Page d'archive 3

Carré 35 – Eric Caravaca – 2017

30. Carré 35 - Eric Caravaca - 2017Casablanca, mon image manquante.

   8.0   Etrange de voir Carré 35 au même moment où l’on découvre la seconde partie de l’ultime saison d’Un village français, dans la mesure où Eric Caravaca est dans les deux. Dans la série, il incarne (pour la première fois puisque les créateurs ont choisi d’effectuer d’impressionnants sauts temporels) Tequiero adulte, cet enfant de réfugiés espagnols, recueilli par Hortense et Daniel Larcher. Dans Carré 35, Eric Caravaca arpente de douloureux secrets de famille. Dans chaque cas, il est l’enfant rescapé d’une tragédie, celui auquel on a caché les origines ou une lourde perte.

     Carré 35 c’est le « quartier » tombal dans lequel repose la sœur aînée d’Eric, dans le cimetière français de Casablanca. Il n’a pris connaissance de son existence et donc de sa mort que récemment. C’est cette investigation intime qu’il relate dans son film, qui relève autant du documentaire intime, du document historique que du polar tentaculaire. Questionner sa mère, son père, puis son frère, son cousin. Les témoignages sont parfois contradictoires, dans le mensonge (la mère qui raconte avoir été au chevet de sa fille au Maroc tandis que son passeport la mentionne en France à cette date), le déni (Jamais elle n’admettra qu’on dise que son enfant était trisomique) ou l’oubli volontaire (Le père qui dira à plusieurs reprises que Christine est décédée à l’âge de quatre mois, comme si jusqu’à ses trois ans il s’était permis de ne plus y croire).

     Eric Caravaca ne cherche pas à les perturber dans leurs récits, il les écoute simplement, il n’est qu’une oreille réceptacle (toute information peut entrouvrir une porte secrète) en leur présence, c’est face à son seul désarroi qu’il décortique. On plonge dans Alger et Casablanca avant la naissance d’Eric. Son histoire à lui se situe pourtant un peu partout en France, car la famille bouge beaucoup au gré du travail du père. Le film utilise nombreux supports, jusqu’aux archives historiques (décolonisation, abattoirs) et vidéos de famille. C’est une enquête intime avant tout. Une intimité qui a ceci de bouleversant qu’un gouffre de douleur semble parfois s’ouvrir sous nos yeux – Jusqu’à cette impudeur inattendue, aussi lumineuse qu’elle peut être revancharde, quand Eric Caravaca filme son père sur son lit de mort.

     Entre temps, Eric aura retrouvé des photos et vidéos Super8 de l’époque du mariage de ses parents, ce temps d’insouciance, puis de son enfance avec son frère où de l’apparente insouciance des images résonne désormais une douleur en sourdine. Car entre-deux (1960/1963) rien. Tout est perdu. Tout a été jeté, brûlé, laissé derrière. « Qu’est-ce que tu veux faire avec une photo, pleurer ? Pas moi » lui dira sa mère, au bord des larmes, d’une souffrance et d’une humiliation qu’elle retient depuis cinquante ans. Eric finira pourtant par retrouver une photo, cette convoitée image manquante, chez l’ancienne bonne de la famille, depuis devenue propriétaire de la maison de Casablanca. Une photo de Christine dans une vieille boite, au milieu d’autres souvenirs d’époque. Une photo pour orner à nouveau la pierre tombale sans photo du Carré 35.

Star Wars, épisode VIII, Les Derniers Jedi (The Last Jedi) – Rian Johnson – 2017

17. Star Wars, épisode VIII, Les Derniers Jedi - The Last Jedi - Rian Johnson - 2017La force fantôme.

   4.5   J’y allais confiant. Avec le double souvenir agréable provoqué par les deux dernières sorties de la saga, aussi bien le volet (d’ouverture d’une nouvelle trilogie) de JJ Abrams que le film indépendant de Gareth Edwards. J’aime beaucoup la nouvelle direction prise par les nouveaux Star Wars. Enfin, j’aimais beaucoup. Avec Les derniers Jedi, plus qu’une déception relative, j’ai eu l’impression de retrouver la mécanique sans âme de la prélogie, agrémenté d’un esprit méta qui m’a plus agacé qu’autre chose. C’est le seul de cette nouvelle vague de films que je ne veux pas revoir.

