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Loin du paradis (Far from heaven) – Todd Haynes – 2003

24Vernis craquelé.

   8.8   Je n’ai à ce jour vu que trois films de Todd Haynes, trois joyaux qui me certifient qu’il fait partie de mes cinéastes en activité préférés. A l’instar d’Ira Sachs, Richard Linklater, Kelly Reichardt ou James Gray (Pour ne citer qu’une tranche américaine) j’ai la sensation qu’il ne pourra jamais me décevoir. Faudrait tout de même que je jette un œil du côté de ses biopic musicaux.

     De ces trois merveilles, qui chacune à leur rythme et selon leurs codes, revisitent le mélo hollywoodien, Far from heaven est sans doute le plus riche esthétiquement, le plus abouti dans ses contrastes, le plus structuré dans son approche fond et forme : Mise en scène quasi autiste calquée sur le monde qu’elle dépeint, dont les insolentes perfections symbolisent déjà son effondrement. A ce titre, la partition de Bernstein (Assez semblable à celle qui ornera Mildred Pierce et Carol, sous le génie de Burwell) épouse le film comme si elle en était un rouage fondamental.

     Si on devait garder une image de Loin du paradis, une fulgurance lumineuse au sein de cet environnement aliéné, ce serait ces superbes couleurs offertes par ce firmament automnal. Au cinéma, nous n’avions jamais vu un tel éclat – Des arbres d’un rouge si vif, autant de feuilles mortes, un ciel aussi pesant puisque invisible. Espace hors du temps que chaque costume vient célébrer comme un écrin tout à tour doux et menaçant. Visuellement, le film est étourdissant.

     Une maison résidentielle parmi mille autre sera le témoin jusqu’au-boutiste de cette façade qui se fissure, de ce dérèglement méprisé et condamné : Un père de famille lutte contre des pulsions homosexuelles quand son épouse, parfaite femme au foyer, fait la rencontre d’un jardinier noir (Le fils de celui dont ils s’étaient attitrés les services depuis plusieurs années) jusqu’à éprouver des désirs semblables à ses premiers émois adolescents. Dans une Amérique puritaine et raciste, avouons que ça dénote.

     Il y a déjà quelque chose de plutôt insolite dans ce portrait de femme, sa manière de concevoir le monde, qui va autant à l’encontre de ses collègues housewifes, qui racontent leur vie sexuelle quand elle ne fait que les écouter, que d’un mode de vie unilatéralement retranché – On sent une force invisible qui essaie d’extirper Cathy Whitaker de sa condition, jusque dans cette scène pivot où au lieu d’attendre le retour de son mari, elle décide de lui apporter son dîner au travail.

     Lors d’une balade dans une exposition, Cathy peut aborder sans à priori l’homme noir qu’elle avait croisé quelques jours plus tôt, ce bien qu’il ne s’érige plus devant elle en qualité de jardinier. Son obsession des apparences est moins développée que celle de ces femmes qui dès lors la regarderont comme étant celle qui adresse la parole aux noirs. Elle peut s’extasier devant une toile de Miro sans trop savoir pourquoi elle l’aime tant. Ce sur quoi lui répond que l’art abstrait prend le relais de l’art religieux en ce sens que la quête divine ne s’incarne plus qu’en formes et en couleurs. Tout le film pourrait se résumer dans cet échange.

     Malgré son apparente maitrise quasi autiste, Loin du paradis émerveille dans chacune de ses trajectoires, un dialogue, une confession, un regard. Les nombreux enchainements en fondus eux-mêmes sont somptueux. On se croirait chez Douglas Sirk et si l’hommage est assez évident (Jusqu’au titre qui rappelle celui de l’un de ses plus beaux films : All that heaven allows) il y a dedans ainsi que dans les deux autres films suscités une respiration qui tient entièrement aux choix de Todd Haynes.

     Au départ, pourtant, on doute. Les intentions sont un peu trop claires, mais imperceptiblement le film s’emballe, chaque séquence outre sa parfaite construction dévoile ses richesses, les couleurs, la lumière, le jeu des acteurs. Cathy et son mari, Cathy et le jardinier, Cathy et sa meilleure amie, chaque scène est un tableau, minutieux et complexe, en intérieur comme en extérieur. Et le film s’offre parfois entièrement : Des instants déchirants comme ce mari s’effondrant devant ses enfants, cette femme dévasté sur son lit subissant probablement le chagrin d’amour de sa vie.

