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L’Homme de Londres (The Man from London) – Béla Tarr – 2008

L'Homme de Londres (The Man from London) - Béla Tarr - 2008 dans Béla Tarr homme_de_londres2

Noir c’est noir.     

   6.9   Béla Tarr fait le cinéma qu’il aime, et qui l’aime le suive. Comme chez d’autres cinéastes (Mais il en existe trop peu) ses films sont une succession de plans. Impossible alors de dire à quelle minute se produit telle séquence puisque la durée nous est incroyablement inconnue. On avance sans savoir temporellement où nous sommes. Par conséquent pas facile de deviner à quel moment la fin va surgir. Impossible aussi de deviner à quel moment cette porte de cabane va s’ouvrir à nouveau, si l’on va entendre un coup de feu et sursauter, si l’on va voir le personnage entré en sortir… Béla Tarr capte un temps réel. Suspendu et réel.

     Et qu’il fasse une histoire pas forcément passionnante (c’est le cas ici à la différence des Harmonies Werckmeister qui est d’une puissance sans équivalence) son film reste lui passionnant, puisque mystérieux, anxiogène. La sidération procurée par chaque plan, sa lenteur, la singularité de son décor imposent un abandon absolu. C’est l’adéquation entre la musique, les sons, les plans-séquences qu’ils soient circulaires, mobiles ou presque fixes qui restent en mémoire comme des surgissements magiques qui font qu’en finalité le film n’est absolument pas comparable au reste de la production cinématographique . Comme si c’était un cinéma qui venait d’un autre temps, ancien ou futuriste, un cinéma intemporel, unique, qui trône de loin, de très loin au sommet d’un cinéma contemporain qui ne peut esthétiquement l’atteindre.

     Selon moi l’œuvre de Béla Tarr est cinématographiquement indétrônable. Seule sur son île. Maintenant, à l’affect, je garde certaines préférences cette année pour des films qui m’ont davantage touchés, comme ceux de Bonnello, Zviaguintsev ou Gray ou Desplechin. Mais, mauvaise nouvelle : Béla Tarr a dit qu’il préparait son dernier film. Après il se range. Tristesse.

Satantango – Béla Tarr – 1994

SatantangoLe village.

   8.2   Satantango est un film hors norme donc, un objet rare qu’il faut appréhender avec soin, une expérience cinématographique unique, comme chaque rendez-vous avec le cinéma du hongrois. La grande particularité de celui-ci c’est sa longueur : 7h30. 7h30 de Béla Tarr, imaginez ! Un format Série en gros. Une série hongroise, en noir et blanc. On en sort différent. Repu et émerveillé. Et désarçonné, surtout. 

     Les films de Béla Tarr, en tout cas ceux que j’ai pu voir, se concentrent principalement sur le destin d’un seul homme. C’est ce jeune homme naïf, fasciné par le miracle de la création, qui ère dans un village aux apparences de pré apocalypse, dans les Harmonies Werckmeister. C’est cet aiguilleur d’un port français qui trouve en une mallette égarée et remplie de billets le moyen de fuir cette vie sans avenir qui le poursuit lui et sa petite famille dans L’Homme de Londres.

     Ici, c’est très différent, et je m’en doutais. Car étant donné la durée du projet, se concentrer sur une seule personne aurait été mission délicate. Il choisit donc un village entier, sorte de ferme désaffectée, qui tente de survivre tant bien que mal jusqu’à ce que l’on apprenne le retour étrange de deux anciens habitants de la ferme censés être morts. Ce village paumé prend l’apparence d’un endroit reculé, désert, qui devient même coupé du monde lorsque l’automne arrive, et c’est le cas ici, car les précipitations saisonnières viennent inonder les routes. Chaque plan de cette première partie (2h30) est hallucinant de beauté, et lorsque cette entracte survient on se dit que tout ne fait seulement que commencer. Que ce voyage recèle de trésors insolites.

    Sauf que le film me perd un peu, brutalement. Que la partie suivante (celle entre 2h15 et 4h15, ou devrais-je plutôt dire entre le 40e et 80e plan, au hasard !) me convainc moins – même si ça reste d’un niveau très élevé - sans doute la faute à des séquences qui me touchent beaucoup moins. L’intérêt porté aux ivrognes par exemple qui me paraît moins passionnant, voir fastidieux (beaucoup plus fort dans Les Harmonies…), ou surtout à cet épisode de la fille et du chat, que je trouve plastiquement beau (je tiens à le dire à chaque fois quand même) mais affreux et gratuit dans ce qu’il s’y déroule. A propos, quelqu’un sait si ce pauvre chaton va bien ?    

