Archives pour la catégorie Woody Allen

Café society – Woody Allen – 2016

18. Café Society - Woody Allen - 2016True romance.

   7.3   Pas le souvenir d’avoir été aussi exalté en salle par un Woody Allen depuis Scoop – Mon premier cru allenien découvert au cinéma, il y a exactement dix ans. Les deux films n’ont strictement rien à voir si ce n’est leur apparente futilité, la vitalité qui les habite et leur capacité de redistribution des cartes. Ce sont deux comédies, l’une sous forme de mini-polar londonien moderne, l’autre sentimentalo-familiale dans les New York et Hollywood des années 30. Une donnée qui en fait tout son charme puisque rarement Woody n’avait aussi gracieusement traité l’idée de la famille juive, par le prisme du cadet cherchant à s’extirper de ce monde qui l’épuise pour faire ses gammes à Hollywood. Café Society brille par son élégance, son tempo, ses décors (et la fluidité de leur agencement) ainsi que le parallèle permanent entre les paillettes de l’ouest et la post prohibition new-yorkaise de l’autre, ainsi que ce triangle amoureux qu’il met en scène. Je suis ravi d’avoir retrouvé là Kristen Stewart et Jesse Eisenberg, dans une histoire d’amour contrariée qui ressemble fort, dans le fond, à celle qu’ils faisaient exister dans Adventureland, de Greg Mottola. L’ambiance hollywoodienne a remplacé le parc d’attractions paumé mais les aspérités sont les mêmes : Quid de trouver un horizon amoureux, avant tout. A ce petit jeu, la première partie du film est assez réjouissante, dans chacune des compositions de duos à l’intérieur de ce trio, tout en quiproquo et confidences. Moi qui craignait que Steve Carell cherche forcément à dévorer la pellicule – Campant qui plus est un producteur incontournable – je suis ravi de l’avoir vu plus tourmenté qu’excentrique, proche puis lointain d’une seconde à l’autre, à l’image de son entier dévouement aux deux mondes qui font de lui ce qu’il est. C’est une affaire de dosage, parfait durant tout le film, qui réussit tout, même ses running-gags mafieux avec le frangin, jusque dans sa douce ellipse qui coupe le film en deux morceaux distincts. Lorsque Café Society se clos, sur une séquence de nouvel an à la géographie double et des regards fatalistes qui se superposent dans un fondu sublime, je n’en revenais pas qu’il se termine déjà ; J’avais l’impression qu’il venait de commencer. Je n’en demande pas tant à une comédie, surtout quand j’en attends rien comme ici.  J’avais appris à ne plus trop attendre grand-chose ni d’un film faisant l’ouverture cannoise ni de Woody Allen, ayant l’impression qu’il ne faisait plus que des sous-produits de ses anciennes réussites. Avec Café Society, on sait dans chaque plan qu’on est dans un Woody Allen, pourtant je n’ai pas l’impression de l’avoir déjà vu faire ça. Je suis donc le premier surpris, je ne suis pas loin d’avoir adoré.

Annie Hall – Woody Allen – 1977

15.-annie-hall-woody-allen-1977-900x487Woody dans tous ses états.

   8.0   C’est un film qui gagne à être revu, pour y déceler la richesse de ces nombreuses parcelles de dialogues, petits gestes ici, grands bouleversements là. Le film tente tellement de choses, c’en est surréaliste (La palme à ce sous-titrage contredisant le dialogue échangé) qu’il ne peut pas tout réussir. Ainsi s’abandonne t-il parfois à un plan de pose (Alvy seul face à l’océan) alors qu’il a soigneusement évité de faire le guide auparavant, ou parfois lorsqu’il s’engage dans un gag un peu trop gros et ridicule (Alvy éternuant sur la coke) pour se fondre dans la subtilité du reste. Des ratés minuscules au regard d’un tout si ahurissant de désinvolture.

