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Frissons (Shivers) – David Cronenberg – 1976

01. Frissons - Shivers - David Cronenberg - 1976Parasite.

   5.5   La découverte tardive du premier long métrage d’un auteur aussi important que Cronenberg permet en grande partie de détecter les prémisses des thématiques à venir. En ce sens, Shivers ne déçoit pas. C’est déjà du pur Cronenberg. En collaboration avec Roger Corman et Barbara Steele, ce premier long s’inscrit dans un genre peu noble, entre le cinéma érotique et bis – et distribué comme tel, dans la mouvance du « cinéma d’exploitation ». On peut associer ce mode de production au Piranhas, de Joe Dante, par exemple. Mais chez le canadien, l’obsession c’est d’emblée le corps et la technologie, virus et contamination, complot politique et environnement post-moderne. Dans Shivers, des parasites créés par un savant fou, s’infiltrent dans les corps des habitants d’une résidence de luxe ultra-moderne, et les transforment en maniaques sexuels. En plus de ressembler à un hideux sexe masculin, le virus s’agrippe, brule, détériore et s’introduit absolument partout : à l’image de cette mémorable scène dans une baignoire. De visions folles, le film en est bondé, aussi bien dans les diverses relations sexuelles qu’il crache dans quasi chaque plan que dans le suivi visible ou non (Alien s’en souviendra) du parasite. Mais il fait aussi office de pot-pourri où toutes les limites sont repoussées, où toutes les pulsions gores de son auteur sont jetées pêle-mêle dans une succession de vignettes aussi réjouissantes qu’hasardeuses et épuisantes. Et le film ira jusqu’au bout, ne cherchera pas à rétablir quoi que ce soit, glissant inexorablement vers une barbarie régressive et une allégorie visionnaire des années Sida à venir.

Don’t breathe – Fede Alvarez – 2016

Jane LevyErreur aveugle.

   7.0   Trois adolescents paumés, Rocky, Alex et Money commettent des cambriolages et revendent ce qu’ils ont volé. Quand ils apprennent qu’un ancien soldat aveugle est en possession d’une petite fortune dans sa demeure, ils décident de le braquer. Un coup apparemment facile. Ou pas.

     Deuxième film du réalisateur Fede Alvarez, après son remake du Evil Dead, de Sam Raimi, Don’t breathe est un home-invasion inversé. Il s’agit en effet de suivre les voleurs qui voient leur larcin se retourner contre eux, sous la forme d’une terreur et d’une violence sans égal : Un propriétaire ancien paramilitaire, qui n’aura guère besoin de ses yeux pour leur faire traverser l’enfer.

     Une des grandes réussites, troublante, malsaine, du film c’est d’avoir tenté de varier nos curseurs d’identification. De nous faire entrer en empathie pour Rocky ou Alex, évidemment, mais aussi avec cet aveugle qui a vécu plusieurs traumatismes. Et systématiquement de nous les retourner pleine face, au moyen de rebondissements inattendus, que le film génère à l’infini, aussi bien scénaristiques (Une étrange rencontre au sous-sol) que mise en scénique : Magnifique séquence dans la pénombre entre des étagères à outils.

     Autre belle idée : Detroit. Bien qu’on en voit peu (d’autant que les intérieurs, la maison donc, furent tournés en Hongrie) elle est un personnage essentiel, idéal représentant de la crise et véritable cause du dysfonctionnement animé par le film : La pauvreté, la violence, l’aspect mortifère en général et le désir coute-que-coute de s’en extraire notamment via le rêve californien.

     Et évidemment le cœur de Don’t breathe, c’est la maison. La promesse de thriller labyrinthique est on ne peut plus tenue. Quel plaisir de voir un cinéaste (de genre) s’éclater à filmer une maison, la filmer sous tous les angles, dans chacun de ses pièces, recoins : couloirs, cage d’escalier, fenêtres, conduits d’aérations, penderie, dessous-de-lit, cave etc. C’est vraiment Le personnage central du film.

     Bref, c’est une réussite totale. Y a évidemment quelques tics de réalisation ci et là dont on aurait pu se passer, mais globalement quelle claque. J’étais pas bien du début (enfin, dès l’instant qu’on entre dans la maison) à la fin. Et c’est hyper bien écrit, pensé, il y a des idées et des correspondances partout, un vrai jeu de pistes (cloche, marteau, flingue, chien, coccinelle…) c’est passionnant. Et il n’abuse de rien, ainsi ses pics de violence, ses jumps scares et autres passages obligés arrivent toujours pile quand il faut.