     Bon, outre ces réserves, un procédé que je vois pour la première fois chez Béla Tarr, et souvent repris par Gus Van Sant (Dont on comprend clairement l’héritage) dans Elephant puis Last Days, qui consiste en des séquences identiques temporellement mais placé d’un point de vue différent chaque fois suivant le personnage concerné, me plaît énormément. Dans la première partie, lorsqu’il s’en va ivre titubant vers les bois, un docteur se trouve nez à nez avec une fillette qu’il envoie balader, laquelle disparaît aussitôt. Et bien dans la seconde, c’est justement la jeune fille que l’on suit. Et Béla Tarr ne manquera pas de nous montrer son bref dialogue avec le docteur.

     La seconde partie s’achève et le retour tant annoncé de Irimias et Pedrina n’a toujours pas eu lieu. C’est donc l’attente que l’on continue de suivre. C’est tout simplement incroyable, car on ne voit pas le temps passer. C’est l’attente sans l’ennui. Dans la troisième et dernière partie c’est l’entrée en scène d’Irimias. Personnage bientôt catalogué comme bienfaiteur ou messie de la petite communauté mis à part quelques sceptiques qui croient toujours en cette intervention satanique. Leur but dès lors : quitter cette ferme hantée et rejoindre un manoir qu’ils rénoveront tous ensemble et recommenceront une vie meilleure. Mais c’est Irimias qui a les cartes en main, autrement dit les économies de chacun. Et comme on sait avec Béla Tarr, si les personnages tentent de fuir leur destinée, rien n’y fera puisqu’ils sont déjà tous condamnés.

     Le final sous les sons de cloche (on pense à Andreï Roublev de Tarkovski) est sublime. Maintenant, comme durant la partie précédente, je ne suis touché que de loin. Et là où les Harmonies Werckmeister éveillait en moi de l’émotion ultra intense, Satantango ne fait qu’effleurer ce stade malheureusement. Hormis donc ce début de film (avant la première entracte) qui est au dessus de tout car à cet instant précis de l’histoire, je n’avais tout simplement jamais rien vu d’aussi beau. Ou si. Peut-être Stalker quand même.

Vincent, François, Paul et les autres – Claude Sautet – 1974

19849199Ensemble sinon rien.

   7.7   Sautet fait s’entrechoquer une bande d’amis dans leurs amitiés profondes, les problèmes de couples, les problèmes au boulot. En somme, ce sont les aléas d’une vie, ici de plusieurs vies, toutes plus ou moins liées par une amitié sincère qui menace parfois de se distendre.

     Le début de film et cette partie de foot suivie de cet incendie de cabane, montre les liens très forts entre les uns et les autres, principalement masculins, tout en laissant entrevoir des différents dans les couples (cf. celui de Piccoli).

     Puis on s’attarde sur ces vies : Montand aux prises avec des dettes énormes dans sa société de menuiserie, tout en digérant mal le départ de sa femme ; Piccoli dont le couple va mal ; Reggiani sans doute écrivain en mal d’inspiration ; Depardieu menuisier qui croit vouloir faire de la boxe.

     Un joyeuse bande de gais lurons dont l’amitié éclate réellement au grand jour devant ce sublime match de boxe, où les regards sont à la fois passionnés et dans le vide. Evidemment ces relations n’existeraient pas sans ces engueulades, parfois grandes comme durant cette scène culte où Piccoli passant ses nerfs sur le gigot, le fait ensuite sur ses amis, et pas avec le dos de la cuillère.

     Les femmes ici ont l’air d’aller de l’avant, plus courageuses elles savent dire non, oublier le passé et rebondir. Elles sont plus adultes. Les hommes sont très nostalgiques, sont davantage occupé à tisser leurs liens superficiels qu’à oser refuser la demande d’un pote (les lettres de Montand), et ne font jamais table rase du passé, au mieux ils ne font qu’en parler, du coup il leur manque le truc qui les fera grandir, rebondir… probablement ce match de boxe.