     Il gagne à être revu car il y a un tel rythme et une telle foisonnance dans le dialogue et/ou monologue qu’il est très difficile de tout apprivoiser en un seul visionnage, deux, trois. Mais plus qu’un simple débit de stand-up (La profession d’Alvy) le film construit tout autour de sa mise en scène. C’était donc ma troisième fois et le film m’a beaucoup échappé encore, mais moins. La première, lorsque je découvrais Allen, Annie Hall était celui de ses grands classiques qui m’avait le plus échappé. Plus tard, j’avais adulé Hannah et ses soeurs et Annie Hall à la revoyure, dans la foulée, m’avait semblé aussi riche qu’étincelant tout en me laissant encore beaucoup trop sur la touche (à la fois loin du confort esthétique de Manhattan et de la pantouflardise de ces Vicky Cristina Barcelona et consorts). Aujourd’hui, après avoir enchaîné ce cinéma plus anecdotique (sa lancée européenne) et son semblant de renaissance (Blue Jasmine, que je n’aime pas mais dont j’admire le geste ; L’homme irrationnel qui retrouve un peu de sa verve Match Point) Annie Hall me saute dorénavant aux yeux par son audace constante.

     On ne compte plus tous les changements de cap, les incrustations en tout genre, Allen a plus d’une corde à son arc, surtout le film m’a cette fois fasciné dans sa peinture New-yorkaise, toujours accroché à ses personnages, mais pourtant toujours ancré dans Manhattan. Si en effet, la parole est le point névralgique du cinéma Allenien, on a rarement si bien filmé les tunnels de dialogues dans des appartements. La parole ici s’installe donc sous plusieurs formes : D’entrée un monologue face caméra, ici des digressions extra fiction, là des remarques inénarrables en tout genre. La séquence de la file de ciné où Allen s’agace d’entendre un snob grincheux cracher sur Fellini, Beckett et Mc Luhan – Ce à quoi Allen rêve de et fait donc venir le dernier pour l’épauler et rembarrer le branleur en question – en est l’un des sommets. Tout y est souvent très drôle et très violent. Sur l’environnement d’Alvy, ceux qu’il cotoie, l’Amérique en générale. Mais surtout sur Woody Allen lui-même.

     Annie Hall est donc le film sur la relation entre Woody Allen et Diane Keaton. Alvy est une projection de Woody, de ses névroses, son égoïsme, sa gouaille et sa folie. Même si dans le fond, Woody Allen joue Woody Allen et on le sait dès le premier plan. Une mise à nu sentimentale, clairement. Le récit varie entre le présent de leur séparation et les flash-back de leur rencontre et de leur vie ensemble. Quelques mots échangés après un match de tennis, de nombreuses scènes d’appartement, sur la terrasse d’un immeuble, dans la file d’attente d’un cinéma, dans une voiture folle. Il n’y a pas de temporalité distincte ni de transitions ordonnées. Toutes les conversations sont ou semblent possibles. Le film est constamment en mouvement. Il ne se pose jamais.

L’homme irrationnel (Irrational Man) – Woody Allen – 2015

L'homme irrationnel (Irrational Man) - Woody Allen - 2015 dans Woody Allen 12189423_10153242798357106_3298415892884619930_oDu danger de se livrer à des rêves ambitieux.

