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Spider-Man – Sam Raimi – 2002

07. Spider-Man - Sam Raimi - 2002The Big Apple’s web.

   5.5   Ce qui m’a frappé en découvrant – En fait je pensais le connaître mais c’est seulement le troisième volet que j’avais vu lors de sa sortie en 2007 – ce premier volet des aventures de Spider-Man par Sam Raimi c’est combien on se rend justement compte de la présence d’un Raimi derrière la caméra. Ce n’est certes pas un cinéaste indispensable mais on sent devant ce film qu’il a fait ses gammes dans le cinéma horrifique – La trilogie Evid dead, évidemment. Toute la dimension schizophrène qui touche à l’évolution du bouffon vert (campé par un Willem Dafoe à qui le rôle convient bien) mise sur des inserts et des visions cauchemardesques, assez flippants pour un enfant, j’entends. Même chose avec la transformation de Parker en araignée grâce à de beaux détails organiques : saillances des muscles, apparitions de griffes denticulées microscopiques sur sa peau, jet de toiles qui ressemblent par ailleurs à des giclées de sperme. En ce sens c’est un beau film sur l’adolescence, la naissance du désir et une belle ode aux losers, bouc-émissaire des caïds de campus, un peu comme Arnie dans Christine – Tous deux sortent de leur statut de loser soit grâce à une voiture maléfique soit grâce à des supers pouvoirs. Mais quand on voit Parker galérer avec ses toiles on pense surtout à Jim, dans American Pie, qui tâche deux fois de suite son pantalon quand la belle Nadia se trouve dans sa chambre – ça va jusqu’à une certaine ressemblance entre Jason Biggs et Tobey Maguire je trouve, enfin ce n’est que mon avis. Toute « appropriation » de l’auteur s’arrête malheureusement là. La plupart du temps, quand bien même le produit est un excellent divertissement, difficile de penser qu’il serait différent avec un autre yes man aux manettes. Mais voilà, les scènes d’affrontements entre Spider-Man et le Bouffon vert sont bien emballées, la scène du baiser est plus réussi que dans n’importe quel autre blockbuster. Et puis il y a Kirsten Dunst.

Quatre hommes et une prière (Four Men and a Prayer) – John Ford – 1938

09. Quatre hommes et une prière - Four Men and a Prayer - John Ford - 1938Les frères Leigh.

   5.0   Un tout petit Ford, à mon humble avis, surtout très déceptif alors qu’il est très prometteur dans son sujet (le trafic d’armes) et son introduction : La réunion dans la maison familiale de quatre frères, au parcours très différent, éparpillés à Oxford, Londres ou Washington, convoqués par leur père, colonel déchu de ses honneurs. Avant qu’il ne leur présente les preuves de son innocence, il est abattu et les preuves lui sont volées. Point de départ d’une enquête se déroulant aux quatre coins du monde, film à la fois d’espionnage et d’aventure qui va pourtant vite manquer de vivacité, d’intérêt, de passion, la faute à un trop-plein de dialogues et de situations prévisibles et à un esprit beaucoup trop anglais pour exalter Ford, l’irlandais, beaucoup trop sage ici – malgré une petite bagarre et une touche d’humour dans un bar. On retient malgré tout quelques belles scènes, comme celle, terrible, en pleine Révolution sud-américaine, de l’exécution des rebelles par l’armée, sur un gigantesque escalier, citant ouvertement Le Cuirassé Potemkine, de Sergei Eisenstein.

Un taxi pour Tobrouk – Denys de La Patellière – 1961

08. Un taxi pour Tobrouk - Denys de La Patellière - 1961Convoi de soldats.

   5.5   Autant l’écriture d’Audiard sonnait juste dans le très beau Rue des prairies, du même Denys de la Patellière, réalisé deux ans avant Un taxi pour Tobrouk, autant ici ça passe encore mais on est souvent à deux doigts que ça casse. De ce récit à quatre personnages on obtient surtout quatre bavards, chacun dans son style, certes, mais occasionnant un trop-plein dans le verbe. C’est pas mal, malgré tout, parce que les personnages ont de l’étoffe et les acteurs les incarnent avec une certaine retenue, au point qu’on ne voit pas Lino Ventura, Charles Aznavour et les autres, mais bien cinq protagonistes, quatre français, un allemand, paumés dans le désert de Lybie. Si la fin est plutôt émouvante, c’est qu’on s’est attaché à ce petit commando de rescapés, qu’on aura voulu les voir tous survivre, ensemble, après les avoir vu progressivement oublier leurs adversités. Il aurait fallu à De la Patellière une croyance totale dans sa réalisation digne de celle de Clouzot quand il écume les routes escarpés dans Le salaire de la peur ou Verneuil quand il s’aventure dans le désert marocain dans Cent mille dollars au soleil, afin de clairsemer davantage la partie dialoguée. Mais c’est pas mal.

