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Jacquot de Nantes – Agnès Varda – 1991

varda_jaquotL’empire de la passion.    

   6.5   Agnès Varda n’aura eu de cesse d’intégrer dans sa filmographie récente des films hommage à l’homme/cinéaste Jacques Demy, son mari à la ville. Les demoiselles ont eu 25 ans revient sur Rochefort, les lieux de tournages, évoque les décès des uns, les réussites des autres. Film entièrement dépendant du chef d’œuvre de Jacques Demy qui est aussi un très bel essai sur la force implacable du temps. Plus tard L’univers de Jacques Demy pour en savoir plus sur cet énergumène fou de cinéma et de chansons poétiques. Et très récemment, Les plages d’Agnès, film expérimental qui travaille sur les reflets de l’image en parallèle à la mémoire, qui rend hommage à la nouvelle vague d’une manière générale, à Jacques Demy donc aussi. Jacquot de Nantes est le premier de tous ces films. Le réalisateur français vient de mourir, sa femme décide de lutter contre l’oubli et commence ce film qui retracera l’enfance de Jacques Demy et racontera les origines de sa passion pour le cinéma.

     Trois jeunes acteurs joueront le futur réalisateur. Trois jeunes acteurs d’âges différents en fait. Pour autant, et c’est une grande qualité, le film n’est pas du tout construit en trois étapes de vie, de développement culturel. Les seuls changements brutaux qui interviendront seront les métamorphoses physiques que Demy subira, pour montrer qu’il grandit. Les grandes étapes sont évidentes mais elles se confondent avec le reste pour retracer une enfance complète. Il en ressortira plus principalement la période de guerre. La première rencontre amoureuse. La première initiation au métier de cinéaste. Des seuils importants dans la vie de cet homme. Agnès Varda nous procure quelque chose de très intense par moment. Elle fait des inserts de films de son mari dans son propre film biographique. Ainsi chaque fois qu’une situation rappelle un film de Demy, elle cale une scène de ce film durant quelques secondes. Par exemple, il est question de manifestations dans les rues de Nantes, une séquence d’Une chambre en ville s’intercale. Si l’on y voit le garage où Demy a grandit, on y verra juste après une scène des Parapluies de Cherbourg. Si au premier abord on peut trouver le procédé redondant et facile, il s’avère très efficace ensuite et plus discret. Et c’est finalement très touchant car l’on se rend compte combien le cinéaste a puisé dans sa mémoire, dans ses souvenirs – dans le vécu donc, le vrai – pour étayer ses propres films.

     Jacquot de Nantes parle de cinéma, systématiquement, car parle d’un jeune homme qui passait sa vie dans les salles obscures, qui dénichait tous les films et faisait ensuite les programmes ciné de ses potes. D’un gamin qui très tôt, et par le plus grand des hasards, s’est intéressé au métier de cinéaste, en se procurant une petite caméra, visionnant maintes fois le même film (un court de Charlot) avant d’effacer la bande et d’en faire ses propres images, dessinées au feutre sur la bande. Le cinéma tient là une place considérable. Tout comme la guerre qui l’aura beaucoup marqué. Surtout la fois où il a vu une femme morte devant ses yeux. La ville de Nantes bien entendu. Ce sabotier chez qui il est resté un long moment aussi (il fera d’ailleurs un court métrage, adulte, qu’il appellera le Sabotier du val de Loire). Il y a une volonté inoxydable chez ce bonhomme, qui travaillait plus dans son grenier (à faire ses petits films) qu’à l’usine (boulot que son père recommandait) et aimait tellement ce qu’il faisait qu’il aurait été difficile d’imaginer ne pas le voir reconnu aujourd’hui comme un grand cinéastes.

Les choses de la vie – Claude Sautet – 1970

18783633Je t’aime, je t’aime.     

   8.5   Ce pourrait être ça les choses de la vie selon Sautet, un accident de voiture. Une jaguar lancée à pleine vitesse qui tente d’éviter un camion qui a calé et s’en va faire des tonneaux dans le fossé. Six secondes où tout bascule. Piccoli le premier, réduit à l’état de marionnette désarticulée. Mais le cinéaste utilise cet événement pour saisir chaque petits instants qui marquent l’existence. Piccoli est là, allongé dans l’herbe, sur le point de mourir et se souvient. C’est avant tout une double liaison. Ce sont des problèmes professionnels. Des rencontres. Des moments intimes. Tout se mélange, se confond. L’accident s’insère ici ou là. Certaines personnes apparaissent puis réapparaissent. D’autres sont là alors qu’ils ne devraient pas être là. La moitié du temps ce seront des souvenirs qui démarreront en voiture comme si l’accident les reliait inévitablement. Il y a aussi cette histoire de voyage. Cette histoire de lettre. Piccoli doit s’en aller avec une femme, quitter l’autre. C’est une mémoire sélective, presque aussi brève que ces six cruelles secondes. Lorsque l’une trouvera la lettre – qui était ce à quoi il pensait le plus avant la fin – qui ne lui était pas destinée, elle la déchirera, préservant l’amour, la tristesse infinie de sa concurrente. Somptueux. C’est le fait d’avoir opter pour une non-explication des évènements qui rend le film passionnant. Il n’est pas simple de tout remettre en ordre, il n’est pas utile de le faire d’ailleurs. Comme il n’est pas simple de différencier la femme de la maîtresse. Tout simplement car il s’agit d’un film de sentiments, de pulsions retranscrits tel un patchwork mémoriel. Ce sont seulement des bribes d’existence dans la tête d’un homme aussi chamboulé durant ces six secondes fatidiques que pendant toute sa vie.