     C’est que le film n’est pas tendre avec les portraits de son entourage, de ce monde recroquevillé dans le culte des apparences, refusant les écarts marginaux, crachant sur les envolées instinctives et passionnelles des autres. Il fait un bien fou de voir ces deux êtres s’ériger contre cette vie réglée sans désir, malgré les embuches qui se dressent sur leur parcours et dans leur conscience que ce monde froid a déjà souillé, mais pas suffisamment pour qu’ils ne s’animent plus d’un feu ardent, dans la fuite et l’affirmation ou le simple espoir d’une vie plus juste.

Loving – Jeff Nichols – 2017

19L’amour et le monde.

   6.4   Avec un an de recul je me rends compte qu’il ne me reste absolument plus rien de Midnight special, qui m’apparaît aussi vide qu’antipathique. Sur le papier, Loving faisait peur. La ségrégation vue sous l’angle d’un couple mixte dans le Virginie des années 50 pouvait donner quelque chose de très scolaire et lacrymal. Mais Nichols, dont je retrouve partiellement ce qui m’avait tant séduit dans Take Shelter (Il s’agit ici moins de se créer un abri que de bâtir une maison de famille) trouve la bonne distance (Une retenue telle qu’elle peut aussi déstabiliser d’ailleurs) pour traiter cette histoire d’amour autant que cette page de l’Histoire de l’Amérique, puisqu’il s’agit aussi d’en venir à cette jurisprudence qui permit de faire accepter le mariage mixte dans un Etat puis dans un autre.

     C’est aussi dans son approche topographique que le film me plait : à la fois très statique, ancré dans une campagne isolée dans laquelle on essaie de se construire des murs mais aussi très mobile, notamment via ces nombreux voyages en voiture (Les plus belles séquences de Midnight special se déroulaient déjà sur la route) que Mildred et Richard Loving font pour quitter un Etat, s’installer dans un autre, revenir, repartir, faire un échange nocturne. Le film aurait pu être hyper pompier dans sa manière de tisser les rebondissements, traiter les naissances des enfants, par exemple, mais il manie cela avec une pudeur irréprochable et ce sont d’ailleurs ces enfants qui donnent les clés temporelles au film et permettent aux ellipses d’être judicieusement placées, dosées.

     Au-delà de son histoire d’amour, jouée par deux acteurs parfaits, ce sont les rôles secondaires qui interpellent tant Nichols n’en fait pas de bêtes stéréotypes : L’avocat par exemple, semble un peu ridicule dans son obsession (un brin mégalo ?) à croire en la réussite procédurière, mais c’est justement sa croyance qui permet à Mildred de croire et à Richard de la suivre. Disons que ça aurait pu être quelque chose de très sombre, très âpre (Loving n’est pourtant pas exempt d’une tension latente, de violences en sourdine), malgré la fin positive, mais Nichols en tire quelque chose de très doux, bienveillant à la mise en scène sobre sans être générique. Il y avait tout pour faire un truc académique, mais en choisissant de mettre uniquement à profit son couple, qui, plus amoureux que militant, souhaite vivre sa vie sur ses terres en famille, le film devient simple, humain et émouvant.

Silence – Martin Scorsese – 2017

20Mercy mais non merci.

   4.0   Bien que peu familier de cette partie de la filmographie de Scorsese (Je n’ai jamais vu ni Kundun ni La dernière tentation du christ) j’étais assez curieux de voir Silence, pour son titre anti-Scorsesien déjà, pour son étonnant casting Garfield/Driver/Neeson ensuite et surtout aussi pour le voir interroger la foi autrement que par le prisme de la folie : mégalomanie, parano, aliénation. En fait c’est surtout son côté Apocalypse Now qui me séduisait : Deux prêtres à la recherche de leur maître, égaré dans son voyage d’évangélisation en terres japonaises et accusé d’apostasie. Et bien sûr aussi parce que c’est un projet que Scorsese envisage depuis belle lurette.

     Sans grande surprise mon intérêt s’est vite étiolé, comme ça pouvait déjà être le cas devant ces fresques lourdingues façon Le dernier empereur, de Bertolucci ou les Ran, Kagemusha de Kurosawa auxquels j’ai beaucoup pensé. Le film est mal branlé, pas toujours très inspiré plastiquement et tellement répétitif dans ses mécanismes, ce même si ça fait un bien fou de voir un film de cette ampleur dépourvu de musiques épico-illustratives. On garde la voix off chère au cinéma de Scorsese, ok, mais le gros souci c’est que le film est excessivement bavard, aussi bien en in qu’en off, et généralement sans visée autre que le surlignage.