     Le vrai gros problème, déjà : C’est long. Le réveil de la force et Rogue One avaient filé d’un claquement de doigts, sans que je m’en aperçoive. Ici, tout est mal fagoté, mal monté, mal rythmé, la « magie des personnages » a disparu, je me fiche de tout le monde, et quand on s’ennuie pas, on flanche dans le ridicule – C’est quoi ces bestioles, là ? On avait réussi à oublier les ewoks et Jar-Jar et voilà qu’on nous abreuve d’une ribambelle de mogwaï croisés petits extraterrestres de Toy Story croisés Chat Potté ! L’HORREUR ! Et puis ils sont pas drôles en plus, enfin sauf si t’aimes Les Lapins Crétins, quoi.

     En fait, il y a trop de trucs rédhibitoires. La planète casino ça aurait pu être génial, par exemple. Une planète marchands d’armes et ils en font strictement rien. Plastiquement, la planète est moche, déjà. Et ils en font tellement rien que Justin Theroux (qu’on vient chercher) apparait inutilement. Et que Benicio Del Toro (Qui s’incruste à sa place) est nullissime. Et puis y a des invraisemblances impardonnables, franchement, des trucs pour forcer le trait du spectaculaire : Le sacrifice de Laura Dern (Je sais plus le nom de son personnage) pourquoi elle met tant de temps, pourquoi elle attend que les rebelles se fassent tous exploser avant d’aller détruire le croiseur en vitesse lumière ? La mission suicide de Rogue One c’était magnifique. Là c’est grossier, comme tout le reste.

     Avec un pic absolu. Le frisson de la honte de l’année. Enfin, le deuxième, après l’intégralité du dernier film de Claude Lelouch : La princesse Leia qui vole dans l’espace. Avant de mourir mais en fait non. OMG. Le niveau de ridicule, faut le voir pour le croire. Mais c’est dans la lignée d’autres moments de gêne comme l’apparition de Yoda. Ça devrait te coller des frissons, ok, mais pas ces frissons-là. Rien que les séquences d’apprentissage sur le rocher de Luke, mais c’est tellement nul. On regrette Dagobah. 

     C’est aussi pour ça que cet épisode m’a gêné. Il pioche partout. Veut raviver L’empire contre-attaque à gogo mais c’est raté. Les ewoks du retour du jedi. Et même Rogue One pour le côté suicidaire global. C’est un maxi best of ce truc. Plutôt un happy meal tant il regorge d’humour pour les bébés. Ouai, beaucoup d’humour dans cet épisode. Trop d’humour. D’une telle lourdeur, on se croirait dans Les gardiens de la Galaxie.

     Et quand c’est pas grossier c’est du déjà-vu, malgré tout ce qu’on raconte, que c’est un Star Wars différent. Mais non ! Rogue One, c’était différent. Là non, c’est simplement raté. Par exemple, pour revenir sur la mort de Laura Dern, le déroulement est mal exécuté mais le résultat est très beau, avec ce vaisseau pourfendu en muet de long en large. Mais quelque part ça rappelle pas mal la destruction de la république en trois secondes dans le 7 qui répondait déjà à la traversée d’Aldorande réduite en pluies de météorites dans le 4, non ? Pas tant que ça révolutionnaire finalement.