A l’intérieur – Julien Maury & Alexandre Bustillo – 2007

A l'intérieur - Julien Maury & Alexandre Bustillo - 2007 dans Alexandre Bustillo & Julien Maury a-l-interieur-2007-05-g

     4.0   Je suis vraiment partagé. En un sens je trouve le concept tellement évident et propice au genre que je suis passionné par son esprit hardcore et jusqu’au-boutiste. Il se crée une peur de l’arme blanche, une peur du contact entre le couteau et le nombril tellement impressionnante que les quelques revolvers du film n’ont aucun impact émotionnel. Se joue alors un mécanisme de l’horreur particulier. Les apparitions habituellement vouées à créer un sursaut sont remplacées par un cadrage discret laissant apparaître des ombres. Lorsque la future maman est assise dans son fauteuil le plan est serré, sur son visage. Par un travelling arrière on ne va pas tarder à y découvrir l’ombre de cette autre femme dans le couloir derrière elle. Plus que de jouer sur une peur basique les cinéastes ont optés pour une peur de situation. Le mécanisme fonctionne. On est parfois à la limite du supportable. L’expérience, aussi physique soit-elle, pourrait s’apparenter à celle vécue devant un Martyrs.

     Et dans le même temps je n’y vois que perversion. Voir ces deux noms de réalisateurs collés côte à côte m’évoque une expérience perverse comme le versant gore de la pornographie. Ce n’est pas tant le fait que ce soient des hommes qui filment une expérience que seule une femme peut ressentir – Finalement ce culte de la chair, de l’organique n’est pas nouveau, avant eux il y avait Cronenberg – que l’empathie générale qui se dégage de tout ça. Chez Cronenberg c’est aussi vivant que théorique. Ici, on cherche tellement à s’ancrer dans le réel (replacement dans le contexte de l’actualité, tragédie de famille suivie de près, impuissance policière…) alors qu’il s’agit d’un fait totalement improbable, que l’enjeu ne peut-être que pervers. Façon Saw en quelque sorte. Où l’on se délecterait de voir souffrir, d’entendre crier, d’être inondé de sang. C’est un film extrêmement sanguin. Cette surenchère aurait été géniale si les cinéastes avaient su se détacher de leur récit, s’ils ne s’étaient pas trop pris au sérieux. Il y a autre chose qui ne fonctionne pas du tout : l’effet de surprise au niveau de l’intrigue. Cette dernière est mince pourtant on sent arriver le flash-back essentiel une demi-heure trop tôt. Le film est par ailleurs embarrassé par de nombreux effets assez laids. Comme pour cette scène ridicule où Béatrice Dalle est face caméra, énervée à en écraser un chat entre ses mains, et que pour retranscrire cela on nous sert des images hallucinées en saccades carrément insupportables. Toujours ce choix abject de vouloir montrer et choquer plutôt que de susciter le gore. Pour le reste c’est souvent invraisemblable mais ça reste une expérience. Pas très convaincante certes mais qui réserve son lot de scènes gores.

Le refuge – François Ozon – 2010

Le refuge - François Ozon - 2010 dans Francois Ozon

Summer son.    

   4.0   Le refuge ressemble à un film bâclé, qui ne laisse pas le temps aux personnages de s’incarner, qui ne profite d’aucun de ses moments intéressants. Isabelle Carré était vraiment enceinte pendant le film, pourtant c’est un film qui fait toc. Je ne crois absolument à rien, à aucune rencontre, à aucun choix. Il y a pourtant quelque chose qui aurait pu me plaire c’est la relation entre Mousse et Paul. Cette relation paraît sinon impossible au moins improbable. Il y a une fascination mutuelle qui s’opère entre cette fille et le frère de son petit copain mort. Elle ne se drogue plus mais plane toujours et refuse tout sentimentalisme à l’égard de sa condition. Il est homo et vit son truc de son côté. Que les deux s’exposent à une attirance relève presque du fantastique. Ozon aurait dû exploiter cette relation un maximum. On sait qu’il y a le fantôme de Louis derrière eux, à chaque seconde, mais il est beaucoup trop présent ici et nuit au développement intime de ses personnages.

