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Scarface – Howard Hawks – 1933

06. Scarface - Howard Hawks - 1933Coups de feu sur Chicago.

   7.5   Découvrir le Scarface de Hawks quand on connait à ce point par cœur celui de Brian de Palma est une expérience plutôt déroutante. Déjà parce que les grandes lignes sont identiques. Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours supposé qu’ils n’avaient que le titre en commun. En fait il s’agit ici comme là de l’ascension d’un petit caïd jusqu’à son incontournable (et rapide) destin funeste. Il y avait déjà The World Is Yours, chez Hawks. La relation conflictuelle avec la mère, le rapport super chelou avec la petite sœur. Le patron doublé dans une séquence pivot mémorable. Le bras droit (et ami, mais un peu moins chez Hawks) sacrifié lors d’un accès de jalousie pathétique / suite logique de cet enchevêtrement de violence / paranoïa. Et la grande scène finale, copie conforme, si ce n’est que les flics chez Hawks étaient remplacés par le cartel, chez De Palma. Chacun son époque : Le trafic d’alcool en pleine prohibition contre l’univers de la drogue post Exode de Mariel. Chicago contre Miami. Tony ne s’appelle pas Montana, mais Carmonte. Gina devient Cesca, Manny devient Guino. Qu’importe. Ce qui change du tout au tout c’est le reste : La mise en scène, le ton, le rythme, l’époque tout simplement. Et l’étirement chez l’un remplace la sècheresse de l’autre. Impossible de voir ce rapide premier meurtre, tout en ombres chinoises, chez De Palma. De la même manière, impossible de trouver pareille séquence à celle de la tronçonneuse dans l’opus de Hawks. Ceci dit, c’est très violent. Je ne savais pas qu’on avait fait des trucs aussi rudes, aussi brutaux dans les années 30. Scarface est peut-être un film précurseur, je ne sais pas, toujours est-il que ça m’a impressionné. C’est quasi une chorégraphie de meurtres en rafale un moment donné. Hawks expérimente tout sur l’image : On les prend de plein fouet, hors-champ ou via des ombres – à l’image du tout premier fait d’arme de Tony ou de l’exécution des sept petits truands alignés contre un mur. Là où De Palma est resté fidèle à Hawks c’est via son personnage, Tony, sa nonchalance (face aux flics, notamment) et son exubérance, figure aussi pathétique (il n’est finalement que le vulgaire produit de ce que la société peut enfanter de pire) que tragique, dans sa façon de briser ceux qui gravitent dans son univers. Point d’enrobage musical ni de fusillade spectaculaire chez Hawks, la fin est aussi sèche que le reste du film, mais l’outrance se situait pourtant déjà dans le jeu de l’acteur campant Tony. Al Pacino en 1984 et Paul Muni en 1933, cicatrice sur la joue, arborent tous deux un jeu volontiers cabotin qui n’a d’égal que la folie du personnage. J’aurais toujours une préférence pour le De Palma, sa virtuosité, sa vulgarité 80’s, son ambiance cocaïne et palmiers, Miami, la musique de Moroder. Mais le Chicago de Hawks, qui pue la chevrotine et l’atmosphère lugubre, envoie du pâté aussi. Difficile en effet de faire plus noir que ce film noir.

Un village français – Saison 7B – France 3 – 2017

25. Un village français - Saison 7B - France 3 - 2017Prisonniers de guerre.

   8.0   Et si la seconde partie de cette septième et ultime saison d’Un village français, constituait, du haut de ses six épisodes d’une heure chacun, ce que la série avait offert de plus beau, inventif, osé, lumineux et désespéré dans son ensemble, depuis son lancement en 2009 ?

     Il y avait pourtant dans la partie A tout pour clore Un village français et tourner la page Villeneuve sous l’occupation avec « l’Epuration à la libération en France ». La guerre était finie. Certains personnages sombraient dans la folie, d’autres dans l’oubli, il y avait des jugements, des prolongements, des bifurcations. Il s’agissait moins d’une fin que d’un nouveau départ pour chacun. Une fin sans en être une, annonçant l’après-guerre, qu’on ne verrait jamais, c’était tout aussi bien ainsi.