     Rian Johnson c’était une fausse bonne idée de toute façon. Comme son Looper. Il loupe tout ce mec. Les incohérences que j’évoquais, c’est davantage un problème de subtilité qu’autre chose. Un problème de mise en scène, donc. En fait j’en attendais pas mal je me rends compte. Quand tu vois La menace fantôme t’attend plus rien. Quand tu vois Le réveil de la force tu sens qu’il s’est passé quelque chose, c’était inégal mais tellement stimulant, tellement prometteur. Et puis Rian Johnson détruit tout. On lui tend un sabre laser et il le jette à la mer. Magnifique scène méta du coup. Mais in fine assez malhonnête, tant j’avais sans cesse l’impression que cet épisode se moquait de la franchise, comme Spectre chiait sur James Bond. Pareil. Je déteste ça, je trouve cette pose de branleur absolument dégueulasse.

     Malgré tout, j’y ai parfois pris du plaisir, je vais pas te mentir. J’ai même été impressionné par la fin, notamment par la planète rouge salée. Et par l’hologramme. Forts les mecs. Le plaisir s’est aussitôt effrité au sortir de la salle, je ne voyais plus que les défauts. Un peu à l’image de Phasma, qui fait rêver mais qui ne sert à rien. Phasma c’est le personnage sacrifiée de cette nouvelle trilogie je trouve. Elle était déjà inutile dans le 7.

     Bref, là où Abrams tenait à réactiver l’aspiration et le décorum, cherchant la continuité, ce qui ne l’avait pas empêché de dépoussiérer son essence : les personnages (Rey, Finn, Kylo) mais aussi la thématique du deuil, Les derniers Jedi est plus passionnant à analyser qu’à regarder j’ai l’impression. Je suis pas sûr que plonger dans la thématique de l’échec (Ce n’est que ça puisque Luke le dit lui-même) et montrer l’échec de révolutionner la franchise ne fasse un bon film pour autant. Sous l’égide Disney c’est quasi impossible en fait. Il faudrait donner la liberté totale au réa, peut-être, afin qu’il puisse développer son univers dans l’univers, comme Miller l’avait fait en ayant carte blanche pour son dernier Mad Max. En l’état on a donc un film archi méta mais pas assez incarné pour intéresser autrement que par sa dimension théorique.

     Du coup, voici mon top mis à jour : 5 > 4 > 7 > RO > 6 > 3 > 8 > 1 > 2.

Jumanji – Joe Johnston – 1996

19. Jumanji - Joe Johnston - 1996« Dans la jungle tu attendras, un cinq ou un huit te délivrera »

   6.5   Ravi d’avoir revu ce « film pour enfants » auquel j’étais très attaché étant gamin. Le film étant sorti en 1996, j’imagine que ça s’est joué sur un laps de temps très court en ce qui me concerne vu que je ne me vois pas découvrir ça après mes douze ans, pendant ma découverte de Scream, si tu vois ce que je veux dire. Si je l’aime toujours c’est cela dit probablement pour ça : Je n’étais pas si petit contrairement à mon amour pour Hook, qui s’est évaporé brutalement quand je l’avais revu il y a quelques années.

     Toujours est-il que Joe Johnston, le réalisateur de Chérie j’ai rétréci les gosses, est à la barre de ce film d’aventures destinés aux gosses et trouve encore le moyen d’insuffler une dynamique forte, de créer un univers riche, très identifiable, avec quelques belles idées dans la transformation des intérieurs, notamment – Cloisons recouvertes de lianes faisant résonner la maison comme une jungle, planchers flottants, déluge craché du plafond. Il faudra juste pas être trop regardant sur les diverses apparitions d’animaux tant les effets visuels ont pris un sacré coup de ringardise, je pense surtout aux singes et aux rhinocéros, en image de synthèse bien dégueulasse.

