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A serious man – Joel & Ethan Coen – 2010

A serious man - Joel & Ethan Coen - 2010 dans Joel & Ethan Coen 623edb761795fa57_a-serious-man

     1.5   Voici mon incompréhension totale de ce début d’année. Au sens propre d’une part parce que je n’ai vraiment rien compris au film, je ne sais même pas de quoi ça parle et je n’ai pas dormi. Et comme si ça ne suffisait pas j’ai eu droit à une salle complètement hilare durant la projection. Bref le gros bad. Devant l’effervescence générale, j’ai tenté de me raccrocher aux branches à de nombreuses reprises, en vain. J’ai eu l’impression de voir, d’un bout à l’autre, une caricature du cinéma des Coen. De voir un film carrément déjanté mais très écrit, très limité. Un film de scènes aussi. Car je ne voyais pas de rapport – à l’image de la première séquence du film – d’une scène à une autre. J’ai alors pensé à Tarantino : je me suis dis que lui aussi avait réalisé avec Inglourious basterds un film séquentiel. La tension s’installait doucement, progressivement et en plus il nous offrait quelque chose à la fin. Chaque scène du dernier Coen ne mène à rien, je me sens manipulé, baladé, je m’emmerde incroyablement et pour rien recevoir. Toutes leurs redondances habituelles qui parfois passent (Fargo, O’brother…) ou cassent (The big Lebowski, Burn after reading…) sont ici surdéveloppées et indigestes. Comme une concentration de running ‘bad’ gag à l’intérieur d’un cinéma assez moche, faussement cool, très pantouflard. Un film moins dialogué m’aurait peut-être davantage parlé je ne sais pas. Là je n’ai pas desserré les dents.

Creep – Christopher Smith – 2005

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Mélodie en sous-sol.

   6.0   Creep se déroule entièrement dans les souterrains du métro. Franka Potente joue le rôle d’une fille qui revient d’une soirée arrosée, s’apprête à prendre le métro pour rentrer, le dernier train avant la nuit. Il est annoncé dans huit minutes, elle s’endort un instant. A son réveil le quai est entièrement vide, les panneaux d’affichage ne fonctionnent plus et les grilles de la station sont fermées de part et d’autres. Point d’ancrage assez saisissant. Un moment donné un train passe. Elle s’y précipite. Le train s’arrête entre deux stations. Les lumières s’éteignent. Tout est réuni pour que l’on passe autant qu’elle un sale quart d’heure. A partir de là le film enchaîne les invraisemblances et opte pour le parti pris de montrer peu efficace. Néanmoins je ne fais pas la fine bouche, certains excellents moments vont vont tout rattraper. En fait c’est un film devant lequel il faut savoir être indulgent sur certaines choses, réussir à faire l’impasse afin d’être embarqué par le reste. Lé début du film par exemple est assez mauvais. Après un premier plan d’égout en longue focale assez fabuleux, le reste c’est de la roue libre assez facile en guise d’intro. Classique. Lorsque cette fille est coincée dans un wagon elle tente de rejoindre le conducteur. Elle frappe à la porte, sans succès. Insert du visage du type égorgé, un œil en moins. Pas forcément utile. Lorsqu’elle fait part de sa situation au gardien par interphone, celui-ci se fait tuer au même instant. Au lieu de nous faire suivre cela uniquement via l’interphone, c’eut été absolument énorme, le cinéaste nous montre encore là aussi, comme s’il voulait remplir son quota d’effusions de sang. Et puis après tout ça il y a la rencontre attendue. On se situe entre La colline a des yeux et The descent. La dernière partie du film est assez impressionnante. Et la toute fin, à nouveau sur ce quai de gare est absolument parfaite.

Gainsbourg (vie héroïque) – Joann Sfar – 2010

19220688   5.0   Il y a une originalité dans ce biopic qui d’une part le rend attractif et peut-être plus intéressant qu’un biopic habituel, et d’autre part le rend plus foutraque, façon bande dessinée en quelques sortes, c’est l’intervention de ce Gainsbourg imaginaire, sorte de personnage Burtonien, personnage animé, qui suit le vrai Serge à sa trace. En un sens je me dis que c’est une idée intéressante.