     Qu’allait donc pouvoir contenir ces six derniers épisodes, sans ennuyer, redire, appuyer ou contredire tout ce que la série avait minutieusement construit ? Surtout, je me suis rendu compte, en regardant cette dernière salve, à quel point j’étais attaché à la série, attaché à ses personnages, attaché à sa dimension chorale, touché par ces histoires aux émotions exacerbées par la guerre et ce qu’elle engendre pour chacun de ces beaux personnages, complexes, denses, formidablement écrits.

     Franchement je m’y jetais sans crainte, j’étais persuadé qu’ils trouveraient la meilleure façon d’en finir. Et la grande idée, c’est le flash forward. C’est en effet sur plusieurs temporalités que va se dérouler cette saison, se risquant à se détourner de ses fans, habitués à sa fine linéarité, à son classicisme si j’ose dire. Les créateurs décident donc de nous embarquer dix ans, trente ans voire soixante ans plus tard, tout en revenant régulièrement en 1945 où beaucoup jouent encore très gros. C’est vertigineux.

     Il y aura, entre autre, la venue de Tequiero à Villeneuve en 1975, qui rend visite à son père, autant qu’il vient lui demander de rendre des comptes sur le parquage des juifs dans l’école en 1942. Toutes les séquences entre Robin Renucci et Eric Caravaca sont poignantes – Et mention spéciale dans celle du bar avec le retour de Gustave. Il y a ici l’internement d’Hortense en 1945, la grève dans la scierie de Raymond la même année, puis son emprisonnement en 1953 pour un meurtre commis en 42, le vernissage des toiles d’Hortense en 1975. Nous assisterons à la fin de Muller dans l’Amérique latine des années 60, aux derniers – sublimes – instants de Lucienne et Bériot en 2003, au sort d’Antoine, à celui de Rita. Ça permet d’aller plus loin que la période de référence afin de montrer combien 39/45 influencera la vie de nos personnages jusqu’à leur mort.

     Et chacun des acteurs est grimé suivant l’époque, pour accentuer le vieillissement de son personnage. Difficile de faire plus casse-gueule. Et par on ne sait quel miracle, tout s’emboite à merveille, le montage est extraordinairement doux et son agencement d’une période sur l’autre absolument adéquat, toutes les temporalités se nourrissent entre elles et l’émotion est palpable puisqu’on y fait nous aussi nos adieux. La réalisation est soignée comme jamais. Le dernier plan est parfait. Ravi que cette série, intelligente et audacieuse, se termine aussi brillamment.

A ghost story – David Lowery – 2017

24. A ghost story - David Lowery - 2017Dans le royaume d’un soleil mourant.

   7.5   Avec cette histoire de couple détruit et cette approche originale de la solitude puisque saisie du point de vue du fantôme, on pense forcément à Ghost – Et dans une moindre mesure à Always, de Spielberg. Ici, point de détour rocambolesque vers le rollercoaster pour la ménagère ni de discours bien pensant sur le bien et le mal ni de trouées franchement niaises, humoristiques ou carrément de remplissage. David Lowery (Qui m’était alors encore complètement inconnu) filme Rooney Mara et Casey Affleck, puis un simple drap blanc qui observe Rooney Mara. Les cojones, le mec. C’est surtout un lieu qu’il filme, quasi une seule pièce en fait, décharnée mais vectrice d’émotions diverses, d’interrogations existentielles, de vertige métaphysique. Avec de surcroît, une audacieuse réflexion sur le temps.

     Tour à tour et pour des raisons variées, j’ai pensé à Interstellar, I origins, The tree of life, Post tenebras lux, le cinéma d’Ozu, celui de Weerasethakul. C’est fort. Et ça l’est d’autant plus que le film ne leur ressemble pas du tout sur la forme, à aucun d’entre eux. Il va même à l’encontre de ce qu’on peut attendre d’un film érigé dans un festival comme celui de Deauville. Rien que sur l’utilisation de ce format 1,33 arrondi sur les bords, la photo vintage et le fait que presque l’intégralité du film se passe de dialogues, se déroulant dans un intérieur, celui d’une petite maison de banlieue. Qui ose faire ça aujourd’hui ? Qui ose relier l’imagerie Instagram et la mécanique d’un film d’Akerman ?

