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Love is a racket – William A. Wellman – 1932

30. Love is a racket - William A. Wellman - 1932Coup de feu sur Broadway.

   5.0   En pleine Dépression et dans un univers nocturne riche en potins où se côtoient starlettes et producteurs, bootleggers et racketteurs, Jimmy (Douglas Fairbanks Jr., parfait) journaliste de Broadway, recherche celui qui alimentera le mieux sa brève de demain. Il tombera sous le charme d’une jeune comédienne coincée dans une affaire délicate avec la mafia sur le point de l’évincer.

     Je vais approfondir Wellman dans les jours, semaines à venir. Jusqu’ici je n’avais vu que le superbe Convoi de femmes. Ici, il trouve souvent le rythme et le ton justes, insérant quelques notes d’humour visant à rendre ce film noir aussi charmant qu’une comédie romantique, mais Love is a racket est sans doute un peu prisonnier de son petit théâtre de saynètes déployées dans trois/quatre lieux pour vraiment se démarquer du tout-venant. Un film relativement anecdotique, reste un certain brio, dans sa construction, sa narration.

Celle que vous croyez – Safy Nebbou – 2019

33. Celle que vous croyez - Safy Nebbou - 2019Liaisons dangereuses sur Internet.

   5.0   Claire (Juliette Binoche) est une femme divorcée de cinquante ans. Un jour, elle crée son faux profil sur Facebook sous l’apparence d’une jeune femme de vingt-quatre ans, ajoutant un faux prénom, Clara, accompagné de photos de sa nièce. Tout cela pour espionner son ex-amant Ludo (Guillaume Gouix), mais elle y tombe sur son meilleur ami Alex (François Civil) avec qui elle va bientôt entamer une relation amoureuse virtuelle.

     Il y a du romanesque, mais le labyrinthe n’est ni vraiment fascinant ni émouvant, car on en reste au stade de l’écriture et que cette rom’com vertigineuse et cruelle ne s’incarne pas dans un geste de cinéma original. Sans avoir lu le roman de Camille Laurens, duquel Nebbou en fait l’adaptation, on peut imaginer qu’il séduit avant tout par son pitch. Et Nebbou ne le transcende pas. C’est un peu dur, mais d’un point de vue formel le film m’a semblé vraiment emprunté.

     Bref, j’aime les intentions, (beaucoup) moins le résultat. Le film peine à trouver sa vitesse de croisière, déjà. Et si la seconde partie m’intéresse malgré tout, me surprend dans sa narration, il me manque ce que je viens y chercher : De l’émotion. J’imagine que si ça fonctionne c’est très intense comme film, moi j’y suis resté en retrait tout du long. Et quand c’est comme ça j’observe la mise en scène : Et tout est un peu à l’image des scènes de dialogues sur Facebook, je ne trouve pas ça très inspiré.

L.A. Takedown – Michael Mann – 1989

25. L.A. Takedown - Michael Mann - 1989Working paper.

   5.5   Il est important de préciser que Michael Mann a commencé à écrire le scénario de Heat, depuis l’époque de The Jericho mile. Puis qu’il n’a cessé d’y retoucher durant les années 80, sans toutefois trouver les fonds pour le mettre en image. Miami Vice (la série) aidant, il a une première opportunité de coucher sur écran cette obsession, le projet de sa vie.

     En somme, difficile de ne pas comparer L.A. Takedown à Heat, puisqu’il en est l’esquisse. De fond, de forme, de climat, de sidération, de mélancolie. De tout, puisque chaque scène (ou presque) est un décalque en moins bien, en brouillon. Tout Heat est là, moins l’équilibre et la perfection de Heat. Donc au jeu de la comparaison, L.A. Takedown est grand perdant.

     Logique, néanmoins, tant leur conception diffère : L.A. Takedown est d’abord pensé comme pilote d’une série, avant d’être transformé en téléfilm suite à un désaccord avec la chaine. Il est le fruit d’un tournage de dix-neuf jours (cinq fois moins que celui de Heat) et sans faire injure aux tournages courts, ça se voit. Surtout il est clairement cisaillé de part en part, afin de correspondre aux canons télévisuels qui lui impose les quatre-vingt-dix minutes : les scènes ne s’étirent pas suffisamment, quand bien même on en retrouve certaines quasi à l’identique, à l’image du braquage du fourgon, du climax de la grande fusillade ou du fameux face-à-face. Toutes mises en scène avec nettement moins de brio, incarnées avec moins de talent.

     Malgré tout, même si on connait Heat par cœur, il y a des surprises. Des coupes et différences notables, notamment la belle fille d’Hanna (Ici il n’y a pas d’enfant) ou sur l’aparté intime du chauffeur remplaçant (qui sera là réduit à un rôle de figuration). Des modifications mineures qui marquent : L’âge des deux protagonistes centraux, puisqu’ils sont beaucoup plus jeunes dans L.A. Takedown, la trentaine, grosso modo ; Et ce n’était pas Neil McCauley, mais Patrick McLaren. Waingro ne disait pas « L’artiste » mais « Champion ». Quant à Xander Berkeley, il fait le lien entre les deux films, puisqu’il incarne l’infâme Waingro quand dans Heat il jouera le rôle plus passif de Ralph, l’amant de la femme d’Hanna. Mais surtout, il y a un final complètement différent, qui à lui seul mérite que le film soit vu, montrant que le récit n’était pas tout à fait pensé, encore, comme la tragédie grecque déployée dans Heat. Indice : Ce n’est pas Hanna qui tue McCauley, enfin McLaren.

