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Un peuple et son roi – Pierre Schoeller – 2018

31. Un peuple et son roi - Pierre Schoeller - 2018L’exercice délicat de la révolution.

   5.5   L’ambition, la photographie, la reconstitution tout ceci est extrêmement stimulant. Le problème c’est que le film va dans tous les sens, qu’il raconte en deux heures ce qu’il aurait fallu traiter en huit. Le problème c’est aussi qu’il hésite entre un esprit pédagogique et un délire plus expérimental, parfois, plus baroque disons. C’est le genre de truc sur la corde, comme Tavernier le faisait/ratait parfois, ou comme Chéreau avait su faire dans La reine margot.

     Il y a une étrangeté dans le film de Pierre Schoeller qui tient tout de même moins à ses velléités formelles qu’à un manque de fond, d’identification, de profondeur avec ces personnages qui incarnent le peuple. Soit ils sont très mal écrits, à peine existants, comme c’est le cas de Noémie Lvovsky, par exemple. Soit ils manquent cruellement de densité et de subtilité, comme c’est le cas de celui qui joue son homme, Olivier Gourmet. Paradoxe d’autant plus fort que le cœur du film c’est le tribunal, ce qui se joue au tribunal, certes ce qui se joue entre le peuple et son roi, donc, mais pas vraiment avec le peuple, ni même avec le roi. Et c’est pourtant le roi qui offre les scènes les plus touchantes au film. Le peuple souffre de son uniformité. Et il y a vers la fin, cette exception qui débarque comme un cheveu, avec cette femme (qu’on ne connait guère avant et qu’on ne verra plus après) qui s’oppose fermement aux volontés sanguinaires de la foule de couper la tête au roi. C’est une nuance prétexte. Une nuance de protection, en somme.

     On retiendra des trouées, comme cette séquence où le soleil apparait à mesure que la Bastille tombe ou comme cette autre séquence où le roi, dans ses rêves, est visité par ses prédécesseurs, Henri IV, Louis XI et Louis XIV : Deux séquences fortes, mais in fine assez maladroites dans leur exécution. A l’image du film tout entier. C’est grandiose mais ça manque de souffle. Ceci étant, je reste séduit par sa démesure, par nombreux de ses plans et par la présence incongrue de plein d’acteurs qui ne servent à rien.

L’économie du couple – Joachim Lafosse – 2016

07. L'économie du couple - Joachim Lafosse - 2016Dans la maison.

   7.5   Chialer sur une scène où l’on danse sur Bella, de Maitre Gims : Check. Plus sérieusement, c’est un très beau film, j’y retrouve le Lafosse qui m’avait tant marqué, ému avec Nue-propriété, qui déjà, se déroulait intégralement ou presque dans une baraque. Je me souviens qu’on s’en extirpait qu’à la toute fin, dans un travelling arrière, qui évoquait aussi bien la fin de News from home, d’Akerman que celle de La gueule ouverte, de Pialat. Il me faudrait le revoir, toutefois. Lafosse récidive ici ou presque, puisqu’il y aura ce très long plan fixe à l’hôpital, juste avant la fin. Mais il y a ce dernier plan, fixe lui aussi, dans le bureau d’un juge, pour sceller la séparation – un peu comme à la fin de Mon roi, de Maïwenn – qui est d’une puissance froide hors du commun, au regard de ce qu’on a vu précédemment qui jouit certes d’un certain étouffement et d’une violence sourde marqués par le quotidien de ce couple en crise, mais qui ouvre aussi sur des éclats lumineux en permanence, à l’image de la séquence dansée. Des éclats tout court, des dérapages inédits, inattendus, aussi bien avec les deux jumelles (que Lafosse n’hésite pas à filmer, mettre au centre de chaque scène ou presque, et tant mieux car elles sont excellentes) que lors de ce long repas avec des amis, par exemple, ou avec les allées et venues de cette grand-mère qui doit composer avec les humeurs électriques de sa fille et son gendre. C’est donc un huis clos mais ce n’est jamais filmé comme une pièce de théâtre, Lafosse variant les plans et leur longueur, jouant aussi bien avec le hors champ qu’avec les changements météorologiques. Certaines scènes sont très étirées, d’autres au contraire très courtes. Et mine de rien, une idée que je retiens c’est qu’on y parle sans cesse d’argent, de l’organisation pour le partage, de ce que vaut la maison qu’elle a payé avec le pécule de ses parents, de ce qu’elle vaut avec les travaux qu’il a apportés. C’est un beau film de couple, de famille, mais surtout un beau film sur une maison, qui n’est pas seulement un décor mais une valeur « physique » ou « émotionnelle » difficilement quantifiable. J’ai trouvé le film absolument passionnant et émouvant de bout en bout. Quant à Bérénice Bejo et Cédric Kahn, ils sont tous deux absolument épatants.

