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L’étrange incident (The ox-bow incident) – William A. Wellman – 1943

11. L'étrange incident - The ox-bow incident - William A. Wellman - 1943De l’impuissance de la justice sur le comportement de la foule.

   9.0   Il est rare d’avoir la certitude d’assister à un chef d’œuvre essentiel, une telle évidence de chaque instant.

     Jusqu’alors, Wellman m’avait séduit avec Convoi de femmes, nettement moins avec Love is a racket. Cette troisième rencontre est une déflagration. Je le glisse grosso modo dans le même panier que Fury, le meilleur film de Fritz Lang.

     Pour faire vite, L’étrange incident se déroule en 1885, dans un village du Nevada. Quelques hommes font escale dans un saloon, boivent, dissertent sur la présence d’un tableau dressé devant eux, puis se bagarrent. Mais alors qu’ils sont sur le point de repartir, une rumeur se propage : un homme annonce qu’un fermier du coin a été assassiné par des voleurs de bétail. L’absence du shérif aidant, le meilleur ami du fermier, épaulé par un commandant sudiste et un shérif adjoint, vont former une milice, suivie de l’hystérie collective, afin de retrouver ceux qu’ils ont d’ores et déjà jugé coupable : Trois étrangers de passage, bientôt traqués dans le seul but d’être pendus, dans un tribunal intraitable, improvisé sur une colline.

     Avant d’être un superbe plaidoyer contre le lynchage, L’étrange incident en impose sur deux points essentiels. D’abord sa courte durée (1h15 montre en main) qui en fait un objet condensé, d’une sécheresse oppressante, d’une efficacité redoutable. Ensuite sa photo, sidérante, qui s’accapare brillamment le peu de lieux et de visages qui traversent le film. En résulte une richesse de fond et une épure de forme, d’une symbiose admirable.

     Et il y a Fonda. Qui pourrait camper une sorte de personnage prequel de celui qu’il arborera quinze ans plus tard, dans Douze hommes en colère, de Sidney Lumet. Oui sauf qu’ici il n’influe sur rien. Il tente d’émettre ses doutes, de faire le pas du juste côté des « jurés », de lire une lettre cinglante, mais il est in fine plus lâche que téméraire, spectateur passif d’une injustice trop puissante. Il est donc, comme à son habitude, magnifique.

Tenet – Christopher Nolan – 2020

05. Tenet - Christopher Nolan - 2020Be hard rewind.

   6.5   D’habitude j’aime beaucoup écrire sur le cinéma de Nolan. Mais Tenet ne m’inspire pas. Sans doute parce qu’il se prête moins au voyage et à l’analyse de ce voyage qu’à celle d’une fonction mathématique. Je ressens sensiblement la même chose avec le premier Matrix. Il faut le digérer, car thématiquement et visuellement y a plein de choses intéressantes, mais passé ce cap, il ne reste pas grand-chose. Sinon un déroulement suffisamment, ou en apparence, tortueux, tout du moins curieux, pour qu’on prenne plaisir à repenser au film ou à l’évoquer durant une conversation. Sensation étrange qui doit bien révéler quelque chose d’autre.

     Et pourtant c’est tout sauf un film béant et désordonné. C’est un pur film de matheux. Pas celui d’un matheux chiant, calculateur et poseur, mais plutôt celui d’un passionné, qui veut épater sa galerie tout en s’éclatant très sincèrement avec son jouet. Un peu comme un magicien. On en revient au Prestige, en somme. Bon là c’est le carré Sator et ses cinq inscriptions latines, que l’on retrouvera ponctuellement dans le film, qu’elles s’incarnent dans un lieu, un personnage, une société, un peintre ou le titre du film lui-même. Pourquoi pas. De mon côté, je préfère quand Nolan s’extirpe de cette froideur théorique et rigoureuse, pour m’embarquer au-delà, dans une dimension plus sensorielle, comme dans Inception ou Interstellar.

     Ces deux films me surprennent sans cesse. Je n’anticipe rien, j’aime cette capacité qu’ils ont de générer de la croyance. Ici c’est le contraire, le film ne sort pas suffisamment des rails pour être un pur objet de fascination et quand il le fait, on regrette qu’il n’ait pas joué la carte d’un Fury road, par exemple : En effet, j’ai été assez déçu que Tenet ne soit pas un pur palindrome, qu’il ne revienne pas à cette scène introductive de l’opéra ; Que la fin du film ne soit pas aussi intense et ludique que la double étrange scène de l’aéroport. Certes, la grande bataille finale se déroule dans la même temporalité que l’introduction, mais elle est aussi abrutissante qu’interminable.

