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Au poste ! – Quentin Dupieux – 2018

04. Au poste ! - Quentin Dupieux - 2018Le mauvais œil.

   5.0   On ne va pas se mentir, c’est un peu décevant. Certes j’ai ri à plusieurs reprises, dieu soit loué, on retrouve d’ailleurs bien l’humour de l’auteur, ses décalages, son délicat sens de l’absurde, sa mécanique propre tellement loin de toutes les autres mécaniques, encore qu’il y a là du Blier dans le tempo, magistralement trituré par une joyeuse bande hétéroclite : Une moitié de Palmashow (Grégoire Ludig), Monsieur Fraize (déjà génial dans Problemos), Anaïs Demoustier et Benoit Poelvoorde. Casting sans doute trop alléchant. Disons que c’est le minimum qu’on attend de Quentin Dupieux. Voilà, Au poste ! se contente du minimum, c’est un film paresseux, dont on voudrait qu’il ouvre des tas de tiroirs, qu’il fasse cent pas de côté, mais qui se satisfait finalement de son argument minimaliste et du non-sens attendu – Et en un sens c’est aussi ce qui fait son charme, paradoxalement, cette économie du gag, du geste.  Comme à son habitude Dupieux crée un monde (ici un commissariat or et moquette au présent, un immeuble désert et nocturne dans les souvenirs) mais il n’y a plus la sidération d’un Steak ni même d’un Wrong. Et puis le basculement est balourd, moins hautain que dans Rubber, mais tout aussi grossier – Je préfère cent fois l’idée de ce pauvre type innocent s’excusant du caractère peu romanesque de son histoire que l’issue FigInrock de la pièce poussive mais géniale, en guise de mise en abyme. Sans doute parce qu’il n’y a pas de « film juste-milieu » possible entre Buffet froid et Garde à vue, finalement – Deux références autour desquelles Au poste ! gravite clairement. Malgré la déception, la bonne nouvelle c’est que Dupieux semble avoir trouvé un nouveau terrain d’exploitation / fascination en revenant tourner en France : Celui de la parole, du dialogue, du langage, qui masque ses velléités habituelles ouvertement absurdes retranchées ici dans une dislocation temporelle (dialogue au présent à l’intérieur d’un souvenir), des objets/aliments fous (équerre, briquet, huitre, barre chocolatée) et des déformations physiques : Un flic avec un œil en moins, un autre qui boite, un autre avec un trou dans la poitrine. Mais c’est bien la parole qui rythme le film, rien d’étonnant à voir Poelvoorde et Fraize là-dedans tant leur comique repose sur leurs mots et la dynamique qu’ils leurs offrent. Là-dessus il y a quelques belles trouvailles, le dores et déjà incontournable « C’est pour ça » évidemment, mais aussi le jeu sur la différence entre « va-et-vient » et « aller-retour » qui permettent à Dupieux de retrouver la langue française, qu’il avait un peu abandonnée en allant tourner en Amérique. Et puis on ne pourra pas dire que ça ne sort pas de l’ordinaire, quant à l’attente d’une comédie française avec Poelvoorde et un mec du Palmashow. Nombreux dans ma salle ont d’ailleurs été très perturbé « C’est quoi ce film ? » ou « C’est n’importe quoi » ai-je entendu plusieurs fois. Mais quand on attend un ovni de Dupieux on reste sur notre faim.

