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Gabriel et la montagne (Gabriel e a Montanha) – Fellipe Barbosa – 2017

24. Gabriel et la montagne - Gabriel e a Montanha - Fellipe Barbosa - 2017Mzungu fou.

   8.0   Gabriel et la montagne a cette particularité qu’il est un film brésilien entièrement tourné au Kenya, en Tanzanie, en Zambie et au Malawi. Quatre pays pour quatre chapitres qui rythment et délimitent les déplacements géographiques de Gabriel Buchman, ce garçon mystérieusement disparu en Afrique en 2009. En vérité, ces délimitations ne sont pas très utiles si ce n’est pour effectuer chaque fois un rapprochement vers la propre mort du personnage dont on sait depuis l’ouverture qu’elle intervient sur le mont Mulanje.

     Felipe Barbosa m’était inconnu avant Gabriel, j’y allais donc avant tout pour le voyage promis et aussi parce que ce titre, quelque part, m’évoquait cette splendeur d’Herzog qu’est Gasherbrum, la montagne lumineuse. D’Herzog, il y a peu, bien que l’ouverture rappelle beaucoup celle d’Aguirre : Le plan, la musique, la grandeur, l’hypnose. Des agriculteurs fauchent les herbes hautes sur les chemins escarpés d’une immense vallée. Sous un rocher, l’un d’eux fait la découverte d’un corps.

     Le film s’ouvre sur la mort et pourtant il sera incroyablement vivant. Il est sans cesse en mouvement, comme son personnage, il s’étire ici puis se disloque là, insère par instants des photographies du vrai Gabriel, utilise en voix off le témoignage (après sa mort) de ceux qui ont croisé son chemin. Sorte de journal filmé mais toujours dans un tempo de fiction, puisque le réel que Barbosa entreprend de conter au moyen d’éléments-indices (Témoignages, photographies, journal) ne se déploie jamais au détriment de la matière fictionnelle.

     Le réel, finalement, on l’oublie. C’est un film aussi mystérieux que le continent sur lequel il s’aventure : On croit le comprendre mais il nous trouble l’instant suivant ; On arpente les bidonvilles ou villages, avant qu’il nous embarque dans des randonnées montagneuses ou sur la plage. On avance aux crochets de Gabriel, au gré des rencontres qui nourrissent son voyage. Les vraies rencontres que le vrai Gabriel a faites lors de son périple. C’est toute l’originalité du dispositif.

     Pourtant, l’idée la plus originale à mes yeux c’est le traitement du personnage. Puisque c’était un ami proche du cinéaste, ce dernier aurait pu lisser son caractère, stéréotyper ses enjeux afin de préserver son intimité. Au contraire, Barbosa en fait un vrai personnage de cinéma, ambigu, désordonné, contradictoire, adorable puis détestable l’instant suivant. Sans doute pour tenter de percer son idéalisme, comprendre sa dimension suicidaire, ses désirs tentaculaires, sans doute aussi pour fusionner son voyage avec le sien.

     On raconte que l’équipe technique s’est aventurée sur les terres de l’odyssée de Gabriel, rejouant les mêmes rencontres, traversant les mêmes endroits, jusqu’à gravir le Kilimandjaro. Meta-film mis à part, c’est aussi cette incompréhension que raconte le film : Ou comment un garçon issu de la classe brésilienne dominante, promis à un avenir brillant, intellectuel, choisit à ce point de s’oublier aux quatre coins de la terre, loin des circuits touristiques – et gravir le Kilimandjaro sandales en pneu aux pieds – jusqu’à littéralement s’évaporer ? Il y a du Fitzcarraldo dans ce personnage, du Klaus Kinski dans cet acteur, c’est à s’y méprendre.

