Archives pour la catégorie Valérie Donzelli

Nona et ses filles – Arte – 2021

21. Nona et ses filles - Arte - 2021Mère et filles.

   7.0   Le visionnage de L’amour et les forêts m’a rappelé que je devais revenir sur cette mini-série – en neuf épisodes d’une trentaine de minutes : c’est très court – signée Valérie Donzelli, découverte lors de son passage télé sur Arte il y a pile deux ans.

     Tandis qu’elle est mère de triplées quadras qu’elle a élevée toute seule et alors que, du haut de ses soixante-dix ans, elle milite toujours activement au planning familial, Nona tombe enceinte. Si l’on accepte cette aberration, c’est gagné.

     Enfin presque : Evidemment le pitch est alambiqué. Beaucoup trop fabriqué. Mais partons de ce que Donzelli clame elle-même : « La maternité est un peu surnaturelle ». C’est une affaire de séisme, au sein d’une famille, ici au sein d’une relation de frangines.

     Il y a George, l’étudiante éternelle toujours chez maman ; Gaby, la sexologue essayiste célibataire ; Manu, la mère au foyer de cinq enfants. J’adore cette idée des trois prénoms mixtes. Leur alchimie sororale est le cœur battant : Virginie Ledoyen, Clothilde Hesmes et Valérie Donzelli elle-même – chacune avec leur caractère propre – apportent une fraicheur au fil des épisodes, d’une grande cohérence dans le portrait de ces trois sœurs.

     Si c’est une vraie série de femmes (où brille Miou-Miou, évidemment) les hommes n’y sont pourtant pas exclus, tant les rôles donnés à Michel Vuillermoz, Antoine Reinartz ou Barnaby Metschurat (Le sage-femme) sont très beaux aussi.

     Bien sûr la série s’ouvre de façon complètement improbable. Bien sûr on retrouve toute la fantaisie habituelle de Donzelli (et parfois des tics de mise en scène dont on peut se passer) qui se poursuit sur une tonalité tour à tour grave et légère. C’est sa marque de fabrique. Il me semble qu’elle y trouve le juste équilibre ici – bien qu’il ne faille pas lâcher : on peut rester sceptique durant les premiers épisodes – qui lui faisait défaut depuis dix ans.

     La série monte en puissance pour atteindre une déchirante conclusion. Probablement ce que Donzelli a fait de mieux depuis La guerre est déclarée (c’est pas difficile, c’est vrai). Et une série que je pourrais agréablement revoir dès maintenant, je me rends compte.

L’amour et les forêts – Valérie Donzelli – 2023

17. L'amour et les forêts - Valérie Donzelli - 2023La prisonnière.

   6.0   Si le film est formellement son plus sage, on retrouve la Donzelli bricoleuse au détour des séquences entre frangines : Virginie Efira incarne les deux rôles, à la fois très différents et complémentaires, pour un double rôle de jumelles, j’entends. C’est bien vu. On aurait adorer en voir davantage quand bien même ce soit tout à fait cohérent avec le récit, qui est donc celui d’une femme, Blanche (belle idée que de tout nous faire vivre de son seul point de vue) harcelée, vampirisée par son mari, un pervers narcissique dont la perversion est quasi invisible au préalable, mais pourtant bien réelle dès leur rencontre jusqu’à cette manipulation qu’il sème a mesure et les altercations plus ou moins violentes qui ponctuent leurs disputes qui ne sont qu’une enfilade de reproches qu’il lui profère. J’aime beaucoup l’idée (qui vient probablement du livre dont il est adapté) de créer des virages sous forme de climax en apparence anodins : Ici une frange, là des endives au jambon.

     Le film est bien pensé dans son crescendo, plutôt bien vu dans sa mise en scène, aussi discrète soit-elle. Car il me semble que Donzelli (et son petit côté pop, disons, grossièrement parlant) s’efface énormément derrière son récit et son duo d’acteurs personnages. Au vu de ses derniers films c’est pas plus mal, me direz-vous, mais on y gagne quand même pas grand-chose. Il lui manque clairement l’ampleur classique et romanesque qu’elle avait su travailler dans sa très belle série, Nona et ses filles. Sans doute d’une part car le sujet de la relation toxique est rebattu (plus impressionnant dans Mon roi, de Maïwenn, par exemple) d’autre part car cette perversion est moins nuancée et complexe que ce que le film croit être. Enfin Melvil Poupaud est génial hein, terrifiant comme il faut, mais pour moi c’est un évident psychopathe depuis le début et le film manque un peu de nous faire ressentir ce truc un peu impalpable que Blanche ressent. Elle est plus maso que sous emprise d’un monstre, si j’ose dire. Je sais que ça existe, bien sûr, mais ce que le film me donne m’empêche parfois d’y croire.

