Archives pour la catégorie Woody Allen

Magic in the moonlight – Woody Allen – 2014

????????????La vie en rose.

   6.5   À l’époque, après avoir essuyé six déceptions devant six Woody, tous vus en salle, de Vicky Cristina Barcelona (Ça passait à la rigueur) à Blue Jasmine (j’avais détesté) j’avais cru bon de faire l’impasse sur son nouveau cru annuel, qui ne m’inspirait rien, d’autant que j’ai toujours eu un peu de mal avec Colin Firth. Alors, savoir qu’Emma Stone tomberait potentiellement dans ses bras, c’était au-dessus de mes forces. J’ai eu tort car c’est un très beau film, une belle transition vers la suite de sa filmographie, nettement plus intéressante, avec L’homme irrationnel, Cafe society et Wonder wheel. Transition quasi méta, par ailleurs, tant ce personnage de magicien cynique et pessimiste m’a fait penser à cette vague de films moyens qui précède Magic in the moonlight. Celui-ci est une résurrection un peu comme le vit le personnage, qui rencontre une jeune médium et accède à la beauté, la croyance et l’amour, des petites choses, de la nature et de l’autre. Qu’importe le vrai du faux, ce qui compte c’est qu’il parvienne à accéder à cet émerveillement. À redécouvrir le monde. Bien que les tonalités soient un peu trop jaunes/roses le film est très beau visuellement (Khondji assure) et très posé, cadré. C’est un plaisir des yeux. Et en plus c’est très drôle.

Hannah et ses soeurs (Hannah and her sisters) – Woody Allen – 1986

003. Hannah et ses soeurs (Hannah and her sisters) - Woody Allen - 1986Emois mystérieux à Manhattan.

   9.5   Il y a plein de films de Woody Allen que je n’ai jamais vus. La moitié de sa filmographie grosso modo. Avec l’envie de regarder un Woody Allen ce jour-là, j’aurais pu me lancer dans la découverte de Meurtres mystérieux à Manhattan, par exemple. J’ai choisi de revoir Hannah et ses sœurs, que j’avais pourtant déjà revu six semaines auparavant. C’est sans doute le film avec lequel je me sens le mieux ces temps-ci, celui qui me réconforte mais aussi celui qui me fait avancer. Celui dans lequel je me retrouve ou dans lequel je rêve de vivre. J’adore chacun de ses personnages. Et puis ce jour-là c’était Thanksgiving, alors…

     Avec Hannah et ses sœurs, Woody Allen retrouve sa verve intimiste d’Annie Hall et Manhattan. Intimiste dans la mesure où le film fait figure de parenthèse en s’éloignant d’éventuels référents qui ont guidé la plupart de ses films des années 80 (Bergman pour Intérieurs, Fellini pour Stardust memories…) et guideront ceux des années 90 (L’expressionnisme allemand dans Ombre et brouillard, le film noir pour Meurtre mystérieux à Manhattan). C’est un film plus ramassé, plus personnel, en somme. Mais le vrai changement, ce sont les trois sœurs, les présences motrices de Barbara Hershey, Mia Farrow & Diane Wiest, toutes trois magnifiques.

     L’écriture est inspirée à un tel niveau d’orfèvrerie qu’on navigue avec aisance et passion d’un personnage à l’autre, d’une histoire à l’autre, d’une saison à l’autre : Si le film glisse parfois vers le flashback, il se déploie surtout autour de trois diners de Thanksgiving, un pour chaque sœur : Lee, Hannah & Holly. Et chaque personnage gravitant autour de ces trois sœurs (maris, ex-maris, parents, amis) revête une importance fondamentale, aucun n’est sacrifié, personne ne tire la couverture, pas même Mickey, campé par Woody Allen lui-même.  

     L’autre star c’est New York. Comme souvent chez lui, bien sûr. Mais dans un film comme celui-ci, qui multiplie les personnages, les interactions, l’importance topographique aurait pu en pâtir. Mais le New York d’Hannah et ses sœurs n’a pourtant rien à envier à celui de Manhattan, tant Woody le capte comme personne, lui offrant une respiration qui lui est propre, scrutant ses trottoirs, ses devantures de magasins, ses librairies. Et pas seulement : C’est aussi un portrait de l’architecture new-yorkaise, notamment parce qu’un prétendant d’Holly la troisième sœur, est un architecte de renom. On y voit de nombreuses façades de buildings. Il y a une vraie sensation de grandeur et d’infinité verticale, dans Hannah et ses sœurs

     Aussi, le récit se déploie au moyen d’irrésistibles gadgets purement alleniens. Des cartons un peu anodins, dévoilant en une phrase ou une réplique, une situation à venir, voire parfois se fendant d’une citation célèbre, reprenant ici celle de Tolstoi : « La seule certitude de l’homme c’est que la vie n’a pas de sens » qui peut se voir comme une parfaite grille de lecture du film tout entier. Une voix off, ensuite, qui va s’avérer multiple, captant aussi bien les pensées de chacune des sœurs, que celles d’Elliott ou Mickey.