   6.0   Depuis un moment maintenant, Woody s’enlise dans la médiocrité, alternant le bon (Cassandra’s dream) et le moins bon (quasi tout le reste) alors comme il pond un film par an (la désormais traditionnelle cuvée Allenienne) ça commence à se voir ou pire ça ne se voit plus. On attend désormais ses films comme on attend ceux de Loach donc en gros, on ne les attend plus. Blue Jasmine m’avait exaspéré même si avec le recul, je lui reconnais du nouveau – comprendre du mieux, un peu, dans le fond, qui sortait de la tendance guide touristique et carte postale européenne. Irrational man commence assez mal : Ambiance malabar, cours de philo en pantoufles, décor désuet, personnages mal définis, désincarnés. Entre un Joaquin Phoenix bedonnant et dépressif, une Emma Stone pimpante et surdouée, une Parker Posey dont la jovialité apparente masque difficilement une détresse sexuelle, chacun rentre bien dans ses cases. Un trio parfait qu’on pourrait aisément retrouver dans un bon gros truc de vieux à la Mike Leigh, quoi. Comme je n’avais strictement rien lu du propos je fus agréablement surpris par le basculement narratif au tiers. Cette séquence au café et le changement de point de vue qu’elle charrie produit un vertige assez dingue dans la mesure où il se révèle très simple, quasi anodin, alors que c’est tout le cheminement du film qui s’en trouve modifié. Alors certes, sur la suite on est loin de ce qu’Allen était capable de faire jadis. On a d’ailleurs la sensation continue qu’il accepte d’avoir fait du vent depuis dix ans pour nous plonger dans un dérivé de Match point. Mais je me suis laissé embarquer. J’aime l’idée qu’un homme désespéré qui ne peut plus ni écrire ni bander, trouve le salut dans le meurtre, trouve le juste milieu entre l’alcool et la muse, entre Dostoïevski et Hitchcock. J’aurais aimé que ça aille plus loin, que ça dérape et s’ouvre davantage (le film est quand même un peu trop écrit et verrouillé) mais en l’état j’ai retrouvé un peu de ce que j’aime chez Allen. Sans transcendance non plus. Mais j’aime ce que le film me laisse, qui plus est lors de sa pirouette finale.

Manhattan – Woody Allen – 1979

Manhattan - Woody Allen - 1979 dans 200 02.-manhattan-woody-allen-1979-300x212Love Is Sweeping the Country.    

   8.9   Ce qui différencie le Woody Allen actuel de celui de Manhattan, c’est l’exercice de mise en scène, la trouvaille, la dynamique, le gras sur l’os. A force de chercher la transparence Allen a finalement trouvé le vide. Son dernier film, To Rome with love, est une catastrophe. Aujourd’hui, le confortable matériau que sont ces dialogues Alleniens, a complètement évincé la respiration Allenienne, celle qui existait encore il y a peu, dans Scoop. D’un corps difforme ne reste que l’ossature déterminée. Il était difficile de prévoir les soubresauts d’Hannah et ses sœurs quand ils sont ostensibles pour ne pas dire grossiers dans un film comme Midnight in Paris.

     Manhattan brille par son grain et sa photographie, faisant de ce New York en noir et blanc, un immense terrain de jeu à l’attraction bouleversante au travers d’un vaudeville sentimental d’apparence quelconque. Le dialogue est roi mais ce sont les lieux dans lesquels il est installé que l’on retient : salle de musée, table d’un café, mythique banc et sa vue sur le pont de Brooklyn, mais surtout les appartements et trottoirs New Yorkais comme autant de possibilité de mouvement cadré autour de cette parole permanente. A l’époque, Allen savait poser sa caméra.

     Manhattan est un récit à la première personne, alambiqué. Isaac sort avec une jeunette de dix-sept ans, doit affronter le désir de son ex-femme d’accoucher d’un livre sur leur vie conjugale jusqu’à leur séparation, puis il fait la rencontre d’une jeune femme exécrable, son opposé ou son miroir, dont il tombe bientôt éperdument amoureux. Le style Allen est marqué par un flux conséquent de références artistiques, exceptionnellement fort dans Manhattan, où les personnages citent volontiers Bergman ou Freud, tandis que le spectateur est bercé par un requiem de Gershwin. C’est un chef d’œuvre inépuisable.

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (You will meet a tall dark stranger) – Woody Allen – 2010

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (You will meet a tall dark stranger) - Woody Allen - 2010 dans Woody Allen .vous-allez-rencontrer-un-bel-et-sombre-inconnu-naomi-watts_m

Mais si l’amour.     

