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Arès – Jean-Patrick Benes – 2016

41. Arès - Jean-Patrick Benes - 2016Banlieue zéro.

   1.5   Ça voudrait modestement s’inscrire dans la lignée d’un Blade Runner ou d’un Escape from New York mais ça ne vaut guère mieux qu’un Section zero ou un Banlieue 13. En somme, rien d’étonnant à ce que ce soit produit par Louis Letterier. Pas surprenant non plus de croiser des gueules déjà entrevues chez Olivier Marchal. L’interprétation frise le ridicule, entre apathie contrôlée des uns et surchauffe maladive des autres, mais pour ce que chacun doit jouer c’est normal. Surtout, le film est plastiquement catastrophique. Autant ses scènes de combat illisibles que ses plans outranciers sur des panneaux publicitaires, ses pseudos appartements miteux que ses grandes tours d’argent, rien ne prend, tout est moche. Si ce n’est respirer le numérique glacé, ce Paris dystopique ne dégage aucune espèce de fascination, ne parvient pas à mettre en mouvement la dimension post apocalyptique, glauque et crasseuse qu’il croit installer. Il ne suffit pas de multiplier les situations nocturnes pour faire croire au chaos – ça peut aider, certes, cf Terminator, mais n’est pas Cameron qui veut, il faut un minimum de talent pour l’incarner, ce chaos.

L’île aux chiens (Isle of Dogs) – Wes Anderson – 2018

27. L'île aux chiens - Isle of Dogs - Wes Anderson - 2018Waste kingdom.

   7.5   Il y a souvent ce petit quelque chose dans les films de Wes Anderson qui m’empêche de me sentir vraiment concerné. Un trop plein esthétique, un trop plein de personnages ou un trop plein frénétique. Parfois les trois à la fois, comme dans l’éreintant Grand Budapest Hotel. Si je peux en apparence aussi faire ces griefs à L’île aux chiens, ils sont largement compensés par une implication émotionnelle, la même qui m’avait permis de voir en The Darjeeling Limited, le grand film qu’il est. L’ile aux chiens est une merveille. Le plus beau film de Wes Anderson à mes yeux, ex-aequo avec celui que je viens de citer.

     Si je pouvais j’y retournerais car c’est d’une telle richesse dans le rythme et l’image que j’ai l’impression d’avoir raté beaucoup de choses. Mais punaise ce que c’est beau. Intégralement réalisé en stop motion – ce qui me fait me demander si ce n’est pas dans cette expression que le cinéma d’Anderson est le plus précieux (J’avais déjà beaucoup aimé Fantastic Mr Fox, mais j’ai le souvenir qu’il était plus inégal, moins attachant) – L’île aux chiens trouve cet équilibre entre le ludisme et la tragédie, le récit d’aventure et la parabole politique, la précision des lignes et la profusion de la décomposition, le double soulèvement canido-enfantin contre l’horreur dictatoriale, entre légèreté et noirceur, qui me touche cette fois beaucoup.

     Il faut surtout voir comment l’auteur s’empare de l’imagerie japonaise, c’est quasiment son Sept samouraï à lui. Impossible de ne pas penser à Kurosawa. Il faut voir aussi la beauté de chaque personnages, chiens ou pas chiens, autant dans leur écriture que dans le soin marionnettiste. Et il faut apprécier la beauté de chaque plan, tout simplement, tant Anderson déploie son récit d’épidémie et de lutte collective avec un sens esthétique et du détail aussi impressionnant que dans les plus beaux films de Tati. Alexandre Desplat lui-même se surpasse, on a le sentiment qu’il n’a jamais composé avant de composer pour Anderson et cette partition est probablement la plus riche, foisonnante qu’il ait offert dans cet univers prolifique.

     Reste qu’il y a tout de même beaucoup trop de choses à regarder et que tout va beaucoup trop vite pour qu’on ait le temps d’observer, entre la profondeur de chaque plan, la grande place offerte aux dialogues et leur imposant débit, le nombre de sous-titres en tout genre. Il y a dix idées par plan. Il faudrait le revoir plusieurs fois pour en saisir chacune de ses subtilités. Quoiqu’il en soit, dès le premier visionnage, on ne peut pas passer à côté de ces transitions vertigineuses, situations hyper découpées, apparitions folles. Et puis plastiquement je me répète, aussi bien ici dans un simple nuage de fumée que là dans le décor dantesque de cette île surchargée, c’est d’une beauté à couper le souffle. C’est bien plus que le cinéma d’esthète et de marionnettes auquel j’ai trop souvent réduit celui de Wes Anderson.

