Archives pour la catégorie Valérie Donzelli

Marguerite & Julien – Valérie Donzelli – 2015

15128837_10154160705582106_5824867776764264836_oConte (pas si) morbide.

   4.7   Princesse Anaïs Demoustier et chouchou Jérémie Elkaïm (       Oui, je les apprécie beaucoup ces deux-là) n’avaient jamais tourné ensemble. C’est chose faite. Et ils se complètent très bien (C’est aussi le sujet, donc tant mieux) devant la caméra de Valérie Donzelli, dont je me méfie dorénavant (Alors que je lui portais de grands espoirs après La reine des pommes et La guerre est déclarée) depuis Main dans la main. Ils y incarnent Marguerite et Julien de Ravalet, enfants d’aristocrates, frère et sœur, proches l’un de l’autre depuis l’enfance (racontée brièvement dans une courte première partie) puis séparés du fait de leur trop forte proximité, se retrouvant adulte très vite dévorés par la passion suicidaire – Puisque l’inceste au XVIe siècle, comment dire. Ils vont donc mal finir, c’est évident. Ça l’est moins dès l’instant que le film tend vers le conte pour enfants : A plusieurs reprises, on nous offre l’histoire de Marguerite & Julien racontée à des gamins dans un pensionnat. La cinéaste aime se jouer de cette collision des formes et des morales, et il y a de la réjouissance à la voir se renouveler, expérimenter les genres, bousculer les tonalités, s’amuser des anachronismes, se la jouant Demy façon Peau d’âne (Les clins d’œil sont assez évidents) après Truffaut, tenter le mélo romanesque après la comédie musicale. Si le résultat est inégal, notamment dans nombreux de ses enchaînements narratifs, relativement anecdotiques, dans l’absolue légèreté qui s’en dégage (malgré le sujet tabou) et un peu trop académique dans son dispositif désormais plus toc que low cost, je trouve le film aussi attachant (mais pas vraiment émouvant) que son petit couple de personnages, surtout dans l’ambiguïté qui le traverse de bout en bout. 

Main dans la main – Valérie Donzelli – 2012

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Déséquilibre.

   3.4   On pourrait réduire ce faux pas à la simple présence de Valérie Lemercier, qu’on ne serait pas totalement à côté de la plaque, mais je pense que c’est plus compliqué que cela. Quand je dis Valérie Lemercier j’entends actrice bankable, Lemercier en elle-même n’y est pour rien. Oui, on peut se dire que Valérie Donzelli a perdu de sa superbe et donc de son énergie cinématographique en canalisant sans doute davantage d’attention sur la partie la plus onéreuse de son projet. Mais le principal problème réside dans la différence de problématique au sein de son récit en rapport avec ses précédents et essentiellement la place qu’elle-même, Valérie Donzelli, s’y offrait à l’intérieur. Le rôle du contraire de Joachim (Jérémie Elkaïm) à savoir cette professeur de danse à l’opéra Garnier ne pouvait pas lui échoir et en parallèle il y a le rôle de la sœur qui semble au contraire avoir été écrit pour elle. Le film est donc déséquilibré et moins fuyant. L’équilibre c’était La guerre est déclarée. Equilibre entre drôlerie et gravité parce que l’énergie imposée (avec une idée incroyable par seconde) l’emportait. La fuite c’était La reine des pommes, film fauché, au culot, qui se redéfinissait toutes les deux minutes. Au contraire de ce qu’elle revendique, je pense sincèrement que Main dans la main n’est pas plus singulier que ces deux réussites. Il y a bien entendu un matériau beaucoup plus absurde, mais ce qu’elle en fait est paradoxalement très sage, très carré, attendu. Prenons l’exemple de la rencontre fortuite entre Elena et Joachim : il y a une bonne idée, une seule, c’est la rencontre justement, peut-être le plus difficile. Et Valérie Donzelli crée quelque chose d’hyper artificiel, en tout cas anti-naturaliste, qui lui correspond à merveille – c’est à peu près la même scène que les cacahuètes dans son précédent film avec ce premier échange improbable « Juliette. – Roméo. – C’est une plaisanterie ? ». L’idée du sortilège plutôt que d’un désir sexuel soudain est finalement plus surprenant. Problème est que ce qui suit se révèle terriblement éculé et répétitif. La scène au commissariat de police est consternante. On dirait presque du Dany Boon. Alors d’accord, j’adore Valérie Donzelli, ce petit bout de femme pétillant et passionnant, qui lancée ne s’arrête plus de parler, avec le sourire jusqu’aux oreilles. J’aime sa façon de travailler – le monteur-son devient tel personnage, la figurante d’un de ses films devient scripte sur celui d’après etc…- et sa conception du cinéma. Mais son dernier film n’est pas bon, surtout au regard de ses précédents travaux. Il n’y a pas cette fusion miraculeuse. Ce n’est ni honteux ni désagréable évidemment, simplement ça reste au stade de l’anecdotique et j’en ai presque de la peine de le dire ainsi. Avec un peu d’indulgence on peut dire que son petit manège fonctionne un quart d’heure, ensuite qu’il devient maladroit. On peut aussi être touché par le sujet puisque une fois encore Valérie Donzelli réalise un film sur Jérémie Elkaïm (à qui elle semble lui faire une déclaration d’amour perpétuelle) et sur l’impossibilité de rompre (rappelons qu’il est le père de son fils mais qu’ils sont séparés à la ville) et cette simple idée me bouleversait déjà dans La guerre est déclarée. Et il faut voir le film pour Jérémie Elkaïm, justement, il est génial, comme toujours. Concernant Donzelli, elle reviendra sans doute avec de meilleures idées le prochain coup, je ne m’affole pas.