     Le film effectue une progression singulière, ne se contentant jamais vraiment de ses belles séquences. Très souvent on passe d’un moment de vie à un autre sans qu’on est eu le temps de vraiment profiter ni de vraiment s’ennuyer. On ne s’ennuie jamais dans le film de Sfar. Car il essaie au mieux aussi d’éviter le trop plein de références évidentes. Il y a un côté bordélique assumé que j’aime bien. Et dans le même temps, paradoxe : quelque chose me gêne aussi. C’est la progression Une rencontre/Une composition. Disons que le schéma est tellement attendu je trouve ça dommage qu’on le respecte lorsque l’on traite la vie d’un type aussi intéressant que Gainsbourg. Dans l’ensemble il y a donc des facilités mais je ne vais pas bouder mon plaisir ni l’émotion de quelques-unes unes des séquences offertes. Sans oublier que l’acteur qui interprète Gainsbourg, même s’il est un peu trop dans l’imitation, qu’il singe parfois, on sent qu’il s’investit aussi beaucoup et qu’il y a tout de même un acteur derrière. Aussi comme dans la vie de l’artiste, le film est un défilé de femmes. Il y en a une qui sort du lot, qui éclipse largement toutes les autres, c’est Laetitia Casta en Bardot. Elle est formidable. Cette façon qu’elle a de s’approprier le personnage, de chanter Bonnie and Clyde, d’interpréter Comic strip en effectuant une danse très sensuelle, où elle est aussi dénudée que dans le dernier Tsaï Ming-Liang. Disons que l’excitation que peut procurer certaines chansons de Gainsbourg est assez bien rendue ici.

     Le film de Sfar agit quelque part, car je suis sorti avec l’envie immédiate de réécouter les albums du chanteur. Car c’est une évocation, plutôt une variation autour de ce Personnage. Un peu de son enfance, quelques unes de ses rencontres, ses compositions, ses instants médiatiques, ses problèmes de santé. Un peu comme l’était celui de De Caunes autour de Coluche. Ce dernier manquait de rythme et d’imagination. Au moins je n’ai pas l’impression d’avoir vu celui de Sfar des dizaines de fois. Il y a un véritable engagement je trouve. Et jamais le cinéaste ne se laisse déborder par son sujet. C’est un biopic sélectif et c’est bien mieux comme ça.

Turning gate (Saenghwalui balgyeon) – Hong Sangsoo – 2004

Turning gate (Saenghwalui balgyeon) - Hong Sangsoo - 2004 dans Hong Sang-Soo turning_gateLes baisers de secours.

   7.5   Incroyable comme je me vois, comme je vois ma vie à travers les films de Hong Sangsoo. Je ne le répèterai jamais assez mais ces films me font le même effet que ceux de Rohmer. Les cadrages sont Rohmérien, la trivialité aussi, toutes ces histoires de coeur. Les rencontres. Les hasards. Turning Gate comme souvent chez Hong Sangsoo parle de cinéma et d’échec tout particulièrement. C’est un personnage à ce point désespéré qu’il est à un moment de sa vie, sorte de tournant, où il va faire des rencontres importantes, qui vont le guérir ou le détruire. Le cinéaste ne fait pas comme d’autres de ses compatriotes, ce n’est pas vraiment la mise en scène qui nous envoûte, nous caresse, ce sont les situations quotidiennes ou singulières, cette structure fragmentée, ces éléments qui paraissent anecdotiques, étirés majoritairement en plans fixes, ou presque, qui donne tant de vie, me font tant de bien. Il y a une vérité dans le cinéma du cinéaste coréen que je trouve absolument formidable. Ses films me font un bien fou. C’est somptueux d’un bout à l’autre, même si cette fin accompagné par Arvo Part est un peu abrupte, trop dure à mon sens.

