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Hurlements (The Howling) – Joe Dante – 1981

17. Hurlements - ‎The Howling - Joe Dante - 1981Le loup garou de Dante.

   6.5   Fort de son galop d’essai réussi chez Corman, Dante hérite d’un budget un poil plus confortable pour The howling, son film de loup-garou. Il ne va donc pas lésiner en mutations/transformations et nous en offrir plusieurs explicitement (et c’est toujours aussi bluffant franchement) dans une seconde partie de film, forestière, essentiellement nocturne, où il fait montre de son aisance dans le genre horrifique. Avant cela il ouvre son film dans un cadre urbain, thriller parano qui évoque autant l’univers de palmien que le brulot journalistique d’un Lumet, entre Blow out et Network, en gros. Super film, meilleur que dans mon maigre souvenir, ravi de l’avoir revu. Et ça me conforte dans l’idée que Dante aura fait quelques merveilles (Gremlins, Piranha, Innerspace, Matinee) mais que son deuxième panier, garni de films plus « mineurs » est tout aussi savoureux. Et puis c’est toujours un plaisir de revoir ces gueules, toujours les mêmes, dans les films de Joe Dante : Kevin McCarthy qui apparaissait dans Piranha, Belinda Balaski, Robert Picardo et Dick Miller qui suivront Dante partout. Avec un bonus de choix ici : Dee Wallace, la maman d’Eliott, juste avant qu’elle ne joue dans E.T. Outre quelques caméos (dont Roger Corman) il est à noter que la plupart des personnages sont nommés d’après des noms de réalisateurs de films de loup-garou. On n’est pas chez Dante pour rien.

Tout le monde debout – Franck Dubosc – 2018

25. Tout le monde debout - Franck Dubosc - 2018Coup de foudre en fauteuil.

   6.0   Beaucoup aimé. Et j’en suis le premier surpris. Il y a des trucs assez gênants parfois, des gags lourds ou des situations téléphonées, mais il y a aussi des choses réjouissantes, situations qui fonctionnent plein gaz et des gags vraiment réussis – dont une séquence dans un restaurant chinois vraiment très drôle, j’avais pas ri comme ça depuis la scène du repas dans Elle, de Verhoeven. Et il y a même une idée géniale (que je ne révèlerai pas) dans le dernier quart qui fait définitivement basculer le film du bon côté. Alors c’est pas du Farelly mais on y pense parfois, d’une part car il y a un vrai boulot d’écriture, ainsi qu’une interprétation au-dessus du lot – Toujours eu du mal avec Lamy mais ici je l’ai trouvé excellente, par exemple ; quant à Elsa Zylberstein elle donne suffisamment de sa personne pour que le film vaille qu’on se déplace rien que pour elle – en ce qui concerne le genre de la comédie romantique à la française.

Une belle fille comme moi – François Truffaut – 1972

05. Une belle fille comme moi - François Truffaut - 1972À fond Lafont.

   4.0   Bernadette Lafont est exquise là-dedans. C’est tout ce que je retiens de ce film bordélique et mal branlé qui semble faire office, pour Truffaut, de défouloir sans intérêt entre deux les deux très beaux films que sont « Deux anglaises et le continent » et « La nuit américaine ». Un empilement de saynètes lourdingues quand elles ne sont pas cyniques donc embarrassantes. Mais il y a Bernadette Lafont.

Les Assassins de l’ordre – Marcel Carné – 1971

12. Les Assassins de l'ordre - Marcel Carné - 1971Dossier noir, film dispensable.

   4.0   Je pique le (très bon) résumé qu’en fait Wikipedia : Un matin, un ancien repris de justice repenti, devenu un honnête père de famille, travaillant comme mécanicien dans un garage, est réveillé aux aurores par deux policiers de façon musclée. Ceux-ci le soupçonnent d’être l’auteur d’un « casse » au chalumeau, survenu la nuit même chez son employeur. Ils l’embarquent au commissariat, d’où il ressortira à midi, soit quelques heures plus tard, mais pour être conduit à la morgue. Sa veuve porte alors plainte. Le juge d’instruction Bernard Level (Jacques Brel) est chargé du dossier. Il doit gérer cette affaire au mieux, comme le lui a ordonné le Procureur de la République, c’est-à-dire, sans oublier que la police est la meilleure alliée de la Justice. Cependant, le juge acquiert vite la certitude que les policiers ont violenté la victime, jusqu’à l’issue fatale. Mais sa tâche s’annonce ardue. Il devra jouer finement pour les confondre, d’autant plus que la pression exercée sur lui est forte.