     C’est d’abord l’histoire d’un caprice, celui d’un garçon qui n’a pas supporté qu’on le mette sur liste d’attente à Harvard. Son périple (Faire le tour du monde en un an) c’est sa revanche contre ceux qui lui mettent des bâtons dans les roues. Quand on fait le tour du monde, il faut de l’argent et Gabriel qui n’a que 20 ans n’en manque pas. Pourtant, il ne supporte pas l’idée occidentale qui consiste à se dépayser sur une terre pauvre. Lorsque sa petite amie passe le voir quelques jours en Tanzanie, c’est un sujet sensible, tant elle ne cesse de lui tendre un miroir qui lui rappelle son appartenance sociale.

     Ne pas oublier qu’à cet instant du voyage (Le premier chapitre, après nous avoir présenté sa mort en introduction, s’ouvre sur ces mots « 70 jours plus tôt ») Gabriel n’est plus très loin de repartir au Brésil, il a sillonné le globe pendant dix mois, il trimballe donc forcément une bonne dose d’orgueil et d’arrogance. Il ne cesse d’ailleurs de répéter qu’il n’est ni un Mzungu (homme blanc) ni un touriste, comme pour s’élever à la fois contre l’Occident et en dominateur (Puisque tout en lui évoque une mentalité bourgeoise) sur l’Afrique. C’est presque le Brésil tout entier, celui d’aujourd’hui, que Gabriel incarne, dans ce grand rêve brisé par la mégalomanie – Sacrée révélation, par ailleurs, que ce João Pedro Zappa, sorte de fusion improbable entre Gael Garcia Bernal et Zlatan Ibrahimovic.

     Gabriel et la montagne se ferme sur un procédé qu’on connait bien, consistant à balancer quelques photos pour accompagner le générique final. C’est très beau car on y remonte les derniers clichés pris par Gabriel, sa dernière rencontre avec cette femme dans un refuge, son arrivée au sommet, mais surtout la toute dernière photo prise sous ce rocher où il rendra son dernier souffle. C’est une photo floue, cadrée à l’arrache, une photo fantôme prise par un fantôme. C’est très émouvant en plus d’être un vibrant hommage.

Wanda – Barbara Loden – 1970

07. Wanda - Barbara Loden - 1970Vanishing landscape.

   8.9   Un choc. Unique réalisation de Barbara Loden, complètement à contre-courant aussi bien du Hollywood de Kazan (Son mari) que du nouvel Hollywood rutilant – Evidemment, comment ne pas y voir un film contre Bonnie & Clyde, soit contre Faye Dunaway qui avait précédemment hérité du rôle de L’arrangement (de Kazan) initialement promis à Loden ? Wanda c’est aussi cette histoire-là, celle d’une actrice promise et délaissée.

     C’est le Zabriskie point des vieux meurtris – Le film d’Antonioni sort d’ailleurs la même année. L’histoire d’une mère de famille à la dérive, sans désirs, sans ambitions, qui trouve un réconfort désespéré auprès d’un vieux voleur de pacotille. Point de révolution sexuelle ou anti-consumériste, ne reste qu’une fuite sans but ni point de chute. Pourtant, le lien s’opère rapidement entre Wanda et son spectateur. On ne veut plus la lâcher.

     Dans l’une des toutes premières scènes du film, on découvre rapidement cette région minière de Pennsylvanie avant d’entrer dans un foyer. Des enfants sont dans les bras d’une femme, ça devrait être leur mère. Mais l’on comprend vite que non. Leur mère est en fait avachie sur un sofa, se réveille puis s’en va marcher dans cet étrange paysage charbonneux, sans dire un mot. Plus tard au tribunal, où il est question de la garde des enfants, elle débarque avec ses bigoudis et ne donne aucune objection à ce que ses gosses soient confiés à leur père.

     Loden est de chaque plan et ressemble à une Gena Rowlands mouliné dans le film le plus sale de Ken Loach. L’image est incroyablement granuleuse, les plans délavés. Il n’y a pas de musique, pas de « plan beau » et le montage sonore est complètement approximatif. Quelque part il représente la frange d’un nouvel Hollywood en marge du Nouvel Hollywood. Entre cette longue traversée de la ville en voiture et cette Amérique meurtrie, ce sont News from home, de Chantal Akerman ou Fat City, de John Huston auxquelles on songe en priorité.