     Il y a une rencontre dans le film qui est à l’image du plantage. Une rencontre rohmérienne, avec Marie Rivière. Là aussi tout sonne faux. Ozon s’en débarrasse trop vite. Comme s’il voulait s’en servir pour ne pas nous perdre, nous rappeler que la relation entre cette fille et le bébé qu’elle porte est particulière. Pour nous rappeler que Mousse se réfugie, qu’il ne faut pas chercher à la comprendre. J’ai détesté cette séquence. D’ailleurs, même cette idée de refuge ne perce pas. Celui de la drogue dans un premier temps, où l’on découvre Mousse et Louis en junkies invétérés. Même problème, ce début de film n’est pas du tout convaincant. Il y a le refuge toujours concret de l’endroit recherché pour le repos, cette maison en bord de mer. Là aussi j’aurai adoré y voir des fuites, le cinéaste pouvait se servir du cadre, des dunes, de ses plages. Puis il y a le refuge principal, celui qu’on ne voit pas vraiment sur le visage de Mousse malheureusement – excepté dans cette scène en boite de nuit, plutôt pas mal – c’est celui d’une solitude, d’une extase, d’une fusion convoitée entre elle et son bébé. Entre elle et le nouveau Louis.

     Il y a cet homme en moitié de film que Mousse rencontre. Séquence totalement détachée. Elle est assise à la terrasse d’un café. Il vient l’accoster. Il lui dit qu’il a une chambre avec une vue imprenable sur l’océan. Elle lui demande si les femmes enceintes l’excitent. Il lui répond que oui sauf s’il est le père. Elle le suit dans sa chambre. Ils ne font pas l’amour. Il s’installe derrière elle et la berce. Cette scène n’a pas grand chose à faire ici mais elle est intéressante car je crois tout simplement que cet homme c’est Ozon. Enfin, son personnage. Que pour une fois il nous parle de lui. Pas trop tôt.

La moustache – Emmanuel Carrère – 2005

la-moustacheLa science des rêves.    

   7.8   En se rasant un matin, Marc demande à sa femme quel effet ça lui ferait de le voir sans moustache. Elle lui répond qu’elle n’en a aucune idée car elle ne l’a jamais vu sans, puis se dérobe. Marc rase alors sa moustache. Il attend qu’on le remarque. Sauf que personne (ni sa femme, ni ses amis, ni ses collègues) ne lui fera la remarque. Quoi de plus vexant ? Probablement pas grand chose. Un changement aussi flagrant qui passe inaperçu. Marc va le prendre avec beaucoup de calme. Finalement c’est sa femme qui en fera les frais la première. Il s’agace, lui demande si elle ne remarque rien. Pas de réaction. Il s’emporte littéralement. Elle lui demande de lui expliquer, lui demande pourquoi c’est si dur à dire. Il lui répond que c’est très facile à dire mais que normalement il n’y a pas besoin de le dire. En fin de compte il lui dira. Le problème ne s’arrête pas là. Elle lui répond avec beaucoup d’assurance et d’incompréhension qu’il n’a jamais porté la moustache. Et ses amis confirmeront. De quoi devenir dingue ! S’il ne peut avoir confiance en ceux qui sont devant lui, il va tenter de le faire avec des objets. Un album photo. La moustache est bien là. Au moment où il veut le montrer à sa femme, les photos ont disparu. Pire, elle nie être aller à Bali, lieu représenté sur les photos. A cet instant il croit à une manipulation ultime, et nous aussi, dans laquelle il serait la victime. Un peu façon The Game de Fincher. Un événement va être encore plus fou. Il parle de ses parents, parce qu’ils doivent aller y manger bientôt. Elle semble bizarre. Tes parents ? Oui mes parents, bien entendu, mes parents… Mais ton père est mort l’an dernier lui dira t-elle. A cet instant je crois avoir été encore plus perdu que lui. La façon dont sa femme lui assène cette phrase franchement j’en avais des frissons.

Deux hypothèses :

La plus probable, Marc est fou. Et c’est de pire en pire de jour en jour. Pas vraiment d’explications donc aux situations puisque l’on peut même douter de la véracité de tout. Si l’on voit tout de son point de vue c’est comme si l’on devenait fou avec lui. Jamais on ne verra de séquences extérieures à Marc. Jamais rien qu’il ne puisse pas voir.

Aussi on peut penser au rêve. Auquel cas Marc rêverait qu’il devient fou. J’aime à envisager cette hypothèse car elle me semble moins négative, elle me dit que je peux croire en ce que je vois, en somme elle me laisse une échappatoire. Car s’il n’y a pas rêve, il y a folie c’est évident, et s’il y a folie, qui nous dit que tout ce que l’on voit n’est pas purement factice.