     La première (voix off) à faire son entrée est d’ailleurs celle d’Eliott, un fiscaliste mariée à Hannah, mais irrémédiablement attiré par Lee, sa sœur. Un peu plus tard, les pensées de Lee prendront possession de la voix off suivante, nous révélant son béguin pour Elliott. Et c’est ensuite celle de Mickey, l’ex-mari d’Hannah et père de ses enfants. Metteur en scène hystérique et hypocondriaque notoire, il s’enlise soudain dans l’abime lorsque les médecins lui diagnostique de faire des examens complémentaires tandis qu’il venait pour  une simple douleur d’oreille.

     Tout ce qui touche à cette crainte de tumeur est évidemment, Woody oblige, super drôle. Mais pas que. Car c’est aussi la peur de disparaitre, qui irrigue Hannah et ses sœurs. Quand Mickey raconte à Holly ses démêlés peu glorieux avec la dépression, un flashback le relaie : Il rate sa tentative de suicide et court se réfugier dans un cinéma où l’on diffuse Soupe au canard, des Marx Brothers. Il connait le film par cœur, dit-il, pourtant il est comme frappé par un accès de conscience : L’importance de la vie, de la chance d’être en en vie. Le film semble constamment glisser, ainsi, avec une élégante harmonie, d’un flashback aléatoire à l’autre, d’un personnage à l’autre, ouvrant chacun constamment sur des impasses ou des déserts à combler. C’est magnifique.

     Holly se confiera bientôt à nous elle aussi. Actrice ratée, qui demande en permanence de l’argent à sa sœur, qu’elle ambitionne d’ouvrir un restaurant ou de se lancer dans l’écriture d’un roman. Le film aurait parfois tendance à la laisser de côté, mais c’est pourtant avec elle qu’il va s’en aller. Avec elle et Mickey, puisqu’ils se retrouvent après un lointain rendez-vous manqué. Leur dernier échange (qui est aussi l’ultime séquence du film) est absolument bouleversant.

     On fera aussi connaissance avec les parents d’Hannah, et ses sœurs. Un couple magnifique, dont on sent l’amour palpable malgré leur faculté à le nourrir de leurs conflits, à s’accabler l’un et l’autre en permanence. Un couple campé par deux géants : Maureen O’Sullivan & Lloyd Nolan, dont ce sera l’ultime apparition sur un écran de cinéma.

     En outre, le film fait défiler tout une batterie de seconds rôles formidables : Max Von Sydow, Daniel Stern, Carrie Fisher, John Turturro, Tony Roberts, qui n’ont parfois qu’une brève apparition mais une apparition que l’on retient.

     Au même titre que toutes ces situations touchées par la grâce, notamment tout ce qui se joue autour du jeu dé séduction entre Lee & Eliott, le livre d’E.E. Cummings, le poème de la page 112 « Personne, pas même la pluie, n’a de si petites mains » ou bien l’instant du Concerto en Fa mineur, de Bach. Bref c’est un chef d’œuvre, à mes yeux. Son chef d’œuvre.

Un jour de pluie à New York (A rainy day in New York) – Woody Allen – 2019

19. Un jour de pluie à New York - A rainy day in New York - Woody Allen - 2019To NY with love.

   6.0   Né en pleine tourmente familiale, le dernier cru Woody Allen, son cinquante-troisième, est assez paradoxalement une bulle tout ce qu’il y a de plus anecdotique, qui à l’image de son titre a tout pour ressembler à du Hong Sang-soo, en prend le charme et les contours à défaut de séduire par sa subtilité et son audace. De cette balade dans Manhattan – Et c’est un réel plaisir de voir Woody y revenir – on garde moins le charme des lieux que celui de son interprétation, la vitalité de sa jeunesse, ingénue, solaire ou tourmentée, incarnée par Timothée Chalamet (qui vire à l’alter égo d’antan, celui d’Annie Hall), Elle Faning et Selena Gomez. Tous trois sont si beaux, ravissants, étonnants qu’ils éclipsent les seconds rôles pourtant plus racés, que forment l’assemblage Jude Law, Liev Schreiber, Diego Luna, Cherry Jones.

