Page d'archive 185

Complices – Frederic Mermoud – 2010

Complices - Frederic Mermoud - 2010 dans Frederic Mermoud 19142963

L’argent.     

   5.8   Ce n’est pas tant la mise en scène qui fait de Complices un film passionnant mais bien sa construction et l’intensité dramatique que dégage chacun de ses acteurs. Il y a deux parties dans Complices. Bien distinctes même si elles se chevauchent en fin de film. D’une part une histoire d’amour de jeunes paumés sous fond de prostitution avec un meurtre à la clé. D’autre part l’enquête de deux flics sur ce meurtre. L’avant et l’après.

     Vincent a 18 ans, vit dans un bungalow et se fait de l’argent en rencontrant des hommes riches sur Internet avec lesquels il organise des rencontres sexuelles moyennant rémunération. Vincent est un junkie. Un junkie du cul. Enfin pas vraiment. Il dira plus tard à sa petite amie qu’il ne prend pas de plaisir, qu’il se retrouve dans une démarche mécanique seulement pour se faire du fric. Voilà deux ans que Vincent fait cela. Seulement un beau jour, en plein cybercafé il rencontre cette jeune fille, Rebecca. Tout se passe relativement bien jusqu’à l’aveu du mensonge. Complices prend un virage sec à cet instant et surprend par les choix de ses protagonistes avec au centre un amour fou, une jalousie progressive et une violence sourde, qui s’apprête à jaillir.

     En parallèle – disons toutes les 5/10 minutes, toutes les 3 ou 4 séquences – il y a une enquête policière. Elle ne se joue pas sur le même niveau temporel car l’on observe deux flics, Melki et Devos, tous deux excellents de retenue, enquêter sur le meurtre d’un garçon, Vincent, retrouvé mort par étranglement en plein Rhône. Si le travail de mise en scène dans la première partie, dans une démarche plus rapide, plus elliptique, convoquait par moment le travail de Larry Clark, dans ce parti pris osé, sa progression un peu folle, on pourrait rapprocher la partie policière d’un travail à la Haneke, beaucoup plus clinique, très épuré. Peut-être que ce sont les longs échanges de ping-pong qui m’y ont fait penser. Evidemment on est très en dessous de ces grands cinéastes, la faute à une volonté de vouloir montrer énormément. On n’en veut pas au cinéaste. Sa réalisation a au moins cette qualité de nous emporter dans une spirale rythmique assez surprenante.

     C’est tout de même un film d’âmes en perdition. Ceux qui n’ont pas encore vécu et vivent en totale insouciance. Ceux qui ont vécu et qui ont peur d’avancer, peur de remuer le passé. Le destin de cette jeune fille n’avait aucune chance de croiser celui de Vincent, pourtant l’amour fou qui les étreignent semble tout emporter sur son passage, même jusque dans cette chambre où nos deux tourtereaux en sont réduits à faire la couple pute pour un bourgeois mal dans son couple qui ne tardera pas à dévoiler son penchant pour le sadomasochisme. Puis celui de cet homme, ce flic, lui aussi complètement paumé, dont la fracture remonte si loin, peut-être au temps où il avait l’âge de Vincent. Et cette femme flic dont la rencontre amoureuse tant recherchée se fait attendre. Il n’y a pas de frontières entre ces deux générations. Ados comme adultes semblent baigner dans une atmosphère sinon malsaine au moins suffisamment glauque, pleine de regrets refoulés, de solitude permanente Un peu comme ces villas perdues au fin fond de la ville qui donnent une apparence bien proprettes avant de révéler la partie invisible, ces corps errent à n’en plus finir, dans un climat parfois doux, parfois drôle avant que les fissures du passé et celles du présent ne viennent tout engloutir.

     Complices a cette faculté à surprendre de part sa construction narrative mais aussi par le jeu habité de ses personnages. Deux histoires qui vont être beaucoup plus liées qu’on ne le pense. Si le film baigne comme cela dans un climat oppressant, parfois glauque, parfois incandescent, il sort en plus une dernière cartouche qui le rend plein d’espérance. Une fin déchirante.

Incognito – Eric Lavaine – 2009

19067899Passe presque partout.    

   3.6   Histoire improbable : Avant, Bénabar jouait dans un groupe de musique. Le groupe ne rameutait pas les foules, il s’est dissout et l’un d’eux est mort. Maintenant, Bénabar vit avec Dubosc car il a voulu l’héberger pour une nuit, voilà dix ans de cela et le bougre lui colle aux basques. Un jour, Bénabar trouve un vieux carnet de chansons qui semblent avoir été écrites par son ami du groupe d’antan. Frappé par leur justesse il se lance tout seul dans l’aventure et devient disque d’or grâce à ses textes. Mais voilà – le vrai présent du film est arrivé – Bénabar va tomber sur ce fameux pote dans des escalators d’aéroport. Celui-ci vit en Inde, il n’a donc pas connaissance de la notoriété actuelle de son vieux pote. Quivrin, l’ami, va rester trois jours à Paris. Pour réduire les chances qu’il a de tomber sur une affiche avec lui dessus ou qu’il écoute une de ses chansons à la radio Bénabar décide de l’héberger pour le temps qu’il faut. Première fausse/bonne idée du chanteur qui ne cessera de les cumuler ensuite…