Bécassine ! – Bruno Podalydès – 2018

03. Bécassine ! - Bruno Podalydès - 2018Le mystère de la dame en vert.

   5.0   On sait Podalydès fasciné par les romans de la série Rouletabille puisqu’il en a adapté deux : Le mystère de la chambre jaune, Le parfum de la dame en noir. On sait aussi son amour pour Tintin, usant de clins d’œil dans chacun de ses films. Rien de bien surprenant à le voir s’approprier les planches de Bécassine, en fin de compte. Je n’ai jamais lu ces bandes dessinées mais j’imagine qu’elles sont essentiellement destinées aux gosses, non ? C’est ce que le film laisse penser, en tout cas. C’est en effet un chouette film pour enfants, avec un personnage que les enfants vont adorer et quelques situations comiques qui les feront bien marrer. Quant à moi, voir quinze fois un gag de mécanisme automatique pour œuf à la coq, des pitreries langagières autour d’un nom compliqué ou des apparitions d’oncle/buisson toutes les cinq minutes, je trouve ça un tout petit peu lourd. En fait, je cherche beaucoup Karin Viard & Denis Podalydès, délicieux là-dedans. Et je retrouve le Podalydès que j’aime au détour de quelques enchantements poétiques surprises, plus subtils que les autres, à l’image de la souris des dents à la fin. Mais ça manque d’un personnage fort, comme c’était le cas de celui campé par Agnès Jaoui dans Comme un avion, qui était bouleversante. Bécassine ! c’est mignon, c’est une fable charmante, adorable, mais ça ne va pas me rester.

Trois visages (Se rokh) – Jafar Panahi – 2018

12. Trois visages - Se rokh - Jafar Panahi - 2018Le cinéma nous emportera.

   7.5   Existe-t-il aujourd’hui, un cinéaste qui filme aussi bien les visages féminins que Jafar Panahi ? Qui les met tellement en valeur au point de nous graver en mémoire ce qu’ils contiennent : le regard, les grimaces, les chevelures, le front, les joues etc… Je n’oublierai jamais le visage de Sima Mobarak Shahi, dans Hors-jeu. Trois visages s’ouvre sur un visage, encadré par l’écran d’un smartphone. Une adolescente se filme, elle appelle au secours, veut faire du cinéma mais en est interdit, elle est désespérée. Elle traverse ce qui ressemble à un chemin dans l’intérieur d’une grotte, demande de l’aide auprès d’une actrice, s’empare d’une corde qu’elle s’enroule autour du cou puis disparait du plan – Suicide ou mise en scène du suicide ? On est déjà dans la question de la représentation, du vrai et du faux, on sait que le réel est lié au semblant. La séquence suivante se déroule dans une voiture, c’est un autre visage que Panahi nous offre : celui de l’actrice que l’adolescente appelle à l’aide dans sa vidéo. Si le plan évoque forcément Kiarostami (Panahi n’aura d’ailleurs pas été si proche de son maître depuis Le ballon blanc) l’auteur lui donne une dimension nouvelle, vertigineuse, d’une part dans sa virtuosité circulaire et sa durée imposante (sept/huit minutes, probablement) et d’autre part en s’intégrant, lui, Jafar Panahi dans ce récit qui a pourtant d’emblée tout du mélodrame de fiction. Très vite en effet, on ne sait plus si le film relève du docu-fiction ou bien s’il tire sa fiction du réel ou l’inverse, c’est très déstabilisant. Ça l’est forcément davantage lorsque Panahi campe son propre rôle là-dedans. Et davantage encore puisque Behnaz Jafari, véritable actrice iranienne, joue aussi le sien de propre rôle. Voir cette adolescente demander de l’aide à cette actrice, qui elle-même demandera de l’aide à ce cinéaste, pour l’accompagner sur une terre montagneuse (près de la frontière turque) qu’il n’a pas droit de fouler – On sait que Panahi est interdit à la fois de sortir de l’Iran, mais aussi de travailler – en vue de la secourir d’un dictat familial qu’elle ne supporte plus, c’est probablement le plus beau « scénario » de ce cinéma (né dans la contrainte) qu’on peut nous offrir – Bravo à Cannes pour avoir récompenser Trois visages là-dessus. Toute l’ironie ludique du film repose sur une astuce : Panahi sait qu’il n’a plus le droit de filmer alors tant pis, il sera le personnage accompagnateur de cette histoire, il est disponible puisqu’il ne travaille plus. Le film s’en tiendrait à cette quête qu’il serait déjà passionnant, réjouissant. Mais il lui fallait un troisième visage. Panahi ne sera pas le troisième, non. On croit un temps que ce troisième visage sera celui de cette vieille femme, attendant patiemment la mort dans le trou qu’elle s’est concocté, avec sa lampe à huile pour faire fuir les visites nocturnes des renards – Comment ne pas penser au Gout de la cerise ? Il faudra l’entrée d’un troisième visage, dont on entendra beaucoup, mais qu’on ne verra pas : celui d’une actrice, retranchée dans sa cabane en haut d’une colline – Panahi offrira-là les plus beaux plans de son film (de son cinéma ?). Une actrice jadis reconnue mais désormais oubliée, qui n’a plus que ses toiles et son pinceau pour ne pas sombrer. Si son film s’embourbe un peu dans son dernier quart, accumulant les rencontres sans véritables liant les unes aux autres, au point d’étouffer la force discrète de ce voyage, Panahi fera rejoindre ces trois femmes, ces trois actrices (la déchue, la vedette, l’inconnue), le temps d’un instant, d’une danse, en ombres chinoises derrière une fenêtre perdue dans la nuit. Avec beaucoup de magie, de douceur et une mélancolie très élégante, distinguée, alors qu’il fustige le patriarcat iranien, parle de son enfermement et de l’enfermement en général. Rien que le problème de la langue, qu’on soit persans ou azéris, c’est une idée géniale. Superbe film, une fois de plus.