Lebanon – Samuel Maoz – 2010

Lebanon - Samuel Maoz - 2010 dans Samuel Maoz 0-300x225Arrête ton char…  

   2.0   C’est quoi Lebanon : Un devoir de mémoire, une expérience intime, un film sur le regard, sur la guerre ? C’est un peu tout ça à la fois. Il y a quelque chose qu’il faut savoir, qui à première vue est un fait louable, Samuel Maoz était tankiste il y a près de trente ans, il choisit donc de mettre en image sa propre expérience. Quid de savoir si mettre en scène ce que l’on a vécu est aussi difficile que mettre en scène ce que l’on a écrit. L’idée fait peur mais attire, tout de même. Lebanon a la particularité de se dérouler entièrement dans un tank. Nous sommes en 1982, en compagnie de tireurs dans un des chars de Tsahal. Le machin en ferraille s’apprête à franchir la frontière sud du Liban avec comme mot d’ordre si une voiture se pointe, de tirer une rafale à droite et à gauche puis de viser le moteur si les rafales restent sans succès. On le comprend assez vite il y a assez peu de libertés quant à ce que le spectateur est en mesure de voir. En gros l’intérieur du tank, ou bien l’extérieur uniquement dans le viseur.

     Je crois qu’en allant voir le film c’est l’intérieur qui me fascinait le plus, j’avais hâte de découvrir cet endroit, de le sentir, d’étouffer autant que les personnages. Malheureusement on n’atteindra jamais ce stade. Englué dans un déluge de gros plans visages « Lebanon à l’intérieur du tank » est un film insupportable. Il est aisé en fin de film de différencier chaque personnage, de leur donner un nom aussi – on parle beaucoup trop dans ce film je trouve – par contre je ne connaissais toujours pas l’endroit. Pas d’odeur d’essence ni de pisse. Maoz ne filme jamais le tank. Il filme ses personnages. Leurs yeux, leurs mains, leur barbe, leur sang, leur sueur. Ce n’est pas l’endroit qui nous étouffe c’est le plan, le cadre. J’ai alors pensé à un autre film, sorti l’an dernier, qui lui réussissait à faire passer ce mal aise, à nous faire sentir toute cette merde, un film qui prenait le temps de travailler le lieu, c’était Hunger. Lebanon est complètement raté à ce niveau là.

     Reste à savoir si Maoz allait faire passer une émotion en filmant l’extérieur à travers le viseur. C’est probablement pire. D’une part c’est très violent, parfois même insupportable. On se dit qu’en fin de compte il reproduit ce qu’il a vécu, certaines scènes vont être légitimement difficiles, on pense à la dernière séquence de Valse avec Bashir. Et non content d’offrir cette ambiance presque télévisuelle – on se croirait parfois au journal télévisé – le cinéaste effectue de puissants zooms sur tout ce qu’il regarde : Un paysan le bras en moins, une mère nue qui sort de son immeuble dévasté, un collègue qui pisse le sang après avoir pris une bastos. Jamais rien vu d’aussi racoleur. Il n’y pas ce côté Cloverfield de l’improvisation amatrice – rappelons que c’est la toute première sortie du pilote – on a globalement du très bon cadre en zoom comme en plan lointain. Même la fumée fait toc. Quant aux soulèvements thématiques, Maoz n’a rien de nouveau à nous proposer. Les assassins sont des victimes, bla bla bla…

     Il y a deux trois choses que je voudrais sauver : C’est l’apparition de cet ennemi que l’on tiendra comme prisonnier dans le tank une bonne heure de film durant. L’avant dernier plan parle pour tout le film en entier d’ailleurs. Il y a aussi une séquence que j’aime beaucoup lorsqu’ils doivent suivre la mercedes. Pour une fois c’est très silencieux. Le montage alterné fonctionne assez bien. Et il y a une partition musicale expérimentale derrière qui m’a évoqué Kinatay de Brillante Mendoza. Séquence tuée dans l’œuf malheureusement, ne durant environ que trois minutes quand le philippin la faisait durer une demi-heure…

     Lebanon ne prend le temps de rien. Il ne nous laisse pas vivre, pas ressentir les situations. Jamais je ne me suis cru dans un tank moi, j’étais clairement dans une salle de cinéma, bien au chaud et tout propre.

Jacquot de Nantes – Agnès Varda – 1991

varda_jaquotL’empire de la passion.    