     Lowery opte pour des plans souvent très longs, fixes la plupart du temps (le couple au lit, la morgue, la tarte, pour ne citer que les trois plus représentatifs) de façon à faire résonner l’éternité à venir avec les possibilités générées par l’étirement du plan. On pense aussi au visuel du Within the Realm of a Dying Sun, le disque de Dead Can Dance. Curieuse, cette idée de drap blanc, tout de même. Ou la version désespérée du drap blanc horrifique de Myers dans Halloween, de Carpenter. De toute façon, Lowery joue beaucoup de ce statut entré dans l’histoire du cinéma, qui fait qu’un fantôme, qui plus est apparaissant ainsi, se doit de provoquer la peur. Les plans sont donc excessivement longs mais à défaut de viser le jump scare ils soulignent la mélancolie de l’éternité.

     J’attendais un film de fantômes. J’étais loin d’imaginer un truc pareil. On sursaute par trois fois, c’est tout. Pour un piano, une pelleteuse et une vitre. C’est tout. Ce n’est pas hanté par la peur qu’on en sort mais chamboulé par sa mélancolie palpable et sa volonté de brasser une vie toute entière et bien plus encore (Je ne dévoile pas les ellipses hallucinantes qui vont vite nous être proposées) afin de revoir l’être aimé et d’établir le contact avec le dernier mot qu’elle nous a laissé. C’est puissant.

     Il y a deux séquences qui font jaser et sont il est vrai pas loin de l’instant de bravoure. Rooney Mara qui mange une tarte et la tirade existentialiste de Will Oldham. Ce sont deux scènes qui font glisser le film dans une nouvelle ère. On peut les trouver lourdes (de sens) mais c’est un parti pris intéressant dans chaque cas. Si l’on comprend vite ce qu’elles signifient, elles débarquent vraiment à l’improviste je trouve. Et puis en terme d’étirement de plan on est quand même loin du Point Akerman.

Cadet d’eau douce (Steamboat Bill Jr.) – Buster Keaton & Charles Reisner – 1928

10. Cadet d'eau douce - Steamboat Bill Jr - Buster Keaton & Charles Reisner - 1928Super-bonheur.

   9.0   Je réalise là plusieurs de mes doux rêves. Voir un Keaton au cinéma, déjà, puisque ça ne m’était encore pas arrivé. Découvrir un film de Keaton au cinéma – J’en connais quelques-uns et compte d’ailleurs revoir The General en salle, mais jamais je n’avais vu Steamboat Bill Jr, pourtant considéré comme étant l’une de ses plus franches réussites. Et faire découvrir Buster Keaton à mon fils, depuis le temps que je lui en cause et lui répète que c’est un cousin de Charlot – Qu’il adore. Alors quand le film en question c’est Steamboat Bill Jr aka Cadet d’eau douce (J’aime bien, on dirait une insulte du Capitaine Haddock) cette merveille absolue, le plaisir ne peut qu’être total.

     En cale d’un port du Mississipi, les mariniers de deux rafiots de compagnies concurrentes se toisent poliment. Un matin, le capitaine du modeste Steamboat Bill. s’en va à la gare chercher son rejeton, de retour de sa vie estudiantine. Si le père est une armoire bourrue tout en grimaces et grands gestes, le fils est un frêle oiseau, coiffé d’un béret, muni d’un ukulélé, impassible et dont chacun des mouvements ouvre des gouffres de poésie. Le père voudrait qu’il travaille à ses côtés (Pour le remplacer dans son affaire) mais il est trop maladroit, trop rêveur, trop empoté pour supporter le poids de telles responsabilités, pour tutoyer la virilité de son père. Les manettes, câbles, cordes sont pour lui des objets du décor, des trucs inutiles et chacune de ses maladresses, chacun de ses trébuchements sont des possibilités de catastrophes.

