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The Fits – Anna Rose Holmer – 2017

28Drilling gym.

   6.8   Ce qui est très beau c’est de voir la réalisation se caler sur son personnage, apprivoiser ses secousses et ses flottements, de voir aussi combien elle ne joue pas ad nauseam de son statut bâtard de docu-fiction. Si les plans sont variés, leur durée aussi, ce n’est pas un plan filmé à l’épaule ou autre effet d’accélération qui donne de l’énergie au film mais les mouvements qui habitent l’intérieur même de ses plans.

     The Fits est rempli de ces mouvements incongrus et désordonnés – Avec un nom pareil, il eut été gênant de voir un résultat statique et propre. Ce sont les corps qui donnent le La du film, le rythme de sa mise en scène. Ce sont les coups qu’on donne dans un sac, les effrénées figures de drill ou de simples efforts d’échauffement – Le film s’ouvre sur le visage d’une adolescente en pleine séance d’abdos.

     Ce qui manche à The Fits c’est sensiblement ce qui manquait à Corniche Kennedy : la croyance en l’épure. Chez Cabrera on ajoutait une intrigue policière donc une noirceur un peu factice et romanesque à ce monde solaire et hors du temps, où les corps se libéraient au moyen de plongeons dangereux. Chez Holmer c’est la dimension métaphorique des convulsions qui vient parasiter l’ancrage pur d’un quotidien uniquement rythmé par la danse et la boxe.

     Le début du film pourrait aisément être une version teen du Boxing gym de Wiseman. Là-dessus il faut dire que The Fits est particulièrement réussi et original. Ce qui l’intéresse c’est son gymnase et les deux « étages » dont il est constitué : La boxe d’un côté et son univers masculin, la danse de l’autre, univers féminin, mais moins univers de fille que de femmes. Deux pôles dans lesquels Toni, adolescente de 11 ans, tente de trouver sa place : Rester avec son grand frère sur le ring ou succomber à cette attirance du devenir femme – On se souvient des premières scènes où les danseuses viennent observer les boxeurs, cachées derrière une porte.

     Une place uniquement guidée par le désir de s’épanouir et non pour palier à un éventuel trauma ou évacuer un mal-être. On ne saura rien de Toni hors du gymnase. Nous n’irons jamais chez les gamins, nous ne verrons rien de là où ils vivent. Son étude sociologique, si tant est qu’il y en ait une, le film tient à la peindre uniquement dans ce lieu d’évasion, immense complexe, fait de pièces gigantesques, tout en portes et couloirs, cordes et parquets. J’adore l’idée de filmer un gymnase, et quasi uniquement ce gymnase, ça peut être un lieu très cinégénique en fait, plein de lignes qui se croisent, d’échos chelous, de hors champ indiscernables.

     Les convulsions, pour moi, elles sont déjà dans sa façon qu’a le film d’occuper cet espace, de capter cette énergie de dingue sur un ring ou une piste de drill, un entrainement solitaire ou une bataille de linge sale. Si l’on sort parfois (mais pas tout à fait) du gymnase c’est pour capter des lieux vides, qui en sont comme des prolongements ou lieux de recul solitaire : Une piscine vide ou une passerelle. Dommage qu’il y ait cette idée de convulsions répétées, finalement.

     On est toutefois loin d’un truc pédagogique, il y a une vraie identité. Je dis ça car quand j’y suis allé, une classe y était aussi. Les pauvres avaient l’air complètement perdu à la fin. C’est pas le film qui va te caresser dans le sens du poil. Si tu comptes y aller pour voir du drill ça risque d’être un peu déceptif, qui plus est via l’irruption du fantastique. En tout cas, la jeune actrice est exceptionnelle. Super film, vraiment. J’y repense souvent.

