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Fatima – Philippe Faucon – 2015

19Journal intime.

   5.5   Plus aucun souvenir du seul film que j’avais pu voir de Philippe Faucon, Dans la vie, sinon qu’il était un film humain, mais un peu trop professoral. Fatima, auréolé du prix Deluc ainsi que de trois César dont celui du meilleur film, raconte l’histoire d’une mère de famille immigrée, femme de ménage vivant avec ses deux filles, qu’elle élève et accompagne du mieux qu’elle peut : Souad, 15 ans, effrontée, est en échec scolaire quand Nesrine, 18 ans, sérieuse, entre en première année de médecine. A la maison, Fatima parle l’arabe, ses filles parlent le français. Elles se comprennent évidemment très bien, mais cette distinction de langue crée un fossé culturel, une distance générationnelle. Ce sont les moments les plus réussis : Cette captation d’un monde intime qui se disloque et qui finalement parle autant de l’intégration que des rapports universels entre les enfants et leurs parents.

      C’est un beau film, minutieux, épuré, un peu pédagogique sans verser dans le didactisme. En fait l’idée part d’une véritable histoire et d’un matériau existant à savoir deux recueils de poèmes, Prière à la lune (2006) et Enfin, je peux marcher seule (2011) écrits par Fatima Elayoubi, dont le film pourrait grossièrement retracer un pan de sa vie, entre la tenue de son journal intime dans sa langue natale (qui l’amena à éditer ses recueils), ses missions de ménage, ses discussions plus ou moins délicates avec ses filles, son hospitalisation et son choix de suivre des cours d’alphabétisation. Dans sa conception même, le film de Philippe Faucon est assez irréprochable, puisqu’il fait appel à une actrice non-professionnelle, Soria Zeroual, femme de ménage algérienne résidant à Lyon.

     Si le film parvient assez miraculeusement à tenir sa trajectoire (la chronique, avant tout) c’est probablement qu’il surprend dans la durée de ses scènes, la composition de ses plans et son utilisation judicieuse de l’ellipse. Je le trouve à ce titre très respectueux de ses personnages (et de ce qu’ils choisissent d’être) mais aussi de son spectateur, ne martelant rien, trouvant régulièrement la note juste. Un bémol, toutefois, mais un gros, je ne comprends pas que Philippe Faucon ait choisi à plusieurs reprises de porter un regard un peu condescendant sur le monde non-musulman. Enfin disons qu’il y a ces cas tranchés, pas super subtils, comme il y a celui de l’introduction, avec la visite de l’appartement, qui me semble nettement plus intéressant dans sa façon de montrer que le français choisit de parler à celles qui parlent français car on en revient aux tragiques barrières de langue. Quand Fatima dit bonjour à une femme au supermarché car elle reconnait la mère d’une amie de sa fille, et que celle-ci esquive de façon brutale, j’ai un peu plus de mal, car je ne pense pas que le film ait besoin de ce genre de facilité. En fait, je trouve le film beau dès l’instant qu’il reste dans le cadre familial.

Killing Zoe – Roger Avary – 1994

24Braquage foireux.

   4.5   J’aime beaucoup ce qu’Avary a tiré de Rules of attraction, le bouquin de Bret Easton Ellis, exploit puisque inadaptable comme tous ses livres. Un peu comme lorsque Anderson se farcit Pynchon, quoi, le film a beau être hyper bancal, j’ai forcément de l’indulgence tant qu’on a réussi à en retranscrire le sel et l’univers. Malheureusement, assez déçu par Killing Zoe. Certes j’en gardais un souvenir mitigé de sous-Tarantino (Il en est d’ailleurs le producteur exécutif) mais tout de même plus attachant que cette toute petite chose anecdotique et un peu ratée, qui il faut bien le reconnaître, n’a pas gagné en vieillissant. Notamment à cause des nombreuses idées de mises en scène / montage foireuses façon jeune branché (La séquence de la cave parisienne, par exemple) qui aujourd’hui font aussi risibles que du Besson ou du Kounen. Je me souvenais vaguement du braquage et ses masques de carnaval scolaire, mais j’étais persuadé que le gros du film se déroulait dans la banque. En fait non, il faut bien trois quarts d’heure avant d’y entrer et le film, d’ailleurs, s’améliore alors un peu, canalise sa folie avant de la faire exploser, un peu comme dans Une nuit en enfer, de Rodriguez mais aussi un peu trop comme Reservoir dogs. Regardable hein, mais oublié dans la seconde.