   6.5   Agnès Varda n’aura eu de cesse d’intégrer dans sa filmographie récente des films hommage à l’homme/cinéaste Jacques Demy, son mari à la ville. Les demoiselles ont eu 25 ans revient sur Rochefort, les lieux de tournages, évoque les décès des uns, les réussites des autres. Film entièrement dépendant du chef d’œuvre de Jacques Demy qui est aussi un très bel essai sur la force implacable du temps. Plus tard L’univers de Jacques Demy pour en savoir plus sur cet énergumène fou de cinéma et de chansons poétiques. Et très récemment, Les plages d’Agnès, film expérimental qui travaille sur les reflets de l’image en parallèle à la mémoire, qui rend hommage à la nouvelle vague d’une manière générale, à Jacques Demy donc aussi. Jacquot de Nantes est le premier de tous ces films. Le réalisateur français vient de mourir, sa femme décide de lutter contre l’oubli et commence ce film qui retracera l’enfance de Jacques Demy et racontera les origines de sa passion pour le cinéma.

     Trois jeunes acteurs joueront le futur réalisateur. Trois jeunes acteurs d’âges différents en fait. Pour autant, et c’est une grande qualité, le film n’est pas du tout construit en trois étapes de vie, de développement culturel. Les seuls changements brutaux qui interviendront seront les métamorphoses physiques que Demy subira, pour montrer qu’il grandit. Les grandes étapes sont évidentes mais elles se confondent avec le reste pour retracer une enfance complète. Il en ressortira plus principalement la période de guerre. La première rencontre amoureuse. La première initiation au métier de cinéaste. Des seuils importants dans la vie de cet homme. Agnès Varda nous procure quelque chose de très intense par moment. Elle fait des inserts de films de son mari dans son propre film biographique. Ainsi chaque fois qu’une situation rappelle un film de Demy, elle cale une scène de ce film durant quelques secondes. Par exemple, il est question de manifestations dans les rues de Nantes, une séquence d’Une chambre en ville s’intercale. Si l’on y voit le garage où Demy a grandit, on y verra juste après une scène des Parapluies de Cherbourg. Si au premier abord on peut trouver le procédé redondant et facile, il s’avère très efficace ensuite et plus discret. Et c’est finalement très touchant car l’on se rend compte combien le cinéaste a puisé dans sa mémoire, dans ses souvenirs – dans le vécu donc, le vrai – pour étayer ses propres films.

     Jacquot de Nantes parle de cinéma, systématiquement, car parle d’un jeune homme qui passait sa vie dans les salles obscures, qui dénichait tous les films et faisait ensuite les programmes ciné de ses potes. D’un gamin qui très tôt, et par le plus grand des hasards, s’est intéressé au métier de cinéaste, en se procurant une petite caméra, visionnant maintes fois le même film (un court de Charlot) avant d’effacer la bande et d’en faire ses propres images, dessinées au feutre sur la bande. Le cinéma tient là une place considérable. Tout comme la guerre qui l’aura beaucoup marqué. Surtout la fois où il a vu une femme morte devant ses yeux. La ville de Nantes bien entendu. Ce sabotier chez qui il est resté un long moment aussi (il fera d’ailleurs un court métrage, adulte, qu’il appellera le Sabotier du val de Loire). Il y a une volonté inoxydable chez ce bonhomme, qui travaillait plus dans son grenier (à faire ses petits films) qu’à l’usine (boulot que son père recommandait) et aimait tellement ce qu’il faisait qu’il aurait été difficile d’imaginer ne pas le voir reconnu aujourd’hui comme un grand cinéastes.

Les choses de la vie – Claude Sautet – 1970

18783633Je t’aime, je t’aime.     