La guerre est déclarée – Valérie Donzelli – 2011

1565292_3_e12a_image-du-film-de-valerie-donzelli-la-guerreLes combattants.

   8.4   A première vue ce n’est pas un beau sujet de cinéma, la maladie d’un enfant. Ça peut l’être, disons que ça n’inspire pas confiance. Alors, comment parler de cela, qui plus est de manière autobiographique, sans tomber dans le piège béant du misérabilisme ? Il faut l’énergie, l’inventivité, les couleurs pour contrebalancer avec le poids du récit, et mieux que cela, Valérie Donzelli décide de ne pas faire un film sur la maladie, mais un film sur un couple et leur combat. Et ce n’est pas le combat contre la maladie, puisque à priori ils n’y peuvent pas grand chose, mais le combat pour tenir. A combien d’instants les personnages, bien que guidés par cette dynamique guerrière, renforcée par le fait qu’ils soient deux, paraissent sur le point de flancher, pas de rendre les armes (à aucun moment) plutôt de craquer, naturellement, parce que ce marathon les épuise ? C’est une très belle manière de parler de ce combat, de les montrer sur la corde raide, sans jamais qu’ils ne lâchent réellement prise, ou seulement au détour d’une soirée où Roméo, un moment donné, plus suspendu que les autres sans doute, fond en larmes, nerveusement.

     Le film fonctionne parce qu’il ne laisse pas le temps, ni à eux, ni à nous, de pleurer, d’être attendri, assailli par le mélodrame. Et c’est en cela que La guerre est déclarée est un film magnifique : dans cette espèce d’alchimie entre la force de ce récit autobiographique (aurait-il été aussi fort s’ils ne l’avaient tous deux pas vécus, je veux dire est-ce qu’en pure fiction, le rendu aurait été le même, moins axé sur le récit que sur l’énergie formelle pour le raconter ?) et l’inventivité formidable de chaque plan. Le film est bourré d’idées lumineuses, de brèches entrouvertes complètement inattendues, d’une volonté coûte que coûte d’amplifier cette tension permanente via le parti pris d’une énergie folle, qui continue de servir le récit, lui offrir sa singularité plus que de le faire basculer dans un burlesque et un ridicule de situation agaçants. Par exemple, lorsque Juliette annonce la nouvelle terrible à toutes ses connaissances, le spectateur vit cet effet tsunami de façon démultipliée, la cinéaste choisissant de montrer chacune des réactions. Si elle cherche à s’éloigner d’une émotion easy elle n’oublie pas la proximité avec son spectateur, pour ne pas tomber dans un film cynique et antipathique. Alors, tous les procédés sont utilisés : son des voix masqué par l’utilisation musicale de Vivaldi, énergie du montage accentuant l’effet domino et théâtralisation de la réaction. La charge émotionnelle est à son apogée mais Valérie Donzelli ne se satisfait jamais de rien, c’est la grande réussite du film, et plutôt que de poursuivre dans une veine démonstrative et lacrymale prend l’option définitive d’emporter le spectateur dans un tourbillon, en fait, le film choisit d’emporter le spectateur aux côtés de ses personnages, qui essuient ce coup de massue avant de rebondir, « de garder le bon tout en laissant le mauvais » pour reprendre les mots de la réalisatrice, d’apporter la synergie de leur entente conjugale (comme le suscite cette belle entrée en matière) à ce combat, d’avancer « sans chercher à en savoir plus que les médecins » pour citer les mots de Roméo.

     De ce parti pris, Valérie Donzelli tire de très belles idées. Celle du rapport à la médecine par exemple, le film n’est à aucun moment un grief contre cette institution, vers lequel Roméo et Juliette, naïvement et positivement, font intégralement confiance. Ou alors cela apparaît de manière comique, où leurs inquiétudes engrangent un mélange de peur de la solitude et d’hypocondrie, comme ce moment où ils se mettent tous deux, allongés dans un lit minuscule en chien de fusil, à imaginer ce qu’il pourrait arriver de pire à leur enfant ou plus tôt ce discours de morale qu’assène Roméo à Juliette sur l’énergie laissée à des choses aussi futiles que la question d’une chambre pour les parents « Plus de question au petit personnel ! Et puis cette histoire de chambre, tu t’es cru à l’hôtel ? » lui dit-il. C’est formidable ! Et le film se muni de pépites de dialogues comme ceci, qui désamorcent encore une fois la puissance du sujet pour ne garder que l’idée de l’aventure humaine.