Ulysse & Mona – Sébastien Betbeder – 2019

29. Ulysse et Mona - Sébastien Betbeder - 2019La fragilité des conquérants.

   6.5   C’était fin février, je faisais une pause dans mes rattrapages César, pour aller voir Ulysse & Mona, le dernier Betbeder, certes un peu mineur dans sa filmographie, mais tout à fait réjouissant malgré tout, et même plutôt émouvant dans son dernier tiers. Je rêve d’un monde parallèle où l’on verrait des films comme celui-ci aux César, et pas forcément celui-ci (Betbeder a fait mieux, je me répète) mais où il serait devenu « la norme » de choisir entre, je sais pas moi, Maya de Mia Hansen-Love, Suite armoricaine de Pascale Breton, Paul Sanchez est revenu ! de Patricia Mazuy, Tonnerrre de Guillaume Brac, Vincent n’a pas d’écailles de Thomas Salvador et par exemple, Deux automnes, trois hivers de Sébastien Betbeder. Le rêve. On peut toujours rêver.

     Si Ulysse & Mona est une (semi) réussite plus ténue, ce n’est pas bien grave, au contraire, c’est cool d’avoir la possibilité, l’accès en salle à un film comme celui-ci aujourd’hui, en ces temps de comédies fanchouillardes merdiques à la pelle. Ulysse & Mona est donc une comédie, oui, dans la veine du dernier Salvadori, une comédie douce-amère donc, mais dotée d’une humilité supplémentaire, une originalité qui le place dans aucun courant, aucune mode. Un film capable de citer ouvertement l’un des plus beaux du monde : The Swimmer, de Frank Perry, lors d’une scène qui a tout pour virer au ridicule mais qui s’avère magnifique. Un film qui n’appuie jamais sur le burlesque mais qui le temps d’une scène t’en délivre à se tordre, dans une station essence : Une scène très drôle mais qui par ailleurs sonne très réaliste et tragique aussi dans ce qu’elle raconte de la France d’aujourd’hui. Et c’est aussi ce qui me plait dans le cinéma de Betbeder à savoir qu’il est capable d’être irrésistible mais accompagné d’une mélancolie terrible, c’était déjà le cas dans ses précédents films.

     C’est l’histoire d’une rencontre insolite entre une étudiante aux Beaux-Arts et un artiste contemporain oublié de tous, excepté de cette étudiante aux Beaux-Arts, qui souhaite tellement le rencontrer qu’elle fait sa rencontre (Sur un terrain de tennis, après avoir traversé une forêt) et l’aide à retrouver les chemins de la création. Et c’est ainsi que Mona sera l’instigatrice de sa résurrection et l’accompagnatrice de voyage d’Ulysse, qui à l’instar de Burt Lancaster dans le film de Frank Perry, va revoir ceux qu’il a cabossés, laissés de côté, jadis, pour vivre sa vie d’artiste. Le récit est par ailleurs affublé d’un « truc » narratif non pas superflu, mais qui charge sans doute trop la mule. La simple idée des retrouvailles et du voyage à deux suffisait, à mon humble avis. Disons que cet élément facilite l’intégration de Mona dans la vie d’Ulysse, mais j’aurais préféré que ça s’opère autrement.

