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Les deux cavaliers (Two Rode Together) – John Ford – 1961

33. Les deux cavaliers - Two Rode Together - John Ford - 1961Les prisonniers du désert.

   6.0   L’un des tous derniers films de Ford, inégal certes, mais loin du faux-pas revendiqué par son auteur lui-même. Comme Hawks refaisait Rio Bravo dans El Dorado, Ford refait La prisonnière du désert, ici avec James Stewart et Richard Widmark, qui partent à la recherche de jeunes blancs enlevés quelques années plus tôt par des Comanches dans un village. Si Widmark joue un officier de camaraderie, dévoué, juste et patient, Stewart campe un shérif cynique et pourri, bien plus préoccupé par ce que va lui rapporter sa mission que l’objet-même de la mission. Le film trouve un équilibre très étrange puisqu’il est à la fois hyper sombre, parfois émouvant et cruel (le garçon qu’on vient d’arracher une deuxième fois à sa famille et qui est touché par un air de musique de son enfance) et dans le même temps volontiers potache, alcoolisé, c’est comme s’il préparait la farce de La taverne de l’Irlandais. T’as des moments où Ford abuse un peu de ces légèretés occasionnant de vraies grosses fautes de goût, mais globalement c’est pas mal.

Star Wars, épisode II, L’Attaque des clones (Attack of the Clones) – George Lucas – 2002

35. Star Wars, épisode II, L'Attaque des clones – Attack of the Clones - George Lucas - 2002Grossier personnage.

   3.5   En faisant abstraction du SUBTIL jeu d’Hayden Christensen. En ne prêtant pas attention à toutes ces séquences surlignées qui le font surjouer son glissement vers le côté obscur, son insolence envers Obi-Wan, ses envies de dictature, tout ça. En passant outre la bouillie numérique générale. En oubliant vite devant la course-poursuite avec Jango Fett que Lucas semble d’être inspiré du Cinquième élément. En faisant fi d’un nombre incalculable de scènes inutiles. En essayant de pas me marrer devant l’échappée romantique Padmée / Anakin à se rouler-bouler dans les hautes herbes lombardes devant d’immenses chutes d’eau synthétiques. A tout faire pour oublier que le scénariste devait être mort quand tout ce merdier se termine dans une gigantesque arène où l’on doit autant penser cinéma qu’à ce qu’on mange en ingérant un maxi best-of big-mac et son Sunday chocolat. En se persuadant que ce n’est qu’un mauvais moment à passer en attendant d’être un poil plus comblé avec l’épisode suivant qui recolle à La Trilogie qui compte vraiment. En faisant tout ça, L’attaque des clones est presque une agréable surprise tant je craignais de le revoir au moins autant que de voir un professeur quand t’as pas fait le devoir qu’il t’a demandé. Il y a une vraie noirceur dans le récit, déjà. Et la marche impériale qui débarque sans crier gare à la fin. Bon, c’est tout, mais c’est déjà pas mal. Je m’attendais tellement à me faire chier comme un rat mort que c’est passé tout seul, favorisé par les hasards d’une bonne humeur, probablement. Et puis quand tu vois Dooku sur sa mobylette il vaut mieux être de bonne humeur. En fait, je me suis fait la réflexion : Si t’enlèves Hayden Christensen, c’est pas si mauvais, non ? Punaise, j’avais réussi à faire abstraction, pourtant.

Compte tes blessures – Morgan Simon – 2017

23. Compte tes blessures - Morgan Simon - 2017Œdipe rock.

   6.0   Là on est face à un film qui cumule les tares et les clichés d’une premier film « dans l’air du temps » qualité Prix Louis Delluc avec son filmage qui convoque autant le dépouillement dardennien que les éclats plastiques d’un Dolan. Les cases sont bien cochées pour séduire la petite presse. Le film s’ouvre sur les hurlements scéniques d’un jeune métalleux et se ferme sur une poignée de main d’adieu. Entre ces deux pôles, l’histoire tient sur pas grand-chose sinon des gestes, des regards, une douleur masquée qui relie un père et son fils et le personnage féminin qui va tout chambouler. Monia Chokri y est au moins aussi sublime que dans Les amours imaginaires. La grosse scène (autour de laquelle le film semble avoir été écrit) vers la fin fait exploser tous les enjeux et s’avère aussi sensuelle que malaisante. Je suis sans doute la cible idéale dès qu’il s’agit de rapports père/fils malmenés par un double événement insolite (Ici le poids de la disparition et l’amoureuse commune) mais y a vraiment des instants très émouvants.