     Le récit, lui, s’articule sous forme de boucle, autour d’une comédie romantique perturbée par la temporalité – Quand le romantisme de Chérie j’ai rétréci les gosses (La grande sœur Szalinski et le grand frère Thompson) était lui activé par le changement de décor. Après la découverte du jeu, il faudra à Sarah (terrifiée par des chauve-souris) et Alan (littéralement dévoré par le jeu) attendre 26 ans pour que deux autres enfants (dont Kirsten Dunst, toute jeune) les délivrent de leur solitude respective et fasse éclater cette histoire d’amour suspendue (façon comédie de reflirtage en guise de remariage) au milieu d’une somme d’embûches qui pourraient être le reflet d’une vie entière de galère.

     Si le film est relativement bien huilé pour plaire aux enfants et suffisamment inventif pour séduire les grands, il y a au moins une idée farfelue qui le traverse (Et ça pour le coup je n’en avais aucun souvenir) : Faire jouer le rôle du père (d’Alan dans le passé) et du méchant chasseur (dans le présent, celui de Judy et Peter) par le même acteur, à savoir Jonathan Hyde (aka Ismay dans Titanic). Je pense qu’il y a quelque chose à analyser sur la peur du père et le transfert des névroses. Lors de sa première apparition, le chasseur tient d’ailleurs des mots similaires à celui de son père jadis (En VF : « Tôt ou tard il faut affronter son adversaire ») qui le poussait à faire face à la bande de garçons qui le persécutait. Alan quittait (Il est avalé par le jeu le même jour) le monde sur une pression morale exercée par son père, il le retrouve sur une pression physique (le chasseur veut le tuer) exercée par un sosie de son père.

     Au delà de ça, c’est un film mignon comme tout, très dynamique, un peu nunuche, parfois très drôle (Il faut dire que les présences de Robin Williams et Bonnie Hunt redonnent du peps) bref on ne s’ennuie pas. Ajoutez à cela quelques références pour le geek-cinéphile, avec deux évidents clin d’œil à Jurassic Park (Le regard de la tante, sortant lentement de sa voiture, choquée par le troupeau ; celui de Judy observant le lion, tétanisée, comme Lex observait le Tyrannosaure) et un autre à Jaws (L’affrontement avec le crocodile). Reste à savoir ce que la suite, sortie au cours de ce mois de décembre, avec entre autre Dwayne Johnson et Jack Black, nous réserve.

Braguino – Clément Cogitore – 2017

26. Braguino - Clément Cogitore - 2017Ennemi invisible.

   6.0   Les promesses valent parfois plus que le résultat. Le simple fait d’aller tourner en pleine taïga sibérienne (loin, très loin de toute civilisation) ce documentaire sur « l’affrontement » entre deux familles que rien n’oppose (Elles ont toutes deux choisi de vivre dans cette contrée perdue) mais que tout oppose (Elles ont choisi le même lieu, uniquement séparé par une barrière, découpé par ce fleuve no man’s land) relevait d’un conte d’explorateur fou, quelque part entre le cinéma d’Herzog et celui de Wang Bing. Au final, il me semble que le film ne va pas suffisamment en profondeur, aussi bien dans son approche du réel, que du point de vue du conte comme du registre expérimental. Cogitore n’est pas Rouch et si la fameuse séquence de l’ours évoque La chasse au lion à l’arc, elle est surtout là pour appuyer la sidération plutôt que la faire grimper. Il me manque de la matière écrite pour y trouver ce que je peux trouver chez Herzog, il me manque du vertige pour y trouver ce qui m’avait tant fait voyager dans les œuvres expérimentales de Julien Loustau (Sub) et Lucien Castaing-Taylor et Vénéna Paravel (Leviathan). Du coup je ressens un déséquilibre, entre cette forte ambition de conter moins une utopie autarcique que l’échec d’une utopie communautaire, et une tendance à sur esthétiser, ce qui ne colle pas vraiment avec la sécheresse du récit. Si le film avait duré plus longtemps, ces instants gênants se seraient révélés forts, probablement, là ils me paraissent un peu poseurs. Quitte à calculer, à surjouer le réel, j’attendais une envolée shakespearienne entre les enfants Braguine et les enfants Kiline, par exemple. Ceci étant c’est très beau. Et puis c’est rare de filmer des enfants ainsi, qui portent autant l’innocence que la terreur.