   8.5   Ce pourrait être ça les choses de la vie selon Sautet, un accident de voiture. Une jaguar lancée à pleine vitesse qui tente d’éviter un camion qui a calé et s’en va faire des tonneaux dans le fossé. Six secondes où tout bascule. Piccoli le premier, réduit à l’état de marionnette désarticulée. Mais le cinéaste utilise cet événement pour saisir chaque petits instants qui marquent l’existence. Piccoli est là, allongé dans l’herbe, sur le point de mourir et se souvient. C’est avant tout une double liaison. Ce sont des problèmes professionnels. Des rencontres. Des moments intimes. Tout se mélange, se confond. L’accident s’insère ici ou là. Certaines personnes apparaissent puis réapparaissent. D’autres sont là alors qu’ils ne devraient pas être là. La moitié du temps ce seront des souvenirs qui démarreront en voiture comme si l’accident les reliait inévitablement. Il y a aussi cette histoire de voyage. Cette histoire de lettre. Piccoli doit s’en aller avec une femme, quitter l’autre. C’est une mémoire sélective, presque aussi brève que ces six cruelles secondes. Lorsque l’une trouvera la lettre – qui était ce à quoi il pensait le plus avant la fin – qui ne lui était pas destinée, elle la déchirera, préservant l’amour, la tristesse infinie de sa concurrente. Somptueux. C’est le fait d’avoir opter pour une non-explication des évènements qui rend le film passionnant. Il n’est pas simple de tout remettre en ordre, il n’est pas utile de le faire d’ailleurs. Comme il n’est pas simple de différencier la femme de la maîtresse. Tout simplement car il s’agit d’un film de sentiments, de pulsions retranscrits tel un patchwork mémoriel. Ce sont seulement des bribes d’existence dans la tête d’un homme aussi chamboulé durant ces six secondes fatidiques que pendant toute sa vie.

A l’intérieur – Julien Maury & Alexandre Bustillo – 2007

A l'intérieur - Julien Maury & Alexandre Bustillo - 2007 dans Alexandre Bustillo & Julien Maury a-l-interieur-2007-05-g

     4.0   Je suis vraiment partagé. En un sens je trouve le concept tellement évident et propice au genre que je suis passionné par son esprit hardcore et jusqu’au-boutiste. Il se crée une peur de l’arme blanche, une peur du contact entre le couteau et le nombril tellement impressionnante que les quelques revolvers du film n’ont aucun impact émotionnel. Se joue alors un mécanisme de l’horreur particulier. Les apparitions habituellement vouées à créer un sursaut sont remplacées par un cadrage discret laissant apparaître des ombres. Lorsque la future maman est assise dans son fauteuil le plan est serré, sur son visage. Par un travelling arrière on ne va pas tarder à y découvrir l’ombre de cette autre femme dans le couloir derrière elle. Plus que de jouer sur une peur basique les cinéastes ont optés pour une peur de situation. Le mécanisme fonctionne. On est parfois à la limite du supportable. L’expérience, aussi physique soit-elle, pourrait s’apparenter à celle vécue devant un Martyrs.

     Et dans le même temps je n’y vois que perversion. Voir ces deux noms de réalisateurs collés côte à côte m’évoque une expérience perverse comme le versant gore de la pornographie. Ce n’est pas tant le fait que ce soient des hommes qui filment une expérience que seule une femme peut ressentir – Finalement ce culte de la chair, de l’organique n’est pas nouveau, avant eux il y avait Cronenberg – que l’empathie générale qui se dégage de tout ça. Chez Cronenberg c’est aussi vivant que théorique. Ici, on cherche tellement à s’ancrer dans le réel (replacement dans le contexte de l’actualité, tragédie de famille suivie de près, impuissance policière…) alors qu’il s’agit d’un fait totalement improbable, que l’enjeu ne peut-être que pervers. Façon Saw en quelque sorte. Où l’on se délecterait de voir souffrir, d’entendre crier, d’être inondé de sang. C’est un film extrêmement sanguin. Cette surenchère aurait été géniale si les cinéastes avaient su se détacher de leur récit, s’ils ne s’étaient pas trop pris au sérieux. Il y a autre chose qui ne fonctionne pas du tout : l’effet de surprise au niveau de l’intrigue. Cette dernière est mince pourtant on sent arriver le flash-back essentiel une demi-heure trop tôt. Le film est par ailleurs embarrassé par de nombreux effets assez laids. Comme pour cette scène ridicule où Béatrice Dalle est face caméra, énervée à en écraser un chat entre ses mains, et que pour retranscrire cela on nous sert des images hallucinées en saccades carrément insupportables. Toujours ce choix abject de vouloir montrer et choquer plutôt que de susciter le gore. Pour le reste c’est souvent invraisemblable mais ça reste une expérience. Pas très convaincante certes mais qui réserve son lot de scènes gores.

Le refuge – François Ozon – 2010

Le refuge - François Ozon - 2010 dans Francois Ozon

Summer son.    