     Ce qui m’amène à un autre point important : C’est douteux dans le fond, non ? Les gentils évangélistes et les méchants japonais pendant deux heures c’est dur. Mais le dernier quart du film annonce autre chose et l’idée que le fanatique est peut-être davantage celui qui vient imposer sa foi que celui qui la refuse – De ce point de vue, le film est assez passionnant d’ailleurs. Sauf que le carton final enterre complètement cette nuance. Je passe sur la dernière séquence nullissime et sur les personnages secondaires archi stéréotypés (chez les japonais donc) mais voilà c’est archi bancal cette affaire, pour rester poli.

     C’est surtout que le film est particulièrement chiant, d’une part car très mal structuré, d’autre part car archi prévisible – Le retour de Driver, la réapparition de Neeson, le systématisme autour du personnage de Kichijiro. Mais beau casting de prêtres portugais (Lol) en tout cas, les trois m’ont plu. Mais il manque une vraie cohérence esthétique pour moi, car si Scorsese est vraiment parti en mission, on aurait préféré qu’il se la joue davantage Herzog que Roland Joffé. Qu’il y ait un vrai voyage, âpre et tendu (comme il sait bien le faire dans d’autres registres) et non cette somme de saynètes sans génie.

Jackie – Pablo Larraín – 2017

39. Jackie - Pablo Larraín - 2017Quelques heures avant de rejoindre les livres d’Histoire.

   7.2   Deux films du réalisateur chilien Pablo Larrain qui sortent coup sur coup : Un curieux biopic sur Pablo Neruda et un autre, plus magnétique sur Mme Kennedy. Pourquoi pas après tout ? Le premier, intéressant par bien des aspects, laissait un goût amer en bouche, hermétique dans son montage, un peu balourd dans ses intentions. Avec Jackie, Larrain surprend encore et trouve probablement ses plus belles inspirations.

     Comment procéder au contre champ du chef d’œuvre d’Oliver Stone ? Et comment replonger dans cette affaire sous un angle plus intimiste, celui du deuil et de la tourmente du vide laissée par la disparition d’un mari, d’un père plus que celle d’un président ? C’est tout l’enjeu de ce film fort, pas évident à appréhender à première vue puisqu’il s’agit de raconter les trois jours de vertige que la jeune femme a traversés entre l’attentat de Dallas et les funérailles.

     On le savait déjà, la linéarité pure n’est pas ce qui passionne Pablo Larrain, ainsi va-t-il créer ce kaléidoscope hypnotique débarrassé de toute temporalité comme si ces trois jours formaient le récit d’une vie, agrémenté d’images d’archives disséminées, de reconstitution de Jackie faisant la visite de la White House au public dans un documentaire autrefois réalisé par Franklin J. Schaffner. Cela rajoute de la proximité avec celle qui nomme en permanence son défunt mari Jack et non John Fidgerald.

     Le film se permet de fusionner la mort du père avec celles des deux enfants, décédés quelques années plus tôt, pendant le travail pour l’un et quelques heures après la naissance pour l’autre. Tragédies qui se croisent et achèvent de faire de ce portrait d’une première dame qui ne sera bientôt plus première dame, un combat avec et contre la mort, puisqu’il s’agit aussi de se reconstruire, d’utiliser l’événement pour créer l’Histoire, de tourner une page qu’on force au préalable à tourner en remplaçant au plus vite (Dans le voyage d’avion du retour) un président par un autre, Kennedy par Johnson.

     Les interactions entre Jackie et Bobby Kennedy, Jackie et un prêtre (Campé par le regretté John Hurt, dont c’est l’ultime rôle) ou Jackie et un journaliste créent ce supplément de vertige qui empêche systématiquement au film de sombrer dans une enfilade de pathos au parfum funeste un peu forcé. Larrain s’intéresse à Jackie et la filme dans son quotidien, ses moindres gestes, ses silences, ses larmes.

     Natalie Portman est immense – L’un de ses plus beaux rôles si ce n’est le plus beau. Tout se joue sur son visage, dans les fines variations de ses traits, son regard, le vide angoissant qui l’habite – Et qui peut s’ouvrir comme de façon prémonitoire à sa descente de l’avion à Dallas, au milieu de la foule tandis que son mari (toujours plus ou moins hors champ) l’accompagne encore.