     Le destin de Wanda, le film autant que le personnage, est irrémédiablement associé à celui de Barbara Loden. Le film est mal distribué, ne passe que dans les festivals (Où certains l’acclameront, comme Marguerite Duras) et l’année où il doit sortir en France, dix après sa première diffusion à Deauville, Loden meurt d’un cancer qu’elle combat depuis Wanda. 

     C’est donc un autoportrait en décalage mais c’est surtout un beau portrait de femme, déstabilisant tant il va à l’encontre des modes féministes, donc plus singulier, réaliste, universel. Le récit est plein de trous béants, de longs silences, de scènes incroyables, à l’image de celle du petit avion ou plus tôt cette apparition étrange d’une silhouette comme enveloppée par des montagnes de charbon. Ou bien la séquence des catacombes qui ne fait que renforcer la dérive vers la mort. Voire la toute dernière, lumineuse et terrassante.

La traque – Serge Leroy – 1975

04. La traque - Serge Leroy - 1975Que la belle meure !

   7.8   Si la filmographie de Serge Leroy, loin d’être conséquente, est relativement passée inaperçue et globalement oubliée – J’ai d’ailleurs un très mauvais souvenir de Légitime violence, avec Claude Brasseur – le mec aura au moins pondu La traque. Ce film qui traine dorénavant une sorte d’ « aura culte » ce qui lui a permis d’être exhumé des greniers auxquels il semblait éternellement promis.

     J’ai moi-même une histoire avec La traque puisque je l’ai découvert tout jeune et il fait donc parti de ces films français qui m’ont un tout petit peu traumatisés au même titre que Le vieux fusil ou Dupont Lajoie. J’ai réussi à revoir le Enrico il y a quelques années, mais jamais je n’ai revu le Boisset. La traque c’est vraiment celui que je craignais de revoir puisque c’est celui qui m’avait fait le plus mal : Du jour au lendemain, tous les chasseurs méritaient de crever. Je n’avais pourtant gardé que des flashs mais suffisamment éprouvants (Dans une chapelle, dans un tunnel, dans un marais) pour meubler ma mémoire et probablement mes cauchemars.

     Alors, déjà le film mérite entièrement d’être revu/découvert/réhabilité, c’est un truc très sale, gris, malaisant, qui te fait arpenter la forêt en plein automne (Et s’y tient tout du long), une voie ferrée et des ruines, et qui te demande de croire, tiens-toi bien, que la bande de notables plus ou moins notables (Tous ont des intérêts croisés) est joués par : Jean-Pierre Marielle & Philippe Léotard (Les frangins pourris, par qui tout commence), Michel Robin (Qui oublie son fusil), Michel Constantin (Réticent tant que ça le met pas dans la merde), Jean-Luc Bideau, Michael Lonsdale, Paul Crauchet. Brochette aussi géniale qu’improbable d’acteurs magnifiques campant une belle bande d’ordures.

     La force supplémentaire de La Traque, ce qui le rapproche d’un certain cinéma chabrolien c’est la richesse de différenciation de chacun de ses protagonistes, aussi détestables soient-ils. Dans mon souvenir vague et binaire, c’était des ordures dégueulasses. Point. En fait c’est plus complexe que cela, ils sont reliés les uns les autres, puisque ce sont des gens importants, ici un conseiller régional ou un éminent bourgeois local, là un assureur ou un notaire. Avec leurs propres secrets et casseroles qu’il vaut mieux ne pas ébruiter. Certains se mettent en retrait, d’autres s’occupent des manigances. Pour qu’au final, la battue initiale de simples chasseurs beaufs se mue en mission façon unité militaire – Rien d’étonnant alors à ce que certains se remémorent leurs passages en Algérie ou en Indochine.