   4.0   Le refuge ressemble à un film bâclé, qui ne laisse pas le temps aux personnages de s’incarner, qui ne profite d’aucun de ses moments intéressants. Isabelle Carré était vraiment enceinte pendant le film, pourtant c’est un film qui fait toc. Je ne crois absolument à rien, à aucune rencontre, à aucun choix. Il y a pourtant quelque chose qui aurait pu me plaire c’est la relation entre Mousse et Paul. Cette relation paraît sinon impossible au moins improbable. Il y a une fascination mutuelle qui s’opère entre cette fille et le frère de son petit copain mort. Elle ne se drogue plus mais plane toujours et refuse tout sentimentalisme à l’égard de sa condition. Il est homo et vit son truc de son côté. Que les deux s’exposent à une attirance relève presque du fantastique. Ozon aurait dû exploiter cette relation un maximum. On sait qu’il y a le fantôme de Louis derrière eux, à chaque seconde, mais il est beaucoup trop présent ici et nuit au développement intime de ses personnages.

     Il y a une rencontre dans le film qui est à l’image du plantage. Une rencontre rohmérienne, avec Marie Rivière. Là aussi tout sonne faux. Ozon s’en débarrasse trop vite. Comme s’il voulait s’en servir pour ne pas nous perdre, nous rappeler que la relation entre cette fille et le bébé qu’elle porte est particulière. Pour nous rappeler que Mousse se réfugie, qu’il ne faut pas chercher à la comprendre. J’ai détesté cette séquence. D’ailleurs, même cette idée de refuge ne perce pas. Celui de la drogue dans un premier temps, où l’on découvre Mousse et Louis en junkies invétérés. Même problème, ce début de film n’est pas du tout convaincant. Il y a le refuge toujours concret de l’endroit recherché pour le repos, cette maison en bord de mer. Là aussi j’aurai adoré y voir des fuites, le cinéaste pouvait se servir du cadre, des dunes, de ses plages. Puis il y a le refuge principal, celui qu’on ne voit pas vraiment sur le visage de Mousse malheureusement – excepté dans cette scène en boite de nuit, plutôt pas mal – c’est celui d’une solitude, d’une extase, d’une fusion convoitée entre elle et son bébé. Entre elle et le nouveau Louis.

     Il y a cet homme en moitié de film que Mousse rencontre. Séquence totalement détachée. Elle est assise à la terrasse d’un café. Il vient l’accoster. Il lui dit qu’il a une chambre avec une vue imprenable sur l’océan. Elle lui demande si les femmes enceintes l’excitent. Il lui répond que oui sauf s’il est le père. Elle le suit dans sa chambre. Ils ne font pas l’amour. Il s’installe derrière elle et la berce. Cette scène n’a pas grand chose à faire ici mais elle est intéressante car je crois tout simplement que cet homme c’est Ozon. Enfin, son personnage. Que pour une fois il nous parle de lui. Pas trop tôt.

La moustache – Emmanuel Carrère – 2005

la-moustacheLa science des rêves.    

   7.8   En se rasant un matin, Marc demande à sa femme quel effet ça lui ferait de le voir sans moustache. Elle lui répond qu’elle n’en a aucune idée car elle ne l’a jamais vu sans, puis se dérobe. Marc rase alors sa moustache. Il attend qu’on le remarque. Sauf que personne (ni sa femme, ni ses amis, ni ses collègues) ne lui fera la remarque. Quoi de plus vexant ? Probablement pas grand chose. Un changement aussi flagrant qui passe inaperçu. Marc va le prendre avec beaucoup de calme. Finalement c’est sa femme qui en fera les frais la première. Il s’agace, lui demande si elle ne remarque rien. Pas de réaction. Il s’emporte littéralement. Elle lui demande de lui expliquer, lui demande pourquoi c’est si dur à dire. Il lui répond que c’est très facile à dire mais que normalement il n’y a pas besoin de le dire. En fin de compte il lui dira. Le problème ne s’arrête pas là. Elle lui répond avec beaucoup d’assurance et d’incompréhension qu’il n’a jamais porté la moustache. Et ses amis confirmeront. De quoi devenir dingue ! S’il ne peut avoir confiance en ceux qui sont devant lui, il va tenter de le faire avec des objets. Un album photo. La moustache est bien là. Au moment où il veut le montrer à sa femme, les photos ont disparu. Pire, elle nie être aller à Bali, lieu représenté sur les photos. A cet instant il croit à une manipulation ultime, et nous aussi, dans laquelle il serait la victime. Un peu façon The Game de Fincher. Un événement va être encore plus fou. Il parle de ses parents, parce qu’ils doivent aller y manger bientôt. Elle semble bizarre. Tes parents ? Oui mes parents, bien entendu, mes parents… Mais ton père est mort l’an dernier lui dira t-elle. A cet instant je crois avoir été encore plus perdu que lui. La façon dont sa femme lui assène cette phrase franchement j’en avais des frissons.