À fond – Nicolas Benamou – 2016

21. À fond - Nicolas Benamou - 2016Régulateur blagueur.

   4.5   Contre toute attente, ce remake de Speed avec un monospace à la place du bus et un régulateur de vitesse récalcitrant en guise de bombe, s’avère pas désagréable, pour la simple et bonne raison d’une part que le rythme y est particulièrement effréné et agréablement effrené, pas hystérique à t’en décoller les rétines (Ce qui n’est pas étonnant de la part de Nicolas Benamou, qui co-réalisait avec Lacheau les deux beaux opus de Babysitting) et que tout est tourné en décors naturels : Pas de fond vert ni de voiture en studio (comme le voulait la production au départ) mais une véritable autoroute 1h30 durant ou presque : les premières minutes sont nulles à chier, tant qu’on n’a pas mis les pieds dans le monospace, en fait. Le film capitalise alors sur ses personnages cinglés en rafale (le flic zélé, l’auto-stoppeuse nunuche, le gitan énervé, le papy catastrophe, les gosses hystériques, la maman badass…) et des gags et running-gags pas toujours originaux ni inspirés mais se relayant avec suffisamment de punch pour ne pas s’en satisfaire. A noter que Foresti en commissaire et Commandeur en vendeur de voiture m’ont bien fait marrer. J’étais de bonne composition, sans doute.

Star Wars, épisode I, La Menace fantôme (The Phantom Menace) – Georges Lucas – 1999

30. Star Wars, épisode I, La Menace fantôme - The Phantom Menace - Georges Lucas - 1999Les enfants d’une force nouvelle.

   5.0   De cette ouverture de prequel je retiens tout de même de belles choses, malgré Jar Jar Binks (qui soit dit en passant est moins missa-désagréable en VO), malgré le lissage des effets spéciaux (Pour ne citer que ça : Où est passé notre Jabba gluant, luisant, veineux, dégueulasse ? On le croit sorti du pressing), malgré le prêchi-prêcha de chevaliers Jedi devenus franchement lourdingues. Je ne retiens pas Coruscant et son esthétique lissée qui ne parvient pas à choisir entre Miyazaki et Blade Runner. Je ne retiens pas non plus la première demi-heure qui est d’une chiantitude désarmante – Admettons ceci dit qu’ouvrir une trilogie ne doit pas être chose aisée, raison pour laquelle il faut saluer le récent travail de J.J.Abrams sur Le réveil de la force – alors que sur le papier, suivre les deux ambassadeurs Jedi que sont Obi-Wan (incarné par un Ewan McGregor arborant une queue-de-rat bien ridicule) et son mentor Qui-Gon (Le beau personnage de cet épisode, sage guerrier et enseignant bienveillant, avec un très sexy Liam Neeson en plus) avait quelque chose d’excitant qui convoquait, un peu, le voyage de Luke et Obi-Wan dans A new hope. Malheureusement, le montage est laborieux et les séquences sont, pour la plupart, beaucoup trop courtes, bavardes et pas forcément lisibles dès que ça bouge. C’est donc légitimement que je vais retenir, outre Tatooine, ses marchés grouillants, sa tempête de sable, l’idée du taux de midi-chloriens et la tant attendue apparition de mini-Anakin, la course de modules, chorégraphie franchement jouissive façon Ben-Hur pour les gosses, un modèle du genre même si on a basculé dans le jeu vidéo ; Et la bataille finale avec Dark Maul. Encore trop de montage parallèle, d’inserts bidons et de bavardages dans cette séquence mais l’épisode trouve enfin son climax, hyper opératique, bien aidé par la musique (l’un des plus beaux thèmes de la saga, sinon le plus beau à mes yeux) qui permet à Lucas de se venger de ses piètres combats de sabres laser de la Vraie trilogie. Maintenant il faut aussi reconnaître que tout est cousu de fil blanc, hein. On sait qu’Anakin va gagner la course in extremis, on sait que Qui-Gon va mourir et on sait que Jar-Jar Binks va tuer plein de droïdes. C’est la suite logique. C’est Star Wars dans ce que ça a de plus programmatique. Mais c’est pas mal. Maintenant va falloir revoir le suivant et là j’ai peur.

