Archives pour la catégorie Zach Cregger

Évanouis (Weapons) – Zach Cregger – 2025

11. Évanouis - Weapons - Zach Cregger - 2025Le choix des armes.

   7.0   Après l’excellent Barbarian, Zach Cregger confirme qu’il est un super artisan du genre : son nouveau film est à la fois très ambitieux, malin, flippant et politique.

     A Maybrook, en Pennsylvanie, petite bourgade sans histoire, dix-sept enfants d’une classe élémentaire disparaissent, une nuit : à la même heure, 2h17 précisément, ils courent les bras ballants et s’enfoncent dans l’obscurité, comme le révèlent les caméras de surveillance.

     À la manière d’Elephant (plutôt que Rashomon, comme on a pu trop le lire partout : il n’est pas du tout question de réalité différente suivant le point de vue) Évanouis va suivre six personnages, et autant de chapitres, sur une temporalité similaire : L’enseignante de la classe, le père d’un des enfants disparus, un policier, un toxicomane, le directeur de l’école puis le seul enfant qui ne s’est pas volatilisé.

     Le film n’est pas exempt de défauts loin de là, notamment sa voix off narratrice au début et à la fin (aucun intérêt). Peut-être aurais-je préféré qu’il y ait un chapitre consacré à Gladys, aussi. Peut-être que son découpage, quoique efficace, est un peu gadget.

     Mais dans l’ensemble ce fut un plaisir total, de thriller horrifique. Qui m’a d’abord fait flipper, il faut le dire, surtout deux jump scares affreux (qui m’ont collé des frissons) et une scène d’intrusion de bagnole, au secours. Mais qui m’a aussi beaucoup fait rire, notamment son final grandguignolesque qui tire le film vers la farce au style coréen. La bascule est par ailleurs nettement plus réussie que dans le film précédent.

     Après je pense que le film a plein de choses à dire mais qu’il ne sait pas trop quoi faire de toute cette matière. Qu’il est moins axé sur les tueries de masse et le harcèlement (on lit ça partout aussi) qu’il ne fait office de pur miroir d’une Amérique trumpienne torturée, ensorcelée, remplie de personnages tous plus déglingués les uns que les autres.

Barbare (Barbarian) – Zach Cregger – 2022

10. Barbare - Barbarian - Zach Cregger - 2022La maison dans Detroit.

   7.0   Le home invasion est un sous genre horrifique déclinable à l’infini et récemment on a pu l’apprécier sous diverses formes, en France de Ils à Furie en passant par Inexorable, aux États Unis de Knock knock à La proie d’une ombre en passant par Invisible man, dans le cinéma d’auteur de Parasite à Us. Mais évidemment on peut aller plus loin et dans tous les genres, et citer Les chiens de pailles, Terreur sur la ligne, La nuit des morts vivants, Panic room, Funny games ou Maman j’ai raté l’avion. Y en a mille.

     Barbare se rapproche plutôt d’un Don’t breathe, pour la simple et bonne raison que le home invasion est inversé. Enfin c’est un peu plus compliqué que ça. La menace vient de l’intérieur. Mais vraiment de l’intérieur, via trois states (le film est divisé en trois parties d’ailleurs) puisqu’il y a le colocataire, le propriétaire, puis l’ancien propriétaire. Grosso modo.

     C’est l’histoire d’un airbnb foireux, tout d’abord car il est situé dans une rue sinistrée de la banlieue de Detroit (Le cadre est génial, dommage d’en faire si peu avec) et d’autre part car il est double : en arrivant sur place en pleine nuit, sous la pluie, Tess découvre qu’un certain Keith a réservé ici aussi, pour le même soir, via un site de location différent.

     Le film prend bien le temps de rendre réaliste l’idée qu’ils vont cohabiter ensemble, jouant aussi bien de façon intrinsèque que méta sur le danger qui plane. Et ça fonctionne, on est dans la même confusion que Tess face au troublant Keith. Il nous fait flipper, puis on l’aime bien, puis il nous fait flipper. C’est pas Norman Bates disons, il a vraiment un côté sympa. Mais flippant aussi, car il est trop clean, trop conscient que c’est une situation délicate pour elle. C’est très réussi.

     Et puis le film va prendre une drôle de tournure le temps de la nuit. Puis changer de braquet dans une deuxième partie casse-gueule et surprenante. Avant d’effectuer un flashback étrange et de revenir dans un déluge final, à la fois puissant et bancal, pas toujours réussi certes, mais quel plaisir de sentir la tension d’un lieu, d’une maison (plus que d’un quartier, finalement) et un vrai goût du monstre.

     La toute fin est un peu ratée je crois, car il y a volonté d’en faire un truc iconique, un peu pulp – la fin abrupte et le générique final un peu tarantinesque – qui dénote un peu avec le reste du film. Mais le film est très étonnant dans sa structure, avec des univers visuels très distincts, très marqués, des rythmes très différents suivants les parties. Même s’ils n’ont rien à voir, ça m’a un peu rappelé Traîné sur le bitume, d’un point de vue structurel. Très bonne surprise quoiqu’il en soit.


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silencio


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