Khamsa – Karim Dridi – 2008

Khamsa - Karim Dridi - 2008 dans Karim Dridi 18967156     5.4   Karim Dridi raconte les mes(aventures) du jeune Marco, évadé d’un foyer de la DDASS, qui a décidé de revenir aux sources, dans ce camp gitan de Marseille surplombé par un échangeur d’autoroute. Si dans un premier temps décide t-il de revoir ses potes, sa famille (sa mère le rejette depuis qu’il a mis le feu à la caravane familiale) et être au chevet de sa grand-mère mourante, il va très vite reprendre ses marques et faire les 400 coups dans les rues, en volant, trafiquant, pariant afin de survivre. Dridi, s’il démontre cette solidarité générale du camp, n’omet pas de souligner pour autant le racisme entre les communautés, le refus d’acceptation d’autrui. Et s’il force parfois le trait dans sa démarche scénaristique, son Los Olvidados à lui est évidemment un film à voir, déjà uniquement pour son scope lumineux, sa photo de la ville flirtant avec le sublime.

La belle personne – Christophe Honoré – 2008

50   6.8   Les Chansons d’amour m’avaient laissé quelque peu dubitatif, j’avais bien aimé mais avec de grosses réserves.Avec ce dernier film de Honoré, c’est le coup de foudre! C’est pas extraordinaire mais c’est le charme d’un film ultra touchant qui en fait sa singularité. Avant tout c’est magnifiquement mené, j’y crois de bout en bout. Il a dégagé tous les défauts de ses Chansons.. entre mise en scène lorgnant parfois vers le clip et film franchouillard un poil neuneu pour ici être beaucoup plus sobre, subtil et surtout dix fois plus beau! Entre cette sublime Léa Seydoux, sozie surprenant de l’Anna Karina dans Vivre sa vie, qui irradie l’écran par son étrangeté dévastatrice (et surtout sa beauté froide envoûtante!) ; La « belle gueule » du cinéma français, j’ai nommé Louis Garrel, toujours parfait dans son rôle de prof d’italien, ma foi un peu jeune pour la situation mais on s’en tape! Et le Way too blue de Nick Drake, qui d’origine est une musique qui m’émeut comme très peu savent le faire, renforce chacune des séquences qu’elle accompagne…

Street trash – Jim Muro – 1986

Street trash - Jim Muro - 1986 dans Jim Muro street-trash-toilet-hd   4.2   Woh La Vache, quel massacre!!! Alors pour les amateurs de grands frissons et d’angoisse on repassera. En revanche pour avoir du gros gore (sans trop d’hémoglobine, plutôt une sorte de liquide dégueu!) ça on est servi. Et puis c’est vraiment sympa à regarder. On a quelques situations bien cocasses pour un film qui ne se prend jamais au sérieux et s’affranchit clairement de tout éventuels sentiments… Ici le sérial killer c’est une bouteille – sensé être de l’alcool à la base – de Viper, un produit hyper toxique qui provoque lorsqu’on en boit une goutte une réaction de liquéfaction. Comme ci on buvait de l’acide chlorhydrique en gros!  Donc bien de quoi se fendre la gueule d’autant que certains dialogues sont délirants. Et puis officiellement c’est le remake – le temps d’une petite minute – formidable de 2001 l‘odyssée de l’espace, où l’os dans les airs est remplacé par la bite d’un mec qu’un type a coupé avec son « couteau fémur » parce qu’il lui pissait sur la tronche! Moi je dis respect.

Home – Ursula Meier – 2008

Home - Ursula Meier - 2008 dans Ursula Meier SIC-Home

     5.2   Je suis resté un peu sceptique au départ, sur cette histoire de famille qui vit au bord d’une autoroute dont l’ouverture est imminente, car je voyais le sujet caricatural au possible, au moins pour ses personnages, finalement pas trop (bon on a quand même l’ado rebelle et l’ado intello hein!) mais surtout c’est la mise en scène qui fait oublier les quelques imperfections. Car le récit lui se suit mais s’essouffle. Heureusement Ursula Meier ne s’arrête pas là. La fin est surprenante. Par extension on pourrait même penser que Meier convoque Haneke, en réalisant le versant positif du film Le Septième continent. Bien entendu ça n’en atteint pas la puissance, la tension et la beauté froide, mais bon c’est quand même déjà pas mal, et c’est un film qui se démarque.

Aguirre, la colère de dieu (Aguirre, der Zorn Gottes) – Werner Herzog – 1975

Aguirre, la colère de dieu (Aguirre, der Zorn Gottes) - Werner Herzog - 1975 dans 100 41542683Le gouffre aux chimères.  

   9.8   Premier plan : les montagnes verdoyantes, une vallée mystérieuse, des conquistadors espagnols qui arpentent le chemin abrupt, suivis de leurs esclaves indiens, sous une brume étouffante. Le premier plan d’Aguirre, accompagné d’une musique ambiante très envoûtante est absolument magnifique.

