Archives pour la catégorie Wes Craven



L’emprise des ténèbres (The Serpent and the Rainbow) – Wes Craven – 1988

12109230_10153251110607106_3750136344399859574_nDans les griffes du cauchemar.

   8.0   C’est un film complètement fou, qui navigue entre les rêves les plus baroques et un réel quasi documentaire. La quasi-totalité de l’action se déroule en Haïti, en pleine période de révolution face à la dictature en place, le régime Duvalier, alors constitué de milices privés, rituels vaudous, sacrifices sanguinaires et magie noire.

     Un anthropologue américain débarque avec comme ambition de rapporter sur son sol un poison qui permet dis-t-on de ressusciter les morts selon un processus très méthodique de zombification. Une quête d’emblée périlleuse, jonchée par les barbares, la milice des Tontons Macoutes et les cadavres exhumés de leur cercueil. Au-delà du récit barré calqué sur la plume de Wade Denis, biologiste s’étant inspiré de son expérience personnelle (un voyage haïtien) pour étudier, au travers de ces rituels inexpliqués, ces étranges cas de zombies, c’est la déstructuration même du récit qui frappe et donc la mise en scène alerte d’un Craven qui ne lésine sur rien, fustigeant les constructions standards en multipliant à outrance les aléas oniriques et horrifiques.

     S’en dégage un film infiniment chargé, torturé, chaotique d’une générosité sans fin, traversé de visions hallucinogènes où les corps sont malmenés entre danses chamaniques et déformations dérangeantes. Corps que l’on enterre vivant ici, têtes que l’on tranche là, visages exorbités, scrotum mutilé, gorge pulvérisée par un serpent, lèvres caressées par un scorpion, visage inerte dévoré par les vers, paupières piétinées par une mygale, tombeaux infinis, montagnes de crânes… Sublime représentation de l’enfer que ce lot considérable de scènes effrayantes.

     Rarement vu autant de fulgurances de la sorte dans un film de genre, qui plus est au sein du climat exotique qui l’accompagne. Exit les cartes postales des grandes Antilles, ne reste que l’horreur. Même les instants les plus doux à l’image de cette idyllique baignade dans une crique, renversante de beauté, sont relayés par des ruptures détraquées, ici une baise effrénée aux relents vaudous.

     Niveau effets spéciaux, le film s’en tire avec les honneurs, sans doute car hormis lors de la toute fin et cette combustion un poil trop exploitée, il jongle à merveille avec la brièveté de ce qu’il doit montrer et/ou suggérer. Bref, c’est idéal pour parvenir à préserver la force de ce trip vaudou, voguant entre cauchemar et fantasme.

     Je ne suis pas prêt d’oublier la démarche titubante (façon Roy Scheider à la fin de Sorcerer) de Bill Pullman et son visage zombifié. Il est à l’image du reste : Un cauchemar en continu duquel il est impossible de s’extraire. Les rares fois où le personnage parvient à en réchapper, il s’y trouve aussitôt replongé, en une ou deux séquences grand max. Superbe scène de diner avec cette main de cadavre dans la soupe suivie d’une incarnation diabolique de l’hôtesse prise d’un accès de violence spontané.

     Craven garde ses précédentes tentatives sous le coude et si le film semble enfin être son récit scientifique réussi, on ne pourra que le rapprocher de Nightmare on Elm street dans sa manière, cette fois exploitée jusqu’à la démesure, de jouer avec l’instabilité et l’insondable que provoque cette immense zone de rêves.

L’amie mortelle (Deadly friend) – Wes Craven – 1987

02. L'amie mortelle - Deadly friend - Wes Craven - 1987Le village des damnés.

    5.5   Je m’attendais à une rechute intégrale. Pas tant que ça finalement. S’il faut accepter l’outrance d’un scénario gratiné et une construction un brin programmatique et prévisible, c’est un film surprenant, un peu raté certes, mais qui ose embrasser tous les genres avec une énergie attachante. En fin de compte, je l’aime bien ce film. On écarquille un peu les yeux au départ mais on finit par le trouver beau. Enfin, disons qu’il est nettement mieux fait que Swamp thing avec lequel on pourrait lui trouver quelques ressemblances.