Sa majesté Minor – Jean-Jacques Annaud – 2007

20. Sa majesté Minor - Jean-Jacques Annaud - 2007Web-screwball-discussion mineure.

   1.0   Moi : Consternant.

S : Qu’est-ce que c’était nul dans mon souvenir.

Moi : Un frisson de la honte permanent, oui.

S : Rien que l’image, là, c’est quelque chose.

Moi : Et encore, j’en ai choisis une sobre.

B : Horrible.

T : On l’avait lancé chez toi, on n’avait pas tenu longtemps, mais bon souvenir quand même.

B : Purée, je me souviens plus.

T : Je ne sais plus si on était tombé dessus à la télé ou bien si tu voulais m’initier au trip.

B : Je penche pour la première option.

V : Mélanie Bernier en parlait hier chez Ruquier, elle pense que le film va devenir culte.

Moi : Tout ça parce qu’elle y passe son temps les nichons à l’air, ça.

T : Faut que je revoie ce film.

Moi : Haha.

B : À l’époque j’avais lu des critiques évoquant Pasolini.

Moi : Haha.

N : Nul à iech.

Et Dieu… créa la femme – Roger Vadim – 1956

21. Et Dieu... créa la femme - Roger Vadim - 1956Et Vadim… ne créa pas grand-chose.

   4.0   Quand je pense Brigitte Bardot j’imagine instantanément Le mépris, de Godard ou La vérité, de Clouzot, deux films qui me sont cher et qu’elle irradie littéralement, en couleur autant qu’en noir et blanc. M’étonnerait en revanche qu’il me reste quoi que ce soit du film insignifiant de Roger Vadim (qu’on dit pionnier de la Nouvelle Vague, mouai…) si ce n’est peut-être la photo d’Armand Thirard (et nul doute que la copie restaurée, proposée par Arte, y joue énormément) qui restitue quelque chose d’inédit (surtout en 1956) du climat tropézien même si Vadim est lui plus occupé à filmer / mettre à nue sa gonzesse. Et puis c’est pas si sulfureux qu’on le dit, je trouve, cette réputation que le film traîne avec lui est bien mystérieuse. Et puis je préfère cent fois le rayonnement d’un Pierrot le fou, le bonheur procuré par Le sauvage de Rappeneau, pour rester dans le genre du film solaire si tant est qu’on puisse le réduire ainsi.

3 Days to Kill – McG – 2014

29. 3 Days to Kill - McG - 2014« Faut que le héros il soit costaud et protège une fille, contre des méchants. Voilà »

   2.0   Tenté ça car je sentais le bon gros divertissement bourrin du dimanche soir. J’étais disposé. J’avais prévu de bosser ce soir-là mais j’avais pas envie. Eh bien au bout d’un quart d’heure je bossais quand même. Car bourrin ça l’est, mais on est loin, très loin du bon divertissement. C’est même une catastrophe, dotée d’une réalisation atroce, écrite n’importe comment. Rien que le résumé qu’en fait Wikipedia donne un rire nerveux : « L’agent secret Ethan Renner s’engage dans une dernière mission pour obtenir l’antidote expérimental au mal dont il souffre. Il devra lutter contre les effets hallucinatoires et narcoleptiques de ce traitement. » Mais bon, sur « une idée de Luc Besson » réalisée par McG – dont les chouettes Charlie’s Angels sont enterrés puisqu’il a depuis, entre autre, tâcheronné Terminator – fallait pas s’attendre à mieux qu’à ce truc à chier, j’imagine. Rien à signaler sinon que Kevin Costner passe ramasser un peu de fric chez EuropaCorp histoire de rembourser sa dix-huitième voiture de collection, et 3 days to kill rappelle encore que Mozinor avait vu juste concernant Besson avec son brillant générateur de scénario. Audi est remplacé par Peugeot cette fois. La pute par la fille du héros. Et le méchant est un terroriste allemand. Et y a encore des scènes à Paris. En fait c’est presque une version sombre de Taxi, quoi.