     Le film est âpre d’entrée, dans une double introduction où Mimsy Farmer arrive en voiture et semble s’engouffrer dans la nuit normande, puis dans une chambre d’hôtel miteuse, avant qu’un cut sordide sur un fusil vienne introduire Jean-Luc Bideau, dans le même hôtel avec sa maitresse. Plus tard c’est lui qui la conduit vers la visite d’une longère en forêt et ils sont déjà traqués, en voiture, par ses amis chasseurs qui les pourchassent gentiment. Ce sont des gosses, dit-il. Mais déjà le jeu prend des allures bestiales, déstabilisantes. Un interminable repas, bien arrosé précédant une battue au sanglier fera ensuite entrer le film dans une atmosphère forestière et marécageuse, poisseuse et irrespirable qu’il ne quittera plus.

     Avant que ça ne dérape brutalement, au détour d’un viol dans une chapelle. Les chasseurs oublient le sanglier et pourchassent la jeune anglaise, en fuite, qui pourrait parler. On plonge en plein survival. Tout se déroule en extérieur, le temps d’un après-midi, le long des routes désertes, entre les arbres, les roseaux et les étangs. La réalisation sobre mais efficace de Serge Leroy colle à la situation, la photo terne accentue la lourdeur du climat. On se prend les cris de perdition de Marielle et les gémissements d’agonie de Léotard dans la gueule. Car tout le film ou presque se vit du point de vue des chasseurs. De Mimsy Farmer nous ne verront que parcimonieusement ses courses folles et silencieuses avant ce « Help » hurlé jusqu’à trépas absolument déchirant.

     Autre point qui a son importance, les quelques séquences douloureuses de La Traque, celles que j’avais gardé en mémoire (de façon odieusement déformée) ne sont jamais écrasées par l’exploit ou la performance (Comme on pourrait le reprocher à un certain Gaspar Noé, par exemple) mais au contraire brillent par leur sécheresse et leur brièveté. Le film n’est pas trop sale ou trop violent pour être dans la démonstration au contraire, il impressionne par ses nuances (Sans l’effet de groupe, point de traque) et son imperceptible dérapage.

All Mine (Portishead ; 1997)

Portishead_-_PortisheadTout à moi.

     Dans la foulée de Neu ! j’avais plutôt prévu de poursuivre du côté de Can ou Kraftwerk, en guise de deuxième morceau indéboulonnable, histoire qu’il y ait un peu de cohérence – Je trouverai bien un moyen de revenir sur le krautrock, t’en fais pas.

     J’ai en effet appris hier, que le deuxième album de Portishead était sorti, aujourd’hui, pile poil il y a 20 ans. Portishead c’est vraiment un cas pas comme les autres dans le paysage musical : On pourrait ranger ça dans le trip hop mais j’irais pas le ranger aux côtés de Massive attack, par exemple. Trois albums seulement depuis 1994 et tous absolument immenses, différents, beaux, cohérents. Rares sont les groupes où je n’ai pas de préférence entre les albums, c’est très déroutant. Il peut donc m’arriver de préférer Dummy puis Third le lendemain puis ce deuxième opus la semaine suivante. Sans parler du magnifique live au Roseland ballroom.

     Le plus difficile restait à faire : Trouver un morceau qui me fait plus rêver que les autres. J’ai donc réécouté les trois albums hier, pour m’aider. Et j’ai hésité. Pas avec Glory box, qui est un beau morceau mais tellement peu représentatif de l’œuvre de manière générale et tellement entendu jusqu’à plus soif, qu’il ne me fait plus rien du tout.  J’ai pensé à l’incontournable Wandering star (Leur chef d’œuvre, à mon avis) ou au mélancolique It’s a fire, sur Dummy. Ainsi qu’au très mélodieux The Rip ou au complètement dingue We warry on, sur Third.

     J’ai préféré jouer le jeu et retenir un morceau de leur deuxième album. Ça aurait pu être le très Elfmanien-Morrionien Humming,  mais c’est celui qui m’a fichu les frissons en le réécoutant maintes fois hier. All mine. Mais en fait je le savais déjà, c’est un morceau qui me touche aussi viscéralement que Wandering Star. Parce qu’il est tout à moi, en effet. Plus suspendu, plus down tempo que les autres, sorte de ballade « trip hop » parfaite, ou comme si la Melody de Gainsbourg n’avait pas croisé une Rolls mais les extraterrestres.