Le sujet fait très cinéma bonne France profonde que l’on pourrait apparenter à du Leconte ou du Veber. Cette obsession de prendre la voie moderne en utilisant la télévision. Dans Mon meilleur ami de Leconte, Boon se rendait à Qui veut gagner des millions avec JP Foucault en personne. Dans Incognito Bénabar se rend au grand journal avec Denisot et Massenet en personne. Cette obsession pour l’histoire unique, improbable et réduite temporellement. Dans La doublure de Veber Gad Elmaleh le chauffeur doit laisser paraître qu’il est l’amant d’une femme de la mode très connue, la réussite ne sera pas longue. Dans Incognito Bénabar a trois jours pour faire en sorte que son ami ne se doute de rien. Il emploie alors les grands moyens comme celui de dire qu’il est hébergé par Dubosc lequel prend la chose très au sérieux et s’en sert comme de son larbin, lui a pris son lit, sa voiture. C’est la première fois que je vois Frank Dubosc supportable. En fait il l’est pour la simple et bonne raison que ce type tellement branleur qu’il en devient insupportable (le contraire d’un Dujardin par exemple) qu’il joue partout habituellement, devient le personnage insupportable ici que l’on arrive à supporter parce qu’il est plutôt marrant et n’a pas conscience de sa connerie. Tout n’est pas drôle ici mais certains moments sont sympathiques tout de même. Le ton est potache mais léger, Lavaine n’utilisant que discrètement son pouvoir de renversement. Rien n’est crédible et pourtant plus le film passe plus on est en mesure d’y croire. Car il ne faut pas lui enlever deux qualités importantes à cette petite comédie populaire : d’une part son rythme sans fausse note, on ne s’ennuie pas une seconde. D’autre part sa capacité à ne jamais se prendre au sérieux. Voilà. Ça ne vaut pas un déplacement ciné mais selon moi c’est nettement mieux, en terme de comédie française populaire comme il s’en fait des caisses par an, que les trucs des cinéastes précédemment cités.

Terrain d’entente (Fever pitch) – Bobby & Peter Farelly – 2005

Terrain d'entente (Fever pitch) - Bobby & Peter Farelly - 2005 dans Bobby & Peter Farelly terrain-d-entente-2005-01-g

You move me.     

   7.1   Terrain d’entente est le film des frères Farelly qui me touche tout particulièrement. C’est d’abord une rencontre, entre deux personnes que tout oppose. Elle a une bonne place dans la publicité et semble ne laisser que des miettes pour sa vie personnelle. Il est éducateur et ne vit que pour les Red Sox, son équipe de Base-ball préférée depuis que son oncle l’a emmené voir gamin un de leurs matchs. Mais ce sont deux personnes conciliantes. Si Elle ne va pas refuser une invitation alors qu’il ne l’attirait pas spécialement, Il se montrera très humble lorsqu’elle sera en pleine crise vomitive. Petit à petit ils vont devenir un couple. Sans secrets ou presque. Quand ses copines commencent à douter de l’incroyable perfection de son homme allant jusqu’à l’imaginer planquer des cheveux et des ongles dans un placard, Elle se pose aussi des questions. Oui Il a un défaut. Le genre de truc habituellement pas très emmerdant conjugalement parlant, mais qui peut le devenir assez vite lorsqu’on l’exerce comme Lui. Elle découvre alors un grand passionné, ça elle le savait déjà (les posters sur les murs, les maillots, ou de nombreux objets improvisés supporters des Red Sox, comme ce téléphone/gant) mais une passion qui prend de la place. A première vue pas très grave, il file voir les matchs, ça dure six mois dans l’année, ok l’épreuve est surmontable, d’autant que son boulot à elle devrait lui prendre un temps encore plus considérable. Pas d’inquiétudes donc. Elle va même jusqu’à faire la concession de l’accompagner voir un match. Puis un deuxième. Puis trois dans la même semaine. Elle craque. Elle abandonne l’idée, désormais, ils sortiront chacun de leur côté lorsqu’il y aura match. Toujours pas trop d’inquiétudes. Puis cette passion deviendra vite un obstacle. A leur réussite conjugale d’une part, Lui refusant de l’accompagner visiter Paris pour ne pas rater un match important de son équipe. Puis à leurs discussions quotidiennes (pourtant si importantes) où cette romance très smile cède le pas aux engueulades.

     Il y a deux personnages dans ce film, ou presque, les autres ne sont pas très intéressants, pas suffisamment travaillés pour que l’on s’y intéresse. Drew Barrymore et Jimmy Fallon sont tout simplement incroyables. Ce couple à l’écran marche tout aussi bien depuis qu’il lui enfile sa chemise de nuit alors qu’elle est malade – il promet de ne pas regarder puis avoue qu’il n’a pu résister, elle lui sourit – que jusqu’à cette fin improbable sur le terrain. Leur terrain d’entente n’était sûrement pas le terrain de Base-ball à la base, pourtant c’est bien lui qui leur a révélé. Cette fin magnifique qui intervient comme un double effort important à la survie du couple est une immense porte ouverte à l’entente éternelle. On ne voit pas plus beau gage de compromis sincère effectué par l’un (tout quitter pour elle) comme par l’autre (l’empêcher de le faire) comme si maintenant, après le film, alors que dans les faits c’est elle qui a perdu, Lui continuera à voir ses matchs, il ne pouvait plus y avoir de telles mésententes, comme si une équité allait être pour toujours respectée, Sox ou pas Sox. Les Farelly ont cette idée lumineuse d’associer cette histoire romantique à l’histoire même des Red Sox, comme métaphore ultime de ce couple, qui n’avait guère de chance de s’en sortir. Si les Sox n’avait pas gagné de titre depuis un siècle, on se demande bien combien de temps il a fallu pour qu’une si belle histoire conjugale survive. Victoire sportive inespérée d’une part. Victoire de l’amour, de la compréhension de l’autre, du compromis conjugal d’autre part. Dans un principe d’honnêteté bien évidemment – c’est ce qui ressort de ce film magnifique – sinon ça ne vaut pas le coup.