     En fait ce qui me fait croire à un rêve c’est la carte d’identité. Admettons que tout ne soit que folie. Marc a tout de même nombreux de ses repères. Il semble réfléchi, parfois serein. Il y a bien un moment qui me perturbe c’est lorsqu’il regarde les photos de Bali la première fois. Je suis à sa place ma femme ne dort pas, même pas la peine. Je lui fais avouer que je porte une moustache. Au lieu de cela Marc l’appelle, elle fait mine de dormir, il ne fera rien. Personnellement c’est moi, elle se réveille ! Bref, passons ce détail discutable. Il y en a un autre plus imposant. La carte d’identité. Pourquoi ne se servirait-il pas de cette preuve irréfutable contre son entourage ? C’est ici que ça cloche. Seul un rêve peut lancer une idée aussi lumineuse (la vérification par l’extérieur) et ne pas s’en servir par la suite. Les photos reviennent systématiquement avant de totalement disparaître, pas la carte d’identité où il porte la moustache dont on ne parle guère ensuite. C’est le seul indice qui va nous permettre de penser à quelque chose qui ne serait plus du domaine de la manipulation, ni de l’absurde, mais tout simplement du rêve. Ou alors il est vraiment fou et imagine qu’il porte la moustache sur sa carte d’identité ce qui n’est pas le cas. Il imaginerait cette rencontre au photomaton qui lui donnerait raison, rencontre qui n’existerait pas non plus. Il faut alors accepter que tout ce que le spectateur voit est ce que Marc voit. Ça me semble gros quand même. Je préfère me dire qu’il rêve. Comme Diane dans un certain film.

     La moustache c’est avant tout une curiosité. Son titre bien entendu. Aussi alléchant que terrifiant. Puis c’est un voyage aussi drôle qu’agaçant. On pense à Lynch par moment. Dans la façon de jouer sur deux niveaux de réalité ou non. Sur cette capacité à ne pas tout nous pré-mâcher. Sauf que chez le cinéaste américain c’est toujours très fantaisiste, très excitant. Ici c’est tout le contraire. C’est très terre-à-terre, beaucoup plus intime (beaucoup moins de personnages) ce qui rend l’expérience tout aussi marquante. Au moins perturbante. Et il y a l’incarnation de Vincent Lindon qui est formidable. Totalement habitée. C’est un film très silencieux. Film de mimiques. Film qui parfois se permet même le luxe de suspendre le temps sur un regard, un visage en perdition, une caméra tourbillonnante, une machine à laver. C’est un film d’objets : Un lacet, un album photo, une veste, une carte postale. C’est un film de disparition. Et aussi un film d’errance, scènes sublimes dans Hong Kong. Et bien entendu, certains moments font froid dans le dos.

     En fin de compte j’aime à penser que le film ne répond pas vraiment à nos interrogations. Du coup chacun y trouve ce qu’il cherche.

Max et les ferrailleurs – Claude Sautet – 1971

Max-et-les-FerrailleursLa peau de Max.     

   8.0   C’est une enquête de police vécue comme une tragédie grecque. Max est un flic sans scrupules qui débusque ses proies méthodiquement en ne faisant aucune concession. En cherchant à remonter aux sources d’une grosse crapule il va tomber sur un ami d’antan, qui connaît probablement le bonhomme, qui fait du business bas de gamme. Max va l’utiliser, sans remords. Et de fil en aiguille, aussi par l’intermédiaire d’une prostituée qui fait partie de la bande, il va réussir à les embarquer dans un hold-up. C’est l’obsession du flagrant délit, dira l’un des personnages. Max a perdu une bataille, du temps où il était juge, pour faute de preuve. Etre passé flic, c’est sa revanche, il a maintenant toutes les cartes en main et n’hésite pas à utiliser toute son intelligence de ripoux. Si le désir ultime de voir tous ces minables au trou paraît indétrônable, Max a pourtant une faille. Il va tomber amoureux de Lilly, la prostituée. C’est dans ce cheminement relationnel que Sautet réussit un truc remarquable. Max semble impassible au départ, tout droit sorti d’un Melville, puis sa sévérité se délite. On le voit apparaître sur son visage. Les traits se creusent. Il n’y a plus certitude mais hésitation métaphoriquement reproduite par un possible bouleversement dans les plans de la petite bande, qui en arrive à prendre les armes. Max perd peu à peu le contrôle. Il devient humain en quelques sortes. La fin et ce hold-up qui forcément tourne mal puis le tête-à-tête avec Lilly en larmes et pour finir sa discussion avec ce petit flic indic, au départ simple marionnette, qui dorénavant maîtrise la situation en dit long sur le changement de Max, dont la mécanique professionnelle a été écrasée par les sentiments.

Bliss (Whip it !) – Drew Barrymore – 2010

19196491-1024x680Terrain d’entente.

