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Les regrets – Cédric Kahn – 2009

Les regrets - Cédric Kahn - 2009 dans Cédric Kahn 3591543072La femme d’à côté.   

     5.3   Ce que j’en garderai à long terme ? Probablement pas grand chose. Les regrets (mauvais titre) du réalisateur de Roberto Succo ne fait pas dans l’originalité faisant d’une part grandement référence à un chef d’oeuvre de Truffaut, et d’autre part ne proposant pas des idées de génie en terme de mise en scène, excepté son rythme fulgurant. Oui car si Truffaut a fait une histoire de passion déchirante filmée comme un polar au ralenti, Kahn propose une histoire de passion déchirante mais filmée comme un polar d’action. Procédé qui peut agacer, ces sentiments décalés en permanence nous offrent une espèce de course d’1h45 entre deux êtres, l’un vers l’autre, l’un fuyant l’autre. Personnellement, à ce petit jeu, je suis assez conquis, et la fin n’est pas loin d’être très belle. Et je trouve que Tedeshi et Attal s’en sortent au moins aussi bien qu’Ardant et Depardieu. Mais ça manque un peu de chair et de texture, quoi.

Regarde les hommes tomber – Jacques Audiard – 1994

Regarde les hommes tomber - Jacques Audiard - 1994 dans Jacques Audiard 2594

     3.5   Je n’aime pas.  Je trouve Kassovitz très mauvais en bouffon naïf et chien-chien de son maître. Et les Vieux (Yanne et Trintignant) cabotinent à mort. Mise en scène survoltée un peu comme dans son film suivant, la relation (la seule chose qui pourrait être intéressant) père/fils (spirituel) Marx/Johnny n’émerge jamais. On le sait maintenant que Audiard a une obsession pour le « papa » vieillissant et instigateur, pour les adultes encore ado qui sont à une étape importante dans leur apprentissage de la vie. Même s’il se révèle (un peu) attachant sur la fin c’est quand même loin d’être bon, et d’arriver à la cheville de son dernier très beau film. Et ça en fin de compte, c’est une bonne nouvelle. Car il vaut mieux que ça se passe dans ce sens là. 

Un Prophète – Jacques Audiard – 2009

 Un Prophète - Jacques Audiard - 2009 dans Cesar du meilleur film un_prophete_5-300x199The world is yours.

   7.3   Avant Un prophète, Audiard avait commencé par Regarde les hommes tombés son seul film qu’à ce jour je ne connais pas. Suivi de Un héros très discret, film lorgnant du côté de Jeunet niveau mise en scène, fatiguant, exténuant. Sur mes lèvres, film d’amour très stylisé entre un taulard sur le retour et une collègue de bureau atteinte de surdité, qui montrait le cinéaste en bon technicien quand il s’agissait de faire monter la tension, mais c’est tout. Vint ensuite son film aux huit césars De battre mon cœur s’est arrêté, où il y filmait Romain Duris dépassant le stade de l’adolescence, coincé entre sa filiation voyou, son métier d’agent immobilier véreux et son amour maternel, sensation indescriptible puisque celle-ci n’est plus, penchant pour le piano. De battre… avait de bien belles qualités mais se noyait dans son propre dispositif, en mettant l’accent sur l’introspection il en oubliait le reste et obligeait Duris & co au surjeu.

     Un Prophète, et c’est une évidence, est le meilleur film de Jacques Audiard. Aucunement handicapé par sa durée, il déploie une histoire pleine de tension en s’attachant à ce personnage, Malik joué par le formidable Tahar Rahim, arrivé Rien en taule, qui sortira Grand, six ans plus tard. Son parcours (car c’en est un ça ne fait aucun doute) ne correspond pas à ceux qu’on a coutume d’observer dans les prisons au cinéma. On pense au cinéma de John Darabont qui ne montre que des gens sympas exceptés des méchants matons et de méchantes bandes dont le seul plaisir est de violer les farouches petits jeunes qui débarquent. Dans un autre style on peut le comparer à Scarface et donc à Tony Montana, dans son ascension, mais seulement dans son environnement initial et final. Car pour le reste, Malik n’est pas Tony, il ne pense pas comme lui, il ne réagit pas comme lui, il n’est pas le voyou de la société qu’il faut abattre, toujours sur un fil, il est produit de la société, mais le versant taulard de ce produit. Il grandit comme il faut grandir dans une société républicaine, il encaisse les coups et saisit les opportunités. Paradoxe aussi passionnant qu’intelligent quand on nous rabâche sans cesse que la prison est censée guérir l’individu. Ici elle ne guérit pas plus l’individu qu’elle le construit. C’est la prison qui forme Malik, pas l’inverse, il n’y a qu’à voir le Malik initial dont le seul cortège est une pluie de hurlements, de coups, de craintes, et le Malik final escorté par une file de mercedes.