     Et il y a Eric Cantona. Il fait de curieux choix, Canto, au cinéma. Au milieu d’autres aventures cinématographiques plus discutables, il choisit de jouer chez Ken Loach (Looking for Eric) ou chez Yann Gonzalez (Les rencontres d’après minuit) voire déjà chez Betbeder, dans Marie et les naufragés. Quoiqu’on pense de ces trois films – Personnellement, je ne les aime pas beaucoup – On ne va pas dire qu’il se risque, mais il fait des choix, disons plus salutaires que n’importe quelle star (du sport ou autre) vieillissante. J’imagine qu’il ne fait pas ces films pour le cachet, quoi. Quoiqu’il en soit, le rôle lui va à merveille. Quant à Manal Issa qui incarne Mona, qu’on a vu dans Nocturama, elle est absolument géniale de candeur et détermination. C’est un tout petit film, mais un beau.

Jurassic park III – Joe Johnston – 2001

24. Jurassic park III - Joe Johnston - 2001Isla Sorna, Spinosaurus et volière à ptéranodons.

   6.5   Je craignais que ce soit trop « un film de Spielberg pas réalisé par Spielberg » et je suis ravi de voir que c’est surtout un film de Joe Johnston tant on pense finalement moins au Monde perdu qu’à Chérie j’ai rétréci les gosses ou à Jumanji. Le garçon qu’on vient récupérer dans la jungle c’est très clairement Alan Parrish. Quant à la dimension comédie d’aventure on retrouve largement, dans son déroulement (les rebondissements, les personnages qui se séparent puis se retrouvent) le jardin des Szalinski. C’était déjà deux supers films de jungle, d’ailleurs, à leur manière, sauf que dans l’un il fallait rétrécir les personnages pour les y plonger tandis que dans l’autre il fallait faire venir la jungle à la ville, en jetant des dés. Il y a chez Joe Johnston une fascination pour le grand méchant, qu’il n’a pas perdue ici non plus. Il y avait le scorpion dans Chérie j’ai rétréci les gosses. Il y avait le chasseur Van Pelt dans Jumanji. Ici, le grand méchant c’est un dinosaure, forcément. Et là tenez-vous bien : Joe Johnston a les cojones d’en faire un méchant tel, qu’il butera l’emblème de celui de Spielberg, le tyrannosaure. Il s’agit donc du Spinausaure. Et c’est pas l’Indominuis rex et autres conneries qu’on a inventé ensuite, non c’est un vrai dinosaure, crocodilien, de la stature du T.rex, de force similaire. C’est juste qu’il affronte le T.rex et lui tord le cou, brutalement. C’est génial. J’imagine Spielberg en train d’écarquiller les yeux quand Johnston lui pond cette idée. Bref, il imprime sa patte. Et il l’imprime aussi sur les effets spéciaux, qui sont plus rudimentaires, mais qui font partie de la fabrication Johnston, qui fait davantage héritier de Jack Arnold qu’artisan du numérique. D’ailleurs le film s’ouvre sur une scène en clin d’œil direct à l’ouverture de L’homme qui rétrécit, avec ce bateau qui traverse la brume. Et surtout et bien que ce ne soit pas ce qui soit de plus réussi ici – car sans doute Johnston s’est vachement plus amusé avec les dinosaures – c’est une comédie de remariage voire de la screwball comedy. Soit déjà ce qu’étaient Chérie j’ai rétréci les gosses et Jumanji, chacun dans leurs styles. Ce qui m’amène à croire que le final, dans les eaux, est un hommage hénaurme à African queen, de John Huston. Je m’emballe sans doute hein, mais j’adore ce mec. Peut-être même plus que le Spielberg du Monde perdu, tant sur le simple terrain de jeu d’aventure pour toute la famille,  pour le dire grossièrement, il me semble infiniment plus généreux, même si l’écriture, la production et le tournage de ce film restent on ne peut plus chaotique. Certes. Je n’attendais tout de même pas qu’il s’impose autant sur un Jurassic park, troisième du nom. C’est donc une (très) bonne surprise. Pour moi, en tout cas. Mon fils, lui, ne cesse de me répéter « Le 3 il est nul, papa » : Il ne s’est pas remis qu’on lui tue son tyrannosaure d’amour.

