Archives pour la catégorie Tsaï Ming-Liang

Le voyage en Occident (Xi You) – Tsaï Ming-Liang – 2014

1560445_10152037196222106_259725784_n     5.9   C’était un peu ma vengeance du peu de scènes étirées reçues dans le dernier Wiseman (Les 4h de At Berkeley) que je venais de voir au cinéma. Ce soir-là, je voulais me coucher avec des plans interminables. Je n’ai pas choisi un film de Tsaï Ming-Liang par hasard. Je trouve que le film en sept ou huit plans raconte énormément de Marseille et du questionnement sur la temporalité cinématographique. Je n’ai rien d’autre à en dire mais ça m’a plu dans l’ensemble. Et le photogramme choisi est l’un des plus beaux plans de l’année.

Goodbye dragon inn (Bu san) – Tsaï Ming-Liang – 2004

GoodbyeDragonInn2Le désert rouge.   

   9.2   Il y a dans ce titre, qu’on le veuille ou non, une idée d’adieu. Un film de sabre des années 60 est projeté dans un cinéma de quartier de Taipei. Un cinéma où apparemment il n’y a qu’une seule salle, mais une grande salle, comme si auparavant elle avait su se remplir, accueillir des spectacles, des représentations théâtrales, en plus des films de cinéma. Que reste t-il aujourd’hui ? Des sièges vides. Un cinéma qui vit ses dernières heures, que la pluie vient engloutir, et pourtant quelque chose de très beau se déroule sous nos yeux durant cette séance d’adieu, cette dernière toile. Le temps du film dans le film, le cinéaste filme le déplacement des corps, certains qui se croisent, d’autres jamais, l’absurdité des situations, des rencontres et usent du burlesque, de l’errance, du mélo, du fantastique, de l’érotique pour faire éclore son récit.

     Il n’y a d’ailleurs pas de récit à proprement parlé, pas de narration évidente en tout cas. Il est très difficile de saisir en temps réel ce que souhaite montrer le cinéaste. C’est au fil du film que l’on découvre des choses, que certaines brèches sont ouvertes. C’est après le film, quand on se rappelle certaines séquences, principalement leur utilité sous-jacente, alors qu’elles paraissent à première vue anodines, que se dessinent un horizon, une fascination, et un film assez triste, sans vraiment l’être, derrière toute cette drôlerie qui l’accompagne.

     Un jeune homme entre dans le cinéma, le film projeté commence à l’instant. Il ne semble pas être en retard, ni chercher une quelconque indication, il entre, sans doute pour se protéger de la pluie, qui se manifeste sous des trombes d’eau. Il investit la salle, il s’assied, il est au chaud. L’ouvreuse, affairée dans les toilettes, n’y porte pas attention, comme si tout cela n’avait plus aucune importance, elle a sans doute entendu un bruit, elle peut supposer que quelqu’un est entré étant donné qu’elle a abandonné provisoirement son poste, mais ça ne l’atteint pas – ça ne l’atteint plus. L’ouvreuse boite et porte une sorte de sabot à l’un de ses pieds, ses mouvements sont audibles, repérables. Dans sa loge, elle mange, mais elle s’ennuie. A quoi bon ? Elle part à nouveau, effectue une longue marche à travers les couloirs de ce cinéma, semble chercher quelque chose ou quelqu’un.

     Le cinéma laisse apparaître des trous béants, la pluie s’y faufile et termine sa course dans de nombreux seaux disposés partout pour l’occasion. On verra plus tard le projectionniste les vider, puis les remettre à leur place. Comme une tâche quotidienne qui s’est maintes fois répétées, un geste d’apparence habituel, puis un regard vers l’extérieur, témoin d’une situation qui s’apprête à disparaître. C’est justement dans la cabine de projection que l’ouvreuse cherche à entrer. Elle y cherche le garçon. Jamais ils ne se rencontreront. Se sont-ils déjà croisés par le passé ? Tsaï Ming-Liang se garde bien de nous le dire. Mais il y a ce sentiment qui traverse cette femme qui peut nous faire penser que non, cette impression qu’en guise d’adieu, il lui fallait à tout prix croiser le regard de cet homme pour une fois, peut-être même échanger quelques mots.

     La parole tient une place étrange dans le film, elle ne sert qu’en tout et pour tout deux lignes de dialogue. La majorité des mots entendus proviennent du film projeté. Les personnages, mutiques, errent simplement. L’une marche et offre une musique au film avec le bruit redondant de ses pas, le cinéaste arrive donc à la faire vivre hors-champ, le son suffit. L’un fume continuellement, observe comme on observe quelque chose en train de disparaître, il s’occupe aussi des bobines, ne rencontre personne excepté ce spectateur japonais qui le croise dans un couloir exigu. Les corps se frôlent, le climat devient très érotique.

