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Crystal Voyager – David Elfick – 1973

03. Crystal Voyager - David Elfick - 1973Endless surfer.

     6.0   Crystal Voyager est au même titre qu’Endless summer (1968) de Bruce Brown, une sorte de manifeste cinématographique du Surf. Si le second s’attache à raconter le périple de jeunes américains à travers le monde afin d’y trouver les plus beaux spots de vagues, le premier joue davantage la carte de la biographie, celle de George Greenough, qui passe son temps sur sa planche ou à réparer des bateaux.

     La forme du film est un peu ingrate : La musique – De la pop plutôt cool – recouvre chacune des images, excepté lorsque Greenwood se confie en off. Et le procédé revient à chaque fin de morceau. Ajoutez à cela un montage peu rigoureux, très peu intéressé par les enchainements et transitions, mais davantage par l’aspect redondant, ce qui casse de sa douceur et du voyage. Disons qu’on voit clairement les cinquante premières minutes passées. Contrairement à un Maccadam à deux voies, par exemple, qui la même année, semble tout dire de l’Amérique de son époque, sans rien appuyer.

     Crystal Voyager est surtout « connu » pour son dernier tiers, puisqu’il abandonne complètement sa structure de chronique d’un quotidien pour celle d’une pure plongée sous hypnose au cœur des vagues – filmées par Greenough lui-même, à l’aide d’une petite caméra accrochée à son épaule et protégée par un petit scaphandre – accompagnée dans son intégralité (23 minutes) par le magnifique morceau de Pink Floyd : Echoes. C’est vraiment un truc d’aficionado. Un peu léger et sans doute pas au niveau de ce que j’en attendais, mais ça m’a plu.

Le chat – Pierre Granier-Deferre – 1971

09. Le chat - Pierre Granier-Deferre - 1971Cul-de-sac.

   7.0   Signoret & Gabin incarnent un couple de retraités, sans enfants, au crépuscule de leur vie conjugale. C’est le Saraband, de Granier-Deferre. Un huis-clos étouffant, se déroulant quasi entièrement à l’intérieur d’un petit pavillon de banlieue parisienne. Inutile d’avoir lu (ce) Simenon pour détecter son ombre au sein de ce récit torturé d’un amour qui s’est évaporé. Le film se déroule selon quatre zones de temporalité qu’on serait tenté d’intituler : « Avec le chat » et « Sans le chat », « Le désir » et « La mort ».

     Sans surprise, le film s’ouvre et se ferme sur la mort : Une sirène d’ambulance sillonnant les rues de Courbevoie, vient s’arrêter devant cette maison, coincée dans un cul-de-sac. Jadis, cette petite bâtisse ornait le fond d’une rue pavillonnaire. Dans un raccord fulgurant, Deferre remplace la vue de la fenêtre de la chambre d’une époque par la même d’une autre époque, afin de comprendre que les grands ensembles (tout l’entourage est en chantier) prennent possession des lieux. Que les ruines sont dedans autant que dehors.

     Dans Le chat, si ce dernier revêt une importance fondamentale, les images et sons du chantier ne sont pas en reste : On y voit et on y entend des grues, des machines, des marteaux-piqueurs, en permanence. C’est un beau film désespéré où les brèves images de bonheur sont floues comme pour raconter qu’elles sont beaucoup trop enfouies. Pourtant elles sont là, elles proviennent d’un moment de suspension, à lui comme à elle, sur des mains ou des gestes, qui enclenchent un souvenir.

     Et le chat sera le parfait vecteur du malaise puisqu’en plus de prendre sa place à elle au simple niveau de l’attention (On comprend qu’il ne l’aime plus, point, sans doute en priorité pour une question d’alcoolisme et aussi parce qu’il aime se réfugier dans les bras d’une tenancière d’hôtel de passe) en plus d’être son reflet rajeuni : Elle était trapéziste de crique dans le temps, avant qu’un grave accident lors d’un spectacle, ne la fasse boiter pour la vie.