     Quoiqu’il en soit, c’est un film tout à fait regardable. Et donc un téléfilm tout à fait honorable. Notamment du seul point de vue scénaristique, car bien qu’amputée par rapport à celle magistrale de Heat, l’écriture s’avère riche, efficace, cohérente. Et Mann déploie quelques idées graphiques très fortes, notamment via de singuliers décors, des moments de suspensions ou des courtes focales réjouissantes. Je ne suis pas sûr qu’on voie ça dans d’autres téléfilms de cet acabit, disons.

     Certes, L.A. Takedown fait pâle figure après l’immense Manhunter, mais il faut le voir en tant que simple curiosité pour fan de Michael Mann, curieux de voir la maquette d’un chef d’œuvre. En cela, c’est tout à fait passionnant.

Toujours moins – Luc Moullet – 2010

32. Toujours moins - Luc Moullet - 2010Les temps post-modernes.

   4.5   Un Moullet en écho à l’un de ses autres films intitulé Toujours plus au sein duquel il égratignait les grandes surfaces. Ici il s’attaque aux machines, les bornes, les codes. S’il n’a certes rien perdu de son ironie, Moullet reste en surface, il manque les étranges travellings et comparaisons de slogans, logos, couleurs qui faisaient la drôlerie du film original suscité. Il avait plus tard regretté de n’avoir pu filmé les nouvelles caisses automatiques qui furent popularisées aux Etats-Unis dans les années 90. Voilà, il a rectifié le tir, afin de l’agrémenter du plaisir du toujours moins d’effort, de déplacement, d’êtres humains par secteur d’activité. S’il refaisait cela en 2020, Moullet pourrait clore sa trilogie par le titre « Toujours connecté » : on ne verrait qu’un écran, un clavier, une souris et des tas d’onglets ouverts, en E-commerce ou alimentaire. Passionnant sur le papier, Toujours moins reste malgré tout un film parfaitement dispensable.

Dernier amour – Benoît Jacquot – 2019

41. Dernier amour - Benoît Jacquot - 2019L’homme seul.

   3.0   Jacquot c’est de pire en pire. Ou presque tant les deux précédents étaient déjà très mauvais. Je n’en reviens encore pas que le réalisateur de La fille seule, L’intouchable ou A tout de suite, puisse faire des trucs aussi abominable franchement. Et sur tous les plans ici : C’est moche (une image grise, insupportable), désincarné (tout y est terriblement mort), mal narré : Le film s’ouvre sur Casanova vieux qui s’en va raconter une partie de sa vie – quand il tombe amoureux d’une courtisane qui lui résiste, ce qui aboutira à sa tentative de suicide – qu’on verra dans un flashback entier. Quelle originalité ! Bref c’est un film crépusculaire sur une lumière, un désir d’antan qui se cache, jaillit puis disparait. Mais que Jacquot ne parvient jamais à faire jaillir. Et puis faut être solide pour accepter Lindon en Casanova sous perruque. 

Les estivants – Valeria Bruni Tedeschi – 2019

40. Les estivants - Valeria Bruni Tedeschi - 2019Méta-stase.

   2.0   Si l’on pense beaucoup à l’horrible Fête de famille, de Cédric Kahn, le nouveau film de Valeria Bruni Tedeshi – Pourquoi je regarde ça, franchement ? – est plutôt un croisement bâtard, plus théorique, mais tout aussi clos et solaire, respectivement parlant, entre Vous n’avez encore rien vu, d’Alain Resnais et La grande Bellezza, de Paolo Sorrentino. Je grossis, évidemment, mais citer ces trois étrons me permet simplement de faire partager l’angoisse que j’ai traversée devant le visionnage de ce machin insupportable. Tout est usant là-dedans, du jeu des acteurs au petit décalage cynico-depressif mais le plus désagréable c’est son obsession pour la mise en abyme. Les estivants ce n’est que ça : Un film dans le film en train de se faire ou la vie de Tedeshi dans un personnage de réalisatrice qui joue son propre rôle d’actrice.  A tel point que tout va dans le triple sens jusqu’à citer sans vergogne le Buñuel du Journal d’une femme de chambre ou La règle du jeu, de Jean Renoir. Mais c’est bien simple : Prenez la tronche de six pieds de longs arboré tout du long (et notamment ici sur la photo) par Riccardo Scarmaccio et bien c’est exactement la gueule que je devais tirer devant ce truc durant deux heures. La mise en abyme est totale.

