Archives pour la catégorie Yeong Sang-Ho

Jung-E – Yeon Sang-ho – 2023

29. Jung-E - Yeon Sang-ho - 2023Terminé à tort.

   1.0   J’ai dû m’y reprendre à trois fois. C’est dire combien ça m’a captivé. Yeon Sang-ho m’intéressait un peu, d’abord avec Train to busan, puis en remontant à ses premiers essais animés. Depuis, tout est nul : Psychokinesis puis Péninsula (la pseudo suite de Busan) et maintenant Jung-E, ce truc lisse produit par Netflix, un « film de laboratoire » tout gris, atone comme l’était déjà Spiderhead, de Kosinski, déjà sur la plate-forme au N rouge. Sorte de guerre des clones, qui pompe aussi bien (et très mal) Terminator que Robocop visuellement, que les séries Westworld ou Black mirror, dans le fond. La première scène (d’action) est plutôt prometteuse (même si déjà, les prémisses d’une image et d’un univers sans relief menacent) puis plus rien : un tunnel de blabla sans intérêt, des rebondissements mal ficelés. Sans parler des violons grossiers envoyés pour les séquences émotion complètement foirées. Un ratage à tous les étages.

Peninsula (Bando) – Yeon Sang-ho – 2020

19. Peninsula - Bando - Yeon Sang-ho - 2020Fast and cretinous.

    3.5   Sans être admiratif de son Dernier train pour Busan, le plaisir distillé par cet efficace film de zombies – aussi parce qu’il était un poil plus que cela – m’avait conduit à découvrir la première partie de filmo (ancrée dans l’animation) de Yeon Sang-hoo. Sans être convaincu par cette découverte, une forte personnalité suffisait à le rendre intéressant. Personnalité que Psychokinesis avait bien mouchée. Mais une suite à Train to Busan, ça intrigue, surtout en période de Covid.

     Et c’est assez mauvais, malheureusement. La faute d’une part à une double référence qui l’écrase : New York 1997 & Fury road. De Carpenter, Peninsula ne garde pas son ambiance sale et iconique, de Miller il ne trouve rien de sa folie ni de son magnétisme. Il suffit de citer la pauvre scène dans l’arène ou la gigantesque course-poursuite dans le dernier tiers pour s’en convaincre : Le film est aussi foutraque qu’il est illisible, noyé dans ses excès.

     La faute ensuite à une décharge numérique : Il est en effet rare de voir un film aussi dégueu graphiquement, un tel gloubiboulga de CGI de bas étage au point que le produit vire vite clairement vers le Z, que Busan parvenait toujours intelligemment à esquiver. Enfin, la palme revient aux personnages, secondaires ou non, écrits à la truelle : ils ne dégagent absolument aucun intérêt – C’était déjà le gros bémol du premier opus.

     A quoi se raccrocher alors ? A son rythme et son effervescence peut-être – ce à quoi on se raccroche devant un épisode de Fast and Furious, en somme – et à sa dimension apocalyptique en forte résonnance avec notre actualité, très probablement. Mais ce n’est pas suffisant, loin de là surtout au vu de ce que produit de bêtise et de frissons de la honte le film dans son dernier quart d’heure. Vraiment, mieux vaut revoir Train to Busan.

The hell – Yeon Sang-ho – 2006

26. The hell - Yeon Sang-ho - 2006Fuis, mortel, fuis.

   4.5   Moyen métrage en deux parties, avec une première, fonctionnelle, qui alimente le final de la seconde. Ici, un ange vient prévenir nos personnages, un homme d’abord, une femme ensuite, qu’ils sont sur le point de mourir. Lui est censé rejoindre le troisième échelon de l’enfer dans lequel il devra perpétuellement endurer une douleur dix fois supérieures à la douleur la plus forte endurée durant son vivant. Elle, de son côté, va rejoindre le paradis. Mais tous deux ont la possibilité de fuir cet ange de la mort avec le risque de gravir un échelon s’ils sont pris. C’est un film de petit malin, très cruel, qui m’a beaucoup rappelé Cours, Lola, cours. Cette cruauté est telle que ça en devient un peu trop complaisant, alors que le film n’est jamais si réussi que lorsqu’il prend le temps de s’intéresser à la mélancolie de cette femme qui sait qu’elle va mourir, et qui tente de soigner son départ en renouant de précieux liens et leur faire ses adieux, jusqu’à un twist final qu’on peut trouver impressionnant ou dégueulasse, suivant l’humeur. Quant à la voix off, quasi permanente, elle peut poser problème.