     Un évènement qui semble le déclencheur de tout : D’une perte de désir jusqu’à l’impossibilité même de faire des enfants. Il ne reste alors plus que ce chat. Et puis bientôt plus rien. C’est un film superbe, mais terrible. Mais pas terrible de façon malsaine : C’est pas Amour, de Haneke. Deferre trouve toujours un raccord, une idée pour leur donner à tous deux beaucoup de lumière et ne jamais les écraser sous l’austérité formelle. Signoret & Gabin y sont au sommet de leur art.

La grande cuisine (Who Is Killing the Great Chefs of Europe ?) – Ted Kotcheff – 1978

14. La grande cuisine - Who Is Killing the Great Chefs of Europe - Ted Kotcheff - 1978L’assiette de la peur.

   3.0   Impossible pour moi de savoir où se trouve le réalisateur de Wake in fright & Rambo là-dedans tant j’ai trouvé ça sans intérêt, tour à tour affligeant, insupportable et mal fichu. Ça aurait pu être aussi endiablé qu’absurde – Et en un sens ça peut rappeler La cité de la peur – mais c’est finalement un tout petit whodunit (à la Agatha Christie) très paresseux que n’aurait pas renié Pascal Thomas, par exemple.

     Un grand (et gros) critique gastronomique souhaite organiser un banquet à Buckingham avec une recette établie par les quatre plus grands chefs européens. Mais ceux-ci se font assassiner les uns après les autres. Avec une particularité de taille : L’assassin les élimine à la manière dont ils préparent leur meilleur plat. L’un d’eux, spécialiste du pigeon en croute, sera donc retrouvé calciné dans son propre four.

     Pas ri une seconde. Problématique pour une comédie, aussi culinaire soit-elle. Et pourtant on y croise Noiret, Cassel  Rochefort : En roue libre, mal dirigés. Et la sublime Jacqueline Bisset y campe le (quasi) premier rôle, fait ce qu’elle peut, mais elle ne sauve pas les meubles. Reste un joli voyage à travers l’Europe, du Café Royal de Londres à l’hôtel Cipriani de Venise, en passant par la Tour d’argent à Paris.

Les aventures de Robin des bois (The adventures of Robin Hood) – Michael Curtiz – 1938

05. Les aventures de Robin des bois - The adventures of Robin Hood - Michael Curtiz - 1938Blockbuster d’antan.

   5.5   Trente-cinq ans avant Disney, Michael Curtiz, épaulé de William Keighley, qu’il remplaça, s’inspire de la légende de Robin des bois, pour tourner en Technicolor trichrome, les récits mouvementés de la forêt de Sherwood, avec Richard Cœur-de-lion, Prince Jean, Charles de Gisbourne, Petit Jean, Le shérif de Nottingham, Lady Marian & Robin de Locksley, se fendant alors d’un divertissement d’orfèvre, couleurs flamboyantes à l’appui, mené tambour battant, entre affrontements d’archers et batailles épiques, duels à l’épée et combats de bâtons. En effet, force est de constater que le film en jette. C’est pas du Hunnebelle, quoi. Olivia de Havilland est sublimissime. Errol Flynn est parfait. Même quand il se marre à outrance : Grosses pensées pour OSS 117, sacré Hubert. Et les morceaux de bravoure dont il est le principal vecteur, sont réalisés avec une prouesse de montage assez irréprochable, notamment dans sa gestion folle des (cascadeurs) figurants. Bon, c’était sympa de découvrir ça avec le rejeton mais je dois juste avoir un problème avec les films de cape et d’épée car ça ne m’a fait ni chaud ni froid.

Report – Bruce Conner – 1967

12. Report - Bruce Conner - 1967Le film cassé.

   5.0   Au-delà de leur facture formelle très avant-gardiste, frénétique et/ou renversée, A movie (1958) et Breakaway (1966) s’offraient au plaisir du regard. C’était justement cette étroitesse entre le geste fou et le résultat fascinant qui rendait le produit troublant et restait de façon très surprenant collé à notre rétine, notre mémoire. Report va beaucoup plus loin. Trop loin, pour ma part. Il tourne autour de l’assassinat de Kennedy. Reprend les images télévisuelles rabâchées à l’époque en les déconstruisant un maximum, créant un sorte de ralenti décalé sans cesse renouvelé, sur la voiture ici, sur le fusil là. Le film vire même au noir durant trois minutes pour ne laisser que la bande sonore du commentateur radio d’époque. Pire, dans la deuxième partie, il s’en va saisir de l’avant 1963, dans un montage reprenant les mêmes codes, insérant tout ce qui fit l’Amérique sous Kennedy, son développement publicitaire et nucléaire, notamment. C’est intéressant mais ça gratte, hein, mieux vaut prévenir.