Ma vie de Courgette – Claude Barras – 2016

28. Ma vie de Courgette - Claude Barras - 2016Le vent nous portera.

   7.6   Quand je vois Ma vie de courgette ou La tortue rouge, je me dis que l’animation a encore de beaux jours devant elle, loin des standards Disney. Intégralement réalisé en stop motion, écrit par Céline Sciamma, le film de Claude Barras séduit autant par sa dureté de situation (L’action se déroule majoritairement dans un foyer pour enfants abandonnés ou orphelins) que par la candeur du conte, puisque tout est vu au travers des yeux des enfants. Et c’est finalement moins dans une quête réaliste (Raconter les affres de ces centres d’accueil qui, on imagine, sont rarement aussi accueillant que celui-là) que dans son récit initiatique que Ma vie de courgette l’emporte. Nous offrir des individualités (Six puis sept, avec l’arrivée de Camille) afin d’en former un groupe soudé, malgré les premières embûches et les aventures de la vie.

     Du haut de ses 65 minutes, le film ose et réussit tout, entre ses finesses d’écriture (Les traits de caractères de chacun d’entre ses personnages, notamment) et ses envolées formelles (Magnifique sortie nocturne dans la neige), la douleur de l’abandon ou de la mort compensée par le chemin à partager pour se reconstruire, s’adresser aux enfants tout en faisant pleurer les grands. Il faut un temps d’adaptation pour apprivoiser ces marionnettes à grosse têtes, les traits qui nous semblaient grossiers deviennent gracieux, les caractères d’apparence archétypaux propulsent, par la finesse du récit, chacun de ces petits personnages comme une partie/projection de nous même, dans leur petites folies, leur fragilité, leur jalousie, leurs solitudes et souffrances propres, et leur quête maladroite de tendresse. Rien d’étonnant à voir Céline Sciamma à la plume de cette merveille de film d’animation, tant il convoque aussi bien la lumière de Tomboy que les prémisses désenchantées de Naissances des pieuvres, dans lesquels, déjà, les adultes ne tenaient que peu de place.

     Des idées, Ma vie de courgette n’en manque pas. Repenser au tableau météorologique permettant de mesurer l’humeur des enfants, à Béatrice croyant voir sa maman (expulsée) chaque fois qu’une voiture fait son apparition, à Simon qui voudrait tant recevoir rien qu’une fois une lettre de ses parents, au cerf-volant et à la canette que Courgette range dans un tiroir comme il range symboliquement papa et maman, à la bienveillance absolue de ce policier qui n’a pas vu son gamin depuis une éternité, à Camille sur la balançoire façon Partie de campagne. Des petites choses, magnifiques, que le film distille avec une élégance incroyable, jusque dans un final qui m’a arraché les larmes.

Travolta et moi – Patricia Mazuy – 1994

42La boulangère de Chalons.

   7.2   Au même titre que US Go Home, de Claire Denis et contrairement à L’eau froide, d’Olivier Assayas (sorti en format court sous le titre « La page blanche ») Travolta et moi n’a pas eu les honneurs d’une rallonge et d’une sortie salle. Il est resté l’un des téléfilms commandés par Arte pour sa collection « Tous les garçons et les filles de leur âge » dans laquelle on retrouve outre les films de Claire Denis & Olivier Assayas (Les trois seuls de la série que j’ai vu à ce jour) des réalisations de Téchiné et Akerman, entre autre.

     Travolta et moi suit une adolescente contrainte par ses parents (absents pour un week-end de congrès) de garder et d’assurer l’ouverture de la boulangerie familiale tandis qu’elle devait préalablement se rendre à une boum et rejoindre un garçon rencontré dans le bus qui l’emmenait au lycée – La première séquence du film. Le film se déroule en 1978 à Chalons sur Marne. Christine est fan de Travolta depuis la sortie de La fièvre du samedi soir. Tous les autres garçons sont des ringards. Nicolas, lui, lit Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche.

     Patricia Mazuy (dont j’avais relativement détesté son récent Sport de filles) filme quasi tout en gros plans, resserre la moindre séquence pour accentuer le côté écorché et instinctif afin de se mettre au même niveau que son héroïne. Ça m’a beaucoup rappelé La fille seule, de Benoît Jacquot. Elle crée d’abord un sentiment d’urgence dans cette boulangerie, entre le ballet des viennoiseries et les entrées à répétition des clients qui s’inquiètent de ne pas voir leur couple de boulangers habituels. On sent le poids des heures qui défilent et l’impossibilité pour Christine de s’extraire des obligations qu’on lui a octroyé contre son gré.

