L’ange exterminateur.
8.5 Une escouade de neuf soldats réservistes Américains de la garde Nationale part effectuer une manœuvre dans une région sauvage et marécageuse de la Louisiane. Ils vont devoir traverser forêts et marais direction Catahoula mais rapidement se perdent.
Sur les rives d’un cours d’eau, ils embarquent trois canoës, appartenant à des habitants cajuns absents, leur permettant de gagner un peu de temps sur leur périple et leur retard, afin de rejoindre leur point de ralliement.
Plus tard, par provocation, l’un des soldats s’amuse à effrayer les locaux en leur tirant dessus avec des balles à blanc. Les gardes, bientôt sans boussole ni radio, deviennent bientôt la proie d’un ennemi invisible, dissimulé derrière les arbres, qui va les exterminer les uns après les autres, en commençant par leur sergent (idée géniale et radicale) accentuant ainsi la désorganisation générale.
Sorti la même année que Rambo, de Ted Kotcheff, il est dingue de voir à quel point les deux films dialoguent entre eux. Mais la référence semble clairement être Délivrance, de John Boorman saupoudré d’une allégorie de la guerre du Vietnam.
Inexpérimentés, envoyés dans un lieu qu’ils ne connaissent pas pour une mission qu’ils ne comprennent pas, les gardes sont en effet propulsés dans un terrain inconnu et hostile, assimilable aux soldats parachutés au Vietnam. Mais le film s’avère in fine plus proche du précédent film de Walter Hill, Les guerriers de la nuit, qui suit un gang paumé sur le territoire d’un autre et cherchant à retrouver son chemin.
Les soldats, pathétiques, désarmés, érigés les uns contre les autres, traversent en fantômes ce bayou oppressant et sa forêt labyrinthique. Avec ses pièges, humains (magnifique séquence de chutes d’arbres, telle une toile géante tissée autour des patrouilleurs paniqués) ou naturels (une terrible noyade silencieuse dans les marais mouvants).
La guitare (géniale) de Ry Cooder est au diapason de la photo (non moins géniale) signée Andrew Laszlo.
Le survival dans le bayou est déjà fort, anxiogène mais le film réserve un dernier quart d’heure dans un village cajun, d’une puissance inouïe, où la fête, la danse, la paranoïa et une violence brutale se mélangent via un montage impressionnant jusque dans une ultime séquence non sans ambiguïté.
Walter Hill raconte que Sans retour est le film le plus difficile qu’il ait eu à tourner. Tu m’étonnes, cinquante jours en hiver, dans le bayou, non-stop. Au secours. Enfin bref, c’est vachement mieux que Délivrance. Et on sent que Walter Hill a fait ses armes chez Sam Peckinpah.