Le dernier des Mohicans (The last of the Mohicans) – George B. Seitz – 1936

39. Le dernier des Mohicans - The last of the Mohicans - George B. Seitz - 1936La conquête de l’est.

   6.0   On sent que le film arrive au début du parlant et qu’il ne sait pas vraiment le mettre en scène – Toutes les partie « muettes » sont nettement plus réussies. Par ailleurs, les quinze dernières minutes, aussi fascinantes fussent-elles sur le papier, ne fonctionnent pas très bien, surtout au regard de celles, cathartiques, qu’en fera Michael Mann cinquante ans plus tard. Mais on comprend que ce dernier a moins adapté le livre de Fenimore Cooper que le film de Seitz – Une trame similaire, des scènes entières ou dialogues identiques, à l’image de la rencontre entre le colonel Munro & le marquis de Moncalm, avec la reddition de l’armée anglais et de la discussion autour de la missive de Webb interceptée ; à l’image aussi du monologue final de Chingachgook repris mot pour mot – qu’il a complètement transcendé par sa mise en scène dynamique, épique et opératique. Mais Seitz s’en tire avec les honneurs. Et surprend sur une idée géniale de l’étrange gémellité des personnages incarnés par le major Duncan Edward & Œil de faucon, qui finiront même par échanger leur identité lors du sacrifice final. Une idée dont Mann se souviendra, sans pour autant la copier. C’est un beau film d’aventures et un beau « eastern » malgré tout.

Le dernier des Mohicans (The last of the Mohicans) – Michael Mann – 1992

38. Le dernier des Mohicans - The last of the Mohicans - Michael Mann - 1992Madeleine, définition.

   10.0   30/04/17.

C’est toujours un exercice périlleux de revoir un film qu’on a tant aimé jadis, sans l’avoir revu depuis longtemps. Les déceptions sont légion, forcément, à quelques agréables exceptions près. Le dernier des mohicans constitue personnellement le sommet de cet exercice puisqu’il fut mon film préféré quelques années durant. Je pouvais le regarder en boucle. Je me souviens, j’étais en CM2, un ami – qui pourra se reconnaître s’il lit ces lignes et/ou s’il se souvient de ma fascination pour ce film – m’avait offert le bouquin de James Fenimore Cooper, la version abrégée chez Fabbri. Que j’avais dévoré. Puis j’avais lu l’édition Flammarion, nettement plus conséquente. Bref, j’étais fasciné par Œil-de-faucon, admiratif de Chingachgook, terrifié par Magua, amoureux des filles Monro. J’imagine qu’il représente pour moi ce que Danse avec les loups représente pour d’autres.

     L’autre problème qui se pose c’est Michael Mann. Comment revoir, aujourd’hui, un film de Michael Mann qui ne fait pas très Michael Mann, après cette grandiose filmographie qui a suivi ? Car si Le dernier des mohicans aborde des thématiques tout à fait Manniennes, emprunte des chemins qu’on a pris l’habitude de croiser chez lui, le film en lui-même n’est pas un projet très personnel, c’est une adaptation, c’est une commande, c’est du classique, c’est polissé pour les récompenses (Qu’il récoltera peu, d’ailleurs).