     Et quel brio dans la mise en scène, Audiard a su se délester beaucoup plus de tous ces tics qui envahissaient ces précédents longs métrages. Excepté certaines séquences, ridicules mais brèves (je pense tout particulièrement à cet instant où Malik se fait engueuler par César Luciani, un Niels Arestrup qui abuse, où l’on voit tout à travers un seul œil, bref un peu inutile), le tout est bien huilé, et très peu tape à l’œil, encore moins que le diptyque de Richet. Il y a de la violence on s’y attendait mais elle est plus tendue, très brutale mais étirée, comme c’était déjà un peu amorcé dans De battre mon cœur s’est arrêté, avec la scène de baston dans les escaliers. Ici, une séquence tout particulièrement, celle de la lame de rasoir, quasi insoutenable parce que montrée de façon réelle, proche du documentaire, une scène qui arrive tôt dans le film, au point qu’elle surprend, nous met une claque d’entrée. Une autre, celle de la voiture, moins réussie, mais tout aussi intéressante pour comprendre le cheminement de ce personnage. Violence beaucoup plus déréalisée que la scène choc du début, très stylisée, avec du ralenti à n’en plus finir, avalanche de coups de feu muets, où l’on discerne le visage de Malik, semblant flotter dans un univers qui est le sien, sorte de situation qui le rend invulnérable. Alors que nous l’avions vu, deux heures plus tôt, très fragile, une lame entre les dents, un filet de sang sur le menton, où son plan n’était pas loin de capoter, donc de le trahir, de le détruire.

     Un prophèten’est pas exempt de nombreux défauts, c’est indéniable. Il suffit d’évoquer son titre, qui à mon sens n’obtient pas l’efficacité escomptée. La dimension mystique (la scène de l’animal) n’est finalement que peu exploitée et réduit l’étrangeté du procédé. Mais l’enjeu n’est, je crois, pas là. Car en terme de film de prison, s’il fallait le réduire à ce simple genre, il est au-dessus du lot, largement. Il faut voir la tension qui se dégage du film, et tient de bout en bout. Il faut voir l’interprétation, aussi bien de Tahar Rahim que des autres, et puis ce climat, cette angoisse claustrophobe qui s’en dégage. Allez, employons les grands mots : Un prophète est en quelques sortes, Le chef d’œuvre de Jacques Audiard. L’un des tous meilleurs films de l’année. Pas parce qu’il est proche d’un certain cinéma américain, comme l’était le diptyque sur Mesrine, mais parce qu’il ne se casse jamais la gueule alors qu’il a le sujet pour, et surtout parce qu’il tient en haleine comme très peu de films cette année ont su le faire. Belle surprise, belle claque.

Still Life (Sanxia Haoren) – Jia Zhang-Ke – 2007

Still Life (Sanxia Haoren) - Jia Zhang-Ke - 2007 dans * 2007 : Top 10 still_life_5red

Métamorphoses du paysage.    

     8.3   Nous sommes à Fengje, en amont du barrage des trois gorges, non loin de Shanghai. Le lieu a son importance tant il est magnifiquement filmé. Un homme cherche son ex-femme qu’il n’a pas vu depuis seize ans et sa fille qu’il ne connait pas. Une femme, de son côté, cherche son mari qui a disparu du foyer depuis deux ans. Deux recherches. Deux âmes errantes, ou presque. Tous deux ont un but, mais il est freiné par les bouleversements des lieux. Il suffit de voir le regard de cet homme pour le comprendre. Ce village qui était jadis le sien a disparu sous les eaux du barrage des trois gorges, entraînant la disparition de souvenirs et le déplacement intégral de la population locale.

     Incroyable ce qui transparaît à l’écran, autant dans la photo à tomber des lieux, cette profondeur à n’en plus finir, et ce fleuve qui semble avoir effacé un lieu, une époque. Tout comme dans l’approche des personnages, la direction des regards, vers un paysage qui n’est plus, un paysage métamorphosé. Quelquefois j’ai pensé à Je veux voir, le film de Khalil Joreige et Joanna Hadjithomas, sorti l’an dernier. Même intensité mélancolique dans les yeux des protagonistes, même tristesse muette.