     6.5   Il y a d’abord la volonté refoulée de s’extraire du cocon familial. Bliss vit dans une famille modeste, n’a que très peu de libertés, entre le lycée et son petit boulot qui lui permettra de payer ses études. Elle a 17 ans. Cette extraction instantanée (une révélation un jour dans un magasin) va être poussée à son paroxysme en remplaçant ni une ni deux sa réussite scolaire et ses concours de beauté si chers à sa mère par le derby roller. Inutile de préciser que cela se fera dans un premier temps dans le plus grand des secrets. Secrets qui visent à être détruits un moment donné à cause du problème de l’âge – Pour participer aux tournois il faut être majeur. Exceptionnellement Bliss aura donc 22 ans. Mensonge qui n’entre pas en phase non plus avec son éducation. Nouvelle extraction. Une fois que l’on atterrit dans ce monde bien à part, où les coachs ont des shorts en jean car il n’y a qu’ça de vrai, où le but est de se chambrer en permanence et de s’éclater, le film prend une tournure essentiellement basée sur l’importance du rythme. Les séquences de rollers ne sont pas spécialement bien orchestrées, on attend d’être véritablement embarqués, même si le montage épileptique offre bien cette sensation de vitesse d’une piste ovale. On ne comprend pas vraiment les règles, si ce n’est qu’il faut attaquer, dépasser ses adversaires pour gagner des points, que l’on a le droit de jouer des coudes, que c’est même recommandé, que faire la technique du coup de fouet – d’où le titre original – vous propulse souvent jusqu’à la victoire.

     Bliss est un film d’actrices. D’actrices casse-cou que l’on pourrait voir chez Cameron : Juliette Lewis (les traits vieillis mais toujours au taquet), Zoe Bell (la cascadeuse de Boulevard de la mort), Drew Barrymore et bien d’autres. Pour autant on y évoque les hommes. Quand la femme encaisse et prend des coups ici, l’homme lui est très sensible. C’est un père qui pour préserver son couple fait croire à sa femme qu’il travaille dur pendant qu’il regarde un match de football. C’est un garçon qui cache une attirance profonde par un besoin d’autorité. C’est un présentateur aussi beauf que touchant. On aimerait que la réalisatrice s’y penche davantage mais on va s’en contenter. Parce qu’avant tout c’est Bliss qui nous intéresse. Dans sa découverte sexuelle, elle croit découvrir l’amour. Finalement ce plaisir sexuel sera celui de la piste. J’irai même jusqu’à penser que Bliss, que l’on appelle maintenant Baby Ruthless, dans son évolution nouvelle, ressent une attirance sexuelle féminine qu’elle ne peut pour le moment définir, cela n’entrant pas dans le cadre de son éducation sclérosée. Quelque chose d’étrange se passe entre elle et la Madone, comme si l’une cherchait l’autre et vice-versa. Pas étonnant qu’elles occupent le même poste sur la piste. A la fin l’une aura gagnée mais l’autre aura réussit une figure incroyable. La gagnante la félicitera. La perdante lui dira que si elle le désire elle pourra lui apprendre. Les deux derniers regards qu’elles se lancent en disent longs sur leurs sentiments.

     Bliss est un film cool, très à l’image de Drew Barrymore d’ailleurs, qui s’est octroyé le rôle d’une cinglée, sorte de clown de la bande, qui arrive toujours en retard, se fait expulser à chaque match, frappe son mec pour le saluer, oui sorte de jackass sur patins. Elle est hilarante. On y retrouve donc notre joli couple de Fever pitch, des Farelly, qui ont tous deux ici des rôles secondaires, mais très important. Jimmy Fallon ayant troqué sa passion du base-ball pour celle de présentateur de derby roller féminin, bavard, pervers et déjanté. Car Bliss est un film qui donne envie de chausser les rollers. Les bleus ne foutent même plus la trouille. Finalement c’est un film qui dit qu’il faut s’extasier, se trouver, recevoir des coups mais ne pas s’enfermer dans un climat que l’on assume pas – la copine par exemple. La mère assume cela. Le film ne le remet jamais en cause, même à la fin. Il dit juste que parfois les chiens peuvent faire des chats, et qu’il faut vivre au gré de ses envies avant tout.

The mist – Frank Darabont – 2008

18897689.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxThe host of seraphim.    

     8.5   A l’origine c’est une nouvelle de Stephen King. Et ce n’est pas la première fois que le cinéaste adapte le romancier, rappelons-nous La ligne verte. Un film éreintant, pompeux, ridicule qui fait l’apologie christique et ne remet jamais en cause la question de la peine de mort. Bref l’horreur. Ce n’est donc pas sans inquiétudes que j’allais me pencher sur cette nouvelle adaptation qui toutefois avait un cachet Carpenterien (The fog) qui m’interpellait.