 

Marie Antoinette – Sofia Coppola – 2006

07. Marie Antoinette - Sofia Coppola - 2006All cats are grey.

   8.0   Au rayon des anecdotes « souvenirs de salle » celle-ci est fondamentale. Une tripotée de branleurs, dans la rangée derrière la nôtre, avaient perturbé notre séance à raison de téléphones qui sonnent, concert de mastication de popcorn à te filer la gerbe, moqueries en tout genre, coups de pieds dans les sièges. Quand on se retournait, chacun faisait mine d’être happé par le film, feintant de ne pas croiser nos regards noirs et mines désespérées. En fin de séance, l’un d’eux avait lâché grassement « C’est un bon gros film de merde ». On avait trouvé un point d’accord. En le revoyant deux/trois ans plus tard dans des conditions nettement plus optimales – moins le plaisir d’une salle de cinéma – j’avais pu constater d’une part ne pas avoir vu le même film du tout puisque c’est une merveille, d’autre part que je suis ravi de ne plus fréquenter ces grands complexes où se réunit tout le gratin de la beaufitude. Depuis, j’ai (re)revu Marie Antoinette deux fois, ce visionnage compris. Je continue de penser que c’est le plus beau film de Sofia Coppola.

     Il faut dire que le film part de loin, pour raconter ce qu’il veut raconter : la jeunesse dorée retirée brutalement de son ilot d’inconscience et d’insouciance, la solitude face aux pressions du monde, la mélancolie d’une adolescente moderne, espiègle et rêveuse. Oui on est au XVIIIe siècle et pourtant oui, c’est un film incroyablement moderne, un digne prolongement de Virgin suicides et Lost in Translation. La jeune autrichienne est une cousine de Lux et Charlotte. Si le film ne lésine pas à mettre en scène la grandeur absurde de ce monde, il ne joue pas la carte de la virtuosité glaciale viscontienne. Au contraire, s’en dégage une vraie chaleur, une saturation magnifique, de couleurs, de mouvement, qui évoque davantage L’arche russe que Barry Lyndon. Dans les extérieurs le film trouve encore autre chose, un filmage à la Malick succède à de purs tableaux de Renoir. Kirsten Dunst se perd dans ce décor trop grand et se trouve un rôle à mesure de sa mystérieuse présence, qui culminera chez Von Trier plus tard, dans Melancholia.

     Afin que le film fonctionne autant comme un récit d’introspection qu’en tant que biopic, il faut que Versailles existe. Le film de Coppola est d’ailleurs moins l’histoire de Marie-Antoinette d’Autriche que de Marie-Antoinette au château. Et Versailles y est filmée sous toutes ses coutures, dedans comme dehors. On a l’impression d’y être, normal puisqu’on y est. Si certaines scènes et pour des raisons pratiques sont reconstituées en studio (la chambre de la reine notamment) ou tournées dans d’autres châteaux de la région, la plupart du tournage s’effectue à Versailles même. Le risque du film trop respectueux voire poussiéreux guettait. Comment raconter un lieu si imposant et une destinée si connue des manuels scolaires ? Idée de génie que de le dénaturer de la sorte. C’est en insufflant sa dimension pop que Sofia Coppola va dégoter ses meilleures inspirations, complètement à contre-courant du biopic académique tant elle manipule avec brio l’anachronisme, discret le temps d’une apparition de converse au sein d’une paire de chaussures, joliment ostentatoire dans son utilisation musicale. On peut donc y entendre du Radio Dept., New Order, The Cure, Bow Wow Wow et ça se fond miraculeusement dans cet ensemble tant ces morceaux captent l’adolescence du personnage, sa douce folie « new wave » et sa tenace mélancolie « punk/shoegaze ».