The Handmaid’s Tale – Saison 1 – Hulu – 2017

11. The Handmaid's Tale - Saison 1 - Hulu - 2017« Nolite Te Salopardes Exterminorum »

   7.5   Difficile de raconter le pitch de The handmaid’s tale en deux mots mais en gros, on est dans un futur pas si lointain dans lequel la plupart des femmes et des hommes sont devenus stériles. On va y suivre principalement June, mère de famille devenue servante car enlevée par ceux qu’on appelle « Les fils de Jacob » une secte qui à la faveur d’un coup d’Etat, a instauré de nouvelles règles pour le moins drastiques et totalitaires : Les hommes possèdent quand les femmes sont séparées en trois grands catégories. Il y a les épouses qui sont les femmes des dirigeants (ceux qu’on appelle les commandants), les marthas qui sont chargés d’entretenir les maisons et les servantes uniquement dédiées à la reproduction. En cas de non-respect de ces règles élémentaires et d’autres plus complexes, c’est l’aiguillon pour bovins, l’excision, la déportation dans des « colonies » voire la pendaison – ce dernier châtiment étant à priori exclusivement réservé aux rebelles, aux prêtres catholiques et aux homosexuels.

     Si la série va s’ouvrir sur l’enlèvement de June (magnifique Elisabeth Moss, ce rôle de « rebelle en construction » lui va à merveille), sans qu’elle ne sache ni ce qu’il advient à son mari ni ce que va devenir son petit garçon, on ne va cesser de vadrouiller dans la temporalité, aussi bien au moyen de nombreux flash-back que via des épisodes centrés sur l’histoire de certains personnages, épisodes ou morceaux d’épisodes racontant par exemple la vie de June & Luke, l’amitié entre June & Moira, dans la vie d’avant puis lorsqu’elles se retrouvent en robe pourpre, la formation des servantes, la vie de Serena (l’épouse du commandant) aux débuts du mouvement, celle de Nick (le chauffeur du commandant). Sans oublier la situation présente de June et ses « collègues » servantes et cette volonté grandissante de s’échapper. C’est un peu foutraque au début puis on s’y fait. Sans doute parce que le fond est bien plus fort que la forme, dans The handmaid’s tale.

     En effet, j’ai beau avoir les plus grandes réserves concernant la réalisation tape à l’œil et l’outrance formelle globale, son interprétation hyper affectée, sa lumière jaune trop prononcée, ses effets de ralentis à n’en plus finir, son utilisation musicale systématique, il y a dans The handmaid’s tale une puissance telle, qui certes relève beaucoup de l’écriture, donc du bouquin, il n’empêche qu’elle se déploie au fil des épisodes avec une efficacité magistrale, rappelant ce que réussit Game of thrones de son côté et dans son genre. Deux séries qui n’ont rien en commun sinon que leur monde, c’est notre monde, le temps d’une heure, le temps d’une saison. Difficile en effet de penser à autre chose. Dystopie hallucinante que celle du récit de The handmaid’s tale qui repose sur une idée apocalyptique assez proche de celle du film Les fils de l’homme, mais de façon archi-déployée, dans un futur à la fois pas si éloigné de notre terrifiant présent (l’Amérique de Trump, notamment) que de nos dérives esclavagistes, concentrationnaires, génocidaires.

