film ne s’apitoie jamais sur ses maigres prouesses.

     Le film est construit en blocs. Au travers d’échappées naturelles où le cinéaste fait se marier les éléments dans leur beauté et leur cruauté. C’est ici un immense arbre étreint par des racines dévoreuses, suspectes. Là un oisillon pour ainsi dire mort-né titubant dans un chaos qui n’est pas le sien. Ici un cadavre recouvert de boue. Des êtres bientôt égaux ailleurs, futures poussières.

     Le fétichisme qui habite The tree of life (je n’ai pas vu son dernier) et ce même si j’adore le film pour l’inventivité de sa construction, sa démesure et son ambivalence, n’apparaissent pas encore dans La ligne rouge. Alors bien sûr l’imagerie est déjà là, mais elle n’est pas perçue en tant que marque déposée. Et puis cette imagerie est provoquée par la multiplicité du dialogue avec le divin qui l’habite, qui habite chaque personnage contaminé par l’hébétude de Witt, le personnage qui s’offre en sacrifice. The tree of life me séduit encore pour sa quête de grandeur et sa candeur. La ligne rouge pour son homogénéité. J’avais peur de ne pas revoir le film qui m’avait marqué par sa distance poétique mais en fait j’ai bien revu le même film, ce climat que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Tout ce qu’il trace et charrie dans chaque plan et parole n’a pas fini de me fasciner ni de me hanter.


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