Love is protein – Yeon Sang-ho – 2008

25. Love is protein - Yeon Sang-ho - 2008Ça ne vaut pas un pet de poulet.

   3.0   Fable cynico-vegan dans laquelle un homme cochon livre exceptionnellement du poulet frit à des employés de bureau à la place de l’homme poulet qui ne peut supporter de livrer son propre enfant et le savoir se faire dévorer. Entre flash-back père fils et errance dans une Corée sans âme, le film est aussi sinistre (et prévisible puisqu’il avait déjà expérimenté le rot un peu plus tôt) que ce vulgaire pet sur lequel il s’achève, dans lequel le fantôme du poulet s’envole en pleurant. Les plans sur l’indifférence de la vieille femme, les yeux exorbités ainsi que le visage tuméfié de larmes du poulet sont autant d’illustrations d’un film qui pèse quinze tonnes, aussi court soit-il – Vingt-trois minutes. J’ai un peu l’impression que c’est le leitmotiv du cinéma de Yeong Sang-ho, qu’il soit long ou court, que ce soit du live ou de l’animation, du film indépendant ou du blockbuster : Faut que ça pèse. Quand il est guidé par le mouvement, l’action ou le film de genre (celui de zombie lui va très bien) oui, pourquoi pas, autrement c’est assez pénible.

The fake (Saibi) – Yeong Sang-ho – 2013

24. The fake - Saibi - Yeon Sang-ho - 2013Enfer et damnation.

   5.0   Troisième film que je voie de Yeong Sang-ho, après Dernier train pour Busan et Psychokinesis mais il les précède puisqu’appartenant à la veine animée de sa première partie de carrière. C’est un film choral brutal se déroulant dans une atmosphère crépusculaire, peut-être un peu trop : Un film de scénario, dans lequel tout s’imbrique mais rien ne respire, d’abord parce qu’il est beaucoup trop bavard, ensuite parce qu’il n’est que grandiloquence. Si les décors sont soignés, les personnages sont plus grossièrement dessinés : Un aspect rudimentaire en adéquation avec la misère sociale dépeinte.

     Le dessin est intéressant, plein de contraste et de couleurs dans ses profondeurs (façon Studios Ghibli) mais plus cradingue et lugubre sur son charadesign. Régulièrement, les visages se confondent en déformations, par la colère, les cris, les larmes. L’animation permet suffisamment de distanciation pour tenir le choc. On doute qu’une version live de ce récit soit possible (à regarder) tant son extrême violence et son nihilisme jusqu’au-boutiste feraient pâlir les Park Chan-Wook et autres Na Hong-Jin pour ne citer que les plus hard-boiled / badass de tous.  

     Un village rural de Corée est sur le point de disparaitre sous les eaux en vue de la construction d’un barrage. Apocalypse de future zone inondée, que ses habitants tentent de surmonter en s’en remettant à dieu, via leurs offrandes envers une chapelle, qui promet, avec cet argent, de les réinsérer correctement. Un dieu, ignorent-ils, qui prend les traits du diable sinon plusieurs : Une sorte de mafieux opportuniste et ses nombreux sbires, accompagné par un pasteur au passé trouble. Un personnage va toutefois remettre cette apparente bonté en cause, un ex-taulard, alcoolique, père et mari violent, que personne ne veut croire.

     C’est un film sur la religion, sur son pouvoir d’aveuglement et sur son artificialité, puisque le salut du film si toutefois on peut lui en trouver réside dans la peau de cet antihéros anar, sauvage, détestable, bon à rien sinon à tout détruire, une figure du mal avec une attitude si franche et claire qu’il devient le seul élément de ce décor sinistre auquel on se raccroche. Cette noirceur pourrait être compensée par la présence de ce prêtre en plein doute. Mais cet autre point d’ancrage finit par nous échapper puisqu’il finit lui aussi par sombrer dans la démence. Enfin bref, ça ne rigole pas.

     Il y a une rage à la Breathless, que j’avais d’ailleurs détesté. Avec Train to Busan, il me semble qu’on voyait un visage de Yeong Sang-ho plus léger, séduisant, moins donneur de leçons. Son regard se marie mieux avec la série B. Ce n’est pas si étonnant de le voir s’essayer au blockbuster, à l’instar de Bong Joon-ho. Quand l’un fait Busan l’autre fait le Transperceneige. Et The Fake pourrait se voir, la subtilité en moins, comme le Memories of murder de Yeong Sang-ho : Une sorte de cri punk désespéré. C’est plus no future, désagréable, à l’œil et à l’oreille, jusqu’au-boutiste chez lui que chez son homologue, et quelque part, si ça me touche moins, c’est assez impressionnant.