     Je ne connais pas la nouvelle mais il paraît que le film lui est très fidèle, surtout au début. Peu importe. On est aux Etats-Unis, une tempête a éclaté dans la nuit, a ravagé des habitations, fait tomber de nombreux arbres. Cette petite famille bourgeoise qui ont vu un tronc traverser leur atelier peinture, un autre anéantir leur hangar n’a en plus pas de superbes relations avec leur voisin d’à côté, à qui le dernier arbre appartient. Par un concours de circonstance et beaucoup de calme, ils vont se retrouver lui, son fils et son voisin – sa Mercedes ayant été écrasé – embarqués pour aller au supermarché. Supermarché qu’ils ne quitteront pas de sitôt. Une épaisse brume encercle le magasin. Un homme en sort ensanglanté criant qu’un de ses amis a été littéralement emporté. Point de départ plus que passionnant de ce film qui n’a commencé que depuis cinq minutes.

     La suite est un huis clos total. On écoute les uns, on remballe les autres. On prend son mal en patience ou alors on quitte précipitamment l’endroit. Un premier accident a lieu – celui qui anéantira le minium de confiance qui était installée – où par un excès de bravoure inconsciente, un jeune garçon est dévoré, emporté par des tentacules. Un groupe a vu ce qu’il s’était passé. Un autre n’en croira rien. Tentacules ! They’re crazy! Certains décident alors d’agir par eux-mêmes, de sortir dans la brume. L’idée tourne mal. Au moins ça a le mérite de mettre tout le monde d’accord. Et The Mist va fonctionner comme cela tout le temps. Ce n’est pas tant l’extérieur qui s’avère être inquiétant c’est le magasin lui-même, la communauté qui y est enfermée, les choix proposés, les choix refusés. Trois soldats qui ne sont pas très nets. Des suicides. Une fervente religieuse qui se dit être le messager de dieu et comprendre que le temps de l’apocalypse est venu. L’arrivée d’une arme à feu.

     Ce sont tous ces évènements qui vont amener cette communauté à s’autodétruire, à imploser, alors qu’ils ont tout pour tenir un maximum de temps ensemble. On se retrouve vite dans un cas où l’homme n’est plus qu’un primitif. Il devient irréfléchi, uniquement instinctif. Et très violent. Alors même si l’on a le droit à quelques grosses ficelles comme cette conversion prématurée de cet homme qui est tomber nez à nez avec des araignées géantes, on est en droit se demander si ça ne sonne pas juste quand même. Si l’on observe bien, une grande partie du groupe n’a plus aucun repère et pire a perdu toute forme d’espoir. Le choix simple de se retourner vers cette personne qui semble être la seule à gérer la situation, bien que ce soit sur une thématique religieuse, est somme toute très logique. On se rattache à un espoir illusoire, quel qu’il soit.

     La violence qui irrigue nombreuses séquences du film est déjà désarmante mais n’est rien à côté de ce que l’on vit dans la dernière partie du film. Rarement je n’avais vu un film aussi sévère. Un film qui anéantit tout acte d’héroïsme. Un film sans porte de sortie. La fin dans la brume est un truc insupportable avant de devenir carrément horrible. Pas de punition (la femme cheveux courts qui ne peut rester car ses enfants sont seuls l’illustre à merveille) . Pas d’intervention divine (c’est un problème scientifique qui est en cause). Simplement aucun espoir. Ou s’il en est un, malheureusement tardif.

Tetro – Francis Ford Coppola – 2009

19187500Affaire de famille.     

   8.0   Le grand retour de Sir Coppola ! Malheureusement je ne connais pas son précédent film, L’homme sans âge, mais paraît-il que c’est excellent. Il paraît aussi que ce Tetro est un cran au-dessus. Je veux bien le croire. Quelle séance de cinéma formidable ! Quelle magnifique histoire ! Tetro évoque avant tout les retrouvailles de deux frères. De passage dans le coin le jeune Bennie vient rendre visite au frangin qu’il n’a pas vu depuis son enfance. Tetro. C’est le nouveau prénom de ce frère, autrefois appelé Angelo. Bennie veut d’abord comprendre pourquoi son frère lui avait laissé une lettre mentionnant qu’il quittait le terreau familial, dans laquelle il lui promettait de revenir le chercher un jour et qu’il n’a pas tenu sa promesse. S’il n’y avait que ça ! Bennie remarque aussi que Tetro a refait sa vie sans évoquer l’existence de son frère. Le problème c’est que sa blessure est très profonde et beaucoup plus conséquente. Les cicatrices sont loin d’avoir disparues. Et à défaut d’avoir des réponses de son frère, quasi-muet comme une tombe dès qu’il s’agit d’expliquer ses choix ou de ressasser le passé, Bennie va mener sa propre enquête qui le mènera vers la plus folle des explications. C’est donc par l’intermédiaire de Bennie que l’histoire de Tetro va revivre. Une tragédie familiale hors du commun qui parle de rivalité et du poids insurmontable des évènements dramatiques. Du rôle écrasant du père.

