Archives pour la catégorie Wolfgang Petersen

Poseidon – Wolfgang Petersen – 2006

32. Poseidon - Wolfgang Petersen - 2006Upside down.

   3.5   Lors de sa sortie en salle, j’y étais allé fissa, avec un mélange d’excitation et de désarroi : voir un remake de l’un de ses films préférés c’est une expérience aussi étrange que d’assister à l’adaptation d’un roman auquel on tient, j’imagine. J’avais vingt ans, j’avais trouvé ça atroce. En dix-sept années, sensibilités et exigences évoluant, je me suis dit, tiens, et si je revoyais Poséidon. D’autant qu’aujourd’hui je le revois en ayant conscience qu’il s’agit d’un film de Wolfgang Petersen. À l’époque je n’en savais strictement rien, je ne m’intéressais pas encore aux auteurs. J’irais pas jusqu’à le sauver aujourd’hui sur ce simple postulat (j’ai tellement aimé revoir son Histoire sans fin, par ailleurs) mais disons que, d’une part, j’ai dépassé le stade de l’attente fébrile du remake. D’ailleurs il reprend l’original dans les grandes largeurs (le bateau à l’envers, la vague, le groupe, l’enfant, les deux figures héroïco-paternaliste…) mais c’est tout. On ne retrouve pas grand-chose du chef d’œuvre de Ronald Neame. On a donc un banal film catastrophe early 2000′s qui n’est pas plus honteux qu’un 2012 ou un San Andreas. Et d’autre part, j’ai eu le plaisir de reconnaître un peu Petersen (qui n’est pas un auteur très identifiable, si ce n’est son appétit pour la catastrophe) là-dedans, notamment dans sa maîtrise des espaces exigus, son atmosphère claustro et aquatique (la cage d’ascenseur de service, le conduit de ventilation, le remplissage du ballast : les trois meilleures scènes, de loin) qui n’est pas sans rappeler son chef d’œuvre, Das boot. Les problèmes, le film en est rempli. Ne pas le comparer à l’original, ne pas le comparer à l’original… Tant pis, pas le choix : La mise en place est ratée, quinze minutes de vide. Les personnages sont nuls, antipathiques, on ne connait rien d’eux, on tremble pour aucun d’entre eux (Rendez-nous le révérend Scott, Rogo, Suzanne, Robin, Belle, Linda…). La musique est nulle : une bouillie qui semble avoir été conçue par une IA. La scène pivot est nulle, la vague un immonde énorme machin numérique. Les effets spéciaux sont permanents donc grossiers. On n’a jamais la sensation que le bateau est retourné. Et le film sent trop l’artificiel : on ne ressent pas la chaleur, la montée des eaux, la durée, chaque lieu traversé. Rien. C’est d’une tristesse totale. Je pense que Petersen voudrait à la fois refaire L’aventure du Poseidon, La tour infernale et Titanic (le film est parsemé de clins d’œil variés) dans une version archi pyrotechnique et pachydermique qu’il n’arrive à la cheville d’aucun d’entre eux. Il y a des trucs, on se demande comment ils ont osé, à l’image de la scène d’apnée beaucoup trop LONGUE pour toute personne normalement constituée, ou cette obsession pour faire trinquer les latinos en premier, ou le chapelet utilisé pour dévisser la grille : grand moment de frisson de la honte. C’est un mauvais film catastrophe, toutefois ça ne m’a pas du tout agacé, cette fois.