Boudu sauvé des eaux – Jean Renoir – 1932

16. Boudu sauvé des eaux - Jean Renoir - 1932L’homme de la rue.

   6.5   Si le cinéma de Renoir me parait plus pertinent dès l’instant qu’il s’affranchit d’une interprétation centrale unique trop imposante, à l’image de Gabin dans French cancan ou La grande illusion, il faut reconnaître en ce choix de Michel Simon, son parlé, sa carrure, ses grimaces, son déhanché bien à lui (pour ne pas dire improbable) une présence qui va au-delà du simple « rôle qui fait exister le film » et du même coup devrait casser son équilibre. Evidemment, le film n’aurait pas vu le jour sans Michel Simon puisque c’est lui, alors qu’il joue Boudu au théâtre, qui va chercher Renoir pour lui proposer l’adaptation. Tout est construit autour de Michel Simon. Et c’est sans doute là-dessus que Renoir est fort : Oui, Boudu est de chaque plan ou presque ; et pourtant, c’est comme s’il ne faisait que passer dans cette bulle bourgeoise. Le temps de tout mettre sens dessus dessous, certes, mais sans que le film ne se déroule de son point de vue pour autant. Boudu restera ce personnage insolite et insoumis, imperturbable et impénétrable, aussi bien pour le spectateur que pour cette maisonnée. Outre sa manière d’exister dans le plan, de prendre possession de ce lieu clos comme il occupait la rue dans les premières scènes du film – Ici il entrera sans frapper, là il improvisera le poirier le loin d’un mur, mais il peut tout aussi cirer ses pompes sur un dessus-de-lit, cracher dans un livre de Balzac ou recaler un client qui recherche Les fleurs du mal « Vous n’êtes pas chez un fleuriste » – c’est autour de lui que tout converge, d’abord lorsque Mr Lestingois, ce libraire, le repère dans sa longue vue (au préalable destinée à observer les jambes des passantes) à l’instant où il se jette du Pont des Arts dans la Seine ; ensuite en parvenant à séduire Mme Lestingois ainsi que la bonne, cette dernière étant pourtant déjà la maitresse du libraire. Une fois civilisé comme l’a souhaité son sauveur, Boudu est finalement promis à Anne-Marie, la bonne. Lorsque la barque des mariés se renverse sur la Marne, Boudu s’échappe au fil de l’eau du fleuve. Il s’échoue plus loin pour renaître : Quitte son costume de marié pour s’emparer des frusques d’un épouvantail et reprendre sa route, sa liberté. La pièce de théâtre s’arrêtait parait-il au mariage. Ça n’avait donc pas du tout le sens que Renoir donne. Il y a dans Boudu sauvé des eaux déjà beaucoup de cette subversion qu’on retrouvera puissance mille dans La règle du jeu, le chef d’œuvre de Jean Renoir. Il y a aussi, déjà, la forte symbolique de l’eau, élément libre qui parcourt quasi toute son œuvre, de Partie de campagne au Déjeuner sur l’herbe, en passant par Le fleuve, évidemment.