     Et pour orchestrer cet opéra, ce film total, Coppola utilise tout ce qui est en son possible. En un sens on pense à Bellocchio et Vincere pour sa démesure, sa soif de cinéma. Tout le présent dans le Coppola est en noir et blanc. Et le grain est superbe. Tout ce qui est constitué du passé familial (écrits de Tetro, souvenirs de Tetro) est en couleur et dans un format différent. Peut-être un format vidéo (je ne m’y connais pas suffisamment) poussant encore plus loin l’expérimentation intime, Coppola ayant déclaré qu’il avait insérer dans son film des séquences en écho à sa propre vie familiale. Cette liberté, cette originalité aurait très bien pu tomber à plat. Curieusement ça lui rajoute un côté flamboyant. De la même manière Coppola illustre tout cela via Les contes d’Hoffmann dont on voit certaines images, qui est dans le film, un souvenir cinématographique de Bennie avec son frère. Sublime plan en couleur par ailleurs.

     La construction de Tetro est bouleversante, jusqu’à la dernière seconde et ces deux corps au milieu des lumières. Le film progresse par rebondissements et pourtant il n’y a absolument rien à jeter. Un mot sur les acteurs qui sont toutes et tous parfaits. Vincent Gallo au centre, terrassant de beauté et de charisme muet. Et sous ses apparences de film lourd Tetro a cette qualité, donnée à très peu de films qui brassent tant, c’est qu’il est d’une légèreté absolue. Il emporte tout sur son passage et pourtant il est très calme, très posé. Finalement à l’image de Vincent Gallo là aussi.

Vincere – Marco Bellocchio – 2009

Vincere - Marco Bellocchio - 2009 dans Marco Bellocchio vincerecouple

Ida.   

  8.5   VINCERE. Ces lettres majuscules occupant tout l’écran en fin de projection évoque autant la mégalomanie mussolinienne que le besoin de reconnaissance d’Ida, sa première femme, que l’effet produit de ce splendide mélodrame aux accents visuels et sonores ahurissants. Bellocchio a vaincu en effet. Ce cinéma d’une grandeur émotionnelle et formelle rare est bien sorti sur nos écrans et fait figure emblématique des films importants de l’année. Difficile de s’attaquer à une quelconque analyse. Il y a comme un rempart infranchissable entre un ressenti intime pendant projection et des mots de lendemain pour en parler. C’est un film opéra. Un opéra furioso, pour reprendre les termes de Charles Tesson. Un cinéma très italien, bruyant, plein de rage, de tentatives de plans impossibles, un cinéma agressif, hystérique à l’image de son héroïne, musical forcément puisque film opéra, un cinéma de larmes et de cris, cinéma d’action (par l’image, non par les situations) quasi hitchcockien, de relations humaines presque Cassavetien. Marrant d’ailleurs parce que cette formidable actrice qu’est Giovanna Mezzogiorno, qui incarne Ida à merveille, rappelle certains traits, mimiques, regards de la Gena Rowlands d’Une femme sous influence. Toutes deux sombrent dans la folie au passage. Une folie de l’enfermement mental pour l’une. De l’enfermement physique pour l’autre. Comment ne pas évoquer le terrible Mussolini que Filippo Timi incarne avec toute sa démesure grimaçante, élocutive et livre une interprétation dans l’emphase, qui ne singe pour ainsi dire jamais, mais se situe sur une limite encore inconnue, quelque part entre ridicule et maestria. Bellocchio a voulu tout faire en grand. Remarquez, quitte à parler d’un fait historique caché, autant ne pas prendre de pincettes. J’ai en tête Ida qui monte les barreaux blancs des grilles de son asile, qui une fois en hauteur jette au vent de nombreuses lettres qu’elle a écrites, probablement destinées à son fils, toujours dans l’idée de la reconnaissance. La neige envahit l’écran, le ciel est noir, la musique accompagne chaque mouvement. Oui il y a quelque chose de complètement démesuré dans Vincere. Le film aurait pu être un gros nanard larmoyant et détestable, il devient film total grâce à une alchimie générale, une œuvre folle et flamboyante dont l’ambition n’a d’égale que la réussite de chaque séquence, plan, dialogue, mouvement. S’autoriser l’utilisation d’une histoire réelle non reconnue, en faire une pure fiction, accompagnée pour l’en appuyer de fictions cinématographiques d’époque (la référence intense au Kid de Chaplin) et de vidéos d’archives politiques relève tout simplement du miracle. Un cinéma que l’on aurait rêvé, qui se réalise !

     Je suis conscient de passer outre les enjeux du film car je ne préfère pas me risquer à une analyse de fond alors que j’ai vécu la projection de plein fouet et qu’il m’est difficile d’argumenter sur quoi que ce soit. Pour le moment je l’aime aveuglément et j’en suis content. Néanmoins je vais tenter de parler, au moins un peu, du personnage d’Ida.