     Je n’ose imaginer ce qu’un cinéaste comme Cayatte (voire même Boisset) aurait fait de ce matériau aussi dense que militant. L’interrogatoire musclé qui se transforme en bavure, dans le commissariat. Le procès, en continu. La relation du juge d’instruction avec le troisième témoin, une prostituée dont on a tenté de dissimulé la présence le matin des évènements. La relation avec son fiston, aussi admiratif de son père qu’il est plongé dans un mouvement jeune en plein héritage de mai 68. L’affrontement entre la partie accusatrice et la défense, entre Brel et Denner. La dénonciation pure et simple du système judiciaire et des brutalités policières. Tout y est. Et Carné en fait un truc mou, plan-plan, hyper bavard. Chiant, quoi. Lonsdale lui-même semble s’ennuyer. Pas étonnant que le film se soit planté.

Les portes de la nuit – Marcel Carné – 1946

07. Les portes de la nuit - Marcel Carné - 1946C’est ton destin.

   4.5   Marcel Carné et moi ce n’est pas encore pour cette fois. Qu’il s’agisse du verbe de Prévert, de l’interprétation outrée globale ou de la grandiloquence du personnage incarnant « Le destin » il y a dans son cinéma un sens du tragique si imposant, si lourd qu’il en devient grotesque. Le problème ne vient donc ni de Gabin ni d’Arletty, qui m’insupportaient dans Le jour se lève, le problème est entièrement porté par la réalisation de l’auteur. Néanmoins, j’ai vu le film dans sa version restaurée et l’image est formidable : L’ambiance du café, les rues portuaires désertes, cette ligne de chemin de fer, les regards de Montand, Reggiani et Nathalie Nattier. Ça sauve quasi tout, vraiment. Pour le reste rien à faire je trouve ça suranné et je m’y ennuie très vite. J’ai l’impression de voir un Danièle Thompson d’après-guerre, en mieux certes, car la photo est jolie.

Jour J – Reem Kherici – 2017

37. Jour J - Reem Kherici - 2017Le mariage de mon plan cul de la veille.

   4.5   Dans la foulée j’ai pensé qu’il fallait que je revienne rapidement sur Jour J tant que le souvenir du film est encore relativement frais / tant que je l’ai pas entièrement oublié.  Visionnage pas désagréable du tout. C’est pas la comédie de l’année ni la comédie romantique de l’année, c’est au Sens de la fête ce que Paris à tout prix est à Phantom thread, si tu vois ce que je veux dire, mais j’ai peut-être une préférence pour icelui sans doute car je sens que Reem Kherici assume complètement ses goûts artificiels, son amour pour la mode vestimentaire, les chaussures Louboutin, le mariage, la robe blanche. Dans Paris à tout prix elle jouait l’une des mains d’un couturier mais on retenait surtout les lourdes retrouvailles houleuses au Maroc et il y avait un sujet pour lourd, plus actuel puisqu’on y parlait d’expulsion – Alors que déjà, c’était dans le gag que le film trouvait ses meilleures inspirations. Là on est davantage dans la comédie de quiproquos, romances croisées, mariage brinquebalant (que les ricains savent bien faire, quand ils rameutent Julia Roberts) et Reem Kherici est au centre de tout puisqu’elle tient à la fois le rôle de l’organisatrice et le rôle de celle qui a couché avec le futur mari. On sent que l’équipe s’éclate (Duvauchelle, excellent comme à son habitude, aussi) et si ça a beau être souvent un peu nul en inscrivant une folie ici avant de systématiquement revenir sur les rails, le plaisir, quoique éphémère, est par moment contagieux.