Furie – Olivier Abbou – 2019

25. Furie - Olivier Abbou - 2019Home sweet home.

   6.0   Avant de voir – le même soir, pour Halloween – le superbe home invasion inversé que constitue Don’t breathe, de Fede Alvarez, je me suis laissé prendre au jeu (inégal mais intéressant) d’un autre home invasion inversé (une autre variation du moins), à la française cette fois : Furie, d’Olivier Abbou, au sein duquel les propriétaires, cette fois, sont enfermés dehors : Leurs locataires estivaux ayant eu l’idée ingénieuse de changer les serrures, modifier la ligne téléphonique, payer les factures et de bénéficier d’un vice contractuel.

     Si l’on dit « Furie » on pense forcément Fritz Lang ou Brian de Palma. Pourtant, le film d’Olivier Abbou évoque tout un tas d’autres films, qu’on ne va pas citer, mais c’est assez flagrant. C’est un puits de références, toutes plus ou moins bien digérées, certes, mais l’ambition générale réjouit. Car inégal, Furie l’est assurément – problème de rythme, ventre-mou, interprétation pas toujours adéquate, dialogues trop écrit – mais certains de ses parti pris fascinent.

     Il y a d’abord le fait d’ancrer Furie dans le réel du labyrinthe administratif et judiciaire. Mais pas seulement : Il interroge aussi les névroses masculines françaises à travers la crise d’identité, de virilité, de statut de fils d’immigré, de produit du système qui fabrique des victimes, de la peur du déclassement social. Ça devient vite très angoissant, pour nous autant que pour son couple de personnages impuissants. Alors, quand on ne l’attend plus, le film libère de purs trouées formelles et hypnotiques, d’abord lors de cette longue soirée de boite de nuit, ensuite lors d’un final explosif, sanglant, malsain.

     Fort et surprenant, qui plus est au sein du cinéma de genre à la française, tant la production s’avère très peu concluante si l’on excepte, ces cinq dernières années, des films comme Grave, de Julia Ducournau, Revenge de Coralie Fargeat ou La nuit a dévoré le monde, de Dominique Rocher. Furie a ce petit quelque chose de passionnant, non pas qu’il s’inspire d’une histoire vraie, mais qu’il s’avère tout à fait français, dans ses problématiques, sa topographie, sa dramaturgie. Il ne cherche jamais à imiter le modèle américain. Bonne surprise.

Les marines – François Reichenbach – 1957

22. Les marines - François Reichenbach - 1957Chef, oui chef !

   6.0   Paris Island, île de Caroline du Sud, 1957. François Reichenbach filme l’arrivée des volontaires de la marine américaine, leur initiation quotidienne rythmée par l’entrainement sportif, l’apprentissage d’infanterie et les défilés. Formation montrant la transformation physique et morale de jeunes recrues ayant décidées de s’engager dans les Marines pour des raisons diverses et variées. En témoin fasciné et distant, Reichenbach observe ces volontaires insouciants sur le point de devenir des machines de guerre. La voix off du narrateur est celle de Gérard Oury, la musique signée George Delerue. Ça dure vingt-deux minutes et c’est très beau.

La clôture (Haçla) – Tariq Teguia – 2002

21. La clôture - Haçla - Tariq Teguia - 2002Ici on broie les algériens.

   5.5   En trois magnifiques longs métrages, Tariq Teguia a dessiné une carte, aussi limpide que labyrinthique, silencieuse que logorrhéique, de son pays : L’Algérie. Or, avant Rome plutôt que vous (2008), Inland (2009) & Révolution Zendj (2015) il a fait ses armes dans le domaine du court-métrage, dont celui-ci, au sein duquel nous croiserons de nombreux visages que l’on retrouvera ultérieurement dans ses films suivants.

     Si les moyens et les idées sont encore relativement modestes, rudimentaires, il y a déjà tout Teguia là-dedans. Notamment parce qu’il s’agit de filmer Alger et ses environs, de s’accaparer l’espace, ici plutôt la ville et l’ambiance de la ville, de filmer la parole et d’y capter l’impuissance, le désespoir, la colère et/ou le renoncement, de jeunes algériens déambulant dans cette prison à ciel ouvert.