Une vie toute neuve (Yeo-haeng-ja) – Ounie Lecomte – 2010

une-vie-toute-neuve-2010-19566-212810281   5.3   Voilà un premier film réussi. Dès les premières images et ce flottement qui accompagne cette bicyclette j’ai pensé au cinéma de Naomi Kawase. Héritage antonionien que j’affectionne tout particulièrement. Par la suite Ounie Lecomte propose quelque chose de plus classique mais non dénué d’intérêt. Déjà il y a un instrument qu’elle manipule à merveille c’est l’ellipse. Narrative comme temporelle. Impossible de légender les premières scènes du film, tant qu’on n’a pas les pieds dans cet orphelinat on ne sait de quoi il est question. Un indice minuscule cela dit : Jinhee chante à son père une chanson sur la perte d’un être cher. Possible que la mère ne soit plus là. On ne sait pas non plus combien de temps la jeune fille restera dans ce lieu transitoire. Mais ce qui importe c’est ce qu’il se passe ensuite. Jinhee débarque dans cet orphelinat croyant partir en voyage. Bientôt elle apprendra que c’est du long terme, puis qu’il faut qu’elle y mette du sien pour se trouver de nouveaux parents. Ces nouvelles questions, cette nouvelle vie qui tombe sur cet enfant la désarçonne complètement. Elle en devient désagréable, allant jusqu’à dire aux autres qu’elle n’a pas sa place avec elles car elle n’est pas orpheline. Bien entendu puisque l’abandon lui est encore inconnu. Elle se croit intouchable. La réalisatrice a su filmer ces enfants à leur hauteur pas en tant qu’’autopsiste’. Le net avantage de l’avoir vécu. Qu’est ce qu’il ressort ici outre l’abandon d’un père ? Une nouvelle naissance (Shara n’est pas loin) et une belle amitié (Yuki & Nina aussi). L’immense décalage de perception entre enfants et adultes aussi – pourtant l’adulte est traité avec douceur ici. Une résistance impuissante. La découverte de mensonges. L’envie de disparaître. Jinhee grandit. Pas comme elle l’aurait imaginé mais elle grandit, et très vite forcément. La voilà confrontée à une nature beaucoup moins accueillante. Elle devra s’y faire. Et peut-être bien apprendre une autre langue afin de quitter sa vie provisoire. Car il s’agit bien de vie en suspens. Comme une immense parenthèse ! Le regard de cette jeune fille dans le dernier plan du film est un truc sidérant. Ce n’est plus le regard d’une jeune fille paumée que l’on a délaissé, c’est presque celui d’une adulte, qui embrasse, une deuxième fois, une vie toute neuve. Mais permanente cette fois là.

Cloverfield – Matt Reeves – 2008

Cloverfield - Matt Reeves - 2008 dans * 2008 : Top 10 cloverfield2

Le filmeur.    

   8.4   Archives du gouvernement : Cassette retrouvée dans ce que l’on appelait autrefois Central Park. Le décor est planté. Cette phrase introductrice fait office de début de film. Tout ce que l’on verra donc ensuite correspond à ce qui a été filmé avant ou pendant la possible catastrophe annoncée par la disparition du parc New-Yorkais.

     Nous débarquons dans un gratte-ciel de New York, plongé dans une intimité de couple puisque ce garçon filme sa copine au réveil. A de nombreuses reprises il y a des coupes sur la bande vidéo. On fait connaissance avec un type que l’on apprendra être le frère de celui qui filmait dans la première scène et d’autres amis. Ils lui organisent une soirée pour son départ au Japon. Cette première partie qui regroupe une connaissance rapide des personnages puis cette fameuse soirée où chacun doit dire un mot face caméra au concerné n’est pas le point fort du film, néanmoins elle sert d’installation au récit. Elle permet d’accentuer son réalisme et son caractère inattendu.

     Au moment où l’on ne s’y attend plus il y a un fort mouvement, comme un séisme, un bruit sourd et le courant saute. Le périple cauchemardesque de Cloverfield commence ici. Le film ne nous lâchera plus. Sur le toit de l’immeuble dans un premier temps où nous sommes pas loin de prendre des blocs de bétons en feu sur la tronche. Dans les rues de la ville. Sur le pont de Brooklyn. Dans les souterrains du métro. Pour se terminer évidemment à central park. On pourrait très facilement dessiner, géographiquement j’entends, le parcours de notre petit groupe dont l’éclaireur – le futur japonais – n’a qu’une idée en tête : Retrouver Beth, la copine de la première scène, dans cet appartement à l’autre bout de la ville. Les fantômes du World Trade Center ne cessent de rôder dans Cloverfield. Dans la vision de tours qui s’écroulent. De cendres qui recouvrent le paysage. De cette tour penché sur sa jumelle, dans laquelle se trouve Beth. Haut la main la séquence du film. Où l’on sentirait presque l’air du 57e étage nous absorber autant que les personnages. Et puis c’est la hauteur qui donne la profondeur. Inutile de préciser qu’à cet instant on en prend plein les yeux.