     Il y a quelque chose de disloqué dans les familles présentes dans L’amie mortelle, quelque chose de post Spielberg où si le père n’est pas absent (le héros vit seul avec sa mère) il est violent et alcoolique. C’est le cas pour celui de Samantha, dans un foyer qui lui, ne contient pas de mère. C’est dans ces conditions que les deux ados se rencontrent et tombent amoureux l’un de l’autre – D’autant qu’une voisine cinglée (Freak Anne Ramsey aka Mama Fratelli dans Les Goonies) réduit en miettes le super robot du jeune neuroscientifique.

     C’est là-dessus que le film est encore plus terrible que ses situations familiales : Après BB (le nom du fameux robot) c’est Samantha, un soir, qui est « accidentellement » jetée dans les escaliers par son père possédée par la boisson, et qui n’attend plus qu’on la débranche à l’hôpital. Evidemment, les lignes scénaristiques sont énormes, pour lancer ce qui va venir, mais c’est si ignoblement tragique dans le fond que l’on marche dans le désespoir du héros et dans l’espoir attendu qui s’ensuit. Le titre français l’annonce clairement, le titre original moins.

     Pour ce qui est du capital scènes gores le film est plutôt généreux, autant dans le réel que dans ses parties rêves, que l’on prend plaisir à retrouver Craven après Craven. Elles font certes ici quelque peu remplissage et/ou passage obligé pour que le film soit labellisé Horreur, mais elles ne sont pas mal faites, inventives (ce corps de père brûlé sous la couette, clin d’oeil à Freddy, évidemment) ou grandguignolesques (Une décapitation au ballon de Basket).

     Comme souvent, le film s’achève dans un climat de vrai faux rêve tendance fourre-tout final mais ça ne gâche pourtant pas ce que l’on vient de voir. Je retiendrai surtout l’extrême noirceur de cette tentative de mélo évoquant de loin le Starman de Carpenter, avec cette fille / robot retrouvant finalement, mais trop tardivement, ses facultés humaines (la parole) au moment de se faire zigouiller. L’amie mortelle n’est définitivement pas tendre avec Paul, son héros, qui pourrait être vu comme l’incarnation masculine, dix ans plus tôt de Sidney Prescott.

Les griffes de la nuit (A Nightmare on Elm Street) – Wes Craven – 1985

Les griffes de la nuit (A Nightmare on Elm Street) - Wes Craven - 1985 dans Freddy les_griffes_de_la_nuit_02“Whatever you do… don’t fall asleep.”

   7.  “One, two, Freddy’s coming for you. / Three, four, better lock your door. / Five, six, grab your crucifix. / Seven, eight, gonna stay up late. / Nine, ten, never sleep again.”

     C’est la comptine (pas vraiment) enfantine qui accompagne le film à plusieurs reprises. Assez représentatif du climat global. Bref. Purée ce que ça fait du bien ! Alors Ok, les mauvaises langues diront qu’il m’en fallait peu après la montagne de nanars encaissés post La colline a des yeux. C’est vrai. N’empêche, j’avais oublié à quel point c’est excellent.

     Déjà, c’est un super film sur la jeunesse de son époque. Un peu à l’image de ce que sera Scream douze ans plus tard. Et puis le postulat est absolument génial. Craven a créé un monstre devenu véritable icone : Brûlé, ganté, grossier (Les croque-mitaines sont souvent mutiques) et armés de lames de couteau à la place des doigts. La particularité de cet ancien tueur d’enfants est d’attaquer ses proies dans leur sommeil. Son mobile, se venger de ses bourreaux vingt ans après avoir subi leur lynchage pyromane, en s’attaquant à leurs progénitures.