     Difficile avec une telle force dans le récit d’exprimer des griefs et pourtant, comment ne pas y voir de la lourdeur ? Ne serait-ce que d’un point de vue musical : Chaque épisode se ferme donc sur une chanson, histoire de bien parfaire la lourdeur formelle. L’avantage c’est que la plupart des morceaux sont judicieusement utilisés et parfois ce sont des morceaux magnifiques, discrets : Ainsi « Nothing’s Gonna Hurt You Baby » de Cigarette after sex, vient clore de façon déchirante un bel épisode 7 centré sur Luke. Ainsi l’épisode suivant se ferme sur « White rabbit », de Jefferson Airplane. Ainsi « Wrap Your Arms Around Me » de The Knife ferme l’épisode 9. Il m’en faut peu. Car il y a aussi des trucs sur-utilisés et passe-partout comme You don’t own me, de Lesley Gore, Don’t you, de Simple Minds, Feeling good, de Nina Simone. Que des supers morceaux, hein, évidemment. C’est un peu à l’image de ces giclées de bassons et nappes de violons signées Adam Taylor qui balaient chaque mini climax ou scène capitale, c’est ni forcément utile ni très subtil, mais ça remue, perturbe, accentue la violence sourde de ce monde.

     Si The Leftovers m’avait donné envie de me pencher sur Les disparus de Mapleton, le livre de Tom Perrotta dont la série est l’adaptation, je crois avoir eu plus envie encore de revoir, revivre ce récit au travers de la série, véritable déflagration quand le livre était, lui, juste excellent. The handmaid’s tale c’est un peu le contraire : Je ressens moins le besoin de me jeter illico sur la saison 2 (mais je vais le faire quand même, après Better Call Saul S4 et Le bureau des légendes S4) que de lire La servante écarlate, de Margaret Artwood, écrit en 1985 dont la série est l’adaptation. Au vu de la richesse de cette Amérique alternative offerte à l’écran, ça doit être un livre absolument dément, ce n’est pas possible autrement.

Coincoin et les z’inhumains – Bruno Dumont – 2018

01. Coincoin et les z'inhumains - Bruno Dumont - 2018L’attaque des clowns.

   6.0   Ptit Quinquin, il y a quatre ans, m’avait semblé faire office de promesse : J’avais perdu mon Dumont, j’en trouvais un autre, son versant comique, qui ne me séduisait pas entièrement mais parvenait à produire un peu d’exaltation ici et là et surtout à se renouveler tout en restant dans sa syntaxe. Ma Loute puis Jeannette ont tout brisé. Au point que je craignais de revoir ses premiers films. Dieu merci, je les ai revu et les aime autant sinon davantage, à l’image de Hors satan et Hadewijch. Je n’étais pas vraiment serein : à la fois très excité et très fébrile à l’idée de retrouver Quinquin et le tournant de cette filmographie. Et je suis mitigé.

     A la fois je suis content de retrouver cet univers, surtout dans sa mutation apocalyptique à base d’extraterrestres flaques eud’brin / clones de personnages bref une sorte de mix entre un 2001 boueux et une version cheap d’Invasion of the body snatchers. Bref : « C’est le monde moderne, Carpentier ». J’ai eu de beaux moments devant Coincoin. Parfois franchement ri « Non mais c’est quoi ce BORDEL, là ? » et parfois trouvé ça très beau : Tout dès l’instant que Coincoin est dans les parages et aussi bien quand il est en compagnie de l’gros, Eve (qui entre-temps s’est amourachée d’une fille) ou sa nouvelle conquête du camping. C’est d’ailleurs lorsque Dumont le réunit lui et le commandant, lors du quatrième épisode « L’apocalypse » durant la filature des extraterrestres, que je n’ai plus aucune réserve.

     Je me suis aussi un peu ennuyé. Trop abasourdi par cet humour d’une lourdeur sinistre. Quand on répète trois fois le même gag de Buster Keaton puis trois fois le même gag de Jacques Tati, je finis en effet par trouver ça un tout petit lourd. D’autant que c’est la partie visible de l’iceberg, là. La partie immergée c’est tout ce qui touche aux gendarmes. Mon dieu, le calvaire. Ils m’avaient déjà gonflé dans Quinquin, qui s’en trouvait déséquilibré par leur temps de présence, mais là c’est le ponpon : avalanches de grimaces, d’expressions imbitables, regards caméra, voitures penchées. Disons qu’ils me font marrer cinq minutes : Sur une réplique « Ma main à couper que cet oiseaux n’est pas humain, Carpentier » ou une mimique lorsqu’ils apparaissent dans une scène mais Dumont étire tellement leur temps à l’écran, c’est trop. Moi je veux surtout voir Coincoin et ses potes. Voir Coincoin éberlué, lâcher des « Putain, ils sont dingues, tous ». Ça ne m’a ceci dit pas empêché de me marrer, notamment durant le très beau troisième épisode « D’la glu » pourtant quasi monopolisé par nos chers gendarmes.