     Christine a la tête ailleurs, à Travolta (elle passe la bande originale du film en boucle) mais surtout à Nicolas, ce garçon pas comme les autres, ainsi qu’à cette foutue boum qu’elle va irrémédiablement manquer. C’est très beau. La seconde partie du film quand elle a enfin dynamité, littéralement, le magasin prison, s’ancre dans un tout autre décor : Une patinoire. Et délivre des moments de rêverie sidérants, à l’image de cette danse avec Igor, un patineur plus professionnel que dragueur, avec lequel elle semble avoir un peu oublié celui qu’il l’a provisoirement mise de côté.

     On stagne dans un registre cruel – Celui du monde adolescent en général – renforcé par une fin au jusqu’au-boutiste tragique, pourtant une certaine douceur se dégage de l’ensemble du film, s’incarnant dans de simples regards ou des rapprochements impulsifs un peu hasardeux. Il y a quelque chose d’un peu trop informe et épileptique, accompagné par des choix musicaux hétéroclites (Bee Gees, The Clash, Polnareff) mais c’est un bien beau film sur l’adolescence, ses tourments incompréhensibles, ses virages brusques, sa cruauté maladive et son insolence.

Voici le temps des assassins – Julien Duvivier – 1956

25Quatre mouches aux contours gris.

   7.8   Duvivier filme brillamment cette minutieuse reconstitution des Halles de Paris. On s’y croirait, autant dans son foisonnement, son envergure, sa masse de figurants. Cette façon de capter la frénésie du marché, dans une chorégraphie bluffante avant d’entrer dans un restaurant où André Chatelin mène son affaire avec passion, autorité, camaraderie. Mais ce jour-là, une jeune femme arrive « Au rendez-vous des innocents » et transporte avec elle bien plus de secrets et malveillance que l’apparente timidité, saupoudrée de beauté angélique, qui accompagne ses premières apparitions. C’est Danièle Delorme qui campe Catherine, cette garce perverse (chère au cinéma de Duvivier) au visage d’ange. Chatelin, qui n’a d’yeux que pour elle se brouille avec tout le monde quant au départ il semblait régner dans son petit commerce un équilibre familial. C’est elle qui va peu à peu détruire l’amitié entre Chatelin et Gérard, un jeune étudiant sans le sou qu’il considère comme son fils. C’est elle qui lui fait croire qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre, qui lui fait avaler qu’il va l’épouser de son plein gré. Elle va tout mettre en œuvre pour les monter l’un contre l’autre. Jusqu’à envisager le meurtre. La mort apparait d’abord brièvement, hors champ, dans un contexte parallèle, suicidaire mais déjà terrifiant, lorsqu’un ancien amant revient vers Catherine. Elle refuse de l’écouter et le regarde se jeter sous une voiture, sans broncher. On croit d’abord que ses motivations sont une vengeance toute simple d’une fille pour sa mère défunte, contre l’homme qui fut son amant et qui l’a abandonné, dans la misère. Mais on découvre bientôt qu’elles sont de mèche toutes les deux pour profiter de ses richesses. Outre les extérieurs, Duvivier filme admirablement les appartements, les escaliers, les portes qui s’ouvrent et se ferment, je n’avais pas vu cela aussi prononcé, dans le cinéma français de cette époque, depuis le sublime Antoine et Antoinette, de Jacques Becker. Et Gabin, le grand chef au faible sentimental, n’est déjà plus le même que dans La belle équipe (Les deux films sont sorti à vingt ans d’intervalle) il est l’autre facette de la pièce, embourgeoisé, celui qu’il incarnera dans sa deuxième partie de carrière. Quoi de plus beau que de camper ce petit patron pour qui vieillir est une angoisse sordide, ami avec un garçon qui pourrait être le fils qu’il n’a jamais eu et séduit par une fille de vingt ans qui lui évoque l’aventure qu’il vécut avec sa mère vingt ans auparavant. Une fois encore, les femmes jouent le rôle destructeur. La vieille gouvernante récalcitrante, une mère castratrice, une ancienne épouse aliénée et droguée, une jeune machiavélique. Quatre rôles ingrats, quatre figures du Mal, quatre femmes, quatre générations incroyablement nihilistes, qui font de Voici le temps des assassins la tragique descente aux enfers d’un homme manipulé par une déviance humaine sans scrupules. Il faut que je voie d’autres films de Duvivier mais j’ai l’impression que dans ses thèmes, ses personnages et sa photographie, ce film peut faire office de quintessence de son génie pessimiste.