     L’amour et les forêts est aussi l’histoire contée à une tierce personne. Ne la voyant pas au départ (la voix est off) on imagine que c’est une amie. Puis on pense à une psychologue. Avant de découvrir tardivement qu’il s’agit d’une avocate, laissant imaginer ce vers quoi le film va aller : une issue procédurière. Ça aurait pu être très lourd comme procédé, mais Donzelli dissémine ses scènes et cette voix off avec parcimonie. Mais je ne pouvais m’empêcher d’être un peu déçu de ne pas voir le film plonger dans le film de genre, le thriller cauchemardesque, façon Les nuits avec mon ennemi.

     Ce qui est nouveau chez Donzelli c’est la dureté frontale vers laquelle tend le récit, malgré des touches de légèreté qui lui ressemblent beaucoup. On sent bien la co-écriture avec Audrey Diwan, pour le coup. Quoiqu’il en soit, j’aime bien l’idée, qui parcourait déjà La guerre est déclarée, d’ancrer le film dans une rêverie, convoquée notamment par cette chanson dans la voiture qui peut rappeler Jacques Demy, avant de le plonger dans une ambiance plus lourde façon Jusqu’à la garde. À part ça la photo est superbe. Dans la forêt, dans la maison, partout. C’est très soigné, très agréable.

Notre dame – Valérie Donzelli – 2019

20. Notre dame - Valérie Donzelli - 2019La guerre est oubliée.

   4.5   Si La guerre est déclarée fonctionnait si bien, c’est en grande partie parce qu’il était autobiographique. Depuis, Donzelli s’enlise dans des projets plus légers, moins fulgurants. C’est encore le cas de Notre dame, potpourri de tout ce qui l’anime, dans sa frénésie du texte (voix off permanente et multiple comprise), son aspect multiformes (Ici, une longue scène en référence au cinéma muet, là une autre chantée) et son appétit pour les ruptures de ton. Il y a toujours beaucoup d’inventivité, dans un plan, l’utilisation d’un objet, un running-gag etc… une énergie troublante qui la place en héritière d’un Truffaut ou d’un Demy, clairement, mais avec une personnalité plus exubérante, épuisante et redondante dans ce cas-ci, tant tout ressemble en moins bien à ce qu’on appréciait dans La reine des pommes puis qu’on aimait beaucoup dans La guerre est déclarée. La gravité resserrée à l’échelle de l’intime, du couple venait parfaire l’équilibre, lui convenait tant c’est un cinéma sous cloche, mais ici elle s’essaie à se replacer dans le réel, tout en restant hors du monde. Ça ne fonctionne pas. Réduire les problèmes sociétaux à des types qui mettent des baffes au hasard sur des trottoirs, avant de plonger Paris dans une catastrophe chimique, pour qu’au final tout se termine bien, c’est un peu léger. C’est mignon en tant que conte, mais franchement ça ne dit rien sur rien, si ce n’est sur Donzelli elle-même et son obsession du Féminisme pour les Nuls. Je ne vois qu’un petit film cool, qui fera rire la petite salle où se donnent rendez-vous les vieux du quartier, mais c’est tout.

Marguerite & Julien – Valérie Donzelli – 2015

15128837_10154160705582106_5824867776764264836_oConte (pas si) morbide.

   5.0   Princesse Anaïs Demoustier et chouchou Jérémie Elkaïm (       Oui, je les apprécie beaucoup ces deux-là) n’avaient jamais tourné ensemble. C’est chose faite. Et ils se complètent très bien (C’est aussi le sujet, donc tant mieux) devant la caméra de Valérie Donzelli, dont je me méfie dorénavant (Alors que je lui portais de grands espoirs après La reine des pommes et La guerre est déclarée) depuis Main dans la main. Ils y incarnent Marguerite et Julien de Ravalet, enfants d’aristocrates, frère et sœur, proches l’un de l’autre depuis l’enfance (racontée brièvement dans une courte première partie) puis séparés du fait de leur trop forte proximité, se retrouvant adulte très vite dévorés par la passion suicidaire – Puisque l’inceste au XVIe siècle, comment dire. Ils vont donc mal finir, c’est évident. Ça l’est moins dès l’instant que le film tend vers le conte pour enfants : A plusieurs reprises, on nous offre l’histoire de Marguerite & Julien racontée à des gamins dans un pensionnat. La cinéaste aime se jouer de cette collision des formes et des morales, et il y a de la réjouissance à la voir se renouveler, expérimenter les genres, bousculer les tonalités, s’amuser des anachronismes, se la jouant Demy façon Peau d’âne (Les clins d’œil sont assez évidents) après Truffaut, tenter le mélo romanesque après la comédie musicale. Si le résultat est inégal, notamment dans nombreux de ses enchaînements narratifs, relativement anecdotiques, dans l’absolue légèreté qui s’en dégage (malgré le sujet tabou) et un peu trop académique dans son dispositif désormais plus toc que low cost, je trouve le film aussi attachant (mais pas vraiment émouvant) que son petit couple de personnages, surtout dans l’ambiguïté qui le traverse de bout en bout. 