L’histoire sans fin (The neverending story) – Wolfgang Petersen – 1984

31. L'histoire sans fin - The neverending story - Wolfgang Petersen - 1984Ecrit sur du vent.

   7.0   Je ne l’ai pas revu depuis l’enfance, ce film. Une fois seulement, il y a huit ans. J’y étais resté un peu en dehors, mais ému malgré tout de retrouver « cette sensation d’enfance ». Cet attachement enfantin, même lointain, si particulier. Si l’extrême fascination qu’il me procurait n’existait plus que dans ma mémoire, j’étais ravi, malgré tout, de réentendre la bande originale de Moroder, de retrouver Atreyu et Falkor, de revivre l’une des séquences de cinéma les plus déchirantes auxquelles un enfant puisse assister (Artax…). Je crois avoir davantage préféré le revoir cette fois. Trembler devant ce terrifiant ciel d’orage ou traverser les marécages de la mélancolie ou se laisser embarquer par ces étranges vues subjectives de Gmork. Revoir le mangeur de pierres, la tortue Morla, ce monde guetté par le néant, la mort, annoncée dès cette première scène, de petit déjeuner entre père et fils, à évoquer le décès de la mère. Horrible. Je me souvenais plus de cette ouverture. Ni de son fantôme qui plane jusqu’au bout. À ceux que ça a marqué, on est d’accord que le nom (Marina) que donne Bastien à l’impératrice, c’est celui de sa défunte mère ? C’est très beau mais d’une grande noirceur : Tout ce combat contre le mantra « Il faut garder les pieds sur terre » imposé par le père. D’une violence inouïe. Mais compensée par cette idée géniale du pouvoir de la lecture et donc du lecteur, vecteur de transmission entre le réel et l’imaginaire. L’histoire sans fin devient le récit de ce livre particulier, qui aurait un pouvoir d’immersion (et donc d’évasion) unique en son genre. Et pourtant, Bastien, ça ne l’impressionne pas, lui, grand habitué des récits aventuriers, qui a déjà lu L’île au trésor, Le seigneur des anneaux, Le dernier des mohicans ou Vingt mille lieues sous les mers. J’aime que l’action de lire de Bastien se déroule dans son école, en ce lieu étrange, au sein de cette pièce délabrée, entre grenier de curiosités et théâtre abandonné. Et surtout je crois que j’aime infiniment le (nom) rythme du film. J’en ai tellement marre de voir des trucs formatés qui se ressemblent tous que de revoir un truc un peu différent, singulier, beau car peut-être un peu raté, au fond, ça m’a fait beaucoup de bien.

La conséquence (Die konsequenz) – Wolfgang Petersen – 1978

14. La conséquence - Die konsequenz - Wolfgang Petersen - 1978Un chant d’amour s’est échappé.

   7.0   Petersen était déjà un cinéaste difficile à cerner quand il tournât aux Etats-Unis : Pas évident, en effet, de voir le rapport entre son film catastrophe dans les eaux déchainées avec George Clooney (En pleine tempête), celui sur la propagation d’un virus hémorragique (Alerte) avec Dustin Hoffman et son pale remake de Poseidon, avec Kurt Russell. Si ce n’est l’appétit pour le film catastrophe, en somme. Catastrophe présente dès ses premières réalisations en Allemagne, déjà au cœur de Das Boot, son chef d’œuvre voire de L’histoire sans fin (son passeport pour Hollywood) et son obsession pour le néant. La conséquence tient une place particulière dans son œuvre, d’une part car c’est l’adaptation d’une œuvre autobiographique (celle de l’écrivain suisse-allemand Alexander Ziegler) d’autre part car c’est une histoire d’amour impossible, entre deux hommes (un prisonnier condamné pour « incitation de mineur à la débauche » et le fils d’un surveillant de prison) qui veulent juste s’aimer mais se heurtent à une éducation brutale, qu’elle soit familiale ou sociétale (la seconde partie du film dans une maison de correction condamne complètement cette histoire). La catastrophe est donc plus intime, plus ramassée, mais elle a bien lieu. Le film quant à lui est assez minimaliste, poétique et naturaliste, dans la veine d’Un chant d’amour, de Jean Genet voire du free cinema anglais d’un Karel Reisz – beaucoup pensé à Samedi soir, dimanche matin (1961) revu par le Fassbinder du Droit du plus fort. Très beau.