     Malgré tout, c’était chouette. Moins que Quinquin puisque d’une part l’effet de surprise s’est volatilisé et d’autre part on a gagné en slapstick ce qu’on a perdu en poésie. Mais il y a des idées, des tentatives, des trucs qu’on ne voit nulle part ailleurs, ne serait-ce que dans son côté carnavalesque, ses personnages secondaires abracadabrants (le médecin légiste, les prêtres), ses lieux dingues (un tunnel, un camping, une ferme, un quartier résidentiel, un camp de migrants). Esprit carnaval qui se concrétise à la toute fin dans une séquence très belle, lumineuse (mais j’imagine qu’on peut aussi la trouver pantouflarde) où se croisent de nombreuses apparitions de ces quatre épisodes, des chevaux blancs, les jeunes, les gendarmes, les migrants. Tout le monde. On y croise même Ch’tiderman. Et puis quand je repense à la phrase du fermier « Je me fais attaqué par un goéland et y a ces deux couillons qui tournent en rond » je me dis que c’était quatre belles heures, tout de même.

Sans un bruit (A quiet place) – John Krasinski – 2018

30. Sans un bruit - A quiet place - John Krasinski - 2018Silence, on survit !

   7.0   Sans un bruit est probablement, dans son genre, le film le plus efficace sorti depuis un moment. Tellement efficace qu’on lui passe d’être parfois invraisemblable.

     La crédibilité pose d’abord problème en ce sens que le bruit est une source difficilement quantifiable, ainsi, les monstres du film, caractérisés par leur hypersensibilité auditive, entendent un peu trop ce que le scénario souhaite qu’ils entendent. Les personnages utilisent donc le langage des signes pour communiquer mais ils pourraient avoir appris à chuchoter – L’action du film se situe quelques mois après « l’avènement des monstres » donc les survivants sont à priori rodés : J’imagine qu’on sait vite quel bruit les fait rappliquer.

     Si l’idée fait d’abord office de concept, cela permet au film de se jouer dans le silence et donc ça occasionne de vrais instants de tension. Et puis il y a de belles trouvailles, comme ces fins chemins de sables crées pour ne pas marcher sur des feuilles mortes et autres éléments de la nature capables d’émettre ne serait-ce qu’un son. Ou bien cette séquence sous une cascade, avec ses vertus libératrices mais éphémères, qui voient surtout un touchant échange entre un père et son fils.

     Pour donner un peu d’eau à son moulin et de dimension romanesque, Sans un bruit s’ouvre sur un drame occasionnant un trauma et un deuil impossible. Classique. On aura aussi le droit à une adolescente sourde. Classique. Et surtout, il complique la tâche de cette petite famille dans un avenir proche puisque la jeune mère de famille est enceinte de huit mois. Mettre au monde un bébé dans un monde où le bruit est prohibé semble être une idée carrément débile mais surtout très angoissante pour tout le monde. Bref, trois idées standards mais trois bonnes idées, bien exploitées, permettant au film qu’il ne tombe pas dans le truc arty super chiant et grippe-sou. Là on est dans une logique de divertissement, assez généreux dans son genre, qui ressemble aux excellents Frozen ou 47 meters down, en gros, pour taper dans ce qui s’est fait de mieux récemment. 

     Ceci dit, le produit est très hollywoodien, donc les rebondissements prennent toujours place à grands renforts de musique illustrative et la mécanique, aussi minutieusement troussée qu’elle est, ne relève d’aucun génie, d’autant que le film, dans ses pics, joue ouvertement sur l’évocation, aussi bien à Jurassik park (la séquence des enfants dans la voiture), à The descent (le bruit des bestioles) qu’à La guerre des mondes – La séquence dans le sous-sol en est quasi le décalque. Ce qui n’est pas pour me déplaire, surtout quand c’est offert avec un tel soin.