Psychokinesis (Yeomlyeok) – Yeon Sang-Ho – 2018

21. Psychokinesis - Yeomlyeok - Yeon Sang-Ho - 2018Vole pas bien haut.

   3.5   Après avoir donné un généreux coup de polish au cinéma de zombie dans Dernier train pour Busan, Yeong Sang-Ho s’attaque au film de super-héros. Projet ô combien exaltant, qui plus est dans la foulée de ma découverte curieusement enthousiasmante des films produits par le MCU. L’installation reste de bonne facture, intrigue autant qu’elle laisse circonspecte : Une jeune gérante d’un restaurant de poulet frit, abandonnée jadis par son père, voit sa maman mourir accidentellement lors d’émeutes provoquées par des manifestants appuyant violemment la volonté de fermeture de sa guinguette par une infâme entreprise immobilière (liée au gouvernement ? à la mafia ? Qu’importe) qui voudrait en faire un centre commercial. En parallèle, une météorite s’échoue et un homme – le père de la jeune femme – boit une eau de source contaminée et se voit dotés de pouvoirs psychokinésiques. C’est la mort qui les relie, mais c’est le soulèvement et les supers-pouvoirs qui vont les nouer difficilement d’abord, envers et contre-tout ensuite. Enième film familial, sur l’abandon et la quête de rédemption, Psychokinesis là-dessus ne se distingue en rien, sinon qu’il y a cette idée de super-héros anti-héros un peu insolite puisque c’est un papa paumé, qui veut seulement rétablir le lien avec sa fille. Mais ce n’est pas très bien exploité. Il faudra donc aller sur le terrain de l’action ? A peine davantage, malheureusement. Ici, contrairement au précédent film, le mariage des genres ne prend pas. Bien trop occupé à délivrer ses petits éclats visuels agrémentés d’une mécanique comique d’une lourdeur terrible – qui va même jusqu’à évoquer Hancock ou Deadpool – le film ennuie, s’enlise jusque dans un final absolument grotesque, en forme de petite réconciliation neuneu qui sort du chapeau. C’est sûr, j’attendrais beaucoup moins du prochain Yeong Sang-Ho, maintenant.

Dernier train pour Busan (Bu-san-haeng) – Yeong Sang-Ho – 2016

15723400_10154280436772106_5330276771279627405_oEn quatrième vitesse.

   6.5   Voilà qui dépote. On est certes loin de la perfection orgiaque des élaborations de violences d’un Na Hong-Jin, pourtant, il ressort de Train to Busan une efficacité plutôt réjouissante qui plus est venant d’un auteur, Yeon Sang-Ho donc, cantonné jusqu’ici aux métrages d’animation. Et qui plus est dans un projet qui s’aventure sur le genre usé du film de zombies. Et du film de train.

     Le film ne brille clairement pas dans la caractérisation de ses personnages. On a même rarement fait aussi stéréotypé. On ne va pas énumérer chacun des ingrédients, simplement on aura le droit à la femme enceinte, au jeune couple d’amoureux, au connard de businessman, au fonctionnaire lâche et bien entendu, au centre, à un père divorcé voulant faire plaisir à sa fille, pour son anniversaire (Il avait commencé par lui offrir une Wii qu’elle avait déjà) en réalisant son souhait de retourner chez sa mère, à Busan.

     C’est gênant, je vais pas te dire le contraire. L’aspect fable sociopolitique n’est pas ce que le coréen maîtrise le mieux. Mais ça s’efface dès l’instant qu’on est dans l’action pure. Et la bonne nouvelle, c’est qu’on y est souvent. Là-dessus, le film réussit tout ce qu’il tente – Ce même si les zombies sont parfois trop rapides pour que les survivants, l’instant suivant, parviennent à leur échapper et/ou les retenir. Néanmoins, ils sont très réussis, ne serait-ce que dans leurs apparitions en hordes, à l’affût du moindre bruit, parés à bondir comme des chiens enragés.

     La plus belle séquence du film voit trois survivants téméraires tentant de traverser trois rames pour rejoindre leur groupe et se servant des tunnels pour leur échapper silencieusement puisque les zombies semblent perdre tous leurs repères dans l’obscurité. On n’échappe cependant pas au travelling baston à la Old Boy même si l’auteur ne s’assoit pas sur la performance du plan-séquence. Mais graphiquement le film est très beau. Ni scolaire, ni déraisonnable. Un beau juste milieu, en somme.

     A l’instar du Snowpiercer de Bong Joon-Ho, la quasi-totalité du film se déroule dans un train et Yeon Sang-Ho manie avec brio l’exiguïté offert par ses wagons, multiplie les idées de mise en scène sans l’affubler de moments de bravoure parasites. Sa virtuosité dans les séquences d’action n’a d’égal que leur limpidité. En tant que pure série B (à budget modeste) on caresse par moments la perfection. Après, que cela s’opère dans une ribambelle de sacrifices, exécutions brutales et effusions de larmes, pourquoi pas, on va dire que ça fait son charme, suranné mais attachant.


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