Paris à tout prix – Reem Kherici – 2013

23. Paris à tout prix - Reem Kherici - 2013Retour au bercail.

   4.0   C’est certain qu’après Paul Sanchez est revenu ! ça fait un peu de la peine, mais c’est mignon quand même, enfin ce n’est jamais agaçant alors que je m’attendais à un truc atroce. Il y a une énergie, la même qui fonctionnait aussi dans Jour J de Reem Kherici. Elle impulse vraiment un truc cette fille, d’autant qu’elle s’entoure ici d’un gratin (La bande à Fifi, Stéphane Rousseau, Alex Lutz, Demaison, Foresti) qui avait tout pour être indigeste. Et puis ça m’a décroché quelques sourires, mine de rien. Voilà je vais pas m’éterniser là-dessus mais ça vaut bien Hollywoo, Fatal, Pattaya et d’autres machins (pas si affreux) de ce genre. Et puis j’ai une sympathie naturelle pour Reem Kherici, je savais pas trop d’où ça venait puis j’ai compris : Elle a débuté au cinéma en jouant Carlotta dans OSS, Rio ne répond plus.

Paul Sanchez est revenu ! – Patricia Mazuy – 2018

22. Paul Sanchez est revenu ! - Patricia Mazuy - 2018Je fuis donc je suis.

   8.0   Difficile de parler du film sans dévoiler les trajectoires et motivations de son personnage et donc sa véritable identité. Et en disant cela on en a déjà trop dit. J’ai à ce jour vu trois films de Patricia Mazuy et j’aurais tendance à dire que c’est son plus beau, à égalité avec Travolta & moi, qui m’a laissé une trace indélébile – Je pense à ce film chaque jour ou presque depuis que je l’ai découvert il y a deux ans. Pas sûr que Paul Sanchez est revenu ! s’installe autant dans ma tête, on verra. En attendant, c’est une petite claque, inattendue. Quelle belle proposition de cinéma quoiqu’il en soit. Surtout, le film trouve un équilibre improbable entre le nihilisme de son (anti)héros et la bienveillance quasi-totale avec laquelle Mazuy filme chacun de ses personnages.

     Je n’ai pas le souvenir au cinéma d’une boulangerie et d’une patinoire filmées avec autant de passion, amour et cruauté que dans Travolta & moi. C’est d’autant plus beau que ce sont à priori deux espaces bien distincts, même plutôt très distincts, qui révèlent forcément de la nature du personnage principal, de son évolution, son glissement et pourtant c’est filmé par Mazuy, on reconnaît sa patte, au milieu des viennoiseries ou sur la glace, comme on la reconnaît aussi dans les différents lieux qu’elle filme dans Paul Sanchez. Et ça ne tient pas à grand-chose car on est loin d’avoir affaire à une cinéaste de l’épate. Mais c’est un cinéma avec une forte personnalité. Qu’on accepte ou qu’on rejette. J’avais détesté Sport de fillesPaul Sanchez est revenu ! n’a strictement rien à voir avec Sport de filles, à mon avis. C’est un film complètement fou, qui évoque plein d’univers mais qui ne ressemble qu’à lui-même. C’est drôle puis terrassant l’instant suivant.

     On va d’abord passer un peu de temps dans un commissariat. Aux côtés de la jeune Marion qui se retrouve sur une affaire pas vraiment excitante après que son commandant lui ait interdit de s’intéresser au scoop nocturne qui aurait vu Johnny Depp se faire arrêter dans le coin pour fellation au volant de sa voiture de sport. Sauf que cette affaire de mœurs avec le héros de Pirates des caraïbes est aussitôt balayée par l’évocation d’un nom sorti d’outre-tombe, qui s’il n’évoque rien pour nous, semble cristalliser toutes les angoisses du patelin : Paul Sanchez. S’il ne nous dit rien c’est qu’en réalité, Mazuy s’inspire de Xavier Dupont de Ligonnès pour son personnage de Paul Sanchez et lui écrira une histoire similaire à savoir qu’il est un père de famille ayant assassiné sa femme et ses enfants avant de s’évaporer. On part d’un truc absurde et loufoque pour arriver sur un terrain plus fragile, plus lourd.