     Dans un prologue / générique efficace, la résurrection de Freddy prend vie à l’intérieur d’une chaufferie, dans un trip qui rappelle quelque peu les ouvertures de giallo, ambiance morbide, cheap et caméra subjective à l’appui. A l’image des expérimentations les plus folles de Dario Argento, la première partie de Nightmare on Elm street est ce que Craven aura offert de plus fou depuis La dernière maison sur la gauche. Haut la main.

     Le film s’ouvre sur le rêve d’une fille, Tina, dans lequel elle se fait poursuivre et trucider par un type à la tronche cramée. Elle se réveille de ce rêve un peu trop réel, avec une partie de sa chemise de nuit déchirée en quatre endroits. Le lendemain soir, ses amis acceptent de passer la nuit à ses côtés, tant elle est effrayée. Evidemment, il y a déjà deux mondes : Les parents, relativement absents et/ou portant leur propre croix (j’y reviens) et les enfants, laissés pour compte. Scream, ce sera pareil.

     Chacun de ses amis réalise finalement, mais sans le faire partager ouvertement, qu’il a fait un rêve similaire pour ne pas dire identique au sien. Le soir même, le petit ami d’ordinaire pas invité, débarque, la tension retombe, ça baise à tout va mais dans la foulée de leur endormissement, la jeune femme est attaquée une seconde fois. Ce rêve qui lui sera cette fois fatal est découpé en deux parties. Nous entrons d’abord à ses côtés avant de le quitter au moment de la mise à mort.

     Nous sommes alors les yeux de son petit ami, terrifié et impuissant face à la violence abstraite qui s’inscrit sous ses yeux. Tina est saignée puis ballottée de haut en bas, sur les murs et le plafond, avant de tomber raide morte sur le lit conjugal d’occasion qui n’est autre que celui des parents. Difficile de faire plus auto référencé dans l’ouverture de Scream (La mort de Casey Baker dans la demeure parentale) d’autant que dans le désormais culte appel téléphonique qui ouvrait le film, on apprenait que le film d’horreur préféré du tueur n’était autre que ce Nightmare on Elm street.

     Le film est alors forcé de changer d’héroïne principale. On suivra maintenant Nancy, la meilleure amie de Tina pendant tout le reste du film. Mais comment se débarrasser d’un type qui nous attaque dans notre sommeil ? Dilemme. Nancy va d’abord tenter de ne plus dormir. Jusqu’à prendre des cachets. Mais elle finit tout de même par piquer du nez dans son bain, dans une séquence incroyable, devenue culte. Puis on la fera entrer en observation dans un institut psychiatrique spécialisé dans les troubles du sommeil où l’on examinera la force de son rêve, qui révélera une puissance unique, duquel elle rapportera in extremis le chapeau de Freddy. Avant de se décider à agir et tenter de ramener le psychopathe dans la réalité en espérant se faire réveiller par son petit ami (joué par un Johnny Depp qui débute, et plutôt bien d’ailleurs ; On se rappellera de sa mort : Lit/Aspiration/Geyser de sang) pile au bon moment, juste avant de se faire trucider. C’est presque un Inception horrifique vingt-cinq ans plus tôt. Je pense à tout ce moment où Nancy regarde sa montre, à l’intérieur de son rêve et espère ne pas en revenir bredouille à l’instant où son réveil sonnera.

     Les griffes de la nuit est surtout en filigrane un riche portrait de famille disloquée, avec un père flic toujours absent et une mère alcoolique. Il y a quelque chose d’assez fort là-dedans, dans la représentation familiale de l’époque Reaganienne. Bon et au delà de sa dimension psychanalytique, sur laquelle on pourrait s’étirer des heures, il faut surtout signaler combien le film fonctionne en tant que film de genre, quasi prototype, cela même si ses effets ont vieilli et si son final s’avère un peu trop abracadabrant. Quoiqu’il en soit, je reste assez client de la toute fin, parait-il qu’elle a été rajoutée par la production pour orienter vers les suites mais je l’aime bien. Je ne situe plus les frontières entre le rêve et la réalité, ça me plait.

Invitation en enfer (Invitation to hell) – Wes Craven – 1984

11224461_10153191622177106_1255742509257542568_nThe cemetery club.