Eh mec, Elle est où ma caisse (Dude, Where’s My Car) – Danny Leiner – 2001

25Very cheap trip.

   4.2   Presque dix ans avant Very Bad Trip, Danny Leiner avait eu une idée similaire avec dans les rôles titres (de ceux qui ne se souviennent pas de ce qu’ils ont fait la veille) : Ashton Kutcher & Sean William Scott. Jesse & Chester. Sweet & Dude – Les fameux tatouages entre les omoplates. Comme pour tout stoner movie il faut être de bonne composition (Ou complètement défoncé) pour accepter sa bêtise abyssale à coup de « transfonctionneur temporel » incarné dans un rubic’s cube, extraterrestres gays, sœurs jumelles qui ne se ressemblent pas, chien camé, autruches récalcitrantes, secte de nerds costumés en papier bulle, drive de fast-food farceur « And then ? » et duo vedette complètement débile. Ça n’a pas d’autre vocation que le grand n’importe quoi et c’est tant mieux. J’aime bien l’idée mais les nombreux running gag qui parsèment le « récit » m’épuisent assez vite.

Much Loved – Nabil Ayouch – 2015

19Coup d’épée dans l’eau.

   3.4   Au-delà de l’apparent et légitime doigt d’honneur féministe, je ne suis pas loin de trouver ça mauvais car très limité cinématographiquement (Ce serait filmé dans un studio à Epinay qu’on n’y verrait pas la différence) et surtout peu enclin à satisfaire le coup de gueule à savoir fabriquer des interactions auxquels on croit, les personnages n’étant finalement que des pantins de scénario dont on va piocher ci et là des scènes de séduction et de baise ou bien de simples discussions tournant inéluctablement autour du cul. Le film ne respire pas et nous contraint un peu fièrement à ne pas respirer non plus, caméra qui tremble à l’appui. J’exagère un peu car il y a aussi des moments d’intimité assez réussis, douces parenthèses même si l’on sent qu’elles existent pour compenser l’hystérie, de manière un peu forcée. Much Loved est aussi trop tape à l’œil pour un film social, notamment lors de ces nombreuses envolées musicales lors des moments de silences quand l’effervescence retombe, mais aussi dans ses cruautés de scénario avec la fille enceinte qui va faire une fausse couche par exemple. Le film aurait probablement mérité d’être réalisé par une femme, qui aurait moins travaillé les situations au coup de poing qu’au corps-à-corps. Certes, on comprend les intentions de l’auteur, et en ce sens rien de bien étonnant à voir Much Loved interdit de sortie au Maroc, bien qu’on aurait aimé voir le film agir ailleurs (Citons au hasard le très beau Mustang) que sur le seul terrain de la provocation, aussi utile soit-elle.

Crazy, Stupid, Love – Glenn Ficarra & John Requa – 2011

Crazy, Stupid, LoveCrème brûlée.

   6.9   Crazy, stupid, love est à l’image de l’argument répété à ses conquêtes par Cal (Steve Carell) : « A perfect combination of sexy and cute ». J’aime beaucoup ce film. Je l’ai certes revu pour ne pas trop m’éloigner de mon nouveau couple de cinéma préféré (Merci La La Land) mais pas seulement : J’en gardais un souvenir fort agréable. Et c’est même mieux que ça. Autant Glenn Ficarra & John Requa m’avaient relativement indifféré avec I love you Philip Morris (avec Jim Carrey) dans lequel ils semblaient crier dans chaque plan « Nous sommes des auteurs » autant là ils s’amusent, plus humblement, des codes de la comédie romantique et du vaudeville et tout fonctionne, un peu miraculeusement. Le rythme est idéal, le scénario imprévisible. Et les acteurs (Carell, Moore, Gosling, Stone, Bacon, Tomei) sont étincelants. Et puis c’est (souvent très) drôle autant que c’est émouvant, et dans ce genre il faut que ça aille de paire, c’est la règle. La séquence où le vaudeville entre en collision est un concentré de génie comique à se pisser dessus, d’autant que le film nous avait minutieusement caché un élément essentiel qu’on pouvait voir venir (Le prénom/le surnom) mais qu’on n’avait pas vu venir, tant il y a d’autres choses à suivre. C’est aussi la générosité qui fait la réussite de ce genre de film, qui n’hésite pas à croiser les amours impossibles (un garçon est amoureux de sa baby-sitter, elle-même amoureuse du père du garçon), éclosion d’idylle et sujet de remariage. Le film fait le plein.

