Archives pour la catégorie Thomas Lilti

Un métier sérieux – Thomas Lilti – 2023

02. Un métier sérieux - Thomas Lilti - 2023Ça commence hier.

   6.0   On retrouve tout le cinéma de Lilti qui était jusqu’ici concentré au domaine de la médecine, dans Hippocrate, Médecin de campagne ou Première année. Le voilà intéressé par un autre corps social, le corps enseignant. Peut-être une nouvelle trilogie chez les profs ?

     Le film est charmant, bien interprété, parfois bien écrit, parfois moins. En fait Lilti voudrait à la fois faire un film choral mais aussi un film de potes mais aussi un récit d’apprentissage, mais aussi parler des familles éclatées. Ça fait beaucoup en une heure et demie. J’aurais tendance à penser que le récit se déploierait mieux en format série, Lilti ayant prouvé avec les deux (bientôt trois) saisons d’Hippocrate qu’il était bien plus à son aise avec ce système de narration / construction.

     Il en ressort un film avec une regard de médecin, de diagnostiqueur, pourtant Un métier sérieux tire des portraits qu’il peine à faire incarner, des situations qui auraient mérité d’être étirées. Au hasard le personnage du prof d’histoire (campé par un bon Cluzet, même en bougon) et ses rapports compliqués avec son fiston. Au hasard cette sortie surf, complètement bâclée, ratée, inutile. Au hasard l’idée centrale, archi classique, de Benjamin (Vincent Lacoste) qui joue un professeur remplaçant et nous sert de boussole. Comme c’était le cas dans Hippocrate, où il incarnait le nouvel interne. C’est encore la facilité du récit d’apprentissage.

     Mais souvent, ce qu’il effleure ou creuse un peu, est très beau. Notamment tout ce qui tourne autour du conseil de discipline d’un gamin. Ce qui m’a séduit c’est sa volonté de montrer la vie, parfois compliqué, parfois chaotique, souvent solitaire, de chacun de ses personnages. Et son désir d’en créer une petite famille, par la force des choses. Je trouve qu’il réussit bien ces moments-là, notamment ce petit débat improvisé en bouffant un fast food dans le logement de fonction de l’un d’eux. Je ne suis pas prof mais ça m’a semblé assez proche de ce que j’imagine être le quotidien précaire d’un prof, d’un groupe de profs.

     Et donc malgré ses défauts ça m’a bien plu. D’une part car j’y ressens son engagement : Le film ne cesse de montrer comment tout délaisse, déclasse, fragilise ce métier de passion, de vocation, qui semble ne plus avoir rien de sérieux pour personne, comment les professeurs même les plus passionnés peuvent être amenés à vaciller. D’autre part car c’est un beau film populaire et fédérateur, avant tout, un peu comme ce que font Toledano et Nakache, mais plus à gauche, disons.

Hippocrate – Saison 2 – Canal + – 2021

HIPPOCRATE Saison 2 - Episode 1« Je pense que c’est que le début »

   7.5   Difficile de faire ne serait-ce qu’aussi fort que la première étincelante saison, pourtant Hippocrate y parvient presque. Sa fine écriture, sa mise en scène rythmée, ses moments sous tension, son équipe/casting (rejoint par un superbe Bouli Lanners) en font clairement le parfait représentant d’un ER à la française. Les couloirs de l’hôpital de cette saison s’ouvrent sur une inondation et se ferment en plein raz-de-marée Covid. Toujours en flux-tendu, la série n’hésite pas à nous plonger au cœur de situations aussi réalistes qu’abracadabrantes, en pleine intoxication au monoxyde de carbone, dans un caisson à oxygène ou lors d’une plèvre à percer. Déjà présent mais relativement effacé en première saison, le personnage d’Igor devient central ici, tant il innerve la partie mélodramatique du récit. Sans pause, le récit avance par fulgurances, dans un crescendo de plus en plus irrespirable. Et puis on ne peut faire plus actuel que de montrer des soignants de l’hôpital public dans la tourmente. Essai transformé.