     Keaton s’amuse de cet espace, cette gare, ces quais, ce salon de barbier, ce magasin de chapeaux (la séquence des essayages est un sommet de drôlerie keatonienne), avant de laisser libre court à ses grandes inspirations sur le bateau, puis d’un bateau vers l’autre. Car sans surprise, Keaton va tomber amoureux. Et pas de n’importe qui puisqu’il tente de séduire la fille du riche propriétaire de la compagnie d’à côté – Relents de Malec et la voisine, forcément qu’on y pense. Le cœur de Keaton faisant des bonds à tenter par tous les moyens de rejoindre celle qu’il aime (contre l’avis et la fierté de son père qui le cloitre d’abord dans sa cabine – dont il s’extirpera sur une pirouette d’évasion jubilatoire) c’est finalement son corps qui à mesure semble de plus en plus élastique. Il se cogne, il glisse, tombe à l’eau, se cogne à nouveau.

     Impossible d’atteindre sa promise. D’autant qu’il va bientôt se mettre en tête de libérer son père de prison – enfermé pour s’être violemment battu avec son concurrent. Sans raconter ce qui se déroule dans cette prison de fortune, repenser ne serait-ce qu’à Keaton, débarquant sifflotant, une baguette sous le bras, me fait hurler de rire. Et si y avait que ça. Mais non, il reste au film une dernière cartouche, la plus belle, la plus folle : Le village va affronter une gigantesque tempête, qui fait tomber les cloisons (On retient notamment le gag voyant une maison s’écrouler sur Keaton sauvé uniquement parce qu’il se trouvait à l’endroit d’une lucarne), fait voyager la prison jusque dans le fleuve, fait glisser des lits au milieu d’une écurie, fait voler Keaton qui s’accroche comme il peut aux arbres qui bientôt se déracinent – Naissance du film catastrophe, sans sourciller. Et par un miracle génialement improbable, Keaton l’antihéros de base se transforme en superhéros et sauve tout le monde – Magnifique idée que de le voir piloter à distance les deux bateaux à aubes, avec des cordes comme un marionnettiste le ferait avec ses pantins ou un metteur en scène avec son décor et ses acteurs.

     Mon fils est sorti de la salle, le sourire greffé sur les lèvres, en faisant semblant de glisser et se cogner partout. Contaminé par la magie keatonienne. S’écroulant entre deux rangées de sièges, une dame lui demande s’il ne s’est pas fait mal. « Mais non, je suis Buster Keaton ! » a-t-il lâché. J’étais un peu gêné mais aussi très touché qu’il ait autant voyagé dans le film que moi.

Ernest et Célestine en hiver – Julien Chheng & Jean-Christophe Roger – 2017

09. Ernest et Célestine en hiver - Julien Chheng & Jean-Christophe Roger - 2017La classe de neige.

   4.5   Un tout autre format, cette fois, pour la suite des aventures de l’ours (plus si) grognon et de la souris malicieuse, puisqu’il s’agit de quatre petites histoires indépendantes (avec une oie sauvage, un bouton d’accordéon, le blizzard, un bal de souris) pêchées dans la collection de court-métrage diffusée depuis cette année sur France 5, inspirées des planches des bouquins de Gabrielle Vincent. Pas grand intérêt dans la mesure où ce qui faisait sortir du lot le long métrage c’était justement le fait que ces aventures soient exploitées sur un format long. Ceci dit, le film racontait la rencontre entre Ernest et Célestine, après avoir montré le décalage avec leur monde respectif, la matière était plus conséquente, ceci explique sans doute cela. Pour cette collection hivernale, on reprend à la façon des exploitations télévisuelles et ce d’autant plus que d’un point de vue purement graphique, le dessin est moins spontané, moins inventif, le trait plus léché. Les situations sont plus téléphonées (Mais j’aime bien le running gag de la souris verte) et les personnages forcément moins développés. Ceci étant, le charme opère toujours puisque la relation entre Célestine et Ernest est toujours pleine de vie, de camaraderie, de bienveillance. Dommage qu’elle ne s’articule plus autour de cette difficulté à faire côtoyer deux univers opposés (Ours et Souris, extérieur et souterrain) autrement que par de minuscules saynètes montées sur gags, plus ou moins réussies. Disons que dorénavant, ça ressemble davantage à du Mascha & Michka. Vu en salle avec mon fils, ce qui ajoute forcément à mon indulgence à l’égard de ce quadruple programme, fans que nous sommes tous deux du film sorti en 2012. Mais la voix de Lambert Wilson nous a manqué.