     Il y a quelque chose d’en apparence hirsute dans ce mélange des formes et des genres qu’en propose la réalisatrice. L’impression d’une part de plonger dans un téléfilm très français, dans une enquête menée par une jeune femme fonceuse autant qu’elle est un peu maladroite, plus humaine que la norme humaine de l’enquêtrice de base – C’est Tintin qui rencontre le Commissaire Marleau, en gros. Mais déjà il y a cet étrange commissariat et ces étranges personnages qu’il abrite, échappés d’un Guiraudie voire des Gendarmes de Jean Girault. Pire, le temps passé aux crochets du chassé offre au film des airs de western puisqu’on l’accompagne en bordure de nationale jusque sur le Rocher de Roquebrune, d’un rouge étourdissant. Paul Sanchez c’est ce hors-la-loi légendaire qu’on rêve d’attraper mort ou vif si l’on en croit les dires de la police locale de Roquebrune-sur-Argens.

     Il y a une vraie dissonance. Justement parce qu’on est à la lisière d’un épisode de Corinne Touzet (la presse n’a d’ailleurs pas manqué de pointer du doigt l’objet comme un revival de téléfilm policier) mais que par d’infimes décalages et une mise en scène qui colle parfaitement à ce décalage, le film devient complètement fou, bizarre, à la fois anachronique et dans l’air du temps. Après c’est vrai que la musique (géniale) de John Cale joue beaucoup dans sa volonté d’imposer son décalage. Ce serait mon seul reproche au film je crois : le décalage musicale est trop marqué. Quand bien même, quelle superbe partition, loufoque et flippante. C’est tellement rare d’avoir une musique originale aussi originale justement dans le « cinéma de genre » en France. Ne boudons pas.

     Un moment donné, il faut y aller, tant pis pour les spoiler. J’ai adoré être trimbalé dans tous les sens dans cet univers nettement plus retors que ce qu’il laisse paraître de domestique, confortable. Habituellement, c’est un parti pris qui peut me gêner (le côté fabriqué, malin) mais là pas du tout. Prenons par exemple le moment où Laffitte brule ses papiers d’identités. Ce n’est pas une fausse piste : Didier Gérard brûle vraiment ses papiers d’identités. Sauf que c’est amené de façon à ce que l’on croit que Paul Sanchez brûle ses propres papiers, ceux de sa nouvelle identité, celle qui lui a permis de ne plus être Paul Sanchez depuis dix ans. Mazuy installe un doute. C’est un doute qui relève de la croyance : Sommes-nous prêt à penser qu’il s’agit de Paul Sanchez malgré ce doute ? Moi j’y ai cru. Et c’est d’autant plus beau qu’il est Paul Sanchez. A sa manière. Car « On est tous Paul Sanchez ». Ce personnage-là, Didier Gérard (quel personnage somptueux, tragique, lucide, dur) raconte tout de la vision qu’à Mazuy du monde et du cinéma il me semble.

     J’ai beaucoup pensé au « nouveau cinéma de Bruno Dumont » devant Paul Sanchez est revenu ! et je me disais que Mazuy réussissait tout ce que lui ratait. J’ai beaucoup ri devant Paul Sanchez, notamment avec le personnage du commandant, mais aussi avec des à-côtés plus discrets, avec la rencontre Hanrot/Laffitte, les mensonges qui s’annulent, le fusil, la voiture, le hamac, la pom-potes… Enfin bref je ris avec le film constamment, il me semble alors que chez Dumont, je ris contre lui, je ris de malaise. Pour moi, tous les personnages du Mazuy sont très beaux mais justement ils ne sont pas tirés à fond dans l’absurde. Et puis la gendarmerie n’est pas rabaissée. Ou alors ça revient à dire qu’elle est rabaissée aussi dans Le roi de l’évasion. Mazuy et Guiraudie filment les flics de la même manière. Le Gign est naze ça oui, mais ça rejoins l’idée que Mazuy n’est pas du côté des puissants. C’est trop facile chez Dumont de jouer sur un pseudo gag de glycine, un duo de Dupont ou avec les tripailles d’une famille de paysans. Chez Mazuy c’est pas si absurde, parfois même hyper flippant, mais du coup c’est d’autant plus absurde. Par exemple, le personnage de la femme de Didier Gérard, je l’ai trouvé bouleversant, elle transporte une douleur terrible.