     Même si l’on peut douter des capacités d’autonomie des batteries du caméscope, de sa résistance incroyable, du choix de continuer de filmer des personnages quoi qu’il arrive on ne peut remettre en cause le travail de reconstitution et le côté culotté de ne montrer pas grand chose, de présenter une caméra qui tremble. Les effets spéciaux sont bien là mais pour une fois on ne les voit presque pas. C’est le son qui fait le reste. Il y a une scène incroyable lorsque toute une armée bombarde leur assiégeant en avançant sur une avenue équipés de tanks, mitrailleuses et bazookas. Le personnage filme ça de derrière (voir en dessous) une voiture. En somme il est exactement à l’endroit où l’on ne voudrait pas être. Un peu entre tout.  Ensuite il continue de filmer ses amis qui se sont réfugiés sur le trottoir d’en face, pendant que l’on voit les pieds des soldats passer devant l’écran, que l’on entend les bombardements hors-champs, les cris du monstre.

     Revenons un peu sur le travail effectué pour donner la nette impression de cassette retrouvée, façon projet Blair Witch en fin de compte : Un film au format très court déjà. 1h10 lors de l’apparition du générique final. Choix judicieux tant le film est éprouvant. Le choix d’un début de film hasardeux, dans cette chambre, un mois plus tôt, sans aucun rapport (si ce n’est de voir Lui et Beth ensemble) avec la suite de l’histoire. Une fin de film nette, comme un cut violent, témoignant d’une fin de cassette. Pas de véritable début. Pas non plus de fin. La fin correspond à la dislocation par bombardement de la ville américaine. Il restera quelques secondes à la fin, où l’on verra notre couple dans une grande roue. Probablement la suite de la première scène du film. Une vidéo du temps de paix comme dirait Chris Marker dans La Jetée. Il y a d’ailleurs de nombreuses apparitions de ce couple dans le film. Lorsque le caméraman tente de rembobiner la cassette pour y déceler la présence à laquelle ils viennent d’assister – ceci nous ne le voyons pas évidemment puisqu’il ne se trouve pas sur la bande – il doit avancer un peu loin en la recalant ce qui a pour effet de nous montrer le film précédent puisque sur cette partie rien n’a été enregistré par-dessus. C’est à mon sens une des grandes réussites de ce film, de ne pas avoir laissé passer cela, d’avoir toujours pensé en tant que caméraman amateur. Mais caméraman amateur qui filmerait avant tout, quoi qu’il arrive !

Invictus – Clint Eastwood – 2010

Invictus - Clint Eastwood - 2010 dans Clint Eastwood invictus-de-clint-eastwoodGod Defend New Zealand.

   3.1   Moins d’un an après le très beau Gran Torino Clint Eastwood s’attaque au rugby et tout particulièrement à l’influence majeure de Mandela sur la coupe du monde et l’union fédératrice qu’elle s’apprête à créer. Comme pour L’échange le cinéaste embraye une nouvelle fois vers un ton plus impersonnel qui à mon sens ne lui va pas beaucoup. Pourtant il y a de l’engagement. On y évoque bien entendu l’apartheid. Mais c’est tout, absolument rien d’autre. Tellement obnubilé par son unique sujet Clint n’a qu’un objectif formel : faire cohabiter le noir et le blanc dans tous ses plans. Quatre fédéraux gros et blancs avec quatre adjoints noirs de Mandela dans des scènes sinon inintéressantes sur-symboliques. Un petit garçon noir avec deux flics blancs. Des mains blanches qui soulèvent une coupe plus une main noire. Clint appuie le trait dès qu’il le peut c’est une horreur. Son récit tourne à une démonstration de la tolérance – il filme Mandela comme un nouveau Jésus, au moins comme le messie.

     On se rend très vite compte des enjeux du film. Installer un suspense sportif qui n’en est plus un (on sait déjà que l’Afrique du sud a gagné la finale de la coupe du monde 1995 contre les Blacks) et jouer avec chaque personnage qu’il a filmé depuis le départ. C’est un film de grimaces. Nous n’y voyons que des grimaces. Si la première partie du film est hyper insignifiante, la seconde est carrément insupportable. On suit la coupe du monde, presque matchs par matchs, avec en prime une finale qui dure un moment. Eastwood filme cette finale atrocement. En terme de rythme c’est plutôt correct mais en terme de parti pris de mise en scène c’est affreux. J’ai écarquillé les yeux plus d’une fois devant ces ralentis à n’en plus finir, son obsession à vouloir tout filmer, le mixage sonore lors des mêlées etc… En fait je crois que l’indigestion que cette longue séquence procure vient du fait que Clint veut tout montrer, vraiment tout. Chaque personnage à chaque instant, chacune de leurs grimaces. Mais il n’a pas le temps, il est pressé par le chronomètre, celui du match. Donc il opte pour des plans saccades sur ce chrono justement durant chaque seconde des vingt dernières qu’il reste à jouer, avec un boom retentissant en arrière fond. Quelque part on pense au combat dans Million Dollar baby. Lorsque Clint a le temps il s’en sort admirablement, mais lorsqu’il ne l’a plus (le dernier coup de poing et l’accident qui s’ensuit) sa réalisation devient grossière. Ici c’est la même. Certains plans sur le terrain sont bien trouvés, dans cette façon de suivre l’action. On se croirait en caméra embarquée dans un vrai match de rugby. Puis Clint est pris de vitesse.

     Mais voilà, durant les premiers matchs le réalisateur arrive à montrer ce climat fédérateur qui s’installe. Cette barrière de la couleur qui s’apprête à sauter, l’union pour une équipe, pour un pays, uniquement dans un domaine sportif. Quelque chose fonctionne assez bien. Ce pourrait être fait avec moins de gros sabots mais disons qu’il y a une tentative au moins. Cette ambiance, par moment, m’a évoqué certaines émotions que j’ai pu ressentir par le passé. Emotions sportives évidemment. Cette transe qui parfois nous accompagne et ne nous lâche plus. Donc le film ne m’a pas plu mais je ne peux pas le détester, ne serait-ce que pour les souvenirs qu’il a réussi à m’évoquer.