Stranger things – Saison 2 – Netflix – 2017

28. Stranger things - Saison 2 - Netflix - 2017Hell’s gate.

   7.0   L’efficace crescendo de la première saison s’est un peu évaporé cette fois au profit d’une construction plus chaotique, qui génère pas forcément judicieusement ses climax et se perd dans le développement de ses nouveaux – pourtant beaux – personnages : Max, Bob et Kali aka 8. Il me semble que cette saison réussit moins sa « transformation » en équipe(s). Max, la mystérieuse skatteuse rousse, est la superbe idée du show pour remplacer Eleven (aussi parce qu’elle est tout son contraire : Eleven est le miroir de Mike quand Max sera celui de Dustin & Lucas) mais l’écriture de sa situation familiale aurait mérité autre chose, surtout son frangin, personnage ridicule, vulgaire et sans intérêt qui sert autant de faire-valoir à la fuite de Max que de défouloir gratuit. L’autre personnage sacrifié qui ouvre pourtant le show c’est Kali, « la jumelle de détention » d’Eleven, qu’on va faire revenir le temps d’un épisode parenthèse et mal fichu (Caution retour d’Eleven en icone punk, au secours…) mais j’imagine que les créateurs en garde sous le pied à son sujet pour les saisons à venir. Et si Winona Rider est toujours insupportable, mais moins puisqu’elle chouine moins, le personnage incarné par Sean Astin est plutôt intéressant dans la mesure où il n’est pas là uniquement en simple hommage aux Goonies où il y campait « le chef de bande » Mickey. Il a un vrai rôle à jouer ici, celui du père de substitution doublé de guide puisqu’il est le seul à ne jamais douter, le seul (adulte) à vraiment croire. C’est d’ailleurs lui qui déchiffre les dessins de Will et découvre en les assemblant qu’ils forment les plans de la ville de Hawkins qui sont en fait les galeries souterraines de l’Upside down.

     On retrouve alors le sel de la saison de lancement dans sa façon de relier les gosses contre le Mal. Idée forcément piquée aux Goonies qui déjà avaient été inspiré par ET : Petits et grands font équipe même si à priori ils se détestent, se toisent, se méfient les uns des autres – L’un des plus beaux moments de la saison, l’un des plus doux aussi, voit Dustin (le petit geek) et Steve (le grand freak, pour faire court) se rapprocher et se confier l’un et l’autre le long d’une voie ferrée. Thématique qui m’est cher et qui relève probablement d’un fantasme inachevé de l’enfance, tant ces instants, aussi anodins fussent-ils dans leur finalité (Il nous s’agissait pas de combattre des monstres, protéger un extraterrestre ou chercher un trésor mais simplement de faire une partie de football) ont imprimé une trace durable dans mon esprit, parce qu’on y détruisait les traditionnelles frontières de l’âge et parce qu’on est tous amené, à un moment de notre vie, à être « le petit d’un grand » puis « le grand d’un petit ». Si j’aime le deuxième volet de Jaws c’est essentiellement pour cette réunion d’enfants, petits et grands, frères et sœurs, ensemble à l’improviste dans une course de catamarans qui se transforme en cache-cache avec un requin – Dingue de constater combien ce film (qui date de 1978) annonce la décennie à venir dans le fond, quand le film original de Spielberg l’annonçait lui dans la forme. On pourrait trouver des tonnes d’exemples en replongeant dans les années 80, j’en citerais bien une dernière, l’un de mes gros coups de cœur de ces dernières années : La série Freaks & Geeks où il y avait aussi beaucoup de cela, ce beau sentiment de réunion (jusque dans son titre), notamment dans son issue qui brisait les frontières de la plus belle façon qui soit.

