Prenez garde à la mère sorcière.
3.5 Alors il faut savoir que je suis un fan du Suspiria d’Argento. C’est son meilleur film, de loin, à mes yeux. Et l’un de mes films préférés. Bref j’y allais le couteau entre les dents. Au point qu’il m’a fallu sept ans pour me décider à voir ce « remake » qui délocalise l’action (qui se déroulait à Fribourg dans le film original de Dario Argento) dans le Berlin de 1977. On pourra lui reprocher ce que l’on veut mais Guadagnino se réapproprie le film, entièrement, qui ne ressemble absolument plus à l’original. Tant mieux. On a davantage l’impression que le modèle c’est Fassbinder. Tant mieux, encore. Et dans le même temps, rien ne fonctionne pour moi. J’ai l’impression d’assister au petit manuel de l’elevated horror, monocorde, grisâtre, amorphe. C’est un film qui bande de sa performance, qui se regarde, d’un plan à l’autre et c’est une prétention qui ne débouche sur rien, narrativement ou émotionnellement, je trouve, c’est pas du Kubrick, quoi. Plutôt un film d’horreur de quelqu’un qui n’aime pas l’horreur pour ceux qui n’aiment pas l’horreur. L’original était coloré, abstrait, onirique, sensoriel. Là on te balance de la culpabilité nazie, automne allemand, Bande à Baader mais pour pas grand-chose il me semble. Alors oui deux trois séquences surnagent (la première audition, le spectacle, le carnage final…) mais bon, c’est peu surtout au regard d’un film si interminable.