     A noter que les enfants sont excellents, c’est important. Et que le couple, formé d’Emily Blunt et John Krasisnki (Qu’on a entre autre pu voir dans The Office US, notamment, mais aussi dans Promised land, et qui se retrouve à réaliser « Sans un bruit » lui-même) sont ensemble en vrai. Bref, on y croit et on flippe bien comme il faut avec eux. J’en demandais pas tant.

Inception – Christopher Nolan – 2010

Inception - Christopher Nolan - 2010 dans * 2010 : Top 10 Inception

Sit down roller coaster. 
And tears.  

     9.0   Si Dunkerque, plus tard, concocte trois films de guerre en un seul, avec Inception, Nolan navigue autant entre les niveaux de rêves qu’entre les genres, puisqu’on est à la fois dans le film d’espionnage (la mission consistant à infiltrer le cerveau d’un riche héritier en lui administrant une idée), le film d’action (La séquence du couloir et de l’ascenseur sous pesanteur, pour ne citer qu’elle, ferait pâlir n’importe quel film d’action) mais aussi le pur mélodrame, puisqu’il n’est question que de deuil impossible.

     Si la mission investit en effet les rêves d’une cible, le film, lui, plonge dans les souvenirs torturés de Cobb, brillant espion extracteur, de plus en plus malmené par des vieux démons : D’une part sa défunte femme et ses enfants (qu’elle a jadis laissés en se suicidant) apparaissent dans les rêves de chacune de ses missions, au coin d’une rue ou dans la foule de figurants, créant un vertige plutôt perturbant, d’autre part car il utilise après chaque sortie de rêve un procédé de vérification à base d’une toupie (qui ne s’arrête pas de tourner si le rêve se prolonge) prouvant son instabilité face à cette frontière, devenue quasi invisible, entre rêve et réalité.

     Il faut attendre le dernier tiers du film pour que nous soit révélées les causes de cette disjonction : Cobb a jadis visité ce qu’on appelle les limbes. Autrement dit un niveau de rêve hyper avancé duquel on peut ne jamais revenir, où les minutes dans la réalité sont des années tout en bas. L’idée ô combien bouleversante d’Inception se situe dans cet espace créatif-là, à la fois exaltant (un monde façonné à notre image, où il s’agit de se prendre pour son Créateur, où l’on peut ne pas choisir entre une maison et un appartement, pour reprendre les mots de Cobb) mais dangereux puisque quoiqu’on finisse par croire (Il a vieilli avec sa femme là-bas avant de revenir, jeune, dans le monde réel) ce n’est pas la réalité. C’est du voyage dans le temps, pur et simple. Sorte de pendant mental d’Interstellar, en somme.

     Comprendre Inception de fond en combles, à en extraire les moindres détails et les étaler sur les forums n’est pourtant pas du tout ce qui m’intéresse. C’était déjà ça à l’époque de Matrix, vers lequel ce film de Nolan semble s’approcher et si ça m’avait titillé d’en ouvrir et fouiller les tiroirs je m’étais vite rendu à l’évidence que ce n’était pas tellement mon truc. Non, ce qui fonctionne à merveille ici, c’est cette plongée, complètement hollywoodienne dans une imagerie typique de l’action movie (Mission impossible, Au service secret de sa majesté) revisité par la technologie actuelle qui permet de faire des choses incroyables en terme de rythme tout particulièrement (la dernière heure du film c’est du jamais vu à ce niveau-là, Inception montrant les rêves dans les rêves, avec les mêmes personnages sur quatre temporalités différentes), mais aussi visuellement lorsque la ville de Paris se referme sur elle-même, lorsque les magasins explosent au ralenti, lorsque des rangées d’immeubles s’effondrent peu à peu dans l’océan, lorsque l’on assiste à un combat sous pesanteur.

     Alors certes, c’est une grosse machine, cent cinquante minutes qui filent à cent mille à l’heure,  il faut passer outre des codes de cinéma d’espionnage usés jusqu’à la moelle, avec son installation, ses rebondissements en rafale, son utilisation musicale (Le score de Hans Zimmer occupant 95% de l’ambiance sonore), sa narration pédagogique : en permanence, les personnages expliquent le déroulement de l’action, afin de former le personnage nouveau, incarné par Ellen Page, sur lequel on se projette. Ce n’est pas gratuit, mais heureusement qu’elle est là, disons, autrement ce serait imbitable. Après la projection, que l’on ait tenté de saisir chaque morcellement de l’histoire ou que l’on ait simplement été véhiculé par la dynamique du film, on est lessivé, quoiqu’il en soit. Ça fait presque office d’attraction forte.

