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Don Juan – Jacques Weber – 1998

24. Don Juan - Jacques Weber - 1998Pénélope, Ariadna, Emmanuelle, salivez ! Appréciez la grâce de ce buste et de cette crinière de légende !

   3.0   Les éditions Montparnasse ont l’audace téméraire de ressortir ce bide vingt ans après sa sortie, avec Emmanuelle Béart accaparant tout le visuel laissant Don Juan minuscule, face à elle gigantesque, comme si de sa majestueuse robe jaune, elle l’arrêtait dans sa chevauchée endiablée. Affiche déstabilisante et malheureusement mensongère d’une part car l’on ne verra rien d’un renversement des rôles dans le film (Don Juan et Sganarelle sont de chaque plan et répliques ou presque) et l’on ne verra pas non plus Emmanuelle Béart, sinon deux minutes au début, puis cinq minutes à la fin, bref pas de quoi la statufier sur un visuel. Jacques Weber campe lui Don Juan, chevelure poivre et sel, buste bombé, pectoral poilu virevoltant à travers le décolleté de sa chemise. Il est vieillissant, tousse beaucoup, plus pathétique qu’enviable à priori et pourtant, les femmes le séduisent, le désirent. La dernière fois que j’ai lu Don Juan, je devais être en sixième si mes souvenirs ne me trahissent pas, donc ces souvenirs, très maigres, m’empêchent d’apprécier certains parti pris : Construction différente des actes, des scènes, répliques raccourcies, personnages secondaires nouveaux, quand d’autres disparaissent. Qu’importe, le problème est ailleurs : C’est globalement chiant. Sinon une direction artistique parfois intéressante et de jolis costumes, il y a certains choix de plans très bizarres, une utilisation musicale ridicule, une interprétation hasardeuse – Boujenah, au secours. Difficile d’y trouver son compte. Et de savoir ce qui a tant plu à Weber pour se tourner en ridicule de la sorte. Et puis l’humilité du truc fait naître de beaux frissons de la honte, notamment à la fin lorsqu’un personnage dit « Mais où vont-ils aller, maintenant ? » comme si quelque part, Weber se demandait ce que deviendrait le cinéma après son passage, quelle trace y laisserait-il. Le gars est persuadé de faire mieux que Molière, de faire un truc post moderne, expérimental, c’est super gênant.

La légion des damnés (The Texas Rangers) – King Vidor – 1936

03. La légion des damnés - The Texas Rangers - King Vidor - 1936Mercenaires par hasard.

   5.0   C’est à la fois une commande à la gloire d’une force armées en marge (les Texas Rangers) donc c’est un peu embarrassant voire abrutissant dans un premier temps, mais Vidor y insuffle une tendresse, une mélancolie, fait un super film d’amitiés viriles doublé d’une histoire d’amour beaucoup plus terne, qui tendent le film vers quelque chose de parfois plus touchant (dans sa maladresse) que gênant. Et puis l’auteur est à l’aise dès qu’il s’agit d’inscrire l’action dans un paysage, avec notamment une belle scène de bataille et un imparable affrontement en duel à la fin. Dispensable mais nettement plus intéressant que le December 7th de John Ford, s’il faut comparer ces deux « films de propagande ».

Urgences (ER) – Saison 8 – NBC – 2002

34866A simple twist of fate.