Deux hypothèses :

La plus probable, Marc est fou. Et c’est de pire en pire de jour en jour. Pas vraiment d’explications donc aux situations puisque l’on peut même douter de la véracité de tout. Si l’on voit tout de son point de vue c’est comme si l’on devenait fou avec lui. Jamais on ne verra de séquences extérieures à Marc. Jamais rien qu’il ne puisse pas voir.

Aussi on peut penser au rêve. Auquel cas Marc rêverait qu’il devient fou. J’aime à envisager cette hypothèse car elle me semble moins négative, elle me dit que je peux croire en ce que je vois, en somme elle me laisse une échappatoire. Car s’il n’y a pas rêve, il y a folie c’est évident, et s’il y a folie, qui nous dit que tout ce que l’on voit n’est pas purement factice.

     En fait ce qui me fait croire à un rêve c’est la carte d’identité. Admettons que tout ne soit que folie. Marc a tout de même nombreux de ses repères. Il semble réfléchi, parfois serein. Il y a bien un moment qui me perturbe c’est lorsqu’il regarde les photos de Bali la première fois. Je suis à sa place ma femme ne dort pas, même pas la peine. Je lui fais avouer que je porte une moustache. Au lieu de cela Marc l’appelle, elle fait mine de dormir, il ne fera rien. Personnellement c’est moi, elle se réveille ! Bref, passons ce détail discutable. Il y en a un autre plus imposant. La carte d’identité. Pourquoi ne se servirait-il pas de cette preuve irréfutable contre son entourage ? C’est ici que ça cloche. Seul un rêve peut lancer une idée aussi lumineuse (la vérification par l’extérieur) et ne pas s’en servir par la suite. Les photos reviennent systématiquement avant de totalement disparaître, pas la carte d’identité où il porte la moustache dont on ne parle guère ensuite. C’est le seul indice qui va nous permettre de penser à quelque chose qui ne serait plus du domaine de la manipulation, ni de l’absurde, mais tout simplement du rêve. Ou alors il est vraiment fou et imagine qu’il porte la moustache sur sa carte d’identité ce qui n’est pas le cas. Il imaginerait cette rencontre au photomaton qui lui donnerait raison, rencontre qui n’existerait pas non plus. Il faut alors accepter que tout ce que le spectateur voit est ce que Marc voit. Ça me semble gros quand même. Je préfère me dire qu’il rêve. Comme Diane dans un certain film.

     La moustache c’est avant tout une curiosité. Son titre bien entendu. Aussi alléchant que terrifiant. Puis c’est un voyage aussi drôle qu’agaçant. On pense à Lynch par moment. Dans la façon de jouer sur deux niveaux de réalité ou non. Sur cette capacité à ne pas tout nous pré-mâcher. Sauf que chez le cinéaste américain c’est toujours très fantaisiste, très excitant. Ici c’est tout le contraire. C’est très terre-à-terre, beaucoup plus intime (beaucoup moins de personnages) ce qui rend l’expérience tout aussi marquante. Au moins perturbante. Et il y a l’incarnation de Vincent Lindon qui est formidable. Totalement habitée. C’est un film très silencieux. Film de mimiques. Film qui parfois se permet même le luxe de suspendre le temps sur un regard, un visage en perdition, une caméra tourbillonnante, une machine à laver. C’est un film d’objets : Un lacet, un album photo, une veste, une carte postale. C’est un film de disparition. Et aussi un film d’errance, scènes sublimes dans Hong Kong. Et bien entendu, certains moments font froid dans le dos.

     En fin de compte j’aime à penser que le film ne répond pas vraiment à nos interrogations. Du coup chacun y trouve ce qu’il cherche.

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