Archives pour la catégorie The last of us

The last of us – S2 – HBO – 2025

10. The last of us - S2 - HBO - 2025No future days.

   6.5   Difficile d’en toucher deux mots six mois plus tard. La première saison m’avait fait si forte impression qu’il était presque impossible de réitérer l’exploit lors de la deuxième salve. J’y ai pourtant cru. Au moins durant les deux premiers épisodes, situés cinq ans plus tard, qui nous ouvrent les portes de Jackson, une ville de réfugiés fortifiée – au sein de laquelle Joel & Ellie ont échoué – et qui introduisent un nouveau personnage, en périphérie, bientôt artisan d’un bouleversement narratif conséquent.

     Alors je ne suis pas familier du jeu vidéo, donc la surprise fut grande, du niveau des grands twists de Game of thrones. Mais il me semble que la série rate quelque chose, qu’elle ne réussit pas pleinement son glissement. On a eu une saison pour suivre Ellie, s’attacher à elle, son parcours avec Joel. Il aurait fallu une saison pour Abby aussi, avec les Lucioles. Ou bien un parti pris plus radical : on s’intéresse à elle uniquement lorsqu’elle les retrouve. Et moins à Ellie, ce qui n’est jamais le cas ici : il y a même un épisode (le 6 de mémoire) flashback des cinq années à Jackson, très nostalgique, bouleversant, nous permettant de faire nos adieux à Joel.

     Quoiqu’il en soit il manque un vertige dans cette saison, qui ne parvient jamais à se relever de ce virage narratif fort. Comme si tout ce qui suivait, aussi efficace et de qualité soit-il, déroule un peu trop rapidement son petit programme, affaibli par un manque de temps et d’épisodes : sept c’est vraiment trop peu pour que la série se déploie comme elle le mérite. Le dernier épisode est par ailleurs complètement bâclé (à l’image de la séquence catastrophique sur l’île des Séraphites).

     La première saison et son road-movie à travers ce qu’il reste des États-Unis post-apo m’avait fasciné, en grande partie car une rencontre en chassait une autre, qu’il était impossible de s’attacher à qui que ce soit sitôt qu’on s’extrayait du duo. Là on retrouve des rails. De bons rails, bien entendu (l’invasion de la horde, la séquence dans la station de métro…) mais ça reste une petite déception au regard de ses débuts tonitruants.

The last of us – HBO – 2023

03. The last of us - HBO - 2023La dernière piste.

   8.0   The last of us, version série, n’augurait que du bon : Une production HBO (On va pas revenir là-dessus mais c’est régulièrement gage de qualité), à la barre Craig Mazin le showrunner de Chernobyl, accompagné du scénariste Neil Druckman, qui est aussi celui du jeu vidéo que la série adapte ; deux acteurs principaux croisés (et déjà parfaits) dans Game of thrones ; Une musique confiée à Gustavo Santaollala, qui rappellera un autre beau fait d’armes HBO : Deadwood. Mieux vaut partir avec ça qu’avec rien.

     Alors est-ce une adaptation réussie ? Je n’en sais rien, je n’ai jamais joué aux jeux. Et tout dépend ce qu’on en attend, j’imagine. De mon côté, voilà bien longtemps que je n’avais pas suivi assidûment une série au jour le jour (de sa diffusion). J’ai peut-être bien quelques réserves mais globalement c’est un franc oui. C’est une nouvelle relecture postapocalyptique parmi les plus stimulantes et prometteuses que j’ai pu voir, dans la lignée des Fils de l’homme – auquel on pense pas mal – je dirais.

     Déjà c’est une passionnante variation sur l’impossibilité d’évoluer collectivement, de faire des rencontres, de nouer des liens. Dans The last of us, mieux vaut ne pas trop s’attacher aux personnages secondaires. Je pense que c’est ce qui m’a le plus marqué au cours de ces neuf épisodes, qui sont comme des boucles fermées ornées de personnages éphémères, qui disparaissent aussi vite qu’ils ont fait leur apparition. C’est très troublant.

     Et c’est aussi une belle variation sur l’impossibilité de faire son deuil et sur la difficulté à tenir à la vie. Joel est en sursis depuis vingt ans. On apprendra même qu’il s’est jadis loupé. Ellie n’est rattachée à rien. Et si au fond, elle savait ce que lui réservaient les Lucioles ? Pourtant tous deux s’accrochent. Ensemble. S’accrocher à quelqu’un, c’est tout ce qui reste, dans The last of us. La relation entre Ellie & Joel, entre Bella Ramsey & Pedro Pascal, restera la plus belle chose de cette saison. Leur complicité naissante, mais plutôt silencieuse, fonctionne à merveille.

     Deux éléments impressionnent aussi. Tout d’abord la série est très brutale : le premier épisode est d’une cruauté inouïe. Ce d’autant plus que ce sont les enfants qui sont le cœur du récit. Il y a d’abord Sarah, la fille de Joel. Il y aura aussi ce petit garçon qui semble débarquer d’entre les morts et dont on comprendra, étant donné qu’il est infecté, qu’il va passer par la case abattoir. Et il y aura Ellie, autour de qui tous les espoirs reposent, mais qui est plus une ado rebelle et désespérée, qu’animée d’une pulsion héroïque.

     Ensuite, autre tour de force, la série effectue des pas de côté impressionnants a l’image de celui de l’épisode 3, bien entendu, histoire d’amour envers et contre tout, magnifique, entre deux personnages qu’on ne reverra pas. Tout en fouillant parfois entièrement une strate du passé : l’épisode 7, autre histoire d’amour, qui permet d’en apprendre davantage sur Ellie cette fois. Et toujours dans une dynamique d’épisodes exploitant un genre différent : la romance, le survival, le western. Car c’est aussi un voyage vers l’ouest. Et des lieux chaque fois nouveaux : Austin, Boston, Kansas city, le Wyoming, Salt lake city. C’est une belle traversée rurale et urbaine des États-Unis. Une terre désolée faite de ruines à détruire et de terre à reconquérir.

     Deux éléments qui m’ont beaucoup marqué et sur lesquels je reviens rapidement :

- Tout d’abord ces deux histoires d’amour, qu’on voit naître et disparaître, le temps d’un épisode qui leur est entièrement dévoué. Certains n’ont évidemment pas manqué d’invoquer le carton jaune anti woke / lgbt+ mais c’est déjà oublier qu’il ne faut pas en vouloir à la série : tout était déjà dans les jeux. À noter qu’il semble y avoir, si on en croit les gamers, des copiés collés de plans ou dialogues. C’est aussi une manière de contenter l’aficionado je pense : lui laisser ceci pour se permettre de retirer cela.

- Et ensuite tout ce qui concerne l’esthétique des infectés m’a fasciné, ces créatures qui ressemblent à des cordyceps ambulants, et leur agressivité surdéveloppée qui rappellent les zombies de Vingt-huit jours plus tard. J’aurais aimé en voir davantage mais j’aime la frustration que leur faible quantité procure. On se souvient très clairement de la scène du musée, par exemple. On se souvient de chacune de leur apparition.

     Il y a des choses parfois moins réussies. À l’image de cet épisode 9 qui s’ouvre brillamment (la naissance d’Ellie) et se ferme nettement moins brillamment (montage alterné raté) malgré une idée forte, peut-être la plus osée (Est-ce ainsi dans le jeu ?) : La saison se ferme sur un mensonge. Et c’est paradoxalement la chose la plus douce qu’on verra dans The last of us, ce mensonge. Car c’est le mensonge d’un père à son enfant (de substitution). C’est magnifique.


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silencio


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