   9.0   Rarement autant chialé devant ma télévision que devant cette saison déchirante… Franchement, je ne sais même pas si j’ai envie / suis en mesure de poursuivre. Mark n’est plus, bon sang. Ce n’est pas une surprise, certes, puisque la saison 7 préparait le terrain, mais émotionnellement, certains épisodes sont intenables. On sent qu’Urgences tourne une page, celle de la première époque : Benton, d’un côté, choisit sa famille au détriment des urgences et Mark, de l’autre, affronte sa tumeur avant de s’en aller, lors d’épisodes tous plus bouleversants les uns que les autres : Orion in the sky (qui marque la dernière journée de Mark au Cook County), The letter (épisode tournant autour de sa lettre envoyée aux urgences dont on apprend qu’elle est finalement écrite par Elizabeth après son décès), On the beach (qui suit Mark après qu’il ait quitté l’hôpital jusqu’à son enterrement à Chicago). Si tu ne chiales pas devant ces trois épisodes, c’est que t’es mort à l’intérieur. On perd aussi Cleo (avec Benton, forcément) et Malucci, because Weaver, personnage qu’on adore détester. Mais dans les nouvelle plus agréables : Carter devient le leader incontournable, il a pris une importance capitale  en huit saisons, lui, aussi bien au sein de l’hôpital que dans nos petits cœurs. Et Susan Lewis est de retour, quel plaisir de la retrouver et de voir ce qu’elle va donner, sous « les ordres » de Weaver. Quant à Julie Delpy elle campe un personnage récurrent sur plusieurs épisodes, pour laquelle Kovac s’amourache. J’aime beaucoup Julie Delpy donc j’étais content, pour moi elle sera toujours Céline et restera associée à la trilogie Before de Richard Linklater. Bref, si on n’a pas encore perdu tous nos repères, ça ressemble clairement au lancement d’une nouvelle ère. Et comme à son habitude, Urgences expérimente parfois des narrations originales, pour ne pas sombrer dans la routine. Ainsi la saison s’ouvre sur un épisode retraçant la même journée selon quatre points de vue, ceux de Weaver, Benton, Carter & Greene. Quant à Secrets & lies, qui se déroule quasi intégralement dans un amphithéâtre où sont « punis » Kovac, Abby, Gallant, Susan & Carter par Weaver pour avoir fait les cons avec le sac SM d’une patiente, c’est un épisode absolument génial, d’une part car on pense assister à un séminaire un peu plan-plan et de part un imprévu ça devient un huis clos dans lequel chacun va révéler un peu de sa vie privée, de ses sentiments, de ses tourments. Inutile de préciser qu’on pense fortement à Breakfast club, ce qui n’est pas pour me déplaire. Et comme souvent dans Urgences, si la série construit un point de fuite dans son dernier quart, ici via Mark Greene, la saison va s’en aller dans l’urgence absolue, absurde et frénétique, en prenant pour cadre une épidémie de variole dans les murs de l’hôpital. Je vais pas te faire un dessin, c’est une immense saison, une fois de plus.

Les Contrebandières – Luc Moullet – 1968

02. Les Contrebandières - Luc Moullet - 1968Brigitte et Francesca.

   6.5   Les contrebandières s’annonce sinon comme suite logique, un prolongement de Brigitte et Brigitte. Et s’en détache aussitôt. On se dit là aussi que le film aurait mérité d’être exploité sur un format plus court, afin de moins s’éparpiller, on se dit qu’il eut fait un beau complément de programme à Brigitte et Brigitte, ou bien qu’ils auraient formé deux beaux chapitres distincts, deux courts pour un long. C’est encore un film de bricoleur réalisé avec trois fois rien mais avec une vivacité telle qu’elle compense l’imposant manque de moyens. Exemple d’idée originale utilisée par Moullet : En qualité de film fauché, Moullet doit tout postsynchroniser. Il le fit aussi pour Brigitte et Brigitte, mais le cadre parisien offrait quelque chose de moins ingrat que si l’on postsynchronise dans le grand air – Car la grande particularité des Contrebandières est d’être tourné dans les Alpes du sud, toujours en extérieur. Il choisit donc que la quasi intégralité de son deuxième long sera raconté en voix off, avec les voix de chaque personnage (afin qu’on s’attache à tous) racontant ce qu’ils disent ou pensent.

     Moullet part dans l’idée que la Brigitte pyrénéenne de Brigitte et Brigitte est déçue par la ville et prend la route vers les montagnes, tombe amoureuse d’un petit brigand installé prêt d’une frontière avant de déchanter face aux tâches ménagères qui lui reviennent. Elle préfère la beauté du danger et s’improvise à son tour contrebandière, en compétition avec son ennemie de lit, avant qu’elles ne soient prises en chasse à la fois par les douaniers et le syndicat des contrebandiers qui les accusent de traitrise. Bref, c’est à peu près n’importe quoi et c’est ce qui fait qu’on se prend au jeu. Comme on se prend à celui de Guiraudie, quand il réalise Du soleil pour les gueux, auquel j’ai pas arrêté de penser ici : les grands espaces, sans doute, que tous deux filment avec admiration, tendresse et poésie. Le film peut aller où il veut et il faut bien avouer qu’il ne va nulle part, ses petits bulles comiques et ses majestueux paysages me suffisent.

Black Mirror – Saison 4 – Netflix – 2017

06. Black Mirror - Saison 4 - Channel 4 - 2017Arrêt sur image.

   5.0   La Grosse Déception. Premier épisode top, dernier épisode malin. Et entre tout ça : le désert. Ici « Arkangel » un épisode sur les affres du contrôle parental, franchement lourdingue. Là « Crocodile » un épisode qui s’ouvre sur un accident et se déploie en déchainement de violence bien bourrin. Allez je sauve « Metalhead » l’épisode horrifique en noir et blanc, quasi sans dialogue, avec des robots espions, mais pas de quoi se relever la nuit, non plus. J’ai l’impression que la série fait du surplace, se contente de brasser ce qu’on attend d’elle, de balancer un objet/une idée « futuriste » dans chaque épisode tout en brodant un truc complètement réchauffé autour. Bonne douche froide, dans l’ensemble donc. Même si je le répète, le premier épisode avec Jesse Plemons est assez génial, culotté, drôle, kitch, terrible, c’est le plus long d’ailleurs / le moins bâclé ?