Rectify – Saison 4 – Sundance Channel – 2016

17Sage épiphanie.

   7.5   Rectify s’en va là-dessus. Il faut saluer l’extrême pudeur du projet, qui de ses questionnements à sa mise en scène aura redéfinit une certaine idée de l’élégance sérielle. Jusque dans sa façon de s’en aller, simplement, subtilement. Promesse de quatre saisons tenues, ni plus ni moins, sans jamais forcer quoique ce soit, ne serait-ce que dans le nombre d’épisodes différent selon les saisons. Pas de rebondissements improbables dans cette ultime saison qui viennent casser l’unité down tempo des saisons précédentes. Pas de grandes révélations, pas de twist ni de bouleversements qui sortent du chapeau. Mais une multitude de rapports délicats, profonds parfois complexes car inconciliables, que la série aura toujours traités à la bonne distance, avec la bonne durée. Rectify n’a d’ailleurs jamais pris autant son temps. Les personnages n’ont rarement été aussi beaux et bouleversants, défaits et porteurs d’espoir. Pourtant quelque chose s’est un peu brisé de mon côté, il me manque cette fois l’étincelle qui viendrait me cueillir (Ce que la saison 3 avait débusqué un peu miraculeusement) mais ça reste d’un niveau très élevé, évidemment. Pas de grief d’ailleurs, hormis la musique qui m’a semblé trop omniprésente et franchement, souvent inutiles. Mais Rectify n’hésite pas à faire durer les séquences à l’image, dans le dernier épisode, de la confession psy de Daniel qui s’étire sur plusieurs minutes, ou de cette discussion de cellule (Magnifique dernier flashback) qui vire au rêve éveillé ; Ou simplement ces discussions de famille souvent en duo qui prennent le temps de diffuser de la douceur dans le malaise et vice-versa. Rectify est rempli d’idées minuscules qui deviennent gigantesques : Si le garage avait disparu en saison 3 il revient ici, pour vraiment disparaitre. Aussi, Thawney et Teddy se séparent enfin, pour se retrouver, autrement. Chacun renoue avec l’autre, sans la promesse d’une reconstruction identique, qui aurait simplement effacé la douleur, mais celle d’avancer, de renaitre – Ce n’est pas un hasard si Amantha cite Lazare. Il y a en filigrane la reprise de l’affaire, cette intrigue périphérique, marquée par l’espoir final sans pour autant qu’on nous donne les clés de sa réouverture, car c’est une autre histoire. Et Rectify n’aura cessé de dire cela : C’est l’histoire de Daniel Holden et de ceux qui gravitent autour de lui, ce n’est pas l’histoire de ceux qui lui ont volé dix-neuf ans de sa vie. Les dernières minutes sont sublimissimes, aussi bien le diner de famille post déménagement, le coup de téléphone qui s’ensuit (Rectify aurait pu faire une banale scène de retrouvaille totale mais non, malgré la sérénité retrouvée, il y a une distance imperceptible encore) que le rêve lumineux, où l’élégie se transforme en miracle, où Daniel retrouve Chloé – dans un lieu qui rappelle certaines de ses errances de la première saison – et l’enfant qu’il s’en va tenir dans ses bras, scellant sa renaissance, son extraction du cauchemar. La relation entre Daniel et Chloé restera à mes yeux la plus belle chose que cette ultime saison aura créé. En fait, si, c’est quand même une belle, très belle saison. Et c’est une série indispensable.

Du sang sur la Tamise (The Long Good Friday) – John MacKenzie – 1983

45. Du sang sur la Tamise - The Long Good Friday - John MacKenzie - 1983Ugly London.

   6.0   Polar oublié, tourné dans l’Angleterre de la fin des années 70, The Long Good Friday qu’on a rebaptisé chez nous Racket puis Le vendredi rouge puis Du sang sur la tamise (C’est dire combien le film fit un four) est un honnête produit du genre, lorgnant dans sa forme autant du côté de Siegel (Notamment A bout portant, Charley Varrick) que de De Palma (Scarface) et annonçant un peu avant lui (Le film sort en 1979 à Londres) une certaine ambiance/plasticité de la décennie à venir, dont le genre trouvera son apogée grâce à Friedkin et To live and die in LA.