     Mais la grande réussite d’Inception est d’avoir atteint la combinaison alchimique et souvent paradoxale voir casse-gueule entre film d’action et casse-tête, si bien que celui qui serait réfractaire à l’un pourrait tout aussi bien prendre son pied dans l’autre. Donc, le film peut se voir comme un récit de science-fiction où il s’agirait de cambrioler les rêves, d’en extraire des éléments (l’extraction) ou d’en y injecter (l’inception) dans une logique qui tiendrait entièrement du récit d’espionnage, mais tout aussi bien comme un film d’action nouveau, non au sens où il réinvente véritablement mais au sens où il prend des risques incommensurables à jouer sur différentes strates temporelles. On est moins vers quelque chose de cérébral que dans une version 2.0 de Mission : impossible, grosso modo.

      Lors de sa sortie en salle il y a huit ans, j’y suis allé deux fois. Moins pour comprendre et démêler des zones d’ombre que pour prolonger le plaisir, l’exaltation qui se dégage de chaque plan, chaque séquence. J’y suis retourné comme on remonte dans un manège. Inception est un rollercoaster, certes (le plus beau depuis quand ?) mais c’est sa mélancolie qui me fait l’aimer encore davantage aujourd’hui. C’est un grand film d’amour, sur une âme perdue, seule face à ses démons, ses souvenirs cruels, sa temporalité disloquée. Aujourd’hui, je me dis même qu’il est presque aussi fort émotionnellement qu’Interstellar. Bref, ça faisait 4 ! Comme le nombre de rêves imbriqués à la fin. Et je le reverrai encore, sans problème, d’autant que c’est comme Titanic, ça passe en un claquement de doigts.

L’amour est une fête – Cédric Anger – 2018

29. L'amour est une fête - Cédric Anger - 2018Cum on feel the noize.

   6.0   Il a réalisé quatre films, j’en ai vu trois à ce jour, adoré un, oublié un autre, et s’ils ne révolutionnent rien chacun dans leur style/genre, j’aime le soin que Cédric Anger apporte à leur univers. A l’âpreté et la méticulosité quasi parfaites de La prochaine fois je viserai le cœur, inspiré de l’affaire Alain Lamare, répond la nonchalance et l’extravagance de L’amour est une fête, qui pénètre dans le monde du porno du début des années 80. Bref, absolument rien à voir.

     Autant l’aspect réunion d’acteurs-copains-comme-cochon et franchement relou dès l’instant qu’ils tournent  ensemble (Mon idole, Narco, Les infidèles…) Canet/Lellouche ne m’inspirait pas des masses, autant la perspective de voir d’une part Anger s’attaquer à ce projet casse-gueule et d’autre part voir comment on peut raconter le porno parisien de 1982 en parallèle de ma découverte de The deuce, série qui raconte la naissance du porno new yorkais en 1971, m’excitait grandement. La comparaison s’arrête là, ils ne jouent absolument pas dans la même cour.

     C’est un film très bizarre. D’un côté ça ne ressemble pas du tout à un film dans lequel on s’attend à croiser Canet & Lellouche, tant la dimension comico-beauf qu’ils émanent, est souvent évacuée au profit d’une chronique qui ne se vautre que rarement dans la suffisance et la sur-écriture. D’un autre coté c’est un Anger un peu raté tant le film d’ambiance qu’on attend de lui est aussi parfois contaminé par ce duo trop imposant et une construction un peu informe, dont on aurait bien condensé la première heure. 

     Si Canet n’avait jamais été aussi bon que dans La prochaine fois je viserai le cœur, justement, il l’est une fois de plus ici, en flic infiltré dans le peep-show pour enquêter sur les affaires de blanchiment. Lellouche moins, mais on s’y attendait, surtout le temps d’une scène sur un terrain de tennis, qui en plus de s’avérer complètement inutile grimpe à 7 de ridicule sur l’échelle de Chacun sa vie. Le reste du casting est parfait. Aussi bien le producteur barré, joué par Michel Fau que le réalisateur nounours joué par Xavier Beauvois. Sans parler de l’indice nichons très élevé, évidemment.