     Mais il y a d’autres problèmes majeurs : Le premier, le plus évident, c’est que ce film-là, son Mission : Impossible ou son épisode de James Bond, en gros, Nolan l’a déjà fait et en mieux, c’était Inception. Le second problème vient d’une réplique, celle clamée en début de film par le personnage incarné par Clémence Poésy « Ne cherchez pas à comprendre. Ressentez ! » qui est une belle promesse d’évasion proposée au spectateur, tandis que le film ne va faire que prouver le contraire, tenter de nous accrocher par son récit et non par son voyage. L’autre souci c’est que si les acteurs sont tous très bons, leurs personnages manquent d’une vraie épaisseur, contrairement aux deux films suscités. Et pour finir, disons simplement que ce film existe déjà en mieux, c’est Terminator. Et une chose est sûre, Nolan n’est pas Cameron.

     Néanmoins, j’y suis retourné. Pas d’emblée comme j’avais pu déjà le faire avec Nolan, pour profiter à nouveau du voyage, mais ici avec l’espoir que je plonge justement dans le plaisir du grand–huit et non à me creuser la tête pour…pas grand-chose, il faut bien l’avouer. Et c’était plutôt agréable de le revoir, même si ça manque clairement d’émotion à mon goût, de personnages et d’une ambiance musicale. Alors voilà c’est un film à voir, même à revoir, avec de l’aspirine sur soi, mais ce n’est pas un très bon Nolan non plus.

Terreur sur le Britannic (Juggernaut) – Richard Lester – 1975

01. Terreur sur le Britannic - Juggernaut - Richard Lester - 1975Duel dans l’Atlantique.

   7.0   Un film catastrophe (tourné dans les années 70) avec une affaire de poseur de bombes sur un paquebot au beau milieu de l’Atlantique. J’en rêvais de ce film, qui de loin m’évoquait L’aventure du Poséidon, de Ronald Neame ou Rollercoaster, de Jerry Goldstone, deux de mes films-doudou. D’autant qu’à l’instar du premier cité, là aussi le casting en impose : Omar Sharif, Ian Holm, Shirley Knight, Anthony Hopkins mais surtout Richard Harris (que j’adore depuis gamin, grâce à Cassandra crossing ou Orca) et David Hemmings (Blow Up, évidemment).

     Juggernaut (titre original, qui n’est autre que le nom d’emprunt choisit par le terroriste), le film de Richard Lester ne brille pas forcément par sa solidité scénaristique, puisqu’il s’accomplit de façon très mécanique, méthodique et parfois un peu prévisible, mais bien dans sa propension à vouloir insuffler de la crédibilité au sein du thriller, à injecter du réel dans la fiction. Si on a tant le sentiment de nous trouver sur ce bateau, c’est en grande partie parce que le film est majoritairement tourné en mer. Et même si ce n’est pas entièrement le cas, à l’image de l’arrivée parachutée de l’équipe de déminage en pleine tempête, c’est tellement bien fait, rythmé, monté, que ça fonctionne, on y croit – Judicieuse alternance de plans larges et plans serrés, qu’on retrouve dans un schéma plus exigu et clos lors des longues scènes de déminage minutieux.

     Et ça se joue aussi au niveau de la figuration, du mouvement, de la vie qui se crée dans le cadre, qui va parfois au-delà du récit lui-même. Il se passe tout le temps plein de choses, sans que ce soit forcément utile scénaristiquement parlant. Ça me parle beaucoup, ça. On ressent l’héritage du free cinéma anglais, il me semble, tant le film baigne dans le néo-réalisme, parfois à la limite du faux reportage, ainsi que dans la critique sociale : La prolétaires oubliés en bas, le gaspillage bourgeois en haut. Tout en racontant et notamment par son dernier tiers (avec ses rebondissements et son duel à distance) l’Angleterre en crise des années 70. Tout en ayant la particularité de s’aligner sur un pitch de Série B. C’est sa grande originalité. A la fois proche du film catastrophe typique. Et à la fois complètement à rebours tant il est anti-spectaculaire en permanence.

Révélations (The insider) – Michael Mann – 2000

10. Révélations - The insider - Michael Mann - 2000La menace.

   7.0   Délicat exercice mais il me faut d’emblée évacuer les (subjectifs) griefs à son encontre, avant de gorger The insider de superlatifs mérités.