     La série continue de se confondre en références mais de façon beaucoup plus équilibrée et parcimonieuse. L’action se situe donc un an après les évènements relatés en saison 1, en octobre 1984. Quand Halloween sonne (épisode 2, je crois) notre petite bande est déguisée en ghosbusters – quoi de plus normal puisque le film d’Ivan Reitman est sorti en salle en Juin 1984. Dustin et Lucas ont davantage à jouer cette fois, l’un dans cet embryon d’histoire d’amour hyper touchante avec la petite nouvelle, l’autre dans son attachement à un petit batracien tout mignon trouvé dans sa poubelle, qui se transformera bientôt en monstrueux « demodog », appellation à laquelle Dustin tient beaucoup et qui occasionne de nombreux running-gag dont on sait dorénavant Stranger things coutumier. A noter que j’ai toujours un vrai problème avec l’écriture de certains dialogues. Et avec certains partis pris franchement inutiles notamment ces ouvertures d’épisodes ou ces cliffhanger qui existent uniquement pour appâter le chaland et maintenir l’attention / la tension. Globalement tout m’a semblé plus calculé dans son ensemble, la série ayant gagné en ambivalence ce qu’elle a perdu en spontanéité, mais j’imagine que c’est le sort de tout show qui explose de la sorte, de façon aussi inattendue et qui doit dores et déjà penser aux suites qu’elle promet et à sa capacité d’évolution. Au passage, la saison 2 n’était pas diffusée que Stranger things était déjà renouvelée pour une troisième saison.

El Dorado – Howard Hawks – 1967

08. El Dorado - Howard Hawks - 1967Ni vieux, ni traîtres.

   7.0   Très peu de souvenir de Rio Bravo mais ça m’a beaucoup fait penser à Rio Bravo. Toute la dernière partie (la prison assiégée) ressemble à son décalque en moins percutant parce que plus potache et passe-partout niveau mise en scène. On retrouve donc John Wayne en héros vieillissant (Une balle coincée dans sa colonne vertébrale le condamne à quelques brefs instants de paralysie) épaulé de Robert Mitchum, en sheriff alcoolique (qui parvient à avoir la classe en puant la pisse et la gnole à travers l’écran) et du tout jeunot James Caan, qui vise aussi mal (même avec son canon scié) qu’il porte merveilleusement les santiags et le ceinturon. Le film démarre de façon très bizarre (Errance solitaire du vieil homme sans harmonica ? Trip mélancolique sur les cow-boys vieillissants ?) mais on retrouve vite nos marques dans ce western old-school et son affrontement entre gentils et méchants, jubilatoire dans sa dernière demi-heure. Un peu anecdotique (C’est l’un des tous derniers films de Hawks) mais absolument parfait dans son genre, très rythmé, très beau (Et la copie restaurée est à se damner) et très drôle – Ce qui a tendance à me confirmer que Hawks brillait aussi dans ce registre, L’impossible Monsieur Bébé restant son film que je lui préfère. Bref, très envie de revoir Rio Bravo.

Paris etc. – Saison 1 – Canal + – 2017

26. Paris etc. - Saison 1 - Canal + - 2017Un nerf de famille.

   5.0   Le système choral (au cinéma comme en série) a ceci d’inégal qu’un personnage parait souvent sacrifié au profit d’un autre – et souvent pas dans le sens qu’on souhaite – ou plus simplement, qu’un personnage nous parle plus qu’un autre. Parfois, l’interprète suffit à nous orienter. A ce petit jeu, autant dire que Valeria Bruni Tedeshi ne s’engageait pas avec la meilleure main. Je peux pas avec elle, c’est physique, c’est sa voix, c’est son jeu, ces choix de carrière. Et comme par hasard, qui hérite du personnage le plus détestable du show ? Sans te faire un dessin (car franchement j’ai déjà oublié) tout ce qui touche à elle et sa sœur – jouée par la toujours sublime Anaïs Demoustier, comme quoi y a pas de règle non plus, si y a rien à jouer bah y a rien à jouer – m’a prodigieusement gonflé. Heureusement, registre choral aidant, il y a tout plein d’autres personnages. Notamment la jeune de la campagne qui débarque dans une coloc de la ville – Ce qui m’a beaucoup rappelé 4 aventures de Reinette et Mirabelle, de Rohmer – et ne sait ni trop ce qu’elle défend (bienveillante ici avant de tenir des discours maladroits voire racistes là) ni son orientation sexuelle. Très beau personnage, campé par la jeune actrice découverte chez Desplechin : Lou Roy-Lecollinet. Le personnage de Naydra Ayadi (découverte dans Polisse) m’intéresse assez peu ou bien il aurait fallu mieux le développer, l’étoffer. En revanche ce qui touche à Zabou Breitman et plus particulièrement à la famille de son personnage, ses trois enfants, son mari sur le point de mourir, c’est vraiment là-dessus que la série aurait dû se pencher en priorité. J’y ai vu pas mal de Transparent (la belle série de Jill Solloway) dans cette histoire insolite de frères et sœurs. Cette section aurait mérité un espace à elle-seule. Pour ce qui est de la forme, j’ai trouvé ça parfois sobre, agréable, passe-partout, mais c’est aussi trop souvent insupportable de tics suffisants, notamment ce parti pris d’ouvrir chaque épisode sur une scène de cul qui généralement ne sert à rien sinon à faire les malins. Sans parler de tout un tas de petites choses qu’on aurait volontiers pu se passer (exagérations variées, pointes d’humour en guise de remplissage, sur-découpage) mais qui définisse bien les style Zabou Breitman (réalisatrice du show) et Maiwenn (créatrice du show) bref ça ressemble parfois à du Cédric Klapisch, même si c’est indéniablement mieux que le « Paris » de ce dernier.