   4.9   S’il a perdu sa veine incisive Woody Allen n’en a pour autant pas perdu son ludisme, sa capacité à tisser ses histoires autour de ses personnages. C’était déjà le cas avec Scoop, drôle et attachant. Mais dans ses petites histoires à l’intérieur de la grande, Woody réussit étrangement mieux tout ce qui tourne autour de ces quarantenaires (Naomi Watts, Josh Broslin, Antonio Banderas) moins les autres. J’ai une impression de vieillot à chaque apparition d’Anthony Hopkins, avec sa prostituée écervelée, une impression de film en pantoufle. C’est mignon, un peu mordant parfois, mais tellement anecdotique. Quant à l’ex-femme, la mère du film en somme, tous ces élans spirituels sont tellement appuyés qu’ils lassent. En revanche dès que Woody se penche sur ce couple en crise, parce qu’il n’arrive pas à finaliser son livre et qu’il tombe sous le charme de sa belle voisine, parce qu’elle voudrait fonder une famille, ouvrir sa propre galerie et tombe sous le charme de son supérieur, le film devient beau, touchant et fonctionne très bien. Ce n’est pas un Woody Allen qui me marquera, comme souvent de toute façon. Disons qu’il se situe entre Vicky Cristina Barcelona et Scoop. Un peu mieux que le premier, un peu moins bien que le second. On y pense un peu après coup mais on oublie assez vite.

Vicky Cristina Barcelona – Woody Allen – 2008

Vicky Cristina Barcelona - Woody Allen - 2008 dans Woody Allen 18939623Entre dos aguas.

   4.3   La première partie du film laisse indifférent. On passe du bon temps, sans plus, ce qui est loin d’être un compliment pour un film de Woody Allen. Puis dès l’apparition de Pénélope Cruz, tout prend une tout autre tournure et le film trouve sa voie. Tout en changements scénaristiques,tout en surprise, le film s’avère stimulant ci et là, par petites touches. Ici, en guise d’exemple, c’est la balade entre Juan Antonio et Vicky qui paraissait sans espoir. Puis l’arrivée de Maria Elena lorsqu’on ne l’attend plus.

     Bon après il y a ce qu’évoque le film. La vie de bohème passagère, la dimension artistique. C’est un film qui donne envie de créer. De prendre une toile et de peindre. Un appareil photo et de prendre des photos. Une guitare et jouer. C’est plein de vie, plein de finesse, plein de couleur (avec la présence de Pénélope Cruz on se sent parfois presque chez Almodovar !), et d’hystérie aussi, évidemment.

     Le film offre aussi un regard sur les sentiments, envahis par le besoin de changements ou les principes. Ce dernier plan est finalement le plus sombre du film. L’aventure a fait grandir Cristina et lui apprit à croire en elle mais est-ce qu’elle va réussir à en tirer partie réellement ou ne va-t-elle pas sombrer comme ce couple d’artistes dont la force créatrice fonctionnait en la présence de Cristina justement ? Et Vicky de refuser la vie de bohême pour poursuivre la vie monotone avec son mari (la tête de con du film) avec qui elle s’est marié récemment, alors qu’elle imagine bien entendu sa vie dans vingt ans prendre la même tournure que celle de Mark et Judy, à savoir pas très heureuse.

     C’est du vaudeville purement anecdotique qui a ses instants de saveur. Et puis il y a Rebecca Hall, Scarlett Johansson, Peneleope Cruz. C’est agréable. Et agaçant. Pour les dames, chaque apparition de Javier Bardem, chemise débraillée, regard lumineux, beau mâle espagnol,  physiquement plus attirant que dans le dernier Coen, devrait être un régal.

     Voilà c’est un film à voir le dimanche après-midi, ce que j’ai fait, avec sa petite amie, ce que j’ai fait, juste après un Woody Allen plus ancien, ce que j’ai fait, tant sa douceur, ses couleurs, évoquent les vacances d’été passées et le soleil ibérique.


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Auteur:

silencio


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