Manhattan stories – Dustin Guy Defa – 2018

11. Manhattan stories - Dustin Guy Defa - 2018Journée mystérieuse à Manhattan.

   7.0   Benny, un collectionneur de vinyles est rencardé par un ami vendeur qui dit connaître un type cherchant à se débarrasser d’un disque rare de Charlie Parker. Ray, un amoureux transi, désespéré et honteux, est menacé par le frère de sa copine parce qu’il a balancé, pour se venger qu’elle l’ait trompé, des photos d’elle nue sur le net. Claire, une jeune chroniqueuse commence son premier jour sur une affaire de meurtre conjugal, associé à un collègue avide et sans scrupules. Wendy, étudiante féministe et insociable, discute avec sa meilleure amie de la souffrance dans le monde et de son orientation sexuelle. Et tout se déroule le temps d’une journée. De brutaux rebondissements côtoient de minuscules changements d’axes, au même titre que les histoires qui s’y déroulent dans le fond : Un meurtre, un suicide, une crise de couple, la découverte d’un milieu professionnel, une petite escroquerie, des idylles naissantes. Entre gravité et légèreté, tragique et comique.

     Si à première vues, le film brosse le portrait d’un New York hétéroclite et doux mais très solitaire, porté par des personnages pour la plupart célibataire ou en séparation, parfois passionnés, d’autres fois misanthropes, c’est vers l’union que le film glisse tout doucement, scandant la victoire de l’amour, de l’amitié ou de la confession, sans qu’on navigue non plus dans la comédie romantique, mais avec le constat que des couples se défont (Ce qui sous-entend qu’ils se sont jadis fait) et que d’autres se forment. Chaque personnage (Quatre au centre, une quinzaine en tout) déploie sa propre histoire, ses doutes, ses frustrations, finit par se confier, écouter l’autre, se remettre en question, trinquer. C’est la verve volubile d’un Woody Allen qui rencontre le cinéma mumblecore des Safdie saupoudré d’une pincée de finesse Hong Sang-sooienne.

     C’est un film choral qui n’obéit pas vraiment aux fonctionnalités du genre, puisque les histoires ne s’enchâssent pas vraiment, sinon que chaque personnage évolue dans une énergie toute new-yorkaise (quel plaisir de voir autant les parcs, les rues, les trottoirs, les arbres, les feuilles mortes, surtout l’automne) et une tentation romantique, même si elle semble apparemment perturbée ou masquée. Super casting en tout cas, on reconnaît pas mal de monde : Michael Cera, forcément, qu’on a l’impression de pas avoir vu bouger/vieillir depuis Supergrave ; Michaela Watkins, qu’on a croisée dans la série Casual ; Benny Safdie, qui joue dans les films de son frère ; Isiah Whitlock Jr. qui jouait un sénateur dans The Wire ; Philip Baker Hall, qu’on a déjà vu un peu partout, même si c’est le genre d’acteur dont on retient ni le nom ni les rôles. Mais c’est finalement ses quatre personnages principaux qui permettent de faire quatre belles découvertes : Bene Coopersmith, qui joue Benny, Abbi Jacobson qui incarne Claire, Tavi Gevinson (sorte de fusion ado entre Scarlett Johanson et Jean Seberg) pour jouer Wendy, George Sample III qui joue le rôle de Ray. Bref, tout le monde est génial là-dedans.

     Chacun des personnages se retrouve bousculé par la temporalité – Que le film viendra maintes fois symboliser par ce magasin d’horloges, dans lequel on a rapporté la montre de la victime (d’un crime passionnel ?) pour la réparer. Si Benny, le personnage le plus fantasque du film (qui court après un disque, puis après le faussaire qui a tenté de lui refourguer un faux) achète une chemise violette et tente de savoir auprès de tout le monde si elle lui va, c’est moins pour créer un joli running-gag gratuit que pour ouvrir sur un final magnifique où il rejoint son rendez-vous amoureux, qui lui fera oublier ses déboires du jour avec le disque rare de Charlie Parker. Une déclaration d’amour comme il est rare d’en voir au cinéma. Je voudrais revoir le film ne serait-ce que pour avoir la chance de revoir ces cinq dernières sublimes minutes.