     Et puis j’aime sa simplicité brute : Les grandes gifles de cuivres d’entrée, puis la voix de Beth Gibbons libérant ses sidérants « All mine » puis cette putain de guitare qui sort de nulle part et emporte le morceau au-delà de ce qu’il prétendait être au départ. Et puis la puissance de la batterie en mode zombie c’est à se damner. Bon anniversaire, bordel.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=2uLBYC4jKCU

Hallogallo (Neu ! ; 1972)

21767959_10155108515772106_2332930022948774617_nHard drug.

     J’ouvre une nouvelle liste, celle de mes cent morceaux préférés. Enfin, on verra, ça pourra être plus, ou moins. Dès que je pense à un morceau que j’adore plus que les autres, je viens en parler un peu dans cet album. Commençons fort. Commençons par Hallogallo.

     Evidemment, le disque entier est énorme, déroutant, expérimental. Mais Hallogallo c’est l’ouverture idéale, un tube absolu et la définition même du krautrock (Le premier morceau qui me viendrait à l’esprit si d’aventure on me posait la question) bref, un météore. À écouter en boucle ou accompagné des cinq autres morceaux que forment le premier disque du groupe allemand. C’est un peu comme un peu plus tard Autobahn, de Kraftwerk, tout l’album démonte mais le titre phare est hors norme.

     Et puis j’aime aussi qu’il procède par frustration, en brisant sa progression au bout de dix minutes d’une rythmique qui commençait seulement à vraiment s’emballer, au moment où il perd son kraut pour s’afficher clairement rock, pour résumer. Ça le rend d’autant plus puissant, je trouve. Ce motorik de batteries en continu, ces guitares libres, ces cymbales qui débarquent, nom de dieu.

     Je l’ai réécouté en bagnole ce matin. Et bien c’est hyper dangereux, si tu tiens à ton permis de conduire. Il offre cette impression de voler, sans que tu l’aies senti venir. Une impression de confort et d’ultra confiance en soi, en ses gestes, initiatives – Sur la route je passais là où d’habitude je préfère laisser passer avant de passer, si tu vois ce que je veux dire – bref, comme dirait Bodhi : « It’s 100 percent pure adrenaline. Other guys snort for it, jab a vein for it. All you gotta do is jump. » Oui, je cite Point break, là. En l’occurrence, il suffit pas de sauter mais d’écouter Hallogallo. C’était juste pour dire que c’est un peu le Heroin du krautrock, quoi.

     Bon allez, je viendrai agrémenter cette liste à mesure que l’envie me prendra. Quoiqu’il en soit, Hallogallo c’est Hallogallo. Ça pourrait largement prétendre au top ten des plus beaux morceaux ever, de mon côté.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=zndpi8tNZyQ

Wind River – Taylor Sheridan – 2017

06. Wind River - Taylor Sheridan - 2017Frozen detectives.

   4.8   On sent que Sheridan (Qui a surtout été remarqué pour avoir écrit Comancheria et Sicario) s’est dit qu’une réalisation sobre, efficace qui privilégie les grands espaces enneigés suffirait (avec les deux stars au milieu) pour révolutionner le petit polar à la sauce « réalité des réserves indiennes d’Amérique » mais l’intrigue et son déroulement sont quand même très poussifs et molassons. Reste que oui c’est déjà beau de tourner dans cet univers amérindien, le climat glacial et ce décor enneigé, très cinégénique alors qu’on le croise peu dans ce genre de film. Un comble de voir qu’un scénariste aussi installé ait fait un film aussi maîtrisé dans sa gestion de l’espace qu’il est à ce point faible dans l’écriture – C’est pas True detective, quoi. Le deuil du héros auquel on affecte une jeune fliquette de la ville, tout ça respire le déjà-vu. La fusillade sort du chapeau, le flash-back est bien amené mais ne sert pas à grand-chose, la résolution de l’enquête paresseuse. Et puis j’ai toujours un peu de mal avec l’auto justice finale, qu’on nous demande d’accepter sous prétexte que notre héros a jadis beaucoup souffert et que le méchant est un violeur dégueulasse. Ça me rappelle trop ces thrillers qu’on faisait à la pelle dans les années 90 ou plus récemment Trois enterrements, de Tommy Lee Jones. A part ça, le duo Olsen/Renner fonctionne bien : Elle illumine tout le film et lui est comme toujours, impeccable. Et il y a le sheriff campé par Graham Greene (dont il a fallu que je cherche sur Wiki pour citer le nom) qui jouait Joe Lambert dans Une journée en enfer. Il m’a fallu un peu de temps pour m’en souvenir malgré tout, tant le mec a pris cher. Bref, C’est pas mal, soigné mais ça manque un peu de chair. Frozen river, qui ne partage pas uniquement la similitude des titres puisque lui aussi ancré en terre mohawk, était, dans mes souvenirs, nettement plus audacieux et moins prévisible.