Pierre Lapin (Peter Rabbit) – Will Gluck – 2018

05. Pierre Lapin - Peter Rabbit - Will Gluck - 2018Jardin de pierres.

   5.0   J’attendais un truc neuneu (j’y suis allé pour accompagner mon fils, qui aime bien les épisodes télévisés) et en fait c’est plutôt cool. L’animation se marie bien avec les prises de vues réelles, ça fait pas mal aux yeux comme chez les Schtroumpfs et autres Chipmunks. On va pas dire que c’est du niveau Wes Anderson dans le dessin mais c’est soigné, et l’on retrouve un plaisir proche de celui de Paddington, humour anglais compris. Il y a d’ailleurs de très bons gags (et d’autres très limites comme la carotte) j’ai donc ri à plusieurs reprises. Et mine de rien ça revisite le triangle amoureux de façon originale puisque Pierre Lapin affronte (la baston centrale est super bien fichue au passage, comme tous les autres moments d’action) un londonien psychorigide, car ils sont tous deux amoureux de Rose Byrne. On les comprend. Il y a aussi tout un tas de beaux seconds personnages comme les sœurs de Pierre, triplés se disputant le droit d’ainesse, son meilleur pote Jeannot et sa veste ton sur ton, un cochon au régime et une bande d’oiseaux chanteurs délicieusement malchanceux.

Jumanji – Jake Kasdan – 2017

23. Jumanji - Jake Kasdan - 2017Jumanji Park.

   4.0   J’ai un peu souri au début. Mais globalement je me suis un peu ennuyé. J’étais fatigué ce soir-là, je lance ça exprès mais je m’endormais quand même. Après ce n’est pas désagréable hein, comparé à ce que j’attendais de bien daubé quand c’est sorti. Mais c’est quand même pas terrible, par rapport à ce qu’on m’avait peu à peu vendu – et ça me rendait curieux – à son sujet depuis décembre. Et puis dès l’instant que j’ai pas envie de revoir instantanément ce genre de film (à l’instar du premier Jumanji) c’est un peu raté à mes yeux. Et puis c’est souvent très moche, faut bien le reconnaître. Mais au moins ça ne se prend pas au sérieux, c’est vrai, un peu comme Kong, Skull Island ou Baywatch (pour rester sur 2017) c’est nul mais ça vise pas plus haut du coup je joue le jeu aussi et suis moins exigent qu’avec d’autres trucs geeks de branleurs qui croient réinventer le divertissement. Disons que ça fonctionne trente minutes surtout grâce aux acteurs : Quoique si The Rock y est excellent, les autres le sont moins à mon avis ; Jack Black est en dedans par exemple, j’ai du mal avec lui parfois même si j’imagine toujours qu’il retrouvera la grâce qui l’animait dans le merveilleux School of Rock. Son personnage méritait mieux d’ailleurs. J’espérais beaucoup de cette idée, sans doute parce que je me projetais facilement, je prenais souvent la nana quand je jouais à Street of Rage.

Don’t worry, he won’t get far on foot – Gus Van Sant – 2018

35. Don't worry, he won't get far on foot - Gus Van Sant - 2018Winning days, let’s say.

   5.0   Après l’excellent Promised land et le raté (mais pas si honteux) Nos souvenirs, Gus Van Sant (qui même s’il faisait plus que de la daube je continuerais d’aller voir ses nouveaux films en espérant le voir retrouver le niveau d’Elephant ou Gerry, on peut rêver) revient avec une sorte de feel-good movie sur la rédemption d’un tétraplégique alcoolique qui se découvre une passion pour le dessin, le film séduisait par son imposant casting – Joaquin Phoenix avec des cheveux oranges, Jonah Hill avec une longue crinière blonde, Rooney Mara d’abord infirmière avant d’être hôtesse de l’air (maintenant t’as méga envie d’y aller, je sais) ou encore Jack Black avec et sans cheveux, mais aussi Kim Gordon, Udo Kier, la chanteuse de Gossip, bref c’est n’importe quoi – et attirait par son cachet biopic, genre que l’auteur avait plutôt brillamment travesti avec Harvey Milk et Last days.