Main dans la main – Valérie Donzelli – 2012

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Déséquilibre.

   4.0   On pourrait réduire ce faux pas à la simple présence de Valérie Lemercier, qu’on ne serait pas totalement à côté de la plaque, mais je pense que c’est plus compliqué que cela. Quand je dis Valérie Lemercier j’entends actrice bankable, Lemercier en elle-même n’y est pour rien. Oui, on peut se dire que Valérie Donzelli a perdu de sa superbe et donc de son énergie cinématographique en canalisant sans doute davantage d’attention sur la partie la plus onéreuse de son projet. Mais le principal problème réside dans la différence de problématique au sein de son récit en rapport avec ses précédents et essentiellement la place qu’elle-même, Valérie Donzelli, s’y offrait à l’intérieur. Le rôle du contraire de Joachim (Jérémie Elkaïm) à savoir cette professeur de danse à l’opéra Garnier ne pouvait pas lui échoir et en parallèle il y a le rôle de la sœur qui semble au contraire avoir été écrit pour elle. Le film est donc déséquilibré et moins fuyant. L’équilibre c’était La guerre est déclarée. Equilibre entre drôlerie et gravité parce que l’énergie imposée (avec une idée incroyable par seconde) l’emportait. La fuite c’était La reine des pommes, film fauché, au culot, qui se redéfinissait toutes les deux minutes. Au contraire de ce qu’elle revendique, je pense sincèrement que Main dans la main n’est pas plus singulier que ces deux réussites. Il y a bien entendu un matériau beaucoup plus absurde, mais ce qu’elle en fait est paradoxalement très sage, très carré, attendu. Prenons l’exemple de la rencontre fortuite entre Elena et Joachim : il y a une bonne idée, une seule, c’est la rencontre justement, peut-être le plus difficile. Et Valérie Donzelli crée quelque chose d’hyper artificiel, en tout cas anti-naturaliste, qui lui correspond à merveille – c’est à peu près la même scène que les cacahuètes dans son précédent film avec ce premier échange improbable « Juliette. – Roméo. – C’est une plaisanterie ? ». L’idée du sortilège plutôt que d’un désir sexuel soudain est finalement plus surprenant. Problème est que ce qui suit se révèle terriblement éculé et répétitif. La scène au commissariat de police est consternante. On dirait presque du Dany Boon. Alors d’accord, j’adore Valérie Donzelli, ce petit bout de femme pétillant et passionnant, qui lancée ne s’arrête plus de parler, avec le sourire jusqu’aux oreilles. J’aime sa façon de travailler – le monteur-son devient tel personnage, la figurante d’un de ses films devient scripte sur celui d’après etc…- et sa conception du cinéma. Mais son dernier film n’est pas bon, surtout au regard de ses précédents travaux. Il n’y a pas cette fusion miraculeuse. Ce n’est ni honteux ni désagréable évidemment, simplement ça reste au stade de l’anecdotique et j’en ai presque de la peine de le dire ainsi. Avec un peu d’indulgence on peut dire que son petit manège fonctionne un quart d’heure, ensuite qu’il devient maladroit. On peut aussi être touché par le sujet puisque une fois encore Valérie Donzelli réalise un film sur Jérémie Elkaïm (à qui elle semble lui faire une déclaration d’amour perpétuelle) et sur l’impossibilité de rompre (rappelons qu’il est le père de son fils mais qu’ils sont séparés à la ville) et cette simple idée me bouleversait déjà dans La guerre est déclarée. Et il faut voir le film pour Jérémie Elkaïm, justement, il est génial, comme toujours. Concernant Donzelli, elle reviendra sans doute avec de meilleures idées le prochain coup, je ne m’affole pas.

La guerre est déclarée – Valérie Donzelli – 2011

1565292_3_e12a_image-du-film-de-valerie-donzelli-la-guerreLes combattants.