Brigitte et Brigitte – Luc Moullet – 1966

01. Brigitte et Brigitte - Luc Moullet - 1966Mes provinciales.

   6.0   Dans une gare parisienne, Brigitte rencontre Brigitte. L’une est alpine et l’autre pyrénéenne. Deux affiches décoratives dans leur dos illustrent leurs origines (et l’affrontement) le temps de la séquence qui les voit faire connaissance. Elles vont se découvrir plein de points en commun, rien d’étonnant puisqu’elles ont toutes deux été façonnées par leur époque : « Nous sommes équidistantes de et parallèles à la norme, alternativement de part et d’autre d’elle » dira l’une d’elles. Sauf la taille et la couleur des cheveux, bien entendu. Ainsi que les études qu’elles sont venues trouver en montant à la capitale. Dès lors elles feront tout ensemble. Partageront la même chambre de bonne. Fréquenteront les mêmes amis. Jusqu’à rencontrer Jacques et Léon. Toute la légèreté, la folie, l’absurdité et l’impertinence de Moullet, qui m’avait tant séduit à l’époque où était sorti La terre de la folie (le seul Moullet vu jusqu’alors) se trouve déjà dans cette scène inaugurale : aucun mouvement de caméra, quelques objets relais et un sens des gestes et du dialogue d’une singularité aussi géniale que déstabilisante. Un fil qui tient, parfois se distend, mais ne rompt pas, c’est Brigitte et Brigitte, le premier long métrage de Luc Moullet (alors encore critique aux Cahiers et auteur de quelques courts) qui déploie un univers fantaisiste et une manière de raconter sans précédent. Pour compenser la simplicité de ses décors, Moullet utilise beaucoup le son. Dans la première scène par exemple, on entend les bruits d’une gare et cela suffit à penser que la séquence se déroule dans une gare. Il y a des moments savoureux comme le tout début du film avec notamment la visite des monuments parisiens que Brigitte et Brigitte vont sévèrement noter, c’est très drôle. Il y a aussi les cours de philologie, dictés par un Rohmer fou. Une interview par Brigitte de Samuel Fuller. Et plus tard un sondage de rue où l’on demande aux passants leurs trois réalisateurs préférés. C’est très marqué Nouvelle vague, très Godard dans l’idée, mais l’on sent que ça couve un univers plus personnel, plus burlesque, plus impertinent. Toutefois, Moullet aurait mieux fait d’en faire un moyen métrage (Un peu comme Rohmer lorsqu’il fait La carrière de Suzanne) car la seconde partie du film, plus bucolique, s’étire beaucoup pour pas grand-chose si ce n’est à la faveur d’un trop plein de répétitions. On préfère Moullet lorsqu’il va à l’essentiel. C’est d’ailleurs la bande son qui permet d’y voir plus clair, très souvent, d’accompagner le tout avec le dosage adéquat. Alors si le tout manque parfois de subtilité, il y a tellement de poésie uniquement guidée par la mise en scène, qu’on préfère garder en mémoire le meilleur.

Game night – John Francis Daley & Jonathan Goldstein – 2018

GAME NIGHTPetit jeu (presque) sans conséquences.

    7.0   Il y avait Very bad trip il y a dix ans, il y a aujourd’hui Game night : Modèle de comédie parfaite dans son genre, rassembleuse, bourgeoise, actuelle (La murder party est Le truc en vogue), irrésistible et aux vannes qui font souvent mouche, dont certaines devraient vitre entrer dans notre langage courant. Deux films qui se ressemblent jusque dans leurs défauts : à la séquence casino de l’une répond l’œuf de Fabergé de l’autre, à M. Chow répond Dexter/Le bulgare. C’est n’importe quoi mais on tolère tout simplement car on aura du mal à trouver plus rythmé et drôle dans la comédie cette année. Franchement j’ai failli me pisser dessus à plusieurs reprises : Notamment la scène avec le hamburger qui fait pouet-pouet et Rachel McAdams improvisant la séquence introductive de Pulp Fiction. Sans compter le running-gag autour de Denzel Washington, toutes les apparitions de Jesse Plemons aka « Matt Damon super flippant » ainsi que toutes les remarques de Billy Magnussen, le blondinet un peu con. A signaler que l’un des deux réalisateurs, John Francis Daley, n’est autre que Sam dans Freaks and geeks. Ça m’a fait ma soirée.