   3.5   En apparence, on reprend les bases de La créature du marais : Appât du gain des nouvelles technologies opposé à une représentation passionnée de la créativité. Dans l’un c’était l’invention d’une cellule végétale qui permet d’éradiquer la famine dans le monde, dans l’autre la mise au point d’une combinaison spatiale permettant de fouler Vénus. Tout l’enjeu de sa création repose outre sa protection contre des températures extrêmes, sur un casque capable de détecter les formes hostiles, humaines et non humaines. En guise de prologue, une femme se faisait écraser par un chauffard, se relevait et d’un simple regard le réduisait en cendres. Oui, on sent absolument tout venir : La future scène du casque, l’utilisation providentielle de la combi. C’est la méthode Craven aux débuts des années 80 : tout donner d’emblée et nous tenir continuellement la main pendant le film. Heureusement qu’il s’est un peu réveillé.

     Finalement, le déroulement se rapproche davantage de son autre téléfilm, L’été de la peur, où une famille était aussi aux prises avec une influence extraterrestre, sous les traits humains. Là, c’est une histoire de club privé dans une grande boite où l’on distribue un peu vite les promotions. Une sorte de resucée des Profanateurs de sépultures couplé au Village des damnés. A la différence qu’ici, dormir ne suffit pas, il faut accepter d’entrer dans la secte, se laisser happer par les avantages luxueux proposés par l’entreprise. On y voit une Californie étrange. On y voit aussi Bastien de L’histoire sans fin, qui campe ici le prototype du fiston geek 80′s. Le film ne suit pas. La mise en place est archi laborieuse, la construction convenue et la mise en scène impersonnelle et kitch quand les effets spéciaux sont de la partie. C’est un énième produit alimentaire en vue de donner vie à Freddy Krueger (La même année) donc on lui pardonne, d’autant que certaines séquences dégagent un petit charme, mais bon, ça fait vraiment mal de voir Craven si bas.

La créature du marais (Swamp Thing) – Wes Craven – 1982

La créature du marais (Swamp Thing) - Wes Craven - 1982 dans Wes Craven creature-marais-83ae-diaporama« Everything’s a dream when you’re alone. »

    2.0   Je veux bien être indulgent sur certains produits que Craven a pu pondre mais là comment dire… On atteint une dimension de nullité tellement imparable, c’est fascinant. Tout y est risible, affligeant. Le film est en majorité tourné dans la jungle mais on n’en voit que dalle. Les enjeux temporels autant que spatiaux sont en permanence invraisemblables, chaque parcelle du récit étant traitée par-dessus la jambe ; Le jeu des acteurs est outrancier (même Krug de La dernière maison sur la gauche et Leland Palmer de Twin Peaks sont mauvais) et les rebondissements tous plus ridicules les uns que les autres. Sans parler du nombre considérable de faux raccords. Vu le budget confortable c’est assez incompréhensible.

     En fait, La créature du marais est au départ l’adaptation du comic éponyme, fidèle ou non je n’en sais rien, toujours est-il que Craven semble vouloir produire une forme qui imiterait un peu la bande dessinée, au moins via ces mini saynètes, mais aussi au moyen de transitions en fondus bien cheap – en rideau, en étoile, en essuie-glace. Au milieu de son récit d’affrontement entre deux scientifiques que tout oppose, le film s’oriente vers un remake de La belle et ma bête. Là non plus ça ne marche pas du tout. Craven nous gratifie cependant d’un interminable plan nichons sur Adrienne Barbeau prenant son bain dans une rivière. Unique accalmie du film, qui ne débouche sur absolument rien d’autre que sa gratuité pour les yeux. Bref, on nage dans le Z. Vivement Freddy, moi je dis.

L’été de la peur (Stranger in Our House) – Wes Craven – 1978

L'été de la peur (Stranger in Our House) - Wes Craven - 1978 dans Wes Craven 189258etedelapeur01gTeen witch.