     Un jour de pluie à New York part d’une idée toute simple : Un jeune couple de Yardley en virée à New York va comprendre, le temps d’une journée passée chacun de leur côté, qu’il n’est pas fait pour vivre ensemble. On n’est pas si loin des comédies romantiques style Pillow talk ou Lover come back. Allen s’amuse de petits détails de vaudeville, une figuration impromptue dans le film d’un copain, l’interview d’un réalisateur qui glisse vers celle d’une scénariste qui glisse vers celle de l’acteur star, un mariage qui vacille pour un rire tue-l’amour, un hoquet qui s’incruste pendant la gêne, un cache-cache dans un musée. C’est mignon, généreux, très plaisant. Et rehaussé de jolies scènes très fortes, aérées comme celle magnifique où Gatsby se met au piano, plus graves lors de la confidence finale de la mère. Voilà, c’est une toute petite chose, tout à fait délicieuse, qu’on va probablement vite oublier, mais qui fonctionne.

Le sortilège du scorpion de Jade (The Curse of the Jade Scorpion) – Woody Allen – 2001

22. Le sortilège du scorpion de Jade - The Curse of the Jade Scorpion - Woody Allen - 2001La compagnie s’amuse.

   5.0   Petite comédie récréative, aussi paresseuse qu’elle sait parfois être contagieuse, au sein de laquelle il est finalement moins question d’intrigue ou d’énigme que d’un petit théâtre, voguant entre la screwball comedy et le film noir, dotée d’une mécanique étriquée reposant sur un gag unique, l’hypnose, comme seul moteur du récit. On comprend toutefois ce qui motive Allen là-dedans, soit le rapprochement des contraires, donc une comédie romantique gentiment absurde, en hommage aux pères du genre, dans laquelle Helen Hunt (qui était partout à cette époque) et Woody himself vont jouer deux détectives qui se détestent mais qui vont s’aimer follement au son de « Constantinople » ou « Madagascar ». Tous les plans se ressemblent, intérieurs comme extérieurs, bureaux comme appartements, TOUT sonne studio dans l’excès. Sans parler de la petite musique qui retentit à intervalle régulier, bref Woody Allen est en mode tranquille dans cette coquille vide mais à la désuétude suffisamment charmante pour que le film reste un amusant divertissement.

Wonder Wheel – Woody Allen – 2018

20. Wonder Wheel - Woody Allen - 2018Wild at one from the heart.

   7.0   Coney Island, un parc d’attraction, les années 50, Kate Winslet. J’en rêvais du dernier film de Woody Allen. Et j’ai beaucoup aimé. Même si je pense que ça pouvait être encore mieux. Déjà, ce genre de film, il faut que je chiale, sinon je ne peux pas m’empêcher de trouver ça un peu raté. Et là j’ai pas chialé. Disons qu’en tant que mélo (tout le miroir entre les douloureux passés des époux, notamment) je trouve le film très beau. Mais j’aurais adoré qu’il occupe davantage l’espace plutôt que de se la couler douce en jolies vignettes et cartes postales, certes suffisamment triturées dans les couleurs et ce qu’elles renferment pour ne pas retomber dans la suffisance de son périple européen. La photo est superbe en effet, c’est un vrai personnage ici. Mais la vie à Coney Island sera, elle, très secondaire. Allen se contentant de servir le récit de ses cinq personnages au centre de chaque séquence, avec leurs aspirations, leur idéalisme, leurs obsessions, leur passé trouble, leur solitude. Et de faire de ce parc d’attraction un lieu imperceptiblement attractif, justement, où les tirs de carabines sont devenus insupportables, la plage peu désirable, qu’elle soit recouverte de touristes sous le soleil ou désertée par temps de pluie, la grande roue devenue symbole d’un magma circulaire imperturbable. Un lieu qui accueille un écrin lumineux aussi bienveillant que terrible – La douceur d’un coucher de soleil est relayée par cette alternance rouge/bleu qui annonce le danger et le drame. Un lieu qui fait naître des amours croisées, qui rapproche de la littérature mais un lieu vecteur de migraine et d’alcoolisme quand il n’est pas observé par des tueurs. Des fulgurances que le film ne parvient pas à faire incarner pleinement, je pense. Mais bon si je pinaille c’est vraiment parce que j’ai pris une méchante calotte avec le film (de Xavier Legrand) suivant (Vu tous deux le même soir) car c’est vachement bien quand même. Dans la continuité du déjà très beau Café Society.