     Quant à la partition musicale, elle est somptueuse. Elle semble accompagner chaque plan, chaque souvenir, chaque rêve des personnages. Et ces sons qui donnent un nouveau coeur à ce nouvel endroit, le son de la destruction, des masses qui frappent la pierre, perdus dans une immensité fabuleuse. Je n’en revenais pas. J’aurais aimé que ça dure encore et encore, que chaque plan s’installe davantage.

     Il y a pourtant ces deux scènes surréalistes, de cet ovni et du monument fusée, qu’honnêtement je peine à interpréter. Que tente de dire le cinéaste ? Si le premier effet semble simplement servir de liaison fantastique entre les deux histoires, qu’en est-il du second ? J’ai lu quelque part que le décollage du monument (l’histoire de la jeune femme) pourrait répondre à l’effondrement de l’immeuble, dans l’histoire suivante (celle de l’homme). On y voit donc cet éternel parallèle que Jia Zhang-Ke a construit, bâti durant toute la durée du film. Cette idée de destruction/reconstruction, un homme qui cherche à retrouver sa femme pour la reconquérir, une femme qui cherche à retrouver son mari pour le quitter, cette idée de fil entre deux rives symbolisé par ce funambule entre deux immeubles, plan qui semble tout droit sortir d’un tableau. Le monument décolle, la jeune femme souhaite détruire sa relation. L’immeuble s’effondre, un couple se retrouve. Plus qu’un parallèle, c’est une analogie directe entre la vie et la mort.

     Still Life, comme 24 City cette année, parle d’un pays, et en parle de la plus belle des manières. C’est un chant d’amour, poétique, un appel au changement, la marque en tout cas d’un immense cinéaste, avec lequel j’apprends, difficilement c’est vrai avec son dernier film, mais qui me passionne comme personne. Un chef d’oeuvre!

Mystery Train – Jim Jarmusch – 1989

Mystery Train - Jim Jarmusch - 1989 dans Jim Jarmusch mystery-train-1989-01-g

     6.3   C’est totalement ce genre de film qu’il faut pour me détendre, que je regarde une bière à la main. J’aime beaucoup cette ambiance « rock’n'roll au ralenti » et ces grands espaces citadins désertiques filmés par Jim Jarmusch sont magnifiques. Mystery Train c’est trois histoires. A Memphis, Tennessee. Un couple japonais qui vient voir Graceland et les traces laissés par le King. Une jeune femme qui ère dans la ville après avoir récupéré les restes de son mari. Et quelques amis ayant un peu trop abusés de la bouteille, dont un qui fou la merde dans une épicerie. Ces trois histoires, se déroulant sur à peine vingt-quatre heures, vont se « chevaucher » dans un petit hôtel… Ce n’est pas fait avec les gros sabots, il y a de l’humour à la Jarmusch mais c’est très soft, surtout beaucoup d’errance, c’est très agréable et plutôt bien cadré. Tous les passages avec les deux gardiens de l’hôtel sont extraordinaires…

Ces messieurs dames (Signore & Signori) – Pietro Germi – 1966

Ces_messieurs_dames_photo_1The party.

     6.0   Agréable surprise que ce film italien palmé en 1966, que j’allais voir sans envie ni même curiosité. D’une part car casting et cinéaste me sont tous inconnus, et surtout parce que la comédie à l’italienne n’est, pour le peu que j’ai pu voir jusqu’ici, pas trop mon fort. Signore & Signori a une qualité assez importante c’est son rythme. Il est tenu pendant au moins une bonne heure de film. Après il retombe légitimement puisque ce qu’il a à montrer – la dégénérescence d’un couple, la construction laborieuse d’un autre – l’en oblige. Mais quelle première heure! A faire palir Fellini, auquel j’ai beaucoup pensé.

     Dans une grande villa, un riche homme d’affaire invite ses amis, les amis de son fils, tous plus hypocrites, égoïstes et déplorables les uns que les autres. Soirée de débauche avec cassures au sein des couples, moqueries en tout genre, hurlements à nous en donner mal au crâne. Il y a une sensation de grande liberté dans ce film, surtout dans la construction des personnages, tous sortis de nulle part. J’ai beaucoup, beaucoup ri. Et il y a des passages musicaux, dansants, dont je suis particulièrement friands… Dommage que le film ne tienne pas la distance, mais sur 1h58 c’est assez difficile. Néanmoins j’en garderai un excellent souvenir, en partie grâce à cette sublime actrice qu’est Verna Lisi, curieuse fusion entre Anna Karina et Monica Vitti !