La Bostella – Edouard Baer – 2000

04. La Bostella - Edouard Baer - 2000Ouvert le jour.

   5.0   Dingue de constater combien Ouvert la nuit n’est qu’une version pâlotte, tout public, pour ne pas dire bourgeoise de La Bostella, dix-sept ans plus tard. La Bostella c’est vraiment le truc de potes, cradingue, mal rythmé, toujours à l’extrême limite du mauvais goût où le comique est souvent dévoré par la mélancolie, le désir de créer ensemble guetté en continu par l’angoisse de la page blanche. Il y a un univers, un décalage, quelque chose de plus subversif que ce machin encensé en début d’année, dans lequel un singe va faire le show alors qu’à l’époque on se contentait d’une piscine vide, dans lequel on choisit PARIS alors qu’ici on ne sortira jamais de cette petit maison provinciale. Reste que mon problème majeur est le même dans les deux films : J’aime bien Edouard Bear cinq minutes (Ses apparitions dans Mission Cléopatre sont idéales, par exemple) mais au-delà il me gonfle. Là c’est pareil, j’aime certains de ses moments, je pense même qu’il canalise un peu le truc qui aurait pu s’avérer indigeste, mais je cherche constamment Chico et Jean-Mi aka Patrick Mille et Jean-Michel Lahmi. Et puis je trouve un tout petit peu le temps long, aussi.

Alliés (Allied) – Robert Zemeckis – 2016

02. Alliés - Allied - Robert Zemeckis - 2016Mensonges et trahisons et plus si affinités… 

   5.9   Il y a deux films en un. Le premier est l’affaire d’une rencontre entre un agent des services secrets britanniques et une espionne française, sur une mission visant à éliminer un ambassadeur allemand, dans le Maroc français de 1942. Le second se situe à Londres, dans un contexte nettement plus elliptique, puisque d’abord trois semaines plus tard quand Max & Marianne vont se marier, puis quelques mois plus tard lors de la naissance de leur enfant sous les bombardements, puis encore un an plus tard dans un quotidien de parents apparemment débarrassés de problématiques initiales, mais ce sera vite tout le contraire, bien que cette tournure, angoissante et paranoïaque, soit relativement attendue dans les grandes lignes.

     Deux choses intéressantes : Tout d’abord que la seconde partie n’est pas dévorée par la précision d’orfèvre de la première. Si crainte il y a, elle ne dure pas bien longtemps. Très vite, le récit bifurque et on l’accepte comme tel. Surtout que, deuxième point, à l’apathie cotonneuse du premier chapitre, classique mais d’un classique enthousiasmant, parfaitement exécuté répond un second chapitre hyper dynamique, qui grimpe crescendo, émotionnellement parlant compris, jusque dans son terrassant final. Et tout cela à défaut d’être vraiment surprenant tant ses rouages sont convenus. Zemeckis nous surprendra toujours. C’est donc de la belle ouvrage, comme on dit, un beau pastiche de l’âge d’or hollywoodien doublé d’un excellent divertissement du dimanche soir. Et je le répète, la fin, très réussie, achève d’emporter le morceau.

Une Vie – Stéphane Brizé – 2016

03. Une Vie - Stéphane Brizé - 2016Le trop plein de creux.

   3.1   Je n’ai pas lu Maupassant depuis l’école, tant mieux, ça évite ici de se lancer dans de vains comparatifs. Après avoir filmé Lindon en vigile de supermarché, Stéphane Brizé entreprend d’adapter le premier roman de Guy de Maupassant, soit la vie de Jeanne, fille d’aristocrates, jonchée d’épreuves, de petits bonheurs et de grands drames. Ça devrait être bouleversant mais à moins de créer de l’abstraction et du poétique – comme Malick avait su si bien le traduire dans The tree of life, par exemple – ce genre de grand récit et sa linéarité bien répétitive, au minimalisme trop corseté, s’avère aussi peu passionnant et touchant que Eternité, de Tran Anh Hung, la lourdeur et la grandiloquence (de la musique, des couleurs, des dialogues) en moins puisque Brizé choisit justement de ne s’intéresser qu’aux creux, les avants et après virages forts. J’ai un peu l’impression que Brizé se complait dans son hiératisme parce que « ce cinéma de la soustraction » marche, quelque soit le film, quelque soit le genre. Moi ça me gonfle. Mais sinon y a Judith Chemla, et je l’aime d’amour.