     Si formellement Don’t worry, he won’t get far on foot est assez paresseux, laissant souvent paraître qu’il aurait pu être réalisé par n’importe quel cinéaste américain moyen, c’est au détour de jolies scènes intimistes (Sa rencontre avec Annu, son dernier échange avec Donnie ou la retrouvaille en cuisine avec Dexter, son « bourreau ») et de (trop rares) parti pris qu’il laisse planer un peu d’intérêt : Certains sont parfois ratés à l’image de ces lourds balayages en split-screen, d’autres sont plus touchants lorsqu’il insère ci et là les dessins de Callahan, qui s’animent. Le problème ce sont toutes les séquences aux AA, franchement pas très intéressantes. C’est donc un GVS mineur, pour ne pas dire anecdotique, qu’on va oublier dans la foulée, mais les acteurs font suffisamment le job pour qu’on n’ait pas l’impression de revivre un autre Restless.

Panique au Sénat – Antonin Peretjatko – 2017

31. Panique au Sénat - Antonin Peretjatko - 2017Au poil.

   5.5   Suite à des élections maladroitement manigancées, un écologiste se retrouve à la présidence du Sénat. Il décide de tout laisser pousser, les arbres et les poils, ce qui n’est évidemment pas du goût de tout le monde. En quelques semaines, les jardins deviennent une jungle, les hommes sont tous barbus, les femmes ont du poil aux pattes, mais une contre-alliance secrète (affublé de postiches pour qu’on ne les dévoile pas) se met à l’œuvre. Sur cet argument tout simple, tout con, Peretjatko bâtit une fantaisie dont lui seul a le secret, vingt minutes réjouissantes aux dialogues acérés, situations barrées, dans la continuité de ce qu’il proposait dans ses précédents travaux, courts comme longs. Néanmoins, si son univers est toujours aussi identifiable et inédit dans le paysage cinématographique français, il est ici plus paresseux à mon goût, se reposant sur un pitch savoureux mais peu développé, libérant ainsi moins d’idées formelles farfelues. Ceci dit, ravi d’y retrouver le docteur Placenta de La fille du 14 juillet, ainsi que le toujours top Philippe Rebbot dont l’extravagance naturelle s’acclimate parfaitement à l’univers d’Antonin Peretjatko.

Reds – Warren Beatty – 1982

33. Reds - Warren Beatty - 1982« Your taxi is waiting »

   7.0   Fresque épique, aussi documentée qu’elle est peu spectaculaire, Reds impose sa richesse politique dans ses creux, véritable socialisme de salon ou communisme souterrain, à renfort de fortes joutes, grandes réunions ou discussions intimistes, tout en déployant une émouvante épopée conjugale, de son excitante rencontre à sa tragique extinction, en passant par ses divers soubresauts (à ce titre, la présence pourtant discrète de Jack Nicholson est essentielle) nourris d’absences et de désaccords dans leur dévouement mutuel pour la cause.

     Jack Reed est un journaliste américain, activiste communiste qui couvrit la révolution mexicaine avant de découvrir le bolchévisme à Petrograd en pleine Révolution d’Octobre, qui lui permit d’en tirer Dix jours qui ébranlèrent le monde, le roman qui fit son renom. Louise Bryant, à ses côtés dès 1915, est une écrivaine féministe. Le couple est campé par Diane Keaton et Warren Beatty, lui-même, probablement fasciné par cette figure historique au point de s’offrir la possibilité de l’incarner. Si c’est la dimension intimiste qui m’a d’abord séduit, la souffle de la reconstitution historique, de ces déplacements, en Russie, en Finlande, a fini par me cueillir et ne plus me lâcher – L’imposante longueur du film (3h15) permettant d’accepter de finalement s’y abandonner.

     Beau film d’amour et beau film politique, donc, sur deux trajectoires (car le film n’oublie pas de faire un portrait soigné de la jeune femme, d’abord dans l’ombre de son mari avant qu’elle n’endosse aussi, à sa façon, les rennes de la révolution) complexes, ambiguës, téméraires, film dont l’aspect ultra-documenté est renforcé par cette brillante quoique parfois lourde idée d’insérer ci et là des témoignages d’authentiques témoins d’époque, apportant leur regard politique et leur souvenir du couple Louise/Jack, moteur pour certains, complètement tombé dans l’oubli pour d’autres.

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silencio


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