     Bob Hoskins joue ici un parrain local, qui a la mainmise sur toutes les institutions de Londres et entreprend des discussions avec les américains pour transformer les docks en immense territoire de jeu et Londres en capitale européenne. Rien que ça. C’est sans compter sur une mystérieuse alliance criminelle, qui en parallèle et contre lui, multiplie, le même jour, les attentats à la bombe (Sur sa Rolls, dans son casino, son restaurant) et les meurtres de certains de ses hommes de main.

     Si la mise en scène se laisse parfois aller à des facilités un peu grossières, aussi bien dans certains plans suggestifs que dans le jeu caricatural de certains acteurs, le film brille essentiellement par son récit, livrant trous et tiroirs scénaristiques avec une aisance narrative hallucinante, calée sur le personnage campé par Bob Hoskins qui comprend bientôt qu’il ne s’agit pas d’une simple guerre des gangs mais qu’il doit faire face à une menace plus dangereuse, fanatique et invulnérable, causée par un fâcheux démêlé à Belfast qui aura existé hors-champ, avant le film, quand il était en voyage aux Etats-Unis.

     Du sang sur la tamise remonte brillamment jusqu’aux faits et plonge ses personnages dans un tragique dont ils ne se relèveront pas. Si la fin est brillante – Mais je garde une grosse réserve sur Hoskins, qui me parait un poil trop extravagant dans l’ensemble – c’est surtout son ouverture qui marque : Successions de saynètes, de lieux, de personnages, de valise pleine de frics, de crime, en silence ou en cri, sans apparents liens entre eux, qui rappellent forcément l’ouverture de Sorcerer, le chef d’œuvre de William Friedkin.

     John MacKenzie filme superbement les docks désaffectés de Londres et Hélène Mirren campe bien son personnage de femme d’affaires plus réfléchie que son homme. Elle m’a beaucoup rappelé Jessica Chastain, dans A most violent year, dans sa façon de le jouer. Mais tout le film m’a un peu fait penser à celui de J.C.Chandor, en fait, même s’il s’avère moins puissant et parfois bancal dans certains partis pris – Musicaux notamment. A noter une brève et première apparition de Pierce Brosnan, en membre de l’IRA, aussi beau que flippant, sorte de James Bond avant l’heure, versant puceau.

Ricki and the Flash – Jonathan Demme – 2015

16473494_10154408794637106_6578273255252355862_nLet’s Work Together.

    6.2   Meryl Streep campe ici une rockstar qui écume les petits bars pour y jouer avec son groupe un répertoire de standards allant des Stones à Lady Gaga. Elle est aussi la mère de trois enfants qu’elle n’a pas vu depuis plusieurs années, qu’elle n’a pas même élevés, puisque elle aura consacrée ses années 80 à sortir un disque, puis plus rien, avant ses longues années de traversée du désert tout en reprises le soir et une vie de caissière le jour. C’est fou ce que Meryl Streep peut jouer, tout en fait et être impliquée dans tout ce qu’elle joue : C’est elle qui chante, qui joue de la gratte ici – On raconte d’ailleurs qu’elle aurait pris des cours avec Neil Young, rien que ça – et le réalisateur la filme admirablement ainsi que l’ensemble des prestations scéniques.

     Je n’attendais pas grand-chose de ce film alors que Demme (Capable aussi bien de faire Le silence des agneaux que de filmer un concert des Talking heads (Stop making sense, 1984) ou de faire le remake d’un film de John Frankenheimer) m’avait agréablement surpris avec son semi-Festen, le très beau Rachel se marie (2009) qui se déroule intégralement pendant un mariage (et ses préparatifs) durant lequel individualités et non-dits se collisionnent pour faire ressurgir les crises et conflits les plus enfouis.