Dérive mortelle (Adrift) – Hans Horn – 2007

18771107.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxDérive, tout court.

     2.8   Ce film, un peu partout, est présenté comme un Open Water 2. Il en est évidemment très en dessous, n’arrivant jamais à atteindre l’angoisse de son illustre prédécesseur, ni même le réalisme de ce genre de situation. Il est emcombré d’une histoire de passé super bidon quand Open Water était totalement pur dans ses intentions (Un homme et une femme partaient faire de la plongée, le bâteau les oubliait au retour, ils restent en plein océan au beau milieu des requins. Point. Comment survivre ? Comment vaincre la panique ?). Ici on a le droit à un passé lourd déjà. Quatre amis se retrouvent cinq ans après s’être vu pour la dernière fois, entre temps certains ont changé de petites copines etc… du coup ils vont être six, sept si l’on compte la petite Sara, fille de l’un des couples. On fête des retrouvailles, on fête un anniversaire. Pour l’occas’ l’un d’eux les invite sur son yacht (qui plus tard avouera que ce n’était pas le sien) et les voilà parti en plein océan. Premier clou du spectacle : La jeune maman qui embarque a une peur panique de l’eau depuis qu’elle a vu son papa se noyer étant gosse. Vous l’avez deviné, tout ça sera bien appuyé par flashbacks incessants. Second clou du spectacle : Seuls dans l’océan, chacun décide d’aller piquer une tête. Tu te demandes à ce moment comment ils vont se retrouver tous à l’eau étant donné que l’une ne voudra pas y aller. C’était sans compter sur cet ami génial qui l’y pousse, qui dit qu’en gros il faut guérir le mal par le mal! Et Le clou du spectacle, ce pourquoi ils ne remonteront pas de sitôt sur le bâteau, ce pourquoi la mère entendra les cris de sa fille un peu plus tard, abandonnée sur le pont du yacht… c’est qu’ils ont oublié de mettre l’échelle ces cons-là!Alors ce n’est pas le naufrage total. Certaines séquences fonctionnent un peu. Il y a comme une petite tension. La fin est un monument de ridicule dont on n’est pas certain qu’elle ne soit pas débarassé d’une quelconque symbolique religieuse. Bref, autant revoir le réussi Open Water.

Open Water – Chris Kentis – 2004

311098Cast away. 

     6.9   Deux personnes en pleine mer. Un homme et une femme. Un couple, abandonnés par le bateau qui les emmenait faire un peu de plongée en groupe. Moment d’inattention, l’équipage s’en va sans eux. Les heures défilent. Le froid, la fatigue, la faim, la présence de méduses, de requins sont autant de facteurs qui perturbent leurs états d’âmes, qui perturbent l’être humain d’une manière générale, lorsqu’il se retrouve paumé dans un milieu hostile qui n’est pas le sien.

     Avant tout, Chris Kentis, le réalisateur, a su installer son récit. Certains trouveront ça inutile et long, les autres le verront comme un prologue intéressant à une escapade naturelle cauchemardesque. Un couple aisé veut prendre du bon temps dans les îles afin d’échapper à ce quotidien qui les détruit, principalement celui de la jeune femme qui empiète vraiment sur leur vie de couple. Si la veille de leur excursion sous-marine, quelque chose de fugace semble troublé la jeune femme, ce n’est pas tant à comprendre comme événement prémonitoire du lendemain (ce que j’avais pu ressentir lors de mon premier visionnage il y a longtemps) mais comme des relents de stress des habitudes quotidiennes professionnelles, tout simplement. Le cinéaste a voulu montrer que même aux Bahamas, loin de tout, ce couple est envahi par les obligations. Pourtant c’est les vacances, c’est ce qu’ils doivent se dire. Elle décide de prendre sur elle ce moment de blues. Il décide de ne plus y penser. Ce n’est que dans l’eau, le lendemain donc, après quelques heures d’attente, de barbotage inquiétant, que les vieux démons ressurgissent. Comme si l’être humain, lorsqu’il se retrouve dans un environnement où il ne peut jouer de son autorité, de son statut de mammifère fort, se rabattait sur ce qu’il avait, tentant de déjouer la peur, l’angoisse par le souvenir, la mémoire, là où l’hypocrisie est un sentiment voué à disparaître et laissant éclater des fractures jusque là d’apparences inexistantes. Evidemment, théorie qui ne fonctionne uniquement quand il y a au moins deux personnes.