     Tout d’abord dire qu’il arrive après Heat. On verra que c’est aussi un atout néanmoins dans un premier temps il faut affronter une certaine frustration voire une franche déception, d’un point de vue romantique, s’entend : Le film manque beaucoup en effet de ce pouvoir romanesque, symphonique, glamour et tragique que Mann, alors en pleine quintessence, avait produit avec son œuvre mythique, son obsession intime, son chef d’œuvre, trois années plus tôt.

     C’est un problème majeur à mes yeux, il manque à The insider la kyrielle de personnages secondaires qui fait le sel des récents récits de Mann. La dynamique est telle (complètement possédée) que ceux-ci s’accumulent et s’annulent plutôt que de créer une force, disons plus chorale.

     Mais pas seulement : c’est un film nettement plus ingrat, structurellement parlant : Il donne parfois l’impression de n’être qu’une partie des rushs, d’être une possibilité de film de cent cinquante minutes parmi cent autres. C’est très déstabilisant, au point que ça joue parfois en sa défaveur, contre son pouvoir de fascination – Je décroche et/ou m’assoupis souvent, devant The insider – et contre le désir de suspension cher à Mann dont on voudrait qu’il hérite davantage.

     Autre chose : J’aime beaucoup ces films d’investigations, ces « films-dossier » quand on le dit de façon péjorative, mais je me demande si dans le fond ce sont des œuvres très personnelles, si elles ne masquent pas systématiquement la personnalité, forte ou non, de leurs auteurs respectifs ? Ça répondrait à ce constat que l’objet ne me pose aucun problème, voire il produit l’effet contraire, avec des cinéastes « milieu de tableau » type Oliver Stone (JFK, son chef d’œuvre) ou François Ozon (Grâce à dieu, idem) ou Steven Soderbergh (Erin Brokovich) mais dès lors qu’il y a un auteur très identifié aux manettes, avec une patte reconnaissable entre mille, il semble s’effacer derrière son sujet. Et dans ce panier, outre évidemment le beau film de Mann, j’y mettrais le beau (Mais il s’agit à mes yeux d’un film mineur dans sa superbe filmographie) et récent Dark waters, de Todd Haynes. Deux films, The insider & Dark waters, qu’on serait par ailleurs tenté de relier sur de nombreux points, l’ammoniac dans la nicotine des cigarettes d’un côté, l’acide perfluorooctanoïque dans le téflon de la poêle de l’autre. Mais aussi d’un point de vue visuel : Une photo léchée et glaciale.

     Evoquons dorénavant ses innombrables forces. Evidemment, Révélations est un grand film. Une sorte d’œuvre inattaquable, objectivement parlant. Un pur film d’investigation, complexe, ambivalent, mystérieux, dénué de facilités – ça ne te prend jamais par la main – et qui recèle une tonne d’idées, de points de fuite, de possibilité de bifurque. Il est rare de sentir un film aussi libre, qui plus est un film tiré d’une histoire vraie. Et un film aussi passionné, alors qu’il s’inspire d’un article paru dans Vanity Fair qui revenait sur le combat de Jeffrey Wigand, employé d’un grand fabricant de cigarettes, qui s’est improvisé lanceur d’alerte. Bref, sur le papier, c’est pas Le dernier des mohicans. Ce n’est pas Heat non plus. Et c’est ce qui fascine tant. Ca force vraiment le respect, de voir un cinéaste tenter à ce point, cent cinquante minutes durant.

     D’autant qu’une nouvelle fois, il est intéressant de constater à quel point les ponts sont à faire entre le film et son créateur, entre  le(s) personnage(s) et l’auteur. Il suffit d’évoquer Jeffrey, incarné par Russell Crowe : Il est une menace pour la corporation de cigarettes puisqu’il connait son système, qu’il est dedans, mais qu’il choisit de s’en extraire et de le trahir, un peu à l’image de ce que fait « tout le temps » Mann du polar, du biopic, du cinéma d’action ou d’espionnage. Il y a cette séquence brillante : Un soir, Jeffrey se retrouve sur un practice de golf. Il tape quelques balles, il fait nuit et il n’y a personne d’autres que lui, excepté un homme, quelques tapis plus loin, un homme par lequel il se sent observé. Il décide de faire semblant de le fuir puis de le suivre, mais l’homme lui échappe sur le parking. Cet homme c’est l’autre version de lui-même, un Jeffrey assujetti au monde, ici une firme toute puissante, tandis que Jeffrey s’y érige pleinement avec tous les dangers et la parano qui en découlent. Bref c’est une scène mémorable, dans la mesure où elle fonctionne parfaitement sur un double niveau : théorique (la réversibilité du personnage mannien) et physique (le suspense qui se joue est quasi insoutenable). Il y en a d’autres, évidemment.