La femme du boulanger – Marcel Pagnol – 1938

28. La femme du boulanger - Marcel Pagnol - 1938Terre sans femme.

   6.0   Agréable première rencontre avec le cinéma de Marcel Pagnol. C’est sensiblement comme je me l’étais imaginé, très écrit mais bien campé, très bavard mais chaleureux, peu inventif dans ses choix de réalisations mais sobre dans sa mécanique d’ensemble, mais en mieux que ça puisque plus fragile et plus sombre. Le film s’ouvre pourtant sous des auspices estivales, joyeuses, pleine de camaraderie et d’entraide, malgré les petits conflits entre chacun qu’ils font perdurer de façon absurde parce que leurs aïeuls étaient déjà en conflit. C’est mignon et traité de façon à ce que ça le reste, aussi bien le portrait simpliste de l’ensemble de ses personnages que l’évocation du suicide du précédent boulanger. Sauf que ça s’enraille brusquement, bifurque dans une ambiance plus du tout rassurante quand le nouveau boulanger (incarné par Raimu, absolument parfait en mari aveuglé par sa réussite) ne pétri plus son bonheur (Il a deux passions : Sa femme et son pain) mais sa tristesse lorsque sa femme se laisse séduire par un jeune berger et l’abandonne. Le boulanger est inconsolable et entame alors une grève du pain. La moquerie des uns qui se plaisent à en faire un camarade cocu, l’indifférence des autres qui constatent seulement qu’ils n’ont plus de pain sur leur table, il y a quelque chose de vil dans le portrait dressé de cette communauté, de faussement doux et chaleureux, une ambiance que je ne m’attendais pas à voir, plus tragique que de simples querelles de village. Le final et sa fameuse tirade de la pomponette est aussi inattendu qu’émouvant. Je ferai juste un reproche (assez important) au film : Je ne comprends pas bien sur quel espace de temporalité il s’étire. Du coup je ne pige pas toutes les motivations : L’ambiance du village se transforme, mais il lui faut du temps. Alors que la fuite des amoureux semble être hyper courte. Ça brise un peu l’élan mélodramatique.

We Blew It – Jean-Baptiste Thoret – 2017

25. We Blew It - Jean-Baptiste Thoret - 2017Road to Trump.

    6.5   Ces trois mots forment le point d’ancrage du film de Jean-Baptiste Thoret, projet qui m’excitait beaucoup tant son passionnant travail de critique érudit n’est plus à prouver. « We blew it » lâchait Peter Fonda, au coin du feu, dans Easy Rider. Thoret a construit là-dessus. Trois mots prophétiques tant ils annoncent tragiquement la fin du rêve, aussi bien celui de ces deux motards qui sillonnaient les routes sur leurs choppers que l’Histoire de l’Amérique, son cinéma et sa politique même si comme le rappelle Thoret : « Le cinéma est toujours politique ».

     Comment sommes-nous passés d’Easy Rider à Donald Trump ? De l’assassinat de JFK en 63 à l’élection de Ronald Reagan en 81 ? C’est la note d’intention toute simple de ce documentaire qui ressemble à un croisement improbable entre Michael Moore et Route/One USA de Robert Kramer, formellement parlant, s’entend. Questions auxquelles Thoret tente moins de répondre que d’étoffer de nouvelles questions, apporter de la nuance, briser ses propres préjugés. « Pour connaître l’Amérique, il faut la traverser » pense t-il.