Shutter Island – Martin Scorsese – 2010

25Incurable ?

   7.6   Le 28/02/2010

     Voilà un film devant lequel j’ai un problème. D’une manière générale j’ai marché. Disons qu’à partir de la scène de la falaise, de la rencontre avec la femme de la grotte j’y suis entré entièrement. Avant un peu moins. Toute la partie policière – appelons-là comme cela – est d’un classique statique terrifiant. Plus le film progresse plus il se concentre véritablement sur l’introspection. Il commence à faire du Polanski. Jouant la carte des hallucinations récurrentes plutôt que des flash-back tape à l’œil. Car si je suis resté complètement loin dans la première partie je reconnais que par la suite le film m’a embarqué. La séquence dans le pavillon C m’a terrifié. Shutter Island devient thriller horrifique, rappelant davantage Shining ou certains grands Polanski. En terme de mise en scène on navigue dans un entre-deux. Parfois tout paraît factice ou grossier – l’arrivée sur l’île avec les regards qui croisent les autres malades, quelle horreur. Et puis par moment la dynamique rappelle quelque peu Hitchcock, voir à certains moments oniriques un penchant expressionniste. Et puis il y a Angel heart d’Alan Parker qui ne rôde pas très loin non plus. En ce sens il y a vraiment des instants qui méritent d’être mentionnés.

     Et puis il y a l’histoire : la base c’est le roman de Lehane. Je ne sais si le récit est respecté ou si Scorsese l’a complètement réinventé – aliénation et rédemption, terreau thématique scorsesien, sont bien présents – mais il y a une chose que je sais, que je vois à peu près partout, dans chaque séquence et jusqu’à la dernière scène : Shutter Island m’apparaît trop écrit. J’ai cette impression que l’histoire doit faire un livre fabuleux. Aussi il y a le traitement maladroit de Dachau que je trouve dommageable. Souvenirs esthétisants, réalité quelque peu modifiée et puis aussi le fait que l’on ne sache pas vraiment si l’on est dans le vrai ou dans le faux dans ce film. Sauf que Dachau c’est une histoire vraie, c’est arrivé, rien n’a été fantasmé.

     Le dernier Scorsese est un film d’indice et à y repenser on en voit dans chaque scène comme si tout préparait la révélation finale. Je l’avais plus ou moins deviné cette révélation. Puis il y a cette dernière phrase. Mystère. Elle sème le trouble mais pas seulement. A bien y réfléchir je ne pense pas qu’elle soit là pour perturber ou faire joli. C’est une fin plus ou moins ouverte qui accueille deux interprétations. L’une me paraît la plus évidente mais c’est la plus cruelle. La seconde, la plus lumineuse, je n’y crois pas tellement mais quelque part je l’aime davantage. J’aimerais qu’il feigne la folie afin de déculpabiliser de son passé à tout jamais. Quoi qu’il en soit il n’y a pas de conspiration, à mon sens c’est une évidence.

     Et quand on sort du film on se met à le repenser comme on repensait Sixième sens. Comme lui c’est bien la première fois, c’est très déroutant. Sûrement intéressant la seconde, mine de rien j’ai envie de le revoir. Mais après on doit clairement s’en lasser, non ? Enfin, laissons-le vieillir.

Le 07/03/2010

     Le film m’a beaucoup travaillé, j’y suis donc retourné. Je reviens sur ma première sensation quelque peu dubitative. J’ai adoré. Et dès les premières secondes et l’arrivée sur l’île. Il y a une telle ambiance, on est d’emblée dans le mystère. J’ai tellement été embarqué que je ne vois presque plus les défauts. Et il y a quelque chose qui m’a frappé cette fois c’est la présence quasi immédiate d’un flash dans la tête du personnage. J’avais rarement vu un flash aussi rapide dans un film. Finalement Shutter Island commence direct – logique quand on connaît le dénouement – il n’y a pas d’entrée en matière. On est sur ce bateau, on voit l’île, on accoste l’île. Une unité de lieu et pourtant celui-ci va par la suite être dynamité.