La chienne – Jean Renoir – 1931

04. La chienne - Jean Renoir - 1931La grande désillusion.

   5.0   C’est bien, évidemment, mais c’est l’un des seuls Renoir pour lesquels je n’ai aucune affection. Je voulais le revoir, croyant le redécouvrir mais j’y ai revu ce qui m’avait jadis tenu à distance : Michel Simon y est sans doute un peu pour quelque chose mais je pense plutôt que le film peine à trouver un équilibre entre ses ellipses et ses ruptures de tons. Je le trouve assez pénible dans son dispositif, comme s’il se complaisait dans son austérité. Il y a d’autres films (souvent adulés) appartenant à d’autres réalisateurs (que j’aime infiniment) qui me laissent ce désagréable sentiment : Sous le soleil de Satan, de Pialat ; Le journal d’un curé de campagne, de Bresson ; L’année dernière à Marienbad, d’Alain Resnais. J’ai beau les revoir, je passe systématiquement à côté. Je range La chienne, de Renoir dans ce panier embarrassant de films objectivement bons, mais que je n’aime pas.

22 Jump Street – Phil Lord & Christopher Miller – 2014

05. 22 Jump Street - Phil Lord & Christopher Miller - 2014« Something cool »

   6.0   En matière d’action, de gags et d’ambiguïté sexuelle on est dans la droite lignée de 21 Jump Street, ni plus ni moins. La séquence introductive d’infiltration avec l’un grimé en Eminem et l’autre arborant une voix de puceau est d’ores et déjà un sommet. Le duo Channing Tatum / Jonah Hill fonctionne toujours à merveille, on ne voit pas trop comment c’est possible sur le papier (le mec de Supergrave et le mec de Sexy dance) mais c’est un fait : ils sont miraculeusement assortis. Cette suite l’emporte pourtant sur un aspect plutôt inattendu : la métafiction. Phil Lord & Chris Miller s’amusent autant que Craven quand il réalisait les suites de Scream. Les personnages ont donc conscience qu’ils sont dans une affaire « plus grosse » puisque carton oblige le budget du film est plus important que pour le premier ; ainsi quand ils mettent les pieds dans le 22 jump street ils ne sont pas étonnés de voir que la planque du 21 est minuscule et que le chantier du 23 annonce un truc encore plus gros que le 22. C’est comme ça tout le temps. Et jusqu’à la fin où l’on nous balance des faux extraits des quarante prochaines suites à venir.

Atlanta – Saison 2 – FX – 2018

03. Atlanta - Saison 2 - FX - 2018This is America.

   7.5   Malgré sa razzia de récompenses un peu partout aux Etats-Unis dans les cérémonies dédiées, la saison 1 n’aura pas enfantée mécaniquement et rapidement d’une saison 2. Il y a dix-huit mois d’écart entre la diffusion du premier épisode de l’un et du premier épisode de l’autre. On se croirait dans notre système de production. Blague à part, ce sentiment d’indépendance me rend la série et Donald Glover, son créateur, encore plus sympathique qu’ils me le sont déjà. Alors je ne connais pas l’histoire, donc si ça se trouve cette durée est la conséquence d’une contrainte, ou c’est simplement parce que Glover devait aussi jouer Lando au cinéma pour Han Solo, qu’importe j’ai envie de croire que c’est un choix délibéré. Comme celui d’offrir cette fois onze épisodes et non dix ou bien cette durée très variée (Entre 20min et 35min) d’un épisode à l’autre.

     Si j’avais quelques réserves sur la première saison, surtout d’un point de vue cohérence d’un épisode à l’autre, aussi bien dans la dramaturgie que la dose d’ironie – On oscillait trop entre le sous-régime et le surrégime – je suis cette fois entièrement conquis, de bout en bout. La série ne n’est pas assagie, loin de là, mais elle a su trouver un équilibre dans sa folie, un équilibre aussi jubilatoire qu’exemplaire (C’est drôle, raffiné, intelligent et ça rapporte tellement de l’Amérique de Trump, l’air de rien) que l’on suive les trois compères dans leurs galères de plus en plus galère ou bien qu’ils soient séparés comme ici Darius, en déménagement de piano dans un manoir victorien, chez un dingue errant et dégustant des œufs d’autruche (joué par un Donald Glover grimé en whiteface flippante et au timbre de voix aigu hyper angoissant), Alfred en mission coiffure pour son clip avant que ça ne vire au survival dans les bois ou Earn accompagnant Van dans un festival allemand très chelou dans une ambiance qui évoque un peu Get Out. On a aussi le droit à un flashback sur Earn et Alfred adolescents ou à un savoureux rendez-vous dans une start-up musicale très blanche. Bref c’est varié et passionnant, pour ne pas dire absolument génial. J’en veux encore !

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