Class 1984 (Class of 1984) – Mark L. Lester – 1982

17. Class 1984 - Class of 1984 - Mark L. Lester - 1982« Come and get it, teacher teacher! »

   4.0   Déception. J’aimais bien quand j’étais gamin, je l’ai beaucoup regardé, au moins autant que Piranhas (Je cite ce film-là car je compte le revoir aussi dans ces prochains jours) mais je me demande bien si le fait qu’il fasse partie de ces « films que j’étais trop jeune pour les voir » ne faisait pas office de cache misère ? Si la réputation d’un film sulfureux, très violent, accompagné d’une interdiction aux moins de 18 ans, ne jouait pas trop en sa faveur ? Franchement j’ai trouvé ça décevant à tout point de vue. J’avais le souvenir d’un truc punk et glauque mais en fait c’est jamais assez punk, jamais assez glauque. C’est hyper sage en définitive : Il ne suffit pas de balancer quelques gros mots, de montrer des graffitis ou d’avancer dans une violence crescendo pour obligatoirement être subversif. C’est pas Warriors, The firm ou Orange mécanique – Auxquels on pense parfois, mais ça dessert vraiment le film de Mark Lester pour le coup.

     Mon plus grand étonnement fut de constater combien chaque séquence est minuscule, mal mise en scène, traitée par-dessus la jambe (à l’image de la bagarre entre gangs dans un terrain vague, du concert punk ou du pétage de plomb nocturne du professeur de biologie) de voir aussi que chaque transition brise les rares beaux élans. Même la musique signée Lalo Schifrin m’a semblé plus poussive que dans mon souvenir – L’ouverture sous I am the future, d’Alice Cooper reste très efficace, en revanche, d’autant que l’image qui l’accompagne est plus documentaire que tout le reste du film à cet instant-là, on se croirait presque plongé dans un film anglais de Karel Reisz – Jusqu’aux costumes cheap des bandes rivales, il y a quelque chose de très particulier.

     Le film a tout pour raconter un monde d’enfants abandonnés par les adultes, se réfugiant alors dans le trafic de drogue et la violence mais on le sent davantage attiré par les affres de la série B. Et tant mieux en un sens. Dommage de ne pas entièrement s’y fondre, quoi. La seule séquence où l’on voit Stegman hors du circuit scolaire (Mais on voudrait voir aussi les autres, pourquoi seulement lui ?) ça pourrait être intéressant, mais c’est juste pour nous montrer une mère aimante mais aveuglée, et un garçon obnubilés par les films violents. Quelle audace. Le problème réside aussi dans son interprétation, plutôt la surinterprétation, aussi bien du côté des profs (Le mec qui joue Andy Norris est quand même un tout petit peu transparent) que des élèves, qui en font des caisses, chacun dans leur registre – Ceci dit ça fonctionne toujours très bien pour le gros caïd, Peter Stegman, qui dégage vraiment quelque chose d’étrange et d’inédit, tant il est à la fois dangereux et pathétique.

     Après il faut surtout dire que le film m’a vaiment semblé embarrassant d’un point de vue moral. D’autant qu’il s’ouvre sur un carton sans équivoque rappelant que les écoles sont de plus en plus dangereuses (en gros) surtout le lycée Lincoln (celui du film) enfin pour le moment (Le film se place dans un futur très proche, comme s’il cherchait à s’ériger en mise en garde) et se fermera sur un carton encore plus parlant, soulageant son spectateur en innocentant le gentil prof qui vient de se faire auto-défense façon boucher. C’est très, très  gênant. Dans mon souvenir, le film glissant moins vers le Vigilante que dans le Rape & Revenge classique. Cette partie-là marche beaucoup mieux, ceci dit. Il y a un rythme plus étrange, une moiteur singulière et une violence crue lors des mises à morts finales qui en font un bel objet de série B vengeresse. Dommage que ce soit juste pour nous dire qu’il faut exterminer soi-même la vermine des lycées difficiles, aussi brillante soit-elle parfois.

Steamboat Round the Bend – John Ford – 1935

ExtraitCadet d’eaux mississippiennes.