La fabrique d’Arnold Schwarzenegger – Jérôme Momcilovic & Camille Juza – 2019

16. La fabrique d'Arnold Schwarzenegger - Jérôme Momcilovic & Camille Juza - 2019Last chameleon hero.

     6.0   La fabrique d’Arnold Schwarzenegger est un documentaire absolument passionnant, qui brasse quatre décennies de l’Amérique à travers le portrait d’un de ses plus curieux emblèmes.  Un personnage absolument fascinant. Un gamin autrichien qui devient Monsieur Muscle sur Venice Beach, avant d’être Mister univers, Terminator et Conan le barbare, et enfin gouverneur de Californie. Il a su se fondre partout, devenir l’emblème de l’ère Reagan, être propulsé en politique par Bush et avoir une femme qui vient de l’écurie Kennedy. Que Cameron lui ait offert deux rôles d’un même personnage-cyborg, une fois tueur, une autre fois protecteur, offre une piste théorique absolument vertigineuse. Voilà qui donne furieusement envie d’approfondir en lisant le bouquin du même Jérôme Momcilovic.

Chérie je me sens rajeunir (‎Monkey Business) – Howard Hawks – 1953

32. Chérie je me sens rajeunir - ‎Monkey Business - Howard Hawks - 1953Trêve de singe.

   5.5   Plutôt un agréable moment, mais dans le panier comique de Hawks, je rapproche davantage ça de Les hommes préfèrent les blondes que de L’impossible monsieur Bébé. Malgré son extravagance réjouissante, ça reste gentiment anecdotique. Le trio Cary Grant, Ginger Rogers, Marylin Monroe fait tout le film. On sent que Hawks est en fin de carrière, qu’il maitrise parfaitement le genre, le rythme, la dynamique comique, qu’il est ravi de s’y replonger une fois de plus, sans trop se fouler non plus. Et surtout que son désir premier, avec cette idée d’élixir de jouvence, est de faire replonger ses personnages dans l’enfance, de faire un film qui de toute évidence retombe en enfance, puisqu’il s’agit de jouer les peaux-rouges avec d’autres enfants, de se maculer de peintures de chantier, de grimper sur les tables, de bouder, crier, se chamailler, faire les bébés, sans limites. Cary Grant et ses grimaces, sont irrésistibles.

Histoire d’une trahison (Another country) – Marek Kanievska – 1985

19. Histoire d'une trahison - Another country - Marek Kanievska - 1985Le cercle des communistes disparus.

   4.5   Guindé à l’anglaise mais pas désagréable dans l’ensemble, Another country raconte l’internat des Cinq de Cambridge, bref les prémisses, soit le quotidien d’un collège aux meurs rigoureuses en plongeant au sein de cet univers corseté par l’intermédiaire de Tommy Judd (Colin Firth, dans son premier rôle, il a vingt-quatre ans) et ses désirs d’évasion communiste et son ami Guy Bennett (Ruppert Everett) et ses expériences homosexuelles avec d’autres internes. J’ai toujours une gêne quand je vois des films aussi propres sur eux, formellement, qui tentent de raconter quelque chose d’aussi corrosif, décalé, ça me rappelle cet autre truc aussi terne qu’il est surestimé, Le cercle des poètes disparus. Ça reste des machins à statuettes, complètement impersonnels, qui traitent de tabous en tâchant d’y rester parfaitement à distance. Un film plus puritain que révolutionnaire, en somme.

Place publique – Agnès Jaoui – 2018

05. Place publique - Agnès Jaoui - 2018Le sens de la gêne.

   3.0   J’ai beaucoup pensé au Sens de la fête, le film de Nakache & Toledano, avec Jean-Pierre Bacri dans un rôle ingrat assez similaire. Sauf que c’est vraiment nul, là. Comme quoi il vaut toujours mieux un bon film de droite qu’un mauvais film de gauche.

     Place publique, le nouveau Jaoui, c’est comme d’habitude, sans intérêt, beauf et cynique, mais il a deux idées, deux longs plans, à ses extrémités : Une ouverture ratée (mais osée) sur La Rage, de Kenny Arkana. Et une conclusion magnifique, sur Osez Joséphine, de Bashung, qui te fait un temps regretter que le film ne soit pas sur ce tempo-là, mi-mélancolique mi-cocasse, au lieu d’être en continu mi-figue mi-raisin, pour rester poli, avant de réaliser qu’on s’en fiche un peu, tant l’intérêt du film et celui de ses personnages est proche du néant.