     Si l’on s’en tient seulement à ce film (je ne connais pas les autres films du cinéastes allemand pour le moment) Herzog c’est un peu la rencontre de Malick (mode mineur) et de Kusturica à son meilleur. Le premier pour ce qui est de faire du naturalisme poétique contemplatif, il y a une importance évidente des éléments, l’eau et la terre, la nature, bref tous les sons naturels. Le deuxième pour son esprit décalé, justement dosé. Certaines scènes sont assez surprenantes parce que les personnages sont très excentriques. Evidemment Aguirre, l’aventurier qui a toujours l’air constipé, par ses mimiques, sa gestuelle. Cet homme qui finit de compter après avoir été décapité. L’autre qui reçoit une flèche en plein genou et imagine que c’est un rêve. C’est assez particulier puisque ce n’est pas accordé avec le reste du film. Et personnellement je me suis mit à penser que c’était une qualité. On pourrait même y voir du Coppola aussi qui peu de temps plus tard fera lui aussi son film en majorité sur un fleuve…

     Et le personnage central est fascinant. Cette épopée est d’abord dirigée par un certain Ursua. L’issue devenant catastrophique (indiens cachés dans les feuillages, décuplement des morts, perte des radeaux…) il décide qu’il faut revenir sur leurs pas. Aguirre, le second, ordonne de l’abattre. Ursua s’en sortira, et Aguirre nommera son ami comme chef de l’expédition. Tout se passera en fonction de ce personnage dictatorial, lui voudra atteindre son but, construire une nouvelle Espagne à l’Eldorado. Le dernier plan du film voyant Aguirre seul sur son radeau, croyant faire Un avec les dieux, après avoir croisé une barque esseulée dans un arbre (que le fleuve n’a pu débarquer), est absolument fabuleux, sorte d’analogie du désir de puissance, de pouvoir, d’aliénation.

Elephant – Gus Van Sant – 2003

elephant-gus-van-santDrame en sourdine.

   9.7   Sur un plan entièrement personnel, Elephant fut une très grande découverte cinématographique. Ce fut pour moi la découverte d’un genre, d’une mise en scène, d’un cinéma qui jusque là m’était encore inconnu. Elephant a changé ma vie. Du moins a-t-il changé ma perception cinématographique. C’est à partir de Van Sant que je me suis passionné pour d’autres grands qui imposent un style pouvant s’en rapprocher : Béla Tarr, Chantal Akerman, Alan Clarke, pour ne citer qu’eux.

     Elephant c’est quelques heures dans un lycée, les cours, les rencontres, les discussions, les repas au réfectoire, les longues marches quotidiennes. Une journée banale, la semble t-il répétition des jours précédents, et pourtant cette fois un drame approche. La singularité avec laquelle le film (archi court : 1h20) parvient à instaurer un climat des plus doux et angoissants est ahurissante. Dans un état de tension, d’étouffement, où les plans mobiles s’étirent, s’attardant très souvent sur le dos des personnages, en les accompagnant sur la Sonate au clair de lune de Beethoven, Gus Van Sant impose un style en marge – qui lui vaut de décrocher moult prix dont la convoitée palme d’or à Cannes.

     La réussite de ce petit bijou réside principalement dans l’agencement de ces longues séquences, qui s’entrechoquent toutes entre elles, provoquant un lien de causalité particulièrement sidérant. Une sidération d’une simplicité désarmante. Ce que Béla Tarr promet dans Satantango (la superbe scène de la jeune fille prostrée à la fenêtre du resto bar), son admirateur le reprend dans ici en le malaxant à l’infini : Montrer une scène sous plusieurs angles, que l’on soit cette jeune étudiante solitaire et exclue, ce photographe errant ou un autre. Le climat de tension s’accentue car ce que l’on voit d’un côté nous ne le voyons pas de l’autre et découvrons petit à petit certains signes provoquant le glissement jusqu’à la catastrophe.

     La légère brise matinale qui semble accueillir chacun entre les murs de ce lycée en début de film accouche dans un carnage final, une violence sourde, complètement déréalisée, sans emphase, et surtout dans une prise de distance rendant l’émotion de glace. L’alliance parfaite entre image et sons parvenant à éviter toute forme de pose. L’alchimie totale. L’état de grâce. Presque flippant tant ça paraissait improbable d’y parvenir de cette manière là. Faisant référence au massacre de Columbine, le succès de Elephant est d’autant plus important qu’il permet à Gus Van Sant de sortir un film des placards qu’il avait réalisé en 2002, un film qu’il n’avait pas sorti sur les écrans, un film qui aurait puni le cinématographe de l’un de ses plus beaux bijoux : Gerry !