     Il interroge alors de nombreux pionniers du Nouvel Hollywood comme Bob Rafelson, Jerry Schatzberg, Peter Bogdanovich mais aussi les héritiers instantanés comme Peter Hyams, Tobe Hooper, Paul Schrader ainsi que Michael Mann – Il a pas pu s’en empêcher le bougre et il s’en défend ouvertement : Selon lui, le réalisateur de Miami Vice est le seul cinéaste américain vivant à perpétrer une certaine norme du Nouvel Hollywood quand ses confrères refond les années 50 voire les années 80.

     Aux côtés de ces célébrités, dont l’œuvre est parfois tombée dans l’oubli comme celle de Stéphanie Rothman, Thoret va faire la rencontre de gens ordinaires, « natifs » de la culture sex, drogue et rockn’roll, cette même génération qui s’apprête à voter Trump aujourd’hui – Puisque le tournage de We Blew It s’effectue en plein pendant la campagne présidentielle.

     C’est un film passionnant, riche, autant qu’il est foutraque et circulaire. Pas toujours convaincu par son découpage et son espace de parole restreint et carré mais ça n’en reste pas moins un objet indispensable. D’autant que si la musique fait partie (trop) intégrante du film, on a le sentiment qu’elle est utilisée pour ne pas inonder le film d’images des films du Nouvel Hollywood. Cette musique archi présente c’est tout simplement une somme de morceaux repris des films de ce courant. Une manière de les citer sans les citer outrageusement.

     Si après un générique mémorable autant qu’il est inconfortable puisque totalement blindé d’images qui se chevauchent, se déforment, de bruits qui s’entrechoquent, le film d’emblée crache la scène d’Easy Rider comme pour dire « C’est dit, on en parle plus » et c’est un parti pris vraiment noble je pense – J’ai craint durant cet instant que le film tombe dans l’objet nostalgique.

     Film passionnant donc, mais peut-être pas autant que le débat qui suivit puisque Jean-Baptiste Thoret était là et comme d’habitude (J’ai le souvenir de deux soirées incroyables, instructives et passionnées, autour des projections de Sorcerer et The Swimmer – deux de mes films préférés – il y a quelques années au centre des Arts d’Enghien) c’était absolument divin de l’écouter. On l’écouterait déblatérer sur le cinéma toute la nuit sans problème, lui.

     Et d’ailleurs son intervention a dû durer le temps du film, sans exagérer. Il était très en forme, très dur parfois, et très franc surtout, quand on lui demandait d’expliquer pourquoi il avait choisi d’interviewer untel plutôt qu’un autre – Si Spielberg et Scorsese c’était pour lui no way, pour tout un tas de raisons que t’imagines très bien je pense, il ne se voyait pas non plus faire venir Friedkin tant il était persuadé qu’il lui rabâcherait les anecdotes de ses mémoires puisque c’est ce qu’il fait partout depuis cinq ans, en revanche il aurait adoré avoir, outre ceux qui ne sont plus là, Warren Beatty et Robert Redford. J’ai quelques réserves (à l’image de ce dernier plan appuyé) mais beau film dans l’ensemble.

Star Wars, épisode VI, Le Retour du Jedi (Return of the Jedi) – Richard Marquand – 1983

27. Star Wars, épisode VI, Le Retour du Jedi - Return of the Jedi - Richard Marquand - 1983Au nom du père.

   5.5   Comme dans mes souvenirs, ce troisième volet m’ennuie sitôt embarqué sur Tatooine (Première partie interminable et complaisante à trop vouloir envoyer un max de gueules déformées possibles, même si son issue avec la bataille au-dessus du Sarlacc est plutôt bien fichue et drôle et Leia est super bonne est super bien habillée quand elle étrangle le gros Jabba) ou sur la lune forestière d’Endor avec les Ewoks, bien qu’on puisse là encore compter sur Leia et Solo (et leur jeu du chat et de la souris) pour sauver les meubles. Heureusement que Solo est décongelé ceci dit.