     Historiquement il est évident que Mandela a apporté un soutien, qu’il a crée une unité par son courage, son abnégation dans le travail qu’il s’était donné. Pourquoi l’accompagner de violons ? J’ai eu cette impression que l’image n’est jamais seule ici, la musique est toujours présente, parfois même ce sont des chansons affreuses. Alors qu’on ne demande qu’à être embarqué. L’exemple des joueurs qui viennent faire une démo sur un stade délabré dans un bidonville. Il pourrait y avoir quelque chose de fort dans l’approche, dans cette confrontation entre les vedettes et leurs fans. Mais Clint enclenche alors sa soupe récurrente pour nous servir un joli petit clip Nike où il ne manque que Ronaldinho. Pas terrible donc.

Le père des mes enfants – Mia Hansen-Løve – 2009

Le père des mes enfants - Mia Hansen-Løve - 2009 dans Mia Hansen-Løve 19096682

La métamorphose de Saturne.     

   7.6   Ce père c’est Grégoire Canvel. Il a une femme, trois filles, est producteur de cinéma. Aux premiers abords il donne le sentiment de quelqu’un de certain, qui ne laisserait rien passé (très vite contredit par la perte de son permis de conduire, symbole de son échec à venir), quelqu’un qui arriverait à gérer ses affaires sans pour autant délaisser sa vie de famille. Grégoire est un producteur au sens noble du terme, il soutient la créativité. S’il décide de produire cet auteur suédois c’est avant tout parce qu’il aime ses précédents films, qu’il voit en lui l’émergence d’un cinéma d’auteur important qui marcherait. « Son heure est venue » dira t-il à son assistante, qui doute de la véracité de ses pensées. Il a aussi un côté baratineur, businessman, il a le physique, il est charmeur, tchatcheur, attributs essentiels pour réussir dans le métier. Mais il s’en sert à des fins si généreuses qu’il en devient ainsi charismatique. « C’était un personnage » dira le banquier à sa femme en fin de film.

     Et entre ces divers projets Grégoire arrive à vivre. Il passe du temps avec sa femme et ses filles. Le voyage en Italie comme la quête de la découverte, du calme, même si le téléphone n’est jamais loin. Une chapelle en ruines où il explique à ses enfants son histoire. C’est cette sensibilité qui est forte ici. La réalisatrice ne s’est pas contentée de filmer un type débordé mais aimant, elle s’est intéressée à toutes ces petites attentions, en lui donnant une image de père intéressant, à multiples facettes. Deux magnifiques scènes avec ses filles pour illustrer ça : la première avec les deux cadettes où il se délecte du spectacle qu’elles lui proposent ; La seconde avec la plus grande où il lui ferait remarquer que sa nouvelle coupe de cheveux lui va à ravir, que ses nouvelles boucles d’oreille savent la mettre en valeur. Vient ensuite le temps des échecs consécutifs. Tout Moonfilm (le nom de leur boîte de prod) commence à trembler devant les dettes accumulées, mais pas Grégoire qui semble garder sa sérénité habituelle, ponctuant ses moments de doutes par de petites siestes. En fait Grégoire va mal, très mal, mais tout est intérieur, on ne verra jamais rien transparaître. Louis-Do de Lencquesaing était déjà formidable, il devient par ce jeu de moitié de film un acteur hallucinant. Comme pour Humbert Balsan il y a quatre ans, dont la réalisatrice s’inspire de ses derniers moments de vie – et lui rend hommage – il y a un drame : Son suicide.    

     Si la boite de production était elle déjà en train de s’effondrer de son vivant, c’est maintenant une famille tout entière qui se sent délaissée, abandonnée, voire trahie. Certains sont colère, d’autres culpabilisent. Mia Hansen-Love a fait dans l’économie sentimentale, ce sont des bribes de pensées dites, d’accès de colère, de douleurs intimes qui sont recherchées, et non pas des pluies de larmes qui auraient anéanti le rythme soulevé du film. De cette incompréhension naîtra un besoin de préserver la mémoire. D’aller au bout des rêves de cet homme. D’excuser sa mort tout en finissant les projets qu’il aurait faits vivant. C’est le choix de sa femme. Si l’on ne termine pas Saturne (le nom du film suédois qui tenait tant à cœur à son mari) sa mort n’aura servi à rien, dira t-elle. Le film est baigné comme ça, avant comme après sa mort, d’un besoin d’avancer, d’une dynamique intense. Grégoire est mort mais tout semble bouger, interagir de la même manière autour de lui. Il y a donc un espace avec Grégoire, puis le même sans lui. Moonfilm va mourir mais Saturne verra le jour quoiqu’il arrive, avec ou sans la lune. Comme un système qui continuerait de tourner avant et après. Comme une famille qui continuerait de vivre avant et après la perte. La mise en scène s’accorde donc à merveille. Pas de cassure rythmique et c’est à mon sens très rare de voir ça au cinéma.