     Cette parole est leur dernier rempart de liberté face à une société écrasante, qui ne produit que de l’ennui, de l’enfermement, ne propose aucun débouché, pas de travail ni de promesses. Le film alterne ces monologues face caméra et des plans « volés » de la ville, en voiture notamment. C’est le film brouillon et radical, sombre et court, d’un cinéaste qui avance le poing levé.

La plateforme (El hoyo) – Galder Gaztelu-Urrutia – 2020

23. La plateforme - El hoyo - Galder Gaztelu-Urrutia - 2020Tour infernale et panna cotta.

   4.0   L’action d’El hoyo se déroule intégralement dans une prison verticale abritant une infinité d’étages, chacun renfermant une seule cellule « habitée par deux prisonniers ». Chaque jour, une sorte de monolithe noir qui fait office de plateforme centrale, expose un nombre considérable de menus – dont on apprendra bientôt qu’ils forment les plats préférés de chacun des détenus. Il y a deux particularités de taille : Primo, chaque mois les détenus se réveillent à un niveau différent. Secundo, cette plateforme de nourriture n’est pas réapprovisionnée lors de sa descente quotidienne, autant dire que si l’on se gave en haut, il ne reste rien pour ceux d’en bas. Ceci offre la possibilité de voir des étages où l’on piétine grassement la bouffe et des étages où les prisonniers s’entretuent et cèdent au cannibalisme. Goreng, le nouveau, servira de personnage d’initiation et cherchera vite un moyen de s’ériger contre le système. Postulat de lutte des classes, conceptuel, dystopique et métaphorique plutôt excitant qui évoque de loin le Snowpiercer, de Bong Joon-Ho ou le Metropolis, de Fritz Lang. La comparaison s’arrête là. El hoyo est un premier film et ça se voit. Surtout il ne cesse de vouloir séduire tous les publics : Spectateurs de festivals, abonnés Netflix et déviants. La réalisation tente beaucoup de choses mais épuise plus qu’elle ne fascine, dans la lignée d’un Alex de la Iglesia, autre cinéaste espagnol de cinéma de genre. On sent la volonté de faire choc, de jouer sur classique du crescendo, de faire politique et sanglant. Au final ça ressemble davantage à un épisode de série anthologique (type Black Mirror ou La quatrième dimension) qu’à une vraie expérience de cinéma. C’est un peu gratuit, souvent bourrin, parfois insoutenable. Et ça s’oublie aussitôt le générique terminé.

American psycho – Mary Harron – 2000

20. American psycho - Mary Harron - 2000This is not an enter.

   2.0   Un film aussi mauvais que le livre est dément. Si Cristian Bale tente de donner corps à Bateman (avant d’incarner Batman, chez Nolan) et s’en sort plutôt bien dans son registre éminemment cabotin, Mary Harron, la réalisatrice de cette purge, ne parvient jamais à retransmettre ne serait-ce qu’un centième de la patte Bret Easton Ellis. Elle pourrait s’accaparer totalement le truc, comme Kubrick s’accaparait le Shining de Stephen King, mais elle n’en fait rien, tout y est au choix grandiloquent, aseptisé ou ridicule. Chez Ellis il y a la forme, une folie que lui seul sait canaliser, dans American psycho, mais aussi déjà dans Moins que zéro ou Les lois de l’attraction, et plus tard dans Glamorama. Chez Harron il n’y a qu’une mise en scène impersonnelle, une forme vide, une volonté de faire choc sans trop y toucher. Chez Ellis, il y a une satire féroce du capitalisme, du mode de vie des yuppies et des années Reagan. Chez Harron c’est à peine effleuré. Tant qu’il y a les grimaces de son acteur et du sang, elle est satisfaite. Le name-dropping (sa spécialité) si conséquent qu’il en devient aussi gerbant que fascinant chez Ellis est quasi évincé dans le film d’Harron, tout simplement parce qu’il est impossible de transmettre ça dans un film, qui plus est d’une durée d’1h40 – Le roman fait cinq cents pages faut-il le rappeler. Bref c’est un livre inadaptable et ça le reste. Je m’en doutais bien évidemment, mais j’avais besoin de le voir de mes propres yeux. Je pensais juste pas que c’était nul à ce point. Franchement, dénaturer un tel chef d’œuvre c’est quasi criminel.