La belle et la meute (Aala Kaf Ifrit) – Kaouther Ben Hania – 2017

la-belle-et-la-meute-kaouther-ben-hania-misogynie-a-part__500828_La nuit de la proie.

   7.0   Débarquant à poings nommés sur les écrans après les récents scandales outre atlantique que l’on sait, La belle et la meute, de la tunisienne Khaouter Ben Hania, est un film éprouvant, se déroulant le temps d’une nuit, entre une fête universitaire, les rues désertes d’un Tunis fantomatique, une clinique et un commissariat de police. Virtuosité qui rappelle un peu le Victoria, de Sébastien Schipper dans la mesure où neuf plans séquences, seulement, accompagneront ces neuf chapitres, qui forment moins un déroulé précis qu’une succession d’ellipses, parfois tonitruantes, permettant autant de souffler que de créer neuf espaces de temps bien différents. C’est à la fois une idée magnifique, quasi anti naturaliste, puisque d’un chapitre à l’autre, chaque fois quelque chose a changé, une information manque ou un comportement a évolué. Le revers de la médaille, mais qui participe à en faire une véritable épreuve pour les nerfs, une plongée sans concessions et parfois insoutenable, le film est trop appuyé, trop en surrégime pour que l’on accepte l’espace géographique dans lequel il nous convie. Dans Victoria, il y avait souvent des creux, des longueurs, et cela permettait de comprendre pleinement chaque mouvement, chaque déplacement, de saisir l’épuisement des personnages. Ici, le trop plein nous sort quelquefois du film. Malgré tout c’est puissant, un peu trop à charge à mon goût – Très peu de personnages masculins sont récupérables ou si oui, ils sont très maladroits, certains auraient mérité plus de neutralité – mais complètement dans ce qu’il dénonce. Une version cinématographique – Formellement t’as des trouées ahurissantes, ne serait-ce que dans le premier chapitre, très doux et très dansant – de hashtag balance ton porc (de flic) continuellement porté par son actrice principale.

Arsenal (Арсенал) – Alexandre Dovjenko – 1929

29. Arsenal - Арсенал - Alexandre Dovjenko - 1929L’usine de tout.

   6.0   Troisième volet de la trilogie ukrainienne de Dovjenko, Arsenal raconte la révolte des ouvriers d’une usine de Kiev pendant la guerre civile russe. Le film s’ouvre pourtant sur des images de guerre sidérantes. L’une d’elles, surtout, frappe par sa puissance d’abstraction malgré l’expressionnisme qui s’en dégage : Un soldat nous regarde, hilare, asphyxié par le gaz, la fatigue, la folie. Ensuite, le film plonge en plein cœur de la lutte communiste, il est parfois rêche mais ne perd jamais de sa lucidité. Ce qui frappe c’est de voir comment l’auteur relie les hommes et la terre : Point de naturalisme forcené, mais une volonté de filmer les mouvements, des corps et des éléments. Le sens de la composition des plans impressionne autant qu’il désarme : L’apparent didactisme se confronte à quelque chose de plus expérimental ici, de beaucoup plus lyrique là. Pas facile à apprivoiser mais fort.

12345...208

Catégories

janvier 2018
L Ma Me J V S D
« déc    
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031  

Auteur:

silencio


shaolin13 |
Silyvor Movie |
PHILIPPE PINSON - ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Playboy Communiste
| STREAMINGRATOX
| lemysteredelamaisonblanche