     Le père de mes enfants c’est aussi un film de révélations. Celle d’une critique devenue réalisatrice à suivre. Celle d’un acteur avant tout en la présence de Louis-Do de Lencquesaing. Et de quatre actrices, principalement la fille aînée de l’acteur, Alice, tout simplement incroyable. La réalisatrice leur a offert une partie de film chacun. Là-aussi ce double temps est présent : Deux êtres d’une même famille, deux générations, l’un vivant sans que l’on voie l’autre, l’autre vivant quand le premier meurt. Car il y a aussi la révélation d’un secret familial (le double sens de Moon, triple si l’on compte ce plan nocturne de vue sur une pleine lune qui semble être symbole d’apaisement) et l’on élargit encore les possibilités scénaristiques. Et puis des détails de la vie, que l’on se rappellera toujours, qui font mal, qui font un bien fou. Un manque de temps pour se rendre au cimetière avant un départ définitif. Une coupure de courant plongeant la ville dans le noir, faisant naître l’effervescence provisoire d’une envie de bouleversements. Oui le film de Mia Hansen-Love ne cesse d’aller de l’avant, il a cette faculté à ne jamais s’auto satisfaire, et ce jusqu’à son générique final.

Le ruban blanc (Das weiße band : Eine deutsche kindergeschichte) – Michael Haneke – 2009

Le ruban blanc (Das weiße band : Eine deutsche kindergeschichte) - Michael Haneke - 2009 dans * 2009 : Top 10 ruban-blanc-michael-haneke-300x200Le vent sombre.   

   8.2   Le nouveau film du réalisateur de Benny’s vidéo n’est pas tant un retour aux origines du fascisme, comme on a eu le loisir de le lire dans de nombreuses critiques cannoises, qu’une expérimentation des dérives de l’éducation répressive. S’il était imprudent, Haneke aurait très bien pu présenter son récit telle une démonstration pédagogique. Heureusement, formellement il est très fidèle à lui-même (plans-séquences fixes, hors-champs, atmosphère clinique) et utilise plus de moyens suggestifs que démonstratifs. Parfois il est même pris au piège par ses propres initiatives, on y reviendra. Mais Le ruban blanc a aussi une qualité qui le place indéniablement comme l’un des films les plus importants de l’année c’est son aspect authentique dans la fiction. Le jeu absolument irréprochable de chacun des acteurs, de tous les enfants. Sa manière de traiter l’histoire en simple toile de fond en s’intéressant avant tout au destin tragique de ce petit village, ses relations conflictuels, ses mystères, sa violence brute ou suggérée, et cette histoire d’amour pleine de pudeur que vit notre narrateur.

     J’ai choisi différentes séquences – plutôt que d’exprimer un point de vue et une admiration qui tournerait en rond – symbolisant toutes les tentatives du cinéaste, ses choix, afin de cerner au mieux la dimension émotionnelle du récit, la force de sa mise en scène et sa portée universelle.

     La première scène (soit le premier plan) est déjà fascinante. Une voix se fait entendre, elle semble appartenir à un narrateur. Elle n’évoque pas de situation historique, elle parle directement de ce village. D’une petite communauté qui vivrait sous les ordres de dieu et où rien ne laisserait envisager d’évènements tragiques. Mais, très modestement, elle se déleste de toutes vérités absolues en nous faisant savoir que tout ce qui va nous être raconté n’est probablement pas entièrement véridique. L’écran est d’abord entièrement noir avant de laisser apparaître une image, celle d’un grand verger en profondeur. Le cadre et son noir et blanc sont immédiatement prodigieux, on est saisit par cette beauté plastique autant que par la force déjà singulière du récit qui nous est comté. La voix parle d’un accident et nous voyons celui-ci se produire. Un homme sur son cheval chute violemment, à cause d’un fil invisible que l’on aurait tendu volontairement entre deux arbres. Mais ce dernier fait nous ne le saurions que peu de temps après. Ce qui me fascinait dans cette première scène c’était son pouvoir immédiat d’inscription dans l’œuvre. Dès les premières secondes nous y entrons, nous n’en sortirons jamais. Un peu comme dans Barry Lyndon de Kubrick qui nous saisit d’emblée par sa Sarabande, ce duel et cette voix cynique et amicale. Haneke est encore plus économe que Kubrick, car il fait tout cela en silence. Il faut attendre une bonne minute, une fois que le film commence, pour entendre cette voix, puis encore une avant d’y entrevoir une image. Personnellement j’ai trouvé cette idée merveilleuse. Une idée très proche du Satantango de Béla Tarr qui lui avait choisi ce travelling très lent pour dévoiler la ferme et les rues du village, tout cela dans le silence complet, excepté celui des bêtes et du vent.

     Mon second choix se porte sur un dialogue entre un petit garçon de cinq ans et sa sœur. Rudolph et Anni. Ils mangent une bonne soupe quand soudain Rudi s’intéresse au sort de la femme du paysan. Sa grande sœur lui dit qu’elle est morte. Il demande ce que cela signifie. S’ensuit une très longue discussion autour de la mort. Le rapprochement opéré avec le père, notre docteur du départ, tombé de cheval. Rudi comprend l’accident (donc la mort) mais pas sa gravité. Il demande si tout être vivant doit passer par-là. Moi aussi ? Papa aussi ? Même maman ? Et c’est à cet instant qu’il comprend qu’on lui a caché la mort de sa mère, qu’il croyait en voyage. Ce dialogue uniquement en champ/contrechamp est somptueux. Toutes ces questions surviennent comme un amas de plomb sur la tête de la jeune fille qui ne peut guère mentir, sinon s’arranger pour modérer. Rudolph l’innocent donnera un grand coup dans son bol de soupe, pour témoigner sa colère, montrer que l’on n’a pas respecté ses sentiments. Quelque part, il a déjà le visage de son père.