   4.0   J’effectue un petit bond en arrière dans le temps, puisque j’avais oublié de me pencher, dans la foulée de La colline a des yeux, sur ce téléfilm relativement méconnu qui constitue néanmoins le troisième et dernier long métrage de cette décennie qui aura vu naître l’un des futurs maîtres de l’horreur. Un truc relativement dispensable qui s’avère finalement assez intéressant sur bien des aspects.

     Stranger in our house se révèle être le déclencheur de l’irruption du fantastique pur dans le cinéma Cravenien. Le film mélange le récit de sorcière et celui de la petite famille modèle qu’un élément extérieur vient contrarier – moteur du cinéma de Craven jusque dans cette célèbre ouverture de Scream. En ce sens, le titre original qui sonne autant Langien qu’Hitchockien colle idéalement au récit.

     Une famille de Hidden Hills, en Californie, accueille Julia (la cousine de Rachel) qui a récemment perdu ses parents victime d’un curieux accident de la route – L’ouverture, maladroitement explicite, raconte déjà tout. D’abord silencieuse et en retrait, la demoiselle va s’immiscer dans le cercle familial au point de voler, littéralement, la place de sa cousine, prenant sa place lors du bal de fin d’année, avant de lui prendre son petit ami. Linda Blair (et une touffasse de tifs complètement improbable) que l’on connaît essentiellement pour son rôle de Regan dans L’exorciste, campe cette adolescente incomprise, aux prises avec une concurrente de plus en plus démoniaque.

     Problème est que formellement il ne reste pas grand chose du climat subversif que le cinéaste parvenait à insuffler dans ses précédents longs métrages, le film multipliant des séquences classiques et rebattues, provoquant davantage un ennui poli qu’une angoisse crescendo. Même si je dois mentionner, dans cette médiocrité générale, l’un de mes plus gros sursauts ever (vers la fin, dans la salle de photo).

La ferme de la terreur (Deadly Blessing) – Wes Craven – 1982

11990374_10153169108607106_1690377694750179314_nHors Satan.

   5.0   On sent Craven davantage dans un dispositif de commande que dans ses métrages précédents où il expérimentait l’espace et la construction. La ferme de la terreur ne sera pas une date dans l’histoire du cinéma d’horreur, loin de là, d’abord parce qu’il n’installe aucune tension, aucun crescendo, ensuite car le film est relativement peu exaltant dans sa dynamique de récit, ses enchaînements, ses poussées de violences et effusions de sang. Après La dernière maison sur la gauche et La colline a des yeux, on était en droit d’espérer un retour dans les salles un peu plus sale et généreux que ce si tristounet Deadly blessing, qui parfois flirte vraiment avec le nanar de luxe. Le film n’est cependant pas encore trop ancré 80′s – probablement ce qui le sauve – enfin il l’est autant que peut l’être le Starman de Carpenter, toute proportion gardée.

     La ferme de la terreur prend racine dans un village paumé du Texas où une communauté de Amish-like (Hittites anachroniques) fait respecter ses coutumes (Autarcie, uniformes, refus de la technologie, puritanisme, barbes et chapeaux) face à l’humain ordinaire qu’il sait dominé par l’incube – Le démon. Un jour, l’un des enfants du patriarche gourou (Un Ernest Borgnine qui s’est comme planté de tournage) qui avait été renié par ses pères pour avoir fricoté avec une athée, est assassiné. Mais bientôt c’est au tour de l’un des plus fervents Hittites (le retour de Michael Berryman : Jupiter dans The hills have eyes) de casser sa pipe dans une sombre grange.

     Après cette longue intro, trois demoiselles frivoles deviennent les moteurs du récit. Martha (sublime Maren Jensen) la petite amie de l’ancien Amish trucidé par son tracteur, est accompagnée de deux amies, venues passer quelques jours de vacances. L’une d’elle (Sharon Stone à ses débuts) aura des visions nocturnes de mygale lui inspectant la bouche et les nichons. L’autre dévergondera un autre Hittite avant de se faire cramer dans une bagnole. Quant à Martha, elle aura en plus du reste, une drôle d’aventure avec un serpent dans une baignoire – les prémisses énormes d’une séquence célèbre des Griffes de la nuit.