     Bref, sans faire durer le suspense plus longtemps, j’ai adoré revoir cet ancien film de chevet. Je suis surpris d’avoir autant aimé le revoir, en fait. Je trouve que le film vieillit merveilleusement bien, qu’il passe en un claquement de doigts, qu’il est un pur film hollywoodien épique, opératique, nourri aux grandes acmés et aux musiques orchestrales de Trevor Jones. Ça pourrait être trop, comme ça pourrait l’être dans ses projets plus diaphanes que sont Miami Vice ou Hacker, pourtant les envolées lyriques emportent le tout, notamment car Mann était déjà un grand romantique et s’il est sans doute passionné par cette guerre de Sept ans, qui voit les affrontements entre Anglais et français (alliés aux amérindiens) il crée surtout une étrange dynamique des cœurs, trio amoureux archi classique mais sublime ici (Nathaniel, Cora, Duncan) et un duo, plus secret et silencieux (Alice et Uncas) qui explose dans un final absolument déchirant.

     J’en gardais le souvenir de superbes séquences (relativement étirées) qui débouchaient sur d’autres superbes séquences, de bout en bout. J’ai pas mal retrouvé ça : La chasse au wapiti, la ferme des Cameron, l’embuscade Magua dans la forêt, la ferme brulée, la bataille nocturne au Ford William Henry, la reddition des anglais, l’embuscade de la clairière, les canoës, la grotte, le village huron, le final sur les falaises. Tout fonctionne et se relaie comme dans un magistral film d’aventures, dans lequel Mann, déjà, y libère autant des pics de violence bien crus qu’il y trouve des moments de suspensions magnifiques. Et puis hormis Duncan (archétype du loser lâche et sacrifié) tous les personnages sont passionnants, les filles Monro comme la famille mohicans, et les présences parfois brèves assez mémorables : Le grand Sachem ou le général Montcalm (Très surpris de constater qu’il est joué par Patrice Chéreau). Et puis comme souvent chez Mann, il y a des regards qu’on n’oubliera jamais, celui d’Alice Monro sur le point de se donner la mort ici, ceux de Cora & Nathanael se croisant le soir de la bataille du fort.

30/06/2020.

Si ma rétrospective consacrée au cinéma de Michael Mann me permet de redécouvrir certains de ses films auquel j’étais peu familier, elle me renvoie aussi à ceux qui font depuis longtemps parti de mon panthéon personnel. Le dernier des Mohicans est l’un de ceux-là, évidemment.

     Le revoir via cette nouvelle édition ESC m’a aussi permis de mieux comprendre d’où il venait : En effet, le film annonce d’emblée qu’il s’inspire du roman de John Fenimore Cooper, ainsi que du scénario de Philip Dunne, écrit pour la version de George B. Seitz, dont Mann en fera in fine une sorte de remake sublimé. Car s’il est fidèle à l’esprit du premier, il reprend essentiellement le déroulement du second. A l’image des histoires d’amour parallèles qui n’existent pas dans le livre, mais aussi de scènes entièrement reprises, jusqu’aux dialogues parfois identiques.

     Le revoir m’aura aussi permis de cerner que sous ses dehors de film disons plus académique, il est charnière dans la filmo de Mann, aussi bien d’un point de vue financier (C’est à ce jour son plus gros succès commercial et ça lui ouvre donc le droit de mettre en chantier son chef d’oeuvre) qu’intime : Il ne cesse de renvoyer aux obsessions de son auteur, son goût pour le muet (les dix dernières minutes sur la crête, par exemple), son attirance pour le classicisme des films qui ont bercé son enfance (ici un film oublié de 1936) et origines probables de son envie d’être cinéaste ; mais aussi son désir de se plonger dans ces récits fondateurs, de héros sacrifiés, d’origines du monde, de nature ancestrale brisée par le colonialisme. Et ainsi de raconter l’histoire d’Œil de faucon, ce personnage magnifique, qui appartient à chaque monde, sauvage et civilisé, puisqu’il est un frontalier d’origine européenne élevé par une famille mohawk. Personnage typique des récits de Mann, sorte de héros solitaire, le meilleur dans son domaine, comme pouvaient l’être avant lui le voleur Frank ou le profiler Will, puis le seront bientôt Vincent Hanna, Neil McCauley ou Mohamed Ali.