     D’une part ce qui ne me gêne pas du tout c’est le traitement léger au sens historique qu’adopte Bellocchio pour parler de son histoire. On n’apprendra pas beaucoup sur Mussolini (il va quand même jusqu’à l’écarter en plein milieu de son film pour rappeler que c’est le parcours d’Ida qui nous intéresse avant tout) ni sur l’Histoire italienne de la première partie du vingtième siècle. Donc pour ce qui est d’un retournement de valeurs (un prêtre dans l’une des premières séquences disait que Mussolini, le jeune socialiste, était un peu paumé idéologiquement) je n’ai pas vraiment d’avis si ce n’est que pour moi tout arrive dès l’instant où il lance son journal, qu’Ida finance intégralement. Magnifique choix d’ailleurs qui s’inscrit parfaitement dans la lignée thématique du film que de ne pas quantifier cette caution. Je vois Ida comme amoureuse de l’homme, pas tellement de ses actes ni de ses choix politiques. Elle aussi est aveuglée. C’est cette virilité, ce regard, cette présence qu’elle aime chez cet homme pas ce qui fait de lui aujourd’hui sa triste renommée, enfin je crois. Donc irrémédiablement, ce que cherche Ida par la suite c’est la reconnaissance. Ce qui la rend antipathique c’est sa volonté d’être reconnue femme de Mussolini aux yeux du peuple, il y a quelque chose d’assez gerbant à ce niveau là car je le vois davantage comme une recherche de profit personnel (l’amour mais aussi la notoriété) alors qu’elle a son fils aussi à ses côtés. Par moment je vois la mère à l’écran. Mais à de nombreuses reprises je vois la femme en tant qu’individu. Personnellement c’est ce qui me fascine dans sa quête irraisonnée et inconsciente. Le film relève donc du privé, pas d’une démonstration historique, puisque c’est Ida, au moins à partir du second tiers du film, qui nous intéresse. Il y a très peu de séquences où on ne la voit pas d’ailleurs. Bref j’aime beaucoup ce déplacement Politique/Famille il donne une force supplémentaire à son personnage central. Je pensais à un truc aussi : Ida ne parle jamais de fascisme, je ne sais pas si on l’entend une fois l’évoquer durant le film. Elle dit Ladro ! Voleur ! Sa transposition relève donc de l’intime, elle n’a aucune opinion politique. La seule chose c’est qu’elle aime l’homme dévastateur et sûr de lui (cf. la première scène), l’homme de pouvoir (elle n’est jamais rebutée lorsqu’il devient une figure importante) et sans doute le plaisir de sa chair. Ida n’est pas Hadewijch, elle aime le sexe elle. Le sexe physique. Marrant car l’un des deux films on se demande si dieu existe, comment nous intervient t-il ? Nous dit-il d’agir ? De prier ? L’héroïne pense le baiser parce qu’elle ignore tout de la chair. Dans l’autre film on nous dit d’emblée que dieu n’existe pas, sinon Mussolini serait foudroyé. Et puis ça baise à foison au début, lorsque notre couple se rencontre (Sublime séquence sexuelle où les cris, les regards ne sont pas ensemble, Ida qui semble être à un septième ciel de sentiment d’extase, Mussolini qui paraît ailleurs, bien loin, qui sans doute se voit déjà dictateur). Ida ne pense pas être amoureuse, elle est amoureuse, elle le sent dans ses tripes. S’il y a cécité intellectuelle c’est parce qu’il y a non-réflexion, il y a pulsion amoureuse (Elle dit qu’elle n’aimera aucun autre homme) et sexuelle (elle soulèvera sa jupe dévoilant son pubis pour regagner son amour). C’est un parti prit que j’adore. L’amour pulsionnel comme Leitmotiv d’une vie. Car Ida y donnera sa vie. Elle y donne même son enfant, puisqu’en choisissant la rébellion elle s’interdit irrévocablement le droit de revoir son fils. Il y a une compassion pour cette jeune femme qui semble avoir tout le monde contre elle, oui je suis d’accord. Mais n’y avait-il pas compassion dans L’échange de Clint Eastwood quand l’on se prenait dans la tronche tout ce que vivait cette pauvre Angelina Jolie incomprise ? Après tout c’est une histoire semblable, au moins au niveau de l’enfant. C’est un enlèvement. La différence ici c’est que l’enfant peut tout aussi bien être Mussolini Le Duce. Ida est sans doute plus antipathique que le personnage de L’échange, mais sa quête est passionnante, car cette abnégation, ce courage inconscient, cette volonté de ne jamais s’écraser (sauf devant The Kid de Chaplin où elle fond en larmes) relève du plus pur des mélodrames. En tout cas je ne la trouve pas détestable. Complètement cinglée, irréfléchie, très amoureuse, en mal de reconnaissance mais pas détestable.

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