     Craven ayant lui-même grandi dans une communauté baptiste il était inévitable que cela se ressente dans ses oeuvres. Ses premiers essais portaient déjà l’idée : La famille bourgeoise face aux vagabonds violents d’un côté ; La petite famille américaine typique face aux monstres consanguins du désert californien de l’autre. Chaque fois c’est une histoire de lieu, de terre. Une forêt, un désert, une ferme. Règlement de compte pur et simple, dans la mesure où le titre original lui-même accole la religion au mal, même si cette fin complètement ratée (sans doute imposée par la production) semble annuler toute l’entreprise de démolition.

     Le film n’est pas désagréable, c’est un petit produit d’épouvante qui se suit bien sitôt que l’on accepte de le voir appartenir disons à un giron plus consensuel, même si l’on discerne assez bien une certaine parenté avec le giallo (caméra subjective, mains gantés, visage caché). Et surtout, on parvient à reconnaître la patte Craven, ici ou là, c’est ce qui compte. Et puis il n’est pas si troublant de le voir réaliser un film passe-partout non plus, La colline a des yeux avait déjà entamé un virage nettement plus soft après une l’ouverture bien crasse que constituait son premier long métrage. 

La colline a des yeux (The Hills Have Eyes) – Wes Craven – 1977

11954627_10153148872417106_2345884715263749040_nPlanète interdite.

   6.5   Je n’en gardais pas un super souvenir, probablement parce que l’ayant découvert à l’époque du remake, excellent d’Alexandre Aja, il m’avait semblé, dans la foulée, moche et fauché, forcément bien pale en comparaison. En fait, c’est un très bon film, sale, poussiéreux, vilain, qui s’inscrit parfaitement dans la continuité de La dernière maison sur la gauche. Un film passionné par son décor et ses immenses collines rocheuses, étriquées et dentées, s’érigeant vers un ciel lugubre, où passent des avions de chasse le jour (tout le film se déroule dans un désert d’entraînement militaire) et où la nuit est guettée par une pleine lune terrifiante. Point de loup garou ici bien que les deux chiens (Beauty & The beast) et Jupiter, le père des sauvages, semblent en être des dérivés tout tracés.

     Pendant une heure, le film fonctionne à merveille, sait installer son poisseux climat, distiller sa tension aveugle (le danger est là mais régulièrement invisible). Le point de bascule, à savoir cette fameuse séquence du massacre dans la caravane, emprunte clairement au Texas Chainsaw Massacre de Tobe Hopper (réalisé trois ans auparavant) pour sa cruauté et sa sécheresse. On croit un peu moins au retour du jour, quand la violence change de camp, plus bâclé même si Craven parvient malgré tout à y insuffler beaucoup de rythme. Disons que c’est plus cousu de fil blanc dans la mesure où la défaite des autochtones parait vite aussi inéluctable qu’invraisemblable.

     La grande idée de ce deuxième long métrage restera je crois la mise en espace de cet immense lieu paumé, tant le cinéaste s’amuse à quadriller sa caravane sans en offrir un seul point de fuite, un seul espoir extérieur, dans lequel la famille freaks porte chacun un nom de planète, renforçant la sensation d’évoluer dans un contexte spatial inconnu, où ne réside plus que l’instinct primal et le néant. Moins audacieux que La dernière maison sur la gauche, certes, mais diablement efficace dans son genre.

La dernière maison sur la gauche (The Last House on the Left) – Wes Craven – 1972

dernieremaison_pic4Les bourreaux meurent aussi.

   7.5   Hormis les teenage horrific movie léchés que sont les Scream, Wes Craven aura fait des films sales – Et celui-ci est sans nul doute l’un de ses plus sales. Sa mort me pousse à revenir sinon creuser davantage sa filmographie (dans mon souvenir régulièrement parsemée de nanars pas vraiment affriolants) pour voir si ce que j’avance tient toujours. Il y a en tout cas quelque chose de bien craspec là-dedans, cela même si c’est continuellement détourné par la musique, la contemplation, l’humour absurde et la frénésie de la construction.