     Le traitement de Dachau ne me dérange plus tant que ça. Disons que lorsque l’on sait chaque image sortie d’une mémoire sélective, qui sans doute ne retranscrit pas dans l’exactitude, je trouve que formellement cela sert parfaitement le sujet. Il a vécu Dachau comme un traumatisme, cette tragédie de famille aussi, il les associe. N’oublions pas qu’il est un peu cinglé, qu’il est sous calmants, bref tout ce que l’on voit n’est pas très net. Le personnage et Dachau ont existé ensemble, on ne peut le nier, car on nous l’apprend autrement que par des flashs. Mais rien ne nous dit que les images que l’on voit ne sont pas fantasmées, alambiquées, modifiées. Il ne neigeait pas à Dachau en cette période c’est un fait. Peut-être qu’il neige uniquement dans la tête de cet homme. Rappelons que le temps dans Shutter Island est très changeant et qu’il semble influer – ou l’inverse – sur le comportement du bonhomme.

     Ce qui me fascine dorénavant ce sont les indices éparpillés ici et là qui convoquent cette évidente conclusion. En revanche je ne suis pas en mesure encore de dire si tout est huilé à la perfection, s’il n’y a pas quelques erreurs par-ci par-là. En fait, si l’on cherche à le comprendre, il faut voir le film de la sorte : D’un côté les médecins et scientifiques qui plongent Edward dans un jeu de rôle thérapeutique en but de lui faire prendre conscience de son acte. D’un autre un Edward/Teddy qui investit l’île en tant que marshall pour enquêter sur la disparition d’une patiente. Tout cela est une mise en scène, c’est l’unique explication. Il n’y a pas plus de disparition qu’il n’y a de collègue. L’évasion est impossible sur Shutter Island on nous le répète suffisamment, et encore moins pieds nus. Tout est manigancé pour que Edward se perde dans son enquête, qu’elle n’aboutisse à rien (seulement jusqu’à ce phare vide, un leurre une fois encore) et qu’il se rende compte de sa culpabilité.

     Quel est l’intérêt de l’emmener à bout on peut se le demander ? La raison est simple et expliquée : Edward est un patient violent, le plus dangereux de l’île. S’il restait dans son délire et n’enfreignait pas les lois qui régissent le camp, on ne chercherait pas à le sortir de cet élan schizophrénique qui lui fait, apparemment, tant de bien. Mais c’est un violent. Il en vient à tabasser les patients qui l’appellent Laeddis, son véritable nom, celui qu’il portait lorsqu’il a tué sa femme qui venait de détruire toute sa famille. C’est le prénom de la culpabilité, celui qu’il veut oublier. Dans sa schizophrénie il donnera ce nom à un homme pyromane qui aurait mit le feu chez lui dans lequel sa femme aurait péri. Shutter Island est un jeu de rôle complet. Tout ce que l’on voit, et c’est pour cela qu’il est difficile de l’admettre, se passe à travers les yeux de ce personnage qui invente, déforme et se crée une autre réalité. Ce sont les multiples flashs qui tentent de le tirer vers la réalité, à de nombreux instants, mais n’y arrivent pas puisque Edward est entretenu, on lui donne des cachetons secrètement. Parfois tout paraît tellement énorme qu’on est obligé d’admettre cette version de l’histoire. Le passage dans la grotte en fait partie. Il est complètement irréel. Et s’il est réel il est mis en scène. Il y a comme cela des indices qui ne trompent pas, semés un peu partout. Lorsqu’il interroge d’autres patients les relations sont étranges. Il arrive à pousser l’un à bout en grattant un papier avec son crayon car il sait qu’il ne le supporte pas. Lorsqu’il est en tête-à-tête avec une autre, elle attend que son collègue s’éloigne un instant pour lui glisser un papier dans lequel elle lui conseille de fuir. Lorsqu’il se trouve dans le pavillon C, scène centrale du film, celle où l’on se perd complètement, il y rencontre un patient qui semble le connaître. Celui-ci chuchote Laeddis à plusieurs reprises. Edward s’approche de lui et l’appelle aussi Laeddis. Son vis à vis se met à rire. Puis comme l’autre patiente et son bout de papier il tente de lui faire comprendre ce qui se passe autour de lui. Tout cela est un jeu lui dit-il.