     La faculté d’immersion dans l’univers qu’il dépeint est une constante chez Michael Mann. Et si celui de Révélations est probablement le moins glamour d’entre tous, c’est sans doute aussi celui pour lequel on le sent le plus investi, jusqu’à l’obsession, au point qu’inéluctablement l’émotion en pâtit. L’invitation au voyage, aussi. Reste qu’il est fascinant de le voir dévoué corps et âme là-dedans tandis qu’il sort d’un film-monstre (Heat) et qu’il s’apprête à entrer dans un autre (Ali). Quoiqu’il en soit, il y a une exigence chez Mann qui dépasse le cadre du résultat lui-même, on sent que la construction du projet est longue, pesée, méticuleuse. 

     Résumons : Le huitième film de Michael Mann est important, colossal, c’est un film-monstre, dans le fond comme dans la forme, un film qui m’impressionne, que je rêve d’adorer,  mais qui dans le fond ne me touche pas beaucoup. Là, c’était ma quatrième fois. Et je sens que le film m’échappe encore énormément. C’est bien, c’est aussi ce qui me plait, dans ce film, au cinéma en général, mais c’est aussi ce qui m’empêche d’être vraiment ému car pas suffisamment attaché à ses personnages et sa structure.

Les SS frappent la nuit (Nachts, wenn der Teufel kam) – Robert Siodmak – 1959

46. Les SS frappent la nuit - Nachts, wenn der Teufel kam - Robert Siodmak - 1959La chute.

   6.0   Avec Les SS frappent la nuit, Siodmak s’attaque « presque » au film choral tant il multiplie les personnages et points de vue. C’est l’un des premiers films qu’il réalise après son retour d’Hollywood. Cousin évident du M, le maudit de Fritz Lang, Les SS frappent la nuit raconte une banale enquête policière avant de concentrer sur un fou toute la violence d’un régime nazi assuré de son hégémonie.

     Mais contrairement à Lang, Siodmak dépeint moins la montée d’un régime que son déclin, moins sa puissance que ses failles : Offrant à la fois un portrait civil de l’Allemagne durant la seconde guerre, qui ne reste pourtant qu’un décor, mais aussi celui d’un serial killer miroir des bourreaux du IIIe Reich, parfait révélateur de la violence nazie. Le film vaut essentiellement pour la scène de reconstitution du meurtre, pure investigation mentale.

Une place au soleil (A place in the sun) – George Stevens – 1951

26. Une place au soleil - A place in the sun - George Stevens - 1951Sunset.

   8.0   Tous les ingrédients du grand mélodrame hollywoodien sont réunis au cœur de cette pièce maitresse signée George Stevens. Et en creux, forcément, la lutte des classes : Un jeune homme tombe simultanément, ou presque, sous le charme de deux femmes, une ouvrière (Shelley Winters) qui bientôt tombera enceinte de lui puis une bourgeoise (campée par Elizabeth Taylor) qui va l’emmener dans son univers luxueux, lui faire découvrir cette « place au soleil ».

     L’american dream se transforme en american tragedy, soit l’exact titre du roman duquel s’inspire Stevens, livre précédemment adapté par Von Sternberg dans les années 30. Si l’on peut y déceler des restes de l’Aurore – Cette séquence sur la rivière, évidemment – il s’agit surtout d’une matrice assez évidente du Match point, de Woody Allen. Les deux actrices sont parfaites, mais je crois que le film repose essentiellement sur l’étrange prestation de Monty, à la fois hyper charismatique et complètement à côté de la plaque. Il est magnifique.

Le nouvel amour de coccinelle (Herbie Rides Again) – Robert Stevenson – 1974

04. Le nouvel amour de coccinelle - Herbie Rides Again - Robert Stevenson - 1974Embarrassé sur le bitume.

   2.5   Où je me suis rendu compte que j’ai dû voir cet opus au moins autant que je voyais le premier, quand j’étais gosse. Incroyable de constater le nombre de petits trucs dont je me souvenais : L’échafaudage et le combat de joutes, en tête. En revanche si dans le film original la course automobile en point d’orgue faisait office de parfait climax pour les enfants, je ne vois pas trop ce qui intéressait le « moi » enfant dans cette pâle suite. Il y a bien le final dans les rues de San Francisco mais il faut être sacrément patient, pour… pas grand-chose. Et puis on perd Dean Jones au profit du terne Ken Berry. Il n’y a même plus Séraphin. Reste Choupette, toujours aussi élégante et intrépide, et suivant l’âge du spectateur j’imagine que ça peut amplement suffire.