Café society – Woody Allen – 2016

18. Café Society - Woody Allen - 2016True romance.

   7.5   Pas le souvenir d’avoir été aussi exalté en salle par un Woody Allen depuis Scoop – Mon premier cru allenien découvert au cinéma, il y a exactement dix ans. Les deux films n’ont strictement rien à voir si ce n’est leur apparente futilité, la vitalité qui les habite et leur capacité de redistribution des cartes. Ce sont deux comédies, l’une sous forme de mini-polar londonien moderne, l’autre sentimentalo-familiale dans les New York et Hollywood des années 30. Une donnée qui en fait tout son charme puisque rarement Woody n’avait aussi gracieusement traité l’idée de la famille juive, par le prisme du cadet cherchant à s’extirper de ce monde qui l’épuise pour faire ses gammes à Hollywood. Café Society brille par son élégance, son tempo, ses décors (et la fluidité de leur agencement) ainsi que le parallèle permanent entre les paillettes de l’ouest et la post prohibition new-yorkaise de l’autre, ainsi que ce triangle amoureux qu’il met en scène. Je suis ravi d’avoir retrouvé là Kristen Stewart et Jesse Eisenberg, dans une histoire d’amour contrariée qui ressemble fort, dans le fond, à celle qu’ils faisaient exister dans Adventureland, de Greg Mottola. L’ambiance hollywoodienne a remplacé le parc d’attractions paumé mais les aspérités sont les mêmes : Quid de trouver un horizon amoureux, avant tout. A ce petit jeu, la première partie du film est assez réjouissante, dans chacune des compositions de duos à l’intérieur de ce trio, tout en quiproquo et confidences. Moi qui craignait que Steve Carell cherche forcément à dévorer la pellicule – Campant qui plus est un producteur incontournable – je suis ravi de l’avoir vu plus tourmenté qu’excentrique, proche puis lointain d’une seconde à l’autre, à l’image de son entier dévouement aux deux mondes qui font de lui ce qu’il est. C’est une affaire de dosage, parfait durant tout le film, qui réussit tout, même ses running-gags mafieux avec le frangin, jusque dans sa douce ellipse qui coupe le film en deux morceaux distincts. Lorsque Café Society se clos, sur une séquence de nouvel an à la géographie double et des regards fatalistes qui se superposent dans un fondu sublime, je n’en revenais pas qu’il se termine déjà ; J’avais l’impression qu’il venait de commencer. Je n’en demande pas tant à une comédie, surtout quand j’en attends rien comme ici.  J’avais appris à ne plus trop attendre grand-chose ni d’un film faisant l’ouverture cannoise ni de Woody Allen, ayant l’impression qu’il ne faisait plus que des sous-produits de ses anciennes réussites. Avec Café Society, on sait dans chaque plan qu’on est dans un Woody Allen, pourtant je n’ai pas l’impression de l’avoir déjà vu faire ça. Je suis donc le premier surpris, je ne suis pas loin d’avoir adoré.

Annie Hall – Woody Allen – 1977

15.-annie-hall-woody-allen-1977-900x487Woody dans tous ses états.

   8.0   C’est un film qui gagne à être revu, pour y déceler la richesse de ces nombreuses parcelles de dialogues, petits gestes ici, grands bouleversements là. Le film tente tellement de choses, c’en est surréaliste (La palme à ce sous-titrage contredisant le dialogue échangé) qu’il ne peut pas tout réussir. Ainsi s’abandonne t-il parfois à un plan de pose (Alvy seul face à l’océan) alors qu’il a soigneusement évité de faire le guide auparavant, ou parfois lorsqu’il s’engage dans un gag un peu trop gros et ridicule (Alvy éternuant sur la coke) pour se fondre dans la subtilité du reste. Des ratés minuscules au regard d’un tout si ahurissant de désinvolture.

