Publié 16 décembre 2025
dans Todd Solondz
Aviva fois huit.
3.0 Aviva, treize ans, rêve d’avoir un enfant. Elle parvient à être enceinte, ses parents la font avorter. Elle fugue.
Il ne me restera rien de ce film, soyons clairs. La grande idée, j’imagine, est de donner le rôle du personnage d’Aviva à huit interprètes, d’âge, de sexe différents. Aviva sera donc jouée par une jeune fille de six ans, un adolescent androgyne, une afro-américaine ou même Jennifer Jason Leigh. On sent que le film te crie son universalité dans son originalité conceptuelle.
Mais il ne s’arrête pas là : il se trouve que l’apparition de ces interprètes se fera sur un registre palindromique – d’où le titre. Ainsi un seul n’apparaît qu’une fois (l’actrice centrale) les autres deux fois, de façon symétrique. Idée incroyable mais à quoi ça sert ? Je cherche encore.
Pour moi, ce gimmick est à mettre au même niveau que les lourds sujets brassés par ce film sordide et malaisant mais absolument pas traités : pédophilie, avortement, famille ultra-conservatrice, chrétiens intégristes. Ce qui intéresse son auteur c’est donc moins le portrait d’une Amérique déglinguée qu’un film choc qui commence plus ou moins là où il se termine et vice-versa.
Bref, pas loin d’avoir trouvé ça exaspérant en tout point, et pourtant il y a aussi de très belles scènes, un rythme particulier, un visuel soigné qui m’ont aussi rappelé ce qui m’avait séduit dans Life during wartime, en salle, y a quinze ans. Pas sûr d’avoir envie de creuser Solondz davantage.
Publié 5 mai 2010
dans Todd Solondz
6.0 Tout est question de mise en place. Comment raconter les vies respectives de trois sœurs tout en les enchevêtrant ? Solondz choisit d’abord le cas par cas. Ce seront avant tout deux d’entre elles que nous suivrons, sans savoir d’ailleurs que ce sont des sœurs. Solondz abandonne très vite l’idée du récit choral à sensation. Les relations qu’elles entretiennent ensemble importent moins le cinéaste que celles qu’elles ont au quotidien avec leurs hommes, ou bien leurs solitudes. Nous sommes en plein milieu aisé. L’american way of life donc. Mais son versant réaliste, celui que l’on ne soupçonne pas derrière tout ce spectacle des apparences bourgeoises tranquilles. Nos trois frangines ce sont comme nos desperate housewives. Elles n’ont d’heureux que leur paraître. Joy galère avec un mari junkie et pervers, alors qu’elle sort d’une relation difficile avec un type qui s’est finalement suicidé. Scène d’entrée en matière hallucinante. Helen, celle que l’on ne verra qu’une seule fois, mais reviendra parfois dans les discussions, entretient une haine de la famille bien appuyée par sa paranoïa maladive due à sa solitude de star déchue. Quant à la troisième, Trish, celle qui nous intéresse davantage, vit dans un mensonge qu’elle inculque à ses enfants pour les préserver dit-elle, qui veut que leur père ne soit pas le pédophile en prison qu’il est mais tout simplement mort. Elle entre dans une relation naissante avec un gentil bonhomme un peu gros, un peu vieux dont elle se surprend être attirée, mais ne sais plus si elle doit en parler à son fils, curieux et lucide (ça nous change) qui s’apprête à fêter sa bar-mitsva. Et comme si ça ne suffisait pas, c’est à cet instant que le père sort de taule… Il faut voir comment le récit est raconté, tout en fluidité, tout en simplicité. Life during wartime serait en quelques sortes une réponse généreuse et passionnante au dernier film nombriliste et chiant des Coen. Et puis même sans parler d’humour ou de prétention sur quoi que ce soit, le dernier Coen n’a pas de séquences comme celle de la retrouvaille père/fils du Solondz. Et puis c’est un film extrêmement touchant. Solondz a dépassé la barrière du film cynique auquel je m’attendais en livrant un film humain, tout simplement. Ce pourrait être grotesque c’est par instant bouleversant.