   7.5   A première vue ce n’est pas un beau sujet de cinéma, la maladie d’un enfant. Ça peut l’être, disons que ça n’inspire pas confiance. Alors, comment parler de cela, qui plus est de manière autobiographique, sans tomber dans le piège béant du misérabilisme ? Il faut l’énergie, l’inventivité, les couleurs pour contrebalancer avec le poids du récit, et mieux que cela, Valérie Donzelli décide de ne pas faire un film sur la maladie, mais un film sur un couple et leur combat. Et ce n’est pas le combat contre la maladie, puisque à priori ils n’y peuvent pas grand chose, mais le combat pour tenir. A combien d’instants les personnages, bien que guidés par cette dynamique guerrière, renforcée par le fait qu’ils soient deux, paraissent sur le point de flancher, pas de rendre les armes (à aucun moment) plutôt de craquer, naturellement, parce que ce marathon les épuise ? C’est une très belle manière de parler de ce combat, de les montrer sur la corde raide, sans jamais qu’ils ne lâchent réellement prise, ou seulement au détour d’une soirée où Roméo, un moment donné, plus suspendu que les autres sans doute, fond en larmes, nerveusement.

     Le film fonctionne parce qu’il ne laisse pas le temps, ni à eux, ni à nous, de pleurer, d’être attendri, assailli par le mélodrame. Et c’est en cela que La guerre est déclarée est un film magnifique : dans cette espèce d’alchimie entre la force de ce récit autobiographique (aurait-il été aussi fort s’ils ne l’avaient tous deux pas vécus, je veux dire est-ce qu’en pure fiction, le rendu aurait été le même, moins axé sur le récit que sur l’énergie formelle pour le raconter ?) et l’inventivité formidable de chaque plan. Le film est bourré d’idées lumineuses, de brèches entrouvertes complètement inattendues, d’une volonté coûte que coûte d’amplifier cette tension permanente via le parti pris d’une énergie folle, qui continue de servir le récit, lui offrir sa singularité plus que de le faire basculer dans un burlesque et un ridicule de situation agaçants. Par exemple, lorsque Juliette annonce la nouvelle terrible à toutes ses connaissances, le spectateur vit cet effet tsunami de façon démultipliée, la cinéaste choisissant de montrer chacune des réactions. Si elle cherche à s’éloigner d’une émotion easy elle n’oublie pas la proximité avec son spectateur, pour ne pas tomber dans un film cynique et antipathique. Alors, tous les procédés sont utilisés : son des voix masqué par l’utilisation musicale de Vivaldi, énergie du montage accentuant l’effet domino et théâtralisation de la réaction. La charge émotionnelle est à son apogée mais Valérie Donzelli ne se satisfait jamais de rien, c’est la grande réussite du film, et plutôt que de poursuivre dans une veine démonstrative et lacrymale prend l’option définitive d’emporter le spectateur dans un tourbillon, en fait, le film choisit d’emporter le spectateur aux côtés de ses personnages, qui essuient ce coup de massue avant de rebondir, « de garder le bon tout en laissant le mauvais » pour reprendre les mots de la réalisatrice, d’apporter la synergie de leur entente conjugale (comme le suscite cette belle entrée en matière) à ce combat, d’avancer « sans chercher à en savoir plus que les médecins » pour citer les mots de Roméo.

     De ce parti pris, Valérie Donzelli tire de très belles idées. Celle du rapport à la médecine par exemple, le film n’est à aucun moment un grief contre cette institution, vers lequel Roméo et Juliette, naïvement et positivement, font intégralement confiance. Ou alors cela apparaît de manière comique, où leurs inquiétudes engrangent un mélange de peur de la solitude et d’hypocondrie, comme ce moment où ils se mettent tous deux, allongés dans un lit minuscule en chien de fusil, à imaginer ce qu’il pourrait arriver de pire à leur enfant ou plus tôt ce discours de morale qu’assène Roméo à Juliette sur l’énergie laissée à des choses aussi futiles que la question d’une chambre pour les parents « Plus de question au petit personnel ! Et puis cette histoire de chambre, tu t’es cru à l’hôtel ? » lui dit-il. C’est formidable ! Et le film se muni de pépites de dialogues comme ceci, qui désamorcent encore une fois la puissance du sujet pour ne garder que l’idée de l’aventure humaine.