     Là aussi il y a un mariage. En fait il ne s’agit que de ça. D’une retrouvaille entre deux anciens amants, mariage raté qui aura laissé trois gosses derrière lui. Et d’un mariage avorté puisque Ricki, appelée au secours par son ex-mari, s’en va retrouver sa fille qui vient de se faire larguer sur l’autel et qui a fait une tentative de suicide ; Avant qu’elle n’assiste plus tard, au mariage de son fils – Inutile de préciser que les retrouvailles globales seront tendues. Au premier abord ce n’est pas ce que le film réussi de plus franc, dégageant un peu trop nettement des caricatures de personnages dissemblables (Le fils gay, la fille dépressive, le fils prodigue, le père effacé richissime, la mère redneck extravertie et peinturlurée) pourtant c’est dans la renaissance de Ricki au contact de ceux qu’elle a laissé de côté que le film trouve ses meilleures inspirations : Les échappées avec sa fille, les rapprochements avec son ex-mari. Mais aussi tous ces instants avec l’homme qui partage la scène à ses côtés, guitariste d’une douceur inouïe qui semble porter sa croix au moins autant qu’elle.

     Jamais le film ne va la jouer cynique. L’exemple le plus parlant c’est la façon dont il brosse la relation entre Ricki et la nouvelle femme de son ex-mari, l’autre mère de ses enfants, comme elle le soulignera d’elle-même lors de sa bouleversante intervention finale. Ricki sait qu’elle n’a pas donné assez. Mais elle est musicienne, la seule chose qu’elle sache faire c’est jouer sa musique donc si elle ne peut rien offrir d’autre elle peut jouer. La fin et sa reprise d’un morceau de Bruce Springsteen est magnifique, bouleversant. Et sous ses apparences de feel good ending le film ouvre une brèche, un espoir pour vivre ensemble. Si les thèmes sont relativement éloignés, j’ai beaucoup pensé à Transparent, la série de Jill Soloway (Six feet under) qui à sa manière, dynamite aussi les stéréotypes de la bonne petite famille américaine.

Frantz – François Ozon – 2016

16730095_10154429318257106_2829221840116034782_nL’étranger.

   6.1   1918 en Allemagne. Anna se rend chaque sur la tombe de son bien-aimé, mort au front. Elle croise bientôt un homme qui vient lui aussi pleurer sur la tombe et y déposer des fleurs, fait sa connaissance et apprend d’une part qu’il est français et qu’il était un ami de son Frantz. Il y a deux films en un. La première partie est déstabilisante car autant la douceur d’approche et de compréhension entre l’étranger et la belle-famille en deuil d’Anna est très belle, autant il y a un curieux suspense, un peu gênant puisqu’un peu roublard, sur son identité. Comme le film est vu du point de vue de la jeune femme, ça passe. On pense d’abord qu’Adrien (Le jeune français, Pierre Niney, donc) a tué Frantz et qu’il vient, rongé par les remords, pour s’en excuser. Avant de croire qu’il était son amant. Ça aurait fait un beau film d’ailleurs, de voir ce garçon français, tomber amoureux de la petite amie de son amant allemand. C’eut été plus casse-gueule c’est sûr. On y croit d’autant plus que d’étranges flash-back en couleur (qui n’en sont finalement pas) tentent de nous tromper. La deuxième partie, une fois le pot aux roses dévoilée perd en mystères ce qu’elle gagne en quête romantique et spirituelle. Anna (Paula Beer, révélation, j’espère qu’elle aura son César) devient le personnage mobile et fort là où elle était figée et chétive. Si le film manque d’émotion et d’ambition formelle et romanesque, il ne rate pas grand-chose surtout dans sa manière de brosser le (double) mensonge – La thématique qui parcoure quasi toute l’œuvre du cinéaste – comme vecteur de vie, d’émancipation, d’apaisement voire de résurrection puisque Adrien incarne un peu malgré lui, auprès des parents de Frantz, le fils d’adoption avant qu’il ne serve de simple tremplin pour l’élan nouveau de la jeune femme. Que le film s’en serve en tant que discours pacifiste le rend plus beau encore. Un poil trop rigoureux dans sa plasticité, avare dans son intensité et binaire dans ses enchaînements couleurs / noir et blanc pour prétendre égaler les meilleurs Ozon, mais dans le haut de son panier, déjà bien garni (C’est son seizième long métrage) quoi qu’il en soit.