Valérian et la Cité des mille planètes – Luc Besson – 2017

04. Valérian et la Cité des mille planètes - Luc Besson - 2017Le Grand Laid.

   2.0   Franchement, je pensais pas qu’il était possible de pondre un truc aussi moche. Même venant de Besson. C’est peut-être fidèle à la Bd, j’en sais rien et je m’en fiche d’ailleurs, c’est moche, point. Pour te situer, même Arthur et les Minimoys c’était moins laid que ce machin. Alors c’est moins nul que Lucy, certes, mais c’est tout aussi grotesque. Et puis c’est saturé (de couleurs, de plans, de musique) jusqu’à l’indigestion, assourdissant, bourrin, on comprend rien. Tenu une heure, dans un grand élan de patience, après j’ai fait autre chose, vu Rihanna danser, puis refait autre chose. Le cinquième élément, c’était nul, déjà, mais ça avait le mérite d’être un peu mieux fichu, parfois rigolo et il y avait Bruce Willis, et Mila Jovovich. Là rien. Hormis quelques apparitions surprenantes (Rutger Hauer, Alain Chabat, Ethan Hawke, Rihanna) c’est l’ennui total. C’est ambitieux certes, mais l’ambition m’intéresse un peu moins que la finition.

L’embarras du choix – Eric Lavaine – 2017

27. L'embarras du choix - Eric Lavaine - 2017L’emmerdeuse.

   4.0   Moins nul que les films habituels d’Eric Lavaine. Peut-être même son meilleur depuis Incognito, mais ça ne veut pas dire grand-chose, ça reste un peu nul quand même. Mais c’est pas plus mauvais qu’un Bridget Jones, par exemple. Et puis je suis plutôt client de ce genre de concept « personnage incapable de faire des choix » (qui peut lointainement répondre au « personnage dépressif / maladroit / qui n’a pas de chance » dans les films de Veber) ce même si c’est évidemment cousu de fil blanc mais y a des instants qui m’ont fait sourire. Il y a clairement deux parties et suivant l’humeur je pense qu’on peut y trouver son compte dans les deux. La seconde, calibrée rom’com est vraiment balisée c’est tout. Mais on peut y voir Jamie Bamber aka Lee Adama dans Battlestar Gallactica. J’aime bien ces crossovers improbables dans les castings. Même si voir Lamy hésiter entre lui et Arnaud Ducret décrédibilise l’ensemble, c’est vrai. Mais voir Jamie Bamber tomber amoureux d’Alexandra Lamy ne tient pas la route non plus, ceci dit. Il y a aussi Sabrina Ouazani (qui était génialement insupportable dans L’esquive, souviens-toi et qu’on voit absolument partout maintenant et pas dans des trucs fameux) et elle est vachement jolie, voire irrésistible. Elle a ce petit côté Leila Bekhti vulgaire qui me plait beaucoup. L’apparition de Frank Dubosc en prêtre écossais est sympa. Et instant coming out : J’aime beaucoup Jérôme Commandeur (qui devrait parait-il jouer René dans le biopic de Lemercier sur Céline Dion : J’adore déjà) et son chat, dedans. Pas taper.

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