Hunger – Steve McQueen – 2008

Hunger - Steve McQueen - 2008 dans * 2008 : Top 10 HUNGER%20(Steve%20McQueen)_0.previewPolyphonie de l’enfer.

   9.2   1981. Cinq ans que le gouvernement britannique a retiré le statut de prisonnier politique aux militants indépendantistes de l’IRA enfermés donc sous le joug carcéral. Ils sont maintenant reconnus criminels de droit commun. Pour s’opposer à cette décision, les prisonniers entament le « Blanket And No-Watch Protest » qui consiste en un refus d’hygiène et un refus de porter l’uniforme carcéral commun. Ils laissent leurs restes de bouffe dans un coin de leur pièce exigu qu’ils partagent à deux, ils repeignent les murs de leurs excréments, ils se débarrassent de leur pisse par-dessous la porte… leur unique moyen de s’opposer à cette loi. De cela découlent des altercations très violentes où il faut les emmener aux douches, mais à l’aide d’une matraque. Le film de Steve McQueen met parfaitement en ‘lumière’ ces lieux pourris de crasse, cette violence avec souvent une crudité telle qu’elle en devient insoutenable, au point de se demander si le cinéaste n’a pas véritablement fait souffrir ses acteurs (coups de matraques, marques rouges qui apparaissent peu à peu, tout cela en un seul plan-séquence, j’avoue que c’est douteux!). Peut-être le cachet performance rentre t-il en compte ici, mais je préfère ne pas m’attarder là-dessus, le film ayant beaucoup d’autres atouts pour les masquer par ce sentiment. Le film est une formidable passation de rôle puisqu’il commence par nous montrer le quotidien d’un surveillant de la prison avant de passer du temps avec deux hommes dans leur cellule pour terminer sur la tragique histoire de Bobby Sands. Destruction de la linéarité et des conventions de récit. C’est assez bluffant. Trois parties. Ou deux parties séparées par une (longue) transition de vingt minutes entre Bobby Sands et le père Dominic Moran – le premier expliquant au second son désir de ne plus manger jusqu’à mourir – sans nul doute la scène que je préfère. Hunger est une symphonie en quelques sortes. Une partition. En trois mouvements. Le trois c’est le chiffre du film. Trois personnages : Le surveillant, Gillen/Gerry, Bobby Sands. Trois parties : La solitude,des uns et des autres, la violence insoutenable, la découverte des lieux, les premières rencontre familiales, les discours lointain de Tchatcher ; Le dialogue entre Bobby Sands et le père Moran ; La décrépitude volontaire de Bobby. Mais revenons sur cette immense scène de dialogue : Ce qui est formidable c’est la découpe de ce dialogue. Un peu au rythme des cigarettes fumées d’ailleurs. Au début c’est la causette, le prêtre semble même se confesser. Les questions, les réponses, explosent à tout va, du tac au tac. Ensuite c’est ce pourquoi Bobby invite le père Moran. Cette grève de la faim qui semble inéluctable. Puis, dernière clope, souvenir d’enfance. Encore plus passionnant, ce sont les remarques, le ressenti du prêtre à l’égard de Bobby Sands, de son acte. Il semble à première vue moqueur, il n’y croit pas (la première grève avait foirée de toute façon). Puis il est moralisateur. Il se sert de dieu. Si dieu ne te puni pas pour ton suicide, il le fera pour ta bêtise. Dernière partie du dialogue. Qui devient un monologue : Bobby raconte l’histoire du poulain. Le prêtre ne parle plus, il ne le peut pas. Leur contradiction a des racines trop lointaines, jamais il n’arrivera à le convaincre. Bobby est un résistant, il ne restera pas les bras croisés. Le prêtre c’est l’incarnation du renoncement. Il se sert de l’argument pense à ta vie avant tout. Un peu comme une majorité d’entre nous. Hunger est d’une efficacité redoutable, tranchant comme la lame d’un rasoir, qui joue à merveille avec le son (certaines scènes sont là encore musicales : Le nettoyage de la pisse, le karscher sur la merde, bien entendu le bruit des matraques…etc.). La violence des coups de matraques répondant à la finesse des flocons de neige. L’odeur de la merde à celle de la campagne à la fin du film. Un film admirable. Très immersif, organique, on en sentirait presque cette merde murale, et surtout c’est un grand coup de poing dans la tronche de la Tchatcher, que cette grève de la fin a tout de même dû secouer…

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silencio


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