     C’est d’abord un montage parallèle qui surprend ici où l’on suit les futures victimes d’un côté, les meurtriers de l’autre – vers un climax d’abomination rarement atteint. Puis le film choisit, vers ses trois quarts, de ne s’intéresser qu’aux bourreaux, les deux victimes ayant trépassées, un peu à la manière du Psychose d’Hitchcock. Son gros délire (un peu à côté de la plaque mais finalement assez représentatif de ce que le film traduit) c’est le parallèle concernant les recherches de police, avec ces deux policiers crétins.

     Ce parti pris (ou cet anti parti pris) est déjà le marqueur d’un cinéma qui abandonnera son radicalisme du film d’horreur primaire qu’il semble pourtant suivre dans les débuts de La dernière maison sur la gauche et poursuivre un peu maladroitement dans La colline a des yeux pour s’orienter vers un cinéma plus mainstream et séducteur. L’absence héroïque et la faculté à brouiller les pistes fait déjà partie de son cinéma – qu’il détournera de la manière la plus jubilatoire qui soit dans sa fameuse saga. En fait, c’est Massacre à la tronçonneuse qui rencontre Laurel & Hardy.

     Ce que j’aime chez Craven c’est qu’à chaque fois il évoque l’Amérique, c’est politiquement sous-jacent, comme Roméro. Chez ce dernier tout se joue dans les rapports de dominations sociétales. Quand l’extérieur s’embrase c’est l’intérieur qui se disloque. Chez Craven, quelque soit sa source, la violence est extrême, insoutenable, amorale. Roméro est un moraliste (non moralisateur) et ces histoires de zombies des paraboles de la société contemporaine. Craven serait celui qui s’en nourrit mais ne s’en servirait qu’à des fins ludiques, grand-guignolesques. Un cinéma cancre.

     La mise en scène, assez informe ici, épouse toute variation d’angles de vues, entre plans d’ensemble et inserts, accueillantes ou horrifiques, longues plages de silence sur un étang, macros sur les feuilles d’un érable avant que ne surgissent les blessures provoquées par la lame d’un couteau, un corps que l’on dénude avant de s’en servir en tant que jouets ou la course effrénée d’une victime qui n’a aucun pouvoir face à cette forêt de la peur – idée magistralement reprise par James Watkins dans Eden Lake.

     Outre son extrême violence (d’un côté comme bientôt de l’autre) et son hallucinante plage sonore, faite de musiques volontiers inadéquates et de stridences en tout genre le film est aussi le portrait d’une jeunesse inconsciente, qui vit à sa manière la guerre du Vietnam sur son sol, où l’information est légion, entre la télévision et la radio, poussant l’attrait pour le crime et les sévices au point de créer un amalgame absurde entre le meurtre et l’héroïsme. Quelque part, oui, c’est un beau film sur la guerre du Vietnam.

Scream 4 – Wes Craven – 2011

Scream 4 - Wes Craven - 2011 dans Wes Craven scream4_03

     6.0   Le film dans le film dans le film. Il en fallait une d’entrée en matière à hauteur de l’événement, quinze ans après le premier Scream. Wes Craven surprend puisqu’il n’y a rien de vraiment moderne dans cette première séquence – au sens dans l’air du temps – où il se contente à la fois de réutiliser tout en déformant une nouvelle fois les codes habituels. Avant de voir le fameux Scream en guise de titre, toujours précédé d’un coup de couteau d’achèvement, Wes Craven nous offre cette fois-ci un double Stab. Une première scène entre filles qui se font trucider avant qu’un titre nous apprenne qu’il s’agit de Stab 6, que deux autres nanas sont en train de regarder avant que l’une d’elles tue l’autre, suivi du titre Stab 7, que deux filles sont en train de regarder tout en critiquant le procédé, trouvent ça ringard et répétitifs. Quant à nous, on a déjà commencé à prendre notre pied ! Le seul reproche que je pourrais faire à ces deux séquences c’est leur brièveté. J’aurais adoré que Craven les travaille davantage, tout en jouant sur les clichés bien entendu, mais qu’elles s’étirent pour que l’impact du faux (film dans le film par deux fois) soit bien plus fort et jubilatoire.