     Un détachement insolite émane de sa présence évanouie que vient renforcer et de façon quasi permanente le score fabuleux de Mica Levi – J’ai tout de suite reconnu la patte de la compositrice, l’impression de retrouver une partition qui faisait l’ambiance de Under the skin, dans une version certes nettement plus endeuillée, moins nocturne aussi (Incroyable de voir que le film de Larrain n’utilise jamais la nuit pour rajouter un quelconque poids).

     Ça prend donc un certain temps avant de l’accepter mais sitôt qu’on comprend les codes que le film se crée l’expérience est assez magistrale.

Fat City – John Huston – 1973

24Vanishing dream.

   7.3   Malgré mes nombreuses lacunes, j’annonce : Fat City est mon Huston préféré. Il faut dire que c’est un cinéaste qui me laisse souvent de marbre. D’ailleurs, si Huston n’est pas tout jeune, on peut largement dire que Fat City fait très Nouvel Hollywood et c’est sans doute ce qui m’empêche de crier au chef d’œuvre : Je n’y vois pas la liberté et la folie d’un Cassavetes, d’un Hopper ou d’un Hellman. Pourtant, il y avait tout. L’ouverture sur un morceau de Kris Kristofferson ; La rencontre, sublime, dans la salle de gym, entre le boxeur cabossé et le jeune loup fougueux ; Il y aura aussi ce match de boxe, vers la fin, où deux come-back paumés s’affrontent dans la douleur et le baroud du désespoir ; Et cet épilogue, d’une noirceur terrible, accompagné comme au début par Help Me Make It Through the Night. Désenchanté, le film l’est, probablement plus encore qu’un Vanishing point ou un Five easy pieces. Et Huston n’est pas tendre avec ses personnages, jusqu’à les faire provisoirement disparaitre du champ quand ils s’animent d’un futur plus lumineux – Ernie Munger qui va être papa. Les ellipses sont légion, ce qui n’arrange rien. Les relations semblent éphémères (Le boxeur et son mentor, la femme et son mari) comme vouées à s’évaporer sous le vernis d’une Amérique décharnée, d’une civilisation dont les rêves se sont effacés. Billy Tully (Inoubliable Stacy Keach) est un très beau personnage aux rêves envolés, il est seul, il n’est plus grand-chose de concret, il revient juste pour mourir. Ce sont les cicatrices et cette calvitie de Tully, ce boxeur de 30 ans, dont la gloire n’est plus qu’un souvenir, qui marquent durablement. Ça pourrait, ça devrait me bouleverser, pourtant, il me manque une clé pour le déchiffrer, une structure plus accomplie pour m’y abandonner. Je trouve aussi que le film exagère certains portraits, qu’il produit des archétypes du « Nouvel Hollywood » sans la nuance qu’on peut trouver dans un Macadam cowboy ou un Play Misty for me. Si je cite à foison c’est vraiment pour te dire combien c’est un cinéma qui me touche à l’infini. Toutefois, si le film colle souvent à ses personnages, dans une discussion de bar comme sur un ring, c’est bien dans sa peinture des lieux (Stockton, en Californie) qu’il s’avère le plus magistral et Huston choisit de nous offrir ces « plans documentaires » en guise d’introduction pour mieux s’en défaire ensuite : Une parcelle d’autoroute en chantier, un immeuble en ruines fumant encore, une église sur laquelle est inscrit « For sale » et les visages ravagés d’hommes et de femmes oubliés. 

Fleabag – Saison 1 – BBC Three – 2016

30Girl.