     Je voulais aussi intervenir sur une scène aussi magnifique que symptomatique des limites du travail de précision et de ‘cache’ d’Haneke. Nous sommes dans la demeure du pasteur. Précédemment il fait un discours moraliste à ses enfants parce qu’ils ne sont pas rentrés à l’heure et méritent donc de porter ce ruban de l’innocence autour du bras ainsi que recevoir des coups de cravache. On découvre la mère préparant les rubans. Elle appelle ses enfants. Klara et Martin. Ils rejoignent leur père dans une pièce. La caméra se fige derrière la porte. On ne voit pas ce qui se passe à l’intérieur. Martin ressort, il semble devoir aller chercher quelque chose. Il revient. Une cravache à la main. Il entre, ferme la porte. La caméra se fige une nouvelle fois comme par pudeur derrière cette barrière. Perfection du hors-champ, de la suggestion d’une violence. Comme dans Funny games où après un coup de feu, l’objectif restait pointé sur la télé, couverte de sang, sans rien dévoiler de la situation, nous rendant prisonnier des faits. Haneke en est un grand spécialiste. Mais dans cette très belle scène (il faut malgré tout lui reconnaître ça) il va sans doute trop loin. Choisissant de nous faire entendre les coups infligés ainsi que les cris qui s’ensuivent. Etait-ce utile ? Il avait déjà tout dit. Du coup il se place comme voyeur dans cette séquence. Ou plutôt il nous place comme voyeur – plaisir sadique. Il ne montre pas directement mais il montre quand même. C’est vraiment dommage car tout dans cette séquence est huilée à la perfection. C’est d’ailleurs la seule chose que je lui reproche dans son film. La clarté évidente (surtout lors du second visionnage) de l’enchaînement de chaque situation ne permettait pas un tel abus de pouvoir. Mais je ne lui en veux pas.

     Une séquence sublime aussi pendant la fête de la moisson. Le narrateur nous guide encore. Il annonce un climat festif, dans lequel on baigne déjà, tout en prévoyant un événement désastreux. D’un côté cet homme qui danse avec sa future promise, ces tables pleines à craquer de bouffes, de boissons. De l’autre un paysan vengeur et désespéré qui s’en va faucher les choux du régisseur. Haneke alterne c’est assez rare chez lui. Alterner deux événements sur une temporalité identique. Cette scène est très intéressante parce qu’elle montre que même si le cinéaste a choisi l’option mystérieuse quant aux actes criminels qui surgissent un à un dans la petite bourgade, il n’a néanmoins pas oublié d’en montrer d’autres, plus évidents, souvent vengeurs, celui-ci où celui de l’oiseau en croix, tout en laissant à d’autres encore le mystère de l’accident ou non, comme celui de la jeune paysanne. C’est tout à son honneur. Et surtout ça renforce l’aspect authentique car non systématique de la récurrence des faits.

     Il y a aussi cette scène, la plus violente du film. Une des plus violentes du cinéma de l’Autrichien. En un sens je trouve qu’elle lui correspond, la violence a toujours été plus ou moins présente dans son œuvre, psychologique, sèche ou continue. Mais souvent elle apparaissait jusqu’ici par l’image, le mouvement. L’autodestruction dans Le septième continent. La tuerie dans 71 fragments d’une chronologie du hasard. Pour une fois elle est un dialogue. A part une gifle il n’y aura pas de violence physique dans cette séquence, tout passe par les mots. Le docteur est en train de se faire masturber par la gouvernante. Plan quasi identique à l’un de ceux de La pianiste. L’homme ne bande plus, il se retire, en colère et vide son sac sur cette femme, lui débite tout un tas de méchancetés, qu’il devait ruminer depuis des années, avant de lui asséner un « Mais bon sang, tu ne peux pas juste mourir ? » final. Cette scène qui montre une fois de plus l’excellente prestation de Suzanne Lothar, la mère de famille de Funny games, est un truc abominable, qui fou la chair de poule.

     Cette violence est partout dans le ruban blanc. Les hommes face aux femmes. Les parents face aux enfants. Les enfants entre eux. Les enfants face aux parents ? Mais elle est construite discrètement. Avec discernement. Dans le mensonge, les coups-bas. Elle est vicieuse. Mais imprévisible. Haneke se gardera bien de tout nous dévoiler et c’est tout à son honneur. Il ne cherche pas les coupables, comme cet instituteur à la fin ne les cherche pas non plus. Il les a sans doute en face de lui. Non c’est avant tout de savoir pourquoi qui intéresse et le cinéaste et l’instituteur, alter égo du cinéaste quelque part. Evidemment ça saute aux yeux que les enfants sont coupables sans véritablement l’être au départ, qu’il s’agit d’un concours de circonstances basé sur des idéologies autoritaires, un système de punition sans faille, des coutumes supprimant les libertés qui font de ces enfants des (futurs) êtres dangereux.