     Mais un petit plaisir dans ce marasme que celui de voir Eric Viellard aka Fabien dans L’ami de mon amie, d’Eric Rohmer : On le voit beaucoup trop peu, ici comme en général et c’est dommage, il dégage un vrai truc.

L’espion qui venait du surgelé (Le spie vengono dal semifreddo) – Mario Bava – 1966

08. L'espion qui venait du surgelé - Le spie vengono dal semifreddo - Mario Bava - 1966Décongelé, recongelé.

   2.0   Si au détour de quelques rares plans – Et encore faut vraiment bien chercher – on retrouve le génie plastique de Bava, cette commande (Une suite à Dr Goldfoot and the bikini machine, sorte de mélange de James Bond et de beach movie, plus bis que bis) est une comédie d’espionnage absolument consternante. Contaminé par un duo comiques italiens lourdingues de chez lourdingues, un montage hystérique, des accélérations à tout va, des gags de cirque, ce film est une vraie expérience, notamment toute la séquence foraine, celle de la montgolfière ou encore celle du missile, sublimes frissons de la honte. On peine à croire que Bava, la même année, réalisait le magnifique Opération peur. Mais bon, j’imagine qu’il faut aussi penser à manger. En définitive la qualité du film est proportionnelle à son exceptionnel titre français. Par ailleurs, la restauration est très étrange, d’un plan à l’autre ça change, un coup l’image est hyper lissée, les couleurs sont très marquées, un coup elle parait abimée, fade, à peine retouchée voire parfois carrément dégueulasse. Heureusement, plaisir des yeux, il y a Laura Antonelli, dans un de ses premiers rôles. Dommage, j’ai vu le montage italien, parait-il qu’on la voie davantage dans la version américaine – Oui le film existe en deux versions très différentes, puisque Bava un peu vénère contre Antonelli l’a volontairement coupé du film quand il pouvait, et les américains se sont eux chargés de dégager le maximum des scènes avec les deux zozos – mais bon, faut pas déconner, je ne vais pas m’infliger ça de nouveau uniquement pour la voir.

Lukas – Julien Leclercq – 2018

11. Lukas - Julien Leclercq - 2018The boring bouncer.

   3.0   Comme d’habitude avec Leclercq ça n’a presque aucun intérêt. Je ne comprends pas ce qu’on peut trouver à ce réal, qui n’est qu’un recycleur, parfois un peu habile (Gibraltar) parfois carrément grotesque (L’assaut). Le mec fait du sous Marchal, quoi, c’est dire le niveau. Ici, tout ce qui pouvait rendre le truc un tout petit peu intéressant, à savoir la dimension théorique autour de Jean-Claude Van Damme, tout ça est mal traité, voire pas traité du tout. Le film aurait pu utiliser son corps en tant que matière cinématographique, mais non, lui ou quelqu’un d’autre ça ne change rien. C’est pas La mule, quoi. Leclercq est trop occupé à dynamiser l’action à renfort de clins d’œil, au point qu’il en oublie d’écrire des dialogues, tous hallucinants de ridicule. L’ouverture cite donc The wrestler (le garde du corps filmé de dos dans les coulisses d’une boite de nuit) mais aussi Miami vice : Mais la sublime chorégraphie nocturne en étoile qu’en tirait Mann est ici saccagée par une image racoleuse et un découpage affreux. La toute fin, elle, cite tellement ouvertement celle de Drive, que c’en est gênant. Ce ne sera d’ailleurs pas la seule référence au film de Refn, puisque lors d’une course-poursuite dans un parking, Leclercq fait s’arrêter la bagnole toux feux éteints comme le faisait Gosling dans l’ouverture magnifique de Drive. Un moment donné, il y a une fabrication de faux billets, évidemment on pense à Police fédérale Los Angeles, et évidemment ça n’aide pas vraiment le film de Julien Leclercq. Et la dernière partie dans l’entrepôt rappelle davantage la fin de la saison 2 de Braquo ou celle d’Equalizer, avec Denzel Washington. Ça lui va mieux d’être comparé à des daubes, finalement.

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