   7.0   Dans la lignée de Girls, Master of none ou Atlanta, voici un nouveau portrait de trentenaire, cette fois-ci purement british puisque c’est à Londres que l’on va suivre les pérégrinations de la belle Phoebe Waller-Bridge (qui comme ceux suscités (Lena Dunham, Aziz Ansari, Donald Glover) écrit et incarne le premier rôle) sur six épisodes d’à peine trente minutes. C’est pourtant à une autre série que l’on pense devant Fleabag, plus chronique de quarantenaire pour le coup, à savoir Louie, la création new-yorkaise déjà mythique de Louis CK, autant dans son humour trash que dans sa façon de jouer avec les codes de l’absurde, de l’inattendu (On ne sait jamais où un épisode va nous embarquer) et tout simplement des codes mise en scénique qui irriguent habituellement ce type de show. Dans Louie, un tiers de la série voyait le personnage dans l’exécution de ses stand-up. Dans Fleabag, Phoebe Waller-Bridge choisit de s’adresser très régulièrement à nous (On fait clairement office de confident thérapeutique façon défouloir) donc à la caméra. Par exemple, lorsqu’un moment donné Fleabag (C’est son surnom) prend le métro, elle observe les gens, tous recroquevillés dans leur bulle, écouteurs dans les oreilles et de façon inexplicable, chacun se met plusieurs fois, en même temps, à exploser de rire, puis à retrouver son silence, puis à exploser de rire à nouveau. Phoebe Waller-Bridge nous prend alors à parti et lâche un : « I think my period’s coming ». C’est souvent de ce niveau, parfois plus doux, souvent plus trash. Le temps d’un épisode j’ai craint de vraiment détester ce truc arty, égocentrique et cynique. Force est de reconnaître que dès l’épisode suivant, on se surprend à s’attacher à cette fille hautaine et dépressive, avant de carrément adorer cette insatisfaite sexuel qui tente de combattre son double deuil et la galère dans laquelle son café (qui n’attire pas grand monde) l’a emmené. Dès que la sœur entre dans la danse, le problème est similaire, il faut un  temps d’adaptation avant que ça ne devienne absolument génial, notamment le temps d’une cure qui tourne au fiasco, puis dans un repas familial un tantinet over the top. Le dernier épisode est somptueux et bouleversant. Hâte de la retrouver !

Fatima – Philippe Faucon – 2015

19Journal intime.

   5.5   Plus aucun souvenir du seul film que j’avais pu voir de Philippe Faucon, Dans la vie, sinon qu’il était un film humain, mais un peu trop professoral. Fatima, auréolé du prix Deluc ainsi que de trois César dont celui du meilleur film, raconte l’histoire d’une mère de famille immigrée, femme de ménage vivant avec ses deux filles, qu’elle élève et accompagne du mieux qu’elle peut : Souad, 15 ans, effrontée, est en échec scolaire quand Nesrine, 18 ans, sérieuse, entre en première année de médecine. A la maison, Fatima parle l’arabe, ses filles parlent le français. Elles se comprennent évidemment très bien, mais cette distinction de langue crée un fossé culturel, une distance générationnelle. Ce sont les moments les plus réussis : Cette captation d’un monde intime qui se disloque et qui finalement parle autant de l’intégration que des rapports universels entre les enfants et leurs parents.

      C’est un beau film, minutieux, épuré, un peu pédagogique sans verser dans le didactisme. En fait l’idée part d’une véritable histoire et d’un matériau existant à savoir deux recueils de poèmes, Prière à la lune (2006) et Enfin, je peux marcher seule (2011) écrits par Fatima Elayoubi, dont le film pourrait grossièrement retracer un pan de sa vie, entre la tenue de son journal intime dans sa langue natale (qui l’amena à éditer ses recueils), ses missions de ménage, ses discussions plus ou moins délicates avec ses filles, son hospitalisation et son choix de suivre des cours d’alphabétisation. Dans sa conception même, le film de Philippe Faucon est assez irréprochable, puisqu’il fait appel à une actrice non-professionnelle, Soria Zeroual, femme de ménage algérienne résidant à Lyon.

     Si le film parvient assez miraculeusement à tenir sa trajectoire (la chronique, avant tout) c’est probablement qu’il surprend dans la durée de ses scènes, la composition de ses plans et son utilisation judicieuse de l’ellipse. Je le trouve à ce titre très respectueux de ses personnages (et de ce qu’ils choisissent d’être) mais aussi de son spectateur, ne martelant rien, trouvant régulièrement la note juste. Un bémol, toutefois, mais un gros, je ne comprends pas que Philippe Faucon ait choisi à plusieurs reprises de porter un regard un peu condescendant sur le monde non-musulman. Enfin disons qu’il y a ces cas tranchés, pas super subtils, comme il y a celui de l’introduction, avec la visite de l’appartement, qui me semble nettement plus intéressant dans sa façon de montrer que le français choisit de parler à celles qui parlent français car on en revient aux tragiques barrières de langue. Quand Fatima dit bonjour à une femme au supermarché car elle reconnait la mère d’une amie de sa fille, et que celle-ci esquive de façon brutale, j’ai un peu plus de mal, car je ne pense pas que le film ait besoin de ce genre de facilité. En fait, je trouve le film beau dès l’instant qu’il reste dans le cadre familial.