Sixteen candles – John Hugues – 1984

MTE5NTU2MzIwNzkxNzkxMTE1   6.9   Quand je pense à John Hugues j’ai en tête cette merveilleuse journée de colle où il se jouait de tous les clichés possibles et de séquences dansantes hallucinées pour déployer sa fine histoire sur la connaissance, le dialogue. Je parle bien sûr de Breakfast Club. Dans cette journée maudite on a six élèves. Six ados que tout sépare et qui à première vue se détestent tous plus ou moins. Puis, par les circonstances offertes par la punition, ils vont être amenés à se jouer de leur prof surveillant ensemble, à s’engueuler ensemble, à fumer un joint ensemble, à danser ensemble, à discuter ensemble. Car c’est toute la légèreté du film de Hugues : aspect terriblement anodin qui déploie toute sa dimension du sentiment adolescent, de son malaise dans une séquence absolument formidable de discussion en cercle. On retrouve le même style de Hugues dans Sixteen candles, très touchant sur la fin, un peu moins dans l’intensité tout de même. Mais cette fois il y a des adultes. Des adultes au sens souche familial je veux dire. Les enfants ne sont plus abandonnés à eux-mêmes véritablement, ils grandissent d’un coup en présence des grands. Enfin c’est un grand mot car le film s’ouvre sur cette fille qui n’en revient pas que ses parents ne lui souhaitent pas son seizième anniversaire – ils sont bien trop occupés à préparer le mariage de sa sœur qui a lieu le lendemain. On est par ailleurs très surpris de retrouver le petit acteur de Kramer vs Kramer, cinq ans après, dans le rôle beaucoup plus désagréable du petit frère casse-pieds. Quoi qu’il en soit Samantha doit faire avec – ou sans – et partir au lycée. Puis exit l’oubli d’anniversaire, on parle d’une boum ci et là pour ce soir et entre-temps Sam a laissé tomber un quiz sexuel anonyme dans lequel elle écrivait qu’elle voulait coucher avec Jake Ryan, le beau-gosse du lycée, qui bien entendu l’a ramassé derrière elle ! Ensuite il y aura une rencontre avec un petit branleur bien relou. Puis cette fameuse soirée. Les cartes ne sont pas entièrement distribuées, on croit voir se dessiner un semblant d’histoire, où la jeune fille utiliserait l’un pour choper l’autre, avant de finalement reprendre le branleur débile car finalement gentil. Hugues est très fort car ça ne se passera pas du tout comme ça, mais alors pas du tout. Il y aura même l’intervention de la copine de Jake laquelle, cantonnée au statut de simple poupée du lycée au départ, se révèlera plutôt déroutante. C’est ce que j’aime ici, cette faculté à ne pas suivre un chemin tracé. Cette capacité à abattre les cartes avant de les ramasser et de les redistribuer. La kyrielle de personnages que nous offre Hugues est géniale, il y a un intérêt pour chacun d’entre eux, parfois antipathiques au départ, qui finalement se révèlent être passionnant. Hugues les fait entrer en scène de façon banale, comme dans un teen-movie banal on va dire, mais arrive à faire d’eux quelque chose d’extraordinaire, qu’en fin de compte seul la bande Apatow aujourd’hui, dans un genre similaire, a su égaler.

Away we go – Sam Mendes – 2009

Away we go - Sam Mendes - 2009 dans Sam Mendes away-we-go-8-300x200

   1.0   Sam Mendes, réalisateur d’American Beauty, m’avait récemment convaincu avec ses Noces Rebelles qui perçait à vif le couple moyen américain dans ses doutes existentiels quant à sa quête du bonheur conjugal. Pas de vanité conservatrice à les voir souffrir puisque l’idée même du film consistait à observer un couple qui justement nourrissait de promesses son quotidien mais se retrouvait coincé par leur besoin irrémédiable d’un confort à jamais convoité. Away we go est un peu tout le contraire de son précédent film. A savoir le versant beauf et léger, détourné en quête nostalgique et nombriliste. Un couple est sur le point d’avoir un enfant. Il leur est tombé dessus comme ça – succulente scène d’entrée parce qu’intime – et les voilà paumés en plein doute sur leur petite vie de bohême qui ne se marie pas, à leur sens – même si Mendes ne dit jamais le contraire – avec l’arrivée d’un marmot. Ils embarquent pour un long périple prénatal à travers l’Amérique – ses parents à lui étant sur le point d’emménager en Belgique – afin d’y chercher un couple témoin. Un couple qui leur servirait d’exemple. En fait notre petit couple cherche un appartement. Il y aura des appartements trop grands ou trop petits, sales, bordéliques, d’autres d’apparence parfaite mais qui cacherait un sous plafond défaillant. Il n’y aura pas d’appartement idéal. Que cet idéal n’existe pas pour le cinéaste je suis prêt à le concevoir – Existe t-il un idéal ? – mais qu’il ne se trouve vraiment nulle part, dans aucun geste, aucune parole de ces différents personnages je trouve ça assez exécrable. C’est un film très exigeant concernant ses appartements. Donc très méchant envers ses personnages, tous plus ou moins marginaux. Mendes condamnerait-il la marginalité ? Peut-être pas tant que ça puisque notre joli petit couple, après un tête-à-tête assez réussi sur un trampoline s’en remettra enfin à lui-même et décidera de tout plaquer pour aller vivre en campagne, dans la vieille demeure familiale de la jeune femme, dont les parents sont décédés durant son jeune âge. Contradiction. Mendes vient de nous dire qu’on ne trouve pas de plénitude chez les vivants mais seulement sur les lieux de vie des morts. J’ai beaucoup souffert durant le visionnage. J’ai eu la sensation plus que désagréable que le film me disait de ne pas faire de gosses, d’abandonner toute vie de famille, de ne faire confiance ni à ses amis, ni à sa famille. J’ai trouvé le film extrêmement méchant, cynique et vulgaire. Sans compter qu’il est accompagné d’une petite soupe musicale horripilante qui finalement lui sied à merveille.

1...183184185186187...200

Catégories

octobre 2017
L Ma Me J V S D
« sept    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Auteur:

silencio


shaolin13 |
Silyvor Movie |
PHILIPPE PINSON - ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Playboy Communiste
| STREAMINGRATOX
| lemysteredelamaisonblanche