     Si le film bascule du bon côté à mes yeux, c’est pour sa dernière demi-heure, en gros, car je comprends qu’il se fiche de son histoire d’infiltration, qu’il se fiche de filmer le duo, qu’il se fiche de filmer des nichons : le film tient sur le même fil que les tournages pornos qu’il raconte, fasciné par cette ambiance pré-numérique, qui découle de 68, où les gens s’amusent, où ces types considèrent le porno comme de l’art, où les actrices rêvent encore de devenir de vrais actrices hors du circuit porno. Je trouve L’amour est une fête très proche d’Un couteau dans le cœur, en fin de compte. Gonzalez et Anger redonnent un sens plus sensuel à la nostalgie. La fin est superbe, en plus, avec sa quête lumineuse guettée par la mélancolie crépusculaire. C’est 1982 qui s’en va : La pellicule dans le X va bientôt disparaître et le Sida va arriver.

Twister – Jan de Bont – 1996

Helen Hunt, Bill PaxtonThey’re like the wind.

   6.5   Encore l’un de ces films que j’ai beaucoup regardé étant gosse. Mon genre de prédilection, à l’époque – J’ai aussi de beaux souvenirs de Deep impact, Le pic de Dante ou Les survivants, s’il faut rester dans les années 90. Twister fait donc partie de cette vague de films catastrophe en même temps qu’il est aussi une belle comédie de remariage. Helen Hunt et Bill Paxton y sont parfaits. Et les tornades aussi. Si elles bavent un peu, parfois (finalement moins que les effets spéciaux de San Andreas, pourtant sorti en 2015) c’est sans doute car il faut trop en montrer – Ici une vache, là une citerne – mais globalement c’est du beau travail. Dommage qu’au lieu de s’intéresser pleinement à son groupe de personnages (Et il y a des supers acteurs en plus : Philip Seymour Hoffman, notamment, déjà cabotin, pour le meilleur) le film construise une opposition sans intérêt : notre groupe contre un groupe de « méchants » roulant en 4×4 noirs, ayant chouré l’invention (pour ne pas dire le bébé, puisqu’ils l’ont appelé Dorothy) de notre gentil couple de climatologues. C’était pas utile. D’autant qu’on sait vite ce que le film va en faire – Caution spectacle et disparition de personnages, sans trop de cruauté. Pour le reste – musique mise de côté, beaucoup trop illustrative – le film tient aussi bien la revoyure qu’il traverse le temps. Cas étonnant que celui de Jan de Bont, tout de même. D’abord directeur de la photo entre autre chez Verhoeven, pour Basic instinct et chez McTiernan, pour Piège de cristal – Excusez du peu ! – avant qu’il ne devienne réalisateur pour le superbe Speed, puis ce beau Twister (deux gros succès) avant de se faire hara-kiri avec l’insipide Speed 2, immense nanar et plantage commercial, qui le fit disparaître des radars.

The Affair – Saison 4 – Showtime – 2018

10. The Affair - Saison 4 - Showtime - 2018Sous l’océan.

   8.5   Si l’on craint d’abord que The Affair ne s’applique trop à confirmer l’expression selon laquelle c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures, disons durant une petite moitié de saison où le soap est certes de qualité, comme toujours, mais un peu trop fabriqué, un peu trop nourri, il faut reconnaitre que la série a rarement atteint une telle puissance / justesse émotionnelle que lors de son déchirant dernier tiers.

     Durant les quatre premiers épisodes, on balance donc les intrigues nouvelles, tout en ouvrant chaque épisode sur un flashword bien chelou, une affaire de disparition dont on aura les explications lors de l’épisode 8. Entretemps donc, Vikram apprend qu’il a un cancer du pancréas, mais souhaite avoir un enfant avant de partir ; Helen, quatre fois maman, est ravie. Alison rencontre Ben lors d’une conférence thérapeutique sur le stress post-traumatique et Ben va bientôt croiser Cole aux alcooliques anonymes ; Noah va coucher avec la proviseur du campus dans lequel il enseigne, proviseur qui est aussi la mère d’un de ses élèves ; Luisa n’est pas en règle avec ses papiers d’identité mais ça semble être le cadet des soucis de Cole qui se voit contraint de vendre le Lobster Roll (et donc ce qui reste de son mariage avec Alison) a des investisseurs chinois.