     C’est un film qui donne envie de devenir gendarme. Comme Guiraudie donne envie d’être pd. Je plaisante qu’à moitié bien sûr, c’est vraiment le regard humain qui me plait dans les films de ces cinéastes, le petit décalage que chacun arbore, leur propre personnalité plus ou moins fantasque. Je cite beaucoup Guiraudie car il me semble qu’il y a une vraie parenté mais on pourrait tout aussi bien pensé à Twin Peaks. Franchement, y a tout un tas de personnages du Mazuy qu’on ne serait pas gêné de croiser chez Lynch. Mais la grande réussite du film, je pense, c’est d’en avoir fait à la fois une franche comédie insolite et un drame universel terrible. Une histoire d’équilibre, en somme. Et cette fin est incroyable : il faut oser pondre un dernier plan pareil, dans un train, avec un tel regard en fuite, en quête de liberté, en totale contradiction avec ce que le cinéma réserve habituellement aux héros.

Un couteau dans le coeur – Yann Gonzalez – 2018

27. Un couteau dans le coeur - Yann Gonzalez - 2018Suce parias.

   6.5   Si l’on devait donner un nom à celui qui porte au cinéma tous les stigmates du fétichisme, on pourrait citer sans rougir Yann Gonzalez. Et un film : Un couteau dans le cœur. Qui plus que ses Rencontres d’après minuit, fait renaître tout un pan cinéphile, tout un pan de sa propre cinéphilie – giallo & porno gay 70’s – dans un élan romantico-punk assez stimulant il faut bien l’avouer. Le fétichisme c’est quitte ou double. Le premier essai de Gonzalez m’avait semblé laborieux d’un point de vue formel en plus de faire clignoter lourdement ses élans fétichistes. Ici il s’incarne pleinement dans l’espace que le film offre à la pellicule, sa dimension érotique, son existence en tant que matière. La nostalgie disparait aussi : On sait que l’action se déroule dans les années 70 mais on l’oublie aussitôt car ce sont les personnages qui l’emportent, leur innocence, leur folie, leur douleur.

     Gonzalez a besoin d’espace, il doit vagabonder dans des ruelles, des forêts, des entrepôts à tiroirs secrets pour faire jaillir la chair et faire que la démesure de son cinéma devienne beauté. Le huis clos des Rencontres après minuit l’emprisonnait, étouffait sa folie. Vanessa Paradis joue Anne, une réalisatrice de films porno et s’en trouve comme métamorphosée là-dedans. Amoureuse délaissée par sa monteuse qu’elle croise chaque jour sur le plateau de tournage, l’ivresse d’alcool et de chagrin qui chaque jour la porte ne lui fait pourtant pas oublier son objectif qui serait de faire (sur)vivre sa troupe, les idées de scènes, les tournages. Lorsque peu à peu sa famille de cinéma est prise pour cible par un tueur, Anne va adapter version porno les meurtres qui les agitent. Si Cruising n’est en effet pas loin (l’assassin d’homosexuels) c’est le giallo qui gagne par KO ne serait-ce que dans l’évocation du fétiche qui rattache Anne au meurtrier : Ce n’est plus L’oiseau au plumage de cristal mais le plumage d’un corbeau aveugle.