     Chris Kentis en dit donc autant sur le couple que sur le désir de survie en milieu hostile. Dans sa façon d’appréhender le réel en le distanciant, de faire semblant de l’occulter dans l’unique but de rassurer l’autre, qui semble davantage en difficulté. Défier l’état périodique de l’autre donc, chose qui aurait été impossible avec une personne seule. En cela il réussit quelque chose de remarquable, pas de sexismes en tout genre ce sont les situations qui font apparaître des différences, pas le contraire. A l’image c’est un couple uni ça se sent. Il y a une proximité assez forte. Cette situation peut détruire comme renforcer le couple, qui vit sur une corde raide qu’ils se sont refusés à admettre.

     Chris Kentis fait dans l’économie de moyen, l’économie de tout. De musique. De péripéties extravagantes. De dialogues vides à n’en plus finir. De montage saccadé. Il a seulement voulu montrer 24h de la vie de ce couple, dans un endroit où il leur est mentalement et physiquement impossible de survivre. Il y a donc des situations anodines. D’autres très drôles. D’autres encore terrifiantes. Mais jamais de gras. De l’inutile (oui comme en vrai il y en aurait) mais pas de gras. Car il reste dans cette optique géniale de climat réel, mouvementé comme dans la réalité, banal comme dans la réalité. Il filme beaucoup le ciel, on le voit changer. Il filme l’eau aussi qu’on en aurait presque le mal de mer à la fin. Et il nous donne des indications temporelles, en mentionnant l’heure du jour de temps en temps.

     Je ne parle même pas du film techniquement, pourtant il y a à dire. C’est angoissant au possible. Ce huis-clos à la surface de l’eau, renforcé par le fait qu’on ne sait pour ainsi dire jamais (tout comme eux) ce qu’il y a en dessous de leurs pieds. La scène de l’orage, finalement beaucoup trop courte, est un moment d’angoisse pure, savamment distillée. Bref, c’est super !

Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) – Arnaud Desplechin – 1996

Comment-je-me-suis-©-Why-Not-Productions   7.3   Les films de Desplechin, en tout cas ceux que j’ai vu, ont en commun leur longueur importante et leur richesse d’écriture. Et je crois bien que Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) est encore plus riche que les autres. C’est surtout celui dans lequel on se retrouve le plus en un sens. Car il aborde toutes les relations possibles, et que l’on ne vienne pas du même milieu que Paul Dédalus (Mathieu Amalric décidément immense), que l’on n’ait pas les problèmes de coeur que ceux dont il doit faire face, ni même un destin professionnel similaire, ce film me touche, m’émeut souvent, me fait rire très souvent, il touche à une intimité qu’apparemment aujourd’hui Desplechin est le seul à rendre vraiment compte dans le cinéma français. J’ai vu quatre films de Desplechin donc à ce jour, on va dire que je garde une préférence pour son dernier en date, parce qu’il parlait de la famille d’une façon que ça me parlait comme jamais un film familial m’avait parlé, qu’il suivait un schéma narratif plus convenu et donc forcément offrait une émotion plus immédiate. Mais Comment je me suis disputé… est sans nul doute celui que je veux le plus vite revoir, parce que j’ai ce sentiment d’avoir laissé passer un nombre incalculable de choses. Oui, je le sais en en parlant, c’est une évidence (et c’est pour ça qu’il m’était impossible de voir un autre film dans la journée) il faut absolument que je le revois. Enfin comme toujours ce n’est pas un film anodin, ce n’est pas un film que l’on est prêt d’oublier, et Desplechin est fort pour ça. Dans les premiers moments du film j’ai même eu ce sentiment que le cinéaste, donc le personnage, me parlait à moi, parlait de moi, au moins un peu, c’était très gênant, et à la fois très excitant.

John John – Brillante Mendoza – 2008

John John - Brillante Mendoza - 2008 dans Brillante Mendoza h_9_ill_1015691_johnjohn

Manille, labyrinthe.     

   7.6   Je me suis pris une claque. le genre de claque innatendue. Car même si l’an dernier j’avais beaucoup aimé Serbis, il m’avait aussi pas mal désarçoné, surtout l’abus de caméra épaule. Là j’adhère entièrement. Une journée dans un bidonville de Manille où une famille d’acceuil va être contrainte de rendre l’enfant qu’ils gardent (qu’ils ont adoptés provisoirement) depuis trois ans à une riche famille américaine. Mendoza filme les quartiers comme personne. Il filme un quotidien comme personne. sa fin est magnifique. Bref, Serbis et John John montrent que Brillante Mendoza est sur la voie pour devenir un très grand cinéaste, cru et atypique.

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