     Le souci de ce nouveau volet repose moins sur sa volonté de proposer de nouvelles règles que sur sa représentation de l’air du temps. Les meurtres auxquels nous assisterons n’auront rien de neuf, ni l’inventivité ni la cruauté jamais retrouvées du premier volet. Autant cela pouvait être assez gênant dans les deux précédents, même si l’on se délectait aisément du plaisir de mise en abyme, autant on y trouve ici une telle légitimité que cela en devient paradoxalement assez génial. Chaque épisode de Scream tient une idée, qui ne sert pas comme toile de fond contrairement à ce qu’il arrive de lire, mais comme justification première. Après la création d’un scénario diabolique dans le film du premier, le film relatant les faits du premier dans le film du second, le film relatant les faits du troisième avant le même film dans le troisième, voici Scream 4 en tant que remake du premier film. Les têtes qui tombent semblent être semblables à celles de Scream, la manière elle aussi et surtout cette suite contient un nouveau personnage important, à savoir la petite cousine de Sidney – en gros, son prolongement « Tu me rappelles moi lui dira la grande, quand elle verra Trevor sortir par la fenêtre comme Billy avait l’habitude de le faire – dont on sait très vite qu’elle se retrouve au devant de la piste, autant que l’était fut un temps sa cousine.

     Les personnages sont systématiquement en train d’évoquer les nouvelles règles, conformes aux tempéraments actuels, la place de l’image, du média, du net, de l’information, de la peur pourtant Scream 4 ne serait qu’une version moderne de Scream, ou plutôt le carnage de Woodsboro qui s’apprête à prendre place ne serait que la nouvelle version de celui d’il y a quinze ans. Le gadget comme accompagnement n’existe plus, tout n’est que gadget. A l’image de l’instrument vocal habituel remplacé ici par l’application Smart Phone. Ou à l’image de ce nouveau personnage, calqué sur celui de Randy, à savoir le geek déjanté qui ne vit que par les films d’horreur. Randy travaillait dans un vidéo-club et triturait ses vhs en les matant en boucle pendant que Lui tient un ciné-club et vit en permanence avec une caméra autour de la tête reliée à un blog qui rediffuse chacune de ses interviews en direct sur son blog. C’est aussi la nouveauté de ce volet : filmer les meurtres. Filmer l’œuvre. C’est très vite ce que semble vouloir faire ce nouveau meurtrier. Filmer pour ne pas être oublié. Pour que l’on se souvienne. C’est aussi dans l’air du temps, entre les Rec et les Cloverfield : tout filmer. Pour que les gens sachent. Et en prime la volonté de se mettre au devant de la scène, l’attirance de la notoriété, la gloire, entre mégalomanie et jalousie, c’était aussi le sujet de Black Swan.

     J’aime beaucoup moins Scream 4 dès qu’il a tendance à exagérer son statut de suite parodique. Les deux précédents opus allaient aussi par moments dans ce sens, mais ici on n’est pas loin de l’humour d’Aja avec son Piranhas. Que cela reste subtil comme de voir que le nom d’un flic est Antony Perkins, qu’on y abuse gentiment des références ou qu’il y ait une masse de sursauts impossibles d’accord, pourquoi pas, mais les fuck Bruce Willis ou autre I’m gay c’est juste pas possible ! Evidemment que la situation a changé depuis l’époque, désormais les personnages ont conscience qu’ils sont sur une grande scène de crime, certains même en sont attirés. Mais il manque un étirement de la scène, une cruauté, la force que dégageait ce masque qui a disparu, dont les apparitions font désormais bien plus Scary movie que Scream. Le gros point fort en revanche c’est qu’ils sont partis si loin dans leur délire maintenant qu’ils ne sont sans doute pas près de s’arrêter. Bref, on en redemande!

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silencio


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