Séance (Kōrei) – Kiyoshi Kurosawa – 2000

18. Séance - Kōrei - Kiyoshi Kurosawa - 2000Quitte et double.

   3.0   Kiyoshi Kurosawa m’a toujours semblé être un auteur surestimé. Même plutôt TRÈS surestimé. N’ayant pas vu sa première partie de carrière – et admettons-le, trainant la patte pour m’y plonger – il était bon de s’abstenir de tout jugement définitif. J’entame donc une petite rétro avec Séance qui ne fait malheureusement (pour l’instant ?) que confirmer ce décevant constat : Je n’aime pas du tout son cinéma. J’ai l’impression de ne voir que des promesses, de film fantastique inédit, de néo-polar, avec des beaux travellings, un sens du cadre, un jeu sur le hors-champ, les silences, les ruptures franches de ton d’un plan à l’autre, mais tout sonne faux, rien ne prend. C’est un ennui constant. Un film qui n’offre rien à voir ni à ressentir, encore moins à s’interroger. Un film coincé dans un programme très organisé, cadenassé, jamais incarné. Et le peu de tension qui sourd parfois s’affaisse aussitôt dans un ridicule provoqué par des effets cheap très embarrassants. Hormis le fait de meubler la catégorie « Film horrifique d’auteur » des festivals, je ne vois vraiment rien à sauver là-dedans. Ça aurait pu être un curieux objet, un beau film de fantôme mais ce n’est qu’un truc vide, un film fantôme, qui apparait, qui disparait puis qu’on oublie.

Symphonie pour un massacre – Jacques Deray – 1963

SYMPHONIE POUR UN MASSACRELe cercle noir.

   5.0   Cinq truands – Clavet, Valoti, Moreau, Paoli et Jabeke – sont associés dans un coup de plus qui devrait les mettre à l’abri. Si les hommes semblent amis de longue date, Jabeke y voit toutefois l’opportunité de garder pour lui l’intégralité du profit quitte à trahir ses camarades et à tuer l’un d’entre eux. Son coup réussi va attiser la haine entre ses camarades, et déclencher un jeu de massacre sans fin. Inspiré du roman Les mystifiés, d’Alain Reynaud-Fourton, le troisième film de Jacques Deray est une belle promesse, mais fait surtout office de Sous-Melville : Un film noir moyen, solide, fluide, mais sans génie. On se rapproche, titre musical aidant et casting haut de gamme à l’appui, du Mélodie en sous-sol, de Verneuil. Suffisant suivant l’humeur, mais Deray fera nettement mieux. Néanmoins, Jean Rochefort est impeccable, en tueur inquiétant et traitre implacable, d’autant qu’il est moteur de tout le récit.

Drunk (Druk) – Thomas Vinterberg – 2020

13. Drunk - Druk - Thomas Vinterberg - 2020Alors, on danse ?

   5.0   Le nouveau Vinterberg s’appuie sur une citation de Kierkegaard puis sur un postulat théorique ô combien provocateur, tiré d’un psychologue norvégien, considérant qu’il manque à chaque être humain 0,5g d’alcool par litre de sang pour être heureux.

     Quatre copains, tous enseignants, un peu déprimés par leur vie personnelle et professionnelle, décident d’expérimenter l’idée et boivent de façon régulière afin de se maintenir en état d’ivresse relativement constant.

     Le film a tout pour devenir une parfaite tragi-comédie, tendance feel-good, il l’effleure notamment lors d’apartés clipesques nous offrant à voir nos profs retrouver le goût d’exercer, ou plus simplement lorsqu’ils se murgent tous les quatre.

     Mais Drunk est sans cesse guetté par le drame : Les dislocations de couples, d’abord, le mal-être existentiel, toujours, la mort, bientôt. Les vignettes déployées sont donc systématiquement contaminées par une dépression latente provoquée par l’ensemble de la société.

     C’est sans doute un peu superficiel, trop prévisible, trop écrit pour s’incarner pleinement, mais il y a de très beaux instants, émouvants quand on entre dans la sphère intime du couple. Et Mads Mikkelsen est fabuleux, comme d’habitude. Je pense même qu’il fait tout le film, qu’il lui donne sa raison d’exister.

     On y perçoit donc l’héritage lointain d’un Husbands, mais Vinterberg n’est pas Cassavetes. Ça manque quand même d’idées, de folie, d’originalité dans la mise en scène. Le film aura surtout ce beau statut en période de crise Covid d’agir en médicament. « À consommer sans modération » titrerait probablement Le Figaro. Pourtant, sans donner de leçon non plus, Drunk finit par dire un peu le contraire. Buvez, mais pas trop. Dansez, plutôt !

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