     Un autre truc m’a frappé dans le film c’est sa façon de parler d’un dérèglement générationnel singulier lié à la situation. L’enfant vit quelque chose de plus que ses parents (attesté par les mots de Roméo qui écrit sur un petit carnet à Adam qu’il va vivre quelque chose qu’eux-mêmes n’ont pas vécu, qu’il l’admire beaucoup en fin de compte) qui vivent eux-mêmes (par le fait que leur fils est malade) quelque chose de plus que leurs parents (voir la scène très drôle où ils leur donnent tous deux respectivement des directives à la manière de petits soldats). C’est une idée comme une autre mais c’est une idée de plus. Comme ce moment où Juliette fait la tête à Roméo parce qu’il ne s’est pas réveillé le matin, mais qu’elle maquille en un autre reproche, tandis qu’ils s’apprêtent à en discuter et la séquence se termine comme une énième déclaration d’amour doublée d’une interrogation existentielle. Ceci rejoint évidemment tous ces moments magnifiques qui s’intéressent à la complicité du couple, de la scène de la cacahuète au moment de leur rencontre à ce jeu de regard à l’hôpital qu’elle lui lance pour que ce soit lui qui demande de baisser le son de la télé, et il y en a tant d’autres.

     Une autre idée miraculeuse concerne le choix réalité/fiction que Valérie Donzelli offre à son couple, son issue. Le couple était heureux avant l’enfant puis avant la maladie de l’enfant. Le film devait initialement s’appeler Désordres, accentuant l’idée de ce double chamboulement sur la vie du couple. Et le couple devient alors une sorte de couple élu destiné à accompagner cet enfant malade, destiné à combattre ensemble pour tenir auprès de cet enfant malade. « Pourquoi c’est tombé sur nous » demande Roméo, un moment donné. « Parce qu’on est capable de surmonter ça » lui répond Juliette. Et si le couple surmonte cette montagne, il ne surmonte pas son simple fondement. Et Valérie Donzelli traite de cette rupture fragile, sans doute aussi très douloureuse (cette façon qu’elle a d’en parler en conférence ne fait aucun doute) de manière tellement pudique, simplement en nous l’annonçant par voix-off, au moment où on apprend que l’enfant est en phase de guérison. J’ai trouvé ça bouleversant. Qu’on me l’annonce de cette manière là m’a anéanti ! Et j’ai eu l’impression de trouver cette justesse tout au long de la projection. C’est un film touché par la grâce. Un film qui ne recule devant rien, qui tente des milliers de choses. Qui à l’inventivité d’un film de François Truffaut ou de Jacques Demy, l’énergie d’un Léos Carax et convoque l’excentricité d’un Xavier Dolan. Avec ses idées dans chaque plan, ce parti pris de tout essayer, entre les fondus à l’iris, les moments chantés, les déstructurations sonores, la diversification musicale (on y danse sur Offenbach lors d’une soirée ‘open kiss’), les ralentis, l’abus de couleurs vives, Valérie Donzelli a réalisé un film fou, un mélodrame pop, une hymne à la vie, au cinéma.

La reine des pommes – Valérie Donzelli – 2010

La reine des pommes - Valérie Donzelli - 2010 dans Valérie DonzelliPoint de fuite.

   6.0   Voilà comment faire un film avec trois bouts de ficelles. S’il fallait grossièrement en évoquer d’autres je dirais qu’il est un mix improbable entre Sattouf et Mouret. Il y a la pertinence et l’humour crue de l’un pour l’élégance et l’humour absurde de l’autre. Alors il faut le voir d’une part pour Valérie Donzelli, réalisatrice, mais aussi ici actrice formidable. Il faut le voir pour Jérémie Elkaïm qui embrase littéralement l’écran, interprétant quatre rôles différents, alors qu’il les joue tous dans l’emphase avec une drôlerie hallucinante. Et voir le film pour le bonheur qu’il procure. C’est un film fauché, mais vraiment fauché hein, pas ce genre de film faussement fauché cool, non là c’est vraiment un film complètement barré, parfois moche, plein de non-sens et de faux raccords. C’est d’autant plus formidable que le scénario de base est d’une banalité déconcertante. Mais la réalisatrice dynamite cette légèreté triviale et livre un film ovni. Où il y a de l’inventivité dans chaque plan, à chaque minute. Je n’avais probablement pas autant ri – à gorges déployées, vraiment – depuis, justement, Les beaux gosses de Riad Sattouf. Je n’avais pas reçu une telle brise de légèreté aérienne pleine de charme burlesque depuis Fais-moi plaisir d’Emmanuel Mouret. C’est aussi un film qui donne envie de baiser. Je ne sais pas, moi ça m’a donné envie pendant tout le film, sans doute est-ce dû à la liberté sexuelle ouverte qu’il dégage. C’est un film sur le retour à la vie qui pourrait être une odyssée banale de trentenaire en mal d’amour, avec prise au sérieux ou humour graveleux, au choix. Au contraire, c’est un film très simple et complètement détaché qui file une pêche incroyable. 


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