Le gamin au corbeau.
4.0 Rares sont les films d’Herzog – cinéaste avec lequel je me sens particulièrement en phase, intimement proche, vous l’aurez compris – que je ne comprends pas du tout, qui me laissent sur la touche, circonspect tant le dialogue entre le réel et la fiction m’apparaît trop fabriqué, trop artificiel. Celui-ci en fait partie. J’ai eu besoin de lire à son sujet pour comprendre où il souhaitait en venir. En réalité, le voir dans la foulée d’Avenir handicapé n’a pas aidé, tant celui-ci s’avérait plus littéral : c’était un documentaire pur, de regard et d’écoute, sur des enfants, des familles, un système. Ici il s’agit essentiellement de reconstitution, à l’image de cette ouverture qui nous immisce dans un groupe de gamins en cercle avant que le travelling nous emmène vers le gamin seul sous une table. Il faut donc reconstituer l’ostracisme d’une population mais aussi le jouer, ce qui n’est pas évident pour des gosses. Bien que basé sur des faits réels, Personne ne veut jouer avec moi est donc entièrement fictionnel, or techniquement il conserve les tropes du documentaire, la caméra à l’épaule, la captation rudimentaire du son. Cela crée une sensation de gêne plus que de vertige, cette fois. On croit difficilement à l’extrême méchanceté des uns et à la bienveillance soudaine d’une autre camarade qui se lie d’amitié avec ce garçon isolé, qui ne parlait qu’avec son corbeau. C’est aussi un moyen pour Herzog de rappeler (et le film est une commande du ministère de l’Education ouest-allemand) que l’enfance est un monde au sein duquel il est encore possible d’outrepasser les préjugés et l’hostilité collective face au handicap et/ou la différence. Il a fait mieux.