     Il gagne à être revu car il y a un tel rythme et une telle foisonnance dans le dialogue et/ou monologue qu’il est très difficile de tout apprivoiser en un seul visionnage, deux, trois. Mais plus qu’un simple débit de stand-up (La profession d’Alvy) le film construit tout autour de sa mise en scène. C’était donc ma troisième fois et le film m’a beaucoup échappé encore, mais moins. La première, lorsque je découvrais Allen, Annie Hall était celui de ses grands classiques qui m’avait le plus échappé. Plus tard, j’avais adulé Hannah et ses soeurs et Annie Hall à la revoyure, dans la foulée, m’avait semblé aussi riche qu’étincelant tout en me laissant encore beaucoup trop sur la touche (à la fois loin du confort esthétique de Manhattan et de la pantouflardise de ces Vicky Cristina Barcelona et consorts). Aujourd’hui, après avoir enchaîné ce cinéma plus anecdotique (sa lancée européenne) et son semblant de renaissance (Blue Jasmine, que je n’aime pas mais dont j’admire le geste ; L’homme irrationnel qui retrouve un peu de sa verve Match Point) Annie Hall me saute dorénavant aux yeux par son audace constante.

     On ne compte plus tous les changements de cap, les incrustations en tout genre, Allen a plus d’une corde à son arc, surtout le film m’a cette fois fasciné dans sa peinture New-yorkaise, toujours accroché à ses personnages, mais pourtant toujours ancré dans Manhattan. Si en effet, la parole est le point névralgique du cinéma Allenien, on a rarement si bien filmé les tunnels de dialogues dans des appartements. La parole ici s’installe donc sous plusieurs formes : D’entrée un monologue face caméra, ici des digressions extra fiction, là des remarques inénarrables en tout genre. La séquence de la file de ciné où Allen s’agace d’entendre un snob grincheux cracher sur Fellini, Beckett et Mc Luhan – Ce à quoi Allen rêve de et fait donc venir le dernier pour l’épauler et rembarrer le branleur en question – en est l’un des sommets. Tout y est souvent très drôle et très violent. Sur l’environnement d’Alvy, ceux qu’il cotoie, l’Amérique en générale. Mais surtout sur Woody Allen lui-même.

     Annie Hall est donc le film sur la relation entre Woody Allen et Diane Keaton. Alvy est une projection de Woody, de ses névroses, son égoïsme, sa gouaille et sa folie. Même si dans le fond, Woody Allen joue Woody Allen et on le sait dès le premier plan. Une mise à nu sentimentale, clairement. Le récit varie entre le présent de leur séparation et les flash-back de leur rencontre et de leur vie ensemble. Quelques mots échangés après un match de tennis, de nombreuses scènes d’appartement, sur la terrasse d’un immeuble, dans la file d’attente d’un cinéma, dans une voiture folle. Il n’y a pas de temporalité distincte ni de transitions ordonnées. Toutes les conversations sont ou semblent possibles. Le film est constamment en mouvement. Il ne se pose jamais.

L’homme irrationnel (Irrational Man) – Woody Allen – 2015

Joaquin-Phoenix-Emma-Stone-in-Irrational-ManDu danger de se livrer à des rêves ambitieux.

   6.0   Depuis un moment maintenant, Woody s’enlise dans la médiocrité, alternant le bon (Cassandra’s dream) et le moins bon (quasi tout le reste) alors comme il pond un film par an (la désormais traditionnelle cuvée Allenienne) ça commence à se voir ou pire ça ne se voit plus. On attend désormais ses films comme on attend ceux de Loach donc en gros, on ne les attend plus. Blue Jasmine m’avait exaspéré même si avec le recul, je lui reconnais du nouveau – comprendre du mieux, un peu, dans le fond, qui sortait de la tendance guide touristique et carte postale européenne. Irrational man commence assez mal : Ambiance malabar, cours de philo en pantoufles, décor désuet, personnages mal définis, désincarnés. Entre un Joaquin Phoenix bedonnant et dépressif, une Emma Stone pimpante et surdouée, une Parker Posey dont la jovialité apparente masque difficilement une détresse sexuelle, chacun rentre bien dans ses cases. Un trio parfait qu’on pourrait aisément retrouver dans un bon gros truc de vieux à la Mike Leigh, quoi. Comme je n’avais strictement rien lu du propos je fus agréablement surpris par le basculement narratif au tiers. Cette séquence au café et le changement de point de vue qu’elle charrie produit un vertige assez dingue dans la mesure où il se révèle très simple, quasi anodin, alors que c’est tout le cheminement du film qui s’en trouve modifié. Alors certes, sur la suite on est loin de ce qu’Allen était capable de faire jadis. On a d’ailleurs la sensation continue qu’il accepte d’avoir fait du vent depuis dix ans pour nous plonger dans un dérivé de Match point. Mais je me suis laissé embarquer. J’aime l’idée qu’un homme désespéré qui ne peut plus ni écrire ni bander, trouve le salut dans le meurtre, trouve le juste milieu entre l’alcool et la muse, entre Dostoïevski et Hitchcock. J’aurais aimé que ça aille plus loin, que ça dérape et s’ouvre davantage (le film est quand même un peu trop écrit et verrouillé) mais en l’état j’ai retrouvé un peu de ce que j’aime chez Allen. Sans transcendance non plus. Mais j’aime ce que le film me laisse, qui plus est lors de sa pirouette finale.