Thalasso – Guillaume Nicloux – 2019

10. Thalasso - Guillaume Nicloux - 2019Préparez vos peignoirs.

   2.5   Les présences de Michel Houellebecq et Gérard Depardieu suffisent à rendre l’expérience pas trop détestable : Il y a ici deux gueules, deux voix, deux silhouettes qui se télescopent, deux êtres complètement fascinants en peignoir blanc dans une thalasso de Cabourg. Ils font ce qu’ils peuvent pour résister et au régime draconien imposé. Ok, bien. Mais le film est beaucoup trop nul, quand même. Il ne raconte strictement rien et s’en tient à l’éventuelle magie insufflée par son duo d’acteurs. Nicloux c’est vraiment ce qu’il se fait de pire en France depuis quelques années. Tenu 30 minutes.

Domino – Brian De Palma – 2019

08. Domino - Brian De Palma - 2019Une impasse.

   4.0   Quelle tristesse de voir De Palma aussi peu inspiré. Six ans après le déjà très dispensable, Passion. Certes, le film est fauché, mais il manque surtout d’idées, de passion, justement. L’auteur de Body double n’y croit plus et livre ce pale resucée de tout ce qu’il a déjà fait en beaucoup mieux. D’autant qu’ici tout semble avoir été traité par-dessus la jambe : Direction photo indigente, structure impersonnelle, montage formaté, scénario de misère. C’est un film qui semble avoir été fait à la chaine, avec uniquement les miettes d’un génie aux commandes. On pourrait s’en remettre à la présence des deux stars de Game of thrones mais ils sont mauvais comme des cochons. Malgré tout il y a quelques embryons d’idées intéressantes, une grammaire que l’on connait bien, mais il faut attendre le dernier quart pour retrouver un semblant de la vraie virtuosité de palmienne. C’est peu, très peu. Et encore une fois, Daesh ou pas, ce film, De Palma l’a déjà fait : Domino c’est un mélange de Femme fatale, Snake eyes et Redacted. Bref, ça n’a malheureusement pas grand intérêt.

Les indiens sont encore loin – Patricia Moraz – 1977

13. Les indiens sont encore loin - Patricia Moraz - 1977Conte cruel de la jeunesse.

   7.0   Si, durant la même époque, ma préférence ira nettement vers Passe ton bac d’abord, de Pialat ou Le diable probablement, de Bresson, ce film globalement inconnu, mais affichant au casting Isabelle Hupert & Christine Pascal, tout de même, est assez passionnant.

     Je dois d’abord dire qu’il faudra que je le renvoie (quand un éditeur saura se bouger) car la copie qui m’a permis de faire sa découverte n’était pas loin d’être catastrophique, bugs sonores et filigrane INA au centre à l’appui, sans parler de l’image souvent floue. Malgré tout ça joue aussi un peu en sa faveur car c’est un film un peu sale, archi épuré, très marqué par ses plans (souvent fixes) et ses cadres emblématiques, mais aussi par ses couleurs fades et son rejet de la figuration. C’est Lausanne, mais on a l’impression que cette école est vide, que la ville est vide. C’est un parti pris que j’aime bien, qui m’évoque certains films de Chantal Akerman ou Béla Tarr.

     C’est surtout un vrai film existentiel, sur une jeunesse perdue entre les discours de Mai 68 et la montée industrielle, sur une jeunesse qui peut se réfugier soudainement dans une citation de Thomas Mann (inutile de citer tout le répertoire de philo, coucou Ferrara et ton Addiction de petit intello poseur) et le film s’y tient.

     Il s’ouvre sur la découverte du corps de Jenny, une lycéenne de seize ans, puis remonte une semaine plus tôt afin de voir le quotidien de ses sept derniers jours. Et on ne saura pas vraiment pourquoi cette jeune femme est allée mourir dans la neige. Mais quelque part on aura compris, c’est très beau. D’autant que ça ressemble à s’y méprendre à une matrice de Twin Peaks.

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