Les Délices de Tokyo (An) – Naomi Kawase – 2016

16425824_10154397999747106_8791527397476386341_nTrois en un.

   5.4   Anecdotique au sein de la filmographie de la réalisatrice japonaise, Les délices de Tokyo ressemble davantage à un film de Kore-Eda (Un Still walking en mode mineur) qu’à ses précédents travaux. Ceci étant, j’ai raté Hanezu et Still the water. Naomi Kawase restera pour moi l’auteur de deux films merveilleux : Suzaku et Shara. Et d’un plus discret mais non moins passionnant, Genpin, qui sur des bases purement documentaire renouait avec son cinéma cyclique où toujours se côtoient la naissance et la mort. Mogari, déjà, m’avait déçu.

     C’est un film charmant, dans lequel un homme (au passé trouble, que le récit va éclairer un peu mécaniquement) gérant d’une guinguette qui vend des Dorayakis (Pâtisseries traditionnelles fourrées aux haricots rouges confits) se voit proposer de l’aide par une vieille dame de 75 ans qui va lui apprendre à faire la pâte (Jusqu’ici il ne la faisait pas lui-même) et à « écouter parler le haricot ». Elle va lui apprendre la vie, en somme. Toutes les séquences de préparations culinaires sont très belles, Kawase comme a son habitude observe les gestes, nous fait presque sentir les saveurs.

     Les délices de Tokyo aurait sans doute dû s’en tenir à cette approche hypnotique, d’une gestuelle très pure, d’un environnement minuscule – La première partie du film se réduit essentiellement à l’espace intime de cette échoppe. Dès qu’il s’en extraie, soit pour tenter de créer un personnage périphérique (la jeune adolescente) soit pour raconter une sombre histoire de ségrégation de lépreux, soit pour capter les fleurs des cerisiers, les rayons du soleil à travers les branches, le film est plus convenu dans son esthétique et sous les coutures du mélodrame.

     Et puis c’est tout un petit programme qu’on voit se dessiner bien trop clairement : On sait d’emblée que les mains de la vieille dame poseront problème, on sait aussi de par son âge qu’elle va mourir ; Quant à lui, mutique, on imagine qu’il transporte, quelle qu’elle soit, le fardeau de la douleur et de la solitude. Trois personnages, trois générations un peu à côté du monde, en somme – Dont on va appuyer l’enfermement par une apparition d’oiseau mis en cage que la vieille dame finira par relâcher, des branches de cerisiers croisées à des câbles électriques. C’est pas le plus subtil des films de Naomi Kawase, on va dire. Ce qui ne l’empêche pas d’être attachant et doux.

Les bronzés font du ski – Patrice Leconte – 1979

16463873_10154387352102106_5996913839371342252_oVin chaud et planté de bâton.

   7.3   Difficile d’être objectif sur un film que l’on connaît à ce point par cœur mais je tiens juste à dire que toutes les situations sont drôles parce que bien écrites et même si tous les poncifs de la comédie sont réunis (sketchs, running gag, calembours…) le film respire cent fois mieux que toutes les comédies populaires éculées que l’on croise dans nos salles aujourd’hui.

     On a beau le connaître par cœur, chaque scène, chaque réplique, chaque enchaînement, on rit encore grassement, on ne voit pas le temps passer. Mais on le connaît par cœur, c’est un fait. Ce qui ne trompe pas ce sont les choses le plus anodines, un mot, un nombre, un objet. Par exemple, on sait que dans le village de montagnards, pendant la diffusion des chiffres et des lettres, le mot de 8 lettres c’est Blumaise. Tout aficionado des Bronzés sait ça. On sait aussi que Jean-Claude Dusse a la chambre 14 avant d’hériter de la 89. Que les skis de Bernard & Gilbert sont des Cut 70 au design bleu/rouge. On sait que Jérôme fait 67’22 alors qu’il pensait les piler au critérium après son 45’8 à l’entraînement. Que le refuge se trouve dans le massif de la coulée du grand bronze, que le cochon s’appelle Copain, le chien Pépette. Que la fausse adresse donnée par Bernard à Popeye c’est le 10 rue Montmartre. Qu’on voit dans le dernier plan du film la moonboot de Popeye et qu’elle est rouge. Bref des trucs parfaitement inutiles. Pourtant, j’ai découvert un truc qui ne m’avait jamais frappé avant : La crêperie de Gigi c’est « Aux trois petits pots de beurre ». Tu t’en tapes, hein ? Et bien pas moi. J’avais l’impression qu’on m’avait, jusqu’à aujourd’hui, caché ce plan.