Eternité – Tran Anh Hung – 2016

13. Eternité - Tran Anh Hung - 2016La vie, la mort…

   2.0   Alerte NANAR ! ça voudrait viser le Malick de The tree of life (l’affiche, déjà…), mais ça s’embourbe dans le Truffaut de L’amour en fuite. On est plutôt dans une sorte de croisement improbable entre du Lelouch et du Klapisch. Certains citent BHL, je n’ai vu aucun de ses films, mais je veux bien les croire. Voici donc Eternité, magnifique titre puisqu’il annonce le programme : c’est un mélodrame interminable, écrasé par un pathos d’une lourdeur jamais vue, qui cherche à embrasser tout l’arbre généalogique d’une famille en s’intéressant principalement aux naissances, aux mariages et aux décès. AU SECOURS. Tout se vit entièrement de l’intérieur, il n’y a quasi pas de chronique historique. Il n’y a quasi pas de dialogues non plus en revanche il faut encaisser les notes de piano en remplacement des violons. L’interprétation (Jérémie Rénier, Mélanie Laurent, Pierre Deladonchamps, Bérénice Béjo tous interchangeables, et celle qui traverse tout le film et le temps comme un fantôme meurtri : Audrey Tautou) est grossièrement mutique, apathique, c’est insupportable. Bizarre pour du Tran Anh Hung, après le plutôt réussi La ballade de l’impossible.