Hippocrate – Saison 1 – Canal + – 2018

07. Hippocrate - Saison 1 - Canal + - 2018Les quatre cavaliers de la quarantaine.

   8.5   Parmi les trois films réalisés par Thomas Lilti à ce jour, Hippocrate est de loin son meilleur, à mon sens. A l’époque, je me souviens avoir pensé qu’il aurait fallu étirer ce récit, développer davantage ces personnages, ce lieu, cette temporalité si particulière, sur un format plus long encore qu’un simple long métrage. A moins que ce soit cette déformation provoquée par le génie d’Urgences, à savoir qu’une fiction hospitalière se doit d’être offerte sur un format sériel. Peut-être. Apparemment, Lilti lui-même n’était pas entièrement satisfait puisqu’il reprend peu ou prou certains éléments qui parcouraient le film : L’arrivée du jeune stagiaire, le lien de parenté entre un urgentiste et un interne, le médecin d’origine étrangère, le manque d’effectif, les erreurs médicales, les audiences disciplinaires. Et il les transpose dans ce nouvel univers, un autre hôpital avec de nouveaux interprètes, qui ne sera donc plus exploité sur 1h30 mais sur 8h. Huit épisodes qu’il a créés, co-écrits et dont il va choisir de tous les réaliser.

     Il lui est donc forcément possible de faire du gras, d’étoffer la kyrielle de personnages secondaires, de s’intéresser de plus près à de nombreux patients et bien entendu de suivre à parts quasi égales quatre personnages principaux : Alyson, Chloé, Hugo & Arben. Et là-dessus chaque épisode trouve des tas d’idées, concentre beaucoup autour d’une patiente suicidaire, mais aussi beaucoup autour du cœur de Chloé, mais aussi beaucoup autour des aléas sentimentaux d’Alyson, tout en livrant des images qui semblent appartenir à du vécu de la vie d’interne. Et surtout il faut un point d’ancrage, une idée qui sort de l’ordinaire, quelque chose de plus romanesque qu’un « simple » quotidien de médecine interne : Il prend la forme d’une quarantaine, suite à un problème sanitaire. Par précautions, les médecins du service sont en effet cloitrés dans un hôtel jusqu’à nouvel ordre, uniquement autorisés à donner des conseils et directives par téléphone. En leur absence, ce sont les internes et leurs stagiaires qui doivent maitriser la situation comme ils peuvent, souvent bien secondés par les infirmiers et infirmières plus expérimentés.

     C’est cette idée scénaristique qui crée une vraie urgence, sans mauvais jeu de mot. Ça fait tenir le récit, le groupe, la série sur pas grand-chose étant donné qu’on sait que tout peut « s’effondrer » à tout moment, si la quarantaine est levée. Par exemple, l’arrivée de médecins remplaçants au mi-temps participe de cette crainte d’effondrement. Ils comblent un manque autant qu’ils brisent ce semblant d’unité, qui tient sur rien puisque chacun de ces quatre personnages évolue en sursis dans cette bulle et même dans sa propre bulle : Alyson hésite à changer d’établissement pour son internat ; Chloé est menacée par sa santé fragile ; Hugo est beaucoup trop sous le regard et le contrôle de sa mère ; Arben appartient plutôt à l’étage des légistes. Et la série parviendra à relier ce que Lilti avait raté dans Première année, soient le naturalisme et le romanesque, le réel et la fiction. Sans trop en dévoiler, la fin est à l’image de cette saison toute entière, vraiment puissante. Bref, j’ai trouvé ça absolument génial, riche, émouvant, maitrisé. Je pourrais tout revoir illico.

Première année – Thomas Lilti – 2018

16. Première année - Thomas Lilti - 2018

« Pause maths ? »