     D’autant que ce n’est pas le seul inédit puisque pour la première fois je voyais Les bronzés font du ski au cinéma. Et bah « ça ramone les poumons, hein » franchement. La salle était quasi pleine, tout le monde semblait le connaître par cœur, on riait tous franchement. C’était cool.

     Toujours est-il qu’il est agréable de revoir notre petite bande de beaufs à Val d’Isère. Alors qu’ils sont tous un peu détestables ou ringards dans le fond. Ce qui fait qu’on les aime c’est probablement qu’ils sont tous un peu looser : Les couples sont souvent sur la brèche, curieusement assortis ou réfugiés dans la colère ; Les célibataires sont pas prêts de ne plus l’être, ils sont un peu tristes et risibles, Dusse autant que Popeye. Et le groupe est fragile et explosif sitôt qu’on le perd dans sur les hors pistes de haute montagne. Ils sont beaucoup trop simplets ou trop méchants ou les deux. Et on les aime comme ça. Médiocres. Touchants et dégueulasses. Leconte et sa bande auront réussi à trouver cet équilibre parfait. Ainsi qu’à trouver des situations géniales autant dans leur banalité (Essayage de chaussures, cours de ski), leur jonglage avec les clichés pour les transcender (Les skis qui s’affaissent, le télésiège qui ferme, la crêpe au sucre), leur glissement vers l’extraordinaire (Le refuge avec les italiens, la double dégustation chez les montagnards : Les deux meilleures séquences du film).

     Le film joue sur plusieurs registres d’humour et notamment le running-gag avec Bernard & Gilbert, qui ont les mêmes skis « Eh ouai t’as les mêmes sauf que les tiens ils sont vieux », la même caisse, se croisent au tire-fesses et sur leur parking. On se délecte des promesses de Jean-Claude auto persuadé qu’il va conclure, avec la réceptionniste de l’hôtel, une nana qu’il a renversé en ski, Anne Laurencin, Gigi & Nathalie quand il imagine que la fin est proche, au moment du départ avec Christiane. On aime Jérôme persuadé qu’il va remporter le critérium grâce à ses skis qui ont fait deuxième à Crans-Montana. On adore la blague de Marius qui fou du fil dans la fondue, le gros bâtard. On aime la délicieuse apparition de Roland Giraud ou celles du cousin de Martine, la femme de Popeye. On aime la boucle sur Madame Schmitt, le moniteur de ski, la liqueur d’échalote. 

     Et puis Les bronzés font du ski c’est forcément une palette d’expressions entrées dans mon langage courant :

 « J’t’expliquerai »
« Dusse, avec un D comme Dusse »
« La trouille sans doute ? »
« Ecoutez c’est formidable on est l’16 »
« On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher »
« Quelqu’un veut de mon Bordeaux ? »
« Je vois pas pourquoi je devrais supporter cette croûte »
« T’es mauvais, t’es mauvais »
« Dans dix minutes je nous considère comme définitivement perdu »
« J’me suis senti à l’aise »
« Ça tombe bien mon frère est gendarme »
« D’ailleurs on t’a pas reconnu »
« Lui dès fois j’te jure il a un humour pénible »
« On a fait un détour simplement parce que c’est joli »
« J’y vais mais j’ai peur »
« Vous l’faites, moi j’le fais pas »
« Comme quoi y a de belles balades dans le coin »
« Oh là là qu’est ce que c’est qu’c’travail »
« J’ai l’impression qu’il va faire beau »
« J’crois qu’j’vais dormir comme une masse »
« Et bonne chance surtout »

Bref, c’est sans fin. Un puits inépuisable.

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Auteur:

silencio


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