Manhattan – Woody Allen – 1979

Manhattan - Woody Allen - 1979 dans Woody Allen 02.-manhattan-woody-allen-1979-300x212Love Is Sweeping the Country.    

   8.0   Ce qui différencie le Woody Allen actuel de celui de Manhattan, c’est l’exercice de mise en scène, la trouvaille, la dynamique, le gras sur l’os. A force de chercher la transparence Allen a finalement trouvé le vide. Son dernier film, To Rome with love, est une catastrophe. Aujourd’hui, le confortable matériau que sont ces dialogues Alleniens, a complètement évincé la respiration Allenienne, celle qui existait encore il y a peu, dans Scoop. D’un corps difforme ne reste que l’ossature déterminée. Il était difficile de prévoir les soubresauts d’Hannah et ses sœurs quand ils sont ostensibles pour ne pas dire grossiers dans un film comme Midnight in Paris.

     Manhattan brille par son grain et sa photographie, faisant de ce New York en noir et blanc, un immense terrain de jeu à l’attraction bouleversante au travers d’un vaudeville sentimental d’apparence quelconque. Le dialogue est roi mais ce sont les lieux dans lesquels il est installé que l’on retient : salle de musée, table d’un café, mythique banc et sa vue sur le pont de Brooklyn, mais surtout les appartements et trottoirs New Yorkais comme autant de possibilité de mouvement cadré autour de cette parole permanente. A l’époque, Allen savait poser sa caméra.

     Manhattan est un récit à la première personne, alambiqué. Isaac sort avec une jeunette de dix-sept ans, doit affronter le désir de son ex-femme d’accoucher d’un livre sur leur vie conjugale jusqu’à leur séparation, puis il fait la rencontre d’une jeune femme exécrable, son opposé ou son miroir, dont il tombe bientôt éperdument amoureux. Le style Allen est marqué par un flux conséquent de références artistiques, exceptionnellement fort dans Manhattan, où les personnages citent volontiers Bergman ou Freud, tandis que le spectateur est bercé par un requiem de Gershwin. C’est très beau.

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (You will meet a tall dark stranger) – Woody Allen – 2010

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (You will meet a tall dark stranger) - Woody Allen - 2010 dans Woody Allen .vous-allez-rencontrer-un-bel-et-sombre-inconnu-naomi-watts_m

Mais si l’amour.     

   5.5   S’il a perdu sa veine incisive Woody Allen n’en a pour autant pas perdu son ludisme, sa capacité à tisser ses histoires autour de ses personnages. C’était déjà le cas avec Scoop, drôle et attachant. Mais dans ses petites histoires à l’intérieur de la grande, Woody réussit étrangement mieux tout ce qui tourne autour de ces quarantenaires (Naomi Watts, Josh Broslin, Antonio Banderas) moins les autres. J’ai une impression de vieillot à chaque apparition d’Anthony Hopkins, avec sa prostituée écervelée, une impression de film en pantoufle. C’est mignon, un peu mordant parfois, mais tellement anecdotique. Quant à l’ex-femme, la mère du film en somme, tous ces élans spirituels sont tellement appuyés qu’ils lassent. En revanche dès que Woody se penche sur ce couple en crise, parce qu’il n’arrive pas à finaliser son livre et qu’il tombe sous le charme de sa belle voisine, parce qu’elle voudrait fonder une famille, ouvrir sa propre galerie et tombe sous le charme de son supérieur, le film devient beau, touchant et fonctionne très bien. Ce n’est pas un Woody Allen qui me marquera, comme souvent de toute façon. Disons qu’il se situe entre Vicky Cristina Barcelona et Scoop. Un peu mieux que le premier, un peu moins bien que le second. On y pense un peu après coup mais on oublie assez vite.

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