     Aussi, Un couteau dans le cœur dialogue avec Les garçons sauvages, le même désir les habite, cet appétit multiforme, cette folle ambition plastique, ces trouées, ces sorties de route permanentes. Pas étonnant que Mandico joue un rôle (celui du caméraman) ici de même qu’Elina Löwensohn dont l’apparition, recroquevillée dans un cimetière dévoré par la forêt, de mère noyée dans le chagrin s’avère aussi brève que puissante. Tous deux (Mandico et Gonzalez) viennent de la même planète cinéphile, romantique et androgyne, c’est évident. Il y a aussi Nicolas Maury, qu’on aime tant voir partout, qui cadre tellement bien avec le cinéma de Gonzalez, tout en restant sur un équilibre d’exubérance bluffant. Disons qu’il pourrait en faire trop, ça tomberait dans le rôle de grande folle ridicule voire vulgaire, mais il est magnifique, d’une grâce incroyable.

     Le film ne tient pourtant pas sur toute la durée, il rate certains de ses traits d’union, il est parfois un peu trop brutal dans ses enchainements et transitions. Enfin disons que c’est un peu trop multiforme, il manque au film un point d’inertie, un équilibre. Mais sinon ça fait tellement plaisir de voir un cinéaste y aller à fond dans ce qu’il entreprend, en étant à la fois relecture de De Palma, de Friedkin et d’Argento, tout en creusant le mélodrame (le glissement final et la révélation en flashback, c’est magnifique) tout en jouant sur des motifs qui tirent davantage vers l’ultra-bis du giallo érotique. C’est un cinéma qui pourrait exploser en vol mais qui s’avère plus réjouissant qu’autre chose. Et c’est d’autant plus cool que je n’avais pas du tout aimé le premier film de Yann Gonzalez.

Le 15h17 pour Paris – Clint Eastwood – 2018

Alek Skarlatos, Anthony Sadler, Spencer StoneUne vie moins ordinaire.

   4.0   Si on est clairement dans la veine mineure du cinéma Eastwoodien, ce film qui avait pour être maladroit, ridicule, casse-gueule avant l’heure, n’est finalement pas dénué d’intérêt. Au regard de l’obsession qui nourrit l’auteur depuis trois films, à savoir son goût pour les biopic un peu confidentiels, sur des « héros » ordinaires modernes, le premier constat c’est de voir que ce film a sa place dans la roue de Sully ou American sniper avec lesquels il pourrait former le troisième volet d’un triptyque. Son problème c’est qu’il s’avère presque anecdotique dans son élan fictionnel global : Tout juste Clint offrira un aperçu de son talent dans « la scène que tout le monde attend » impressionnante et hyper sèche, donc forcément brève. Le reste n’est vraiment pas inspiré voire carrément embarrassant : prêchi-prêcha sur la destinée, les flash-forward en pagaille, tout plein de scènes avec des mecs débiles assis à l’arrière d’un bateau ou à la table d’un bar. Et paradoxalement, Clint est allé plus loin, cette fois. Point d’acteur certifié pour jouer le(s) héros puisqu’il choisit de faire jouer les trois personnages par les trois vrais protagonistes de cette histoire d’attentat déjoué, survenue il y a seulement trois ans, pour rappel. La mise en abyme est telle que la fin, qui mélange images d’archives et images tournées, fera cohabiter les vrais mères avec les actrices ayant jouées les personnages des mères. Puis d’intégrer le discours et remise de médailles de François Hollande avec des raccords dos de Patrick Braoudé – Petit frisson de la honte, il faut bien l’avouer. Ce qui par-dessus tout intéresse Eastwood là-dedans, c’est de montrer qu’on peut devenir un héros tout en étant de sympathiques losers un brin décérébrés : L’un d’eux ne fait rien de ses journées, un autre s’ennuie grave en Afghanistan quand le troisième essuie les échecs dans sa progression militaire. On est loin du portrait héroïque standard, loin du visage parfait de l’américain qui va sauver le monde. L’autre problème découle de ce constat : On se fiche complètement de ces mecs, ils n’ont aucun intérêt. Et ce n’est pas en agrémentant leur background dans un long flashback bien lourd sur leur enfance commune, que le film sera plus intéressant. Dingue de voir Clint aussi peu inspiré dans la mise en scène et la construction de son film. Pour le reste, difficile de lui en vouloir : Il pouvait pas savoir que ces mecs étaient ultra teubés. Et mauvais acteurs.

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silencio


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