Killing Zoe – Roger Avary – 1994

24Braquage foireux.

   4.5   J’aime beaucoup ce qu’Avary a tiré de Rules of attraction, le bouquin de Bret Easton Ellis, exploit puisque inadaptable comme tous ses livres. Un peu comme lorsque Anderson se farcit Pynchon, quoi, le film a beau être hyper bancal, j’ai forcément de l’indulgence tant qu’on a réussi à en retranscrire le sel et l’univers. Malheureusement, assez déçu par Killing Zoe. Certes j’en gardais un souvenir mitigé de sous-Tarantino (Il en est d’ailleurs le producteur exécutif) mais tout de même plus attachant que cette toute petite chose anecdotique et un peu ratée, qui il faut bien le reconnaître, n’a pas gagné en vieillissant. Notamment à cause des nombreuses idées de mises en scène / montage foireuses façon jeune branché (La séquence de la cave parisienne, par exemple) qui aujourd’hui font aussi risibles que du Besson ou du Kounen. Je me souvenais vaguement du braquage et ses masques de carnaval scolaire, mais j’étais persuadé que le gros du film se déroulait dans la banque. En fait non, il faut bien trois quarts d’heure avant d’y entrer et le film, d’ailleurs, s’améliore alors un peu, canalise sa folie avant de la faire exploser, un peu comme dans Une nuit en enfer, de Rodriguez mais aussi un peu trop comme Reservoir dogs. Regardable hein, mais oublié dans la seconde.

Eh mec, Elle est où ma caisse (Dude, Where’s My Car) – Danny Leiner – 2001

25Very cheap trip.

   4.2   Presque dix ans avant Very Bad Trip, Danny Leiner avait eu une idée similaire avec dans les rôles titres (de ceux qui ne se souviennent pas de ce qu’ils ont fait la veille) : Ashton Kutcher & Sean William Scott. Jesse & Chester. Sweet & Dude – Les fameux tatouages entre les omoplates. Comme pour tout stoner movie il faut être de bonne composition (Ou complètement défoncé) pour accepter sa bêtise abyssale à coup de « transfonctionneur temporel » incarné dans un rubic’s cube, extraterrestres gays, sœurs jumelles qui ne se ressemblent pas, chien camé, autruches récalcitrantes, secte de nerds costumés en papier bulle, drive de fast-food farceur « And then ? » et duo vedette complètement débile. Ça n’a pas d’autre vocation que le grand n’importe quoi et c’est tant mieux. J’aime bien l’idée mais les nombreux running gag qui parsèment le « récit » m’épuisent assez vite.

Much Loved – Nabil Ayouch – 2015

19Coup d’épée dans l’eau.

   3.4   Au-delà de l’apparent et légitime doigt d’honneur féministe, je ne suis pas loin de trouver ça mauvais car très limité cinématographiquement (Ce serait filmé dans un studio à Epinay qu’on n’y verrait pas la différence) et surtout peu enclin à satisfaire le coup de gueule à savoir fabriquer des interactions auxquels on croit, les personnages n’étant finalement que des pantins de scénario dont on va piocher ci et là des scènes de séduction et de baise ou bien de simples discussions tournant inéluctablement autour du cul. Le film ne respire pas et nous contraint un peu fièrement à ne pas respirer non plus, caméra qui tremble à l’appui. J’exagère un peu car il y a aussi des moments d’intimité assez réussis, douces parenthèses même si l’on sent qu’elles existent pour compenser l’hystérie, de manière un peu forcée. Much Loved est aussi trop tape à l’œil pour un film social, notamment lors de ces nombreuses envolées musicales lors des moments de silences quand l’effervescence retombe, mais aussi dans ses cruautés de scénario avec la fille enceinte qui va faire une fausse couche par exemple. Le film aurait probablement mérité d’être réalisé par une femme, qui aurait moins travaillé les situations au coup de poing qu’au corps-à-corps. Certes, on comprend les intentions de l’auteur, et en ce sens rien de bien étonnant à voir Much Loved interdit de sortie au Maroc, bien qu’on aurait aimé voir le film agir ailleurs (Citons au hasard le très beau Mustang) que sur le seul terrain de la provocation, aussi utile soit-elle.

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silencio


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