     La première surprise, quand on sait Mann adepte des paysages urbains, qu’il a pu déployer notamment dans Thief, Manhunter ou dans son ébauche de Heat, à savoir le dispensable L.A.Takedown, c’est de le voir se plonger dans le film historique, en costumes. L’autre surprise, elle est formelle : Le dernier des mohicans est un pur film d’aventures qui se déploie sous une dimension éminemment épique, lyrique et opératique qu’on retrouve aussi dans la bande originale signée Trevor Jones & Randy Edelman, quasi omniprésente. Pas sûr qu’il y ait de film hollywoodien aussi total et majestueux, durant les années 90. Autre que le Titanic, de Cameron, je ne vois pas, en tout cas.

     Si George Sand disait du roman de John Fenimore Cooper qu’il était habité d’une « sublime barbarie », d’un « héroïsme effrayant » et de « vertus homériques » ça vaut aussi pour le film de Michael Mann, épanoui entre rivières des fuites en canoës, clairières des grandes batailles et duels à flanc de falaise. Entre vaillants sauvetages et exécutions sommaires. Entre Fort assiégé et ferme incendiée. Entre mousquet et tomahawks. Et c’est le propre de cette naissance d’une nation : L’Amérique s’est fondée sur le sang, le combat et la destruction, le massacre de la nature, le génocide des indiens.

     En quelques scènes introductives, le film nous fait découvrir l’Amérique de 1757, à Albany, New York, plus précisément : plongée dans la guerre de la Conquête, avec ses sauvages, ses colons, ses pionniers, ses familles frontalières. Des français alliés aux hurons d’une côté, les britanniques aux mohawks de l’autre. Et on comprend qu’une cohabitation est impossible, mélanges des langues et des cultures à l’appui : « Vous êtes une espèce à part, remplie d’incohérences » dit Œil de Faucon à Cora, citant son père adoptif, le mohicans Chingachgook.

     Le dernier des Mohicans est un grand film nocturne : Le chapitre du fort, quelle audace ! Et rien que sur cet aspect, on y retrouve pleinement la patte de son auteur. Mais c’est aussi un grand film de vengeance (celle de Magua, d’abord puis celle de Chingachgook) et d’amour, appuyé par cette tension érotique qui sourd en permanence, sur un regard, une image suspendue. Annoncé d’emblée dans la ferme des Cameron. Confirmé dans le fort William Henry. Et en cela (l’idée de l’amour et la vengeance, en tant que talon d’Achille magnifique, de ces êtres en apparence invulnérables) il annonce pleinement Heat.

     Le film s’ouvre et se ferme de la même manière, au moyen d’un plan panoramique sur une gigantesque forêt, suivi d’une séquence de chasse. Ce plan semble raconter deux horizons très différents. Le premier nous convie dans la nature, c’est la naissance sauvage du monde. D’ailleurs, il sera suivi d’une chasse au wapiti par trois Mohicans. Le second, à l’autre bout de la pellicule, raconte plutôt l’effondrement de la nature, la naissance de la civilisation, de la violence des Hommes et il sera suivi d’une tout autre chasse. Ce plan de nature infinie n’est donc plus qu’un mirage, que la suite de la filmographie de Mann, qui retrouvera son décor urbain, reprendra systématiquement par l’utilisation des plans océaniques.

Les naufragés de la D17 – Luc Moullet – 2002

06. Les naufragés de la D17 - Luc Moullet - 2002« De l’autre côté des terres noires »

   5.5   Majastres, Alpes de Haute-Provence. « La seule gare de France avec une faute d’orthographe » nous précise le narrateur, qui n’est pas Moullet dans la voix, mais nous ne sommes pas dupes : c’est bien lui dans la plume. On apprend aussi que ce village est traversé par la départementale 17, qui n’est plus goudronnée au-delà. Ça commence donc comme les courts ethnographiques de Moullet, on s’attend à rencontres quelques malejactois, mais non, le cinéaste embraye et se paie le luxe de la fiction. Et Bouchitey & Amalric, entre autre.

     Le récit s’amuse à faire chevaucher plusieurs histoires. Un pilote de rallye automobile en panne ; le tournage d’un film entre les rochers ; une dépanneuse embourbée ; un couple d’astrophysiciens en crise ; des randonneurs pédestres ; un convoi militaire à la poursuite de Saddam Hussein (En effet, l’action se déroule en janvier 1991). Et tout ce petit monde se croise plus ou moins, dans ce que Moullet surnomme « Le coin le plus paumé de France ». Plutôt moins que plus, d’ailleurs.