Das boot – Wolfgang Petersen – 1982

imagesLQCRY48CDérive mortelle.

   9.0   La durée est la particularité de Das Boot, film fleuve de plus de cinq heures, relatant le quotidien d’un sous-marin allemand en mission dans l’Atlantique pour couler des destroyers britanniques, durant la seconde guerre mondiale.

     Une position de plusieurs jours qui verra le bateau dériver entre La Rochelle et le détroit de Gibraltar. Le cinéaste choisit de condenser cette vie à l’intérieur de ce monstre marin fait d’acier, de créer une multitude de personnages avec leurs craintes, doutes, folies, s’intéresser à la fois aux silences de cette mission dans ses moments de vide sans négliger les scènes de batailles de la répétition inévitable qu’elles suggèrent. L’originalité c’est que le film se paie le luxe de nous ennuyer poliment justement aux instants qui auraient été ailleurs des morceaux de bravoure. Le film ne cherche jamais à surprendre dans ses enchaînements et ses rebondissements, entre morts impromptus ou héroïsme lourd, gageur des films de guerre ou catastrophe. Il recherche constamment le réel, le drame par l’absurde. Le plus beau moment est justement une longue séquence silencieuse où le sous-marin venant d’échapper de peu aux tirs alliés se retrouve coincé dans les profondeurs, où la pression est immensément dangereuse, sur un banc de sable providentiel.

     Le film joue donc forcément sur un principe de répétition, entre attente et mouvement immédiat pour le combat. Lorsqu’un navire ou un avion se rapproche, le sous-marin rentre sa longue vue et plonge afin de résister aux explosions provoquées par les bombes qui lui sont lâchées. J’aime cette façon de montrer ce jeu du chat et de la souris, d’une part car le film se contentera de ce huis clos, se permettant des plans extérieurs seulement lorsque ses occupants investissent la passerelle ou à travers la jumelle. Mais surtout le film se veut essentiellement immersif et n’explique donc jamais les termes extrêmement techniques employés à l’intérieur du sous-marin, un peu à la manière du vaisseau spatial dans le Sunshine de Boyle, ou plus récemment dans cette tour de la finance dans le film Margin call de J.C. Chandor. On apprend donc à connaître cette carlingue, son langage, en même temps que l’on apprend à distinguer chaque personnage, qui devient peu à peu une entité à part entière, avec une histoire à lui, au même titre que le sous-marin, monstre d’apnée, face aux oiseaux bombardiers ou aux destroyers émergés. Petersen ne fait ni héros, ni romance, ni psychologie lourde. Son film n’est que survie, à un degré différent suivant le personnage, que l’un tienne un journal quotidien lu en voix off, que l’autre envoie du courrier à sa petite amie.

     Das boot c’est le côté allemand, donc nazi, mais rien de ressort de ça, on ne distingue plus ni patrie, ni hommes-courage. On détruit un destroyer parce que c’est l’ennemi et que c’est le seul moyen de survivre. On ne va pas au secours de blessés plongés dans l’eau glacée parce que c’est l’ennemi et que pour survivre dans un sous-marin il y a un quota d’hommes à ne pas dépasser. C’est la peur des uns contre la folie des autres. La fin, détachée et brève, cruelle alors qu’elle prenait la forme d’un happy-end (pas du point de vue de la guerre, uniquement du point de vue de ce groupe de personnes que l’on a appris à connaître) est l’unique ressort un peu spectaculaire du film où le retour du sous-marin, en dérive jusqu’à La Rochelle, puisque complètement lesté de carburant, est anéanti par le bombardement sans sommations des alliés et où tous les occupants du bateau périssent finalement sur la terre ferme. Peu de montées émotionnelles, pas de suspense. Le film renvoie la guerre à sa surprenante cruauté plutôt qu’à sa sauvagerie sensationnelle.


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silencio


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