   5.5   C’est quoi cette fin ? Pour un film qui joue la carte de la chronique hyper réaliste (Parait-il que la plupart des étudiants en médecine s’y retrouvent largement) cette sortie sacrificielle sort un peu du chapeau, non ? Et au-delà de sa faute de goût en tant qu’idée romanesque et conclusive, c’est affreusement mal fichu du seul point de vue du suspense, enfin c’est surtout trop long et quel intérêt de faire venir le personnage ? Enfin ce n’est pas rédhibitoire, le film a plein d’autres qualités, à mettre au service donc d’une part de son extrême authenticité, puisqu’à l’instar d’Hippocrate (le premier film de Thomas Lilti) le film se compose beaucoup de son expérience personnelle, et d’autre part de son beau duo d’acteurs tant William Lebghil et Vincent Lacoste sont excellents. Tout le cheminement du premier qui fait médecine pour impressionner son père, mais qui se rend compte qu’il n’y prête pas attention, c’est assez réussi : ça permet de rendre la fin plus légitime, mais surtout ça permet d’offrir la superbe scène du café, où la joie de la réussite est masquée par la tristesse de cette non-reconnaissance. Et puis le film raconte assez bien cette amitié et ce qui la rend si fragile : Un monde les sépare, puisqu’à la vocation et le travail acharné qui ne paie pas (le mec est triplant) de l’un répondent la tradition familiale et les facilités de l’autre. Le film joue souvent sur cet affrontement où tout est simple pour l’un quand tout est toujours trop compliqué pour l’autre. Et ça c’est très beau, assez universel en plus, tant ça m’évoque plein de moments et/ou de gens qui ont fait ma scolarité, et pourtant je n’ai jamais mis un pied en fac de médecine. Après, je trouve le film assez juste (dans l’injustice qu’il raconte) mais ça manque un peu de folie et d’imperfections, à mes yeux. Il est à l’image de cette grande pièce-entrepôt dans laquelle on fait passer les concours, avec ces groupes, ces tables et ces chaises très alignées. On voudrait secouer un peu tout ça. Et en même temps on se dit (à l’image de son final raté, qui tente autre chose pour le coup) qu’il ne pouvait pas être mieux qu’en étant bien rangé comme il est. Ceci étant, le principal intérêt de Première année, à mes yeux, je le répète, c’est la chronique, au sens où il parvient à me passionner en me montrant des types en train de réviser des trucs auxquels je pige rien, c’est super fort. Mais bon, j’y reste tout de même plus distant que dans Hippocrate, le film (Il faut que je découvre la série) qui m’avait beaucoup ému.

Médecin de campagne – Thomas Lilti – 2016

15Mise en scène sur ordonnance.

   4.5   On est bien loin de la réussite majeure et surprise qu’avait constitué il y a deux ans le très beau premier film de Thomas Lilti : Hippocrate. Médecin de campagne se contente du catalogue sans jamais penser à comment le raconter : Le film est formellement digne d’un banal téléfilm ou reportage de JT. Malgré tout, Cluzet, celui que je craignais le plus, tire son épingle du jeu, trouvant le ton juste pour jouer ce médecin de campagne, donc (à Chaussy, pas loin de chez moi) qui persévère dans son dur métier (Il travaille jour et nuit) alors qu’il est atteint d’une tumeur. Un sujet bien lourd compensé par la présence d’une femme médecin, qu’on a envoyé pour le seconder, dans la perspective de le remplacer. Ce qui se joue entre les deux, le combat pour se comprendre, le secret de l’un face à l’effacement total de l’autre (Zéro background la fille, personnage même pas écrit, dommage pour la toujours très gracieuse Marianne Denicourt) est très mécanique (La mise à l’épreuve de la consœur perdue notamment quand elle coupe plusieurs fois la parole à son premier patient, c’est tellement forcé, un exemple parmi tant d’autres) mais bien plus intéressant que le regard documentaire du film, qui semble observer le patient avec surplomb ou tout simplement faire état de présence pour faire avancer l’intrigue principale. Lilti ne filme pas les gens mais des figures : Le vieillard, les gitans, le garçon autiste, l’ado enceinte, le méchant. Disons qu’on le sent investi d’une double mission théorique moins cinématographique que sociétale à savoir de parler d’euthanasie et des conditions difficiles et mal subventionnées de la médecine de campagne. Autant regarder un reportage que ce genre de fiction qui progresse à grands coups de raccourcis scénaristiques, faussement ouverte sur le monde.

Hippocrate – Thomas Lilti – 2014

33.-hippocrate-thomas-lilti-2014

L’hôpital et ses fantômes.

   7.0   Super film ! Bien écrit, bien joué, bien rythmé, belle mise en scène. Bref zéro réserve. Il est au milieu hospitalier ce que Ça commence aujourd’hui de Bertrand Tavernier est au milieu scolaire, soit un vrai film engagé, éprouvant, sans toutefois d’immense prétention, qui te fait t’accrocher à tes accoudoirs avec son climat pesant parfaitement distillé. Top !


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silencio


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