Cars 3 – Brian Fee – 2017

10. Cars 3 - Brian Fee - 2017La relève.

   5.9   Mon fils m’a tanné tout l’été pour aller voir Cars 3 au cinéma. Comme je dois me coltiner les premières aventures de Flash McQueen toute l’année, c’est pas le truc vers lequel j’ai le plus envie d’aller pendant mes vacances. Mais je lui ai promis, donc nous y sommes finalement allés tous les deux. Et je suis content car c’est un chouette opus. Aussi bien si ce n’est mieux que le premier et surtout infiniment meilleur que le deuxième volet spécial Martin, que je n’ai jamais vu en entier mais qui pour le peu de morceaux que j’en ai vu, m’a toujours semblé insupportable. Alors ça ne révolutionne rien côté Pixar puisqu’on est à la fois relativement dans la lignée du premier et assez proche de ce qu’avait magistralement réussi Toy Story 3. Il est donc surtout question de transmission et de vieillissement. Sur ce point je trouve ça intéressant que Canet fasse la voix de Flash McQueen (ou Batémis comme disait mon fils il y a encore pas si longtemps) puisqu’on retrouve la thématique qui parcourait son dernier film, Rock’n roll, qui n’était pas terrible mais avait le mérite de raconter sa crainte de vieillir et l’obsession qu’il a pour son corps fané. Flash McQueen est donc vieux. Un vieux dans le sport, tout du moins. Il doit affronter des bolides new age aux méthodes d’entrainements (sur simulateurs grandeur nature) dix fois plus efficaces que la sienne qui consiste à se salir les gentes sur des circuits sableux. Quelque part on pense beaucoup à ce qu’est devenu la F1 depuis plusieurs années. On retrouve aussi certains personnages du premier : Le mentor Doc Hudson qui n’est plus qu’un souvenir (Qu’est-il devenu celui-là ?) et qu’on va un peu retrouver grâce à son vieux mentor d’époque, qui va reprendre Flash sous son aile – Le mentor de son mentor, si tu me suis. Mais aussi Chick Hicks reconvertit comme consultant, toujours aussi con. Et cette fois, l’écurie Rust-Eze se fait racheter par un milliardaire – Comment ne pas penser aux évolutions footballistiques ? Bref c’est assez passionnant. Mais surtout, c’est un nouveau personnage qui va recueillir tous les suffrages cool, Cruz Ramirez, beau coupé sport jaune (qui remplace un peu Sally, qu’on ne verra que brièvement) qui se voit coacher les coureurs du nouveau Rust-Eze, loin de ses rêves de star des courses. A la manière de Furiosa dans le dernier Mad Max (Le temps d’un demolition derby, on pense d’ailleurs pas mal au film de George Miller) elle va voler la vedette à Flash McQueen qui mettra du temps (C’est elle qui d’abord tente de le remettre à flot selon les nouvelles méthodes) à comprendre qu’il doit lui passer le relais. C’est très beau. Ça remplit donc le contrat à mes yeux d’autant que le juke box passe-partout et les vannes de remplissage qui alourdissaient le premier volet sont plus discret ici, et plus important, c’est aussi plus émouvant.

Lou – Dave Mullins – 2017

09. Lou - Dave Mullins - 2017Le petit voleur.

   5.2   En préambule à Cars 3, un tout nouveau court Pixar dont ils ont le secret. Une école maternelle : Après la récréation, l’invisible Lou range les vêtements, jouets, doudous oubliés par les écoliers. Un garçon est bientôt la proie de cette étrange créature faite de ces jouets égarés, elle lui choure son ours en peluche avant de lui faire comprendre qu’elle le lui rendra uniquement quand celui-ci aura rendu leurs affaires à tous ses camarades qu’il a volés. La partie course-poursuite est hyper rythmée, inventive. La partie rédemption plus convenue dans son déroulement, mais pourtant très émouvante, aussi bien en voyant les enfants heureux de retrouver leurs jouets, le chapardeur devenu le nouvel ami de tout le monde et la créature (à laquelle on s’était vite attaché) forcément volatilisée. Ça dure six minutes et c’est adorable.

Bonjour tristesse – Otto Preminger – 1958

08. Bonjour tristesse - Otto Preminger - 1958Un été brûlant.

   7.0   Si Otto Preminger restitue admirablement toute la dimension érotique et solaire de la côte d’Azur, le vrai sex-appeal de Bonjour tristesse, celle qui illumine chacun des plans dans lesquels elle se trouve, c’est Jean Seberg. Actrice irrémédiablement associée à La nouvelle vague, Belmondo et Godard, qui lui offrira – peu de temps après Bonjour tristesse – le rôle de Patricia, cette étudiante qui vend le New York Herald Tribune sur les Champs. A vrai dire, je ne crois pas l’avoir vu ailleurs que là-dedans. A part ça il s’agissait de ma toute première rencontre avec le cinéma de Preminger. Je sais que Bonjour tristesse n’est pas forcément considéré comme l’un de ses musts (Sans doute parce qu’il est une adaptation de Sagan) quoiqu’il en soit j’ai beaucoup aimé, je trouve le film gracieux, troublant, intelligent dans son jonglage couleur / Noir et blanc (La couleur pour le passé et le souvenir des moments de bonheur / Le noir et blanc pour un présent assombri par le drame) et son marivaudage de luxe absolument divin. Les fines lignes de dialogues sont impeccablement fondues dans la mise en scène et le film l’emporte par sa dimension mélodramatique provoquée par les rivalités, caprices et jalousies accentués par le soleil plombant. Hâte de voir d’autres films de Preminger.

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silencio


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