     Heureusement aussi que l’arc narratif Luke/Vador prend une telle dimension, suicidaire dans leur absorption provisoire par l’empereur, et cathartique dans le revirement émouvant du père avant sa mort. Ayant découvert Star Wars à l’époque de La revanche des Sith, je crois avoir toujours vu Hayden Christensen accompagnant Yoda et Obi-Wan en hologramme jedi à la fin. Sans discuter des autres choix de révisionnisme numérique opérés par Lucas pour la restauration de la trilogie, prendre le personnage à l’instant où il n’est pas encore gagné par le côté obscur s’avère, à mon sens, plus judicieux que l’apparent choix initial – Un vieux qui ressemble vaguement, en moins cramé, au Vador sans son masque – et cette courte scène, muette qui plus est (enfin ils ne parlent pas), montrant ces trois mentors enfin réconciliés, est très belle.

     Pour le reste, j’avais oublié à quel point le retour de Luke sur Dagobah était à ce point inutile et nul. Si ce n’est pour nous dire ce qu’on savait déjà : la confirmation que Vador est le papa de Luke, que Leia est sa sœur. Le méga scoop. La séquence existe uniquement pour faire mourir Yoda et lui dire adieu. Et c’est foiré. On s’en fiche. Ça n’arrive jamais à la cheville de leur rencontre dans L’empire contre-attaque. Reste que ça soulage un peu, entre l’épuisant désert de Tatooine et la lourdingue forêt d’Endor à venir.

     Bon, je suis un peu dur car pris dans la continuité des deux épisodes qui le précèdent, c’est pas si mal, ça se regarde, on veut voir jusqu’où ira l’affrontement / les retrouvailles père/fils et voir qui des deux basculera du bon ou du mauvais côté de la force. Séquence forte, rien à dire. Le problème c’est le reste : Les enjeux sont sensiblement les mêmes que dans Le nouvel espoir ou L’empire contre-attaque, ça n’invente strictement rien, ça brode autour d’une storyline imposante, cette fameuse convergence père/fils et d’une storyline divertissante, cette attachante histoire d’amour entre Leia et Solo, mais c’est tout. Beaucoup trop de C-3PO / R2D2 pour les fans, de petites batailles pour les geeks, de peluches pour les gosses, de personnages à tronches pour les vendeurs de figurines. Et un rythme qui globalement en pâtit, à mon avis.

La mécanique de l’ombre – Thomas Kruithof – 2017

24. La mécanique de l'ombre - Thomas Kruithof - 2017« Tu sais ce que ça veut dire, ne pas avoir de bonnet sur la tête pour aller là où on va ? »

   6.0   Aussi bien thriller d’espionnage que descente aux enfers d’un type lambda, La mécanique de l’ombre est le tout premier film de Thomas Kruithof et il s’entoure d’un beau casting puisque s’y cotoient François Cluzet, Denis Podalydès, Alba Rohrwacher, Sami Bouajila, Simon Abkarian.  J’ai littéralement adoré la première partie du film, toute la mise en place, hitchcockienne en diable, sobre, précise, parsemée d’une fine couche de La vie des autres voire de Conversations secrètes. Il y a une tension liée à l’enfermement qui évoque le film de Coppola. Et une forte impression plastique, clinique, morose, comme pouvait l’être celui de Florian Henckel von Donnersmarck, il y a dix ans. Parti pris jamais gratuit ici tant la forme s’acclimate parfaitement avec le fond : Il est simplement question d’un ancien comptable au chômage depuis un violent burn-out à qui un mystérieux « homme d’affaires » propose comme job de coucher sur papier des écoutes téléphoniques enregistrées sur bandes cassettes, en l’échange d’une rémunération confortable. Il doit simplement respecter une procédure très stricte, notamment utiliser une machine à écrire, se faire discret et suivre des horaires scrupuleux. « Si j’ai un problème, je peux vous joindre à quel numéro ? » demande-t-il à ce mystérieux Clément, lors de leur première entrevue qui aurait vraisemblablement dû être la dernière. « Vous n’aurez pas de problème ». Et forcément, bah y aura un problème. Sinon, le film serait tendu, stressant (vraiment, c’est palpable) pour rien. Il faut donc que la mécanique se grippe. Et là, malheureusement, ça fonctionne beaucoup moins bien. Ça va trop vite, trop loin, pour que les frêles épaules de Cluzet puissent être capables d’encaisser autant jusqu’à s’élever en héros ou en trouble-fête « un petit rouage qui grippe, un emmerdeur » façon John McClane. Ecoutes parallèles, soupçons, tortures, meurtres. On est plongé dans les arcanes des services secrets secoués par les éminences du scrutin présidentiel. Le film reste très mystérieux et construit son ambiance avec une économie de moyens et de plans qui forcent le respect. C’est à la fois une super idée (Suivre Cluzet qui ne comprend rien non plus c’est parfait) autant que c’est un peu juste dès l’instant que le film s’élargit, d’autant qu’il échoue aussi sur sa pâlotte dimension romantique. C’est pas Le bureau des légendes, quoi. Toutefois, je note que le film parvient à me faire reconsidérer le cas Cluzet, que j’en étais venu à détester depuis qu’il chassait les fouines chez Canet. Là je retrouve celui, plus équilibré, qui irradiait Ne le dis à personne et surtout A l’origine. Et puis alignement de planètes super bizarre, j’ai vu le film pile quand j’étais moi aussi dans une période difficile niveau boulot, débordé par mes classeurs, j’ai donc eu beaucoup d’empathie pour ce brave confrère.