     Shutter Island est un film d’une efficacité redoutable. Un film qui par moments fait froid dans le dos. Sorte de relecture Polanskio-Hitchcockienne avec des idées formelles Kubricko-Tarkovskiennes. Et pourtant avec une thématique largement Scorsesienne.

Le 24/02/2017

     Je n’avais pas revu Shutter Island depuis sept ans. Depuis ces deux fois où j’avais vu le film en salle. Si j’aime autant ce film – Car oui cette troisième fois n’a pas entaché le souvenir que j’en avais gardé – c’est d’une part pour son ambiance irrespirable, qui s’ouvre sur des notes d’orgue façon cornes de brumes gigantesques avant de nous engloutir dans un maelstrom sonore flippant naviguant entre Ligeti, Scelsi et Penderecki, mais aussi dans sa progression en multiples lieux hyper pesants, et parce qu’il fait office de formidable cauchemar à double entrée. Qu’importe le côté par lequel on le prenne, la mécanique qu’on accepte d’y déceler, Shutter Island est un tourbillon hallucinogène d’une noirceur infinie. Roublard dirons certains, c’est vrai, mais c’est aussi parce qu’il choisit le voyage jusqu’au-boutiste dans les méandres d’un cerveau malade, habité par des visions terrifiantes et une histoire intime sordide qu’il peut se permettre ce jeu de piste tirant vers la roublardise. Et puis je trouve que le morceau de Max Richter, qu’on a réutilisé jusqu’à la nausée dans de nombreux films, se fond à merveille avec la présence de Michelle Williams, sa robe verte à fleurs, ce corps de cendres, ce lac à cadavres d’enfants. Si le film est glauque, sitôt qu’on en a saisi les clés, il n’est pourtant pas déprimant puisqu’il fait le pari de nous guider par Teddy, de nous faire croire en sa vérité. Non vraiment, moi j’adore. Sans réserves.

Le fils de Jean – Philippe Lioret – 2016

Les yeux au ciel photos: Sébastien Raymond.  seb©sebray.comJe suis ton père, ne t’en fais pas.

   5.1   Bien qu’elle ne soit pas toujours très fine ni inspirée, la petite musique qui habite la filmographie de Philippe Lioret me rend son cinéma très sympathique justement parce qu’on le reconnait au milieu des autres productions françaises qui se veulent auteuristes et populaires. C’est pas Rohmer ni Hong Sang-soo évidemment, mais on sent une certaine continuité d’un film à l’autre, une cohérence dans ses thématiques (Le secret, la perte, la famille) et une retenue élégante même si elle a tendance à verser dans la complaisance.

     Il y a deux problèmes avec le peu stimulant Fils de Jean : D’une part, au début, les dialogues sonnent souvent faux, ils sont trop écrits pour faire naturalistes et du coup, expatriation de son cinéma (Le film se déroule surtout au Québec) oblige, on a peur de voir des personnages encore davantage réciter leur partition – En fait ça va, Notamment car Gabriel Arcand est très bon.

     L’autre problème, c’est que le film est trop proche, dans sa construction, son développement, son crescendo, sa conclusion d’un autre film de Lioret : Je vais bien, ne t’en fais pas. Leurs titres orientent d’ailleurs vers la même direction, le mensonge : Le frère de Lili n’allait pas bien et Mathieu n’est pas le fils de Jean. Quand on a compris ce vers quoi le film tendait à ressembler, les mécanismes sont prévisibles (La casquette jaune, le stéthoscope…) et il faut vraiment attendre la toute fin du film pour le voir s’ouvrir à l’émotion. Même si un peu plus tôt il y a ce beau jeu de séduction nocturne sur un balcon, entre la fille de Pierre et le faux fils de Jean – Qui aurait pu donner un résultat super malsain en y réfléchissant.

     C’est un peu ce qui me gêne chez Lioret de manière générale, il aime tout offrir d’un coup, à la fin. Mais je préfère malgré tout quand il fait trainer ainsi, qu’il la joue méticuleux, pudique et bienveillant avec ses personnages, plutôt que quand il surligne tout comme un cochon dans Toutes nos envies, son précédent film. Et puis la fin est vraiment très belle et rappelle d’ailleurs beaucoup le dernier plan de Je vais bien, ne t’en fais pas : La beauté du présent et l’espoir de se retrouver.