     « A ce train-là je pourrais même pas voir la guerre du golfe à la télé ce soir » lâche un moment Bouchitey qui campe cet immonde coureur automobile égocentrique et macho qui martyrise sa co-pilote. Il est donc génial. Presque aussi génial que ce drôle de berger qui pue le bouc mais qui couche avec toutes celles qui passent par sa ferme. Presque aussi génial que ce sergent-chef (Bouvet qui réitère son rôle de Taxi2 grosso modo) en plein psychose sur la possibilité de rencontres des troupes irakiennes.

     Il y a de grosses lourdeurs. Mais il y a une volonté fidèle de filmer les lieux, de s’embarquer dans des villages perdus, sentiers isolés, à flanc de falaise parfois. C’est aussi sa limite : Moullet ne prend pas vraiment le temps de les filmer comme, au hasard, le ferait un Guiraudie, auquel on pense beaucoup – et pas à l’avantage de Moullet – en préférant se petites touches comiques et l’aspect gentiment choral et bordélique de son petit délire anecdotique.

Mon nom est personne (Il mio nome è Nessuno) – Tonino Valerii – 1973

47. Mon nom est personne - Il mio nome è Nessuno - Tonino Valerii - 1973Et pour quelques légendes de plus.

   6.0   Si le thème principal de la bande-son signée Ennio Morricone est archi-connu et toujours très efficace, il me semble que le compositeur italien recycle beaucoup avec ce film – Un peu à l’image de ce que fait Valerii de Léone, en un sens – ne serait-ce que dans le choix de ces deux morceaux calqués sur La chevauchée des Walkyries & My way. Si les scènes d’action sont plutôt chouettes, l’aspect cartoon surprend puis lasse, tant son utilisation est systématique dès l’instant qu’un climax se pointe. Il y a cette scène des miroirs notamment, dans l’attraction hantée, qui marque un affrontement entre Personne et quelques autres, qui évoque aussi bien La dame de Shanghai, de Welles que Canon, de Norman McLaren, mais c’est assez raté, malheureusement.

     Qu’importe, je ne l’avais jamais vu. J’ai suivi aveuglément le livre des Boukhrief (Les cent films à montrer aux plus petits) pour le découvrir avec mon fiston et ce fut en effet un excellent moment. Ceci étant et je sais que Léone n’est pas très loin là-dedans, c’est dingue ce que ça fait sous-Léone. Mais c’est sans doute ce qui m’a le plus parlé, du coup : Cette histoire d’homme sans nom, qui dit s’appeler Personne, fan d’une légende de l’ouest qu’est celui incarné par Fonda, c’est assez clairement la position de Valerii (qui fut son assistant sur la trilogie des dollars) face à Léone. Bref c’est un joli film théorique doublé d’un très chouette divertissement familial bien accompagné par les sourires de Terrence Hill et d’un duel final surprenant. Plutôt conquis, donc.

Le sucre – Jacques Rouffio – 1978

Jean Carmet, Gérard DepardieuL’argent.

   5.0   Je n’aime pas beaucoup ça, la faute à son obsession pour l’hystérie et une impression que le film est branché sur cent mille volts pour pas grand chose, à l’image de son interprétation en surrégime, de ses retournements de situation en pagaille. C’est un film qui ne se pose jamais. Mais c’est aussi ce qui fait sa singularité, sa bizarrerie, ce qui permet de tenir, de ne pas flancher. Si Hanin et Piccoli sont catastrophiques, d’exagération mal canalisée, le couple vedette formé par Carmet & Depardieu est en revanche épatant, parfaitement fondu dans cette anomalie. C’est un film souvent ingrat dans ses enchaînements, raccord à l’impression laissée par le seul film de Rouffio que j’avais vu jusqu’à présent : Sept morts sur ordonnance. Si je suis peu convaincu je pense que c’est un film à voir, une curiosité.

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