     Un autre truc m’a frappé dans le film c’est sa façon de parler d’un dérèglement générationnel singulier lié à la situation. L’enfant vit quelque chose de plus que ses parents (attesté par les mots de Roméo qui écrit sur un petit carnet à Adam qu’il va vivre quelque chose qu’eux-mêmes n’ont pas vécu, qu’il l’admire beaucoup en fin de compte) qui vivent eux-mêmes (par le fait que leur fils est malade) quelque chose de plus que leurs parents (voir la scène très drôle où ils leur donnent tous deux respectivement des directives à la manière de petits soldats). C’est une idée comme une autre mais c’est une idée de plus. Comme ce moment où Juliette fait la tête à Roméo parce qu’il ne s’est pas réveillé le matin, mais qu’elle maquille en un autre reproche, tandis qu’ils s’apprêtent à en discuter et la séquence se termine comme une énième déclaration d’amour doublée d’une interrogation existentielle. Ceci rejoint évidemment tous ces moments magnifiques qui s’intéressent à la complicité du couple, de la scène de la cacahuète au moment de leur rencontre à ce jeu de regard à l’hôpital qu’elle lui lance pour que ce soit lui qui demande de baisser le son de la télé, et il y en a tant d’autres.

     Une autre idée miraculeuse concerne le choix réalité/fiction que Valérie Donzelli offre à son couple, son issue. Le couple était heureux avant l’enfant puis avant la maladie de l’enfant. Le film devait initialement s’appeler Désordres, accentuant l’idée de ce double chamboulement sur la vie du couple. Et le couple devient alors une sorte de couple élu destiné à accompagner cet enfant malade, destiné à combattre ensemble pour tenir auprès de cet enfant malade. « Pourquoi c’est tombé sur nous » demande Roméo, un moment donné. « Parce qu’on est capable de surmonter ça » lui répond Juliette. Et si le couple surmonte cette montagne, il ne surmonte pas son simple fondement. Et Valérie Donzelli traite de cette rupture fragile, sans doute aussi très douloureuse (cette façon qu’elle a d’en parler en conférence ne fait aucun doute) de manière tellement pudique, simplement en nous l’annonçant par voix-off, au moment où on apprend que l’enfant est en phase de guérison. J’ai trouvé ça bouleversant. Qu’on me l’annonce de cette manière là m’a anéanti ! Et j’ai eu l’impression de trouver cette justesse tout au long de la projection. C’est un film touché par la grâce. Un film qui ne recule devant rien, qui tente des milliers de choses. Qui à l’inventivité d’un film de François Truffaut ou de Jacques Demy, l’énergie d’un Léos Carax et convoque l’excentricité d’un Xavier Dolan. Avec ses idées dans chaque plan, ce parti pris de tout essayer, entre les fondus à l’iris, les moments chantés, les déstructurations sonores, la diversification musicale (on y danse sur Offenbach lors d’une soirée ‘open kiss’), les ralentis, l’abus de couleurs vives, Valérie Donzelli a réalisé un film fou, un mélodrame pop, une hymne à la vie, au cinéma.

La reine des pommes – Valérie Donzelli – 2010

La reine des pommes - Valérie Donzelli - 2010 dans Valérie DonzelliPoint de fuite.

   6.0   Voilà comment faire un film avec trois bouts de ficelles. S’il fallait grossièrement en évoquer d’autres je dirais qu’il est un mix improbable entre Sattouf et Mouret. Il y a la pertinence et l’humour crue de l’un pour l’élégance et l’humour absurde de l’autre. Alors il faut le voir d’une part pour Valérie Donzelli, réalisatrice, mais aussi ici actrice formidable. Il faut le voir pour Jérémie Elkaïm qui embrase littéralement l’écran, interprétant quatre rôles différents, alors qu’il les joue tous dans l’emphase avec une drôlerie hallucinante. Et voir le film pour le bonheur qu’il procure. C’est un film fauché, mais vraiment fauché hein, pas ce genre de film faussement fauché cool, non là c’est vraiment un film complètement barré, parfois moche, plein de non-sens et de faux raccords. C’est d’autant plus formidable que le scénario de base est d’une banalité déconcertante. Mais la réalisatrice dynamite cette légèreté triviale et livre un film ovni. Où il y a de l’inventivité dans chaque plan, à chaque minute. Je n’avais probablement pas autant ri – à gorges déployées, vraiment – depuis, justement, Les beaux gosses de Riad Sattouf. Je n’avais pas reçu une telle brise de légèreté aérienne pleine de charme burlesque depuis Fais-moi plaisir d’Emmanuel Mouret. C’est aussi un film qui donne envie de baiser. Je ne sais pas, moi ça m’a donné envie pendant tout le film, sans doute est-ce dû à la liberté sexuelle ouverte qu’il dégage. C’est un film sur le retour à la vie qui pourrait être une odyssée banale de trentenaire en mal d’amour, avec prise au sérieux ou humour graveleux, au choix. Au contraire, c’est un film très simple et complètement détaché qui file une pêche incroyable. 


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silencio


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