     Et donc il y a ce spectateur particulier, puisqu’il n’est pas vraiment là pour le film. Il est d’abord rassuré par cet abri. Puis il commence à se poser des questions, observer les spectateurs de la salle, deux hommes d’un certain âge. Ils ressemblent étrangement à ceux sur l’écran, en beaucoup plus vieux. Plus tard, derrière lui, une femme mange des cacahuètes, elle fait beaucoup de bruit, il est gêné. Un moment donné, elle fait tomber sa chaussure sur le siège de devant, puis va à sa recherche et disparaît sous les fauteuils. Il y a comme une inquiétude chez cet homme, qui croit alors être entouré de fantômes. Sa rencontre avec l’un des acteurs vieillissant, dans un couloir, offre à ce titre une amorce de dialogue. L’homme lui annonce que le cinéma est hanté. Puis il s’en va.

     Goodbye dragon inn est un film de fantômes. Le cinéma dans lequel il est tourné est lui aussi un cinéma fantôme. Tsaï Ming-Liang a choisi d’y tourner justement parce qu’il ferme véritablement ses portes. Mais je ne pense pas que ce soit la nostalgie à proprement dite qui attire le cinéaste, ni même la mélancolie. C’est de porter un regard sur quelque chose qui s’éteint, que le temps a détruit. Ce personnage qui pleure devant le personnage qu’il joue dans ce vieux film, prend une valeur singulière. L’homme est peu de chose finalement. S’il est réel il vieillit. S’il est sur un écran, il se fige. Seuls les fantômes peuvent traverser le temps.

     Le film se dessine donc peu à peu, alors qu’il n’est plus sous mes yeux, simplement il vit encore à travers ma mémoire, comme ce cinéma n’aura plus que ça lui aussi pour exister, le souvenir, la mémoire. Pendant, j’étais complètement hypnotisé, ça m’a beaucoup plu. J’ai adoré caresser les couloirs de ce cinéma au crépuscule de son existence, y suivre des personnages pendant la durée d’un film. Dans une salle de projection jusque dans les toilettes. Et d’entendre cette pluie extérieure en permanence, mais plus vraiment comme une menace, puisqu’elle se fond continuellement dans le paysage.

     Je me rends compte que j’aime beaucoup les films qui se déroulent dans des cinémas. Peut-être parce qu’il s’agit de l’origine même de la vision ou la découverte d’un film, d’une émotion intime avec ce film. Serbis de Brillante Mendoza (cependant réalisé après) avait ce truc un peu trop déstabilisant, cette mobilité, cette rage qui en fait presque l’exact contraire du film de Tsaï Ming-Liang, pourtant il y avait la même volonté d’observer la mort d’un cinéma. Fantasma de Lisandro Alonso pourrait davantage se rapprocher de Goodbye dragon inn, mais ne nous emmène pas si loin. Là il y a vraiment quelque chose de fabuleux, qui relève presque du miracle, dans cette manière qu’a le cinéaste Taiwanais de convoquer un peu tous les genres. D’hypnotiser tout en voulant dire énormément de choses. De faire dans l’économie de plans, de dialogues tout en étant extrêmement riche.

Visage – Tsaï Ming-Liang – 2009

visage_5   6.4   Voilà le film ‘barré’ de Cannes ! Un cinéaste, joué par l’acteur fétiche de Tsaï Ming-Liang, tourne au Louvre. On ne verra pas vraiment de tournage. Ni de préparatifs. On sait juste que la troupe recherche Antoine et un cerf, personnages importants de l’intrigue, qui ont disparu. Entre temps une inondation chez le cinéaste intervient, la scène dure, il essaie de colmater tout ça mais n’y arrive pas, une scène incroyablement drôle et magnifiquement filmée. Entre temps toujours, Laetitia Casta barricade les fenêtres de scotchs noirs après avoir chanté un truc kitch aux côtés d’un cerf. Antoine (Jean-Pierre Léaud, tiens tiens ça évoque quelque chose) semble avoir perdu la tête sur sa chaise entourée de miroirs dans la neige. Trois femmes, récupérées de chez Truffaut ne savent pas pourquoi elles sont à table, qui elles attendent mais en tout cas elles ont soif. Amalric et un jeune taiwanais se masturbent et se sucent mutuellement, avant d’être interrompu par une sonnerie de téléphone, tout cela en un plan fixe de cinq minutes cadré visages. Fanny Ardant perd une chaussure dans la neige et s’agace. Scène géniale ! Antoine chante « Kumbawé »(sic) dans une position où l’on croirait qu’il vient de découvrir comment faire du feu. Voilà, en gros c’est de ce calibre là pendant tout le film. On ne comprend pas grand chose si ce n’est que Truffaut semble pas loin. Tsaï Ming-Liang s’éclate à nous montrer un truc décousu, car c’est vraiment du grand n’importe quoi, entre séquences kitch (le play-back de Casta justement) et plans divins (la scène de la cigarette), où nous sommes partagés entre l’ennui (l’ultime plan par exemple) et l’excitation suprême (la scène de danse de Casta, qui paraît avoir des membres en trop, et arrose, nibards à l’air, le cinéaste de sauce tomate). Disons que le film pourrait être une épreuve au bout de ses 140 minutes mais finalement, outre certains moments ennuyants, je me suis senti bien devant. Et puis il est tellement barje qu’il en devient fascinant.


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silencio


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