Raid dingue – Dany Boon – 2017

22. Raid dingue - Dany Boon - 2017Raide naze.

   1.0   C’est donc ça le troisième plus gros succès au box office 2017 en France ? Un film aussi consternant que le jeu de mot qui se trouve dans son titre. Certes, un film de Dany Boon fallait pas s’attendre à mieux : Un film correct à son actif seulement, le sympathique La maison du bonheur. Et encore, avec de l’indulgence. Tout le reste c’est NON. Je l’imagine bien là, en train de trouver ses titres ridicules (« Supercondriaque », « Raid dingue », c’est quoi le prochain ? Ah tiens on sait déjà : « La ch’tite famille » Hum. J’ai quelques titres à lui proposer pour les films à venir : « Les ch’tis font du ski »,  « Les ch’tis mouchoirs », « La ch’tite vadrouille », « Ch’ti 62, Berck, nid d’espion » : Succès garantis !) et la satisfaction qu’il doit en retirer, cette même autosuffisance qui parcourt chacun de ses films. Ça me donne envie de me marrer ; Ou de pleurer, au choix. Raid dingue c’est donc, sans surprise ni roulement de tambours, super nul. Mais Alice Pol y donne de sa personne. On sent vraiment qu’elle croit en son personnage, qu’elle croit en Dany Boon, qu’elle croit en Raid dingue – Michel Blanc et François Levantal n’y croient pas, eux, par exemple, ça se sent lors de chacune de leurs apparitions. C’est touchant de la voir à ce point investi. Et ça l’est d’autant plus que c’est pile poil le personnage qu’elle incarne : Croire que le Raid va en faire sa première recrue, alors que c’est clairement la plus nulle de tous – Oui y a que des mecs autour d’elle, je te laisse donc imaginer le nombre de vannes sur les hommes / les femmes, Boon le roi de la subtilité. C’est donc un procédé proche de celui de La chèvre (Puisque Pierre Richard croyait lui aussi être un détective mais n’était bien entendu engagé que sur sa légendaire malchance) mais qui se mord bien vite la queue tant chaque nouveau gag est plus embarrassant que le précédent, chaque situation plus grotesque que l’autre, chaque personnage ridicule (mention spéciale à Yvan Attal en terroriste serbe) et accompagné de stéréotypes en tout genre qu’une police du bon goût devrait bannir. Raid dingue vise donc clairement Veber. Et dans son élan de prétention, il cite même De Broca. Ça va que Boon et Pol se regardent (et connaissant chaque réplique de) Le guignolo : Un film qui cite un mauvais film ne peut qu’être un très mauvais film.

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silencio


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