Breakaway – Bruce Conner – 1966

33. Breakaway - Bruce Conner - 1966Be kind rewind.

   6.0   Clip halluciné qui décompose le corps de la danseuse et chanteuse Toni Basil aka Antonia Christina Basilotta, qu’elle soit nue, presque nue ou habillée, arborant nuisette blanche ou collants à pois. En fragmentant chacun de ses mouvements par une suite de photogrammes isolés le film fait naître, par effet stroboscopique, ce corps qui danse, qui flotte, qui vole. Ça ne dure que le temps de la chanson, soit 2 minutes et 30 secondes avant que le film ne reparte, mais en arrière, images et son mêlés, formant un palindrome inattendu. Le clip dans sa fonction visuelle n’a pas trop changé (puisque l’image y était déjà fragmentée) mais le clip dans sa fonction sonore a disparu, ne reste qu’un amas informe. C’est aussi barré que réjouissant.

Une si jolie petite plage – Yves Allégret – 1949

45. Une si jolie petite plage - Yves Allégret - 1949Morte saison.

    6.5   Si le film est tourné à Barneville et non à Berck comme initialement prévu, la ville, elle, n’est jamais citée dans le récit. C’est un lieu mystérieux, hors du monde et du temps. On sait juste ce que l’on y voit : Quelques maisons en surplomb de la plage, désertée et un hôtel miteux. La pluie, ininterrompue, se charge du reste. Il pleut à torrents, interdisant même aux larmes des laissées pour compte de couler. Il y a un crime passionnel en filigrane, mais il y a surtout le crime perpétuel fait aux enfants de l’assistance publique, abominablement utilisés lorsque la vie active les récupère. C’est la grisaille de la France de l’après-guerre jalonnée de destins qui ne verront jamais le soleil, préférant se réfugier dans des vestiges de la guerre, ces fortins tout aussi désolés. Sous ses airs de titre chaleureux, estival, Une si jolie petite plage, d’Yves Allégret (dont je n’avais jusqu’ici seulement vu (et plutôt aimé) Les orgueilleux) est un film froid, boueux,  terrible. Gérard Philippe y est triste, taiseux, désespéré. Et c’est aussi la limite du film : Il ne décolle vraiment jamais, n’offre aucune espèce d’esquisse d’une éventuelle issue. La photo d’Henri Alekan est superbe.

Terres noires – Luc Moullet – 1961

17. Terres noires - Luc Moullet - 1961Visages villages.

   6.5   Bien avant les roubines des Contrebandières ou d’Une aventure de Billy the kid, Moullet les avaient filmées à Mantet, dans les Pyrénées et à Mariaud dans les Alpes, deux villages qui privés de routes, d’eau et d’électricité ont plus ou moins cessé d’exister. Au cours des dix-neuf minutes que forment Terres noires, son deuxième essai après Un steak trop cuit, Moullet ouvre la voie qui sera la sienne du document ethnographique parodique, qui malgré ce ton distancié très léger n’omet pas d’évoquer l’abandon de ces zones rurales et in fine d’être un hommage moins loufoque qu’émouvant. On se dit que Terres noires est le film d’un randonneur égaré, troublé par la vue d’un monde oublié de la société, miracle rescapé de la brume montagneuse.

Le pigeon d’argile (Clay pigeon) – Richard Fleischer – 1949

36. Le pigeon d'argile - Clay pigeon - Richard Fleischer - 1949La mémoire dans la peau.

   6.0   Un ancien prisonnier des camps japonais se réveille d’un long coma quelques années après la fin de la guerre. Il est accusé d’avoir trahi un co-détenu et risque la cour martiale. Sauf qu’il est à moitié amnésique et ne se souvient pas du tout d’avoir provoqué l’exécution de son ami. Il s’évade de l’hôpital naval et se met à la recherche de sa veuve. Il y a évidemment du Hitchcock là-dedans – C’est La mort aux trousses, c’est Le faux coupable – mais il y a aussi les prémisses de L’énigme du Chicago express (que Fleischer réalisera six années plus tard) d’une part car le climax du film se déroule aussi à bord d’un train, d’autre part car c’est un singulier duo que Le pigeon d’argile nous demande de suivre. C’est un film très ramassé (Soixante minutes, pas plus) au sein duquel Fleischer se montre déjà très à l’aise dans le déploiement de son intrigue et de son suspense. Il y a quelques maladresses, des choses très appuyées, visant à faciliter la compréhension du récit, notamment les deux flashs mentaux très pratiques. Ou bien sûr le retournement rapide de la veuve du défunt qui n’est pas suffisamment bien écrit / hyper bien incarné pour qu’on y croit. Si le film est jalonné de jolies séquences, à l’image de la course-poursuite dans le Chinatown de Los Angeles ou de celle du train, il y a surtout ce moment où notre héros se réfugie chez une jeune chinoise, qui le cache dans la chambre de son bébé, et dont il comprend, en tombant sur une photo dans un cadre, qu’elle aussi est veuve de guerre, d’un soldat asiatique. Bref, ça vaut largement le coup d’œil.

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silencio


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