   5.0   Je crois bien que c’est le tout premier Ford que je voie de sa toute première période parlante. Là où elle serait prolifique chez un autre auteur, 1935 est une année comme les autres pour lui, puisqu’il y réalise trois films. Dont Steamboat round the bend. C’est pas mal. A la fois proche d’un burlesque keatonien (Difficile de ne pas penser à Steamboat Bill Jr dans sa mécanique comique) tout en étant déjà ancré dans un dispositif fordien, humain, juste, puisqu’il s’agit vite de faire une course de bateaux à aube pour délivrer un homme (qui a tué un homme en portant secours à celle qu’il aime, puis confessé son crime) de la corde. C’est très engagé mais relativement anecdotique de par sa construction brouillonne, soit trop ralentie (au début) soit trop effrénée (à la fin).

Beaumarchais, l’insolent – Édouard Molinaro – 1996

19. Beaumarchais, l'insolent - Édouard Molinaro - 1996Molinaro, l’assommant.

   4.0   C’est sans doute très bien sitôt qu’on parvient à y entrer, d’autant que la mise en scène, sans être fulgurante, est plutôt soignée, énergique. Les décors aussi, les costumes, les dialogues tout est minutieux, bien travaillé. Ajoutez un casting hallucinant : Qui excepté Molinaro, était capable de réunir dans un même film, Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain, Michel Piccoli, Jean Yanne, Michel Aumont, Jean-François Balmer, Jean-Claude Brialy, Patrick Bouchitey, Alain Chabat, Isabelle Carré, José Garcia, Martin Lamotte, Florence Thomassin, Michel Serrault, Axelle Lafont, Guy Marchand et j’en oublie ? Sans pour autant que chacun tente d’imposer sa partition habituelle sur les autres. Très fort. Et puis le film a la décence d’être court (1h40 à peine) pour un truc historique avec des stars de partout. Oui mais voilà, je m’y suis ennuyé comme un rat mort. Ça ne s’explique pas. C’est moi ou ce n’était pas le moment, tout simplement.

Jupiter, le destin de l’univers (Jupiter ascending) – Lilly & Lana Wachowski – 2015

18. Jupiter, le destin de l'univers - Jupiter ascending - Lilly & Lana Wachowski - 2015Sensation Zero.

   2.0   Si j’ai beaucoup de sympathie pour les Wachowski parce que Matrix (Le premier, pas vu les suites) et surtout parce que Sense8, je crains fort que ces deux univers que j’apprécie ne relèvent de l’exception. Après Bound, Speed racer, Cloud Atlas, nouvelle bouillie indigeste et grotesque que ce Jupiter ascending. Le postulat intrigue d’abord puis le film se vautre dans une esthétique abominable, un sens de la narration proche du foutage de gueule, sans compter que ça va beaucoup trop vite pour qu’on ait le temps d’apprécier (et comprendre) quoique ce soit. Même Mila Kunis m’a semblé moins jolie que d’habitude, c’est dire. J’ai lutté pour aller jusqu’au bout.

Et au milieu coule une rivière (A river runs through it) – Robert Redford – 1993

Brad PittLa rivière tranquille.

   4.5   Véritable lit de rivière que cette adaptation, sans doute chère à Redford mais qu’il peine à déployer, n’évitant pas le piège du scénario filmé. Un académisme bon teint (Les plans de pêche à la mouche ou le défilé de paysages du Montana, sont très beaux, ça ne fait aucun doute) appuyé par ce combo voix off / image sépia pour raconter le passé des personnages lors d’ellipses stratégiques, on est bien dans ce cinéma hollywoodien des années 90, joliment et agréablement linéaire/sirupeux, visant la fresque familiale, presbytérienne en l’occurrence, dans la lignée des Légendes d’automne d’Edward Swick. Ça faisait partie de ces films qui passent tout le temps à la télé et ce depuis que je suis gamin, mais que pourtant je n’avais jamais vu. C’est finalement un peu trop comme je l’avais imaginé toutes ces années : C’est bien joli, ça se regarde sans déplaisir, mais ça manque clairement de passion.

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