     J’ai adoré voir Cole, durant cette saison. Sa relation avec Luisa sent tellement le pâté qu’il va décider sur un coup de tête de partir en quête de soi sans trop savoir qu’il part sur les traces de son propre père. Et en découvrant le passé de son père, il va aussi découvrir qu’il n’aime pas Luisa mais Alison et va donc tout faire pour la récupérer. Cet épisode (5) central s’ouvre sur un chapitre Vikram, on craint alors que la série ne se disperse trop, à l’image de la saison 3 quand bizarrement elle offrait un chapitre sur Juliette, qu’on ne reverra pas, au passage. Dans The Affair, le découpage des épisodes offre parfois une moitié d’épisode plutôt anecdotique et une autre moitié magnifique, on a appris à s’y habituer.

     Quoiqu’il en soit, la partie de l’épisode 5 consacrée à Cole et la partie de l’épisode 6 consacrée à Alison sont les deux plus beaux et terribles à cet instant pour moi. Sans doute parce que The Affair pour moi n’est jamais aussi brillant que lorsqu’elle évoque Alison et/ou Cole. J’ai un peu relégué Helen & Noah qui m’ont particulièrement gonflé dans la saison précédente, elle avec Vikram, lui avec sa fille Whitney, son séjour en prison, l’héritage de son père, sa petite française. J’ai fait un rejet Noah, en fait. Inévitablement, l’épisode 7 de cette saison 4, centré à la fois sur Helen, en voyage avec Sierra façon Thelma et Louise direction une réunion hippie dans une yourte en plein désert, et Noah qui veut tout faire pour embarquer Anton direction Princeton, n’est pas celui qui m’a le plus excité durant cette saison, loin s’en faut.

     Heureusement il y a les trois derniers. Si on peut d’ores et déjà les compter parmi les plus beaux de la série, toute saisons confondues, on peut d’emblée s’arrêter sur le 9, l’avant-dernier de cette saison, parce que sa construction, bien que représentative de The Affair (Deux parties, deux points de vue) s’avère aussi troublante que
terrible. Ce n’est ni plus ni moins qu’un remake d’Une sale histoire, de Jean Eustache, à la différence qu’il n’y a pas de monologue mais un long dialogue, entre deux personnages dans une même pièce, 2x30min durant. La fiction puis le document, autrement dit ici le fantasme puis la réalité, ce que le spectateur souhaite voir puis ce qui s’est réellement déroulé. L’épisode suit donc un même personnage à savoir Alison sur une situation identique mais où tout va changer : Le ton, le climat, le déroulement, les vêtements, les traits sur les visages. C’est Mulholland Drive. M’est avis d’ailleurs que nous offrir une séquence pivot en cuisine devant un robinet et une machine à café n’est pas le fruit du hasard. Lorsque l’on capte le visage d’Alison et son reflet dans la fenêtre, c’est le même bouleversement, la même émotion que l’on ressent lorsque Diane « se réveille » dans le film de Lynch.

     The Affair a toujours coupé ses épisodes en 2, depuis le tout début c’est sa marque de fabrique, parfois pour raconter une même situation mais selon deux points de vue, parfois pour raconter deux situations sans rapport sinon leur temporalité mais toujours selon deux angles de vue. Durant les trois derniers épisodes, The Affair va brillamment casser son dispositif. D’abord (épisode 8) en offrant une dernière partie minuscule (cinq minutes à peine sur Noah) après avoir suivi Cole (en partie accompagné de Noah) dans un road-trip cool puis macabre, cinquante minutes durant. Ensuite en offrant tout l’épisode à Alison. Et enfin en découpant en trois chapitres le tout dernier : Noah puis Cole puis Helen. Rien que de lire ce chapitrage sans Alison j’en ai la chair de poule. The Affair c’est Alison, pour moi. C’est le cœur de la série. Et si elle est au cœur de cette saison 4, je ne vois pas comment The Affair pourra se relever de ce parti pris dans son ultime saison mais je serai bien évidemment au rendez-vous.

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