Quand on a 17 ans – André Téchiné – 2016

30     7.1   Pas super fan de Téchiné de manière générale mais là j’ai trouvé ça vraiment excellent, autant dans sa façon de brosser la relation entre les deux garçons, son approche du milieu fermier ainsi que de la médecine de campagne (nettement plus intéressante que dans le film de Lilti, c’est un comble) et la dimension romanesque (Le père) qui secoue la « banalité » du récit. Super film. Et les deux acteurs sont merveilleux. Ah et c’est important je trouve que Téchiné filme admirablement la montagne, la neige, Luchon et Saint-Girons.

Médecin de campagne – Thomas Lilti – 2016

15Mise en scène sur ordonnance.

   4.1   On est bien loin de la réussite majeure et surprise qu’avait constitué il y a deux ans le très beau premier film de Thomas Lilti : Hippocrate. Médecin de campagne se contente du catalogue sans jamais penser à comment le raconter : Le film est formellement digne d’un banal téléfilm ou reportage de JT. Malgré tout, Cluzet, celui que je craignais le plus, tire son épingle du jeu, trouvant le ton juste pour jouer ce médecin de campagne, donc (à Chaussy, pas loin de chez moi) qui persévère dans son dur métier (Il travaille jour et nuit) alors qu’il est atteint d’une tumeur. Un sujet bien lourd compensé par la présence d’une femme médecin, qu’on a envoyé pour le seconder, dans la perspective de le remplacer. Ce qui se joue entre les deux, le combat pour se comprendre, le secret de l’un face à l’effacement total de l’autre (Zéro background la fille, personnage même pas écrit, dommage pour la toujours très gracieuse Marianne Denicourt) est très mécanique (La mise à l’épreuve de la consœur perdue notamment quand elle coupe plusieurs fois la parole à son premier patient, c’est tellement forcé, un exemple parmi tant d’autres) mais bien plus intéressant que le regard documentaire du film, qui semble observer le patient avec surplomb ou tout simplement faire état de présence pour faire avancer l’intrigue principale. Lilti ne filme pas les gens mais des figures : Le vieillard, les gitans, le garçon autiste, l’ado enceinte, le méchant. Disons qu’on le sent investi d’une double mission théorique moins cinématographique que sociétale à savoir de parler d’euthanasie et des conditions difficiles et mal subventionnées de la médecine de campagne. Autant regarder un reportage que ce genre de fiction qui progresse à grands coups de raccourcis scénaristiques, faussement ouverte sur le monde.

Mal de pierres – Nicole Garcia – 2016

30     4.2   Après l’inénarrable « T’es une belle personne » Cotillard, décidemment abonnée aux petites phrases toutes fabriquées récidive et nous offre un « Vous êtes un tout petit être ». Bon, je suis méchant, elle est vraiment bien dedans et ce n’était pas gagné, tant l’écriture Nicole Garcia est fine : Au début, Gabrielle, qui vit dans une bourgeoisie agricole, souffre d’un mal inexplicable (En fait elle apprendra bientôt qu’elle a des calculs rénaux, le fameux mal de pierres) et rêve de passion amoureuse quand elle est pourtant destiné à se marier avec le garçon de la famille d’agriculteurs voisine. Pour ce faire, Nicole Garcia nous montre Cotillard en train de lire (et s’exciter sur) Les hauts de Hurlevent. Plus tard, avant de citer Freud, on nous montre son portrait sur un mur. La finesse, oui. Si le film est d’abord froid comme la pierre, justement, Ba Dum Tss, je le trouve moins mauvais que ce qu’on en dit, disons qu’il aurait dû fonctionner comme son héroïne, qui ne veut ni pleurer ni guérir, mais s’enivrer de passion, or il est trop sage et refermé sur lui-même. Le film est on ne peut plus académique dans sa forme mais l’émotion finit par naître, de façon un peu inattendue, sur la fin, qui peut rappeler vite fait celle de Two Lovers. Reste que ça me fait un peu de peine qu’un film aussi terne que celui-ci ou celui d’Anne Fontaine, pouvait rêver du Cesar suprême quand Nocturama, Le voyage au Groenland ou Les Ogres non.

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silencio


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